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Full text of "La moselle d'Ausone. Éd. critique et traduction française, précédées d'une introd. [et] suivies d'un Commentaire explicatif par H. de La Ville de Mirmont"

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O.  M.   AVSONU    MOSELLA 


LA  MOSELLE 


D'AUSONE 


l'édition  critique  et  Traduction  française 

précédées  d'une  Introduction 

suivies  d'un  Commentaire  explicatif 

et  ornées 

d'une  carte  de  la  Moselle  et  de  fac-similés  d'éditions  anciennes 


H.  DE  LA  VILLE  DE  MIRMONT 

MAÎTRE  DF.  CONFtRENXES  A  LA  FACVLTÉ  DES  LETTRES  DE  lîORDEAVX 


BORDEAUX 

G.    GOUNOILILHOU,    IMPRIMEUR-EDITEUR 

PARIS 

J.  ROUAM  &  C%  LIBRAIRES-ÉDITEURS 

i.:],  rue  du  Helder,   k| 

1S89 


COLLECTION  BORDELAISE 


D.  M.  AVSONII  MOSELLA 

LA  MOSELLE 

DAUSONE 


D.  M.   AVSONII    MOSELLA 


LA  MOSELLE 


D'AUSONE 


Édition  critique  et  Traduction  française 

précédées  d'une  Introduction 

suivies  d'un  Commentaire  explicatif 

et  ornées 

d'une  carte  de  la  Moselle  et  de  fac-similés  d'éditions  anciennes 


II.  OE  LA  VILLE  DE  MIRMONT 

JUÏTKn  l)E  CONIÉRENCES  A  LA  FACULTÉ  DES  LETTRES  DE  BORDEACX 


BORDKAUX 

G.    GOUNOUILHOU,    IMPRIMEUR-ÉDITEUR 

PA  R  I  S 

J.  ROUAM   .'^  Ce,  LIBRAIRES-ÉDITEURS 
14,  rue  du  Hclder,   14 

1889 


6221 
U^9 


1135311 


A  Monsieur  Charles  LÉVÊQUE 

DE   l'institut 
PROFESSEUR   AU   COLLÈGE   DE    FRANCE 


HOxMMAGE    DE    PROFOND    RESPECT 

ET 

D-AFFECTION    DÉVOUÉE 

H.   DE  LA   Y.   DE  M. 


INTRODUCTION 


ESSAI 


SUR 


L'HISTOIRE  DU  TEXTE  DE  LA  MOSELLE 


i^^4^'<CàA  Moselle,  qui  est  le  chef-d'œuvre  du 


-Mf^^'^i^^  poète  Ausone,  peut  donner  matière  à 
^^^^  de  nombreuses  recherches  d'ordres 
"^^M.  divers  et  d'un  intérêt  égaL  A  quelle 
'^^  date  et  dans  quelles  circonstances  le 
poème a-t-il  été  composé;  à  quel  genre  défini  semble- 
t-il  appartenir;  quel  art  et  quelle  industrie  le  poète 
dépense-t-il  dans  cet  ouvrage  de  longue  haleine  et  de 
grand  style,  si  différent  des  courtes  épigrammes  et 
des  épîtres  familières  dont  Ausone  a  l'habitude  ;  en 
quoi  la  langue,  le  style,  le  vers  de  la  Moselle  s'écar- 
tent-ils des  procédés  grammaticaux  et  métriques  des 
autres  poésies  d' Ausone;  quels  poètes  anciens  l'au- 
teur de  la  Moselle  s'est-il  principalement  appliqué  à 
imiter;  par  quels  poètes  postérieurs  a-t-il  été  imité  à 


VIII  INTRODUCTION 

son  tour:  autant  de  problèmes  dont  un  autre  travail^, 
auquel  la  présente  étude  est  un  complément  naturel, 
essaie  de  donner  la  solution. 

Il  a  semblé  bon  de  laisser  ici  toutes  ces  questions 
de  côté,  sauf  à  en  indiquer  l'indispensable  dans  le 
Commentaire  explicatif,  pour  s'occuper  unique- 
ment des  manuscrits   et  des  éditions  de  la  Moselle. 

Je  me  propose,  dans  cette  Introduction,  de  décrire 
et  de  classer  les  manuscrits  de  la  Moselle,  et  d'étudier 
quel  usage  en  ont  fait  les  divers  éditeurs  d'Ausone 
depuis  Ugolet  qui,  le  premier,  a  publié  la  Moselle, 
à  Venise,  en  1499,  jusqu'à  Peiper  dont  l'édition 
d'Ausone  a  paru  à  Leipzig,  en  1886. 

^  De  Ausonii  Mosella,  thèse  latine  pour  le  doctorat  es  lettres. 


Première   Partie 

LES  MANUSCRITS  DE  LA  MOSELLE 


A.   LISTE  DES  MANUSCRITS  DE  LA  MOSELLE. 

VOICI  la  liste  des  manuscrits  qui  nous  ont  conservé  le 
texte  de  la  Moselle  : 

G  1°  Le  codex  Sancti-Galli  899  (manuscrit  de  Saint-Gall, 
Sangallensis,  que  je  désignerai  par  la  lettre  G),  écrit  sur 
parchemin  au  X^  siècle.  En  même  temps  que  quelques 
poèmes  de  divers  auteurs,  il  contient,  avec  la  Moselle  et 
la  lettre  écrite  par  Symmaque  à  l'occasion  de  cet  ouvrage, 
d'autres  pièces  qui  appartiennent  à  Ausone  ou  qui  lui  ont 
été  attribuées. 

B  2°  Le  codex  Bruxellensis  5369/73  (manuscrit  de  la 
bibliothèque  de  Bruxelles,  provenant  de  la  bibliothèque 
des  ducs  de  Bourgogne,  que  je  désignerai  par  la  lettre  B), 
écrit  sur  parchemin  au  xiF  siècle.  Avec  la  Moselle  et  la 
lettre  de  Symmaque,  il  contient  quelques  autres  pièces 
d' Ausone,  les  Fastes  d'Ovide  et  les  Gesta  Tancredi  régis. 
Reg  3°  Le  codex  Reginensis  {Vaticanus  Reginae  1650,  que 
je  désignerai  par  les  lettres  Reg),  écrit  sur  parchemin  au 
X'^  siècle.  Il  contient,  au  milieu  d'une  réunion  de  frag- 
ments disparates  (Commentaires  sur  Orose,  Extraits  de 
Priscien,  etc.),  les  vers  1-180  de  la  Moselle. 
Rh  4°  Le  codex  Rhenaiigiensis  (de  Rheinau  dans  le  canton 
de  Zurich,  qui  porte  aujourd'hui  le  n°  LXII  à  la  biblio- 
thèque de  l'Université  de  Zurich,  et  que  je  désignerai  par 
les  lettres  Rh),  écrit  sur  parchemin  au  XiF  siècle.  La  plus 

II 


X  INTRODUCTION 

grande  partie  de  ce  ms.  contient  les  œuvres  de  Prudence. 
La  Moselle  vient  ensuite. 

5°  et  6°  Le  codex  Laiirentïamts  LI,  13  (de  la  biblio- 
thèque Laurentienne  de  Florence,  que  je  désignerai  par 
la  lettre  L),  et  le  codex  Harleiamis  2578,  écrits  tous 
deux  à  la  fin  du  xv^  siècle.  Ce  sont  des  copies  du  codex 
Magliabecchiamis  de  Florence,  manuscrit  du  couvent  de 
S*-Marc,  écrit  sur  parchemin  au  milieu  du  xiv«  siècle.  Le 
codex  Magliabecchiamis  renferme  une  partie  des  oeuvres 
d'Ennode  et  quelques  fragments  d'Ausone.  Il  contenait 
avissi,  dans  le  principe,  la  lettre  de  Symmaque  et  la 
Moselle  :  mais  les  pages  où  se  trouvaient  ces  deux  ouvra- 
ges ont  été  arrachées.  C'est  sur  ce  ms.,  alors  qu'il  était 
complet,  qu'un  certain  Alexander  Verrazanus  a  copié  les 
œuvres  d'Ausone  qui  y  étaient  contenues  :  en  effet,  dans  le 
Laiirentiamts,  on  lit,  à  la  suite  de  l'ouvrage  de  Martianvis 
Capella,  la  Moselle,  moins  le  dernier  vers,  avec  ce  titre  : 
«  Incipit  fragmentiiin  Atisonii  poetae  » ,  et  cette  suscrip- 
tion  :  «Explicit  Moysella  Ausonii»  ;  puis  la  lettre  de  Sym- 
maque et  les  divers  fragments  d'Ausone  contenus  dans  le 
codex  Magliabecchiamis .  Les  titres  communs  et  la  colla- 
tion des  leçons  de  ces  deux  mss.  montrent  bien  que  le 
second  est  une  copie  du  premier.  La  suscription  des  frag- 
ments d'Ausone  contenus  dans  le  Laiirentiamis  nous  donne 
le  nom  du  copiste,  et,  ce  qui  est  plus  important,  la  date  de 
la  copie  :  «  De  hoc  opère  corrupto  ut  phirimum  nil  alte- 
riîts  repperi  et  ideo  explicit.  Alexander  Verrazanus 
escripsit  MCCCCLXXXX.  » 

Le  codex  Harleiamis  2578  date  de  la  fin  du  xv«  siècle; 
il  contient  divers  ouvrages,  entre  autres  les  Bucoliques  de 
Calpurnius,  ensuite  les  fragments  d'Ausone  déjà  imprimés 
dans  l'édition  princejis  procurée  par  Bartholomaeus  Girar- 
dinus  (Venise,  1472),  et  où  la  Moselle  ne  se  trouve  pas. 
Ces  fragments  sont  copiés  par  l'auteur  du  ms.  d'après  le 
texte  de  l'édition  :  «Hec  stmt  ea  Atisonii  fragmenta  quae 
snnt  scripta  in  codicibus  impressis.  Qiiibus  appostii  alia 


PREMIÈRE   PARTIE  XI 

qicedam  ehtsdem  quae  leguntur  in  iiehisto  codice  exbiblio- 
theca  diui  viarci  florentiae.»  Parmi  ces  autres  pièces  du 
même  auteur  se  trouvent  la  Moselle  et  la  lettre  de  Sym- 
maque;  le  vieux  ms.  de  la  bibliothèque  de  S'-Marc  est 
évidemment  le  Magliabecchiamis  actuel.  Mais  cette  copie 
est  bien  inférieure  à  celle  d'Alexander  Verrazanus;  dans  la 
Moselle,  en  particulier,  il  y  a  beaucoup  de  lacunes  attri- 
buées par  Schenkl  à  l'ignorance  du  copiste  qui  n'a  pas  su 
toujours  lire  le  texte  du  ms.,  quoique  ce  texte  n'offre  pas 
de  difficultés  particulières. 

Le  codex  Harleianus  a  donc  été  mis  de  côté  par  la 
critique,  et  les  deux  derniers  éditeurs  d'Ausone,  Schenkl 
et  Peiper,  aux  Préfaces  desquels  j'emprunte  ces  rensei- 
gnements sur  les  mss.  de  la  Moselle,  n'ont  usé  que  des 
cinq  premiers.  Schenkl  mentionne  encore  un  ms.  de  Vienne 
(Autriche)  où  se  trouvent  la  Moselle  et  la  lettre  de  Syni- 
maque  {cod.  Vindohomensis  lut.  358,  écrit  au  XVP  siècle). 
Mais  ce  ms.,  simple  copie  du  texte  d'Ugolet,  n'a  aucune 
importance. 

On  trouve,  dans  le  codex  Sanorallensis  265,  une  lettre 
en  vers  adressée  à  l'archichapelain  Grimoldus  par  le  moine 
Ermenricus,  qui  avait  entrepris,  vers  l'an  850,  d'écrire  la 
vie  de  S'  Gall,  et  qui,  tant  dans  cette  lettre  que  dans  une 
épigramme  qui  la  suit,  s'approprie,  en  les  modifiant  par- 
fois, un  certain  nombre  de  vers  de  la  Moselle.  Les  leçons 
adoptées  par  Ermenricus  ne  permettent  pas  de  décider 
s'il  a  usé  d'un  ms.  semblable  au  Sangallensis,  ou  d'un 
autre.  L'auteur  des  Gesta  Trevirenshim,  qui  écrivait  au 
XIP  siècle,  dit  qu'il  y  avait  un  ms.  de  la  Moselle  à  Trêves, 
au  couvent  de  S«-Euchaire.  Il  n'est  pas  resté  plus  de  traces 
du  ms.  de  Trêves,  dont  parle  l'écrivain  du  XIF  siècle,  que 
de  celui  dont  le  moine  Ermenricus  se  servait  au  IX«. 

Enfin,  deux  éditeurs  d'Ausone,  Aleander  (Aleandro)  et 
Pulmannus  (Poelmann)  auraient  usé  d'autres  mss.  Alean- 
der, suivant  Schenkl,  dit  avoir  eu  entre  les  mains  un  ms. 
du  couvent  de  S'- Victor,  dans  le  faubourg  de  Paris,  où  se 


XII  INTRODUCTION 

trouvait  la  Moselle.  Poelmann  dit  lui-même  qu'il  s'est  servi 
d'un  codex  Gemblacensis  et  d'un  certain  Cornelii  Gîuil- 
theri  Mosella,  liber  aniiqtiîis.  Nous  verrons,  en  étudiant  les 
éditions  d'Aleander  et  de  Poelmann,  ce  qu'il  faut  penser 
de  ces  mss. 


B.    ORIGINE   DES   MANUSCRITS  DE   LA  MOSELLE. 

Tout  d'abord  je  crois  utile  de  rechercher  quelle  est  l'ori- 
gine des  mss.  de  la  Moselle  que  nous  possédons,  et  quelle 
est  la  valeur  respective  de  chacun  d'eux.  Pour  la  première 
question,  il  suffira  de  résumer  ce  qui  s'y  rapporte  dans  les 
deux  études  que  Peiper  a  consacrées  à  l'histoire  des  mss. 
d'Ausone  *. 

Suivant  Peiper,  Ausone  a  donné  lui-même  des  éditions 
partielles  de  ses  œuvres.  Certaines  pièces,  comme  la  Bis- 
siila,  revues  et  corrigées,  n'ont  été  publiées  que  longtemps 
après  la  date  de  leur  composition.  La  Moselle,  précédée 
ou  non  d'une  préface,  qui,  en  tout  cas,  est  perdue  pour  nous, 
a  été  éditée  séparément  par  Ausone,  qui  en  distribuait  les 
exemplaires  à  ses  amis,  comme  le  prouve  la  lettre  ovi  Sym- 
maque  se  plaint  d'être  le  seul  à  ne  pas  avoir  reçu  le  poème. 

Les  ouvrages,  précédés  d'une  préface  adressée  à  des 
amis  désignés  ou  au  public,  ont  paru  soit  avant  qu' Ausone 
eût  réuni  en  un  tout  complet  l'ensemble  de  ses  œuvres, 
soit  plus  tard,  au  moment  où  il  en  préparait  une  deuxième 
ou  une  troisième  édition.  Quant  à  ceux  qui  n'ont  pas  de 
préface,  ils  ont  été  simplement  compris  dans  une  édition 
générale,  soit  la  première,  soit  la  deuxième.  Peiper  établit 
en  effet,  au  moyen  des  Praefatinnculae,  qu' Ausone  a 
donné  lui-même  deux  éditions;  il  démontre  aussi  que  le 
poète  en  préparait  une  troisième  où  seraient  entrés  les 

^  Die  handschriftliche  Ueberlieferung  des  Ausonius,  von  R.  Peiper. 
(Separatabdruck  aus  deni  elften  Supplementbande  fur  classische  Philo- 
logie.) Leipzig,  1879.  —  De  codicibus  opiisctiloritm  Ausonianorum 
(Decinii  Magni  Ausonii  Opuscula  recensuit  R.  Peiper,  Lipsiae  1886;  Prae- 
Jatio,  p.  V-LXXXV). 


PREMIERE    PARTIE  XIII 

poèmes  que  leur  date  empêche  d'avoir  été  compris  dans  la 
deuxième,  et  qui  —  on  le  voit  par  les  dédicaces  qui  les 
précèdent  —  avaient  déjà  été  édités  séparément. 

La  première  édition  fut  adressée  par  Ausone  à  Syagrius, 
la  deuxième  à  Théodose.  La  troisième  n'a  pas  été  terminée 
par  le  poète  lui-même,  mais  par  quelqu'un  de  ses  proches 
ou  de  ses  amis,  puisque  nous  n'avons  pas  la  troisième 
préface  dont  Ausone  aurait  certainement  fait  précéder  son 
édition  s'il  l'avait  donnée  lui-même.  Le  plan  de  l'édition 
complète  devait  avoir  été  entendu  ainsi  par  l'auteur  : 
d'abord,  ses  poèmes  personnels,  ayant  trait  à  sa  famille, 
ses  amis,  ses  affaires;  ensuite,  ses  exercices  et  fantaisies 
d'école;  en  troisième  lieu,  les  lettres;  enfin  les  épigrammes. 
La  disposition  des  matières  dans  le  Vossiamis  ^  semble  à 
Peiper  une  preuve  convaincante  de  l'existence  de  ce  plan 
d'édition  :  cependant,  dit-il,  le  Vossiamis  ne  contient  pas 
toutes  les  œuvres  que  lîarchétype  devait  avoir,  puisque 
la  Moselle,  entre  autres,  manque  dans  ce  ms. 

On  a  voulu  expliquer  l'absence  de  la  Moselle  en  préten- 
dant soit  que  ce  poème,  déjà  publié  à  part,  ne  fut  pas 
compris  par  Ausone  dans  une  édition  complète,  soit  que 
l'ordre  des  ouvrages  n'est  pas  dans  le  Vossiamis  le  même 
qu'il  devait  être  dans  l'édition  complète.  Peiper  répond 
à  cela  qu'il  lui  semble  étrange  de  supposer  que  la  Moselle, 
principal  titre  de  gloire  du  poète,  ait  été  volontairement 
écartée  par  lui  de  son  édition  définitive;  qvi'il  est  bizarre, 
d'autre  part,  de  supposer  que,  parce  que  le  Vossiamis  ne 
contient  pas  les  Obscena,  il  doit  être  la  copie  d'un  recueil 
fait  pour  les  écoles  :  la  Moselle  n'aurait-elle  pas  eu  néces- 
sairement sa  place  marquée  dans  une  Anthologie  scolaire? 

Non,  la  Moselle  a  dû  être  le  centre  des  deux  éditions,  de 
celle  de  383,  comme  de  celle  qui  compléta  la  première 
en  390.  Après  sa  deuxième  édition,  le  poète  mit  quelques 

•  Le  Vossiamis  1 1 1  de  la  bibliothèque  de  l'Université  de  Leyde,  autre- 
fois ms.  de  nie-Barbe,  sur  la  Saône,  dont  il  sera  parlé  à  propos  de  l'édition 
de  Lyon  de  1558. 


XIV  INTRODUCTION 

unes  de  ses  pièces  nouvellement  composées  à  la  place 
qu'elles  devaient  occuper  dans  vme  troisième  édition  préparée 
sur  le  plan  des  deux  premières  ;  quelques  autres  morceaux 
furent  provisoirement  laissés  à  la  fin  du  recueil  avant  d'être 
placés  comme  il  convenait  ;  et  les  héritiers  d'Ausone  publiè- 
rent ce  recueil  tel  qu'ils  le  trouvèrent  à  la  mort  du  poète. 

C'est  de  ce  recueil  que  viennent  tous  les  mss.  d'Ausone, 
que  Peiper  divise  en  deux  classes  : 

1°  Ceux  à  qui  on  a  enlevé  les  derniers  cahiers  qui  termi- 
naient ce  ms.  en  préparation.  Le  type  de  cette  classe  est  le 
Vossianus . 

2°  Ceux  qui  reproduisent  ces  derniers  cahiers  avec  des 
additions  se  composant  de  pièces  empruntées  à  d'autres 
parties  du  recueil.  Le  t3'pe  de  cette  classe  est  le  Tiliamis  ^. 

Les  manuscrits  de  la  première  classe  ont  fait  une  perte 
importante  :  ils  n'ont  plus  la  Moselle.  Comme  le  Vossianiis 
commence  aujourd'hui  seulement  au  cinquième  cahier fg7<«- 
ternio),  on  a  supposé  que  la  Moselle  se  trouvait  quelque 
part  dans  les  quatre  premiers  :  c'est  une  erreur,  dit  Peiper. 
Les  œuvres  d'Ausone  ne  commençaient  qu'au  cinquième 
cahier,  puisqu'en  tête  de  ce  qui  reste  du  Vossianus  on 
lit  :  «  Abhinc  Ausonii  opiisciila.  »  Dans  les  quatre  pre- 
miers cahiers,  il  y  avait  des  fragments  d'autres  auteurs; 
mais  la  Moselle  ne  s'y  trouvait  sûrement  pas.  Le  Vossianus 
est  donc  la  copie  d'un  ms.  où  la  Moselle  n'était  déjà  plus. 

A  cette  première  classe  se  rattachent  deux  séries  de 
recueils  de  fragments  d'Ausone  dont  on  ne  devine  pas 
nettement  l'origine  et  dont  on  ne  comprend  pas  bien  le 
plan.  Parmi  ces  mss.,  les  vins,  dont  le  Parisimis  est  le 
type,  n'ont  pas  la  Moselle,  qui  se  trouve  dans  les  autres,  les 
Excerpta  de  opnscnlis  Decimi  Magni  Ausonii,  à  côté  de 
morceaux  médiocres  et  peu  intéressants.  Comment  a-t-on 
pu  comprendre  dans   un  même   choix  des  oeuvres  d'une 

^  Ou  Leidensis  Voss.  hit.  Q  107,  manuscrit  Ju  xv"  siècle  qui  a  appar- 
tenu à  Jean  du  Tillet,  d'Angoulême,  évêque  de  Msaux,  et  qui  a  été  consulté 
par  Vinet  et  Scaliger. 


PREMIÈRE    PARTIE  XV 

valeur  si  inégale  et  qui  font  disparate?  Ce  n'est  pas  un 
choix,  dit  Peiper,  mais  une  réunion  de  fragments  dépa- 
reillés, empruntés  à  un  ms.  de  la  même  famille  que  leVos- 
sianns,  et  plus  ancien  que  lui,  puisque  le  ms.  d'où  l'on  a 
tiré  les  Excerpta  possédait  encore  la  Moselle  que  n'avait 
plus  l'original  dont  le  Vossiatms  est  une  copie.  Tous  ces 
fragments  proviennent  d'un  seul  ms.,  plus  voisin  de  l'ar- 
chétype que  le  Vossianiis  :  ils  ont  été  dispersés  au  hasard 
dans  le  Parisinus  et  dans  les  Excerpta.  Tous  ces  Excerpta 
composaient  primitivement  un  seul  recueil,  constitué  avant 
le  VHP  siècle,  dont  les  diverses  parties  se  trouvent  main- 
tenant disséminées  dans  des  mss.  plus  ou  moins  complets  : 
les  mss.  de  la  Moselle,  que  nous  possédons,  appartiennent 
à  cette  classe  des  Excerpta  de  opuscidis  Decimi  Magni 
Aiisonii. 

C.    VALEUR  RESPECTIVE  "des  MANUSCRITS  DE  LA  MOSELLE. 

Cette  question  de  Torigine  des  mss.  de  la  Moselle  étant 
ainsi  résolue,  d'après  Peiper,  il  favit  nous  demander  quelle 
est  leur  valeur  respective. 

Abstraction  faite  de  VHarleianus,  qui,  comme  il  a  été 
déjà  dit,  est  une  copie,  inférieure  au  Laurentianus.  du 
Magliabecchiamis,  copie  dont  les  éditeurs  ne  se  sont 
jamais  servis,  le  meilleur  des  cinq  autres  est  le  Sangal- 
lensis.  C'est  lui  que  je  suis  le  plus  souvent,  ainsi  que  l'ont 
fait  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper.  Voici  la  liste  des  princi- 
pales leçons  qui  lui  sont  particulières  que  j'abandonne  pour 
adopter  celle  des  autres  mss.  ^  : 

Vers  '^'ers  _ 

42  colla,  pour  collo.  52  In.xuria,  pour  luxurtatur. 

50  dispectis,  pour  despectis.  54  fuguras,  pour  figuras. 

f  Te  ne  cite  ni  les  premières  leçons  fautives  corrigées  ensuite  dans  le 
texte  du  ms.,  ni  les  mots  où  je  n'adopte  pas  l'orthographe  du  G  ;  par  exem- 
nl'e  le  G  a,  v.  36  extantes,  v.  70  concarum,  etc.  Il  a  aussi  beaucoup  de 
fautes  dans  l'orthographe  des  noms  propres:  v.  106  tlliriciim,  y.  159 
tracia,  etc.  Je  ne  parle  pas  non  plus  ici  des  cas  où  j  abandonne  les  leçons 


XVI 


INTRODUCTION 


Vers 

6i   maneant,  Tponr  meanf. 
76  ludibrica  piscis,  pour  hi- 

hrica  pisces. 
131  flumineis,     pour    fitimi- 

neas. 
160  fluentem,     pour    fiauen- 

tem. 
194  niontibus,  pour  motibus. 
196  uites,  pour  ni  rides. 
198  animi,  poura;»;»/. 
209  omission  de  /j^r. 
217  laçantes,  pour  tocantes. 
219  pontes,  pour  pont  us. 
258  motuque,  pour  motoque. 


Vers 

312  qitadra,  pour  qiiadro. 
360  adlabere,  pour  adlambere. 
372  Clinique,  pour  quemque. 
391   ;î(?os,  pour  jzeruïs. 
399  ineuterabo,'pourmeniorabo. 
403  protextati,   pour  praetex- 

tati. 
405  retexere,  pour  rexere. 
407  aquilogenas,  pour  aqinlo- 

ni  gênas. 
419  panda,  pour  pande. 
427  prape  litora,  pour  prapel- 

nte. 

463  sajx^onïCMs^poursantonzco. 


A  côté  de  ces  mauvaises  leçons  qui,  pour  la  plupart,  sem- 
blent dues  à  l'inadvertance  du  copiste,  il  en  est  d'autres  que 
je  n'adopte  pas,  mais  dont  quelques-unes  sont  acceptables 
et  pourraient  se  défendre  : 


Vers 

80  eMra  |. 

93  famae  melioris  in  anineni 
(cf.  ^eJ2.,  IV,  V.  221,  fa- 
mae melioris  amantes). 


Vers 


132  geminis  maior  (admis  par 

Schenkl  et  Peiper). 
166  tenens. 
242  defensus...  piscis. 


D'ailleurs,  en  bien  des  cas,  le  G  est  le  seul  des  mss.  qui 
donne  la  bonne  leçon  : 


Vers 

35  spirante. 

praperare. 
60  profundi. 
178  aureus. 


Vers 

198  confundit. 
202  aras. 
240  faciles. 
247  deiectas. 


Vers 

249  inductos, 
281  canuerrere. 
285  quas. 
297  concurrens. 


du  G  sans  adopter  celles  d'un  autre  ms.  :  en  effet,  pour  les  corrections, 
l'indique  au  bas  des  pages  de  mon  texte  le  nom  des  éditeurs  à  qui  je  les 
emprunte;  quant  à  celles  que  j'ai  hasardées  moi-même,  j'essaie  de  les  jus- 
tifier dans  le  Commentaire  qui  termine  ce  volume.  —  Je  cite  les  leçons 
du  G,  du  B  et  du  Rh,  d'après  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper;  celles  du 
Reg  et  du  L,  d'après  Schenkl  et  Peiper. 

^  A  propos  de  ce  mot,  Schenkl  écrit  dans  ses  notes  critiques  :  «  iura  G 
volgo  ».— C'est  par  inidvertance  qu'il  attribue  au  texte  vulgaire  cette  leçon 
que  je  ne  trouve  dans  aucune  édition. 


PREMIERE    PARTIE 


XVII 


Vers 

306  iiolumine. 
326  felix. 
329  aethera. 
367  mole  sarauus. 


Vers 

378  da  Roma. 

414  at  modo. 

415  detexatur. 
417  undas. 


Vers 

426  Hlnc. 
452  mimera. 
470  sM/>er?îo^. 


Le  Bnixellensis  est,  après  le  Sangallensis,  le  meilleur 
des  mss.  Quelquefois,  il  donne  seul  la  bonne  leçon:  v.  79 
nominaque  et  cimctos ;  v.  118  nam  neqiie;  v.  360  allatii- 
bere.  D'après  Schenkl  et  Peiper,  le  B  donne  aussi,  au  v.  39 1 , 
la  bonne  leçon,  netis,  suivie  par  ces  deux  éditeurs. 

Mais  il  y  a  souvent  des  négligences  dans  la  copie  :  mots 
substitués,  omissions,  etc.  Par  exemple  : 


Vers 

10  geIbartii)i,po\irBeIgaruin. 
12  campus,  pour  campis. 
20  saxis,  -pour  ripis. 
28  imitante,  pour  imitai. 
52  hixuriantur ,    pour    luxii- 

riatur. 
55  îiiteo,  pour  iiitreo. 
63  meatus,  pour  ineatii. 
84  cateriiis,  pour  cateritas. 

91  sauari,  pour  Saraui. 

92  qualis,  pour  çwa  ôfs. 

103  incorrupta,  pour  incor- 
rupte. 

112  siicus,  pour  fucus. 

1 13  médium  pinguescis  [  ] 

a^  illum,  pour  médium 
fartim  pinguescis,  at 
illinc. 

1 15  perta,  pour  perça. 

134  barba,  pour  barbi. 

151  multipliées  satis  enunie- 
rasse,  pour  rnidtiplices- 
que  satis  nunierasse. 

171  jn<f?as^  pour  iVaîc^as. 


Vers 

181   cetas,  pour  coetu. 

184  ci<;;i,  pour  dxim. 

196  deriuis,  pour  derisus. 

228  similamine,  pour  simula- 
mine. 

236  aii/s,  pour  acws. 

241  populatur,po\X'c  populatrix 

262  anhelantis, pour anhelatis. 

264  subremos,  pour  supremos, 

267  ^/6/,  pour  î<6î. 

269  parua,  pour  parma. 

275  solido,  pour  stolido. 

281  nereus,  pour  Nereos. 

2S6  aller  [  ]petroria. 

307  hebdoinadas,  pour  hebdo- 
mas. 

317  sfra^o,  pour /erra^o. 

330  aliam,  pour  altam. 

331  concepto,  pour  consepfo. 
342  flumina,  pour  frigora. 
368  /oca  et  la  place  d'une  lettre, 

pour  uocaf. 
387  speculator,  les  autres  mss. 
ont  spectator. 


^J'essaie  dans  le  Commentaire  explicatif  (p.  136,  note  au  v.  470), 
de  justifier  l'introduction  dans  mon  texte  de  la  leçon  superno,  qui  n'a  été 
adoptée  par  aucun  éditeur. 


lU. 


XVIIl 


INTRODUCTION 


Vers 


390  une  lacune  après  amore, 
et,  en  marge,  tiio  au  lieu 
de  tui. 


Vers 


409  Roniatn  e-t  omis. 
42 1  uenies,  pour  ueniens. 
475  /n /2/s  est  omis. 


Je  ne  donne  pas  dans  cette  liste  les  mauvaises  leçons  que 
le  B  a  en  commun  avec  d'autres  mss.,  et  les  fautes  d'ortho- 
graphe, comme  aganippe,  aiixona,  etc. 

heReginensis  se  rapproche  du  Sangallensis{^.  ex.,  v.  4, 
le  Reg  a  sinopes,  leçon  que  le  G  avait  avant  d'être  corrigé  ; 
v.  35,  le  G  a  spirante,  le  Reg,  par  une  transposition  de 
IqUxqs^  speraiiti ,  alors  que  les  autres  mss.  ont  sperante;  le 
G  a.  properare,  le  Reg  preparare,  mavivaise  copie,  au  lieu 
que  les  autres  mss.  ont  reparare  qui  est  un  autre  mot  ;  v.  47, 
le  G  a  sicca  imprimores  pergunt,  et  le  Reg,  siccampjri- 
mores  pergiLut ;  v.  100,  le  G  a  aeqiio  repulsiis,  et  le  Reg, 
eqtio  reptilsits  ;  v.  119,  tous  deux  ont  secnientis;  v.  144, 
adlantiaco;  v.  156,  ads7irgiinf,  alors  que  les  autres  ont 
assiirgunt;  v.  i6y, adstfejn't,  alors  que  les  autres  ontastre- 
pit).  Mais  ce  ms.,  très  négligemment  écrit  (des  mots  sont 
omis,  le  v.  36  est  passé,  beaucoup  de  leçons  sont  absurdes  : 
V.  I  naîiem,  v.4  inflecteque . . .  catenies,  v.  5  apertiia,  etc.), 
n'offre  une  utilité,  d'ailleurs  médiocre,  que  pour  le  commen- 
cement de  la  Moselle  :  car  il  s'arrête  après  le  v.  180. 

Le  Rhcnaîigicnsïs  a  beaucoup  de  fautes  matérielles  et 
de  mauvaises  variantes,  entre  autres  : 


Vers 

13  reserabat  sydtis. 

17  aida. 

25  odoriferi. 

27  ditiexas. 

28  et. 

29  aeqiiiparare. 
33  pricelapsiis. 
51  miramur. 

56  iiichil...  Iiabes. 
59  dimersa. 
65  frontibus. 
77  inccitiis. 


Vers 

86  harisfis. 

87  cibaria. 

90  ociilos homintiin. 

92  hostia. 

95  contigit  uni. 

10 1  f route. 

102  ferculamense. 
107  natatu. 

1 13  pinguescit. 
1 16  amnigeros. 
1 18  7ia7U    que...    so- 
lide. 


Vers 

123  letiis. 

144  athlanciaco. 

145  hoi'as. 

174  fluctus. 

1 75  furate. 

176  panape. 
206  spectant. 
225  atque. 

233  itirgungtda. 
237  libratos. 
252  saera, 
294  plausu. 


PREMIERE     PARTIE 


XIX 


Vers 

298  ciiltns  habifiis- 

qite. 
309  noctia. 
313  suos. 
3 16  tôt us. 
323  îietidicat. 
326  atqiie. 
339  fia  mas. 
345  horis. 


Vers 

358  hosfia. 

360  allabere. 

361  celebratiir. 
369  /esta. 

376  horis. 
389  uaerum. 

395  crtnrt. 

396  iniclii. 
414  ceptiim. 


Vers 

418  hialoqiie. 
427  /acf//. 
429  nichil. 
436  amne. 
469  moselle  per  ha- 
ras. 
471   taurinthes. 
474  îtalet. 


Voici,  parmi  les  leçons  qui  lui  sont  particulières,  celles 
que  je  lui  emprunte  :  v.  80  haud;  v.  1 49  inagnusqiie;  v.  3 1 2 
quadro  eut;  v.  391  neruis  (corrigé  en  7ie^/s   dans  le  Rh-). 

Le  Rh  se  rapproche  du  B  ;  voici  un  certain  nombre  de 
leçons,  communes  à  ces  deux  manuscrits,  qui  montrent 
qu'ils  doivent  procéder  Tun  et  l'autre  du  même  original  : 


Vers 

2  1    et  25  bacho. 

35  veparare. 

47  sicca  iii  primo 
respergunt. 

82  horis. 
1 1 1  yris. 
144  balena. 


Vers  _ 

158  et  162  lieo. 
196  annumerat. 
227  humentia. 
249  indiitos...  leta- 

libtis. 
260  létal  in. 
293  praelia. 


Vers 

354  pronee. 
372  qiienque. 
376  symois. 
378  ora. 
401  presidiiim. 
442  aquitania. 
483  garunne.    ^ 


Le  Laurent iamts  est  le  plus  mauvais  des  cinq  mss.  : 
fautes  matérielles,  variantes  téméraires,  mots  vides  de 
sens,  vers  faux,  rien  ne  lui  manque  pour  lui  enlever  à  peu 
près  toute  autorité.  Je  ne  cite  pour  le  moment  aucune  des 
leçons  particulières  au  L  :  j'aurai  à  m'en  occuper  à  propos 
de  l'édition  d'Ugolet,  constituée  d'après  ce  ms.  Je  me  borne 
à  citer  un  certain  nombre  de  leçons  communes  au  L  et  au 
Rh,  au  L  et  au  B,  et  à  ces  trois  mss.  Il  y  a  en  effet  une  iden- 
tité évidente  entre  certaines  leçons  du  Rh  et  du  L  : 


Vers 

21   amena. 
187  tegantiir. 
254  consensit. 


Vers 

288  lit  fore. 
303  laudatiir. 
369  liostia. 


Vers 

375  smirna. 
377  tibris. 


XX 


INTRODUCTION 


et  entre  un  plus  grand  nombre  de  leçons  du  B  et  du  L  : 


Vers 

27  deuexus. 

47  limphas. 
128  iitriinqiie. 
1 58  panchea. 
216  cynibe. 
224  rediit. 
266  brantia. 


Vers 

272  oinne. 
307  hebdomadasB, 
ebdoinadasL. 
320  decoramine. 
329  irrupit. 
357  nobilibus. 
359  erubrus. 


Vers 

368  /oca  (et  la  place 
d'une  lettre)  B, 
/oca/  L. 

384  seuera. 

390  B  a  en  marge ,  et  L 

dans  le  texte, /ho 

391  7îe/is  B,jiecis  L. 


Ces  deux  derniers  mss.  ont,  de  plus,  un  certain  nombre 
de  leçons  communes,  et  la  même  lacune  (unde...  credi- 
disti,  ligne  5  de  Symmachus  Aiisonio,  édit.  Schenkl, 
page  81)  dans  le  texte  de  la  lettre  de  Symmaque.  Enfin,  le 
B,  le  Rh  et  le  L  ont  beaucoup  de  leçons  identiques  : 


Vers 

35  sperante. 

36  exstantes. 

53  et  243  humentia. 
76  illier  ludentes. 
93  niaioris. 


Vers 

240  facilis. 
247  subiectas. 
281   conuertere. 
285  quos. 
289  calcedonio. 


194  ;no//6Hs  (L,Rh^B^)  297  concurrit. 

198  confudit.  306  uoliimina. 

202  horas.  309  hictiniis. 

215  milasena.  326  diues. 


Vers 

329  aethere. 

359  èe/g-zs. 

367  mollis  arauîis. 

378  înz/fî  roma. 

414  adinodo. 

415  detestatiir. 
417  tendis. 

426    ?MOX. 

452  tempora. 


Nous  nous  trouvons  donc  en  face  de  deux  groupes  de 
mss.  de  la  Moselle  :  d'une  part  les  deux  plus  anciens,  le  G 
et  le  Reg,  qui  sont  l'un  et  l'autre  du  x«  siècle,  entre  lesquels 
on  constate  bien  des  ressemblances  sans  pouvoir  soutenir 
pourtant  que  le  deuxième  soit  une  copie  du  premier;  d'au- 
tre part,  le  B,  le  Rh,  mss.  du  XIP  siècle,  et  le  L,  ms.  de  la 
fin  du  xv^  siècle,  copie  d'un  ms.  du  XIV^  siècle,  qui  ne 
procèdent  pas  évidemment  du  G,  mais  qui  sont  des  copies 
du  même  archétype  que  le  sien,  lequel  devait  être  déjà 
assez  médiocre  lui-même.  Cette  communauté  d'origine  des 
cinq  mss.  me  semble  démontrée  par  l'identité  d'un  certain 
nombre  de  leçons  qui  leur  appartiennent  à  tous,  et  qui, 
corrigées  ou  laissées  telles  quelles  par   les  éditeurs,   ont 


PREMIERE    PARTIE 


XXI 


été,  en  tout  cas, 
partout  : 

Vers 

29  potes. 

32  muniinine. 

57  intuitu. 
'39  defensa. 
176  oreadas. 
179  M^. 
2i8  spectata. 
221  ainms  et, 
276  boetia. 


discutées  par  la  critique.  En  effet,  on  lit 


Vers 

277  dirces. 

290  iinignmn. 

307  menecratos. 

316  achates. 

321   natiira. 

361   ce!  sis. 

380  roiiiae    tenuere 

parentes. 
409  popuUqiie. 


Vers 

423  n  /  o-rw  7« . . .  /t</)o- 

438  uiuifica. 

440  latius. 

450  augustus . .  .nati 

462  fines. 

463  profluus. 
468  noniine. 
472  quaque. 


Je  suis  loin  de  prétendre  que  toutes  ces  leçons  soient 
mauvaises;  il  en  est  que  j'adopte  moi-même  (p,  ex.,  v.  321 
natii,ra)\  d'autres  se  trouvent  chez  Schenkl  et  Peiper.  Mais 
il  en  est  d'inadmissibles  (Oreadas,  Dirces,  menecratos, 
celsis,  Ltiponudum,  JtinificaJ;  en  outre,  la  plupart  des 
éditeurs  croient  trouver  une  lacune  au  v.  206,  et  une  autre 
après  le  v.  379  :  comment  expliquer  que  ces  lacunes,  ces 
leçons  dont  quelques-unes  sont  inacceptables,  et  qui  toutes 
sont  discutables,  se  trouvent  à  la  fois  dans  les  cinq  mss., 
si  l'on  ne  suppose  qu'ils  procèdent  tous  d'un  même  arché- 
type, dont  le  Sangallensis  s'éloigne  moins  que  ne  font  les 
autres  ? 


CONSVLARIS  INOPIT, 


R  ANSÎERA  M  CÊIÏÏRÊM  NEE  VIO 

SO  FLVMlt^ENAVAM 
«       Addita  miratus  ueteri  noua  mecnîa  mnro 

.Aequauit  latfas  ubi'  qiiondl  gaîîiVcannas 

înfietasc^  iicent  inopes  fuper  arua  cateru^ 
Vn^e  îtcr  iiigrediens  nemorofa  psr  auia  folum 
Et  nuîla  humani  îpcdans  nsftîgîa  cultus 
Prstereo  arentem  fidcntibus  undî^  îtnîs 
Dum  n&tn:ù^zCc^  perenni  fonts  tabernaf 
Arua9  fauîomatum  nuper  comitata  colonis. 
Bt  tandem  prmiis  beigarum  conîpicoî  orfs 
Niaomagum  dimeaft       inditaconilanrinL 
Purior  hic  campîs  aer.ptebuf*:^  rercno 
Lomr'ne  pnrpureum  reiêratiam  fudus  olimpum, 
Nec  iam  conferris  per  mutiia  uincula  ramis 
Qusrîmr  exdofuni  uiîidi  caligine  cjslum: 
Std  liquidum  iubar  ôc  ratiîam  uifetitibas  22thram 
Libéra  perfpicui  non  inuidetaura  did. 
In  fpedem  cûm  me  patris^cuîtu^  nitentîs 
Burdîgals  blando  pepnkrunt  omnîa  nifu; 
Cuîmina  niîlarum  pendennbus  édita  ripis. 
Et  uîrides  bachocolles:&  amoena  f  luenfâ 
Subter  labentes  taâo  rumore  mofellae. 
Salue  amnis  laudate  agtisrîaudate  colonis 
Dignata  imperio  debeiit  eu;  msnia  belge: 
Amnîs  odorifero  inga  uitec  confite  baccho: 
Confitcrgramîneas  amnis  HiridifTime  ripas. 
Nauigct  uî  pdagus  deuexus  promis  iu  undas 
Vt  f  luuiuî  U!treoc0  ïacus  imitareprofimdo 
Et  îiuoî  trepido  potes  xquiperare  meatu: 
Eîliquido  gelidos  fontes  pr«cellere  potuî 

Fac-similé  de  la  première  page  ik  la  Mosklla  âam  l'àlilion  J'Ugolel  (icclodii  folio  LXI), 


pVJm^à:^^^ 


Deuxième    Partie 

LES   ÉDITIONS   DE   LA    MOSELLE 


I 

Éditions  fondées  sur  le  Laurentianus. 

A.    l'édition   PRih'CEPS  d'ugolet  (1499). 

LA  liste  complète  des  éditions  d'Ausone,  des  recueils 
divers  où  se  trouve  la  Moselle,  et  des  éditions  particu- 
lières de  ce  poème,  jusqu'à  1845,  a  été  donnée  parBoecking, 
dans  les  pages  3-1 1  de  sa  troisième  édition  de  la  Moselle  ^ . 
Je  m'occuperai  ici  principalement  des  publications  qui  ont 
fait  faire  quelques  progrès  au  texte. 

La  Moselle  ne  se  trouve  ni  dans  l'édition  princeps 
d'Ausone,  publiée  à  Venise  par  Bartholomaeus  Girardinus 
(1472),  ni  dans  l'édition  donnée  à  Milan  (1490),  sous  les 
auspices  de  Georges  Mérula,  par  Jules-Emile  Ferrarius,  ni 
dans  les  deux  autres  éditions  de  Venise  :  la  première  (1494) 
qui  reproduit  celle  de  Milan,  la  seconde  (  1 496)  qui  la  corrige 
et  la  complète,  par  les  soins  d'Hieronymus  Avantius. 

L'édition  princeps  de  la  Moselle  est  celle  d'Ugolet  :  c'est 
un  in-4°  intitulé  <ùftxa  ^JuCcnij  Uupcr  Htffrta;  la  Moselle  occupe 
les  feuillets  LXI-LXVII.  L'ouvrage  est  précédé  d'un  privi- 
lège accordé  par  «  Ludovicus  Maria  Sfortia  Anglus,  dux 
Mediolani  &  ceetera  »  à  Ange  Ugolet,  citoyen  de  Parme, 

'^  Moselgedichte  des  Deciiniis  Magnus  Ausonius  tind  des  Venaniius 
Honorius  Clementianiis  Fortiinatiis,  dans  Jahrbiicher  des  Vereins  von 
Alterthumsfreunden  im  Rlieinlande ,  1845. 


XXIV  INTRODUCTION 

pour  faire  imprimer  la  Moselle  et  autres  opuscules  d' Ausone 
découverts  par  Thadée  Ugolet,  frère  d'Ange.  (Cum  Angélus 
Vgoletus  ciuis  Parmeiï.  nofter  diledus  fignificauerit  nobis 
fe  optare  imprimi  facere  Mofellam  Aufonii  poetce  Opufculû 
cum  aliis  eiufdem  quae  maiorum  incuria  delituiffe  &  opéra 
Thadei  Vgoleti  eius  fratris  reperta  fuifïe  afferuit.)  Le  pri- 
vilège daté  de  Milan,  28  juillet  1498,  était  accordé  pour 
deux  ans.  On  lit  à  la  fin  du  volume  (recto  du  feuillet 
LXXVIII)  :  <:  Impreffum  Parmae  per  Angelum  Vgoletum 
Parmenfem  Anno  Domini  1499.  Die.  x.  menfis  lulii^.^ 

On  voit  que,  d'après  Ugolet  lui-même,  la  grande  nou- 
veauté de  l'édition  consistait  dans  les  fragments  inconnus 
jusqu'alors  qui  paraissaient  pour  la  première  fois.  C'est  à  ces 
fragments  que  le  titre  «  OPERA  AUSONii  NUPER  reperta  » 
fait  allusion,  quoique  le  recueil  renferme  aussi  les  œuvres 
déjà  publiées.  Et,  parmi  ces  fragments  nouveaux,  c'est  la 
Moselle,  qui  à  juste  titre  tient  la  première  place  dans  les 
préoccupations  de  l'éditeur;  c'est  la  Moselle  qui  est  expres- 
sément désignée  dans  le  privilège  :  «  fe  optare  imprimi 
facere  Mofellam  Aufonii  poetae  Opufculû...  » 

Pour  ce  qui  est  de  la  Moselle,  Thadée  Ugolet  n'avait  eu 
en  mains  qu'un  ms.,  comme  il  l'apprenait  au  médecin  Lazare 
Cassola,  dans  son  épître  dédicatoire  :  «  Mofella  uitiatus  & 
mutilatus  inlucê  gpdibit  :  ut  pote  efcriptus  ex  unico  exëplari  : 
eodëqj  ab  indiligëte  librario  exarato.  Nônulla  tiï  in  eo  corri- 
gere  têtauimus  :  &  ea  potiffimu  quae  ratione  emé'dari  pofïe 
uidebant' .  Caetera  q  uix  conieét  :  affequebamur  retulimus.  » 

L'unique  ms.  dont  Ugolet  s'est  servi  est  évidemment  le 
Laurentianus  :  dans  le  L,  la  Moselle  se  termine  avec  le 
V.  482;  après  le  v.  482,  Ugolet  écrit  «Déficit  Reliquum 
Mofellae  ».  Dans  l'édition  comme  dans  le  ms.,  le  v.  407  est 
omis,  et  les  vers  418-42086  trouvent  placés  après  le  v.  445. 
Enfin  Ugolet  suit,  le  plus  souvent  sans  les  corriger,  les 
leçons  du  L  :  pour  rendre  évidente  l'étroite  parenté  qui  unit 

^  Je  cite  l'édition  d'Ugolet  d'après  l'exemplaire  que  M.  Dezeimeris  a 
bien  voulu  me  communiquer. 


DEUXIÈME     PARTIE 


XXV 


Tédition  au  ms.,  il  suffit  de  relever  quelques-unes  des  leçons 
mauvaises  ou  réellement  absurdes  du  L  —  on  n'a  que 
l'embarras  du  choix  —  qui  ont  passé  dans  l'édition  : 


Vers 

1 1  climeaft  ^  [  ] 
inclyta  (Ug., 
inclita) . 

22  l abêtîtes  tacîo. 

31   riuus  ianthis. 

33  murmure. 

40  cereres... remis. 

44  fegnis. 

49  mafmoriim. 

54  Nec  reniient. 

65  ingenis. 

^o  fédère  ^^. 

87  thioria. 

89   Thedo. 

91   iiecate  (Ug., 
Vecate). 

06  illipicum. 

i2  focus. 

17  efi  tendsre. 

20  et  123  hinc. 

24  Eruet...nitore. 

38  corpora  agmi- 

nafoli. 

39  «//ï. 
48  balla. 

58  panchea (L,B). 

67  Prohra  ferunt. 

68  £^  riibens  ^3. 
74   Torrent. 

85  MembrafpecTit . 

8g  fuenda...    con- 

claueiis. 


Vers 

191   conjlitit. 

214  artes. 

217  pulfos. 

224  ré>rfz7f  (L,  B). 

231  expeâîantis. 

234  fpsciate. 

236  praetendatdjg. , 

pretendat). 
240  A^a;;t  wero. 
244  uerret. 
246  fena  Jîgnis. 

249  Ic'tabilis. 

250  ignota. 

253  inclytum  (Ug., 

.     inclitiim). 
259  iindœ. 
275  Impedit. 
278  vtoribundus. 
296  utriimq^. 
306  noJiimina  TL, 

B,  Rh). 
308  vianus  tibi. 
312  cé-c^ro    ?7i  /o/?/- 


^/a  conor 


3 '3  «>yè. 

314  a6. 

320  decoramine 

(L,  B). 
322  prociir rentes. 
324  Vllatemis, 
332  captate. 
336  colonis. 


Vers 

337  fubdu&a. 

338  «/>er^o. 

350  dignandiim  ma- 
ri memorajfe. 

353  «'^f  (Ug.,  laYo?). 

354  pronea    efi... 

adu6ia. 
357  iVo6z7ï6»s(L,B). 
360  alabere. 
370  Non...  tacitam. 
381  frigumq^...  ma- 

fellam. 

389  9«orf  (L,  G). 

390  z'wo. 

391  necis. 

392  orrt. 
40 1   régis, 

408  PerfeClurarum. 

414  arf  7«orfo  (B,  L, 

Rh). 

415  dilata  efi. 
418  haloq^. 

422  ninâîos. 

423  fiiperefi. 

424  lattis. 
448  tanta. 
454  /««^o  g'MÎ. 
457  niinc...  horea. 

464  duraui. 

465  pofiponat... 

tandem. 
470  celebranda. 


^  D'après  Schenkl,  climcast. 

V  Un  des  anciens  possesseurs  de  l'exemplaire  de  M.  Dezeimeris  a  écrit 
en  marge  feiiere. 

«[3  Le  même  a' écrit  en  marge  r/^a  rwôis,  conjecture  qui  se  rapproche 
de  celle  d  Avantius,  Terra  rubens.  Les  notes  de  cet  anonyme  sont  d'une 
écriture  très  ancienne,  mais  elles  datent  d'un  temps  où  l'Ascensiana  avait 
paru,  car  le  v.  483  est  restitué  de  la  même  main  au-dessous  du  dernier 
vers  du  texte  d'Ugolet. 


IV 


XXVI 


INTRODUCTION 


Dans  sa  lettre  à  Lazare  Cassola,  Ugolet  annonçait  Tin- 
tention  de  corriger  son  texte.  On  voit  qu'il  en  a  laissé 
subsister  les  fautes  les  plus  grossières  :  il  en  a  même 
ajouté;  par  une  coïncidence  singulière,  quelques-unes  de 
celles-ci  se  trouvent  dans  le  G  qu'Ugolet  ne  connaissait 
certainement  pas  :  v.  96  Spirantem  (L  a  spirantuin  et  G, 
spirantem  corrigé  en  spirantuni)\  v.  lôo  flitentem  (L  a 
flauentem).  On  lit  en  outre  dans  le  texte  d'Ugolet  entre 
autres  fautes  ajoutées  à  son  ms.  : 


Vers 

18  ctiltuqi  (L  cultumqiie). 

2 1  bacho,  comme  B  et  Rh  (L 
baccho) . 

27  Nauiget  (L  nauiger). 

60  fluentis  (L  Jiiienti). 
106  bnioiiis  (L  binominis). 
1 14    Vfq}  ad  (L  usque  sub). 
124  fainojis  (Lfuinosis). 
1 7 1  Nai'adas  (L  naidis,  Schenkl; 

naidas,  Peiper). 
215  miffena  (L  milaseiia). 
220  in/peciem(L  speciem). 
222  perfunderit    (L    perfude- 

rit). 
227    Vnde  (L  unda). 
229  redite  (L  redire). 
237  extende  (L  extendere). 


Vers 

292  furenteni  (L  furentuni) . 
321  yaȔ  (L  saxi). 
363  far  ras  (L  serras). 

368  /oca,  comme  B  (L  locat). 

369  angujiam  (L  augustam). 

370  pingiia  (L  pinguia). 
372  quœq:}  (Lqueniqiié). 

374  moles  (L    mores)  ...tibi  Ji 

(L  sî  ^î6/). 
390  crede  (L  coude). 
403  prœtejîati  (L  praetextati). 
41 1  primiis  (L  primis). 
432  ex  tendit  (L  extendet). 
437  wno  (L  iinus). 
443  circino  (L  concino). 
460  Strigentem  (L    stringen- 

tem). 


Quelques-unes  de  ces  fautes  (nauiget,  moles,  uno)  ont 
passé  dans  beaucoup  d'éditions. 

Parmi  les  corrections  d'Ugolet,  quelques-unes  ne  font 
que  remplacer  une  faute  du  ms.  par  une  autre  : 


Vers 

45  lagceis    (L    legenis),  pour 

limigenis. 
66  liitoqi    latofqj   (L    lucoque 

latosque),  pour  lucetqiie 

latetqe. 
127  obfenio  pleno  (L    obsenia 

^/ëo),  pour  obsonia  plebis 


Vers 

182  £1^  cum/uItantef(L  et  cum 

insultantes),  pour  Tune 

insultantes. 
22 1  Pupiartafq:}  (Lpicppi erfas- 

que),  pour  Pubertasque. 
253  treniendo  (L  tremô),  pour 

tremori,  etc. 


DEUXIÈME    PARTIE 


XXVII 


D'autres  constituent  un  progrès 


Vers 

2  miiro  (L  a  7nco,  surmonté 
d'une  sorte  d'w  entre  le 
m  et  le  c) . 
33  prolapfiis  (L  praelaxus). 
71   locitpletihiis  iifq^  J'iih  (L  lo- 

cupletibtis  sub). 
94  facrof(L  saxos). 
99  Surgit  &  e(L  surgi  te  de). 
118  Namqi  &  (L  naiiiqne). 
204  alacris  (L  alicris). 
249  Implicitos  (L  iiiclytos). 


Vers 

286  coinit  (L  contra). 

307  Ebdomas  (L  ebdomadas). 

309  /oco  (L/aco). 

388  ueteres  qui  clarat  athenas 

(L  îieteresque  athenas). 
394  iiirorum    (L    ii/ruiii ;    que 

est    ajouté    d'une     autre 

main). 

397  fe/îifî    captas  (L  tenuique 

captas). 

398  fa/îis  CLfustis). 


Enfin,  quelques  corrections  d'Ugolet  sont  d'accord  avec 
le  texte  reçu  des  autres  mss.,  ou  même  réparent  des  erreurs 
communes  à  tous,  et  subsistent  définitivement  : 


Vers 

131  ntemorande{meinorante  L). 

164  Vertice  (uerticein  L). 

166  labens  (lambens  L). 

183  natandi  (iiatanti  L). 

198  coiifundit(confudit L,Rh.,B). 


Vers 

276  6oeo^/a(les mss. ontboetia). 

277  circes  (les  mss.  ont  dirces). 
442  aquitania,    comme  Rh   et 

B  {equitania  L). 
468  /6?Y aturrus (ibi aturrus L). 


On  voit  qu'il  y  a  encore  bien  des  fautes  dans  l'édition 
d'Ugolet;  plusieurs  pourront  être  corrigées  par  les  éditeurs 
qui  viendront  après  lui.  Mais  beaucoup  de  ses  propres 
corrections  qui  sont  insuffisantes,  et  qui  donnent  cependant 
un  sens  à  peu  près  satisfaisant,  passeront  dans  les  éditions 
suivantes,  jusqu'au  moment  où  l'usage  de  mss.  meilleurs 
que  le  Lmirentianiis  permettra  de  rétablir  la  vraie  leçon. 

B.    LA  CONTREFAÇON  DE  L'ÉDITION  D'UGOLET  (VENISE,  15OI). 

Un  peu  plus  de  deux  ans  après  l'édition  de  Parme,  une 
contrefaçon  parut  à  Venise.  On  lit  à  la  fin  de  ce  volume 
in-4°  qui  n'est  pas  paginé  :  «  Impreffum  Venetiis  Anno. 
M.  CCCCCI  Die.  XXX  Oc1;obris.»T  Cette  nouvelle  édition 

*  Je  cite  également  cette  édition  d'après  l'exemplaire  de  M.  Dazeimeris. 


XXVIII 


INTRODUCTION 


ne  portait  aucune  amélioration  à  la  première;  au  contraire, 
pour  la  Moselle  en  particulier,  si  quelques  fautes  d'impres- 
sion sont  corrigées,  beaucoup  d'autres  sont  ajoutées  au 
texte  primitif  par  l'éditeur  anonyme  de  Venise.  Voici  la 
liste  des  différences  qu'on  remarque  dans  le  texte  des  deux 
éditions  : 


Vers       Éilition  1499. 

Édition  1501. 

2i  baclio. 

baccho. 

25  iiitev. 

viter. 

27  iii. 

in. 

31   riiiiis  ianthis. 

riiius  Ianthis. 

37  ne. 

nec  ne. 

60  arcaniq^. 

arcamqj . 

61   liquidariiin. 

loquidarum. 

67  glarea. 

gâtera. 

71   Délit  iafq^. 

Deliciafq}. 

72   monilia. 

nonilia. 

77  fpecies. 

.   Jpecis. 

79  niunerofœ. 

nnmerofœ. 

84  Diffère. 

Difcere. 

95  contigit. 

contingit. 

96  inlaïuiata. 

mandata. 

99  fummaf. 

fumas. 

108  mofellœ. 

moffellœ. 

1 16  Amnigenos. 

Ainiiigenns. 

123   inenfarmn. 

men/urarutn. 

134  Propexiq^. 

Pro/pexiqj  ^ . 

147  decre/ere. 

decre/cere. 

148  mitis. 

mittis . 

154  traâln. 

tra6îu. 

161   tendentîs. 

tentdentis. 

162  fluuialis. 

fliiialis. 

187  Fas  mihijîfpro. 

Fas  mihi  pro. 

189  fpeties. 

fpecies. 

190  fliiuius. 

fîuiiis. 

193  Hefperus. 

Hfperus. 

202  oras. 

ho  ras. 

208  œqnore. 

œquore. 

227  a/ios. 

alio. 

^  C'est  cvideminent  le  simple  hasard  d'une  faute  d'impression  et  non 
l'usage  du  L  qui  a  prospexit,  ou  du  Rh  et  du  Reg  qui  ont  précisément 
prospexi,  qui  amène  cette  variante  dans  l'édition  de  1501. 


DEUXIEME    PARTIE  XXIX 

Vers         Éilition   1499.  Édition    ijoi. 

232  alunnœ.  alumnœ. 

255  preclîl.  prœclà. 

299  predia.  prœdia. 

309  Hic  tiniis.  ///c//»as(sembleenunmot). 

310  perimitqj.  peremitq^. 
318  dtgnum,  di'giitint. 
352  differre.  differre. 
399  uicmorabo.  meniorabo. 
429  potière.  protiere. 
459  hoiimqj.  bonumqj. 

Il  y  a  aussi  quelques  variantes  peu  importantes  dans  la 
ponctuation,  dans  Temploi  des  v  ou  des  te  au  commencement 
des  mots,  et  des  s  ou  des/ à  la  fin.  L'éditeur  de  150 1  use  aussi 
plus  volontiers  des  abréviations  que  ne  faisait  Ugolet  :  il 
écrit,  par  exemple  mirât'  (v.  2),  carias  (v.  3),  aqtiaR\  (v.  6i  ). 

Dans  l'Introduction  de  son  édition  de  la  Moselle,  Tross  cite 
parmi  les  ouvrages  qu'il  a  eus  entre  les  mains  un  Ausone 
d'Ugolet,  daté  de  Venise  i  500,  réimpression  de  l'édition 
de  Parme,  1498  :  «  Die  Ausgabe  des  Thadaeus  Ugoletus; 
Venedig  1500  4'°.  Sie  ist,  wie  die  meisten  Varianten 
ausweisen,  ein  so  genauer  Nachdruck  der  von  Ugolet  1498 
zu  Parma  besorgten^.  »  Tross  est  généralement  inexact:  ici, 
il  écrit  évidemment  1498  et  1500  pour  1499  et  1501.  La 
Notitia  Literaria  de  l'édition  des  Deux -Ponts  mentionne 
aussi  un  Ausone  d'Ugolet  publié  en  1 500  :  «i  500  Veneta  IV, 
4.  éd.  Thad.  Ugoleto.  Hujus  exemplum  habuit  Fabricius, 
quodfuit  olim  Alciati,  qui  loca  quaedam  fua  manu  correxit.  » 
Mais  ¥3hx\c\\xs,{Bibliotheca  latina  mediœ  et  infimœ  cetatis, 
lib.  I,  p.  42  1 ,  Hamburgi,  1734)  dit  que  cet  exemplaire  est 
de  I  50 1  :  <■<  Poffideo  editionem  cum  Thaddœi  Ugoleti  Par- 
menfis  praefatione  vulgatam  Venetiis  1501.  4.  paffimque 
notatam  manu  viri  fummi  Andreœ  Alciati.  » 

Il  ne  semble  donc  pas  qu'il  y  ait  eu  vuie  édition  d' Ausone 
publiée  à  Venise  en  1 500. 

^  Des  D.  M.  Ausonius  Mosella  von  D'"  Ludvvig  Tross.  —  Zweite.  — 
Hamm,   1824.  Einleitiuig,  X. 


Mufonim 

PEU  HiEROKVMVM  AVAHtlVM  VERONE^/ 


«.    V- 


Lî fponiîo  Auronii  Ad  Theodofâum»  Falio*  aé 


Hpiilok  Afila^ir?  ad  Paulmt^m  Folio»  2» 

DîLîinû Catmi'Sî  larnbii paoliol  Ad Âafbaiu,   FoUo?  â^i* 

Pauîini  Aufonio  Epiiloiaic^unda*  7^?^ 

Pauîirij  Aî^roino  Epiltoh  tsid^  70^ 

Pauii.rl  Aisfonio  Epiflcla  qasria»  7!^ 

Epiîtola  Symachi  ad  Auf^^nium  tS-g 

Âatonii  Qïmen  impe^feSum^  7^*.; 


^  AL^ant!  dccus  omnmmî 

È'i  :vji€a£iorommb>yFd 

Ingens  ocsanum  ^^idiiiôi  ^Itimog 

Europx:aE9  afisE  uiditî&  Aphiis^» 

^nfraâiijiram  h^^c  lua 

Non  curât  tumidi  b>Uns 

ScylIamîqiK)  hûo  d'mtia^i  pare?* 

En  en  Aafonis  parsipmeas  comass] 

fl8dsnK%  Rac€muîos 

Donat  Pieiidum  choro. 

LïtemurmihiS  hoc  munerc  r  LirJusj 

Bacchemur  nimium  plauabeî,^  Mcros 

NamiamïuauiusedaihU; 

Ac  ail.  cil  opuiçmi^s* 

l-'ac-simUèdii  lilre  àe  V Kviow.  d' Av.iuhiis. 


DEUXIEME    PARTIE  XXXI 

C.  l'Édition  d'avantius  (1507). 

Six  ans  après  la  contrefaçon  de  rédition  d'Ugolet,  Avantius 
publiait  un  nouvel  Ausone  à  Venise;  c'était  un  in-4°  intitulé: 

AufonillS  II  PERHIERONYMUMAVANTIUMVERONEN  ||  SEM 

AR.  DOC.  EMENDATVS On  lit  à  la  fin  du  volume,  charf. 

LXXXIII,  au  recto  :  (Impreffum  Venetiis  per  loannem 
Tacuinum  de  Tri  ||  dino  :  Anno  Domini.  MCCCCC.  VII. 
Die.  VII.  Aprilis^. 

Dans  cette  édition,  Avantius  ne  suivait  pas  son  propre 
texte  de  1496,  mais  celui  d'Ugolet. 

Il  explique  lui-même,  dans  une  dédicace  adressée 
«MARCO  Gornelio.  s.  m.  in  Porticu  Cardinali  »,  qu'il  a 
ajouté  à  ce  que  l'on  connaissait  d'Ausone  beaucoup  de 
pièces  inédites,  et  que,  pour  le  reste,  il  s'est  reporté  à 
rédition  d'Ug-olet  dont  "il  s'est  attaché  à  corrig-er  les 
nombreuses  fautes  dues  à  la  négligence  des  imprimeurs  : 
«...  cum  nuper  repererim  aliquot  Aufonii  Carmina  diu  in 
fitu  iacentia  :   &  locis  plcerifq3   deprauatiffima  :  Ea  ftatim 

(ne  prorfus  périrent)  pro  uiribus  Emendans  reformaui 

Iterum  enim  Emendandum  fufcepimus  Aufonii  codicem  non 
Venetiis  fcilicet  noftra  cafligatione  olim  Impreffum  :  fed 
Tadei  Ugoleti  beneficio  a  parmenfibus  imprefforibus*-  nuper 
emiffum  :  hune  igitur  ut  pote  locupletiorê  Emaculandum 
adfumpfimus  :  diligentiam  quidam  non  Tadei  :  qui  uir  ifte 
inter  dodlos  optimus  nequaquam  potuit  prœltare  :  fed 
parmenfium  aliorumq3  omnium  imprefforum  pluribus  locis 
defideramus.. .  >  Nous  n'avons  pas  à  nous  occuper  des  pièces 
inédites  ajoutées  par  Avantius,  et  dont  il  donne  la  liste  à  la 
première  page  de  son  édition  :  «  Opéra  quae  nunc  addidimus 
nô  alias  îpreffa  fût  haec  :  uidelicet...  »  (suit  la  liste).  A  la 

^  Je  cite  l'édition  d' Avantius  d'après  la  collation  que  M.  Jean  Larocque 
a  faite  pour  moi  de  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  nationale  {Réserve  Y, 
14J4  ;  au  dos  du  volume,  m  Y  c,  608). 

*2  On  voit  qu' Avantius  ne  tient  aucun  compte  de  la  contrefaçon  de  Venise 
et  qu'il  s'occupe  uniquement  de  l'édition  de  Parme. 


XXXII  INTRODUCTION 

même  page,  il  donne  aussi  cette  indication  :  «  Diétiones 
emendatae  hiït  primas  duas  litteras  maiufculas.  »  Pour  la 
Moselle,  en  particulier,  cette  indication  n'est  pas  rigoureu- 
sement exacte  :  on  peut  relever  plusieurs  corrections  au  texte 
d'Ugolet  qui  ne  sont  pas  signalées  par  ces  deux  majuscules 
initiales. 

Il  est  assez  curieux  qu'Avantius  ne  se  soit  pas  préoccupé 
de  se  procurer  le  Lanrentianus,  et  qu'il  ait  mieux  aimé 
corriger  l'édition  d'Ugolet  d'une  manière  conjecturale  que  de 
recourir  au  ms.  dont  il  devait  se  rendre  compte  que  l'éditeur 
de  1499  avait  tiré  un  parti  insuffisant.  J'ai  donné  la  liste  des 
fautes  qu'Ugolet  a  ajoutées  à  son  ms.  en  le  transcrivant 
néofliffemment  :  la  liste  des  corrections  d'Avantius  fera  voir 
que  celui-ci  a  laissé  subsister  beaucoup  de  ces  mauvaises 
transcriptions.  Un  exemple  de  correction  conjecturale 
prouve  bien  qu'Avantius  n'a  pas  usé  du  L  :  au  v.  390,  ce 
ms.  a  conde,  qui  est  la  bonne  leçon  ;  Ugolet  en  fait  crede  qui 
n'a  pas  de  sens.  Avantius  corrige  crede  en  cède,  sans  doute 
par  un  souvenir  de  ce  passage  de  Stace:  Cedamus,  chely 
(Silv.  I,  V,  3,  V.  1 19).  D'autre  part,  quelques  changements 
o'.i  Avantius,  en  s'éloignant  du  L  et  d'Ugolet,  rétablit  par 
hasard  la  leçon  du  B,  du  Rh  ou  du  Reg,  ne  démontrent  pas 
suffisamment  qu'il  ait  usé  de  ces  mss.  :  p.  ex.,  v.  1  na-iiem 
(Reg),  V.  I  o  1  fronte  (Rh),  v.  1 92  prottiUt  (B,  Rh ';,  v .  360  alla- 
here  (Rh),  v.  391  neruis  (Rh')  :  s'il  avait  connu  le  Rh  ou  le 
B,  il  aurait  restitué  les  v.  407  et  483,  et  n'aurait  pas  laissé 
les  V.  418-420  placés  entre  les  v.  445  et  446,  comme  ils  le 
sont  dans  le  L  et  dans  Ugolet. 

C'est  donc  sans  autre  secours  que  sa  propre  inspiration 
et  avec  des  succès  divers  qu'Avantius  a  corrigé  le  texte 
d'Ugolet  :  toutes  ces  corrections  n'ont  pas  une  égale  valeur. 
Quelques-unes  sont  des  conjectures  définitives;  d'autres,  en 
plus  grand  nombre,  restituent  le  texte  des  mss.  ;  d'autres 
encore  essaient,  sans  y  réussir,  de  faire  disparaître  les  absur- 
dités d'Ugolet.  Il  en  est  enfin  qui  ajoutent  des  fautes  au 
texte  de  1499. 


DEUXIÈME    PARTIE 


XXXIII 


Voici  les  corrections  d'Avantius  qui  ont  passé  dans  le 
texte  de  la  Moselle: 

V.  169  homines  (correction  définitive  à  la  leçon  homintim 
d'Ugolet  et  des  mss.)- 

V.  237  ceptat  (correction  inutile  à  la  leçon  captât,  passera 
dans  le  texte  vulgaire). 

V.  261  Ciiiq^  (bonne  correction  au  QnJqi  d'Ugolet  et  aux 
leçons  des  mss.). 

V.  440  /a^/■^7  (bonne  correction  au  latins  d'Ugolet  et  des  mss.). 

V.  450  natiis  (correction  au  nati  d'Ugolet  et  des  mss.,  passera 
dans  le  texte  vulgaire). 


Voici  la  liste  des  corrections  d'Avantius  qui  restituent 
soit  la  bonne  leçon  des  mss.  dénaturée  dans  le  texte  du  L, 
soit  la  leçon  même  du  L  inexactement  rendue  dans  la 
mauvaise  transcription  d'Ugolet^: 


Vers  Ugolet. 

2 1  hacho . 

22  lahent2S  tacio. 
25  uitev. 

40  cereres...  remis. 
45  pretexeris. 
73  leta. 

80  fédère. 

81  œqiiores. 

87  thioria. 

88  Purpiirifq^...  guftif. 
96  Spirantem. 

99  Surgit  &  e. 
106  ilUpiciim...  binonis. 
124  Emet...  nitore. 
1 27  ohfenio  pleno. 
132  police. 
138  corpora  agmina. 

147  decrefere. 

148  balla. 
'59  trhacia. 
160  fluentem. 


AVANTIUS. 

baccho. 

labentis  tacito. 

uitea. 

celeres...  reini, 

prœtexeris . 

lœfa. 

fecundœ. 

œqitorei. 

trihoria. 

Purpureifq^...  gnttis. 

Spirantxim. 

Gnrgite  de. 

illiricum.. .  binominis. 

Fer  net...  nidore. 

obfonia  plebis. 

poil  i  ce. 

corporis  agmina. 

decrefcere, 

ballena. 

thracia. 

flaiientê. 


*  Je  supprime  dans  cette  liste  l'indication  des  majuscules  qui  indiquent 
quilquefois  les  corrections  d'Avantius:  ainsi  l'éditeur  de  1597  écrit  au 
V.   173  trepida/QVe. 


XXXIV 


INTRODUCTION 


Vers  Ugolet. 

16 1    Sitmis. 

172  lefa. 

173  trépidas. 

174  Torrent. 
183  fatiros. 

185  MemhrafpecTtt. 
189  fuenda. 
207  excludet. 

308  œqiiore. 

2ii  acliatis...  leta. 

213  ni  II  ace. 

214  artes. 
217  pulfos. 
229  redite. 
234  fpe6iate. 
237  extende. 
259  nndœ. 

286  Pretoria. 

287  fejîiatinn. 
292  furentetn. 
299  predia. 

309  /oco. 
330  far  os. 
332  captate. 

350  dignandimi  mari. 

354  aduôîa. 

362  Precipiti. 

365  lœfuram. 

370  pingua. 

374  ^/6/yi. 

381  frigumqi...  inofellam. 

387  eçwî. 

391    necis. 

399  mcmorabo. 

403  prœtejîati. 

408  Perfeâîurarum. 

414  «(/  modo. 

416  Ze^o. 

421  mœnibus. 

422  tiinâïos. 

424  lattis...  hijltri. 
434  frantia. 
439  fédéra. 


AvANTl'JS. 

trepidafque. 
Terrent, 
fat y r os. 
Membra  petût. 
fruenda. 
excludit. 
œquore. 

aùîiacis...  lœta. 
niliacœ. 
arces. 
pulfus. 
redire, 
fpeôlare. 
extendere. 
tidœ. 

prœtoria. 
feftiacum. 
furentum. 
prœdia. 
fuco . 
pharos. 

captare. 

dignandûqj  mari. 

adduôîa. 

Prœcipiti. 

lefuram. 

pinguia. 

fi  tibi. 

frugumqj...  mofella. 

œqui. 

neriiis. 

inemorabo. 

prœtextati . 

Prœfeâlurarum. 

at  modo. 

lœto. 

mœnibus. 

itinâîos. 

latiis...  hifiri. 

francia. 

fœdera. 


DEUXIÈME    PARTIE  XXXV 

Vers  UgOLET.  AvANTlfS. 

454  qui.  quas. 

457  nunc.  non, 

460  Strigentem.  Stringetem. 

476  letoqi.  lœtoq^. 

48 1   dextre...  ripe.  dextrœ...  ripce. 

A  ces  nombreuses  corrections  qui  se  trouvent  dans  le 
texte  d'Avantius,  il  faut  en  ajouter  quelques-unes  qui  se 
trouvent  dans  les  Eniendanda  {Chart.  LXIII-LXVIIl)  : 

Vers  Vers 

27  deuexas,?inXiQ\xàe.deuexus.  418  hyaloqj,  au  lieu  de  haloq^, 

33  murmura,  au  lieu  de  mur-  texte    d'Ugolet,    et    de 

mure.  hyalo,  texte  de  l'édition 

73  hatid,  au  lieu  de  aut.  même  d'Avantius. 

Malgré  toutes  ces  améliorations,  il  reste  encore  beaucoup 
de  fautes  qu'Avantius  aurait  pu  aisément  faire  disparaître-, 
certaines  nous  frappent  d'autant  plus  qu'elles  subsistent  à 
côté  de  mots  heureusement  corrigés  :  ainsi, v.  1 24,  Avantius 
conserve  famofis,  alors  qu'il  a  corrigé  efiiet  et  nitore; 
V.  138,  il  conserve /o/ï,  au  lieu  d'admettre /o/mw,  alors  que 
corpora  a  été  changé  en  corporis;  v.  454,  qui  est  corrigé 
en  qims,  mais  tanto  subsiste;  v.  458,  horea  se  lit  à  côté  de 
non  qui  a  bien  remplacé  nunc. 

Voici  la  liste  des  passages  oîi  Avantius  a  essayé  sans  y 
réussir  complètement,  mais  en  faisant  souvent  preuve  d'une 
finesse  ingénieuse,  de  donner  un  sens  aux  leçons  absurdes 
d'Ugolet  : 

Vers  Ugolet.  Avantius. 

1 1   clinteaji  [  ]  inclita.  climeaft  donins  iiiclita. 

43  tuos...  in  amne  reciirfam.  tiio...  in  anine  recitr/uin. 

44  f^g^^i^-  fegnes. 
65  ingenis.  ingenitis. 

86  prœtenero  fert    imegejluf     prœteneris  fert  imegijîtis  ari- 
arijîif.  Jlis. 

113  ad  médium  pinguefcis.  ad  médium]  ]pingue/cis. 

114  Vfqjad.  Vfqjdfttd. 
ii-j  facilis  ejl.                                   facile  efl. 


XXXVI 


INTUODUCTION 


Vers  UcOLET. 

123  lattis. 

167  feruitt  cultoribus. 

168  Et  ruhens. 

182  Et  ciiin  fultanief. 
189  conclaueus. 
236  pretendat. 
246  fenafignis. 
249  efcis...  letabilis. 
312  cedro  infafligia. 
324  VUatenus. 
390  crede. 


AVANTIUS. 

feriint  [  ]  cultoribus. 

Terra  rubens. 
Et  con/ultantes. 
conclaufus. 
prœtendit. 
femina  lignis. 
efcœ...  lœtabilis. 
cedro  [  ]  in  fafligia. 

Villa  tenus, 
cède. 


Souvent,  il  tente  de  réformer  l'orthographe,  corrigeant  p. 
ex.  prelia  en prœlia  (v.  2 1 2),  incœfti  en  incœjli  (v.  3 1 4),  etc. 

Il  faut  également  remarquer  l'emploi  peu  utile  d'une 
parenthèse  aux  v.  467-468  (dominœ...  adorato).  Dans  les 
Eniendanda,  Avantius  reconnaît  le  manque  de  sens  de  la 
fin  du  V.  66  qu'il  écrit  comme  Ugolet  :  lutoq^  latofq^;  il 
met  en  note  :  «falfutn  eji  id  Jiemijiichiiini  ».  Il  corrige  aussi 
dans  ces  Eniendanda  quelques  fautes  qui  s'étaient  glissées 
dans  le  texte  :  v.  435  habebere  limes  (texte  :  habere  limes)  \ 
V.  118  gujtus  iners  (texte  :  gujîjts  ineris)\  v.  274  Qîios 
impos  damai  (texte  :  dami).  Mais,  dans  ces  Emendanda 
eux-mêmes,  il  ajoute  des  fautes  :  v.  28  Vt  fluuios  uitreofqj 
(au  lieu  de  Vt  jîuuius  iiitreoq3)\  v.  431  largitor  titrinq^ 
(au  lieu  de  iitriq^)\  v.  304  Clara  fyracufii  (retour  au  texte 
d'Ugolet,  au  lieu  de  Clara  fyracofi). 

Avantius  d'ailleurs,  en  outre  des  fautes  du  texte  d'Ugolet 
qu'il  laisse  subsister,  en  ajoute  quelqvies  autres,  qu'il  faut 
attribuer  soit  à  la  négligence  de  l'imprimeur,  soit  à  de 
malencontreux  essais  de  correction  : 


Vers 

1  nauein  (Reg). 
39  fortire  (L). 
lOi  fronte  (Rh). 
1 50  liquidus. 
192  protulit  (B, 

Rh'). 
232  nuitix. 


Vers 

245  augmine. 
270  lœtiiB.Rh). 
31 0  alicit. 
321  agere. 

345  liic. 

346  Jhnulachra{W). 
360  allabere  (Rh). 


Vers 

363  lœuia...faras. 
367  Nauiget. 
441   cefamq^. 
448  tanta  nieri...Jî. 
461    Saxona. 
469  Gorniger. 


DEUXIEME    PARTIE  XXXVII 

Je  mentionne  à  part,  à  cause  de  son  importance,  une 
variante  qui  doit  être  une  faute  d'impression  :  v.  442,Ugolet 
écrit  leta  :  Avantius,  qui  corrige  toujours  leta  en  lœta 
(cf.  V.  73,  123,  172,  211,416,  476)  admet  ici,  par  erreur,  je 
pense,  Za^aj  mot  qui  a  un  sens,  et  qui  passera  dans  la  Juntine 
et  l'Aldine. 

On  voit  qu'il  reste  encore  bien  des  fautes  dans  la  Moselle 
d' Avantius  :  mais  l'éditeur  de  1507  donne  quelques  corrections 
définitives;  il  arrive  souvent  à  rétablir  les  vraies  leçons,  et 
quand  il  n'y  réussit  pas,  il  a  le  mérite  de  l'avoir  essayé,  ou 
tout  au  moins  de  faire  naître  des  doutes  sur  l'authenticité  d'un 
texte  qu'Ugolet  admettait  sans  scrupules.  Il  semble  difficile 
de  mieux  user  qu'il  ne  l'a  fait  de  la  détestable  édition  d'Ugo- 
let,  plus  mauvaise  souvent  que  le  Laurentianus  lui-même. 

Après  l'édition  de  1507,  il  fallait  que  la  connaissance 
d'un  ms,  plus  correct  que  le  L  permît  à  un  nouvel  éditeur 
de  faire  mieux. 


II 

Editions  fondées  sur  un  manuscrit  inconnu, 

qui  diffère  du  Laurentianus 

et  qui  procède  du  Sangallensis  et  du  Rhenaugiensis. 


ÉDITIONS  D'ASCENSIUS,  DE  R.  CROCUS,  DE  JEHAN  PETIT. 

Ce  sont  les  éditions  d'Aleander  qui  succèdent  à  la 
deuxième  publication  d' Avantius.  Girolamo  Aleandro,  né 
en  1480  dans  la  Marche-Trévisane,  vint  en  France  au  prin- 
temps de  l'année  1508,  muni  de  lettres  de  recommandation 
d'Erasme  qu'il  avait  connu  à  Venise.  Il  fut  nommé  recteur 
de  l'Université  de  Paris  (1508).  Rentré  plus  tard  en  Italie, 
il  devint  secrétaire  de  Léon  X  (1513),  bibliothécaire  de  la 
Vaticane  (  1 520),  archevêque  de  Brindes,  cardinal,  et  mourut 
à  Rome  en  1542.  C'est  pendant  son  séjour  à  Paris  qu'il  fit 


XXXVIII  INTRODUCTION 

paraître  avec  l'aide  de  son  élève  Michel  Humelberg,  chez 
lodocus  Badius  Ascensius,  la  première  édition  française 
d' Ausone,  en  1 5 1 1  V  Deux  autres  éditions  furent  données  en 
1 5 1 3  et  en  1 5 1 7  :  il  y  a  peu  de  différences  entre  ces  trois  recen- 
sions. Peiper  dit  de  l'édition  de  151 1  :  <' Repetita  est  hacc 
editio  Parisiis,  A.  1 5 13  et  1 5 1 7,  paucis  tantuni  niutatis.  » 
De  retour  en  Italie,  à  partir  de  1513,  Aleander  n'a  pu 
évidemment  surveiller  l'impression  des  éditions  d' Ausone 
de  1513  et  de  1 5 1 7 .  Quant  à  la  part  qu'il  a  prise  à  l'édition 
de  151 1,  il  est  assez  difficile  de  la  distinguer  nettement  : 
j'ai  dit  plus  haut,  suivant  la  tradition  ordinaire,  rapportée 
en  dernier  lieu  par  Peiper*",  qu' Aleander  fit  paraître  la 
première  édition  française  d' Ausone  avec  l'aide  de  son  élève 
Michel  Humelberg.  Chevillier  {L'origine  de  l'Imprimerie 
de  Paris,  Paris,  1694,  p.  252)  rapporte  au  contraire  l'hon- 
neur de  cette  édition  au  seul  Humelberg.  Voici,  tel  que 
Maittaire  le  cite  {Annales  Typograjihici,  t.  II,  pars  I, 
Hagœ  Comitum,  1722,  p.  306)  le  passage  de  Chevillier: 
«  Cette  même  année  (ann.  iSii,  intelligit  uti  ex  anfediâiis 
conjicio),  un  Savant  nommé  Michel  Humelberge  entreprit 
de  travailler  sur  VAufone  qu'il  fit  imprimer  in-4'^'  ^3.v  Jojfe 
Bade,  après  l'avoir  revu  &  corrigé  fur  plufieurs  Manufcrits  ; 
il  avoua  qu'il  reftoit  encore  dans  ce  Poëte  plufieurs  endroits 
obfcurs,  qui  avoient  bien  befoin  d'être  éclaircis  &  expliquez 
par  quelque  habile  homme.  Aléandre  promit  de  le  faire 
publiquement  dans  ses  Leçons  :  Non  inficianmr  nonpaiica 
in  omnibus  Aufonii  Codicibiis  nienda  inveniri  magna 
digna  vindice  :  qitce  Hieron.  Aleander  vir  omni  landum 
prœfatione  major,  diim  hœc  iniprimerentiir,  alibi  occii- 
patns,  fibi  in  publico  refervat  auditiorio  difciitienda .  » 
Je  crois  que  Chevillier  fait  une  confusion  :  la  citation  qu'il 
donne  est  tirée  d'une  note  qui  accompagne  les  Castiga- 

•  Josse  Bade,  né  en  1462,  près  de  Bruxelles,  au  village  d'Assche,  d'où 
son  surnom  i!i  Ascensius,  fonda  à  Paris,  vers  1500,  une  célèbre  imprimerie 
qu'il  dirigea  jusqu'à  sa  mort  (1535).  Il  eut  pour  gendres  Robert  Estienne 
et  Michel  Vascosan. 

^^  Die  handschriftliohe  UeberUcferutig,  etc.,  pp.  2io-2n. 


DEUXIÈME    PARTIE  XXXIX 

tiones  dont  Humelberg  a  fait  suivre  l'édition  de  i  5 1 1  :  cette 
note  qu'on  trouvera  plus  loin,  reproduite  dans  son  intégrité, 
semble  prouver,  non  pas,  comme  le  dit  Chevillier,  qu'Humel- 
berg  est  l'auteur  de  l'édition  dont  il  espère  que  les  endroits 
obscurs  seront  expliqués  par  Aleander,  mais  au  contraire 
qu'Humelberg  s'est  chargé,  en  l'absence  d'Aleander  qui  a 
préparé  le  texte,  de  faire  paraître  l'édition  et  d'y  apporter 
des  corrections  provisoires  que  le  véritable  éditeur  rendra 
définitives  et  complétera,  quand,  de  retour  à  Paris,  il  pourra 
en  faire  l'objet  de  son  cours  public.  Fixé  en  Italie,  Alean- 
der ne  devait  plus  reprendre  ce  cours  qu'il  avait  fait,  dit  le 
père  Nicéron,  «avec  tant  de  fuccès  et  d'applaudiffemens  ». 
Nous  savons  que  Michel  Humelberg  (Michael  Humelber- 
gius  Ravenspurgensis),  né  à  Ravensburg  en  1487,  fut  un 
élève  et  un  ami  d'Aleander  :  mais  nous  ignorons  s'il  eut 
quelque  part  aux  éditions  de  1513  et  de  1517.  Dans  la 
préface  de  la  première  de  ces  éditions,  préface  reproduite 
en  tête  de  la  deuxième,  Josse  Bade  attribue  tout  l'honneur 
des  améliorations  apportées  au  texte  à  un  certain  Homedeus 
qui  aurait  mis  à  profit  les  notes  et  l'enseignement  oral 
d'Aleander.  Quel  est  cet  Homedeus?  Je  n'ai  trouvé  sur  son 
compte  aucune  indication.  Quant  à  Aleander,  ses  princi- 
paux biographes,  Bayle  |  et  le  père  Nicéron  V,  qui  s'oc- 
cupent en  détail  de  sa  vie  et  de  ses  œuvres,  ne  disent  rien 
de  son  édition  d'Ausone  ^5. 

^  Dictionnaire  historique  et  critique;  article  Aleandre  (Jérôme). 

*i^  Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  des  hommes  illustres  dans  la 
République  des  lettres,  t.  XXIV,  Paris,  M.  DGC.  XXXIII.,  article  Aleandre 
l  Ancien  (Jerosmej,  pp.  261-270. 

V  Voir  sur  Aleander  une  intéressante  étude  de  M.  P.  de  Nolhac  :  «  Le 
grec  à  Paris  sous  Louis  XII.  Récit  d'un  témoin.  »  (Revue  des  Études 
g-recques,  tome  I,  n°  i,  janvier-mars  1888.)  Dans  cette  étude,  M.  de  Nolhac 
annonçait  un  ouvrage  sur  la  carrière  littéraire  d'Aleander,  que  M.  Ernest 
Jovy  préparait  au  moment  où  l'étude  a  paru.  J'ai  eu  recours  à  l'obligeance 
de  M.  Jovy  pour  lui  demander  quel  avait  été  le  rôle  d'Homedeus  et 
d  Humelberg  dans  la  préparation  des  éditions  d'Ausone  imprimées  chez 
Bade.  M.  Jovy  a  bien  voulu  me  répondre  en  ces  termes  :  «  Malgré  d'activés 
recherches,  je  ne  suis  pas  arrivé  non  plus  à  démêler  d'une  façon  précise 
le  rôle  d'Aleandro  et  celui  d'Humelberg  dans  la  préparation  des  diverses 
éditions  d'Ausone  données  par  Badius  et  à  établir  l'identité  de  l'Homedeus 
dont  parle  la  préface  de  Josse  Bade.  » 


XL  INTRODUCTION 

Il  suffit  de  jeter  les  yeux  sur  le  texte  de  la  Moselle,  tel 
qu'il  se  trouve  dans  l'Ascensiana,  pour  avoir  la  certitude 
qu'Aleander  a  consulté  un  manuscrit  autre  que  le  Laiiren- 
tianus  :  car  il  restitue  les  vers  407  et  483  et  met  à  leur 
vraie  place  les  vers  4(8-420.  Il  a  déjà  été  dit  que,  d'après 
Schenkl,  Aleander  lui-même  affirmerait  avoir  usé  d'un  ms. 
du  monastère  de  St- Victor;  la  petite  histoire  de  Schenkl 
est  quelque  peu  romanesque  :  le  savant  philologue  viennois 
possède  un  exemplaire  de  la  Juntine  où  sont  ajoutées  quel- 
ques feuilles  de  papier  contenant  des  notes  et  des  variantes  ; 
dans  ces  feuilles  il  est  parlé  d'un  «  vetiistus  codex  e  biblio- 
theca  divi  victoris  in  suburbano  parisiis  erutiis,  in 
qiio  Ausonianae  niosellae  statitn  subditur  hoc  de  rosis 
£io6)vMov.»  Qui  donc,  dit  Schenkl,  pourrait,  excepté  Alean- 
der, parler  de  ce  manuscrit  du  monastère  de  St-Victor,  où 
se  trouve  la  Moselle?  Sans  doute  les  feuillets  manuscrits 
ajoutés  à  cet  exemplaire  de  la  Juntine  ne  sont  pas  écrits 
de  sa  main;  mais  ce  doit  être  une  copie  de  ses  notes  j. 
Cette  argumentation  ne  me  semble  pas  concluante;  elle  n'a 
pas  davantage  convaincu  Peiper,  très  sceptique  à  l'endroit 
de  ce  ms.  de  St-Victor,  dont  il  n'est  question  nulle  part. 
Le  dernier  éditeur  d'Ausone  se  fonde  sur  la  ressemblance 
des  leçons  du  Sangallensis  avec  celles  de  l'Ascensiana  pour 
supposer  que  Michel  Humelberg  a  simplement  transcrit  à 
l'usage  d' Aleander  les  leçons  du  Sangallensis,  et  que, 
dans  l'Ascensiana,  la  Moselle  n'est  fondée  directement  sur 
aucun  ms.  y. 

Avant  d'essayer  d'établir  sur  quel  ms.  le  texte  de  la 
Moselle  a  été  établi  par  Aleander,  je  crois  utile  de  recher- 
cher quelles  corrections  ce  texte  a  subies  dans  les  diverses 
éditions  de  l'Ascensiana.  L'édition  de  151 7  est  seule  citée 
dans  la  <i.Dissertatio»  qui  précède  l'édition  in  usum  Del- 

^    Ausone,  édit.  Schenkl,  Prooemium,  pp.  XXXV-XXXVI. 

VAusone,  édit.  Peiper,  Praefatio,  pp.  LUI  et  LVIIL.  —  Peiper  identi- 
fierait-il Horaedeus  et  Humelberg?  C'est  ce  qu'on  doit  peut-être  conclure 
de  cette  phrase  (p.  LUI  de  la  Praefatio)  :  <:  Ex  S  Gallensi  Mosellae  lectio- 
nes  Alaandri  in  usum  Homedeus  (M  Humelberg)  ipse  exscripsisse  uidetur.» 


DEUXIÈME    PARTIE  XLI 

phini,  dans  la  uBibliotheca  latina  inediœ  et  infimce 
latinitatis  r,  de  Fabricius,  et  dans  la  <' Notitia  literaria  » 
qui  précède  Tédition  bipontine.  Bœcking,  dans  W  Index 
codicum  et  manu  scriptorum  et  editoriim»  qui  précède 
son  édit.  de  la  Moselle,  publiée  en  1845,  donne  le  titre  des 
deux  exemplaires  de  TAscensiana  qu'il  a  eus  entre  les 
mains  :  ce  sont  deux  in-4'';  voici  la  désignation  du  premier  : 

Aufonii  Pasonii  Burdegalenfis  Medici  Pœtae  ||  Auguftorum 
pr^ceptoris  Viriq3  j]  confularis  :  opéra  diligenter  cafti  ||  gâta  et  in 
pulcherrimum  ordinem  [|  e  priftina  confufione  H  reftituta:  in  offi- 
cina  11  Afcenfiana.  (Prelû  Afcënfianû.) 

On  lit  à  la  fin  du  volume  : 

LVTETIAE  Parisiorvm  ||  M.  D.  XI.  il  Ex  Edibus  Afcenfianis. 

Voici  la  désignation  du  second  : 

D.  Aufonij  Bur  []  degalehfis  Poetee....  !]  ..opéra  diligentius  iterû 
caftigata,  &  in  meliorem  ordinë  ||  per  quinq3  Tomos  reftituta  ||  ... 
...(Prelû  Afcëfianïï)  []  Vaenundatur  in  Officina  Afcenfiana. 

On  lit  à  la  fin  du  volume  : 

Afcenfiana  Ad  eidus  lulias.  Anno.  M.  DXVII. 

Parmi  les  textes  de  la  Moselle  qu'il  regrette  de  n'avoir 
pu  se  procurer,  Bœcking  cite  deux  éditions  d' Ascensius.  : 
l'une  de  1513,  l'autre  de  1516.  Cette  dernière  n'existe  pas; 
Badins  Ascensius  a  simplement  édité  en  1516  «Griphi 
Aufoniani  Enodatio,  per  Francifcum  Syluium  Ambianatem  » . 
Bœcking  se  trompe  quand  il  dit  avoir  trouvé  l'indication 
de  cette  édition  de  1 516  (Paris.  4°.  ex  aedib.  Ascensian.1516) 
dans  la  Notitia  literaria  de  Ausonio  imprimée  en  tête  de 
la  Bipontine.  On  lit  simplement,  à  la  page  XXI  de  cette 
Notitia  :  «  1 5 1 6  Par  if.  4.  ex  aedibus  Afcenfianis  édita  Enoda- 
tio Griphi.»  L'édition  de  1513  existe  bien.  Le  titre  est  à 
peu  près  semblable  à  celui  de  1 51 7  ;  et  il  n'y  a  dans  la  men- 
tion finale  que  cette  différence  :  Ascenjiana  ad  Kalendas 
Octobris.  M.  DXIII. 

VI 


XLII  INTRODUCTION 

Je  n'ai  pu  me  procurer  l'édition  de  1511  :  j'en  cite  les 
leçons  d'après  Bœcking  que  j'ai  toujours  trouvé  exact  dans 
ses  relevés  de  variantes  des  éditions  que  j'avais  entre  les 
mains.  Peiper  a  bien  donné  une  collation  de  l'Ascensiana 
de  151 1  et  de  l'Aldine^  Mais  les  grossières  errevirs  qu'il 
commet  à  propos  de  l'Aldine  m'interdisent  d'ajouter  aucune 
créance  aux  leçons  de  l'Ascensiana  citées  par  lui.  Il  lit  en 
effet  dans  l'Aldine  : 

Vers  Vers 

68  calydcniis ,     au     lieu     de  198  confiidit,3Xi]ieViàQConfun- 

Calydonijs,  dit. 

84  caeruleos,  au  lieu  de  caerii-  207  exchidet,  au  lieu  de  exclu- 

leo;  fluitantes,    au  lieu  dit. 

de  fiuitanteis .  242  piscis,  au  lieu  Aq  pi/ces. 

'93  profundit,  au  lieu  de  pro-  278  captas,  au  lieu  de  carptas. 

fundi.  392  otis,  au  lieu  de  otij. 

Je  dois  à  M.  Jean  Larocque  la  collation  des  deux  éditions 
de  15 13  et  de  151 7  :  la  première,  d'après  l'exemplaire  de  la 
Bibliothèque  Mazarine;  la  seconde,  d'après  celui  de  la 
Bibliothèque  Nationale. 

Voici  la  description  de  l'édition  de  1513  : 

Le  volume,  in-4"  parch.,  a  porté  les  n°^  17411,  10579.  ^ 
est  maintenant  catalogvié,  comme  édition  du  xv°  siècle 
(grâce  à  VAusone  d'Ugolet  qui  y  est  contenu),  avec  le  n^g  1 9. 

Il  contient  en  effet  : 

AusONE.EcZ.  Ugolet.  149g. 

—  Ed.  AscENSius.  I SI 3- 

—  Edyllion  de refurrectione a  Fr.  Sylvio expojititm.  i ^iS. 

—  Precatio  matutina  a  Fr.  Sylvio  explicata.  ij;iS. 

Titre  de  l'Asc.  1513  : 

Aufonii  Peonii  Biirde  ||  galenfis  Poetce  :  Auguftoi|  precep- 
toris  :  viriq3  confularis  ||  opéra  diligentius  cafligata  &  in  meliorem 
ordinem  per  ||  quinque  Tomos  reftituta.  |1  In  quom  primo  funt 
epigrammata.  ||  InfecundoEdylIia.  \\  In  tertio  Epiftolse.  |j  In  quarto 

•  Die  handschriftliche  Ueberlieferung,  etc.,  pp.  218-220. 


DEUXIEME    PARTIE 


XLirt 


Gratiarûadliones.  Ludusfapientum.  Catalo  ||  gus  vrbium  nobilium. 
Labores  Herculis.  Ccefarum.  Xiï.  ||  defcriptiones.  ||  In  quinto  Ilia- 
dos  &  Odyffeae  Homeri  in  fingulos  libros  ||  periochas. 


Prelu    Ascesianu 


On  lit  au  verso  du  titre  : 

lodocus      Badius      Afcenfius    :     oibus      politioris      littératu- 
re  ftudiosis  :    Salutem. 

^^  Lurimum     quidem      debes       iuuëtus      ftudiofa 

PHieronymo  Aleandro  :  viro  (vt  nofti)  im- 
pël'e  doéto  :  qui  primus  Aufonio  Burdega- 
len.  Poetae  lepidifûmo,  non  folum  nalum, 
vngues,  capillos,  &  id  genus  membra  vetu- 
—  I    ftati   obnoxia   reltituit  ;   verïï   etiam   caput  ip- 


fum  cum  pedibus,  bonaqj  reliqui  corporis  parte  temporis  eda- 
citate  &  faeculoril  incuria  atqj  iniuria  ablumptil  reformauit  : 
plus  tamen  eidë  debitura  :  vbi  quod  olim  côcepit  «&  iampridë 
parturit  (quod  propediem  futuril  fperam')  pariet  :  luculëtas 
videlicet  enarrationes  in  eiufdë  Aufonii  tenebras.  Interea  aïît 
grati  animi  fignificationë  faciès  Homedeo  2.  diligëter  ab  ipfo 
Aleandro  adnotata,  aut  ex  eius  pre  legentis  ore  excepta  aut 
diuini  ingenii  bonitate  a  fe  reperta  :  fie  concinauit  :  vt  Aufo- 
niane  integritati  parum  deeffe  merito  conquerare.  Boni  itaq3 
confules  :  &  quod  premonui  gratum  lectorë  âges.  Vale.  Kalë- 
dis  Octobris.  M.  D.  XIII. 


Le  texte  de  la  Mosella  commence  à  la  dernière  ligne  de 
la  charta  XXVIII,  v°;  il  est  en  rom.  minusc:  «Mofella 
Aufonii  accuratiffima  recognitus  cenfura.  » 

Le  poème  occupe  la  suite  jusqu'au  milieu  du  r"  de  la 
charta  XXXVIII. 

A  la  fin  du  volume  (charta  CXII,  r°),  on  lit  après  le 
mot  Finis  : 

CHabes  ledor  Lucubrationes  Aufonianas  &  infertitias  longe 
emendatius  ac  prius  impreffas  :  in  chalcographia  Afcenfiana  Ad 
Kalendas  Odtobris.  M.  D.  XIII. 


♦ 


$  » 


§onî|l5ur 


degaienfisPoers  :  AûguftorumPrarcqjton'stvirf^  Confu;* 

îlarisop:radilfgentiusircmcaftîgata,acm  mcliorcm  orcjinc 

^r  qiîin<^  Tomos  rf  lîituta. 

In  quorum  primo  funt  Epigraramara, 

Infecundo  Edyllia» 

In  tertio Epiftoîa:* 

In  quarto  Gratiariisaîones^Iudus  Sap{entum»CataîogiîS 

vrbium  nobilium^Labores  HcrcuIis.Cçfarumtxiiidcrcf  ipcio 

nés» 

In  quîntolliados  S^OJyfTeœ  Homcri  in  fîngulos  libres  Pcni 

fioch«« 


Va:nundantur  in  Ofïïcina  Afccnfiana, 


Fac-simih' du  litre  Je  /'Ascenciana  de  j/77 


DEUXIEME    PARTIE  XLV 

On  trouvera  ci-contre  le  fac-similé  du  titre  de  l'édition  de 
1517,  d'après  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  Nationale  qui 
porte  au  dos  du  volume:  Inv.  Réserve,  m  Y.  c.  609,  plus 
bas  Y 4-  1466,  et  au  catalogue  :  1466  D.  Ansonii  opéra, 
diligeiitius  castigata  à  lod.  Badio  Ascensio.  Parisiis. 
lodocus  Badins  Ascensitts .  1 51 7,  in-4°.  Au  verso  du  titre  on 
lit  la  lettre  de  lodocus  Badius  Ascensius  qui  se  trouve  dans 
l'édition  de  i  5 13,  avec  lamême  date,  calendes  d'octobre  1513. 

J'ai  entre  les  mains  une  curieuse  contrefaçon  de  l'Ascen- 
siana  de  151 7,  qui  appartient  à  M.  Dezeimeris.  C'est  un 
volume  in-40  qui  parut  également  en  1517,  le  8  août,  chez 
le  libraire  Jehan  Petit.  En  voici  le  titre  exact  : 

Aufonii  Peonij  Bur  ||  degalenfis  Poetas.  Auguftorum  pre- 
ceptoris  :  viriq;  confula  ||  ris  opéra  diligentius  caftigata  &  in 
meliorem  ordinem  per  ||  quinq;  Tomos  reftituta  |i  In  quorum  primo 
fimt  epigrammata.  ||  In  f^cundo  Edylia  ^.  ||  In  tertio  Epiftolœ.  || 
In  quarto  Gratianmi  aéliones.  Ludus  fapiêtum.  Catalogus  [|  vrbimn 
nobiliuj.  Labores  Herculis.  Ccefarum.  xij.  defcriptio  |i  nés.  ||  In 
quinto  Iliados  &  Odyffeas  Homeri  in  fmgulos  libros  péri-  |j  ochae. 

Au-dessous  de  ce  titre  se  trouve  la  marque  de  Jehan  Petit. 
On  lit  à  la  fin  du  volume  (Charta  CVI,  r°),  après  le  mot 
Finis  : 

(Habes  câdide  leélor  Lucubratiôes  Aufonianas  &  ïfer- 1|  titias 
longe  emendatius  ïpreffas  :  in  chalcographia  lohan  |1  nis  Petit 
Adum  die  odaua  menfis  Augufti.  M.  D.  XVII. 

Cette  édition,  qui  porte  le  nom  et  la  marque  de  Jehan 
Petit,  l'imprimeur  bien  connu,  est  évidemment  une  contre- 
façon, car  on  lit  au  verso  du  titre  :  C  lodocus  Badius 
Afcensius  :  omnibus  politioris  littérature  ftudiosis.  Salu- 
tem.  —  Suit  la  préface  où  Ascensius  expose  dans  un  style 
bizarrement  pédantesque  qu'Aleander  a  rendu  à  Ausone 
mutilé  son  nez,  ses  ongles,  ses  cheveux,  etc.  Cette  préface 
est,  à  quelques'  différences  d'orthographe  près,  exactement 

•  Sic  pour  Edyllia. 


XLVI  INTRODUCTION 

la  même  que  celle  qui  précède  les  éditions  authentiques 
d'Ascensius.  Mais  la  date  (calendes  d'octobre  1513)  manque 
dans  l'édition  de  Jehan  Petit.  —  Dans  le  volume  de 
M.  Dezeimeris  se  trouvent  d'autres  ouvrages,  en  particulier 
«  Hesiodi  Ascrei  opéra  et  dies  »,  imitation  en  hexamètres 
latins,  et  «  Pomponii  Leti,  viri  clarissitni  opuscula  »  : 
ces  deux  éditions  portent  la  marque  de  Jehan  Petit  et  sont 
l'une  et  l'autre  précédées  de  préfaces  de  Badius  Ascensius, 

La  contrefaçon  de  VAusone  d'Ascensius  doit  être  fort 
rare,  peu  connue  en  tous  cas  :  car  Bœcking  qui  cite  toutes 
les  éditions  d'Ausone  où  se  trouve  la  Moselle,  qu'il  a  pos- 
sédées ou  qu'il  a  eu  le  regret  de  ne  pouvoir  se  procurer, 
n'en  dit  rien.  Je  n'en  trouve  mention  nulle  part  :  ni  dans  la 
liste  des  éditions  d'Ausone,  donnée  par  Bayle,  ni  dans 
Fabricius,  ni  dans  Souchay,  ni  dans  la  Notitia  de  la  Bipon- 
tine,  ni  à  l'année  151 7  des  Annales  typographici  de 
Maittaire  '.  Dans  les  Kritische  Nachtràge  de  son  édition 
de  la  Moselle,  Tross  dit  qu'il  a  pu  se  servir  d'un  exemplaire 
de  l'Ascensiana  de  1517  :  les  variantes  qu'il  en  donne  prou- 
vent qu'il  avait  entre  les  mains  l'édition  de  J.  Petit. 

C'est  l'Ascensiana  de  151 7  que  je  prendrai  pour  type 
commun  des  éditions  sorties  des  presses  de  lodocus  Badius 
Ascensius,  afin  de  déterminer  quels  progrès  cet  éditeur  a 
fait  faire  au  texte  de  la  Moselle.  Cette  édition  sera  désignée 
sous  le  nom  d'Ascensiana  dans  les  pages  qui  suivront. 
Aussi,  je  crois  utile,  pour  mettre  en  évidence  les  progrès 
effectués  dans  les  diverses  réimpressions  de  l'Ascensiana, 
de  donner  un  tableau  des  variantes  des  éditions  de  1 5 1 1 , 
1513,  151 7.  Comme  l'édition  de  Jehan  Petit  est  peu  connue 
et  semble  très  rare,  je  ne  crois  pas  inutile  de  donner  le 
relevé  des  variantes  de  cette  contrefaçon  par  rapport  aux 
trois  textes  authentiques  d'Ascensius.  On   trouvera  donc 


^  M.  J.  Larocque  me  signale  l'existence,  à  la  Bibliothèque  Mazarine, 
d'un  exemplaire  de  l'édition  de  Jehan  Petit,  dans  un  volume  qui  porte  au 
catalogue  le  n"  C  10560,  et  qui  commence  par  une  édition  de  1506  du  De 
Remedio  Amoris. 


DEUXIExME    PARTIE 


XLVII 


dans  le  tableau  suivant  les  variantes  des  quatre  éditions 
parisiennes  de  151 1,  i  513,  juillet  151 7  et  août  15  17.  (Je  ne 
tiens  pas  compte  des  simples  différences  d'orthographe 
qui  résultent  de  conventions  typographiques  ;  par  exemple 
Cânas  au  lieu  de  Cannas,  qtiondâ  au  lieu  de  quondam, 
injîeteq^  au  lieu  de  infietœq^,  etc.). 


Vers       AscENSiANA  1511. 

ASCENSIANA    1)13. 

ASCENSIANA    1517. 

Édit.  de  Jehan  Petit. 

I   Nauam. 

id. 

id. 

Nauem. 

3  latias. 

id. 

id. 

lateas. 

6  nulla. 

id. 

id. 

nullum. 

8   Dumniffum. 

Z)uw  Niffuin. 

Dumniffum. 

Dum  Niffum. 

1 1    inclyta. 

id. 

id. 

inclita. 

13  fudus. 

id. 

id. 

fydus. 

14  con/ertis. 

id. 

id. 

conferta. 

15  cœlum. 

id. 

id. 

cœlum. 

16  vi  fenjibus  ^. 

vifentibiis. 

id. 

id. 

18  ni  tentes  y. 

nitentis. 

id. 

id. 

2i    colles. 

id. 

id. 

cornes. 

28  imitât e. 

id. 

id. 

imitare. 

35  fperante*^ . 

fuperante. 

id. 

id. 

47   Siccain primo 

Sed  Jicca . . . 

Sed  Jicca... 

Sedjicca...   af- 

refpergit 

afpergit... 

afpergit. . . 

pergit.  . .  lyni- 

vejîigia lym- 

lyniphas . 

lympha. 

phas. 

phas  y. 

65  Vfq;...  herbœ. 

Vtq;...  herbœ. 

Vtq;...  herbœ. 

Vfq;...  herbœ. 

67  viridem. 

id. 

id. 

viridens. 

7 1    Delitiafq; . 

id. 

Deliciafq; . 

Delitiafq;. 

74  herba. 

hqrba. 

herba. 

herba. 

76  Interludentes. 

id. 

Interludentes. 

.  Interludentes. 

84  ceruleos  flui- 

ceruleo  flui- 

id. 

id 

tantibus  y. 

tantibus. 

ivi  • 

86  prœteneris  y. 

prœ  tenero. 

id. 

id. 

104  Prœfignis. 

id. 

id. 

Prejignis. 

105   opimatoq; 

id. 

id. 

opinatoq;. 

106  illiricTi. 

illyrictim . 

Illyriciim. 

illirycum. 

n2  perducit. 

id. 

id. 

perdidit. 

^  En  marge  :  aliter  vifentibus.  —  "[^  Dans  les  Castig.,  nitentis. —  ^3  Dans 
les  Castig. ,  fuperante.—  ^4  Dans  les  Castig. ,  Sed  licca  vel  Sicca  fed  in  primo 
afpergit  veftigia  lympha.  —  V  Dans  les  Castig.,  ceruleo  fluitantes.  — 
«6  Dans  les  Castig.,  pretenero.  —  Après  le  v.  95,  le  v.  93  est  répété  dans 
VAscensiana  de  1511. "Les  Castig.  relèvent  cette  faute  qui  ne  se  trouve 
plus  dans  les  autres  éditions  d'Ascensius,  ni  dans  celle  de  Jehan  Petit. 


XLVIII 


INTRODUCTION 


Vers      AscENSUMA  ijit. 

117  tnullis. 

128  vtrunq;. 

140  moliris. 

144  atlantiaco. 

153  baccheia. 

154  Ion  go. 

158  pangealyeo. 

1 59  thracia. 

168  amnis. 

169  deleôlat. 

170  agrejies  fa- 

tyros. 
172   panas. 
'75  furatœ. 
176   oreiadas. 

182  /«a  ^er. 

183  mer/are...  ru- 

hidufq;  ^. 
187   pro  parte. 
193    Hefperus. 
20 1  fulmine  ^*. 
204    Pupibus, 
208    Cuntano. 
214    Leucados. 
2i6   cutnbce. 
218  Jîculo...fpe6îa- 

ta. 
224   rf?de_g"zY  ^î. 
227  Jimulachra. 

231  /a^e. 

232  charœ. 

lyj    Vibratos   cap- 
tas ]+. 
240  facilis. 

254  nutans. 

255  excufam  flri- 

denti. 

258  adjibilitat. 

259  t;o?cb. 
276    claucus. 


ASCENSIANA    1513. 

ASCENSUNA 

1517. 

Édit.  deJnriAN  Petit, 

id. 

id. 

mtilis. 

vtrumq;. 

vtrunq;. 

vtrumq,-. 

id. 

id. 

molliris. 

id. 

id. 

athlantiaco.  ' 

id. 

id. 

bacheia. 

id. 

id. 

longos. 

Pangea  lyeo. 

Pangea 

Lyeo. 

Pangea  lyeo. 

id. 

Thracia 

thacia. 

id. 

id. 

emnis. 

id. 

id. 

deleâiat. 

agrejies 

Sa- 

egrejles  fa- 

id. 

tyros. 

tyros. 

id. 

Panas. 

panas. 

furata  e. 

id. 

furatœ. 

id. 

Oreiadas. 

oreiadas.     . 

id. 

id. 

fuper. 

merfare...  ru- 

id. 

merfere...  ru- 

dibufq;. 

dibufq;.      . 

id. 

id. 

parte. 

id. 

id. 

Hefpereus. 

fluinine. 

id. 

id. 

Puppibus. 

id. 

id. 

id. 

id. 

Cnmano 

id. 

id. 

Laucados. 

id. 

Cumbœ. 

cumbœ. 

id. 

Siculo... 

fpec- 

ficulo...  fpec- 

tante. 

tata. 

redigit. 

id. 

id. 

id. 

Jimulacr 

a. 

fimtdachra. 

id. 

id. 

lete. 

id. 

id. 

cherœ. 

Vibratis  cap- 
tos. 

id. 

id. 

id. 

facileis. 

facilis. 

id. 

id. 

niutans. 

excufam    tri- 

excujfam 

lîri- 

excufam  tri- 

denti. 

denti. 

denti. 

adjibilat. 

id. 

abfibilat. 

vde. 

vdœ. 

vide. 

Glaucus. 

id. 

id. 

•  Dans  les  Cas^i^.,  rudibufq;. —^  Dans  UsCastig.,  flumine.  —  V  Dans 
les  Castig.,  redigit.  —  ^4  Dans  les  Castig.,  captât  cod.  habêt  cœptat. 


DEUXIEME 

PARTIE 

XLIX 

Vois      AscuNsiANA  i;ii. 

ASCENSIAN.V     I',I5. 

AsCIiNSIANA    15  17. 

Edit.  Je  Ji;iiAN  Pi:tit 

281    Nereos. 

id. 

id. 

Nerips. 

288    quis. 

id. 

id. 

qui. 

289    calcedonio. 

calchedonio. 

Calcedonio. 

calchedonio. 

304  fyracofij. 

Syracofij. 

id. 

Syracufij . 

3 '3    ipfe- 

ipfa. 

id. 

id. 

316    corus  achafes. 

id. 

Corus  Achates  corus  achates. 

321    natiira. 

id. 

natiui. 

«aiwra. 

322    procurentis. 

prociirrentis. 

id. 

id. 

329    œthere. 

œthera. 

id. 

id. 

337  fii-hflinaa\ 

fubjlru6îa. 

id. 

id. 

356   gratificata. 

id. 

id. 

gratificato. 

359    eruhrus. 

Eruhrus. 

id. 

Erubus. 

360    arf/atiere^^. 

adlambere. 

id. 

id. 

368    To^a. 

id. 

id.  V 

id. 

3^0    /ï^c    tacitam... 

/ïoc  tacitum... 

Aoc  tacituui... 

hoc  tacitum... 

pingua  ^•^. 

pingua. 

pin  gui  a. 

pingua. 

3-7-7    thybris. 

Thybris. 

Tybris. 

Thybris. 

385    concejfiit. 

concejjit. 

id. 

id. 

388    veterefq;    illu- 

id. 

veteres    qui 

veterefq;    illu- 

Jîrat. 

lujîrat. 

firat. 

389  fpaciatus. 

fpatiatus. 

id. 

id. 

396  fubrili. 

fubtili. 

id. 

id. 

403   prœtextati. 

prœtexati. 

prœtextati . 

prœtexati . 

409   popitliq;. 

id. 

populumq;. 

populiq;. 

413    re.ddat. 

id. 

reddet. 

reddat. 

414    amodo  ^>. 

a^  modo. 

id. 

id. 

415    dilatet^^. 

dilata. 

id. 

id. 

429    nihil. 

nil. 

id. 

id. 

441    pirenen. 

Pyrenen. 

id. 

id. 

464    durauide...  vo- 

■ Duranide... 

id. 

id. 

latils. 

volutus. 

465   pojlponat. 

pojlponet. 

id. 

id. 

469    celebranda. 

id. 

celebrande. 

celebranda. 

483    garunnœ. 

Garunnœ. 

id. 

Garumnœ. 

Cette  liste  de  variantes  montre  que  les  différences  entre 
ces  quatre  éditions  ne  sont  pas  considérables.  On  a  vu  que 
certaines  erreurs  de  l'édition  de  1 5 1 1  sont  corrigées  dans 

^  Dans  les  Castig.,  fubftruifla.  —  ^^  Dans  les  Castig.,  adlambere.  — 
*5  En  marge,  Torta.  —  '4  Dans  les  Castig.,  hoc  tacitum.  —  ^J  Dans  les 
Castig.,  at  modo.  —  ^6  Dans  les  Castig.,  dilata. 


VII 


L  INTRODUCTION 

des  Castigationes.  Ces  Castigationes  se  trouvent  à  la  fin 
du  volume,  à  la  suite  du  mot  Finis,  précédées  de  ce  titre  : 
«  Caftigationes  errorum  infigniorum  quos  inter  imprimen- 
dum  opifices  prae  nimia  celeritate  admiferunt  »,  et  suivies 
de  cette  conclusion  : 

Michael  Humelbergius.  R. 
Ledori.  S. 

Hœc  obiter  recognouimus  omiffis  quibufdam  labeculis,  quas 
unufquifq;  vel  femidochis  ledor  per  fe  caftigare  poteft.  Non  infi- 
ciamur  tamen  non  pauca  in  omnibus  Aufonij  codicibus  menda 
inueniri  magno  digna  vindice  :  Quœ  Hieronymus  Aleander  vir 
omni  laudum  prefatione  maior  Dum  haec  imprimerentur  alibi 
occupatus  fibi  in  publico  referuat  auditorio  difcutienda. 

VALE  candidilïime  Ledlor. 

LVTETIAE    PARISIORVM 

M.  D.  XI. 

Ex  edibus  Afcenfianis. 


La  plupart  de  ces  Castigationes,  pour  ce  qui  a  rapport 
au  texte  de  la  Moselle,  sont  bonnes  :  une,  cependant, 
est  inutile  (v.  35  fuperante)\  une  seconde,  insuffisante 
(v.  415  dilata).,  une  troisième,  mauvaise  (v.  45  in  primo 
afpergit). 

Ces  corrections  ont  presque  toutes  passé  dans  le  texte  des 
autres  éditions  d'Ascensius,  à  l'exception  d'une  (v.  237 
Vibratos  captât),  qui  était  d'ailleurs  empruntée  au  texte 
d'Ugolet.  Humelberg  écrit,  dans  ses  Castig.:  «captât,  cod. 
habet  cœptat  »  :  mais  aucun  ms.  n'a  cœptat;  l'édition  d'Avan- 
tius  a  ceptat.  Une  autre  correction  a  été  suivie  d'une  manière 
imparfaite  par  les  éditions  de  1  513  et  1  517  :  v.  84,  Humel- 
berg corrige  cerideos  fluitantibns  en  ceruleo  fluitantes  ; 
les  éditions  suivantes  n'admettent  que  certUeoet  conservent 
flnilantibus.  Les  labeciilae  dont  Humelberg  laisse  la  cor- 


DEUXIEME    PARTIE  LI 

rection  à  l'initiative  des  lecteurs  sont  assez  nombreuses  dans 
le  texte  de  la  Moselle  : 

Vers  Vers  Vers 

204  Ptipibtts.  322  prociirentis.  441  pire  ne  n. 

255  escufam.  370  pingua.  464  duraiiide... 

258  adfibilitat.  385  concejfiit.  volatils. 

276  claucus.  396/M6rz7/. 

Il  suffit  de  se  reporter  au  tableau  des  variantes  qui  pré- 
cède pour  se  rendre  compte  que  toutes  ces  fautes  ont  été 
corrigées,  sinon  par  l'édition  de  15 13,  du  moins  par  celle 
de  1517. 

On  a  vu  plus  haut  la  préface  de  l'édition  de  1 513  ;  il  n'y 
est  pas  question  d'Humelberg.  Badius  Ascensius  attribue 
à  Homedeus,  aidé  des  conseils  et  des  leçons  d'Aleander, 
tout  le  mérite  de  cette  édition  diligentius  cajtigata.  Pour 
ce  qui  regarde  le  texte  de  la  Moselle,  il  ne  semble  pas 
qu' Homedeus  soit  digne  de  très  grands  éloges  :  s'il  corrige 
la  plupart  des  labecnlae  de  1  5  [  i ,  il  en  laisse  subsister;  il  en 
ajoute  même  :  v.  8  Dîtni  NiJJum;  v.  74  herba;  v.  255 
tridenti;  v.  403  prœtexati. 

L'édition  de  15 13  fait  cependant  faire  des  progrès  au 
texte:  v.  313  ij^fa;  v.  329  œthera;  v.  465  pojipoiiet.  — 
Ipsa  et  postponet  se  trouvent  dans  tous  les  mss.  autres  que 
le  L;  aethera  n'est  que  dans  le  G.  Ces  trois  corrections 
permettraient  de  penser  qu'Homedeus  a  eu  entre  les  mains 
un  ms.,  peut-être  le  même  que  l'éditeur  de  151 1  avait 
consulté.  Ce  ms.  est-il  le  G?  On  pourrait  le  croire  à  cause 
de  la  leçon  calchedonio,  qui  lui  appartient  en  propre 
comme  aethera,  et  qu'Homedeus  introduit  dans  l'édition  de 
1513.  Enfin  cette  édition  admet  deux  conjectures  (v.  65  vtq;, 
V.  429  nil),  qui  ne  sont  fondées  sur  aucun  ms.,  et  qui  pas- 
seront dans  le  texte  vulgaire  à  partir  de  Vinet  (i55  0- 

Est-ce  Homedeus  qui  a  soigné  l'Ascensiana  de  i  5 1 7  <'  dili- 
genthis  iterfi  caftigafa>}  On  peut  le  supposer  puisque 
Badius  Ascensius  reproduit  exactement,  en  1517,  la  préface 
de  I  513,  et  qu'il  n'est  parlé  nulle  part  dans  cette  nouvelle 


LU  INTRODUCTION 

édition  d'un  autre  reviseur  qui  l'aurait  procurée.  Quoi  qu'il 
en  soit,  le  texte  de  la  Moselle  est  supérieur  dans  cette  édition 
à  ce  qu'il  était  dans  les  précédentes,  sorties  des  mêmes 
presses.  L'orthographe  est  changée  {œ  au  lieu  de  e;  cinn 
au  lieu  de  cïi  etc.);  les  noms  propres  sont  écrits  avec  des 
majuscules  initiales;  la  ponctuation  est  bien  plus  satisfai- 
sante; les  fautes  d'impression  de  1511,  conservées  par 
l'édition  de  1513,  ainsi  que  celles  qui  sont  propres  à  cette 
dernière,  sont  en  général  corrigées.  En  plusieurs  endroits, 
le  texte  revient  à  celui  de  i  5 1 1  (v.  1 28  vtmnq;,  v.  289  Calce- 
donio)\  l'emploi  des  majuscules  initiales  conduit  l'éditeur 
de  1517  à  une  erreur  (v.  216  Cnmbœ),  qui  passera  dans 
d'autres  éditions.  Mais  l'Ascensiana  de  1517  contient  trois 
bonnes  corrections  (v.  76  Interhidentes,  leçon  du  G  et  du 
Reg;  V.  413  reddet,  leçon  du  Rh'  ;  v.  469  celebrande,  leçon 
du  B  et  du  Rh),  et  quatre  conjectures  dont  deux  bonnes 
(v.  218  fpeBante;  v.  409  poptihiinq;),  et  deux  inutiles 
(v.  321  natùii;  v.  388  veteres  qîii  luftrat).  Elles  seront 
toutes  reprises  par  Vinet  (1551). 

C'est  évidemment  d'après  l'édition  de  1 5 1 3  que  la  contre- 
façon de  Jehan  Petit  a  été  imprimée  :  il  n'y  aurait  pas  eu  le 
temps  matériel  de  composer  ce  volume  entre  le  1 5  juillet, 
date  de  l'achevé  d'imprimer  de  l'Ascensiana,  et  le  8  août, 
date  de  l'édition  de  Jehan  Petit.  D'ailleurs,  l'orthographe 
et  la  communauté  des  fautes  (v.  255  excujam  tridenti; 
V.  2,10  pingua  ;  v.  403  prœtexati)  font  bien  voir  quelle  est 
l'origine  de  l'^wsowe  de  Jehan  Petit.  Le  tableau  des  varian- 
tes montre  que  le  texte  de  la  Moselle,  fort  mauvais  dans 
cette  dernière  édition,  fourmille  de  fautes  d'impression. 
Quand  il  s'éloigne  de  celui  de  l'Ascensiana,  pour  reproduire 
le  texte  d'Ugolet  et  d'Avantius  ou  se  rapprocher  de  quelque 
ms.,  il  semble  que  ce  soient  de  simples  rencontres  dues  à 
l'inadvertance  du  typographe,  plutôt  que  le  résultat  des 
efforts  du  reviseur  dont  la  négligence  et  l'inaptitude  sont 
extraordinaires.  On  trouve  bien  :  v.  i  naiiem,  dans  le  Reg, 
dans    Avantius  et  dans  la  Juntine,  qui   est  de  mai  151 7; 


DEUXIÈME    PARTIE  LUI 

V.  28  iinitare,  dans  Ugolet  et  Avantius;  v.  140  molliris, 
dans  le  L,  Ugolet  et  Avantius;  v.  2,04 fyracîcfii ,  dans  le  G, 
le  B,  le  L  et  Ugolet;  v.  483  Garumnœ,  dans  la  Juntine. — 
Enfin,  V.  i3/3'</'''S,  et  v.  153  bacheia,  sont  deux  mauvaises 
leçons  du  Rh,  et  v.  144  athlantiaco,  se  rapproche  bien  de 
la  leçon  de  ce  ms.,  athlanciaco  :  mais,  étant  donné  le  grand 
nombre  des  fautes  involontaires  qui  souillent  le  texte  de 
Jehan  Petit,  il  me  semble  qu'on  doit  y  joindre  ces  concor- 
dances toutes  fortuites  avec  le  Rh  et  les  éditions  d'Ugolet, 
d' Avantius  et  de  Junta.  Il  serait  en  effet  curieux  que  l'édi- 
teur n'eût  pris  que  le  mauvais  dans  ce  ms.  et  dans  ces 
éditions.  J'aime  mieux  supposer  que  la  leçon  Garumnœ,  la 
seule  bonne  de  Jehan  Petit  qui  ne  soit  pas  dans  l'Ascensiana, 
provient  d'une  faute  d'impression  intelligente. 

Aux  diverses  éditions  de  Badius  Ascensius  se  rattache 
l'édition  de  Leipzig  dont  il  convient  de  ne  pas  exagérer 
l'importance.  «  Une  autre  édition  digne  d'être  étudiée  — ■ 
dit  M.  Dezeimeris  T  —  serait  celle  de  Leipzig,  151 5;  ni 
Vinet,  ni  Scaliger,  ni  Tollius,  ni  Souchay  ne  paraissent 
l'avoir  rencontrée  ;  mais  peut-être  la  trouverait-on  dans 
quelque  bibliothèque  publique  d'Allemagne.»  On  la  trou- 
verait sans  doute  facilement,  puisque  Tross  (édit.  de  la 
Moselle,  Einleitttng,  XI)  parle  des  exemplaires  de  Dresde 
et  de  Gottingue,  puisque  Bœcking  a  collationné  cette 
édition,  dont  Peiper  connaît  l'exemplaire  qui  se  trouve  à 
Gottingue;  mais  il  semble  inutile  de  se  mettre  en  peine 
de  la  chercher,  car  Bœcking  montre  que  c'est  une  simple 
réimpression,  assez  négligemment  faite,  de  l'Ascensiana. 

En  voici  le  titre  exact  d'après  Bœcking  : 

AVSONIIPAEONIIBVRDE- 1|  galenfisMediciPoetce  Augu- 1| 
ftonimprœceptorisViriq;  ||  confularis  :  opéra  diligenter  cafti- 1|  gâta 
&  in  pulcherrimum  ordinem  ||  e  priftina  confufione  reftitu- 1|  ta. 
svTyTTwO-/^  £v  >,u4''^  Ttapa  ouaXevTivwUtu)  5a[ji,avT-^pw  Tria  au  Tria 

TUO)i£W(T    11    TTOXlTl     £X£l     TW     a  71  0     T  Y)  CT     X  p  Tj  (7  T  0  U    j|    YVVYICTEWCT     "/ l  >.  l  0  <T  (i) 

TCEvxa-  Il  xoTiouTO)  7t£VTW  vcai  II  AexaTw. 

•  A  propos    d'un    Manuscrit  d'Ausone,   lettre  à  M.   H.   Barckhausen, 
Bordeaux,  1883;  p.  6,  note  i. 


LIV  INTRODUCTION 

A  la  fin  du  vol.,  qui  est  un  in-4°,  on  lit,  fol.  113  b  : 

Impreffum  Liptzk  per  ^'■alëtinïï  Schuman,  ||  Anno  Domini, 
Millefimo  quingen-  ||  tefimo  decimoquinto. 

Cette  édition  fut  faite  par  un  Anglais  (Richardus  Crocus 
Anglus),  d'après  TAscensiana  de  i  5 1 1 ,  comme  le  prouve  la 
collation  donnée  par  Bœcking.  En  effet  si  l'éditeur  de  1515 
profite  des  Castigationes  d'Humelberg,  il  laisse  subsister 
les  fautes  les  plus  grossières  de  la  première  Ascensiana, 
celles,  sans  doute,  dont  l'auteur  des  Castigafiones  confiait 
la  correction  à  l'initiative  des  demi-savants  (p.  ex.  v.  258 
adfibilitat;  v.  464  durauide...  voJatus,  etc.).  Il  n'adopte 
jamais  le  texte  particulier  à  l'Ascensiana  de  1 513;  il  écrit, 
par  exemple  :  v.  175  furatœ,  v.  276  clmtcus,  v.  322  gpcu- 
rentis,  v.  385  concejjlit  :  toutes  leçons  qui  ne  se  trouvent 
que  dans  l'édition  de  1511.  Il  ajoute  enfin,  d'après  la  col- 
lation de  Bœcking,  de  nombrevises  fautes  d'impression  au 
texte  de  1 5 1 1  : 

Vers 

Vers  244.  Nodofit...  vevtif,  pour  No- 
5  aula,  pour  «Mm.  dofis...  verrit. 

97  tiitilantem ,  pour   ridilan-  264   Turpida,  pour  Torpida, 

tem.  292  f ab l'es,  pour  rab les. 

223  iurgite,  pour  gurgite.  468  cnrbeU i us, pour  tarbellius. 

Des  mots  sont  omis.  L'édition,  en  somme, est  négligeable. 
Des  corrections,  cependant,  lui  ajoutaient  peut-être  un 
certain  prix  :  en  effet,  d'après  la  Notitia  de  l'édition  bipon- 
tine,  on  lit,  après  la  table  des  œuvres  d'Ausone,  en  tête  du 
livre  :  Stibdenhir  caftigationes  in  unUterfuni  opiis  ad 
calcem  operis.  Mais  ces  Castigationes  n'étaient  pas  dans 
l'exemplaire  d'Ernesti;  personne  ne  les  a  vues.  Tross  ne 
les  a  pas  trouvées  dans  les  exemplaires  de  Dresde  et  de 
Gottingue  ;  et  le  D-"  Ebert,  de  Dresde,  lui  écrivait  qu'il  fallait 
sans  doute  entendre  par  ces  Castigationes  une  liste  des 
fautes  d'impression.  Cette  explication  est  plausible  :  mais, 
n'ayant  pas  entre  les  mains  l'édition  de  Leipzig,  je  ne  sais 


DEUXIÈME    PARTIE  LV 

pas  si  elle  est  ou   non  suivie  d'Errata  que  Bœcking  ne 
mentionne  pas. 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  faut  conclure  que  Tédition  de  Crocus, 
mauvaise  copie  de  TAscensiana  de  151 1,  et  que  celle  de 
Jehan  Petit,  mauvaise  copie  de  l'Ascensiana  de  15 13,  n'ont 
fait  faire  aucun  progrès  à  la  constitution  du  texte  de  la 
Moselle.  C'est  à  l'examen  des  trois  éditions  authentiques 
sorties  des  presses  d'Ascensius  qu'il  faut  demander  sur  quel 
ms.  ce  texte  a  été  fondé. 

On  a  vu  que  les  variantes  de  1513  et  1517  introduisent 
dans  le  texte  de  1  5 1  i  deux  leçons  (ipsa  et  postponet)  qui 
appartiennent  à  tous  les  mss.  excepté  le  L;  une  leçon  du 
Rh'  (reddet);  une  leçon  commune  au  B  et  au  Rh  (cele- 
brande);  une  leçon  commune  au  G  et  au  Reg  (interlu- 
dentes);  deux  entin  qui  appartiennent  au  G  en  propre 
(calchedonio ,  aethera). 

Peut-on  admettre,  conime  Peiper,  que  le  texte  de  la 
Moselle  a  été  établi  dans  l'édition  de  1511  d'après  des 
leçons  empruntées  au  G  par  Humelberg? 

Tout  d'abord  l'examen  des  Castigationes  introduites 
dans  l'édition  une  fois  faite  est  loin  de  le  prouver  :  v.  18 
nitentis  est  dans  le  G,  mais  aussi  dans  le  B'  et  dans  Ugolet  \ 
V.  84  fiuitantes  et  v.  224  redigit  sont  dans  le  Rh  comme 
dans  le  G;  v.  86  praetenero,  v.  201  flumine,  v.  237  captât 
se  trouvent  dans  tous  les  mss.;  v.  337  sxibstructa,  et  v.  370 
tacitxim,  dans  tous,  excepté  dans  le  L.  De  plus,  tous  les 
mss.,  excepté  le  L,  ont  v.  41  5  dilata  et,  et  Humelberg  écrit 
dilata;  v.  414  «^  modo  est  bien  une  leçon  particulière  au  G, 
mais  elle  se  trouve  déjà  dans  Avantius.  Enfin,  v.  360,  la 
leçon  du  G,  mauvaise  il  est  vrai,  adlahere,  est  corrigée  en 
adlambere,  leçon  du  B.  Le  v.  47,  tel  que  les  Castigationes 
l'établissent,  s'éloigne  bien  plus  des  leçons  du  G,  que  le 
texte  même  de  l'édition. 

Quant  au  texte  même  de  1 5 1 1 ,  les  leçons  particulières  au 
G  s'y  trouvent-elles  en  assez  grand  nombre  pour  que  l'on 
puisse  en  conclure  que  ce  texte  a  été  fondé  sur  ce  ms.?  De 


LVI  INTRODUCTION 

toutes  les  leçons  particulières  au  G,  TAscensiana  de  151 1 
n'admet  que:  v.  202  or  as,  qui  se  trouve  déjà  dans  Ugolet; 
V.  242  defensus . . .  piscis ;  v.  ^06  uohimine;  v.  360  adla- 
bere;  v.  415  detexatnr .  On  trouve  aussi  dans  cette  édition 
V.  106  illiricum  qui  est  l'orthographe  du  mot  dans  le  G, 
mais  qui  se  trouve  déjà  dans  Avantius,  et  v.  365  draclio- 
num  qui  se  rapproche  plus  de  drahonum,  leçon  du  G,  que 
de  draconum,  leçon  du  L,  admise  par  Ugolet,  et  de  drabo- 
num  et  trachorum,  leçons  du  Rh  et  B.  Ces  emprunts  sont 
peu  nombreux,  et  il  semble  que  si  l'éditeur  de  1 51 1  avait  eu 
à  sa  disposition  le  texte  même  du  G  ou  un  extrait  de  ses 
leçons,  il  aurait  mis  à  profit  certaines  bonnes  leçons  qui 
semblent  s'imposer,  en  particulier  inole  sarauus.  L'éditeur 
n'admet  aucune  des  leçons  qui  ne  se  trouvent  que  dans 
le  Reg,  excepté  des  similitudes  d'orthographe,  comme 
V.  125  uolgi,  qui  sont  peu  probantes,  ce  qui  permet  de  sup- 
poser qu'il  n'a  pas  eu  entre  les  mains  ce  ms.,  d'ailleurs  peu 
utile  puisqu'il  s'arrête  après  le  v.  180,  et  d'attribuer  à  l'usage 
du  G  la  leçon  v.  27  deuexas,  commune  à  ces  deux  mss.  :  cette 
leçon,  d'ailleurs,  se  trouve  déjà  dans  les  Eniendanda  de 
l'édition  d' Avantius.  Il  n'admet  pas  davantage  de  leçons 
particulières  au  B:  v.  144  atlantiaco,  cependant,  n'est  que 
dans  le  B;  mais  ce  mot  a  déjà  été  restitué  par  Ugolet,  à  qui 
Aleander  a  dû  le  prendre.  Il  ne  semble  pas  avoir  non  plus 
usé  du  L,  quoiqu'il  ait  v.  115  parca,  mauvaise  leçon  du  L, 
corrigée  par  Ugolet,  et  qui  doit  être  dans  TAscensiana  une 
simple  faute  d'impression.  C'est  donc  au  G  qu'il  aura  pris 
V.  33  praelapstts,  leçon  du  G,  du  B  et  du  Reg. 

Mais  il  admet  des  leçons  qui  ne  sont  que  dans  le  Rh  : 
V.  29  aequiparare,  v.  80  haud,  v.  175  furatae,  v.  312 
quadro  cui  in,  v.  361  celebratur,  v.  391  neruis;  les  cinq 
premières  ne  sont  ni  dans  Ugolet,  ni  dans  Avantius;  la 
dernière,  qui  appartient  au  Rh',  se  trouve  dans  Avantius; 
il  en  admet  quelques-unes  qui  appartiennent  à  d'autres  mss. 
que  le  G,  et  qui  n'ont  pas  été  adoptées  par  Ugolet  et  Avan- 
tius: V.  18  nitenfes  (B%  Rh,  Reg);  v.  35  reparavc  (B,Rh); 


DEUXIEME    PARTIE  LVII 

V.  249  indutos  (B,  Rli);  v.  354  Proncae  (B,  Rh);  il  en  admet 
d'autres  qui  appartiennent  au  G  et  au  Rh  et  qui  ne  se  trou- 
vent pas  dans  les  éditions  d'Ugolet  et  d'Avantius  :  v.  1  58 
pangea;  v.  320  décor mnina ;  v.  171  N aidas  {diussi  dans  le 
Reg);  il  en  admet  enfin  qu'on  trouve  dans  tous  ou  dans 
presque  tous  les  mss.  et  qui  n'avaient  pas  été  adoptées  par 
Ugolet  et  par  Avantius  : 

Vers  Vers 

120  et  \22>hic{G,  B,  Rh,  Reg).  288  miretur  (G,  B,  Rh). 

128  s/>e«es gemmas  (G,  B,  Rh,  296  utrinque  {G^,^^'Rh). 

Reg).  324  iUa  tenens  (G,  B,  Rh). 

'93  perfundit  (G,  B,  Rh).  354  adiuta  (G,  B,  Rh). 

22i  pubertasqice  aiiinis  et  (G,  388  tieteresque  illustrât  (G,  B, 

B,  Rh).  Rh). 

22,6  praetemptat  (G,    B,    Rh  ;  394  «/V^Y/;»  (G,  B,  Rh). 

l'orthographe  dumotest,  448  quanta  (G,  B,  Rh). 

dans  l'Ascensiana,  pre-  222  perfuderit  (G,  B,  Rh,  L). 

têtat).  295  perrniscent  (G,  B,  Rh,  L). 

246  retia  (G,  B,  Rh).  363  serras  (G,  B,  Rh,  L). 

256  dexter  (G,  B,  Rh).  437  unus  (G,  B,  Rh,  L). 

Ces  nombreux  exemples  prouvent  que  l'éditeur  de  1 5 1 1 
use  des  leçons  du  Rh  comme  de  celles  du  G;  et  qu'il  ne 
connaît  probablement  pas  le  B,  sans  quoi  il  lui  emprunte- 
rait ses  bonnes  leçons  des  vers  79,  1 18  et  360.  Il  a  déjà  été 
dit  qu'il  ne  devait  pas  connaître  directement  le  G,  puisqu'il 
laisse  de  côté  certaines  de  ses  meilleures  leçons,  alors  qu'il 
adopte  presque  toutes  celles  du  Rh  qui  semblent  correctes, 
excepté  niagmisqne  (v.  T49),  leçon  qui  peut  d'ailleurs  être 
rejetée,  comme  elle  l'a  été  par  Peiper. 

Je  conclurai  donc  que  l'édition  de  1 5 1 1  a  été  établie 
d'après  des  leçons  extraites  du  G  et  du  Rh,  et  non  pas  du  G 
seulement,  comme  le  voudrait  Peiper,  Les  Castigationes 
d'Humelberg,  les  corrections  de  l'édition  de  15 13,  dues  à 
Homedeus,  et  celles  de  l'édition  de  1 5 1 7  marquent  peut-être 
une  influence  plus  spéciale  du  G.  Si  l'on  admet  l'hypothèse 
de  Schenkl  relative  à  l'existence  du  ms.  du  monastère  de 
S*-Victor,  il  faut  supposer  que  ce  ms.  dérivait  du  G  et  du  Rh. 

VIII 


LVIII  INTRODUCTION 

Toute  la  discussion  précédente  et  le  tableau  des  variantes 
des  trois  éditions  d'Ascensius  ont  montre  les  progrès 
successifs  du  texte  de  la  Moselle  dans  TAscensiana  et  sa 
qualité  déjà  bien  supérieure  en  151  i  à  celle  des  éditions 
d'Ugolet  et  d'Avantius.  L'éditeur  de  1511  a  en  effet  de 
bonnes  corrections  : 

Vers  Vers 

176  oreiadas,  2)11  thybris. 

281   tethyii.  465  tarnë. 

2,0^  fyracojii.  473  portiibics^. 

Il  en  propose  qui  sont  médiocres  ou  mauvaises  : 

Vers  Vers  Vers 

43  quoties.  316  corus.  380  Roniœq;  tuere. 

298  qui.  317  affliêîainq;.  392  oci. 

311  ptolemaidos.  j^y]  fulphitrea.  yfi  fuh  tegmine. 

314  incerti.  365  drachonum.  423  fuperet. 

Il  doit  avoir  usé  de  l'édition  d'Ugolet  :  l'adoption  de  la 
correction  v.  277  Cirées  ne  prouve  évidemment  rien  :  il 
suffisait  de  connaître  la  légende  de  Glaucus  pour  en  prendre 
l'initiative.  Mais,  sans  parler  de  v.  370  pingtia,  barbarisme 
d'Ugolet  qui  se  retrouve  dans  l'Ascensiana  où  il  peut  n'être 
qu'une  faute  d'impression,  et  de  mauvaises  leçons,  comme 
v.  336  colonis,  qu'Aleander  a  prises  plutôt  à  l'édition  de 
1 499  qu'au  L  qu'il  ne  semble  pas  avoir  connu,  la  persistance 
dans  l'édition  de  i  5 1  i  de  certaines  mauvaises  corrections 
particulières  à  celle  de  1499  semble  prouver  que  celle-ci  a 
été  mise  à  profit  pour  l'établissement  de  celle-là:  v.  71 
locupletibus  ufq;,  v.  i  iSNamq;^,  v.  2'j8 captas.  Par  contre, 
Aleander  paraît  ne  pas  avoir  connu  l'édition  d'Avantius  : 
s'il  admet  en  général  les  corrections  de  cette  édition  qui 
sont  confirmées  par  le  texte  des  mss.  et  qu'il  peut  avoir  prises 
dans  ceux-ci  et  non  dans  l'édition,  il  néglige  les  bonnes 
conjectures  de  l'éditeur  de  i  507  qu'il  suffisait,  semble-t-il, 
de  connaître  pour  les  adopter  :  v.  169  homines;  v.  i^yceptat 

*  Voir,  pour  portubus ,  Commentaire,  p.  136. 


DEUXIEME    PARTIE 


LIX 


(conjecture  médiocre,  sans  doute,  mais  bien  préférable  à 
celle  d'Aleandcr,  captos)\  v.  261  ciùq;,  v.440  latiHm;v.4$o 
natus  (conjecture  qui,  si  elle  me  paraît  mauvaise,  est  du 
moins  plus  séduisante  que  la  leçon  des  mss.). 

L'Ascensiana,  de  son  côté,  a  beaucoup  de  fautes  encore  : 
le  tableau  des  variantes  a  montré  quel  avait  été  le  progrès 
du  texte  dans  la  seconde  et  la  troisième  édition.  C'est 
d'après  cette  dernière  (151 7)  que  je  cite  les  principales 
fautes  qui  restent  dans  la  recension  définitive  publiée  chez 
Badius  Ascensius  : 


Vers 

^Ç)fuperante. 

45  lunigenis  (mau- 
vaise lecture  de 
limigenis  G  ?). 

47  Sedficca  in  primo 
afpergit  vejîigia 
lyinpha. 

65  Vtq;. 

71  locnpletibîis  ufq;. 
1 1 1   lutliea. 


Vers  Vers 

115  Parca.  317  Affliëlamq;. 

118  Namq;  &■.  -^yi  fulphurea. 

l\ii  Cunibœ.  380  Romœq;  tuere. 

237    Vibratiscaptos.  392  oci. 

263  innaJidos.  397  fub  tegmine. 

278  captas.  415  dilata  lande. 

298  Qui.  422  vinôîos. 

311  Ptoleuiaidos.  /^zt^  fuperet. 


314  incerti. 

316  Corus  Achates. 


429  nil. 

464  Duranide. 


A  ces  leçons  qui  s'éloignent  des  mss.^  sans  les  corriger, 
il  faut  joindre  un  certain  nombre  de  mots  où  la  bonne 
orthographe  des  mss.  n'est  pas  suivie  (v.  43  qiiotïes,  v.  48, 
53,  363  Jeitia,  V.  70  baccas,  v.  85  herbofas,  v.  i  i^fqiiallef, 
V.  478  Pagoriint,  etc.). 

D'autre  part,  on  a  déjà  vu  (p.  LU)  que  l'Ascensiana  de  1 5 1  7 
a  en  propre  plusieurs  bonnes  corrections  et  quatre  conjec- 
tures, dont  deux  sont  inutiles  et  les  deux  autres  définitives. 

En  dernière  analyse,  le  texte  de  la  Moselle  a  effectué  de 
notables  progrès  dans  cette  dernière  édition  d' Ascensius; 
les  éditions  qui  vont  suivre  seront  inférieures,  et  c'est  seule- 
ment en  1551  que  Vinet,  marchant  sur  les  traces  des  divers 
reviseurs  de  l'Ascensiana,  parviendra,  sans  l'usage  de  mss., 
à  constituer  un  texte  meilleur. 


Le  L 


a. parca,  et,  d'après  Schenk!,  iiinctos. 


LX  INTRODUCTION 

III 

Éditions  fondées  sur  le  Rhenaugiensis. 


LA  JUNTINE   ET   L'ALDINE. 

En  151 7,  année  où  étaient  publiées  à  Paris  les  deux 
éditions  d'Ascensius  et  de  Jehan  Petit,  il  paraissait  en  Italie 
aussi  deux  éditions  d'Ausone,  la  première  à  Florence,  le 
20  mai,  «fiimptu  Philippi  Itintœ»^  la  deuxième  à  Venise, 
en  novembre,  <-<in  œdibtis  Aldi  &'  Andreœ  foceri  y>\  celle-ci, 
qui  est  la  troisième  recension  d'Avantius,  est  précédée  d\ine 
épître  dédicatoire  de  l'éditeur  au  cardinal  Marcus  Cornélius. 
On  ne  sait  pas  qui  a  soigné  la  Juntine  :  cette  édition  est 
simplement  précédée  d'une  dédicace  «Federico  Conti  Val- 
moiitonio  principi»^  qni  est  censée  l'œuvre  d'Ausone  lui- 
même.  Le  poète  s'y  félicite,  avec  de  pédantesques  facéties, 
de  voir  ses  œuvres  corrigées  et  mises  en  ordre,  grâce  aux 
sollicitations  de  Federicus  Contes,  eruditorum principuni 
longe  princeps :  «  Tu  .n.  unus  fut  Anchifes  olini  apiui  nos^ 
deO.Fabio,  longe  anteEnnitcmy,  inîhicrede,prœdixerat) 
non  c7in6iando  nobis  fed  ^pciin6iando*\'  renirefiitinjii.y> 

Voici  les  titres  exacts  de  ces  deux  éditions  que  j'ai  entre 
les  mains.  Les  exemplaires  de  la  Juntine  sont  très  rares  : 
Boecking  n'a  pu  s'en  procurer.  M.  Dezeimeris  a  bien  voulu 
mettre  le  sien  à  ma  disposition. 

AVSONII  GALLI  POET.E  DISERTIS  H  SIMI  OMNIA 
OPERA  NVPER  ||  MAXIMA  DILIGENTIA  ||  RECO- 
GNITA ATQVE  II  EXCVSA. 

^  C'est-à-dire  aux  Champs-Elysées  où  se  trouve  Ausone  qui  termine  sa 
lettre  par  ces  mots  :  Vale,  ex  Elysijs  cnmpis. 

*-  Allusion  au  v.  S46  du  1.  VI  de  V Enéide. 

•'  Mauvaise  orthographe,  qui  permet  un  jeu  de  mots,  du  verbe  ^erco»- 
tor,  lequel  vient  de  contus,  gaffe  avec  laquelle  les  bateliers  sondent  le 
fond  d'un  fleuve,  et  n'a  aucun  rapport  avec  cunclor,  temporiser. 


DEUXIÈME    PARTIE  LXI 

A  la  lin  du  vol.,  qui  est  ua  in-8",  on  lit  :  FloreiiHœ, 
fiimptu  Philippi  Iiintœ.  Anno  DTii.  M.  D.  \\XVII.  Die. 
XX.  Mai.  Leone.  X.  Pdtifice. 

AVSONIVS.  Il  ALDVS  (La  marque  des  Aides,  l'ancre  et 
le  serpent,  au-dessous  d' AVSONIVS  entre  AL  et  DVS). 

A  la  fin  du  vol.,  qui  est  aussi  un  in-8°,  on  lit  :  VENETIIS 
IN  AEDIBVS  ALDI  ||  ET  ANDREAE  SOCERI  ||  MENSE 
NOVEMBRI  II  M.  D.  XVIL 

Schenkl  et  Peiper  trouvent,  pour  le  texte  de  la  Moselle, 
entre  l'Aldine  et  la  Juntine  des  ressemblances  étonnantes 
qu'ils  expliquent,  le  premier  en  supposant  qu'Avantius  a 
usé  de  la  Juntine  qui  avait  déjà  paru  au  moment  où  il 
préparait  son  édition  ;  le  second,  en  supposant  que  les  deux 
éditeurs  ont  usé  d'un  même  ms.  qui  procédait  du  Rhenaii- 
giensis.  Schenkl  cite  à  l'appui  de  sa  thèse  ^  les  leçons 
suivantes  qui  se  trouvent  dans  la  Juntine  et  dans  l'Aldine  : 
V.  I  I  Noxiomagiim  (qui  rie  se  trouve  dans  aucun  ms.,  ni 
dans  aucune  édition  antérieure);  v.  x'i^  ferwit  (qui  ne  se 
trouve  dans  aucun  ms.,  ni  dans  aucune  édition  antérieure); 
v.  2IO  Vefeui  (leçon  des  mss.  et  des  éditions  d'Ugolet  et 
d'Avantius);  v.  224  rediget  (qui  ne  se  trouve  dans  aucun 
ms.,  ni  dans  aucune  édition  antérieure);  v.  261  Ciiiq;  (qui 
ne  se  trouve  pas  dans  les  mss.,  mais  déjà  dans  l'édition 
d'Avantius  de  1507);  v.  289  Chalcedonio  (bonne  leçon  qui 
ne  se  trouve  ni  dans  les  mss.,  ni  dans  les  éditions  antérieu- 
res) ;  V.  312  quadro  cui  in  (leçon  du  Rh  qui  se  trouve 
déjà  dans  l' Ascensiana)  ;  v.  324  Villa  tenus  (qui  se  trouve 
déjà  dans  l'édition  d'Avantius  de  1507);  v.  336  nutantia 
(leçon  qui  ne  se  trouve  ni  dans  les  mss.,  ni  dans  les 
éditions  antérieures);  v.  345  hic  (leçon  qui  se  trouve  déjà 
dans  l'édition  d'Avantius  de  1507);  v.  360  allahere  (leçon 
du  Rh  qui  se  trouve  déjà  dans  l'édition  d'Avantius  de 
1507);  V.  407  Britanos  {\.q\\q  est,  il  est  vrai,  la  leçon  de 
l'Aldine;  mais  la  Juntine  a  Britannos  comme  les  mss,  \^)\ 

^  Prooemium,  p.  XXXI. 

Y  De  même,  au  v.  68,  l'Aldine  a  Britanis,  et  la  Juntine  Britannis. 


LXII  INTRODUCTION 

V.  461  Saxona  (l'Aldine  a  bien  Saxona,  qui  se  trouve  déjà 
dans  l'édition  d'Avantius  de  1 507,  mais  la  Juntine  afaxona); 
V.  465  Tagiiin  (mauvaise  leçon  qui  ne  se  trouve  ni  dans 
les  mss.,  ni  dans  les  éditions  antérieures). 

A  l'appui  de  l'opinion  de  Schenkl,  j'ajouterai  même  un 
certain  nombre  de  mauvaises  leçons  (dans  le  genre  de 
Tagicin),  qui  se  trouvent  dans  l'Aldine  et  dans  la  Juntine, 
qui  ne  se  trouvent  pas  avant,  et  dont,  par  conséquent,  la 
communauté  semble  bien  caractéristique.  On  lit  en  effet 
dans  les  deux  éditions:  v.  49  Trudens  (pour  Tendens)\ 
v.  61  leue  {-povir  lene)\  v.  71  locupletes  quœq;  fub  undis 
(leçon  qui  n'est  pas  fondée  sur  les  mss.  ;  l'Aldine  admet 
une  virgule  avant  quœq;);  v.  86  ftirtim  (pour  fartîin;  mais 
V.  113,  les  deux  éditions  ont  bien  fartim,  comme  il 
convient);  v.  1 14  cauda  (pour  caudani)\  v.  1 18  Nanq;  & 
(leçon  qui  n'est  pas  fondée  sur  les  mss.  •,  les  premières  éditions 
ont  Namq^  &=);  v.  1 30  Fario  (pour/arzo);  v.  1 93  profundi; 
V.  277  Dirces  (leçon  des  mss.  corrigée  dès  l'édition  d'Ugo- 
let);  V.  T)(i2)  feras  ;  v.  421  aiigiifiœ  (le  L  a  bien  auguste, 
qui  a  été  corrigé  en  augufiœ,  dès  l'édition  d'Ugolet); 
V.  441  ccefamq;  (Avantius,  dans  son  édition  de  1507,  écri- 
vait cefaniq^).  —  Ces  fautes  prouvent  suffisamment  que 
l'édition  de  novembre  1517a  usé  mal  à  propos  de  celle 
de  mai. 

Beaucoup  d'autres  leçons,  la  plupart  fautives,  qui  sont 
communes  à  la  Juntine  et  à  l'Aldine  et  qui  proviennent  des 
éditions  d'Ugolet  et  d' Avantius,  sans  se  trouver  dans  celles 
de  Badius  Ascensius,  semblent  prouver  que  les  éditeurs 
italiens  de  1 5 1 7  n'ont  pas  connu  l' Ascensiana  : 

Vers  Vers 

I  nauem  (Reg,  Av.).  120  Hinc  (L,  Ug.,  Av.). 

39  ybr//re  (L,  Av.).  128  geininas  fpecies  (L,  Ug., 
72  AJJîmilant  (G",  B,L,  Ug.,  Av.). 

Av.).  150  liquidiis  (Av.). 

80  aM^(G,B,Reg,L,Ug.,  Av.)  169  homines  (Plv.). 

89  thedo  (L,  Ug.,  Av.).  171   Naiadas  (Ug.,  Av.). 

lOi  fronte  (Rh,  Av.).  176  Oreadas  (cod.,  Ug.,  Av.). 


DEUXIEME    PARTIE 


LXIII 


Vers 

187  tei^ai!fnr(Rh,L,\Jg. , Av.). 
192  protulit  (B,  Rh',  Av.)- 
198  confundit  {G  1  Ug.,  Av.). 
207  excluait  (G,  B,  Rh,  Av.). 
215  Miffena  (Ug.,  Av.). 
2iS  fpecîataÇcod.,  Ug.,  Av.). 
222  perfimderit  (Ug.,  Av.). 
236  prœtendit  (Av.). 
249  Iinplicitos  (Ug.,  Av.). 
256  Dextera  (Ug.,  Av.). 
266  &ra;ic/a  (G,  Rh,  Ug.,  Av.). 
281    Thetim  (B,  Ug.,  Av.). 
288  miratur  (L,  Ug.,  Av.). 
295  proini/cent  (Ug.,  Av.). 
300  Gortitiius  (G,  B,  L,  Ug., 

Av.). 
304   Syracufij  (G,  B,  L,  Ug., 

Av.  dans  les  Kniend.). 


Vers 

309  Hic  tinus  (Ug.,  Av.). 

310  AIicit(Av.;  auv.348,  Av, 

et  les  deux  édit.  de  1517 

ont  allicit). 
320  decoramine   (B,    L,    Ug., 

Av.). 
335  adpa  (G\  L,  Ug.,  Av.). 
359  S<ir'-s(Rh,B,L,Ug.,Av.) 
365  Draconuin  (L,  Ug.,  Av.). 
374  moles  (Ug.,  Av.). 
389  qiiod  (G,  L,  Ug.,  Av.). 
394  uiruriiin  (Ug.,  Av.). 
409  popidiq;  (cod.,  Ug.,  Av.). 
415  Z)e2fe/a;z<r  (B,Rh,L,Ug., 

Av.). 
442  lata  (Av.). 

448  tanta  meri  dederitjï  (Av .) . 
473  portibus  (cod.,  Ug.,  Av.). 


La  Juntine  et  l'Aldine  n'ont  que  deux  leçons  propres  à 
l'Ascensiana,  qui  ne  se  trouvent  ni  dans  les  mss.,  ni  dans 
les  éditions  de  1499  et  de  1507.  Je  ne  parle  pas  àhitrinq; 
(v.  296),  qui  n'est  ni  dans  Ugolet  ni  dans  Avantius,  mais 
qui  se  trouve  dans  le  G\  le  B  et  le  Rh,  ms.  auquel  les 
éditeurs  italiens  auront  emprunté  cette  leçon;  ils  n'ont  pu 
emprunter  à  aucun  ms.  connu  les  deux  mauvaises  leçons 
inualidos{v.  262,)etfitb  teg'mine{v.  397), qui  ne  se  trouvent 
dans  aucune  autre  édition  que  l'Ascensiana.  Cette  commu- 
nauté peu  importante  de  leçons  doit  n'être  que  fortuite ^.  Si 
les  éditeurs  italiens  de  151 7  avaient  usé  de  l'Ascensiana, 
ils  lui  auraient  sans  doute  pris  autre  chose. 

Je  n'ai  noté  jusqu'ici  que  les  points  de  ressemblance  des 
deux  éditions  italiennes  de  i  5 1  7  ;  il  est  évident  qu'elles 
ont  eu  toutes  deux  recours  au  Rh  :  mais  l'Aldine  emprunte 
bien  davantage  au  ms.,  et  la  Juntine,  plus  fidèle  au  texte 


^  Il  faut  d'ailleurs  se  rappeler  que  le  L  et  les  édit.  d'Ugolet  et  d' Avan- 
tius ont  fubtegmine ,  écrit  en  un  seul  mot.  —  V.  389  l'Ascensiana  de  15 17 
a  qiiid;  celles  de  1511  et  15 13,  Çj,"  je  pense  que  cette  abréviation  est  pour 
qidd  et  non  pour  qiiod,  leçon  de  la  Juntine  et  de  l'Aldine. 


LXIV  INTRODUCTION 

d'Ugolet,  se  montre  nettement  conservatrice.  Cette  tendance 
de  la  Juntine  se  manifeste  d'abord  en  ce  qui  a  rapport  à 
l'orthographe;  car  elle  admet,  comme  l'édition  d'Ugolet: 
V.  62,  84,  112,  141,  219,  283,  418,  477,  482  certilea,  etc.; 
V.  47,  limjjJias  (mais  v.  360  lymphis)\  v.  53,  63,  85  hare- 
nœ,  etc.;  v.  254  harundo;  v.  74  admixtos;  v.  92,  351, 
358,  473  oftia  (mais  V.  369  et  433  lioftio,  d'ailleurs  comme 
Ugolet);  V.  \  \  j\  fquallet ;  \ .  153  Baccheia;  y.  158  Rhodo- 
j^ein;  v.  158,  162  Lyeo;  v.  20g  fulphiirei;  \.  216  cimbœ; 
V.  220,  288  ephœbis,  ephœhi;  v.  221  fafelli;  v.  225  letiaq;; 
V.  227,  ^/^6  fiimdacra;  v.  293  contfnertia;  v.  3 1 1  Ptoïotnai- 
dos;  V.  323  uindicat;  v.  330  Menphitica;  v.  ^^j pennixta; 
V.  371,  417,  458  fœlix;  v.  377  Tibris;  v.  ^^g  fi^aciatus ; 
V.  413,  420  premi a  (Ugolet  a  v.  413  prœmia;  v.  420  prc- 
inia);v.  441  Pireneni*\.  L'Aldine  a,  au  contraire, cœrw/ez/5, 
lymphas,  arena,  ariindo,  hoftia  (Rh),  admifios,  fqualet 
(cod.),  Bacchea,  Rodopen  (Rh),  lyœo,  fiilfurei,  cymbce, 
ephebis,  fcifeli,  Iceuaq;,  Jiniulachra,  conitnercia,  Ptolemai- 
dos  (comme  l'Ascensiana),  uendicat  (Rh),  Memphitica, 
permifia,  felix,  Tybris  (G,  B),  prœmia,  Pyrenen.  —  V.  68, 
la  Juntine  a.CalidoniJs,  rAldine,Ca73'(/o;i//'5;  les  deux  ortho- 
graphes sont  mauvaises  et  ne  se  fondent  sur  aucun  ms.  ni  sur 
aucune  édition  antérieure;  v.  84,  la  Juntine  a.  fluitantis, 
V Aldine,  flu itante is  :  la  leçon  du  G  et  du  Rh  est  fiziitantes; 
V.  260  et  270,  la  Juntine  a  Icetalia,  lœti  (B,  Rh),  l'Aldine, 
letalia,  letl  (Ugolet),  mais,  v.  249,  les  deux  éditions  ont 
letalibus:  v.  244,  la  Juntine  a  decœpta,  l'Aldine,  decepta; 
V.  253,  la  Juntine  a  indithmi,  l'Aldine,  indiciuin  ;  v.  314, 
la  Juntine  a  incefti,  l'Aldine,  incœfti  (Ugolet,  incœfti)\ 
V.  232,  lajuntine  écrit c/iaro?,  comme  l'Ascensiana;  l'Aldine, 
carœ,  comme  Ugolet  et  les  mss.  L'Aldine  écrit  d'ailleurs, 
comme  Ugolet,  v.  356  interceptis,  v.  437  Cumq;,  v.  475  otia, 
et  la.  JnntinQ,  intercœ2:)tis,  Cîinq;,  ocia.  V.  392",  la  Juntine 
a  ocij,  l'Aldine,  otij. 

^  Les  noms  propres  ne  commencent  par  une  majuscule  que  dans  la 
Juntine. 


DEUXIEME    PARTIE 


LXV 


Les  variantes  proprement  dites  sont  d'ailleurs  assez  nom- 
breuses entre  les  deux  éditions.  Elles  viennent: 

1°  Des  leçons  particulières  au  Kh,  ou  communes  au  Rh  et 
à  d'autres  mss.,  que  l'Aldine  emprunte  au  Rh,  alors  que  la 
Juntine  reste  fidèle  au  texte  d'Ugolet  : 


Vers  Juntine. 

45  lenigenis  (faute  d'impres- 
sion ?  Ug.  lagœis). 

56  habens  (Ug.)- 

74  excolor  (Ug.  ejî  color). 

79  Noniinaquœcuiiëîos (Ug.). 

95  omn/(Ug.). 
1 13  pingiiefcis  (Ug.). 
136  Aôlea...  oliua  (Ug.). 
149  magnoq;  (Ug.). 

190  uidetur  {\5g,.). 

191  conjîitit  (Ug.). 
20 1  fulmine  (Ug.). 
227    Vnde  (Ug.). 

331  expeSlantis  (Ug.). 

237    Vibratos  (Ug.). 

240  Nam  (Ug.). 

286  alternans  coinit  (Ug.). 

2g^puIfu(Vg.). 

306  mergei  (Ug.). 

313  ipfe(\Jg.). 

314  ab(\Jg.). 
316  chorus  (Ug.). 

326    Vtq;  (Ug.). 
329  irrupit  (Ug.). 

336  colonis  (Ug.). 

337  fiihduaa  (Ug.). 

338  aperto  (Ug.). 
350  memorajje  (Ug.). 
354  pronea  (Ug.). 
354  nemofœq;  (Ug.). 
359  Erubrus  (Ug.). 
361  celebratus  (Ug.). 

368  loca(\Jg.). 

369  FeJJh  (Ug.). 


Al.DINE. 

liniigeris  (Rh). 

habes  (Rh). 

concolor  (G,  B,  Rh,  Reg). 
Nomina  quœ  &•  cunclos  (Rh). 
uni  (Rh). 
pinguefcit  (Rh). 
A6leo...  oliuo  (G,  B,  Rh,  Reg). 
magnusq;  (Rh). 
uidentur  (cod.). 
conjitus  (G,  B,  Rh). 
flwnine  (cod.). 
Viida  (cod.). 
explorantis  (G,  B,  Rh). 
Libratos  (Rh). 
/a7M(G,  B,  Rh). 
alternas  coniunt  (G,  Rh). 
plaufu  (Rh). 
margei  (G,  B  ;  inar  Rh). 
ipfa  (G,  B,  Rh). 
ob  (G,  B,  Rh). 
totus  (Rh). 
Atq;  (Rh). 
irruinpit  (G,  Rh). 
coluninis  (G,  B,  Rh). 
fubfiruaa  (G,  B,  Rh). 
operto  (G,  B,  Rh). 
memorare  (G,  B,  Rh). 
proneœ  (G,  B,  Rh). 
nemefœq;  (cod.)  ^. 
Erubris  (G,  Rh). 
célébrât ur  (Rh). 
uocat  (G,  Rh). 
Fefta  (Rh). 


\  Les  deux  éditions  conservent  cfl  (L,  Ujj  ). 


IX 


LXVI 


INTRODUCTION 


Vers  JuNTiNE. 

370  tacitam  (Ug.)- 
372  quœq;  (Ug.)- 

390  tuo  (Ug.). 
401   régis  (\5g.). 
41 1  primus  (Ug.)- 
413  honores  (Ug.). 
423  fupereji  (Ug.). 
432  extendit  (Ug.). 
436  amni  (Ug.). 
439  nimc  (Ug.). 
443  circino  (Ug-). 
446  folicitare  (Ug.). 

464  Durant  (Ug.). 

465  poftponat  (Ug.). 

468  Aturrus  (Ug.). 

469  et  470  celebranda  (Ug.). 
471   taurinœ.  (Ug.). 


Aldine. 

tacitmn  (G,  B,  Rh). 

qiCêq;  (queinque  L;  quenque  B, 

Rh). 
tui  (G,  Rh). 
reis  (G,  B,  Rh). 
prit)iis  (cod.). 
honoris  (G,  B^,  Rh^). 
fuperet  (G,  B,  Rh.) 
exlendet  (cod.). 
amne  (Rh). 
non  (G,  B,  Rh). 
concino  (cod.). 
follicitare  (cod.). 
Durani  (G,  B,  Rh). 
poftponet  (G,  B,  Rh). 
Atiirniis  (Rh). 
celebrande  (B,  Rh). 
taurinthes  (Rh). 


2°  Des  leçons  de  l'édition  de  1 507  que  lajuntine  conserve 

Vers  JuNTiNE.  Aldine. 

22  SubterlabentisiAv.iSO'j).       Subterlabentis  (G,'Rh,Reg), 
440  Latium(Av.  1507).  Latins  (cod.). 

30  Des  leçons  de  Tédition  de  1 507  que  l'Aldine  conserve 


Vers 


JUNTINE. 


Aldine. 


28   Vtfluuius  lùtreoq;  (Ug.).         Vt  flunios  uitreosq;  (Av.  1507). 
431  utriq;  (Ug.).  utrinq;  (Av.  1507  Emend.). 

4°  Des  leçons  d'Ugolet  que  l'Aldine  conserve  : 


Vers 


JuNTINE. 


Aldine. 


3  Cânas  (Ascens.  Cannas).  cannas  (Ug.). 

8   Tabernas  (correction).  tabernas  (Ug.). 

27  Nauiger  (cod.).  Nauiget  (Ug.). 

29  œquiparare  (Rh).  œquiperare  (Ug.). 

5°  Des  fautes  de  l'une  ou  de  l'autre  des  deux  éditions 


Vers  JuNTiNE. 

10  confpicor. 
16  œthratn. 


Aldine. 

confpicior  (faute). 
œtrJiam  (faute). 


DEUXIEME    PARTIE 


LXVII 


Vers  JuNTiNE. 

73  placide  (faute). 

90  Effugiensi];. 
173  trépidas,  qiue  {îdLVLÏt). 
189  Glauciis  (faute). 
275  captât. 
309  perlita. 
318  aut  horiini. 
369  anguflis  (faute). 
443  fides  (faute). 
454  fuhter  laberis  (faute). 


Aldine. 

placidœ. 

Effigiensq;  (faute). 
trepidasq; . 
glauciis. 
cœptat  (faute). 
per  lita  (faute). 
authorum  (faute). 
augu/îis. 
fide. 
fiibterlaberis. 


6°  Des  essais  de  correction  plus  ou  moins  heureux  de  l'une 
ou  de  l'autre  des  deux  éditions  : 


Vers  JuNTiNE. 

35  fperante  (Rh,  B,  L,  Ug.). 

47  in  primo  refpergit  (Ug.).- 
307  hebdojnadas  (B). 
388  ueteresq;  (cod.). 
391   uentis  (mauv.  correct.). 
415  tfïYa^a  (Ascensiana). 
426  itinôîi  (cod.,  Ug.). 


Aldine. 

fuperante  (Ascens.). 
ifi  priinores  fpargis. 
hebdomade  (manv.  correct.). 
ueteres  qui  (mauv.  correct.). 
neruis  (Rh',  Av.  1507). 
dilata  &  (G,  B,  Rh). 
îiinâîi  (mauv.  corr.  ou  faute). 


Enfin,  la  Juntine  a,  au  v.  483,  une  bonne  correction, 
Garunmœ,  adoptée  par  l' Aldine. 

Après  cet  examen  des  variantes  de  la  Juntine  et  de  l' Aldine, 
nous  ne  pouvons  répéter  pour  la  première  de  ces  éditions,  à 
propos  du  texte  de  la  Moselle,  ce  que  Peiper  dit  de  l'ensemble 
de  la  recension  :  «  Sumptu  Philippi  luntae  carmina  édita  quis 
curauerit  quibusque  auxiliis  adiutus,  non  comperi  j.  »  L'édi- 
teur inconnu  a  évidemment  usé  du  Rh,  des  éditions  de  1499 
et  de  1507,  peut-être  même  de  l'Ascensiana,  Schenkl  a  raison 
de  dire  :  «Videtur,  is  qui  in  luntina  Mosellam  recensuit, 
librum  similem  Rhenaugiensi  ad  manus  habuisse  ^'.  »  Mais 
il  devrait  ajouter  que  le  recenseur  a  tiré  peu  de  profit  du 
Rh,  aux  leçons  duquel  il  a  bien  souvent  préféré  le  texte 
d'Ugolet. 


^  Peiper.  Praefatio,  p.  LXXXVIII. 
^^  Schenkl.  Prooemium,  p.  XXXII. 


LXVIII  INTRODUCTION 

Quant  à  Avantius,  il  est  facile  de  se  rendre  compte  que, 
dans  son  édition  de  151 7,  il  rompt  résolument  avec  la  tra- 
dition d'Ugolet  qu'il  avait  suivie  en  1507,  en  essayant  d'en 
corriger  les  mauvaises  leçons  d'une  manière  conjecturale, 
et  qu'il  se  sert  avec  plus  ou  moins  de  critique  d'un  ms.  qui, 
s'il  n'est  pas  le  Rhenatigiensis ,  lui  ressemble  beaucoup. 

Avantius  a-t-il  usé  de  l'Ascensiana?  Peiper  affirme  que 
non^  :  il  semble  cependant  difficile  de  trancher  la  question. 
V.  312,  l'Ascensiana,  avant  l'Aldine,  a  qiiadro  cui  in; 
mais  on  peut  soutenir  qu' Avantius  a  pris  cette  leçon  au  Rh, 
ou  à  la  Juntine,  et  non  à  l'édition  d'Ascensius.  V.  246, 
Avantius  qui,  en  i  507,  écriva.it  femina  lignis,  a  sans  doute 
corrigé  dans  l'Aldine  en  retia  Jlgnis,  d'après  le  Rh  ou  la 
Juntine,  et  non  d'après  l'Ascensiana.  V.  176,  Avantius 
conserve,  comme  la  Juntine,  Oreadas,  leçon  des  mss.,  qui 
fait  le  vers  faux,  alors  que  l'Ascensiana  donne  déjà  la  correc- 
tion Oreiadas.  D'autre  part,  v.  263,  Avantius  écrit  au  lieu 
d'inualido,  leçon  d'Ugolet  et  de  son  édition  de  1507,  inua- 
lidos,  qui  ne  se  trouve  ni  dans  le  Rh,  ni  dans  aucun  autre 
ms.,  et  qui  est  une  mauvaise  correction  de  l'Ascensiana: 
mais  cette  correction  se  lit  aussi  dans  la  Juntine,  oii  l'Aldine 
peut  l'avoir  prise.  V.  303,  au  lieu  de  laudatur,  leçon  du  L 
et  du  Rh,  adoptée  par  Ugolet  et  sa  propre  édition  de  1507, 
Avantius  écrit  laudatus,  leçon  du  G  et  du  B,  adoptée  par 
l'Ascensiana,  mais  qui  est  aussi  dans  la  Juntine  .L'Aldine  a 
cependant,  V.  ^Sfitperante,  et  v.  311  Ptolemaidos,  correc- 
tions de  l'Ascensiana  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  la  Juntine. 

Avantius  a-t-il  tiré  du  Rh  tout  le  profit  possible?  J'ai 
déjà  montré  qu'en  même  temps  que  de  bonnes  leçons,  il 
lui  en  empruntait  de  mauvaises.  Il  a  du  moins  évité  un 
certain  nombre  de  leçons  inacceptables  du  Rh  : 

Vers  Vers  Vers 

13  reseràbat  sydîis .        18  nitentes.  25  odoriferi. 

17  aida.  20  uillis.  27  diucxas. 

■  Praef.,  p.  LXXXVIII  :  «  Ascensianum  exemplar,  cuius  prorsus  nul- 
lam  notitiam  habuisse  videtur...» 


DEUXIEME    PARTIE 


LXIX 


Vers 

28  et. 

29  aequiparare. 
33  precelapsiis . 
35  sperante. 

51  miraniur. 

59  dimersa. 

65  frontibus. 

77  meatus. 

82  horis. 

87  cibaria. 

90  lioniinum  (au 
lieu  déceler/). 
102  mensae. 
107  natatii. 
I  lO  finxit. 
1 1 1  3;rîs. 


Vers 

1 16  ainnîgeros. 

118  na;/i   que... 

lide. 

c 

123  letiis. 

134  prospexique. 

144  atldanciaco. 

145  ho  ras. 
162  //eo. 

169  honiinuin^. 
172  panos. 
174  fluëius. 
i']Sfurate. 
198  confiidit. 
202  horas. 
206  speôîant. 
2 16  cimbae. 


Vers 

233  tiîrgunguîa. 
so-      236  horaiii. 
254  consensit. 
261   qiiiqiie^-. 
298  cultus   habitus- 

que. 
309  iioôîia. 
365  drabonum. 
371   alisentia. 
376  yliacis...  horis. 
378  orrt. 
412  libitaqiie. 
461  anxoiia. 
469  iiioselle  per 

lieras. 
474  ualet. 


Mais,  en  même  temps  qu'Avantius  évitait  ces  fautes  du 
Rh,  il  aurait  pu  user  de  ce  ms.  pour  corriger  le  v.  354  Namq; 
&■  proneœ  efi,  nemefœq;  adduôîa,  dont  les  mauvaises  leçons 
rappellent  plutôt  celles  de  l'édition  de  1507,  que  celles  du 
Rh,  et  pour  enlever  de  l'Aldine  un  certain  nombre  de  fautes 
qui  viennent  de  l'édition  de  1 507  : 


Vers 

I  iiaiiem. 

27  Naui'get. 

28  fluiiiosuitreosq;. 
39  for  tire. 

80  attf. 

89   r/î6-c?o. 
i20  Hinc. 
i22  Lutins. 
140  .4ît^. 
171  Naiadas. 
204  alacris. 


Vers 

215  Miffena. 
222  perfanderit. 

236  prœtendit. 

237  cœptat. 
249  implicitos. 
256  d  ex  ter  a. 
295  pro mi/cent. 
310  alicit. 

320  decorainine. 
324  Fî'ZZa  tenus. 
345  ^«c. 


Vers 

374  moles. 
384  feuera. 
389  qiiod. 
394  tiirorum. 
431   iitritiq;. 

437    Î/7Î0. 

441  cœfaniq;. 

442  ^ato. 

448  tanta  meri  de- 

derit  Ji. 
450  Natiis. 


De  plus  l'Aldine  a  été  imprimée   négligemment  :  on  a 
déjà  vu  que  les  fautes  d'impression  y  abondent;  Avantius 


<^  e^  *-  Leçons  communes  au  Rh  et  à  d'autres  mss.,  déjà  corrigées  par 
Avantius  dans  son  édit.  de  1507. 


LXX  INTRODUCTION 

n'y  a  pas  fait  preuve  d'un  grand  esprit  critique  :  ayant  à  sa 
disposition  un  ms.,  il  n'en  use  pas  assez,  alors  qu'il  fait  à  la 
Juntine  trop  d'emprunts  détestables  (par  exemple,  Fario)\ 
quand  il  préfère  le  ms.  à  l'édition  qu'il  a  sous  les  yeux, 
il  joue  vraiment  de  malheur  :  car  il  abandonne  (v.  440) 
l'ingénieuse  correction,  Latiiim,  qu'il  avait  faite,  en  1  507, 
au  texte  d'Ugolet  et  dont  la  Juntine  s'est  emparée,  pour 
reprendre  au  ms.  la  mauvaise  leçon  Latins. 

Pour  être  cependant  meilleure  que  la  Juntine,  l'Aldine 
est  donc  loin  d'être  une  bonne  édition  ;  mauvaises  conjec- 
tures, erreurs  ajoutées,  fautes  d'impression,  retour  inutile 
aux  leçons  abandonnées  des  mss.,  mauvaises  leçons  du  Rli 
adoptées  et  bonnes  négligées,  les  taches  de  tout  genre  y 
abondent.  Il  semble  étonnant  qu'Avantius,  qui,  en  1507, 
avait  donné  une  édition  relativement  si  satisfaisante  d'après 
le  seul  texte  d'Ugolet,  n'ait  pas  mieux  profité  du  ms.  qu'il 
avait  entre  les  mains.  Quoi  qu'il  en  soit,  sa  publication  de 
1517a  fait  faire  un  grand  progrès  au  texte  de  la  Moselle  en  y 
introduisant  un  certain  nombre  de  leçons  du  Rhenaugiensis . 


IV 

Éditions  de  la  Moselle  qui  ne  sont  fondées 

sur  aucun  manuscrit 

et  travaux  critiques  se  rapportant  au  texte  de  la  Moselle 

(iS2^-iS64). 


A.  l'édition  de  bale  (1523). 

Entre  l'Aldine  qui  avait  introduit  l'usage  du  Rh  dans  la 
correction  du  texte  de  la  Moselle,  et  l'édition  de  Poelmann 
qui  devait  mettre  à  profit  deux  autres  mss.,  il  se  passe  une 
période  de  cinquante  ans,  pendant  laquelle  les  nombreuses 
éditions  d'Ausone  qui  se  succèdent  ne  font  que  reproduire, 
du  moins  pour  la  Moselle,  le  texte  de  l'Ascensiana,  de  la 


DEUXIEME    PARTIE  LXXI 

Juntine  et  de  l'Aldine,  plus  ou  moins  amélioré  au  moyen  de 
conjectures  qui  ne  se  fondent  sur  les  leçons  d'aucun  ms. 
En  janvier  1523,  paraît  l'édition  de  Bâle  in-8°: 
Decii  II  AVSOIJnii    Bvrdigalen  Hy^s   uiri  confularis 
uaria\\opîifcîda    diligenter  \\recognita.  \\  Bafileœ   apud 
Valeiitijiuui  Curio-\\  nem.  Ann.  M. D. XXIII. 

Cette  édition,  au  dire  de  Bœcking,  «  Aldinuni  exemplutn 
multis  locis  emendaUcm  repraesentat».  Peiper  ^  jvige  sévè- 
rement l'édition  de  Bâle  :  «  Basileae,  apud  Valentinum 
Curionem,  anno  1523,  mense  lanuario  édita  Ausoni  opus- 
cula,  quo  iure  dicantur  diligenter  recognita  et  num  quid 
ex  codicibus  petitum  sit  auxilii  nescio  :  noui  nil  accessit 
opusculis.  »  Je  ne  connais  de  VAitsone  de  1523  que  ce  que 
Bœcking  en  dit.  D'après  le  relevé  qu'il  donne  des  variantes 
de  l'édition  de  Bâle,  on  voit  qu'elle  corrige  un  certain 
nombre  de  fautes  d'impression  de  l'Aldine,  qu'elle  revient 
souvent  au  texte  de  la  Juntine  et  de  l'Ascensiana  et  qu'elle 
fait  quelques  innovations,  surtout  au  point  de  vue  de 
l'orthographe.  —  Voici  ses  innovations  orthographiques  : 
v.  204  alacreis  (l'édition  de  Bâle  a  aussi,  comme  l'Aldine^ 
v.  84  fiuitanteis);  v.  242,  331  pifceis.  —  Elle  abandonne 
souvent  le  texte  de  l'Aldine  et  de  la  Juntine  pour  adopter 
celui  de  l'Ascensiana,  par  exemple  : 

Vers  Vers  Vers 

80  haud.  198  confudit.  304  Syracojîi. 

86  prœ  tenero.  2iO  Vefœui.  317  Affiitîamq;. 

1x9,  Namq;  Qf.  2â,o  facileis.  370  /iîc(Asc.  151 1). 

125  uolgi.  256  Dexter.  380  Roniaeq;  tuere. 

150  liquidas.  261    Quiq;.  423  Lupomidmn. 

Parfois  elle  abandonne  le  texte  de  l'Aldine  pour  adopter 
des  leçons  communes  à  la  Juntine  et  aux  édit.  antérieures  : 

Vers  Vers 

56  habens.  338  aperto  (Ug.)- 

149  inagnoq;...additus.  2)^g  fpaciatus  {\J g.,  Av..,  Asc.  i^ii). 

294  pulfii.  415  dilata  laude  (Asc). 

«  Praefatio,  p.  LXXXVIIII. 


I.XXII  INTRODUCTION 

Voici  enfin  ses  innovations  dans  le  texte  : 

Vers  Vers 

47  Sicca  fed  in  primas  /par-  337  fulfurea  (Asc.,fulphurea), 

gis.  354  Namq;  &•  Proneœ  Neme- 
56  atq;,  pour  utque.  fœq;  addii£la. 

171   Naïades.  367  mollis  Araiius (édit.  antér. 
223  Reddet,  pour  Reddit.  mollis  aranus). 

309  Hic    Tiims    (édit.    antér.,  465   Tarni   (édit.   antér.,    tan- 
Hictinus  ou  Hic  tinus).  dem,    Tarnë  Tagiim). 

L'édition  de  1523  est  donc  une  édition  éclectique  qui 
corrige  les  fautes  grossières  de  l' Aldine  {confpicior ,  cetrham, 
Effigiensq;,  etc.)  quoiqu'elle  en  conserve  un  bon  nombre, 
et  qu'elle  en  ajoute  à  l'occasion  (v.  263  in  ualidos; 
V.  358  coufunderet).  Elle  prend  son  bien  où  elle  le  trouve, 
de  manière  à  former  un  texte  à  peu  près  passable.  Mais  les 
corrections  qui  lui  sont  particulières  ont  peu  contribué  aux 
progrès  du  texte. 


B.    LES   DIATRIBES    D'aCCURSE   (1524). 

C'est  un  an  après  l'édition  de  Bâle  que  parut  l'ouvrage 
de  Marie-Ange  Accurse,  où  la  Moselle  était  l'objet  de 
nombreuses  remarques  : 

MARIANGELI  ||  ACCVRSII  ||  DIATRIBAE. 

On  lit  à  la  fin  de  ce  volume  in-folio:  ROMAE.  OCTAVO 
KALENDAS  APRILIS.  ||  M.  D.  XXIIII.  ||  IN  AEDIBVS. 
MARCELLI.  ARGENTEI.  Je  cite  les  diverses  remarques 
et  corrections  d'Accurse  d'après  Bœcking  et  l'édition  de 
Tollius;  ce  dernier  prétend  donner  les  notes  du  critique  de 
1 524  dans  toute  leur  intégrité.  Souchay,  au  contraire,  dit, 
après  Fabricius,  (page  XXXVII  de  la  Dissertatio  Editoris 
qui  précède  l'édition  in  usuni  Delphini)  que  Tollius  est 
inexcusable  d'annoncer  qu'il  donne  l'ensemble  des  remar- 
ques d'Accui'se,  alors  que  son  édition  n'en  contient  qu'un 
choix  :  «  Nullam  fane  habet  in  eo  excufationem,  quod, 
cinn  intégras  Mariangeli  Accurjii  animadverfioncs  in 


DEUXIÈME    PARTIE  LXXIII 

tttulo  polliceretnr ,  feleBas  duntaxat  ediderit.  »  Pour  la 
Moselle,  je  crois  que  Tollius  a  reproduit  toutes  les  remar- 
ques essentielles  d'Accurse  :  car  dans  les  notes  manuscrites 
ajoutées  par  Poelmann  à  un  exemplaire  de  son  édition, 
exemplaire  qui  sera  étudié  plus  loin,  je  trouve  beaucoup  de 
citations  d'Accurse;  Poelmann  semble  avoir  extrait  toutes 
les  notes  des  Diatribae  concernant  la  Moselle,  et  je  n'en 
trouve  qu'une  seule  qui  n'est  pas  dans  l'édition  de  Tollius. 
Pour  le  texte  de  la  Moselle,  Accurse  n'avait  à  sa  disposi- 
tion aucun  ms.  *I  :  aussi  ses  corrections  sont-elles  toutes  des 
conjectures  ;  quelques-unes  sont  heureuses  et  ont  passé  dans 
le  texte;  d'autres  s'accordent  avec  le  texte  des  mss.  que 
l'on  ne  connaissait  pas  encore  au  temps  oià  parurent  les 
Diatribae.  Laissant  de  côté  toutes  les  notes  explicatives 
d'Accurse,  dont  l'essentiel  se  trouvera  dans  mon  COMMEN- 
TAIRE EXPLICATIF,  je  ne  cite  de  ses  observations  que  celles 
qui  ont  rapport  à  l'établissement  du  texte. 

V.  167  Accurse  qui  a  sous  les  yeux  les  textes  d'UgoIet  et 
d'Avantius  (1507),  prohraferiint  [  ]  cultoribus,  et  qui  croit 

que  probra  canunt  feris  cultoribus  qu'il  lit  dans  les  éditions  pos- 
térieures est  simplement  une  conjecture  {aliis,  dit-il,  ita  ïociim 
farcientibus)  ^  propose  à  son  tour  une  correction:  probra  fer  tint 
duris  cultoribus ,  qu'il  fonde  sur  ce  passage  d'Horace,  c^iirt^s  Vin- 
derniator  et  inviôîus,  etc.  {Sat.  I,  vu,  v.  29). 

V.  193  profundit,  leçon  du  L  suivie  par  Ugolet;  Accurse  pro- 
pose, en  se  fondant  sur  des  raisons  de  quantité,  perfundit,  qui  est 
en  effet  la  leçon  des  autres  mss.  (adoptée  par  l' Ascensiana)  : 
«  Reôîius  perfundit.  Natn  profundo  uix  ejl,  ut  arbitrer,  inuenire, 
quin  primant  corripiat». 

V.  215  Mijfena,  leçon  d'Ugolet;  Accurse  préfère  écrire  Mef- 
fana,  disant  avec  raison  que  le  nom  de  Messine  en  latin  est 
MeJJana.  Mais  il  ne  s'agit  pas  de  Messine,  et  l' Ascensiana  avait 
déjà  rétabli  la  vraie  leçon  Mylafena. 

V.  218  quales  fpe6tata  Peloro  :  «  Scribendum  qualis,  ut  ad 
naumachiam  referatur.  »  Quales,  en  effet,  est  inintelligible  si  l'on 
garde  la  leçon  des  mss.,  speâîata. 

V.  224  Et  rediit  pandas  (leçon  du  L,  du  B,  et  des  premières 

^  Cf.  Peiper,  Praefatio,  p.  LVIII. 


LXXIV  INTRODUCTION 

édit.)  :  «  Lego  redigit,  tiel  potius  reddit.  »  Redigit,  leçon  du  G  et 
du  Rh,  se  trouve  déjà  dans  les  corrections  de  l'Ascensiana. 

V.  227  Vnda  refert:  «  Sic  legendion.»  Accurse  avait  sous  les 
yeux  le  texte  d'Ugolet,  Viide  refert. 

V.  240  lam  uero,  Accurse  pense  qu'il  faudrait  peut-être  écrire 
îiere,  au  printemps,  moment  favorable  à  la  pêche. 

V.  242  Heu  maie  defenfas  (leçon  d'Ugolet)  :  «  In  recentioribtis 
iioltiminibus  imprinii  curatuni  ejl  defenfos  non  defenfas.  » 
Accurse  semble  ne  pas  connaître  l'Ascensiana  qui  a  defenfus... 
pifcis;  il  pense  qu'Ausone  a  bien  pu  écrire  defenfas,  s'il  adopte 
l'opinion  de  ceux  qui  croient  que  tous  les  poissons,  excepté  les 
cartilagineux,  appartiennent  au  sexe  féminin. 

V.  245  agmine,  Avantius  (1507)  écrit  augniine.  Ce  mot  se 
trouve  souvent  dans  Lucrèce,  mais  Accurse  le  juge  inutile  ici  : 
«quod  non  augmentum  hic  aquariun,fed  iit/ius  ipfe  ciirfus  irnpe- 
ttifque  exprimatur  »,et  il  conserve  agniine,]ViS\x^é.  par  le  vers  de 
Virgile,  lent  finit  agmine  Thybris(Aen.,  II,  v.  782),  imité  lui-même 
du  vers  d'Ennius,  leni  finit  agmine  fiiinien. 

V.  277  Accurse  défend  Circes  contre  Dirces  «.quod  in  recen- 
tioribus  codicibus  (par  ex.  VPddme,)  fcriptum  efi  ».  Il  cite,  pour 
la  rejeter,  la  leçon  pabula  :  «  In  peruulgatis  codicibus  pabula, 
non,  gramina  legitur.  Librariorum  errore.  »  Je  ne  trouve  pabula 
dans  aucun  ms.  ni  dans  aucune  édition.  Il  repousse  aussi  carptas, 
leçon  des  mss.  rétablie  par  l'Aldine^  et  se  demande  s'il  ne  faudrait 
pas  faâîas  :  <■■  An  legendum  fit  non  captas,  fed  taâas,  addithito. 
Ipfe  enitn  Ouidins  ait  : 

Gramine  contaClo  cœpit  tnea  prœda  inoueri. 

»  Nam  carptas,  çz/orf  noiiiffinie  excufuni  efi,  oninino  displicet.  » 
Il  suppose  également  qu'Ausone  a  pu  écrire  incola,  à  cause  du 
passage  d'Ovide,  nouus  incola  ponti'^. 

V.  281  Accurse  préfère  conuerrere  à  conuertere,  leçon  de  toutes 
les  éditions  qu'il  pouvait  connaître;  il  préfère  aussi,  pour  des 
raisons  de  quantité,  Tethyn,  leçon  de  l'Ascensiana,  à  Thetim, 
leçon  d'Ugolet. 

V.  288  miratur,  leçon  du  L  et  des  premières  éditions;  Accurse 
préfère  miretur  qui  se  lit  en  effet  dans  le  G,  le  B^  le  Rh,  et  l'As- 
censiana, 


^  Le  mérite  de  cette  conjecture  ne  semble  pas  assez  grand  pour  qu'on 
soit  tenté  de  l'envier  à  Accurse.  C'est  cependant  ce  que  fait  Sclienkl  qui 
écrit,  dans  ses  notes  critiques,  au  v.  279  «incola  Schrader  ».  Tross  disait 
avec  raison,  dans  son  Kritischer  Covinientar,  que  Schrader  (î»î  Emend., 
p.  180)  avait  été  précédé  par  Accurse. 


DEUXIEME    PARTIE  LXXV 

V.  309  C'est  Accurse  qui  le  premier,  d'après  un  passage  du 
livre  VII  de  Vitruve,  pense  qu'il  faut  lire  Ictinus,  au  lieu  de  Hic- 
tinus  ou  Hic  tinus  des  éditions.  Le  G  a  bictinus,  et  les  autres 
mss.,  hictiniis. 

V.  312  Accurse  se  demande  si,  au  lieu  de  Dinochares,  Ausone 
n'a  pas  écrit  Dinocrates,  comme  l'ont  fait  d'autres  auteurs,  par 
exemple  Vitruve. 

V.  313  II  suppose  que  ce  vers  n'est  pas  à  sa  place  :  «  Carinen 
hoc  perperatn  hue  reieôîum  arbitramur,  quando  <S°  unde  pendent 
non  habet,  &"  quœ  hic  de  Dinocrate  archite6lo,  Gfferreo  Arfinoës 
fimulacro  diciintur  confitndit  &=  intercipit.» 

V.  323  <s~Lege  uendicat.  »  C'est  la  leçon  du  Rh  suivie  par  l'Al- 
dine. 

V.  380  «  Ver/us  hic  (ni  dejint  aliqni)  huius  fane  loci  non  tude- 
tur.  PoJJit  atcteni  efje  Jpurius.  »  Schenkl  et  Peiper  pensent  aussi 
qu'il  y  a  une  lacune  après  le  v.  379. 

V.  392  ...ignobilis  ara  (leçon  d'Ugolet)  :  «  Legendum  ignobilis 
oci  (c'est  la  leçon  de  l'Ascensiana).  Neque  enim  probo  quod  non 
nulli,  ocii  (la  Juntine  a  ocij)  einendauere.  »  Suivant  le  même  prin- 
cipe, il  veut  lire,v.  304,  Syrâcûfi  et  non  Syrâcûfu,  ce  qui  évite  en 
effet  que  le  vers  ne  soit  faux. 

V.  397  Accurse,  au  lieu  de  tenui  captas  qu'on  lit  dans  Ugolet, 
voudrait  tenui  cœptas. 

V.461  non  Saxona prœceps :  «Saxonam qui Jïijîuuiuii,  nufqtuttn 
eqtiidem  coniperi.  Autji  inueniani,  priorem  leôîionem  non  mii- 
tarim,  quœ  fuit  Axona.  »  Cette  première  leçon  d'Ugolet  frtA'ono^ 
se  retrouve,  améliorée  (Axona)  dans  l'Ascensiana.  Accurse  cite 
l'édition  de  1507  ou  l'Aldine,  qui  ont  toutes  deux  Saxona. 

V.  468  C'est  Accurse  qui  a  changé  le  texte  des  mss.  Tarbellius 
en  Tarbellicus  :  correction  qui  est  restée. 


Ces  observations  d'Accurse  dénotent  du  sens  critique,  de 
l'érudition,  et  un  souci  de  la  quantité  qixi  lui  fait  corriger 
plusieurs  vers  faux;  il  conjecture  quelquefois  par  avance  le 
texte  des  meilleurs  mss.  qu'il  ne  connaît  pas,  et  il  donne 
des  corrections  (Ictinus  et  Tarbellicus)  c^ni  sont  définitives. 
Il  semble  étonnant  qu' Accurse,  qui  était  en  rapports  suivis 
avec  Aleander  ^,  ait  l'air  d'ignorer  l'existence  de  l'Ascen- 
siana. Le  texte  qu'il  cite  pour  le  corriger  est  celui  d'Ugolet 

^  Voir  édit.  Schenkl,  Prooemiuni,  p.  XXXIV. 


LXXVI  INTRODUCTION 

OU  ceux  d'Avantius;  et  quelquefois  les  corrections  qu'il 
propose  se  trouvent  déjà  dans  l'édition  préparée  par  Alean- 
der.  Il  est  probable  que  ces  Diatribae  ont  été  composées 
longtemps  avant  l'année  où  elles  furent  publiées. 


C.    LES   ÉDITIONS   LYONNAISES  DE    SÉB.   GRYPHE 
(1535  [?],  1537,  1540,  1548,  1549  [?])• 

Le  célèbre  imprimeur  de  Lyon,  Séb.  Gryphe,  a  publié 
plusieurs  éditions  d'Ausone  pendant  la  première  moitié  du 
XVi^  siècle. 

Schweiger,  cité  par  Bœcking,  mentionne  les  éditions  de 
Ï5355  ^537  et  1549;  ^3. Notifia  de  la  Bipontine  indique  les 
éditions  de  1 540  et  de  1 549,  comme  le  faisait  déjà  Fabricius. 
Bayle  ne  parle  que  de  l'édition  «que  Ducheri  procura  &  à  la 
louange  de  laquelle  Nicolas  Bourbon  fit  quatre  vers  que  l'on 
voit  au  revers  du  titre  de  l'édition  de  Lion  chez  Sébastien 
Griphius,  en  1549».  Bœcking  a  eu  entre  les  mains  l'édition 
in-8°  de  1540,  et  l'édition  in- 16  de  1548  :  M.  Dezeimeris  a 
bien  voulu  me  prêter  ses  exemplaires  des  éditions  de  1 540 
et  de  1548,  et  je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Bonnefon  com- 
munication de  l'exemplaire  de  l'édition  de  1537  conservée  à 
la  Bibliothèque  de  l'Arsenal  (catalogué  3182  bis  B.  L.). 

Je  n'ai  trouvé  aucune  trace  de  l'édition  de  1535,  et  je  ne 
puis  en  affirmer  l'existence.  Quant  à  l'édition  de  1549,  ^^^^ 
m'est  inconnue  et  je  crois  qu'elle  n'est  autre  que  celle  de 
1 548  :  les  quatre  vers  de  Nicolas  Bourbon  «  que  l'on  voit  au 
revers  du  titre»  de  l'édition  de  1548,  comme  Bayle  préten- 
dait les  voir  au  revers  du  titre  de  l'édition  de  1 549,  le 
prouvent,  semble-t-il,  suffisamment.  Bayle  commet  d'ailleurs 
de  nombreuses  erreurs  dans  la  liste  qu'il  donne  des  éditions 
d'Ausone  :  nous  le  verrons  en  particulier  à  propos  de  la 
prétendue  Lyonnaise  de  1557.  Cependant  Tross  dit,  dans 
V Einleitung  de  son  édition  de  la  Moselle,  avoir  eu  entre  les 
mains  un  Atisone  in- 12  de  chez  Gryphe  qvi'il  désigne  ainsi: 


DEUXIÈME    PARTIE 


LXXVII 


«Ausonii  opéra;  Lugduni  ap.  Seb.  Gryph.  1549,  12  mo.» 
Et  il  ajoute  :  «Cette  édition  fournit  beaucoup  d'excellentes 
leçons.  Est-ce  une  simple  répétition  de  l'édition  donnée  par 
le  même  imprimevir  en  1540,  je  ne  peux  le  déterminer,  car 
je  ne  possède  que  l'édition  que  je  viens  d'indiquer.  »  Cet 
in- 1 2  n'est  évidemment  pas  l'édition  de  1 548  qui  est  un  in- 1 6  : 
l'examen  des  variantes  que  Tross  cite  comme  empruntées 
à  son  Ausone  nous  montre  bien  que  ce  n'est  pas  une  réim. 
pression  des  éditions  de  1537,  1540  et  1548  : 


Vers  Édit.  de  Grtphe  1549  (d'après  Tross). 

I   Nauam. 

28  imitare. 

47  primos...  limphas. 

51   nec  cura. 

7î   Deliciasq;. 

76  Intercludentes. 
1 15  parca. 
1 18  Namq;  6°. 
130  Sario. 
159  threcia. 
171   Najades. 
198  confudit. 
2iO   Vefaevi. 
390  uti. 
452  tempus. 


Édit.  de  Grypue  /)37,  1540,  1548. 

naueni. 

imitate. 

primas...  lymphas. 

non  cura  (1537,  1540). 

Délit  iasq;. 

Interludentes. 

perça. 

Nanq;  <5'(i537,  i548)- 

Far/o(i540),/aWo(i537, 1548). 

Thracia. 

Naiades. 

confundit  (  1 540) . 

Vefeui  (1540). 

tui. 

teinpora. 


Parmi  ces  variantes,  il  y  a  d'importantes  fautes  d'impres- 
sion :  Intercludentes ,  threcia,  titi,  temptcs.  Malgré  les 
nombreuses  inexactitudes  que  Tross  commet  en  citant  les 
leçons  des  textes  qu'il  a  sous  les  yeux,  je  ne  puis  supposer 
qu'il  ait  lu  assez  mal  son  édition  de  1 549  pour  y  trouver 
ces  fautes  grossières  si  elles  n'y  étaient  pas.  Il  faut  donc 
admettre  l'existence  d'un  Atisone  in- 12  sorti  des  presses 
de  Gryphe  en  1 549,  beaucoup  plus  négligemment  imprimé 
que  les  éditions  de  1537,  1540  et  1548.  Tross  aura  été  le 
seul  à  connaître  cette  mauvaise  réimpression  que  Bœcking 
lui-même  n'a  pu  se  procurer. 

Des  trois  éditions  que  je  connais,  il  en  est  une,  la  der- 


Lxxvni 


INTRODUCTION 


nière,  qui  au  premier  abord  semblerait  avoir  une  imronaace 
particulière.  ^  En  tète  d^une  édition  publiée  à  Lvor.  e::  i  54S. 
—  dit  M.  Dezeimeris  *  —  et  soignée,  paraît-il,  par  Duché- 
rius,  poète  latin  de  la  Limagne,  Nicolas  Bourbon  de  \\ir.- 
dœuvre  constate  ce  mauvais  état  du  texte.  Rien  n'était  plus 
vrai.  Mais  lorsqu'il  ajoute  que  son  ami  Ducherins  fDuchier) 
y  a  mis  ordre  et  correction,  il  me  semble  s'avancer  beaucoup. 
Je  n'ai  jusqu'à  ce  jour  constaté  aucune  correction  impor- 
tante datant  de  cette  édition.  Il  serait  bon  toutefois  d'en 
faire  \ine  collation  complète.  ^  Pai  fait  cette  collation  pour 
ce  qui  concerne  le  texte  de  la  Moselle  :  le  tableau  suivant 
des  variantes  des  trois  éditions  de  Gnrphe  que  je  connais 
montre  que  l'édition  de  1548  diSère  peu  de  celles  de  1537 
et  de  1 54.0,  et  ne  mérite  guère  l'éloge  enthousiaste  que  lui 
décernaient  les  deux  distiques  de  Xicoîas  Bourbon,  inqjri- 
més  au  verso  du  titre  : 


NiCOLAYS  BORBONFVS 
Vandoperanus  ad  Leâorem. 

Amfcmàtum  memitis  wimemlis  wtemiis^  JcaismSti-ai 

Mmf*  U^  imtUgme  DmehmrimiÊm  tmtit: 

Dasrfo%:  «aun  ftmmUora^  M»V'  t*o8lmm 


\ 

"aî-an" 

:ss  r35  ^riTiax-s  de  b. 

Lrî-rPfTK, 

Vais          tîîT- 

i>+a- 

£Ï*S< 

3  Cannas. 

id. 

cannas. 

4S  et  563  îem'a. 

mtreosg;. 
id. 

lœatia. 

51  no». 

id. 

•«r. 

65  agiiatkr. 

85  capîio. 
it^/qataâet. 
115  delicms. 

agirm. 
id. 
id. 
id. 

CapOof 
JqHaHei. 
deUHas. 

*  A  pr-pcg  jrm»  Mmmmstrit,  etc-,  p.  6,  note  1. 

*'  Dxa5  réiiition  de  154S  toos  les  nocEis  de  poifssoas  sont  ëccits  arec  ime 
Œtajascale  imùile,  exœpte  ttmhns  ^v,  9q>,  la  fsraBÎèxe  fois  qu'Us  sont  ci  ces. 
Aa  T.  i30t  cepeniast,  l'âditîoa  de  1543  a  Jkrso.  les  desx  uaXR&,,  Jwria. 


DEUXIÈME    PARTIE 


LXXIX 


Vers           1537. 

1540. 

1548. 

118  Nanq;. 

Namq;. 

Nanq; . 

125  Quis  non  &... 

Qiiis  &>  non... 

Quis  non  &... uolgi. 

uolgi. 

utdgi. 

126  Norit?&alhiir- 

Norit?  Alburnos. 

Norit?  &  alburnos. 

nos. 

198  confudit. 

confundit. 

confudit. 

2iO  uaporiferi. 

uaporifera. 

uaporiferi. 

210   Vefœui. 

Vefeui. 

Vefœui. 

227  &\.T)^,6fimiilachra. 

id. 

fimulacra. 

234  Germanœ. 

Gernianœq;. 

Germanœ. 

261    Quiq;. 

Cuiq;. 

Quiq;. 

298  (3"^- 

Quis. 

Qui. 

381  parens. 

id. 

pares. 

479  increta. 

id. 

incerf  a. 

On  voit  que  ces  variantes  sont  peu  importantes  :  la  plus 
grande  différence  entre  les  trois  éditions  de  Lyon,  c'est  que 
les  deux  premières  sont  in-8°  et  la  troisième,  in-i6;  cette 
dernière,  plus  coquette  d'aspect,  est  imprimée  en  caractères 
plus  petits  et  plus  agréables  à  l'œil.  D'ailleurs,  la  disposi- 
tion du  texte  est  la  même  :  dans  les  trois  éditions,  la  Moselle 
commence  en  haut  de  la  page  70  et  finit  avec  la  page  86. 
Le  titre  est  le  même  à  peu  de  chose  près: 

1°  DEciiIl  AVSOXII||BVRDEGALEXSIS,||  vmi  con- 
SVLARIS  11  OPVSCVLA  ||  VARIA.  |!  (Marque  de  Grj^phe;  apvd 
SEB.  GRYPHIVM  ||  LVGDVNI,  ||  1537-  || 

2°  DECii  11  AVSONII  II  BVRDEGALEXSIS,  ||  viri  con- 
SVLARIS  II  OPVSCVLA  VA-  ||  RiA.  ||  (Marque  de  Gryphe) 
LVGDVNI  APVD  SEB.  ||  GRYPHIVM,  ||  I  54O.  || 

3°DECii  H  AVSONII  11  BVRDIGALENSIS  ||  viriconsv- 
LARIS  II  OPVSCVLA  |1  VARIA,  jj  (Marque  de  Gryphe)  APVD 
SEB.  GRY-  Il  PHIVM  LV-  Il  GDVNI,  Il  1  548.  Il 

L'édition  de  1537  a  une  faute  d'impression  (v.  234  Ger- 
manœ, pour  Gernianœq;)  qui  se  retrouve  dans  celle  de  1 548, 
et  une  autre  (v.  479  increta^  pour  incerta)  qui  se  retrouve 


LXXX  INTRODUCTION 

dans  celle  de  1 540.  L'édition  de  1 540  en  a  quatre  qui  lui 
appartiennent  en  propre  (v.  65  agirœ,  pour  agitatœ; 
V.  125  Quis  ô»  non,  pour  Quis  non  &;  v.  126  Norit? 
Albîirnos,  pour  Norit?  &■  alburnos ;  210  uaporifera,  pour 
tiaporiferi)\  l'édition  de  1548,  deux  (v.  3  cannas  pour 
Cannas;  v.  381  pares,  pour  parens)  qui  ne  se  trouvent  pas 
dans  les  précédentes.  V.  28,  l'édition  de  1540  conserve 
seule  la  leçon  de  l'édition  de  Bâle  ;  les  deux  autres  revien- 
nent à  celle  de  lajuntineou  del'Ascensiana.  V.  1 18,  l'édition 
de  1540  conserve  seule,  aussi,  la  leçon  de  l'édition  de  Bâle. 
V.  198,  210  et  261,  ce  sont  les  éditions  de  1537  et  de  1548 
qui  conservent  la  leçon  de  l'édition  de  Bâle.  V.  298,  l'édition 
de  1 540  conserve  seule  la  leçon  de  l'édition  de  Bâle.  —  Les 
autres  variantes  ne  concernent  que  l'orthographe. 

La  ponctuation  est  sensiblement  la  même  dans  les  trois 
éditions.  Enfin,  si  le  texte  de  1548  admet  certaines  abrévia- 
tions qui  ne  sont  pas  dans  les  autres  (v.  200  célébrât... 
pôpas;  V.  407  Britânos)  c'est  simplement,  je  crois,  parce 
que  les  vers  200  et  407  sont  trop  longs  pour  le  petit  format 
in-i6  de  la  dernière  édition  de  Gr3^phe. 

Le  texte  commun  des  trois  éditions  de  Gryphe  ne  se  sépare 
que  rarement  de  celui  de  l'édition  de  Bâle  *\  : 

Vers     Êdit.  de  Bâle.  Édit.  de  1537,  1540,  1548. 

8  Dum  NiJJiim.  DuninîJJum. 

29  œquiperare.  œqiiiparare. 

55  lœiiia.  leuia. 

62  cœrulea.  cœrulea^. 

68  Britanis.  Britannis. 

79  Nomina  qtice  &.  Nominaq;  &. 

84  flultanteis.  fluitantes. 

136  A6ïeo.  Aâiœo. 

144  et  148  5aZ/ena.  halœna. 

221  fafeïi.  phafeli. 

^  Dans  l'édition  de  Bâle  les  noms  des  poissons  sont  écrits  avec  une 
majuscule  initiale.  On  a  vu  (page  LXXVIII,  note  2)  quelles  variantes  se 
remarquent  à  ce  propos  dans  le  texte  des  diverses  éditions  de  Gryphe. 

VLes  éditions  de  Gryphe  écrivent  toujours  ce  mot  par  un  je,  et  l'édition 
de  Bâle,  par  un  ce. 


DEUXIEME    PARTIE  LXXXI 

Vers     ÉJit.  de  Bile.  ÉJit.  de  1537,  1540,  1,48. 

263  in  ualidos.  iniialidos. 

281    Tlietim.  Tethyn. 

306  margei.  Margei. 

358  coufunderet.  confunderet. 

389  quod. . .  fpaciatus.  quid.. .  fpatiatus. 

407  Britanos.  Britannos. 

448  meri.  met. 

Presque  toujours,  quand  les  éditions  de  Gryphe  aban- 
donnent le  texte  de  Bâle,  c'est  pour  emprunter  à  d'autres  des 
leçons  meilleures.  Je  n'ai  à  noter  que  quatre  innovations: 
trois  qui  ont  rapport  à  l'orthographe,  dont  deux,  A6îœo  et 
phafeli,  sont  bonnes,  et  la  troisième,  balœna,  mauvaise; 
la  dernière,  beaucoup  plus  importante,  restitue  par  une 
heureuse  conjecture  la  leçon  Noniinaq;  &  du  B,  ms.  évidem- 
ment inconnu  à  l'éditeur  lyonnais.  Ces  trois  éditions,  on  le 
voit,  n'améliorent  guère  le  texte  de  la  Moselle;  Bœcking 
disait  des  deux  qu'il  connaissait  :  «  Utriimque  exempluniper 
omnia  fere  Basileensem  seqititur.  »  Je  dirai  la  même  chose 
des  trois  que  je  connais,  et  je  pense  que  la  collation  de 
l'édition  de  1535  ne  ferait  que  confirmer  ce  jugement. 

En  dernière  analyse,  si  ces  trois  éditions  de  Gryphe,  sage- 
ment éclectiques,  valent  mieux  que  l'édition  de  Bâle,  qui 
était  elle-même  en  progrès  sur  la  Juntine  et  sur  l'Aldine,  elles 
se  ressemblent  beaucoup  toutes  trois,  et  ce  n'est  pas  la  der- 
nière qui  est  la  meilleure.  La  correction  la  plus  importante 
(v.  79)  se  trouve  déjà  dans  le  texte  de  1 537  :  comment  donc 
expliquer  l'éloge  enthousiaste  donné  par  Bourbon  de  Van- 
dœuvre  à  VAttsone  de  Duchier?  C'est  je  crois  que  cet  éloge 
s'applique  aux  trois  éditions  de  Gryphe,  qui  doivent  avoir  été 
toutes  soignées  par  Duchier.  En  effet,  d'après  le  Supplément 
de  la  Biographie  Michaud  %  Gilbert  Diicher  (et  non 
Duchier),  originaire  d'Aigueperse  dans  la  Limagne,se  trou- 
vait, en  1537,  à  Belley,  comme  secrétaire  ou  précepteur  chez 

<[  Article  Ducher  (tome  LXIII)  signé  des  initiales  de  Labouderie  et 
Weiss.  Cet  article  renvoie  à  une  étude  de  Breghot,  Archives  du  Rhône, 
tome  XI,  p.  401  et  suiv.,  année  1829),  étude  que  je  n'ai  pu  me  procurer. 

XI 


LXXXII  INTRODUCTION 

François  Lombard,  lieutenant  du  roi  pour  le  Bugey .  En  1538, 
de  hautes  protections  le  firent  nommer  professeur  au  collège 
de  la  Trinité,  à  Lyon.  On  ignore  la  date  de  sa  mort;  mais 
il  est  resté  de  lui  un  recueil  de  poésies  latines':  «Epigram- 
vtaton  libri  duo»,  Lyon,  1538,  in-8°  de  137  pages,  dont  les 
14  dernières  contiennent  des  vers  grecs  et  latins  composés  à 
sa  louange  par  ses  amis.  «  Ducher,  dans  l'Épître  qui  précède 
le  premier  livre  de  ses  épigrammes  (p.  4),  promet  de  mettre 
au  jour  trois  livres  de  Sylves  qu'il  s'occupe  de  revoir  avec 
soin.  Ces  livres  n'ayant  point  paru,  on  pourrait  conjecturer 
qu'il  mourut  peu  de  temps  après  la  publication  de  son 
recueil.»  Cette  supposition  est  vraisemblable:  les  auteurs 
de  l'article  que  je  cite  ne  parlent  pasdel'^W5o;^edeDuchier; 
mais  ils  disent  qu'il  soigna  à  Paris,  en  1522,  une  édition 
in-4°  des  Commentaires  de  César,  et,  en  i  526,  une  édition 
petit  in-8°  de  Martial.  Il  est  très  possible  que,  dès  le 
moment  où  l'éditeur  de  César  et  de  Martial  se  trouva  à 
Belley,  Gryphe  lui  ait  demandé  une  édition  d'Ausone  ;  ce 
serait  celle  de  1537^;  les  deux  autres,  éditées  peut-être  après 
sa  mort,  ne  seraient  que  des  réimpressions  de  la  première, 
à  peine  modifiées.  Les  vers  de  Bourbon  de  Vandœuvre 
seraient  alors  un  simple  hommage  à  la  mémoire  de  l'éditeur 
de  1 537-  Je  ne  sais  en  quelle  année  ces  vers  ont  été  écrits; 
je  les  ai  cherchés  en  vain  dans  un  récent  travail  consacré  à 
la  biographie  et  aux  œuvres  de  Bourbon,  et  je  n'y  ai  pas 
trouvé  davantage  le  nom  de  Duchier  parmi  ceux  des  amis 
à  qui  Bourbon  a  adressé  des  poésies ^^.  Quoi  qu'il  en  soit, 
pour  que  ces  vers  aient  un  sens  raisonnable,  il  faut  qu'ils  se 
rapportent  non  à  l'édition  de  1548,  qui  n'est  pas  en  progrès 
sur  celles  de  1540  et  1537,  mais  au  texte  même  de  1537, 
qui  valait  beaucoup  mieux  que  celui  de  l'édition  de  Bâle. 

^  La  Biographie  Michaud  ne  dit  pas  si  Duchier  se  trouvait  à  Belley 
dès  1535.  Aurait-il  été,  dès  cette  époque,  en  relations  avec  Gryphe  et 
aurait-il  soigné  VAusone  publié  en  1535  par  le  libraire  lyonnais,  si  tant  est 
que  cette  édition  existe? 

5^  £>e  vita  et  scriptis  Nicolai  Borboni  Vandoperani,  Paris,  Hachette, 
1888;  thèse  latine  de  M.  L.-G.  Carré. 


DEUXIEME    PARTIE  LXXXIII 


D.   LA  PREMIÈRE   ÉDITION  DE   VINET  (Paris,    1551). 

En  1 5  5 1 ,  parut  à  Paris,  chez  Kerver,  une  édition  d' Ausone, 
bien  plus  importante  que  celles  de  Lyon,  C'est  le  premier 
Attsone  soigné  par  Vinet.  Il  est  nécessaire  de  s'y  arrêter, 
car  ce  volume  doit  être  fort  rare  ;  Bœcking  lui-même  ne  le 
connaît  pas.  De  plus,  la  première  édition  de  Vinet,  que 
celle  de  1 575- 1 580  a  fait  sans  doute  oublier,  renferme,  pour 
la  Moselle  notamment,  un  certain  nombre  de  corrections 
généralement  heureuses  ;  elle  reprend  plusieurs  leçons  de 
l'Ascensiana,  qui  ont  passé  dans  l'édition  de  Lyon  de  1  558, 
à  laquelle  Schenkl  et  Peiper  en  attribuent  à  tort  la  nou- 
veauté. 

Dans  la  préface  de  l'édition  de  1 575-1 580,  sur  laquelle  il 
y  aura  lieu  de  revenir  longuement,  Vinet  explique  pourquoi 
il  a  fait  imprimer  son  Ausone  à  Paris  dès  1551  ;  il  insiste 
avec  soin  sur  la  date,  probablement  pour  montrer  que  cer- 
taines corrections  dont  on  devait  déjà  faire  honneur,  et  dont 
la  critique  allemande  fait  encore  honneur  aux  érudits 
lyonnais  et  à  Scaliger,  appartiennent  à  l'édition  de  1 55 1 ,  et 
non  pas  à  l'édition  lyonnaise  de  1558,  ou  aux  Ausonianae 
Lectiones  de  1573.  Pendant  qu'il  mûrissait  ses  commen- 
taires sur  Ausone  déjà  entrepris  depuis  quelques  années, 
Vinet,  qui  veut  prendre  date  pour  les  résultats  acquis,  fait 
imprimer  à  Paris  son  édition,  en  1551  :  «  Qiice  nojîra  corn- 
mentaria  dtim  maturefcerent,  placuit  primo  quoqiie 
tëporefola  Aufonij  fcripta,  vt  reftihieram  (remarquer  le 
mot),  emittere.  Itaque  Liitetià  mifi  lacobo  Gtipylo  Piôîoni, 
amico  Latinis  Grœcifque  litteris  do6îiJJimo  :  qui  edenda 
curauit  anno  Chrifti  tnillefimo  qiiingentejinio  6»  qiiin- 
qiiagefimo  primo  :  eamqiie  editionem  ilhistriffimo  eritdi- 
tijfimoqiœ  Cardinali Bellaio,  Burdigalenfi  Archiepifcopo 
dedicauit^.  » 

^  Édit.  de  1575- 1580,  Prœfatio,  i  B. 


LXXXIV  INTRODUCTION 

L'édition  de  Kerver  est  un  in-i6  où  le  texte  de  la  Moselle 
occupe  les  pages  101-119.  Voici  le,  fac-similé  du  titre  ^  : 

D.  M  ^  G  m 

A  V  SO  N  !I 

P  AE  ONIÎ.BVR^ 

DEGALENSIS 

PO  E  T  tJ.E,^V. 
CVSTORVM     P  R  AE  CE  PTO  RîSj 

Opéra 

D  jîigétfus  irerum  caftigara, 
5i  in  meliorcm  ordinem 
ïefliîuta. 

£^^Tl^Xi  <^ÇOvtîSi(  so^^n.§t^A 

Apud  lacob.  Kerucr  vja  îacobsa» 
M.  D.  L  r, 


Cum  priuilegio  Regio. 


Le  privilège  «  donné  à  Paris  le  XXVIII  iour  de  May,  là 
de  grâce  mil  cinq  ces  cinquante  et  ung»  est  accordé  à 
«  lacqiies  Keruer  marchât  libraire  iure  de  Vuniverfité  de 
Paris,  et  Gndllaume  Morel  atijji  libraire  demourâts  en 
cejîe  ville  de  Paris  »;  il  concerne  «  ung  litire  nômé  Ati/onij 
Poetce  Gain  poemata  noiiuellemët  reueu  corrigé  et  aug- 

*{  Je  dois  à  l'obligeance  de  M.  Bonnefon,  sous-bibliothécaire  à  l'Arsenal, 
communication  de  l'exemplaire  de  sa  bibliothèque,  catalogué  3177  ftisB.  L. 


DEUXIExME    PARTIE  LXXXV 

inenté  par  la  diligece  et  efiude  de  maijîre  Helie  vinet 
rcget  en  la  faculté  des  arts  en  l'unùierfité  de  BordeatUx.» 
L'achevé  d'imprimer  est  des  calendes  de  juillet.  L'Épître 
dédicatoire  confirmerait,  si  la  parole  de  Vinet  avait  besoin 
de  preuves  à  l'appui,  que,  comme  le  dit  la  préface  de  1580, 
Goupyl  s'occupa  seulement  de  surv^eiller  l'impression  ; 
celui-ci  écrit  en  effet  au  cardinal  Du  Bellay,  à  qui  l'épître  est 
adressée:  «  ...cum  Elias  Vinetus  Santonenfis  bonartini 
artiumprofejjor  in  gynmafio  quod  Biirdigalce  regia  heni- 
gnitate  confiitutum  eft,  hoino  ad  vtilitateni  ptiblicani 
natus,  poëmatafiiperiornm  emporuni  infcitiafic  neglecîa 
videret,  vt  in  his  innlta periierfa  ejjent,  incredibili  diligen- 
tia  omnia  qiiœcicnque  eoruin  exeinplaria  extant,  cdqjii- 
Jiiiit  :  ad  qiiœ  cuui  poetà  hune  accurate  recognotiijjet, 
ineciim pro  pari  et  inter  nos  inutiia  ainicitia,  quod  prœjli- 
tijjet  comniunicandum  putatiit,  et  etiam  vt  ederem  per- 
inifit.i>  L'édition  de  1551  n'a  pas  de  préface  de  Vinet. 

Vinet  établit  le  texte  de  la  Moselle  d'après  celui  de 
l'Ascensiana  :  il  use  surtout  de  la  dernière  édition  de 
Badius  Ascensius.  Il  rompt  beaucoup  plus  résolument  que  ne 
l'avaient  fait,  depuis  1523,  les  éditeurs  de  Bâle  et  de  Lyon, 
avec  la  tradition  de  la  Juntine  et  de  l'Aldine  ;  non  content  de 
choisir  pour  base  de  son  édition  le  meilleur  texte  imprimé, 
il  corrige  souvent  ce  texte,  et,  en  général,  d'une  manière 
heureuse.  Le  sens  critique  de  Vinet  se  montre  très  vif  et  très 
sûr:  on  regrette  que  l'éditeur  de  i  55 1  n'ait  pas  eu  à  sa  dispo- 
sition de  mss.  dont  il  aurait  su  faire  un  meilleur  usage 
qu'Aleander,  Homedeus,  Humelberg  et  Avantius.  Mais  il 
nous  dit  lui-même,  dans  son  Commentaire  de  1580,  qu'il  n'a 
pu  user,  pour  le  texte  de  la  Moselle,  d'aucun  ms.  et  d'aucune 
édition  antérieure  à  l'Ascensiana  et  à  l'Aldine  :  «  Vetiifiio- 
ribus  egebat  codicibus  vnde  reftitueretur  :fed  ego  Aldinis, 
Afcenfianifq;  antiquiores  nancifci  hauddû  potui.  »  {Com- 
ment., 242  A.) 

Comme  l'édition  de  1 575-1 580  est  très  connue  et  que  celle 
de  1 551  semble  ne  pas  l'être  du  tout,  quand  j'en  viendrai  à  la 


LXXXVI  INTRODUCTION 

seconde  recension  de  Vinet,  je  ferai  la  collation  complète  du 
texte  de  la  Moselle  dans  les  deux  Ausones  de  l'émdit  Sain- 
tongeais.  Je  me  borne,  pour  le  moment,  à  montrer  comment 
l'édition  de  1551  restreint  singulièrement  la  portée  de  celle 
de  1558,  dont  l'importance  a  été  exagérée  hors  de  mesure 
par  les  critiques  qui  ne  connaissaient  pas  le  premier  Atisone 
de  Vinet.  Je  donnerai  ensuite  la  liste  des  leçons  où  Vinet 
abandonne  le  texte  de  l'Ascensiana. 

Dans  les  notes  critiques  placées  au-dessous  de  leur  texte 
de  la  Moselle,  Schenkl  et  Peiper  attribuent  à  l'édition  de 
Lyon  ou  à  Scaliger  beaucoup  de  corrections  qui  appartien- 
nent à  Vinet,  ou  qui  sont  des  corrections  de  l'Ascensiana 
reprises  par  Vinet  : 

V.  65  Vtq;  se  trouve  déjà  dans  l'Ascensiana  (15 13,  i5i7)>  et  dans 
l'édit.  de  Vinet. 

Y.  2 \%  /pédante  se  trouve  déjà  dans  l'Ascensiana  (1517),  et 
dans  l'édit.  de  Vinet. 

V.  307  Menecratis  est  une  correction  de  Vinet  et  non  de  Sca- 
liger^. 

V.  316  coriis,  correction  attribuée  par  Schenkl  et  Peiper  à  la 
Lyonnaise  de  1558,  ne  se  trouve  pas  dans  cette  édition  où  on  lit 
Corus.  L'Ascensiana  fait  les  corrections  coriis  (151 1,  1513),  et 
Conis  (  1 5 1 7)  ■•  c'est  cette  dernière  que  Vinet  reprend  avant  l'édition 
de  Lyon. 

V.331  natiui  est  une  correction  de  l'Ascensiana  (i5i7)>  reprise 
par  Vinet. 

V.  409  populumq;  est  une  correction  de  l'Ascensiana  (1517), 

reprise  par  Vinet. 

V.  413  reddet  estime  correction  de  l'Ascensiana  (15 17),  reprise 

par  Vinet. 

V.429  m7  est  une  correction  de  l'Ascensiana  (1513,1 517),  reprise 

par  Vinet. 

V.  463  refluns  est  une  correction  de  Vinet. 

V.  468  Numine  est  aussi  une  correction  de  Vinet. 

<f  D'ailleurs  Scaliger,  dans  le  passage  des  Auson.  Lect.  (I,  4)  où  il  cite 
le  V.  307  ne  s'attribue  nullement  le  mérite  de  la  correction  Menecratis.  Il 
semble  bizarre  que  Schenkl  et  Peiper  qui  citent  à  tout  propos  et  hors  de 
propos  les  innovations  de  la  Lyonnaise  de  1558,  n'aient  pas  remarqué  qu'on 
y  lit  Menecratis  et  ne  lui  aient  pas  attribué  cette  correction,  comme  ils  lui 
attribuent  Vtq;,  /pédante,  corus,  etc. 


DEUXIEME    PARTIE  LXXXVII 

Enfin  Peiper  seul  attribue  à  la  Lyonnaise  la  correction 
V.  237  Vibratis,  qui  se  trouve  déjà  dans  l'Ascensiana  (1513, 
1517)  où  Vinet  l'a  reprise;  et  Schenkl  seul  attribue  à  cette 
même  édition  la  correction  v.  4.^  Sicca  fcd  in  prima  adfper- 
gis  veftigia  lympha,  qui  n'y  est  pas,  La  Lyonnaise  a 
simplement  emprunté  au  texte  de  1551  la  correction  :  Sicca 
fed  in  prima  afpergis,  etc. 

Ces  corrections,  soit  qu'elles  appartiennent  à  Vinet,  soit 
qu'il  les  ait  prises  à  l'Ascensiana  où  les  éditeurs  de  Bâle  et 
de  Lyon  avaient  négligé  d'aller  les  chercher,  sont  presque 
toutes  acceptables  et,  quelques-unes,  définitives. 

Il  faut  encore  mettre  à  l'actif  de  Vinet  un  certain  nombre 
de  bonnes  corrections  où  la  sagacité  du  critique  se  rencontre 
avec  le  texte  des  mss.  qui  lui  étaient  inconnus  : 

V.  118  Nain  neq;  (B). 

V.  285  Qiias  (G). 

V.  309  lâiinus  (correction  d'Accurse  qu'aucime  édition  n'avait 
encore  adoptée). 

V.  366  Salmonœ  (Rh). 

V.  423  Nicrum  fuper,  &.  Cette  correction  est  sans  doute  em- 
pruntée àBeatus  Rhenanus  de  Schlestadt,  philologue  et  historien, 
né  en  1485  et  mort  en  1547,  auteur  en  particuUer  des  Res  Germa- 
nicae.  Vinet  connaissait-il,  en  1551,  cet  ouvrage  historique,  qui 
avait  paru  dès  1531  ?  Sans  doute,  dans  son  texte  de  1575,  il  admet 
Nicrum  fuper  &  Lupoduniim,  et  il  écrit,  dans  son  Commentaire 
de  1580  :  «  Vitra  Nicrum,  inquit  Rhenanus  lihro  primo  rerum 
Germanicaruni,  &=  tertio.  Vbi  fcrihit  hune  oriri  non  procul 
fontihus  Danubii  in  Germania,  &  Neccer  hodie  vulgo  dici... 
Lupodunum  6=  Lupondum  apud  Rhenanum.  »  {Comment.,  269.) 
Entre  1551  et  1580,  aucun  éditeur  d'Ausone  ne  cite  Rhenanus,  à 
l'exception  de  Poelmann,  qui,  comme  nous  le  verrons,  fait  des 
Res  Germunicae  une  citation  inexacte  qui  sera  scrupuleusement 
répétée  après  lui.  La  phrase  du  Commentaire  de  Vinet  prouve 
bien  qu'au  moment  où  il  l'écrivait,  il  connaissait  l'ouvrage  de 
Rhenanus.  Rien  ne  démontre  qu'il  le  connût  dès  1551  :  la  Bibho- 
thèque  de  Bordeaux  possède  deux  exemplaires  des  Beati  Rhe- 

NANI    SeLESTADIENSIS  ||  ReRVAI     GER.MANICARVM   LIBRI   TRES 

Il  Basile AE  ||  ex  officina  Frobeniana,  l'un  de  153 1,  l'autre 
de  1551 ,  provenant  tous  deux  d'un  couvent  bordelais,  où  l'exem- 
plaire de  la  première  édition  pouvait  se  trouver  dès  le  moment  où 


LXXXVIII  INTRODUCTION 

Vinet  préparait  son  Ausotie  de  1551.  On  lit  dans  les  deux  exem- 
plaires des  Res  Germanicae  (p.  6  de  l'édit.  de  153 1 ,  p.  9  de  celle 
de  1551)  le  même  passage,  où  Rhenanus  après  avoir  cité  la  leçon 
vulgaire  nigrunifuper  &  Liiponudiini,  propose  de  lire  : 

...  Nicrum  fuper  ô»  Lupondutn. 

Il  ajoute  :  «  Oiiod  Ji  quceras,  Leëîor,  qtiid  Jîbi  uelit  Lupondutn, 
fcito  quanta  ego  conieâïura  ajfequi  pojjum  Lupondiini  fiue  Lupo- 
dunuin,  aut  LuponiDu,  eam  arcem  ejje  quœ  nojlratibiis  hodie 
Lnpff  dicitur.  »  Si  Vinet  connaissait  la  correction  de  Rhenanus 
avant  155 1,  il  lui  a  emprunté  Nicrum,  en  négligeant  d'admettre 
Luponduin,  qui  rend  le  vers  spondaïque,  ce  qui  n'est  pas  dans 
l'usage  d' Ausone  ;  s'il  ne  la  connaissait  pas,  il  a  changé  de  lui-même 
nigrutn,  en  Nicrum,  nom  latin  d'un  fleuve  connu,  et  conservé 
Luponudum  qu'il  pouvait  supposer  être  le  nom  de  quelque  ville 
allemande  obscure. 


L'édition  de  1551  est  imprimée  avec  soin;  je  n'y  trouve 
guère  que  deux  fautes  dans  la  Moselle  :  v.  476  letoq;  (pour 
lœtoq;)  et  v.  483  Omnibus  aquorece  (pour  Amnibus  œquo- 
rece).  Pour  ce  qui  est  de  la  ponctuation,  la  collation  du  texte 
de  la  Moselle  de  1 55 1  avec  celui  de  1575  montrera  que  dans 
le  premier  elle  laisse  souvent  à  désirer;  l'orthographe 
donnera  lieu  aussi  à  quelques  observations  de  même  ordre. 

J'ai  déjà  dit  que  l'édition  de  1551  est  faite  d'après  l'Ascen- 
siana  de  15 17.  Vinet,  qui  lui  emprunte  quelques  fautes 
contre  lesquelles  il  semble  que  son  sens  critique  aurait 
dû  le  mettre  en  garde  (p.  ex.,  v,  1 1 1  liithea,  pour  hitea; 
v.  115  Parca,  pour  perça),  abandonne  parfois  le  texte 
d'Ascensius  :  tantôt  pour  faire  place  à  ses  propres  correc- 
tions qui  ont  déjà  été  énumérées,  tantôt  pour  adopter  les 
leçons  de  l'Aldine  ou  celles  des  autres  éditions  qu'il  pouvait 
consulter  à  défaut  des  mss.  qui  lui  manquaient. 

Voici  les  leçons  où  Vinet  abandonne  le  texte  de  l'Ascen- 
siana  pour  prendre  celui  d'une  autre  édition  : 

V.  33  prolapfus  (Aldine). 

V.  45  limigeris  (Aldine,  leçon  préférable  à  celle  de  l'Ascen- 
siana,  lunigenis). 


DEUXIEME    PARTIE  LXXXIX 

V.  71   lociipletes  qtiœq;  (Aldine). 

V.  115  delicias  (édit.  de  Lj^on  1537  et  1540,  qui  ont  v.  71  Deli. 
tiasq,-.  A  ce  vers,  Vinet  écrit  Deliciafq;,  comme  l'Ascensiana  de 

'5'7)- 

V.  130  Sario,  dans  le  texte,  comme  l'Ascensiana,  mais  en 
marge /"ar/o,  comme  l' Aldine. 

V.  163  plèbes  (orthographe  de  l' Aldine,  préférable  à  celle  de 
l'Ascensiana,  plèbes). 

V.  lôg  fcena  (leçon  de  l' Aldine,  au  lieu  de  fcena,  leçon  de 
l'Ascensiana). 

V.  215  dans  le  texte  Mylafena,  comme  l'Ascensiana,  en  marge 
Mejfana,  conjecture  d'Accurse. 

V.  256  Dextera  (Aldine). 

V.  278  carptas  (Aldine). 

V.  289  Crt/c7îec/o;i/o  (Ascensiana  de  15 13). 

V.  314  incejli  (Aldine). 

V.  319  fcenas  (Aldine). 

V.  336  nutantia  ...coluninis  (Aldine). 

V.  359  dans  le  texte  Gelbis,  Erubrns,  comme  l'Ascensiana,  en 
marge  Belgis,  Eriibris,  comme  l' Aldine. 

V.  368  Tota  comme  l'Ascensiana,  et,  en  marge,  torta,  qui  est 
aussi  dans  la  marge  de  l'Ascensiana  de  1517. 

V.  370  dans  le  texte  hoc  (Ascensiana  de  15 13  et  de  1517);  en 
marge  hic  (Ascensiana  de  151 1). 

V.  371  félix  (leçon  de  l'Aldine,  préférable  à  celle  de  l'Ascen- 
siana, fœlix). 

V.  388  veteres  qui  lujîrat  (Ascensiana  de  1517),  et  en  marge, 
veterefq;  illujîrat  (Ascensiana  de  151 1  et  de  15 13). 

V.  389  fpaciatus  (Juntine  ^). 

V.  397  fubtegmine  (édit.  d'Ugolet  que  Vinet  ne  connaissait  pas  ; 
édit.  de  Lyon  1537,  1540,  etc.,  où  il  aura  pris  cette  leçon). 

V.  419  fpaciumq;  (mauvaise  innovation  orthographique  inspirée 
sans  doute  à  Vinet  par  \q  fpaciatus  du  v.  389). 

V.  422  iunâîos  (leçon  de  l'Aldine  préférable  à  celle  de  l'Ascen- 
siana, vinùîos). 

V.  437  uno  (Aldine). 

V.  439  dans  le  texte  non  comme  l'Ascensiana  et,  en  marge, 
mine,  leçon  que  la  Juntine  emprunte  à  l'édition  d'Ugolet. 

V.  475  ocia  (Jmitine). 

^  Vinet  connaissait-il  la  Juntine?  Il  ne  le  dit  pas;  mais  il  est  probable 
qu'il  la  comprend,  sans  la  nommer,  dans  les  éditions  contemporaines  de 
l'Aldine  et  de  l'Ascensiana,  les  plus  anciennes  qu'il  eût  à  sa  disposition. 
En  tout  cas,  ce  n'est  pas  à  Ug'olet  qu'il  a  pris  la  leçon  fpaciatus,  qui  se 
trouve  aussi  dans  rédition/)rmce^s  de  la  Moselle. 

XII 


XC  INTRODUCTION 

Cette  liste  prouve  que  Vinet  suit  le  plus  souvent  le  texte 
de  l'Ascensiana  de  !  5 1 7,  le  meilleur  qui  ait  été  publié  avant 
1 551,  et  qu'il  ne  l'abandonne  que  pour  introduire  ses  correc- 
tions personnelles,  qui  sont  en  général  très  bonnes,  ou  pour 
prendre  à  d'autres  éditions  quelques  leçons  qui  sont  le  plus 
souvent  préférables  aux  leçons  correspondantes  de  l'Ascen- 
siana. On  peut  cependant  regretter  qu'il  ait  gardé,  sans 
compter  liithea  et  Parca  dont  il  a  déjà  été  question,  quel- 
ques mauvaises  leçons  de  l'édition  parisienne  de  1 5 1 7  que 
le  texte  de  l'Aldine  ou  celui  de  l'Ascensiana  de  1513  lui 
aurait  permis,  à  défaut  de  ms.,  sinon  de  corriger,  du  moins 
d'améliorer.  Par  exemple  :  v.  216  Cumbœ  (l'Ascensiana  de 
1 5 1  I  et  celle  de  i  513  ont  la  bonne  leçon,  cumbce);  298  Qui; 
v.  317  AffliBamq; ;  v.  2,31  fulphtirea;  v.  415  dilata  lande; 
V.  464  Ditranide. 

Quoiqu'il  en  soit,  l'édition  de  la  Moselle  donnée  par 
Vinet,  en  1 55 1 ,  sans  le  secours  d'un  ms.,  est  bien  supérieure 
à  toutes  celles  qui  l'ont  précédée. 


E.   l'édition   lyonnaise    de    1558  ET    LA   PRÉTENDUE 
ÉDITION   LYONNAISE    DE    1557.      ' 

La  seconde  époque  de  l'histoire  du  texte  d'Ausone  en 
général  est  inaugurée  par  la  célèbre  édition  dont  le  privi- 
lège est  daté  de  Saint-Germain-en-Laye  le  XV  de  décembre, 
l'an  de  grâce  1557,  et  qui  parut,  en  1  558,  chez  Jean  de 
Tournes,  imprimeur  et  libraire  de  Lyon;  c'est  un  in-8° 
intitulé  : 

U.  MAGNI  AVSONII  |1  BVRDIGALENSIS  POETAE,  |1 

AVGVSTORVM  PR/ECEPTO- 1|  ris,  virique  Confularis  |1  opéra. 

Il  Tertiae  fere  partis  complemento  auâiora,  |j  &  diligentiore 

quam  haâenus,  |]  cenfura  recognita.  ||  Cum  Indice  rerum 

memorabilium.  [j  LvGDVNi,  ||  Apvd  I|  Ioan.    TorN/ESIVM. 

Il  M.  D.  LVIIL  II  Cum  Priuilegio  Régis. 

Cette  édition  où  se  trouvent  pour  la  première  fois  VEphé- 


DEUXIEME    PARTIE  XCI 

inôride,  le  livre  entier  des  Parentales,  celui  des  Profes- 
seurs Bordelais,  les  Épitaphes  des  héros,  etc.,  était  faite 
en  grande  partie  d'après  un  ms.  qu'un  prêtre  de  Lyon, 
Etienne  Charpin,  venait  de  découvrir  dans  le  monastère  de 
rile-Barbe,  sur  la  Saône.  L'édition  de  i  558  fut  soignée  par 
Charpin,  Guillaume  de  la  Barge  et  Antoine  d'Albon  :  elle 
ajoute  aux  textes  anciens  «  Aufonii  opufcula  varia  quœ 
haGïemis  delitiierant  »,  et  nous  donne  ainsi  le  premier 
Ausoiie  complet  que  nous  connaissions. 

Le  ms.  de  l'Ile-Barbe,  dont  M.  Dezeimeris  a  fait  l'intéres- 
sante histoire  |,  et  qui  est  aujourd'hui  le  codex  Leidensis 
Vossianiis  lat.  m,  ne  contenait  pas,  comme  on  sait,  la 
Moselley.  Aussi  l'édition  de  1558  n'a-t-elle  pas  pour  le 
poème  en  particulier  qui  nous  occupe  la  même  importance 
que  pour  beaucoup  des  autres  œuvres  d'Ausone. 

Vinet,  dit  M.  Dezeimeris,  ne  fut  pas  émerveillé  de  cette 
édition  lyonnaise  :  «  ...lorsqu'il  eut  reçu  l'édition  de  Char- 
pin, il  comprit  que  ce  lettré  et  ses  collaborateurs  avaient 
dû  ne  tirer  que  médiocrement  parti  du  ms.  de  l'Ile-Barbe^^». 
D'autre  part,  pour  ce  qui  est  du  texte  de  la.  Moselle,  il  dut  se 
rendre  compte  qu'on  n'avait  pas  tiré  médiocrement  parti  de  sa 
propre  édition  de  155 1  :  toutes  ses  corrections,  ses  variantes 
marginales  passent  dans  le  livre  de  Charpin,  qui  ne  dit  pas 
à  qui  il  les  emprunte.  L'édition  de  1 558  «  qui  donne,  la  pre- 
mière, la  collection  totale  de  ce  qui  nous  est  parvenu  des 
œuvres  d'Ausone]'^»,  eut,  sans  doute,  tout  de  suite  une  répu- 
tation qui  fit  oublier  celle  de  l'édition  de  1551  :  c'est  ce  qui 
explique  que  Schenkl  et  Peiper,  qui  ne  se  sont  pas  enquis  de 
la  première  publication  de  Vinet,  attribuent,  comme  je  l'ai 
déjà  fait  remarquer,  à  l'édition  de  Charpin,  de  Guillaume 
de  la  Barge  et  d'Antoine  d'Albon,  la  majeure  partie  des 
corrections  dont  Vinet  est  le  véritable  auteur. 


^  A  propos  d'un  Manuscrit  d'Ansone,  Bordeaux,  1882. 
V  Voir  page  XIII. 
^3  Opuscule  cité,  p.  6. 
^4  Ibidem. 


XCII  INTRODUCTION 

Je  ne  vois  guère,  en  effet,  que  deux  corrections  qui  appar- 
tiennent réellement  à  l'édition  de  1558  : 

V.  281  conuerrere  (au  lieu  de  conuertere);  mais  coniierrere,  qui 
se  trouve  dans  le  G,  avait  déjà  été  proposé  par  Accurse  ^. 

V.  423  Nicrum  fuper  et  Luponuduni  (comme  Vinet),  mais  en 
marge  Lupodiinû.  Il  est  probable  que  les  éditeurs  de  Lyon,  ont 
emprunté  leur  correction  marginale  Lupodunum  à  la  liste  des 
noms  que  Rhenanus  donne  comme  synonymes  à  Ltipondum,  cor- 
rection qu'il  adopte  ^^. 

On  peut  donc  faire  remarquer  que,  sur  les  deux  seules 
corrections  qui  appartiennent  en  réalité  au  texte  de  la 
Moselle  de  1558,  texte  auquel  on  en  a  attribué  un  si  grand 
nombre,  l'une  est  d'Accurse,  et  l'autre  a  grandes  chances 
d'être  de  Beatus  Rhenanus. 

Constitué  évidemment  d'après  le  texte  de  la  Moselle 
donné  par  Vinet  en  1551,  celui  de  l'édition  de  1558  s'en 
éloigne  peu.  Voici  les  leçons  de  la  Lyonnaise  qui  diffèrent 
de  l'édition  de  Vinet  : 

V.  27  Nauiget  (comme  toutes  les  éditions  excepté  l'Ascensiana, 
la  Juntine  et  Vinet  y). 

V.  III  lutea  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  l'Ascensiana 
et  Vinet). 

V.  1 1 1  Iris  (mauvaise  leçon  de  la  Juntine,  de  l'Aldine,  etc.,  au 
lieu  d^iris). 

V.  115  Perça  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  celles  d'As- 
censius  et  de  Vinet). 

V.  160  Garmnnam  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  celles 
d'Ascensius  et  de  Vinet). 

V.  162  Ljœo  (Vinet  qui  a,  comme  la  Lyonnaise,  v.  158  Lyœo, 
a,  V.  162  lyœo). 

V.  177  Paganica  (mauvaise  innovation  au  lieu  de  paganica). 

•  Voir  p.  LXXIV. 
*2Voirp.  LXXXVIII. 

^3  A  propos  de  Nauiget,  il  faut  citer  une  légèreté  de  Vinet,  qui  n'est  pas 
coutumier dufait  :  dans  son.  Commentaire  (243),  il  dit:  *  Quid  hic  aiitein 
verbum  nauiget  incunCtis  codicibus?»  Vinet,  qui  ne  connaît  pas  de  mss. 
de  la  Moselle,  entend  par  codices  les  vieilles  éditions  :  il  nous  dit  d'autre 
part  qu'il  a  usé  de  l'Ascensiana,  ce  dont  il  est  d'ailleurs  facile  de  s'assurer, 
et  l'Ascensiana  a  Naiiiger,  aussi  bien  en  isiyqu'en  151  i  et  15 13. 


DEUXIÈME    PARTIE  XCIII 

V.  182  Nymplias  (comme  la  Juntine,  l'Aldine,  etc.,  au  lieu  de 
n\i}iphas). 

V.  198  confiindit  (bonne  leçon  d'Ugolet,  d'Avantius,  de  l'Al- 
dine, de  la  Juntine,  et  de  l'édition  de  Lyon  de  1540). 

V.  204  alacreis  (leçon  de  l'édition  de  Bâle  et  des  Lyonnaises 

de  1537,  1540,  1548). 

V.  220  Nani  aliam  (faute  d'impression  pour  Non  aliam). 

V.  256  Dextra  (pour  Dextera,  faute  d'impression  qui  fait  le 
vers  faux). 

V.  374  moles  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  celle  d'As- 
censius  et  de  Vinet). 

V.  2,^g  fpatiatus  (Ascensiana,  1513,  1517,  Aldine,  éditions  de 
Gryphe). 

V.  i\\()  fpatiumq;  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  celle  de 

>55«)- 

V.  476  lœtoq;  (au  lieu  de  letoq;,  faute  d'impression  de  Vinet). 

V.  483  Amnibiis  œquoreœ  (au lieu  de  Omnibus  aquoreœ,  double 
faute  d'impression  de  Vinet). 

V.  483  Garumnœ  (comme  toutes  les  éditions,  excepté  celles 
d'Ascensius  et  de  Vinet). 


On  voit  que  ces  variantes  sont  fort  peu  importantes.  Les 
deux  textes  de  la  Moselle,  dans  les  éditions  de  155 1  et  de 
1  558,  offrent  d'ailleurs  le  même  aspect.  Ils  n'ont  tous  deux 
qu'un  seul  alinéa,  au  v.  4 1 8  ;  la  ponctuation  est  presque  iden- 
tique; l'orthographe  est  la  même.  L'éditeur  de  Lyon  suit 
Vinet  en  tout  :  celui-ci,  par  exemple,  écrit  les  noms  des 
poissons  avec  une  majuscule  initiale,  excepté  le  mot  timbra; 
il  en  est  de  même  dans  l'édition  de  i  558.  La  seule  différence 
orthographique  consiste  en  ce  fait  que  tous  les  mots  com- 
mençant par  V  ou  par  u  minuscules  ont  indistinctement  un 
V  initial,  dans  l'édition  de  i  55 1 ,  et  un  ti,  dans  celle  de  i  558. 
L'éditeur  lyonnais  reprend  toutes  les  variantes  marginales 
de  Vinet:  v.  130  fario;  v.  215  MeJJana;  v.  359  Bel  gis, 
Erubris;  v.  370  hic;  v.  388  que  ilhiftrat;  v.  439  ntinc. 
V.  368,  Vinet  avait  en  marge,  comme  l'Ascensiana  de  i  5 1 7, 
Torta,  qui  se  trouve,  dans  l'édition  lyonnaise,  sans  doute 
par  suite  d'une  faute  d'impression,  transformé  enTerra,  mot 
qui  n'offre  dans  ce  passage  aucun  sens.  L'édition  de  i  558  a 


XGIV  INTRODUCTION 

encore  quelques  variantes  marginales  que  celle  de  1551 
n'avait  pas  :  j'ai  déjà  dit  quelle  me  semble  être  la  source  de 
la  correction  Liipodunû,  qui  se  trouve  dans  la  marge.  Le 
V.  216  garde  dans  son  texte  la  mauvaise  leçon  de  l'Ascen- 
siana  et  de  Vinet,  Cuntbce  :  mais  on  lit  en  marge  la  leçon 
vulgaire,  cytnbœ.  Le  v.  218  a  dans  le  texte  quales,  dans  la 
marge  qualis,  et  au-dessous  de  ce  mot,  Marian.,  ce  qui 
indique  sans  doute  que  la  correction  vient  de  Mariang. 
Accurse.  Ce  dernier,  je  l'ai  déjà  dit,  avait  raison  de  rejeter 
qtiales  qui  ne  se  comprenait  pas  avec  le  texte  qu'il  connais- 
sait, qualis  fpe6iata  Peloro;  mais  la  Lyonnaise  admet 
/pédante  :  c'est  maintenant  qualis  qui  devient  inintelligi- 
ble. L'édition  de  1 558  emprunte  encore,  mais  cette  fois  sans 
en  dire  l'origine,  une  autre  variante  marginale  à  Accurse  : 
Dinocrates  (v.  312). 

Cet  examen  du  texte  de  la  Moselle  dans  VAusone  de  Jean 
de  Tournes  prouve  qu'il  n'a  rien  de  bien  original,  qu'il  doit 
à  peu  près  tout  à  l'édition  parisienne  de  Vinet;  si  celle-ci 
avait  été  connue  des  critiques  qui  attribuent  tant  de  mérites 
à  la  Lyonnaise,  elle  aurait  certainement  bénéficié  des  éloges 
qui  lui  reviennent  légitimement  et  qu'on  a  eu  tort  d'accor- 
der à  l'édition  de  1558. 

Parmi  les  éditions  d'Ausone  que  Bœcking  regrette  de 
n'avoir  pas  pu  se  procurer,  il  en  cite  une  qui  aurait  paru  à 
Lyon  en  1557  :  si  je  n'ai  rien  dit  de  cette  édition  avant  d'ar- 
river à  celle  de  1558,  c'est  que  je  soupçonne  fort  qu'elle 
n'existe  pas,  ou  plutôt  qu'elle  n'est  autre  que  l'édition  de 
1558,  désignée  d'une  manière  inexacte. 

En  effet,  Bœcking  ne  connaît  cette  édition  que  par  la 
«  Notitia  literaria  »  de  la  Bipontine,  où  on  lit  bien  après 
l'indication  de  VAusone  de  Vinet  (1551),  et  avant  celle  de 
VAusone  de  Jean  de  Tournes  (1558)  :  «  1557  Lugduni.  8°. 
Lud.  Mirœi.  »  Il  semble  donc  que  les  deux  éditions  de  1 557 
et  de  1558  ne  se  confondent  pas,  puisque  la  Notitia  consa- 
cre un  article  séparé  à  chacune  d'elles.  Mais  c'est  le  seul 


DEUXIÈME    PARTIE  XCV 

endroit  où  il  soit  parlé  des  deux  éditions  à  la  fois  :  dans  sa 
Bibliotheca  latina  medice  et  infimœ  œ'atis  (Hamburo-. 
1734,  lib.  I,  p.  421),  parlant  des  éditions  d'Ausone,  Fabri- 
cius  dit  :  Omitto. . .  Ltigdniienfem  Lndovici  Mirœi.  1557.8. 
S'il  cite,  du  moins  par  prétérition,  VAusone  de  1557,  il  ne 
dit  absolument  rien  de  celui  de  1558:  cette  omission  de 
l'ouvrage  de  Jean  de  Tournes  ne  viendrait-elle  pas  d'une 
confusion  établie  par  Fabricius  entre  ces  deux  éditions  lyon- 
naises? Le  Dictionnaire  de  Bayle  nous  donne,  je  crois,  la 
solution  de  la  difficulté.  On  y  lit  (article  Ausone,  note  G)  : 
«  Celle  [l'édition]  que  Louis  Mireus  fit  faire  à  Lyon,  chez 
Jean  de  Tournes,  l'an  1 557,  eft  meilleure  que  les  précédentes  : 
les  Bibliographes  en  font  mention...»  C'est  cette  note  du 
Dictionnaire  de  Bayle  qui  aura  conduit  Fabricius  à  men- 
tionner l'édition  de  Mirœus;  mais  l'auteur  de  la  Bibliotheca 
latina  néglige  de  dire  que  cette  édition  de  1557  a  été  im- 
primée chez  Jean  de  Tournes.  Le  rédacteur  de  la  Notitia, 
reproduisant  textuellement  les  paroles  de   Fabricius,  est 
incapable  d'identifier  cette  édition  de  Miraeus  avec  celle  de 
Jean  de  Tournes  qu'il  voit  d'autre  part  citée  par  les  bibliogra- 
phes. Il  imagine  alors  deux  éditions,  l'une  de  L.  Mirœus 
(1557),  l'autre  de  Jean  de  Tournes  (1558).  Cette  erreur  est 
naturelle  de  sa  part,  et  la  responsabilité  en  remonte  à  Bayle. 
Quelle  est  la  cause  de  la  double  inexactitude  de  ce  dernier, 
concernant  la  date  et  le  nom  de  l'éditeur?  Pour  la  date,  j'ai 
déjà  dit  que  le  «Priuilege  du  Roy»  est  de  1557;  d'où,  peut- 
être,  la  première  inexactitude.  Pour  le  nom  de  l'éditeur, 
l'mdication    de   Ludovicus   Mirœiis    doit   provenir   d'une 
défaillance  de  mémoire  de  Bayle.  Le  nom  de  Ludovicus 
Miraeus  se  trouve  bien  dans  l'édition  de  i  558  :  mais  au  nom- 
bre de  ceux  dont  sont  signées  les  pièces  de  vers  latins  qui 
célèbrent  le  grand  service  rendu  par  les  éditeurs  à  Ausone. 
Huit  vers  élégiaques  —  dont  un,  le  sixième,  a  une  faute  de 
quantité  —  consacrés   à  chanter  les    louanges   d'Etienne 
Charpin,  sont  précédés  de  ces  lignes  :  AD  stephanvm  char- 
pin  VxM  AVSONII  POETAE  ASSERTOREM  LVDOVICVS  MIRAEVS. 


XCVI  INTRODUCTION 

C'est  évidemment  tout  ce  qu'on  peut  trouver  de  Ludovicus 
Miraeus  dans  l'édition  de  1558;  et  si,  comme  la  phrase  de 
Bayle  semble  à  première  vue  le  donner  à  entendre,  il  avait 
fait  paraître  l'année  précédente  un  Aiisone  chez  le  même 
Jean  de  Tournes,  ce  serait  un  acte  de  vertu  et  de  modestie 
rare  de  la  part  d'un  érudit  que  d'aller  ainsi  vanter  l'édition 
venue  après  la  sienne,  sans  rien  dire  de  celle-ci.  L'imprimeur 
qui,  dans  la  préface  au  lecteur  (Typographus  Lectori),  pro- 
teste de  son  dévouement  aux  progrès  de  la  science  qu'il 
veut  favoriser  sans  épargner  sa  peine  et  ses  frais,  ne  man- 
querait pas,  s'il  avait  réellement  imprimé  pour  Miraeus  un 
Aiisone  l'année  précédente,  avant  la  découverte  du  ms,  de 
l'île  Barbe,  de  le  rappeler  pour  faire  valoir  son  zèle  et 
montrer  qu'une  édition  à  peine  terminée,  il  n'hésite  pas  à  en 
entreprendre  une  autre. 

Le  silence  du  prétendu  auteur  et  du  prétendu  éditeur  d'un 
Ausone  lyonnais  de  1557  me  fait  douter  absolument  de 
l'existence  d'une  édition  qui  n'est,  à  ma  connaissance,  men- 
tionnée dans  les  catalogues  d'aucune  bibliothèque. 


F.   LES   ADVERSARIA  DE  TURNÈBE   (1564). 

Avant  d'arriver  à  l'édition  de  Poelmann,  il  faut  mention- 
ner les  «Adversaria»  de  Turnèbe  (Tournebœuf)  qui  datent 
de  1564  V  Cet  ouvrage  a,  pour  ce  qui  concerne  le  texte  de 
la  Moselle,  une  bien  moindre  importance  que  les  Diatribes 
d'Accurse.  Le  petit  nombre  de  vers  du  poème  cités  par 
l'auteur  des  Adversaria  ne  permet  pas  de  décider  de  quelle 
édition  il  a  usé^-  On  trouve  {lib.  II,  cap.  i)  des  rapproche- 
ments  entre   les  v.  29-31    de   la  Satire  VII  du  P""  livre 

^  Je  n'ai  des  Adversaria  que  l'édition  de  Bâle  (1581);  la  dédicace  au 
chancelier  de  l'Hospital,  qui  se  trouve  en  tête  de  ce  volume,  est  datée  de 
«Lutetise  Pariliorum,  Idibus  Quintilibus,  anno  G  I  O.  I  O.  LXIV  ». 

<^2  Le  ms.  de  l'Ile-Barbe,  où  ne  se  trouve  pas  la  Moselle,  a  servi  à  Tur- 
nèbe pour  plusieurs  de  ses  conjectures  qui  ne  concernent  pas  notre  poème. 
Voir  la  Prœfatio  de  Vinet  (i  G). 


DEUXIÈME    PARTIE  XCVII 

crHorace  et  les  v.  165-167  de  la  Moselle  :  ceux-ci  sont  écrits 
comme  dans  toutes  les  éditions,  à  partir  de  l'Ascensiana;  on 
trouve  aussi  (lib.  XIX,  cap.  xvii)  des  rapprochements  entre 
les  V.  30  et  suiv.  du  VP  livre  de  VÉnéide  et  les  v.  300-302 
de  la  Moselle  :  il  faut  remarquer  qu'au  v.  300  Turnèbe 
écrit  Gortynius,  comme  l'Ascensiana  et  Vinet.  Citant  d'autre 
part  {lib.  XVII,  cap.  IX)  la  fin  du  v.  468,  il  écrit  Tarbellicus 
(correction  d'Accurse  qu'aucune  édition  n'avait  encore  adop- 
tée) ibit  Aturnus  (leçon  de  l'Aldine).  Ailleurs  {lib.  XXII, 
cap.  XXII),  il  cite  les  v.  337-340,  et  écrit  v.  337//J/wrea 
comme  l'édition  de  Bâle  et  les  Lyonnaises  de  1537,  i540  et 
1548.  Les  autres  citations  de  la  i1/osc//e  sont  sans  importance; 
il  n'y  a  que  deux  corrections  à  noter  :  à  propos  des  «Actiaci 
ludi»,  Turnèbe  {lib.  XVIII,  cap.  v)  rappelle  les  v.  20S-214 
de  la  Moselle  qu'il  écrit  ainsi  : 

Taies  Cuniano  defpeSlat  in  œquore  ludos 
Liber ,  fui pJiurei  citni  per  iuga  conjîta  Gauri, 
Perque  vaporiferi  graditur  vitieta  Vefetti  : 
Cutn  Venus  A6î lacis  Augiijli  lœta  trophœis, 
Ludere  lafciiios  fera  prœlia  iujjit  aniores  : 
Qualia  Niliacœ  clajjes,  Latiœque  trirèmes, 
Subter  Apollineœ  gejferunt  Leucados  arces. 

Or,  trophœis  ne  se  trouve  dans  aucun  ms.  et  dans  aucune 
édition,  et  l'auteur  des  Adversaria  ne  dit  pas  pourquoi  il 
fait  cette  correction  j.  Enfin,  il  propose  {lib.  XIX,  cap.  xii) 
de  lire  au  v.  312  ctiui  au  lieu  de  cui:  «Quin  &  in  heroo 
carminé  apud  Aufoniû  C2iui  pro  ciii  fcribendum  eft,  vt 
verfus  ruina  hoc  tâquam  tibicine  hacque  deftina  fulciatur.» 
Le  mot  cuui  est  insolite,  et  la  correction  semble  peu 
heureuse  ^^ . 

On  voit  que  les  Adversaria  de  Turnèbe  ne  contribuent 
guère  à  la  correction  du  texte  de  la  Moselle. 

^  Voir  GOJI-MEXTAIRE  EXPLICATIF,  p.  78. 

\^  Voir  Commentaire  explicatif,  note  au  v.  312,  p.  94. 

XIII 


XGVIII  INTRODUCTION 


V 

L'Édition  de  Poehnann 

fondée 

sur  le  «  Cornelij  Gualtheri  Mofella,  liber  antiquus  » 

et  sur  le  «  Gemblacenfis  liber»  (i$68). 


Fondé  principalement  sur  deux  mss.  jusqu'alors  incon- 
nus, ou  qui  du  moins  semblaient  l'être  tous  deux,  le  texte 
de  la.  Moselle  donné  par  Poelmann  dans  son  édition  complète 
des  œuvres  d'Ausone,  a  une  grande  importance  pour 
l'histoire  de  ce  texte  que  nous  essayons  de  constituer. 

Voici  le  titre  de  l'édition  de  Poelmann  : 

D.   MAGNI  II  AVSONII  II  BVRDIGALENSIS  ||  OPERA,  ||  A  || 
THEOD.  PVLMANNO  CRANE-  ||  burgio  in  meliorem  ordinem  refti- 
tuta,  Il  correéta,  &  fcholijs  illuftrata  :  ||  adiectis  graecis  qvibvs-  (| 
dam  epigrammatibus,  vt  conferri  cuni  \\  Latinis  pojjïtit.  ||  Cum  Latina  Grœ- 
coriim  interpretatione,  &  \\  duplici  Indice. 

(Au-dessous,  la  marque  de  Plantin.) 

ANTVERPIAE,  ||  Ex  officina  Chriftophori  Plantini,  ||  an.  cIo. 

lO.  LXVIII. 

On  lit  à  la  fin  du  volume,  qui  est  un  in-i6  : 

ANTVERPIAE  EXCVDE-  ||  BAT  CHRISTOPHORVS  ||  PLANTINVS 
ANNO   ClO.   lO.  Il  LXVII.   MENSE  NOVEMBRI. 


L'édition  est  précédée  d'une  dédicace  adressée  à  Thomas 
Redigerus,  de  Breslau,  par  Theodorus  Pulmannus,  de  Cra- 
nenburg.  Dans  cette  dédicace,  Poelmann  nous  apprend  que 
forcé  par  la  nécessité  de  prendre  un  métier  manuel,  il  n'a 
jamais  négligé  les  lettres  qui  lui  ont  permis  de  supporter 
les  labeurs  ingrats  de  ce  qu'il  appelle  son  esclavage.  Toutes 
les  heures  qu'il  a  pu  dérober  au  travail  quotidien,  il  les  a 


DEUXIÈME    PARTIE  XCIX 

consacrées  aux  poètes  antiques;  corriger  avec  l'aide  des 
mss.  les  textes  corrompus  par  l'injure  du  temps  ou  gâtés 
par  les  témérités  des  prétendus  savants,  joindre  à  ces  textes 
quelques  notes  des  érudits  :  tel  a  été  son  dessein  pour 
certains  poètes  et  en  particulier  pour  Ausone. 

Cette  épître  dédicatoire  est  ainsi  datée  :  <■<  Ex  noftro  Mufo- 
gnapheo,XVL  Kalend.  Decembreis,  anno  ciD.  ID.  LXVII. 
Antuerpise^»  Je  n'ai  pu  trouver  de  renseignements  sur 
Poelmann  dans  aucun  dictionnaire  biographique,  dans 
aucune  encyclopédie.  C'est  dans  son  «  Mufognapheum  » 
d'Anvers  qu'il  a  écrit  sa  dédicace  :  comme  le  mot  yvaictcv  ou 
y.vasEicv  signiûe  boîitiqiie,  atelier  de  foulon ,  y  Q\\  conclus  que 
c'est  le  métier  de  foulon  que  Poelmann  exerçait,  contraint 
par  la  nécessité  (tandem  non  mea  quidem  vohmtate,  fed 
fato  quodam  ad  mechanicam  artë  fui  deieâînsj. 

Cette  conclusion  a  été  confirmée  par  les  renseignements 
suivants  que  M.  Max  Rooses,  conservateur  du  Musaeum 
Plantin-Moretus  d'Anvers  a  eu  l'extrême  obligeance  de 
m'envoyer  : 

«  Voici  quelques  données  sur  ce  latiniste,  puisées  à  nos 
archives  et  utilisées  déjà  dans  mon  Christophe  Plantin, 
imprimeur  Anversois,  pp.  106-107  : 

»  Pulmannus  s'appelait  Théodore  Poelmann;  il  naquit  à 
Cranenburg,  dans  le  duché  de  Clèves,  en  1 5 1 1  ;  il  vint  s'éta- 
blir à  Anvers  au  mois  de  janvier  1532.  Il  était  foulon  de 
son  métier  et  s'occupait  dans  ses  heures  de  loisir  de  philo- 
logie latine.  Il  n'était  ni  correcteur  ni  employé  à  aucun  titre 
chez  Plantin,  mais  fournit  à  l'imprimeur  anversois  le  texte 
de  plusieurs  classiques.  En  retour  il  recevait  quelques  livres 
et  de  minces  cadeaux  en  argent.  Il  épousa  Elisabeth  Her- 
man  qu'il  perdit  en  1569.  Il  eut  d'elle  cinq  enfants  dont 
deux  fils,  Corneille  et  Jean.  Ce  dernier  fut  employé  de 
Plantin  et  alla  fonder  une  succursale  de  la  librairie  planti- 
nienne  à  Salamanque.  Théodore  Poelmann  mourut  en  1 58  r . 

^  M.  Dazeimeris  a  bien  voulu  mettre  à  ma  disposition  son  exemplaire  de 
VAusone  de  Poelmann. 


G  INTRODUCTION 

A  la  fin  de  sa  vie  il  était  employé  à  la  perception  des  droits 
de  sortie  du  vin.  Ses  papiers  de  toute  nature,  y  compris  ses 
manuscrits  d'auteurs  classiques,  devinrent  la  propriété  de 
Plantin  et  sont  conservés  dans  la  bibliothèque  de  notre 
musée. 

»  Philippe  Galle  a  gravé  son  portrait.  On  y  lit,  dans  le 
cadre  Ph'  Gallacus  IS72  —  Aetatis  suae  6i.  Et  sous  le  por- 
trait les  vers 

Theodorvs  Pvlmannvs  Cranebvrgensis 

«  Dum  veterum  certain  ejjejludes  Puhnanne  librorutn 

Et  moruni  puram  cupis  effe  fldem  : 
IJîe  tibi  candor  nomen  latidemque  paravit, 

Fortuna  at  fnerito  ejî  nonfatis  aequa  tuo.  » 

Ce  quatrain  part  d'un  bon  naturel  ;  il  est  plein  d'excel- 
lentes intentions  à  l'endroit  de  l'éditeur  dCAusone.  Mais 
il  semble  que  l'érudit  et  consciencieux  Poelmann,  qui  a 
consacré  des  loisirs  péniblement  gagnés  à  rendre  plus  correct 
le  texte  des  vieux  auteurs  latins,  aurait  mérité  d'être  loué 
en  vers  latins  moins  incorrects  et  moins  plats.  Fortuna  at 
inerito  est  non  satis  aequa  tuo.  Ces  deux  distiques  en  sont 
une  preuve  de  plus. 

Quoi  qu'il  en  soit,  l'examen  du  texte  de  la  Moselle,  le 
seul  dont  je  doive  m'occuper,  montre  que  Poelmann  est 
fidèle  au  programme  qu'il  expose  dans  sa  dédicace.  Les 
maro-es  de  son  édition  renferment  des  notes  nombreuses 
empruntées  à  M.  Accurse,  A.  Turnèbe,  etc.,  et  l'indication 
des  variantes  des  deux  mss.  de  la  Moselle  qu'il  a  eus  entre 
les  mains,  et  qu'il  intitule,  l'un  (C.)  Cornelij  Qualtheri 
Mofella,  liber  antiqims;  —  l'autre  (G.)  Geniblacenjis  liber, 
in  qno  Mofella,  Hercidis  œruninœ,  &=  de  XII .  Cœfaribiis. 

Le  titre  seul  de  ce  second  ms.  nous  apprend  qu'il  est 
question  du  B  qui  contient  en  effet  fol.  72  recto -79  verso, 
la  Moselle,  fol.  80  recto-82  verso  «  Caesares»,  fol.  82  verso 
«  Monostica  de  ertimnis  Herculis  ».  —  De  plus,  on  lit  à  l'in- 
térieur de  la  couverture  de  ce  ms.  :  (.'.Provenant  de  l'abbaye 


DEUXIEME    PARTIE  CI 

de  Gembloîcx^».  D'ailleurs  les  leçons  que  Poelmann  cite 
comme  appartenant  au  Gemblacensis  appartiennent  presque 
toutes  au  Bmxellensis  actuel  : 

Vers  Vers  Vers 

Il   Noiomagum.  167  canunt  seris.  367  mollis  Arauus. 

20  saxis.  198  coiifudit.  368   Tota. 

33  praelapsus.  237  Vibratos  captât.  374  dia. 

35  sperante.  242  defensos.  388  veteresque 

45  limigenis.  263  iniuxlido.  illustrât. 

65  Usqiœ.  278  carptas.  415  dilata  et. 

79  Nominaque  et.  279  accola.  423  nigriim    super 

80  aut.  2>'^']  Afflatamque.  et  luponudum 
130  sarzo.  359  Belgis.  434  Chamaues. 
140  /If.  365   Trachoruni.  437  unus. 

Toutes  ces  leçons  se  trouvent  dans  le  B  ;  et  c'est  dans  le 
B  seul  qu'on  lit  saxis,  nominaque  et  et  trachoruni.  Il  est 
vrai  que  Poelmann  dit  avoir  lu  dans  le  Gemblacensis, 
V.  89  Rhœdo,  v.  304  Syracttsi;  et  qu'il  attribue  au  seul 
livre  de  Cornélius  Gualtherus  la  leçon  v.  380  Romœ 
tennere.  Or,  le  B  a,  lui  aussi,  Romae  tenuere;  mais  il  a 
Syracusii,  avi  lieu  de  Syracnsi,  et  rhedo,  au  lieu  de  Rhœdo. 
Ces  divergences  peu  importantes  n'empêchent  pas  de 
reconnaître  l'identité  du  B  actuel  avec  le  Gemblacensis  de 
Poelmann,  et  on  s'étonne  que  Bœcking  n'ait  pas  vu  que 
ces  deux  mss.  ne  font  qu'un. 

Quant  au  Liber  antiqnus  Cornelij  Gualtheri,  il  est  plus 
difficile  de  l'identifier  avec  l'un  des  mss.  que  nous  connais- 
sons. D'après  Peiper,  suivi  par  Schenkl^%  ce  ms.  serait  un 
relevé  des  leçons  du  G  que  Cornélius  Gualtherus  (Wouters) 
aurait  reçu  du  comte  Hermann  de  Nuenaar,  et  qu'il  aurait 
communiqué  à  Poelmann;  celui-ci  se  serait  quelquefois 
trompé  en  confondant  les  leçons  de  ce  ms.  avec  celles  du 
ms.   de   Gembloux.   Il  est   certain  que   Poelmann  donne, 

^  Gembloux  est  une  petite  ville  des  environs  de  Namur,  qui  possédait 
une  célèbre  abbaye  de  Bénédictins. 

*~  Peiper, i)îe  Handschriftliche  Ueherlieferung,  etc., p. 217;  Praefatio, 
p.  LUI;  Schenkl,  Prooemium,  p.  XLV-XLVI. 


cil 


INTRODUCTION 


comme  extraites  de  ce  ms.  de  Wouters,  beaucoup  de  leçons 
identiques  à  celles  du  G  : 


Vers 

1 1   Noiomagum. 

33  praelapsus. 

45  limigenis. 

65   Usque. 

80  aiit. 
130  sario. 
140  At. 
167  canunt  seris. 


Vers 

192  propiilit. 

237  Vibratos  captât 

263  iniialido. 

278  carptas. 

279  accola. 

317  Afflatamqiie. 

368   Toi'a. 

380  Rotnœ  tenuere. 


Vers 

388  veteresque 

illustrât. 

389  qtiod. 
415  dilata  et. 

423  nigruni    super 
et  liiponudum 
434  Chaniaues. 
437  îinus. 


Il  en  cite  même  deux  (v.  368  Drahonum,  v.  452  mttnera) 
qui  ne  se  trouvent  que  dans  ce  ms. 

D'autre  part,  quelques  leçons  que  Poelmann  dit  emprun- 
ter au  Liber  Giialtheri,  et  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  le 
G,  le  font  accuser  de  négligence  par  Schenkl  :  v.  1 98  conju- 
dit  {confiindit  G)  ;  v.  367  mollis  arauns  {mole  sarautis  G). 
Schenkl  aurait  pu  ajouter  v.  35  sperante  {spirante  G); 
v.  89  Rhœdo  (rhedo  G);  v,  374  diica  {dia  G).  Mais  j'hési- 
terais à  accuser  de  négligence  Poelmann  qui  semble  avoir 
la  conscience  et  l'admirable  bonne  foi  de  notre  Vinet.  La 
note  qu'il  met  en  marge  du  v.  367  nous  est  une  preuve  que, 
s'il  a  attribué  au  G  la  leçon  mollis  araims,  la  faute  n'en 
est  pas  à  lui  :  «  Hune  locû  clarifsiniiis  cornes  Herniànus 
Nuenarins,  vti  à  Corn.  Gualtero  (sic  pour  Giialthero) 
viro  integerritno  ante  imtltos  annos  accepi,  primiis  refti- 
tuit,  no  Marian.  (Mariang.  Accurse)  oui  tamen  Gifanius 
hoc  adfcribere  inahiif,  quàm  id  ipfum  in  ineo  libro  anno- 
tatû  fe  vidijje  fateri.  C.,  G.  &=  vulgati,  mollis  Arauus 
inendofè  y> .  Ainsi  donc,  c'est  le  comte  Hermann  de  Nuenaar, 
qui,  trouvant  ingénieuse  la  leçon  du  G,  a  mieux  aimé  s'attri- 
buer l'honneur  d'une  correction  destinée  à  entrer  dans  le 
texte  des  éditions  que  d'avouer  que  mole  saraiius  se  trouvait 
dans  un  ms.  Quant  au  reproche  que  Schenkl  et  Peiper 
adressent  à  Poelmann  d'avoir  confondu  les  leçons  du  Geni- 
blacensis  avec  celles  du  Liber  Gnaltheri;  il  ne  repose 


DEUXIÈME    PARTIE  CIII 

que  sur  l'attribution  de  conjudit  (v.  198)  qui  se  trouve 
dans  le  B,  au  G  où  il  ne  se  trouve  pas.  C'est  peu  :  et 
j'aime  mieux  attribuer  au  comte  de  Nuenaar,  qui  est  sujet 
à  caution,  une  faute  dans  ses  relevés  des  leçons  du  G, 
qu'à  Poelmann  une  négligence  de  lecture.  D'ailleurs,  il  ne 
semble  pas  que  le  Liber  antiqims  ait  renfermé  toutes  les 
leçons  propres  au  G  :  si  elles  s'y  étaient  trouvées,  l'éditeur 
de  156S  n'aurait  pas  manqué  de  citer  en  marge  tout  au 
moins  les  bonnes  leçons  qui  devaient  peu  à  peu  passer  dans 
le  texte  des  éditions  : 

Vers  Vers  Vers 

60  profundi.  297  concurrens.  417  tendus. 

178  aureus.  y.b  felix.  426  hitic. 

247  détectas.  378  da  Rorna.  470  superno. 

249  Inductos.  384  serejia  (G,  Rh). 

Ce  que  l'on  peut  reprocher  à  Poelmann,  c'est  sa  réserve 
et  sa  modestie  excessive.  Il  suit  avec  une  étonnante  défé- 
rence l'édition  de  Lyon  -,  il  craint  de  faire  entrer  dans  son 
texte  les  leçons  de  ses  mss.  et  les  relègue  dans  les  marges 
à  côté  des  conjectures  d'Accurse  et  de  Turnèbe;  quand  il 
les  admet,  c'est  le  plus  souvent  qu'elles  se  trouvent  dans 
d'autres  éditions  qui  les  avaient  devinées  (par  exemple,  il 
admet  bien  au  v.  79  Noniinaque  &=,  sur  l'autorité  du  Gent- 
blacensis  :  mais  cette  leçon  se  trouve  déjà  dans  les  éditions 
d^  i537î  1540  et  1548)-,  enfin  Poelmann  ne  hasarde  que 
rarement  des  conjectures  qui  lui  soient  propres. 

L'édition  de  1568  est  faite  d'après  celle  de  i  558;  la  plupart 
des  leçons  de  la  Lyonnaise  sont  conservées,  quand  même 
elles  sont  en  désaccord  avec  celles  des  mss.  de  Poelmann, 
qu'il  cite  quelquefois  en  marge  : 

Vers  Texte.  En  marge. 

II   Ninomagum.  C^  G^  Noiomagum. 

20  ripis.  G  f axis. 

'Je  désigne  dans  les  listes  qui  vont  suivre,  comme  Poelmann  lui-même, 
par  C  le  Liber  antiquus,  Q\.ça.r  G, le.  Gemblacensis.  Pour  éviter  toute  confu- 
sion, le  ms.  de  S'-Gall  sera  désigné  par  Sang:  et  celui  de  Bruxelles,  par  Brux. 


CIV 


INTRODUCTION 


Vers  Texte. 

33  prolapfus. 
35  fuperante. 

70  baccas  (mss.  hacas). 

7 1  locupletes ,  qiiœque  (le  Sang,  a  Zocm- 

pletibus  afque;  le  Brux.,locuple- 
tihiisque). 

80  haud. 

89  Redo. 

106  IJî ri  (mss.  Histri). 
192  protulit. 
198  confundit. 

207  excludet (Sang.QtBnix .,excludit) . 
242  defcnfus. 
263  inualidos. 
304  Syracojij. 
317  AffliStaniqiie. 
321   natini  (mss.  natura). 

336  nutantia  (mss.  niteiitia). 

337  fulfurea  (édit.  de  1^'^%  fulphurea, 

vcïss.  fluminea). 
359  Gelbis. 
365  Drachonuni. 

380  Romœque  tuere. 

388  çwz  lujîrat. 

389  qiiid. 

409  popiilunique  (mss.  populique). 

413  reddet  (mss.  reddat). 

415  dilata  laude. 

429  «z7  (mss.  nihil). 

434  Caniaues. 

437  îtno. 

452  tenipora. 

463  refiuus  (mss.  profluus). 

468  Niimine  (mss.  nominé). 


En  marge. 

C,  G  prelapfus. 
C,  G  fperante. 


C,  G  a2<^. 
C,  G  Rhœdo. 

C  propulit. 
C,  G  confudit. 

G  defenfos. 
C,  G  inualido. 
G,  Syracufî. 
C,  G  affiatamque. 


G  Belgis. 

C  Drahotium,  G  Tra- 

chorum. 
C  Rome  tenuere. 

c 

c,  G  g'we  illujlrat. 
C  quod. 


C,  G  dilata  &  laude. 

C,  G  Chamaues, 
C,  G  unus. 
C  mimera. 


Poelmann  emprunte  même  à  l'édition  de  1558  une  leçon 
qui  est  absurde  (v.  27  Nauiget)  et  une  autre  qui  fait  le  vers 
faux  (v.  256  Dextra  in)^.  S'il  corrige,  au  v.  220,  la  faute 

*  Ces  fautes  sont,  il  est  vrai,  corrigées  en  Nauiger  et  Dextera,  à  la  fin 
du  volume  dans  la  «  Quorundam  erratorutn,  ô»  locoriini  recognitio  »  où 
l'on  trouve  aussi _^i«toMfî6us  (v.  84)  corrigé  enfluitâtes. 


DEUXIEME    PARTIE 


CV 


d'impression  de  l'édition  de  1558,  Nain  aliatn,  pour  écrire 
Non  aliam,  il  garde  comme  ses  prédécesseurs  lyonnais  des 
leçons  heureusement  corrigées  par  Avantius  dès  1 507  : 
V.  169  homimcm  (hommes  Avant.);  v.  261  qtiiqtie  (ctiique 

Avant.). 

Voici  la  liste  des  passages  où  Poelmann  se  décide   à 
abandonner  le  texte  de  l'édition  de  1558  : 

1°  Pour  adopter  les  leçons  de  ses  mss. 


Vers 
45  liniigenis. 

46,  53  et  295  litora  (G). 

65  F/(/»e(dans  plusieurs  édit.). 

79  Nominaqiie  &•  (déjà  dans 
les  édit.  de  Gryphe). 

96  mandata  (G). 

102  cenœ  (G). 

107  Muftela  (innstela.  G,  et 
probablement  Cornelij 
Liber). 

1 14  fqualet  (squalet,  G;  proba- 
blement Cornelij  Liber). 

128  Vtrumqiie  (probablement 
Cornelij  Liber;  Ugol.). 

140  At. 

168  Jllica. 

196  An numerat (G, JJgol., etc.) 

210   Vefeui. 

212  et  293  prœlia  (probable- 
ment Cornelij  Liber, 
comme  le  Sang.). 

3 16  Cî<;n6œ (probablement  Cor- 
nelij  Liber,  comme  le 
Sang.,  et  l'Ascensiana 
de  1513). 


221  phafeli  (mss.,  édit.  de  Gry- 
phe). 

232  carcB  (mss.,  Aldine). 

237   Vibratos  captât  {v[ï%s..,\3  g.) 

296  pœne  (probablement  Cor- 
nelij Liber,  comme  le 
Sang.;  les  édit.  antér. 
ont^èue). 

296  ntrimque  (probablement 
Cornelij  Liber,  comme 
le  Sang.^  ;  aucune  édit. 
antér.  n'a  utrinique). 

313  pyratnis  (mss., Ugol., etc., 
au  lieu  de  Pyramis, 
Lyonnaise). 

360  allambere  (G). 

395  inclita  (G,  Ugol.). 

397  fubtemine  (G,  et  probable- 
ment Cornelii  Liber). 

410  çz^anîHî's (mss., Ugol., etc.). 

423  nigruni  (mss.  etédit.  antér. 

à  1551)- 

474  Camenœ  (mss.   camenaé). 

475  otia  (mss.  et  édit., en  géné- 

ral). 


2°  Pour  adopter  les  leçons  d'éditions  antérieures. 

Vers         Édition  de  1 5  ;S.  Édition  de  Poelmann. 

21  et  25  baccho.  Baccho  (Juntine,  Aldine,  etc.). 

53 j  63   st  85   harenœ,  arewœ^arena,  arenas( Aldine,  etc.). 

harena,  harenas. 

74  admixtos.  adniijlos  (Aldine,  etc.). 


XIV 


CVI 


INTRODUCTION 


A' ers  Édition  de  iJjS. 

144  et  148  Ballena. 
153  baccheia. 
178  et  222  fol. 
209  fidphurei. 
254  liarundo. 

289  Calchedonio. 

290  euripus. 
331  j!)z7ces. 
337  fidplnirea. 
2>S1  perniixta. 

367  mollis  Arauus. 


368  Toî^a. 
372  quenq;. 
377    Tybris. 
392  ocZ. 
424  latijs. 
453  arâîoi. 
464  Duranide. 
468  Tarbellius. 
478  Pagorum. 


Édition  de  Poelmann. 

Balœna{balœna,  éditions  de  Gn-phe). 
Baccheia  (Juntine,  édit.  de  Gtyphe). 
So/ (Juntine,  Aldine). 
fidfurei  (Aldine,  etc.). 
arundo  (Aldine,  etc.). 
Chalcedonio (Juntine,  Aldine). 
Euripus  (Juntine,  Aldine). 
pifceis  (édit.  de  Bâle  et  de  Grj^plie). 
fidfurea{éd\\..  de  Bâle  et  de  Gryphe). 
permijla  (Aldine,  etc.). 
inole  Sarauus  (leçon  du  Sangallensis, 

que  Poelmann  croit  être  une  corr. 

de  Hermannus  Nuenarius). 
Torta  (note  marginale  de  l'Asc.  1517^) 
quemque  (Ascensiana,  etc.). 
77i^'6rzs  (Ascensiana,  151 1,  1513). 
otî  (les  édit.  de  Gryphe  ont  oti). 
Latijs  (Juntine  et  édit.  de  Gryphe). 
Arêîoi  (Juntine,  Aldine,  etc.). 
Diirani  de  (Juntine,  Aldine,  etc.). 
Tarbellicus  (corr.  d'Accurse). 
pagorttm  (mss.  et  la  plupart  des  édit.). 


Les  corrections  personnelles  de  Poelmann  sont  peu 
importantes,  quoique  nombreuses.  Elles  ont  toutes  rapport 
à  l'orthographe  :  l'édition  de  Lyon  use  de  Vti  initial,  Poel- 
mann emploie  toujours  le  v;  l'édition  de  Lyon  use  de 
l'abréviation  q;,  Poelmann  écrit  que,  excepté  v.  459  Teq;. 
L'édition  de  Bâle  écrit  pifceis  au  v.  33 1  ;  la  même  édition 
et  la  Lyonnaise  écrivent  v.  204  alacreis,  et  v.  24.0  facileis: 
Poelmann  généralise  cet  usage  orthographique  ;  à  l'excep- 
tion du  V.  1 50  où  il  écrit  pifces,  il  attribue  la  désinence  eis 
à  tous  les  accusatifs  pluriels  des  participes  présents  et  des 
substantifs  et  adjectifs  masculins  et  féminins  de  la  troisième 
déclinaison  qui  ont  le  génitif  pluriel  en  ùim.  Il  écrit  ainsi: 

Vers 
30  fonteis. 
36  exjianteis. 


Vers 

69, 125, 196,202  vi- 
rideis. 


Vers 

127,  363  Striden- 
teifque. 


«  Voir  p.  ex. 


DEUXIEME    PARTIE 


CVII 


Vers 

1 16,331  pifceis. 
131  cohorteis. 
170  agrejleis... 
tnenteis. 

Vers 

208   Taleis. 

217  iocanteis. 

218  qualeis. 
223  nantaleis. 

Vers 

270  trententeis. 
273  potienteis. 
305  infigneis. 
318  Jîmileis. 

182  infnltanteis. 
196  viteis. 
200  dnlceis. 

237  crineis. 
240,  325  facileis. 
267  fabrileis... 

332  noualeis. 
405,  454  vrbeis 
406  fecureis. 

204  ahtcreis. 

igneis. 

Partout,  excepté  aux  v.  306  et  307,  il  donne  à  Tadverbe 
/îzc  la  forme  archaïque  /tefc .'  d'ailleurs  dans  les  deux  cas 
où  il  admet  /i/c,  il  écrit  en  marge  «  forte  liinc  ».  Heic  se  lit 
aux  vers  12,  53,  120,  123,  148,  170,  292,  293,  311  :  au 
V.  123,  il  faut  évidemment  hic,  pronom  démonstratif,  mais 
Poelmann  s'est  laissé  induire  en  erreur  par  le  texte  de  la 
Lyonnaise  où  il  lisait  hîc.  Il  introduit  encore  la  diphtongue 
et  dans  le  mot  Aristides,  qu'il  écrit  Arijîeides  ('Apt7T£tS-^ç). 

Poelmann  apporte  encore  quelques  utiles  réformes  ortho- 
graphiques : 


Vers 

36  exftanteis. 
47  adfpergis. 


Vers 

259  Exfultant. 
266  exfpirans. 


Vers 

340  exfpirante. 
474  adfpirare. 


Par  contre,  il  est  aussi  le  premier  à  écrire  v.  258  affibilat 
(pour  adfibilat),  et  v.  279  Sumfit  (•ponrSicmpJif). 

Il  écrit,  le  premier,  suivant  la  bonne  orthographe,  Pangœa 
(v.  158).  Mais  il  écrit  aussi,  le  premier,  lethalibits  (v.  249), 
lethalia  (v.  260),  lethi  (v.  270),  mauvaise  orthographe  que 
les  mss.  ne  justifient  pas,  et  qu'aucun  éditeur  n'avait  admise 
avant  lui.  C'est  à  tort  également  qu'au  lieu  de  s'en  tenir  aux 
leçons  ordinaires,  il  préfère  écrire  QuinŒliani  (v.  404), 
gnatique  (v.  422),  piUcerrime  (v.  428);  il  fait  une  autre 
innovation  inutile  en  écrivant  Miifis  (v.  475)  au  lieu  de 
mufis.  L'édition  de  Lyon  avait  v.  106  Iftri,  et  v.  424  Hiftri: 
voulant  écrire  ce  mot  d'une  manière  uniforme  dans  les  deux 
passages,  il  a  le  tort  de  l'écrire  les  deux  fois  IJiri,  puisque 
la  vraie  orthographe  est  Hiftri  qu'il  devait  lire  dans  le 


CVIII  INTRODUCTION 

Gemblacensis  diw  moins,  sinon  dans  le  Cornelij  Liber .  Enfin 
la  virgule  qu'il  place  entre  Corus  etAchates  (v.  3 16  Corus, 
i4c/ia^es)  ne  facilite  pas  l'intelligence  de  ce  passage  obscur. 

Il  faut  remarquer  d'autre  part  que  Poelmann  est  le  pre- 
mier à  écrire  v.  122  ceuoque,  comme  le  Rhenaiigiensis  et 
le  Reginensis,  et  v,  -^-^f)  flamas ,  comme  le  Rlienaugiensis: 
il  ne  connaissait  aucun  de  ces  deux  mss.  Peut-on  supposer 
que  ces  deux  leçons  du  Rlienaugiensis  se  trouvaient  dans 
le  Liber  Cornelij,  auquel  Poelmann  les  aurait  empruntées, 
ou  faut-il  voir  simplement  dans  l'orthographe  attribuée  à  ces 
deux  mots,  et  qui  n'est  pas  sans  exemple,  une  innovation, 
d'ailleurs  mauvaise,  apportée  au  texte  de  la  Moselle? 

Les  conjectures  personnelles  de  Poelmann  sont  peu  nom- 
breuses; il  les  présente  modestement  en  marge,  souvent 
précédées  d'un  timide /or^e  «peut-être!  »,  et  escortées  des 
autorités  qui  les  recommandent;  il  en  est  cependant  de  fort 
bonnes  : 

V.  37  en  marge  Interfeptus  (pour  Interceptas)  semble  inutile. 

V.  306  et  307  en  rmxge,  forte,  hiiic  (pour  hîc)  semble  mauvais. 

V.  306  en  marge  forte,  Marci  (pour  Marcei).  Nâ  M.  Varro- 
neni  Hebdomadôn  lihros  fcripfiffe  ex  Nonio  palain  eft.  —  Très 
bonne  correction. 

V.  370  en  marge  heic  (correspond  à  la  variante  marginale  de 
la  L3^onnaise,  hic). 

V.  462  en  marge  forte,  finis  (pour  fines).  In  lexico  poetico,  in 
vocabulo  Matrona  legitur,  Galîosque,  Belgosq;  interfita  fines . — 
La  correction_/î;iîs  est  très  bonne. 

On  voit  que  la  leçon  tirée  par  Poelmann  de  ce  lexique 
poétique  n'est  citée  par  lui  qu'à  titre  documentaire,  et  ne 
lui  a  servi  en  rien  pour  sa  correction  finis.  Peiper  cite 
cette  note  d'une  manière  inexacte  qui  enlève  à  Poelmann 
le  mérite  de  sa  découverte  :  «  Gallos  Belgasque  intersita 
finis,  lexicon  2^oeticon  a  Pulmanno  latcdattim  sîcb  verbo 
Matrona.  »  Il  n'y  a  dans  le  lexique  ni  Belgasque,  m  finis. 
Schenkl  dit  bien  «fines  Codd.,  finis  Pulmannus  »  :  mais  il 
note  aussi  «Gallos  Belgasque  anonym.  apud  Pulmannum, 


DEUXIÈME     PARTIE  CIX 

volo-0  ».  Encore  une  fois,  il  n'y  a  pas  Belgasqtie;  les  deux 
derniers  éditeurs  d'Ausone  s'en  seraient  rendu  compte  s'ils 
avaient  regardé  plus  attentivement,  je  ne  dis  pas  la  note 
de  Poelmann,  mais  la  copie  que  Bœcking  en  donne  dans 
son  édition. 

Poelmann  cite  religieusement  en  marge  les  conjectures 
et  remarques  de  ses  devanciers  pour  que  le  lecteur  puisse 
faire  son  choix  entre  ces  variantes  et  son  propre  texte,  et 
profiter  de  ces  notes  : 

V.  95  Tu  inelior  peiore  œuo...  (id  efl,  in  feneëlute.  Turneb. 
lib.  XXII.  ca.  XXI). 

V.  167  Prohra  canunt  feris...  (Ita  C.  G.  &  Turneb.  lib.  IL 
ca.  I.  M.  [Mariangelus  Accursius]  duris  reponendum  crédit.) 

V.  201  Remipedes...  (Rémi  enim  pedes  videntur  quibus  naues 
ambulant.  Turneb.  lib.  XVIII.  cap.  XV.) 

V.  211   ...triumphis...  (tropœis,vide  Turneb.  lib.  18,  cap.  $ .) 

V.  215  ...Mylafena...  (M.  Meffana.) 

V.  216  ...cumbce...  (M.  cyinbœ.) 

V.  218  ...qualeis...  (M qualis,  vt  ad  naumachiam  referatur.) 

V.  224  ...redigit...  (M.  reddit.) 

V.  240  ...verô...  {M.  vere,  id  efl,  verno  tempore.) 

V.  242  ...defenfus...  pifcis...  (M.  defenfas,  G.  defenfos.  Sic 
infrà,  claufos  confepto  gurgite  pifceis.  M.  pifceis.) 

V.  245  ...aginine...  (M.  auginine.) 

V.  278  ...carptas...  (Ita  C.  &  G.  taôïas,  M.  Ouid.  Gramine 
contaéto  cœpit  niea  prœda  moueri.  al.  captas.) 

V.  279  ...accola  (Sic  C.  &  G.  incola,  M.  Ouid.  alti  nouus 
incola  Ponti.) 

V.  312  Dinochares,  quadro  cui  in...  (Dinocrates.  Vide  Ma- 
riang.  Turneb.  lib.  XIX.  cap.  XII.  cuui,  inquit,  pro  cui 
fcribendum  efl,  vt  ver/us  ruina  hoc  tanquam  tibicine,  Jiacque 
deflina  fulciatur.  loann.  Goropius  Becanus^,  vir  multaru 
linguarum,  antiquitatisque  peritifsiinus,  &=  medicus  longé  do- 
âîi/simus,  cui  quadrato,  legendum  exifliniat.) 

V.313  Surgit,  ^...(Cartnen  hoc perperâ  hue  reieâiû  arbitra- 
tur  Mariang.  quado  &  vnde  pendeat  nd  habet,  Qf  que  heic  de 
Dinocrate  archifeâlo,  &  ferreo  Arflnoes  flmulacro  dicuntur, 
cofudit  &  intercipit.) 

1  On  lit  à  la  fin  du  volume  une  petite  pièce  de  cinq  distiques  élégiaques, 
intitulée  «  loann.  Goropii  Becani,  de  D.  Anfonio  Theod.  Pulmanni 
opéra  rejlituto,  Epigramnta  ». 


ex  INTRODUCTION 

V.  327  ...hitniili pede...  (Planus  pes  ejl  area  :  humilis  pes  ejî 
locus  cuius  area  humilis  ejî.  Tiirneh.  lib.  XXI.  cap.  XXI.) 

V.  337  Qtiid  qiiœ...  (Thennaruni  &=  balnearum  fudationes  fie 
veteres  œdificabant ,  vtper  te6loria  earum  tuhi  ejjent  caiii  undiq; 
per  qiios  ex  hypocaufio  erraret  flamina,  ô=  omnia  latera  caleface- 
ret.  Turneh.  lib.  XXIJ.  ca.  XX].) 

V.  367  ...mole  Sarautis...  (la  note  déjà  citée,  page  Cil). 

V.  368  Torta...  (Torta,  ex  editione  Afioenftana  ad  orâ  libri 
exprejfum,  heic  repofuimiis .  C.  G.  &  vulgati,  Tota.  alij ,  Terra, 
malè.) 

V.  380  ...Romcéque  tuere...(C .  Roinetenuere.  Ver/us  hic,  inquît 
Mariang.  ni  defint  aliqui,  huiits  faite  loci  no  videtur.  pojfit  ejje 
Jpurins.) 

V.  397  ...tenuique  aptas...  (M.  tenui  cœptas). 

V.  423  ...nigruin...  (Ita  C.  &  G.  Nicrumfuper,  <&=  Liipodii- 
imm,  legit  Rhenanus  rernni  Germanicaruni  lib.  I.  loan. 
Heroldus  verô  in  cotnmëfariolo  de  Stationibiis  legionuvi  in  veteri 
Germania  cap.  XXIII.  legedum  contendit,  nigrû  fuper  & 
L?pontiim  ^ .) 

V.  462  ...fines...  (la  note  déjà  citée,  page  cviil). 

V.  468  ...Tarbelliciis...  (Sic  epifiol.  X.  Tarbellica  iam  tenet 
arua.  Lucantis  lib.  I.  Molliter  adinijfiini  claiidit  Tarbelliciis 
œqiior.  vulgati  Tarbellius.) 

V .  468  ...A turrus . . . (Ita Mariang.  A turnus,  Turneh .lib.X VIJ. 
cap.  IX.) 

Telle  est  cette  édition  de  Poelmann  :  tout  ce  qui  vient 
d'en  être  dit  prouve  que  c'est  une  œuvre  de  bonne  foi  où  se 
montre  la  conscience,  l'exactitude  de  l'éditeur  aussi  bien 
que  sa  grande  modestie.  Ces  qualités  se  manifestent  dans 
les  notes  marginales  où  Poelmann  rappelle  les  remarques 
et  les  corrections  de  ses  devanciers,  dans  celles  où  il  risque 
ses  propres  conjectures  et  enfin  dans  le  soin  qu'il  donne  à 
l'orthographe  :  de  ses  innovations  en  ce  sens  quelques- 
vmes  sont  très  bonnes,  d'autres  arbitraires  et  inutiles.  Pour 
ce  qui  est  du  texte  de  la  Moselle,  l'éditeur  de  1 568  a  eu 
la  bonne  fortune  de  posséder  deux  manuscrits,  dont  l'un, 
le  Gemblacensis,  qui  est  mis  aujourd'hui  au  nombre  des 
meilleurs,  n'avait  pas  encore  été  utilisé,  et  dont  l'autre  le 

■  Voir  la  citation  exacte  de  B.  Rhenanus,  p.  LXXXVIII. 


DEUXIÈME    PARTIE  CXI 

Coniclij  Liber,  sans  valoir  le  Sangallensis,  dont  il  semble 
procéder,  pouvait  cependant  donner  plus  complètement  les 
leçons  de  ce  ms.  (p.  ex.  mole  Sarmius)^  que  ne  le  faisait 
le  ms.  d'Humelberg,  extrait  lui  aussi,  d'après  Peiper,  du 
Sangallensis,  et  qui  aurait  servi  à  établir  le  texte  de 
VAscensiana.  Poelmann  a-t-il  su  user  de  ces  mss.?  Si  son 
excessive  réserve  l'a  empêché  d'introduire  dans  son  texte 
la  plupart  de  leurs  bonnes  leçons  qu'il  se  borne  à  donner 
en  marge,  cette  réserve  ne  nuit  qu'à  son  édition  même. 
Les  éditeurs  de  la  Moselle  qui  viendront  après  lui,  et  qui 
n'auront  plus  à  leur  disposition  les  mss.  qu'il  a  eus  entre 
les  mains,  trouveront  dans  les  marges  de  VAtisone  de  i  568 
nombre  de  bonnes  leçons  qu'ils  pourront  ainsi  faire  entrer 
dans  leur  texte. 

Poelmann  n'a  pas  procuré  d'autre  édition  d'Ausone  que 
celle  de  1568.  M.  Rooses  m'écrivait  qu'il  n'a  pas  rencontré 
une  édition  publiée  par  cet  érudit  en  1 567,  édition  citée  par 
Paquot  dans  ses  Mémoires  pour  servir  à  l'Histoire  litté- 
raire des  Pays-Bas  (tom.  XVI,  p.  343),  et  par  Ruelens,  dans 
les  Annales  Plantiniennes .  Je  suppose  que  si  M.  Rooses 
n'a  pu  trouver  cette  édition,  c'est  qvi'elle  n'existe  pas  plus 
que  la  prétendue  Lyonnaise  de  1557  :  comme  l'achevé  d'im- 
primer de  l'édition  de  Poelmann  est  de  novembre  i  567,  on 
aura  attribué  à  cette  édition  la  date  de  1 567  ;  et  comme  la 
première  page  porte  la  date  de  1568,  on  aura  vu  à  tort 
deux  éditions,  l'une  de  1567,  l'autre  de  1568,  alors  qu'il 
n'en  existe  qu'une,  imprimée  en   1567  et  pvxbliée  en  1568. 

Mais  si  Poelmann  n'a  fait  paraître  qu'une  seule  édition 
d'Ausone,  il  a  pensé,  après  1575,  à  en  donner  un  seconde, 
modifiée  d'après  les  résultats  acquis  par  les  Atisonianae 
Lectiones  et  le  premier  Ausone  de  Scaliger  :  le  Musaeima 
Plantin-Moretus  possède  en  effet  un  exemplaire  de  l'édition 
de  1568,  ayant  appartenu  à  Poelmann  lui-même  et  qui  est 
rempli  de  notes  et  de  corrections  de  sa  main  ;  ce  livre  était 
évidemment  destiné  à  servir  de  copie  pour  une  édition  nou- 


CXII  INTRODUCTION 

velle.  M.  Rooses  a  bien  voulu  me  communiquer  ce  précieux 
exemplaire,  dont  aucun  éditeur  d'Ausone  n'a  parlé. 

Voici  ce  que  le  dépouillement  que  j'en  ai  fait  donne 
d'intéressant  pour  le  texte  de  la  Moselle;  il  est  tout  d'abord 
incontestable  que  VAusone  en  question  a  appartenu  à 
Poelmann;  on  lit  au  verso  d'une  des  feuilles  de  ofarde  : 

Suni  Theodori  Pulntanni  Craneburgij . 

Au-dessous,  cette  note  : 

Digejîa     Scalig. 
Redaâîa  Piil. 

En  effet,  nous  constaterons  que  Poelmann  n'a  eu  que 
trop  souvent  la  malencontreuse  inspiration  d'emprunter  à 
Scaliger,  pour  les  faire  entrer  dans  ses  notes  ou  dans  son 
texte,  des  leçons  qui  ne  valent  pas  celles  de  l'édition  de 
1568.  C'est  après  la  publication  des  Ausoîiianae  Lectiones 
et  de  VAusone  lyonnais  de  1575,  et  en  grande  partie  sous 
l'influence  de  ces  deux  ouvrages  de  Scaliger,  que  Poelmann 
a  rédigé  les  notes  manuscrites  qui  nous  occupent.  Au-dessous 
des  «  Notae  Libroruni  »  qui  se  trouvent  dans  l'édition  de 
1568,  il  a  ajouté  l'indication  manuscrite  des  éditions  dont 
il  s'est  servi  ;  voici  la  liste  de  celles  qui  contiennent  le  texte 
de  la  Moselle  : 

S.  Aufoniiis  a  Stephano  Charpino  aii6ltts,  et  Lugdmii  apud 
loann.   Tornaejium  excufus,  anno  cIo.  lo.  LVIII. 

E.  Aufonius  ah  Elia  Vineto  cajîigatus,  et  Parijîis  apud  lacob. 
Keruer  imprejfus,  anno  cIo.  lo.  LI. 

D.  Aufonius  à  Gilberto  Ducherio  Vultone  etnaculatus,  quem 
Seb.  Gryphius  excudebat  anno  cIo.  lo.  LVIU^. 

Gr.  Aufonius  apud  Seb.  Gryphiuni  excufiis,  anno  cIo.  1j. 
XXXVII. 

A.  Aufonius  à  Hieronyino  Aleandro  re/iitutus,  quem  lod. 
Badins  Afcenjîus  imprimebat,  anno  cIo.  lo.  XVII. 

^  C'est  évidemment  une  erreur  de  copie,  au  lieu  de  1548.  —  Duchier 
ajoutait  en  effet  à  son  nom  celui  de  Vulto  ou  Vulton,  qui  était,  pense-t-on, 
le  nom  de  famille  de  sa  mère. 


DEUXIEME    PARTIE 


CXIII 


Poelmann  est  mort  en  1 582  \  c'est  sans  doute  peu  de  temps 
après  la  publication  de  VAtisone  lyonnais,  sous  le  coup  de 
l'admiration  qu'il  ressentait  pour  cette  édition  et  pour  les 
Lectiories,  en  tout  cas  avant  la  publication  du  second 
Axisone  de  Vinet  (1580),  dont  il  n'est  pas  question  dans  ce 
supplément  aux  «  Notae  Librortim»,  qu'il  ordonnait  les 
matériaux  d'une  nouvelle  édition,  corrigée  et  enrichie  de 
notes  plus  complètes  et  plus  développées  ;  dans  cette  édition, 
la  Mosella,  au  lieu  d'être  VEidyllium  IX,  comme  en  1568, 
devait  devenir  VEidyillium  X. 

Poelmann  emprunte  à  ses  mss.  de  nouvelles  variantes 
qu'il  inscrit  en  marge  : 


Vers 

84  Diffère  cœruleo  fliiitanti- 
.   bits  ainne  cateruis  (G). 

193  perfundit  reùîius  C.  G.  et 
Mariangelus  qiiam  pro- 
fiindit. 

198  la  note  de  1568  «  C.  G.con- 
fudit  »  est  effacée. 

218  qualis  G .  et  fie  Mariange- 
lus. 

224  Ita  C.  redigit,  vel  potins 
reddit  M.  rediit  G.  et 
libri  quidam  vulgati 
perperam. 

228  Jimilainine  G. 

242  defenfus fie  G. 
pifceis  G. 

248  conexa  C.  G. 

256  dexter  C.  G. 

277  graininafic  C.G. Marian- 
gelus, non  Pabula  ^ . 


Vers 

281   conuertere  G. 

306  Marge i fie  C.  et  G. 

307  Menecratos  C.  Aldus. 
316  chorus  C.  G. 

321  natura  C.  G. 

336  nitentia  C.  G. 

337  flutninea  C.  G. 
359  Erubrus  C.  G. 
361  celebratus  G. 

380  Rome  tenuere  C.G. 

387  fpeculator  G. 

397  tenuique  aptas.  Ita  C.G. 

413  reddat  C. 

429  nihil  C.  G. 

440  Latins  C.  G. 

468  nomine  C.  G. 

Tarbellus  C. 

Tarbellius  G. 

Aturrus  C  G.  et  Marian- 
gelus. 


Il  ne  semble  pas  que,  dans  ce  relevé  de  variantes, 
Poelmann  se  montre  rigoureusement  exact.  Celles  qu'il 
emprunte  à  son  Gemblacensis  se  retrouvent  en  général 
dans  le  Briixellensis  :  mais  ce  ms.  n'a  pas  qualis,  pifceis;  de 

^Allusion  à  une  note  d'Accurse,  que  j'ai  citée  p.  LXXIV. 


XV 


CXIV  INTRODUCTION 

plus  des  leçons  attribuées  au  seul  Cornelij  liber  se  trouvent 
aussi  dans  le  B  :  Menecratos,  rediiat.  Enfin,  si  réditeur 
de  1 56S  se  trompait,  au  dire  de  Schenkl,  en  attribuant  au 
Corneîij  liber,  reproduction  présumée  du  G,  la  leçon  confu- 
dit,  qui  ne  s'y  trouve  pas,  Poelmann,  dans  sa  re\"ision, 
commet  une  erreur  manifeste  en  enaçant  complètement  la 
mention  <  C.  G.  confuiiit»  :  si  l'on  peut  supposer  que  le 
CorneîiJ  liber,  que  nous  ne  connaissons  pas,  n'avait  point 
conptdif,  il  est  du  moins  permis  d'affirmer  que  cette  leçon 
se  trouve  dans  le  Gemblacensis  que  nous  connaissons. 

Les  variantes  tirées  du  CorneîiJ  liber  montrent  que  ce 
ms.  s'éloigne  du  Sangallensis  d'une  manière  encore  plus 
sensible  que  l'édition  de  1 56S  ne  permettait  de  le  supposer  : 
le  Sangallensis  n'a  pas  Erubrus,  Tarbellits,  mais  il  a 
celebrafits,  comme  le  Bntxellensis. 

Poelmann  fait  entrer  dans  son  texte  revisé  quelques 
bonnes  leçons  de  ses  mss.  que  l'édition  de  1 56S  se  conten- 
tait de  citer  en  marge  : 

V.  317  Affiiitamqtie. 

V.  365  Drahonum. 

V.  30S  veteresque  illujirat. 

Il  admet  quelques  corrections  et  modifie  surtout  l'ortho- 
graphe de  son  édition  : 

V.  39  cùm,  au  lieu  de  cm  m. 

V.  4S.  55  et  363  leuia,  au  lieu  de  h^uia. 

V.  S4  jîuiùtnù-is,  au  lieu  dtjtin'tantibus.  Enmarge  :  Aldiediiio, 
fluitanteis.  Gr.  fluifanies.  (h' Errata  de  l'édition  de  15ÔS  avait 
jiuitâtes.) 

V.  S6  prcetenero,  au  lieu  de  prœ  tenero. 

V.  123  hic,  au  lieu  de  heic.  Cette  correction  était  nécessaire, 
puisque  nous  avons  déjà  remarqué  (.page  cvil)  qu'il  faut  ici  le 
pronom  démonstratif  et  non  l'adverbe  de  lieu. 

V.  129  nec  dum  au  lieu  de  necdum. 

V.  256  Dextera  au  lieu  de  Dextra.  En  maige  :  dextera  Aid. 
dexter  C.  G.  (L'Errata  de  l'édition  de  15ÔS  avait  déjà  dextera.) 

V.  306  et  307  Poelmann  corrige  hic  en  heic. 

V.  354  Xamque,  au  lieu  de  Xanqtte. 


DErXlÊME    PAETIE 


crr 


Il  écrit  par  ^£,  an  commencfiment  des  vas,  toiis  les  mos 
qn'H  ècrivaix  par  Ae  su  ::s.  ^guora.  ^quor, 

jEtÊntla  >.  Ct  ciiaDgemsiu  s:si  xct^iqut.,  puisque  le  texte  de 
156S  adxQst  toujours,  dans  les  minuscule?  œ  et  jamais  ae. 
D":  -.  en  tr — —" :  comme  i.  le  iai:  '-    -•— ocière  jE,, 

Po^ . :.    se    ^    -      r:ie    à    Tusair-    de    I  -  _  .    :.    de   Sca- 

ligsr. 

Cesî  éi^alemen:  Tinfiuence  de  rédinom  de  ScaUfrer  qui 
amène  tm  certain  -   de  modincarions  dans  l'artho- 


V.  »i2 


- 141 .  au  lien  de  cenoaue. 


V.  J36  AciiFo,  ac  lise  de 


CE  marge 
Setmqfa..} 


n... 


:»i. 


lisPochnanr  --n n» hm- 

^.    1.2.  fcC 


.  tiiiliitiliL  r-»:'r;'  iij     ;iii 


..  en 


:^  reror-ji:  des  majusculss  et  des  mTnn=tf:nleB  : 


'  _u-  Eôt:- 

11  ZfenA. 

i-^  et  222  5  . 
45-   -\ 


Ci-  ■ 
ttétti, 
T' 

fol. 


C-'?   V' jj- ,,/ti7.r    rr    J-    ;. 


àt  i36Sk.  H  écrit  Cr^paUa 

I  r.  40~  i.  aJors  que  n  de  1 5b^  et  Scali^^er  caa. Cj 

et  .  .  ïi  écrit  : 

tu  \2^   2i^  27^.  2> 


dé  Scp.liger  qn^il  i     .        zeJz.  -i- 
en  alinéas  qn'il  indique  axLx  vers  4À,  X2,  S5,  »  50.  240,  2- 


CXVI 


INTRODUCTION 


3495  38 1 5  418  i  et  un  certain  nombre  de  changements  dans 
la  ponctuation  : 


Vers  Édition  de  Poelhann. 

42  natitœ, 
44  méat  us. 
51   opiis, 
56  habens, 
58  venti. 

63  meatn, 

64  fundo, 
66  liicetque 
68   Jo^a, 
85  arenas 
94  Liberior, 

1 13  pinguefcis, 

126  hamis? 

133  ieré-s 

148  tamen 

151   cateruaSj 

196  viteis, 
207  Pojîhabet, 
218  Naiiniachiœ, 
264  treniores, 
271  animas, 
300  aliter 
329  ^e(5?o. 
356  fluentis. 

361  pifcibus 

362  rotatu  : 
370  Aoc 

378  pulfa  oro 

379  lingiiœ  : 
391  chelyn 
394  honos, 

404  Quinâîiliani: 

410  noinine, 

41 1  primis, 
422  tyiumphos. 

430  fratremfamcefecurus 
438  e^o . . .  gentem 
445  ^e^o; 
456  Addam, 
478  Flumina, 


Notes  manuscrites  de  Poelmann. 

meatiis  ? 

opus  : 

habens. 

venti  : 

meatu  : 
fundo. 

lucetque, 

Tôt  a 

arenas,  (Seal,  harenas,) 

Liberior 

pinguefcis  : 

hamis, 

teres, 

tamen, 

cateruas. 

viteis  :  (Seal.  i/îYes  ;) 

Pojîhabet: 

Naiimachiœ: 

tremores. 

animas  : 

aliger, 

teSîo, 
fluentis  : 
pifcibus  : 
rotatu, 
hoc, 

pulfa,  oro, 
linguce 
chelyn, 
honos : 

Quinâîiliani(Scal.Qitint...) 
nomine  : 
primis. 
trinniphos, 

fratem,  famœ  feciirus , 
ego,...  gentem, 
peto. 
Addam 
Flumina  : 


DEUXIÈME    PARTIE  CXVII 

Poelmann  fait  d'ailleurs  d'autres  changements  dans  la 
ponctuation  de  son  édition  de  1568-,  il  se  sépare,  le  plus 
souvent  avec  raison,  du  texte  de  Scaliger  : 


Vers  Èdiliou  de  Poelmann. 

36  Cogeris,  (Scal.  Cogeris.) 

50  defpe6lis    qiice    cenfus    (Scal. 
defpeClis,  qicœ  cenfus) 

57  aër  :  (Scal.  id.) 

60  fliienti  :  (Scal.  id.) 

67  inu/cuin  (Scal.  id.) 

80  fas,  (Scal.  id.) 

92  pilis:  (Scal.  id.) 
1 12  fucus,  (Scal.  id.) 
116  dignande,  fnarinis  (Scal.  id.) 
133  aluo  :  (Scal.  id.) 
137  reor,  (Scal.  reor.) 
199  Collis  (Scal.  id.) 
256  puer,  (Scal.  puer.) 
260  diei.  (Scal.  id.) 
263  plaufus,  (Scal.  plaufus.) 
265  riôius,  (Scal.  riâîus.) 
268  ventos  (Scal.  id.) 
301  Euboicœ,  (Scal.  Euboicœ.) 
307  artes  :  (Scal.  id.) 
321  faxi,  (Scal.  faxi.) 
352  amnes,  (Scal.  amnes?) 
356  Sura  (Scal.  id.) 
398  Percurrent; (Scal. Percurrent.) 
401  rets,  (Scal.  reis.) 
429  hahet,  (Scal.  Jiabet.) 
445  ciffeGîo,  (Scal.  affeôlo.) 
473  foluis.  (Scal.  foluis :) 


Notes  manuscrites  de  Poelmann. 

Cogeris  : 

defpeôîis,  quœ  cenfus, 

aër, 

fluenti, 

mitfcum, 

fas  : 
pilis, 
fucus  : 

dignande  marinis, 
aluo, 
reor  : 
Collis, 
puer  : 
diei, 
plaufus  : 
riâîus  : 
ventos, 
Euboicœ  : 
artes; 
faxi  : 
atnnes  : 
Sura, 

Percurrent : 
reis  : 
habet  : 
affeâîo  : 
foluis, 


Si  Poelmann  se  sépare  quelquefois  de  Scaliger  pour  la 
ponctuation,  il  adopte  presque  toujours  ses  corrections. 
C'est  sans  doute  pour  conformer  l'édition  qu'il  prépare  à 
celle  de  1575  qu'il  fait  de  la  Mosella  VEidyllium  X,  alors 
qu'elle  était,  en  1568,  VEidyllium  IX. 

V.  27  il  change  ATawz^e^  en  A'auï^er,  en  s'appuyant  sur  l'autorité 
de  Scahger  qu'il  cite  en  marge.  (J'ai  fait  remarquer,  note  de  la 
p.  civ,  que  cette  correction  se  trouve  déjà  dans  l'iirra/a  de  1568.) 


CXVIII  INTRODUCTION 

V.  65  il  change  Vf  que  en  Vtque,  cédant  sans  doute  à  la  même 
autorité,  supérieure  pour  lui  à  celle  des  mss.,  cités  en  marge,  sur 
lesquels  il  se  fondait  en  1568. 

V.  130  il  abandonne  Sario  pour  Fario  (en  marge  Fario  Gr., 
et  la  phrase  des  Lecîiones  I,  3,  qui  justifie  cette  leçon). 

V.  206  il  admet  dans  son  texte  la  correction  y^ecfïa^  trayijire, 
dein,  que  Scaliger  propose  dans  ses  Lecîiones,  mais  ne  fait  pas 
entrer  dans  son  édition. 

V.  207  il  écrit  excluait,  comme  Scaliger.  (En  marge,  excludit, 
Scaliger.) 

V.  237  il  renonce  à  la  leçon  de  ses  mss.  pour  écrire,  comme 
Scaliger,  Vibratis  cœptat. 

V.  242  à  l'appui  de  la  leçon  defenfus...  pifcis,  qu'il  conserve, 
il  donne  comme  argument  que  c'est  aussi  celle  de  Scaliger. 

V.  290  il  adopte  la  correction  de  Scaliger,  Magni. 

V.  306  les  railleries  que  Scaliger  a  prodiguées  à  sa  correction 
Marci  (voir  COMMENTAIRE,  p.  89)  lui  font  effacer  la  note  où  il 
l'indiquait. 

V.  361  il  adopte  les  deux  corrections  de  l'édition  de  Scaliger 
Gelbis  et  celebratus,  en  faisant  remarquer  que  la  première  appar- 
tient aussi  à  Bois  (Gelbis,  Chryfanthius  Bois  et  Scaliger,  redle), 
et  que  la  seconde  est  confirmée  parle  Gemblacensis  (celebratus  G). 

V.  368  il  trouve  vm  nouvel  argument  pour  la  valeur  de  la  leçon 
Torta,  dans  ce  fait  que  Scaliger  l'adopte  :  <;  Tota  C.  G.  Torta  ad 
oram  A.  Quo  modo  récitât  Rob.  Cjenalis  de  Re  Gallica,  lib.  II, 
Perioche  III;  quam  leclionem  Gifanius  in  colledaneis  in  Lucre- 
tium  comprobat.  Terra  quidam  libri  vulgati,male.  Torta  Scaliger.» 

V.  380  il  conserve  la  leçon  Roniœqiie  tuere,  en  s'autorisant  de 
l'exemple  de  Scaliger;  de  même  pour  la  leçon  c?z7afaZaîf(ie(v.  415). 

V.  423  c'est  l'exemple  de  Scaliger  qui  l'amène  à  admettre 
Nicruin  fuper  et  Lnpodiinum.  Il  rectifie  en  marge  le  texte  de  la 
note  concernant  B.  Rhenanus,  qui  se  trouve  dans  l'édition  de 
1568^  :  «Lupondum  legit  Rhenanus  rerum  Germanicarum  lib.  I. 
Eft  autem  Lupondum,  fiue  Lupodunura  aut  Luponum,  arx  quas 
hodie  Lupflf  dicitur.  » 

V.  438  il  adopte  la  correction  Fw^/ca  qu'il  attribue  à  Scaliger; 
mais  il  note  en  marge  Vibifca  Gr.  L'édition  de  Gr3-phe  de  1537  a 
uiuifica.  La  note  de  Poelmann  «  Viuifca  Seal,  primo,  Vibifca  Gr.  ■>■> 
signifierait-elle  que  Scaliger,  qui  écrit,  d'abord,  dans  ses  Leâiiones, 
Viuifca,  écrit  ensviite  Vibifca  dans  son  édition  publiée  par  Gr^^he, 
en  1575?  Je  le  croirais  volontiers;  mais,  en  ce  cas,  Poelmann 
aurait  commis  une  erreur,  car  on  lit  dans  l'édition  de  1 575  ViviscA. 

•  Voir  p.  ex,  lignes  15-19. 


DEUXIEME    PARTIE  CXIX 

V.  439  il  remplace  non  par  niinc  pour  se  conformer  au  texte 
de  Scaliger.  Il  écrit  en  marge  «nunc  ad  oram  E.». 

V.  450  au  lieu  de  nati  niea  niaxinia  cura  Fafcibus,  il  écrit  (à 
l'imitation  de  Scaliger,  qui  a  natus,  mea  maxima  cura,  Fajcibus)^ 
gnattis,  mea  maxima  cura,  Fafcibus. 

V.  462  il  avait  dans  son  texte  de  1568  Gallis  Belgifque  inter- 
Jita  fines,  et  il  faisait  remarquer  en  note  :  «  In  lexico  poetico,  in 
vocabulo  Matrona  legitur  Gallos  Belgosq;  interfita  fines.  »  L'édi- 
tion de  Scaliger  admet  cette  leçon  incorrecte,  puisqu'il  faudrait 
Belgas  ou  Belgicos,  Belgus  semblant  ne  pas  se  trouver  en  latin. 
C'est  sans  doute  à  la  citation  marginale  de  l'édition  de  1568  que 
Scaliger  emprunte  cette  mauvaise  leçon;  et  l'autorité  de  Scaliger 
fait  que  Poelmann  reçoit  à  son  tour  dans  son  texte  la  leçon  du 
Lexique  poétique  qu'il  ne  donnait  en  1568  qu'à  titre  de  document. 

V.  464  et  481  il  admet  les  corrections  de  Scaliger,  Concèdes 
et  Dextrce. 

Quand  Poelmann  admet  un  autre  texte  que  celui  de 
Scaliger,  il  met  en  marge  la  variante  qu'il  n'accepte  pas. 
S'il  conserve  v.  1 1  Nhwmagu^n,  alors  que  l'édition  de 
Scaliger  a  Noiiomagum,  c'est  que  «  Seal,  in  annot.  [Leâ. 
Aus.  I,  i]  Nhtomaguin  notât».  V.  45,  il  conserve  liniige- 
nis,  malgré  l'autorité  de  Scaliger  :  «Non  limigeris  vt 
Scaliger  et  vulgati.  »  V.  107,  il  conserve  Mufiela,  mais  il 
note  en  marge  :  «  Seal.  Miifiella.  »  V.  331,  il  maintient  la 
leçon  confepto,  mais  il  écrit  en  marge  :  «  concepto  Seal, 
infrà  356  interceptis  fluentis .  »  V.  359,  il  conserve  Gelbis, 
parce  que  Scaliger  l'admet  dans  son  texte,  mais  il  met  en 
marge  «  Celbis  Seal.  1,2,  hodie  Kelh.  »  Au  même  vers,  il 
conserve  aussi  Eriibrus,  pour  la  même  raison,  et  il  met  en 
marge  :  «  Ertibris  Gr.  et  Aldi  editio.  Erubris  Seal.  I,  2.  » 
Poelmann  cite  même  des  leçons  de  Scaliger  qui  semblent 
inadmissibles  et  qui  doivent  être  des  fautes  d'impression  : 

V.  69  nuda  Seal.  maie. 

V.  225  fréquentent  Seal,  maie,  nam  alternant,  ftatim  feqimntur. 

V.  388  qiiœ  illuftrat  Seal.;  qui  ilhifirat  Aid. 

Poelmann  pensait  enrichir  sa  nouvelle  édition  d'un  certain 
nombre  de  courtes  notes  explicatives,  dont  beaucoup  sont 


CXX  INTRODUCTION 

empruntées  aux  Ausonianae  Lectiones,  p.  ex.  v.  1 03  :  «Voca- 
tiuus  pro  nominatiuo  incorruptus.  Seal.  I,  1 1 .  »  Beaucoup 
aussi  sont  empruntées  à  Accurse  :  je  ne  les  cite  pas,  car  on 
les  trouve  dans  l'édition  de  Tollius,  à  l'exception  cependant 
d'un  passage  où  Accurse  dit  que  les  v.  418-420  lui  semblent 
ne  pas  être  à  leur  place  :  on  sait  en  effet  qu' Accurse  n'a  pas 
eu  de  mss.  de  la  Moselle  à  sa  disposition  %  et  que  dans  les 
éditions  d'Ugolet  et  d'Avantius,  les  seules  qu'il  connût, 
ces  trois  vers  sont  placés  entre  les  v.  445  et  446.  Juste  en 
elle-même,  l'observation  d' Accurse  eût  été  fausse,  transcrite 
dans  l'édition  de  Poelmann,  en  face  des  v.  418-420  qui  y 
occupent  leur  place  légitime. —  A  ces  notes  de  Scaliger  et 
d'Accurse  s'en  joignent  d'autres  de  divers  critiques.  V.  19, 
une  conjecture,  que  Canterus  propose  à  la  place  d'omnia, 
est  indiquée  :  «  Omina  Canterus  Emendatorum  locorum 
Ciceronis  lib.  II,  Epift.  XVJI.  »  Poelmann  adopte  même 
dans  son  texte  une  conjecture  de  Daurat,  v.  316  :  «Cous 
Achates,  Auratus  telle  Cantero  legit.  »  Cette  correction 
ingénieuse  serait  acceptable  si  l'île  de  Cos  eût  été  célèbre 
pour  ses  pierres  précieuses  comme  elle  l'était  pour  son  vin  et 
ses  tissus.  Poelmann  n'ajoute  rien  aux  notes  tirées  de  Tur- 
nèbe,  mais  il  rectifie  des  indications  inexactes  :  il  renvoyait 
(v.  95)  au  lib. XXII,  cap. XXI  des  Adversaria\^\  il  corrige 
et  écrit  cap.  XXII.  Il  pousse  le  scrupule  de  l'exactitude  à 
ses  dernières  limites  :  alors  qu'il  désignait  d'ordinaire  par 
des  chiffres  romains  le  numéro  du  livre  et  du  chapitre  cités 
de  Turnèbe,  il  avait  laissé  imprimer,  dans  la  note  au  v.  2 1  r , 
lib.  18,  cap.  5:  une  correction  manuscrite  rétablit  lib.  XVIII, 
cap.  V.  Il  rétablit  de  même  Gualthero  au  lieu  de  Gttaltero, 
faute  d'impression  dans  la  note  du  v.  365.  On  avait  imprimé, 
en  1568,  dans  la  note  au  v.  218:  «M qîialis,  vt  ad  nauma- 
chiam  referatur.  »  Le  minutieux  reviseur  a  soin  d'ajouter  à 
la  plume  le  point  qui  manque  après  M:  «ilf.  qiialis,  etc.^'». 

^  Voir  p.  LXXIII. 

V  Voir  p.  CIX,  ligne  ii. 

V  Voir  p.  CIX,  ligne  16;  p.  GII,  ligne  25;  p.  CIX,  ligne  19. 


DEUXIEME    PARTIE  CXXI 

Poelmann  n'ajoute  que  peu  de  notes  explicatives,  qui  lui 
appartiennent  ;  elles  sont  peu  importantes  v.  i  Nattant, 
die  Nahe;  v.  1 1  Niiiomagitni,  Neumagen,  etc.  Il  donne  sur 
les  poissons  quelques  renseignements  qvii  sont  complétés 
par  une  liste  générale  des  poissons  d'Ausone  avec  leurs 
noms  allemands,  rédigée  surtout  d'après  les  indications  de 
Scaliger  et  écrite  sur  une  des  pages  de  garde  du  volume.  Trois 
de  ces  notes  ont  seules  quelque  importance.  V.  69,  chan- 
geant coraZ/m  en  coralia,  il  justifie  ainsi  cette  correction: 
«Sic  Claud.  in  nupt.  Honorij  et  Mariae  :  Mergit  fe  fubito 
vellitque  coralia  Dotho.  [v.  179.]  Ouid.  XV  Met.  primam 
producit  et  fecundam  corripit  :  Sic  et  coralium  quo  primum 
contigit  auras  tempore  durefcit.  [v.  416].  Item  Virg.  Ciri. 
Coralio  fragili  ac  eledlro  lacrymofo.  [v.  434.]»  Dans  une 
note  au  v.  80,  il  commet  une  erreur  :  «  Aut  pro  haut  C.  G. 
more  antique.»  Haut  est  une  autre  forme  de  haud :  jamais 
haut  n'a  été  une  forme  archaïque  de  la  conjonction  aut. 
Enfin,  V.  312,11  ajoute  dans  le  texte  même  l'indication  de  la 
quantité  cuï  ïii,  et  il  écrit  en  marge  cïu.  Il  fait  donc  de  cui 
un  mot  de  deux  syllabes  brèves  dont  la  dernière  ne  s'élide 
pas  devant  in. 

Telles  sont  les  notes  manuscrites  ajoutées  par  Poelmann 
à  son  texte  de  1568  :  si  VAtisone  qu'il  préparait  avait  paru, 
la  première  édition  variorttni  de  notre  poète  aurait  été 
donnée  près  d'un  siècle  avant  celle  de  ToUius.  L'apparition 
en  1 580  du  texte  de  Vinet,  suivi  du  Commentarius  a-t-elle 
détourné  Poelmann  de  publier  son  édition?  En  tout  cas,  les 
deux  ouvrages  n'auraient  pas  fait  double  emploi  :  les  notes 
de  l'éditeur  d'Anvers  seraient  toujours  restées  utiles  à  côté 
du  commentaire  perpétuel  de  Vinet, 

Une  dernière  question  se  pose  à  propos  des  mss.  dont 
Poelmann  s'est  servi  :  qu'est  devenu  le  Cornelij  liber  ajiti- 
quus?  La  lecture  d'un  passage  des  Adversaria  de  Barth 
(lib.  XIII,  cap.  III)  pourrait  faire  croire  que  cet  érudit  a  eu 
en  sa  possession  les  mss.  de  Poelmann  :  «Cum  Mofellam 
Aufonianam  commentatur  Elias  Vinetus,  doélus  &  probiiïï- 

XVI 


CXXII  INTRODUCTION 

mus  homo,  magnoperè  dolet  animo,  nuUos  vidiffe  luculen- 
tiffimi  illius  Poëmatis  libros  calamo  exaratos.  Ego  qui  duos 
trefve  manu  Pulmani  (sic),  laboriofi  in  talibus  &  accurati 
viri,  collatos  emerim  in  Belgio,  variantibus  ex  iis  fcripturis 
fatisfacere  fortaffis  ftudiofis  egregij  Poetae  potero...  Illud 
verô  dubium  me  habet  aélumne  agam  an  agendum  cùm  in 
Catalogis  librorum  Plantinianis  typis  editorum  offendam 
Aufonium  Pulmanni,  anne  ille  more  fuo  ei  editioni  lecftiones 
iftas  appinxerit?  nam  ipfam  nullo  pretio  &  ftudio  indi- 
pifci  poffum...  Exemplaria  manu  exarata  his  nominibus  à 
Theodoro  noftro  cenfentur.  Gemblacenfe  continens  Mofel- 
lam,  XII.  Cœfares  &  totidem  labores  Herculis.  Cornelij 
Cnialteri  (sic)  Codex  continens  folam  Mofellam.»  Il  est 
curieux  que  Barth  ait  pu  se  procurer  des  manuscrits  de 
Poelmann,  alors  que  l'édition  a  été  introuvable  pour  lui. 
Mais  que  faut-il  entendre  par  ces  «  libros  calamo  exaratos... 
manu  Pulmanni...  collatos»? 

Il  ne  s'agit  pas  des  mss.  eux-mêmes  :  car,  si  Ton  ne  sait 
rien  du  liber  Cornelij ,  on  sait  du  moins  que  le  Geinbla- 
censis  n'a  quitté  le  monastère  de  Gembloux  que  pour  la 
Bibliothèque  royale  de  Bruxelles.  Barth  n'a  pas  sans  doute 
acheté  le  liber  Cornelij  plus  que  le  Gemblacensis,  lequel 
n'a  pas  été  en  la  possession  de  Poelmann.  Celui-ci  avait  la 
coutume  d'annoter  minutieusement  sur  des  éditions  impri- 
mées les  variantes  des  mss.  qu'il  consultait.  La  Bibliothèque 
royale  de  Bruxelles  possède  un  Prudence  interfolié  où  se 
trouvent  les  matériaux  de  l'édition  plantinienne  de  i  564  : 
M.  Ruelens,  le  savant  conservateur  des  mss.  de  la  Biblio- 
thèque de  Bruxelles,  à  l'obligeance  duqvael  je  dois  ces 
renseignements,  pense,  en  conséquence,  que  les  collations 
de  mss.  dont  parle  Barth  sont  des  exemplaires  imprimés  où 
Poelmann  avait  réuni,  en  vue  de  son  édition,  les  variantes 
des  mss.  qu'il  avait  pu  avoir  entre  les  mains.  Ce  devait  être 
sur  des  exemplaires  de  la  Lyonnaise  de  i  558,  dont  il  suit  le 
texte  le  plus  souvent,  que  Poelmann  avait  fait,  avant  1 567, 
ce  travail  de  collation   semblable  à  celui  qu'il  fit,   après 


DEUXIEME    PARTIE  CXXIII 

1575,  dans  les  marges  de  l'exemplaire  de  sa  propre  édition 
que  je  viens  d'étudier. 

L'indication  de  Barth  ne  peut  donc  nous  rien  apprendre 
sur  la  destinée  du  liber  CorneUj  :  ce  ms.  ne  se  trouve  ni  à 
la  Bibliothèque  de  Bruxelles  où  est  conservé  le  Gembla- 
censis,  ni  au  musée  Plantin  d'Anvers,  où  l'on  a  recueilli 
tout  ce  que  Ton  a  pu  retrouver  des  papiers  de  Poelmann. 


VI 

L'établissement  du  texte  vulgaire. 


LES   ÉDITIONS    DE    SCALIGER   ET   DE    VINET  (1575-1612). 

LES  AUSONIANAE  LECTIONES  DE   SCALIGER  (1573) 

ET   LE   COMMENTARIVS  DE   VINET  (1580). 

Les  éditions  bordelaises  de  Vinet  et  les  éditions  de  Scaliger 
suivent  de  près  celles  de  Poelmann  dont  elles  ont  profité. 
Vinet  et  Scaliger  ont  publié  leurs  Ausones  à  peu  près  en 
même  temps  :  le  premier  Atisone  de  Scaliger  est  même  beau- 
coup celui  de  Vinet.  L'érudit  Saintongeais  «  diligent IJ/iimis 
Vinetiis  »,  comme  l'appelle  N.  Heinsius  {Adversar.,  p.  352), 
était  modeste  et  réservé  ;  il  n'avançait  que  ce  dont  il  était 
sûr,  il  ne  donnait  comme  sien  que  ce  qu'il  avait  découvert, 
il  osait  rarement  affirmer  d'une  manière  absolue.  La  mau- 
vaise fortune  s'acharnait  après  lui  :  au  milieu  des  troubles 
qui  désolent  la  Guyenne,  le  papier  manque  à  son  imprimeur, 
qui  ne  peut  en  faire  venir;  impossible  de  mettre  sous  presse 
les  Commentaires  qui  devaient  accompagner  le  texte 
d'Ausone;  pendent  opéra  interrupta... 

Pendant  ce  temps,  Scaliger  avait  tous  les  bonheurs  comme 
toutes  les  impudences.  Son  père,  Jules-César,  fils  lui-même 
du  miniaturiste  Bordoni,  prétendait  descendre  de  la  noble 
maison  délia  Scala,  dont  il  latinisait  le  nom  pour  se 
l'approprier,  larron  de  noblesse  en  même  temps  que  pédant. 


CXXIV  INTRODUCTION 

Digne  fils  de  Jules  César,  Joseph  qui  devait  disserter  de 
vehtstate  gentis  Scaligerae,  introduit  dans  la  philologie 
des  manières  de  hobereau  spadassin.  Comme  les  bravi,  ses 
contemporains,  tranchaient  d'un  coup  de  rapière  les  nez 
trop  longs  ou  les  oreilles  qui  leur  déplaisaient,  Joseph 
Scaliger  estropie  les  textes  anciens,  vrais  manants  qui  n'en 
peuvent  mais.  Rien  de  commun  entre  lui  et  le  charitable 
Aleander  qui,  au  dire  de  Badius  Ascensius,  avait  rendu  à 
Ausone  mutilé  par  le  temps,  son  nez,  ses  ongles,  ses  cheveux, 
sa  tête  même  et  ses  pieds ^.  Scaliger  exécute  sans  appel  : 
il  faut  lire  ce  vers  de  telle  manière,  celui-là  de  telle  autre. 
Sic  volo,  sic  iubeo  :  sit  pro  ratione  voluntas.  Le  fameux 
limae  lahor  et  mora  lui  est  inconnu.  Il  prend  Dieu  à  témoin 
qu'il  n'a  pas  mis  un  mois  entier  à  préparer  une  édition  de 
Catulle,  Tibulle  et  Properce  ^^.  A  la  vérité,  comme  M.  Plessis 
le  fait  spirituellement  remarquer,  «  en  disant  que  c'est 
l'œuvre  de  moins  d'un  mois,  il  ne  ment  pas  si  l'on  veut, 
mais  il  trompe»^',  car  ses  notes  sont  toutes  prêtes  et  il 
n'a  qu'à  les  rédiger.  Il  ne  ment  pas,  mais  il  trompe,  c'est 
l'appréciation  la  plus  indulgente  qu'on  puisse  faire  de  l'édi- 
teur d' Ausone  aussi  bien  que  de  celui  de  Catulle. 

D'ailleurs,  comme  Scaliger  est  très  sagace,  très  audacieux, 
comme  la  fortune  sourit  aux  audacieux,  comme  la  sagacité 
est  souvent  heureuse,  quand  elle  ne  s'embarrasse  d'aucun 
scrupule  bourgeois,  le  philologue  spadassin  a  fréquemment 
de  jolis  coups  d'épée.  Il  n'est  pas  de  nœud  gordien  qu'il 
ne  tranche,  quelquefois  avec  habileté,  alors  que  l'honnête 
patience  de  Vinet  se  consume  en  efforts  consciencieux,  trop 
souvent  sans  succès.  Mais  Vinet  met  loyalement  en  lumière 
toutes  les  difiicultés  de  la  question,  nous  indique  dans  quel 
sens  on  doit  essayer  de  la  résoudre,  et  donne  à  ceux  qui 
viendront  après  lui  de  précieux  éléments  pour  arriver  à  la 

^  Voir  la  préface  de  l'Ascensiana,  reproduite  p.  XLIII. 
•^  Paris,  1577,  page  3  de  la  Préface. 

^3  Etudes  sur  Properce,  V&rïs,  1884,  p.  55,  note  2.  Voir  les  passages  con- 
sacrés par  M.  Plessis  aux  éditions  de  Properce  que  Scaliger  a  procurées. 


DEUXIEME    PARTIE  CXXV 

solution.  Scaliger  impose  sa  volonté  :  telle  est  l'explication 
qu'il  donne  ;  c'est  la  seule  bonne. . .  Il  a  parfois  raison,  surtout 
quand  la  solution  qu'il  présente  comme  sienne  est  de  quelque 
prédécesseur.  L'édition  de  Properce  donnée  par  Scaliger 
est,  dit  encore  M.  Plessis,  «  féconde  en  résultats  presque  tous 
détestables  ».  S'il  a  fait  moins  de  mal  au  texte  d'Ausone 
qu'à  celui  de  Properce,  c'est  que,  pour  Ausone,  il  a  pu 
emprunter,  sans  l'avouer,  beaucoup  de  découvertes  de  Vinet 
qui  étaient  bonnes. 

Scaliger  a  eu  souvent  des  affaires  avec  ses  contempo- 
rains :  aujourd'hui  l'érudition  allemande  s'incline  devant  sa 
science.  Pour  ce  qui  est  de  la  Moselle  en  particulier,  comme 
on  ne  prête  qu'aux  riches,  les  derniers  éditeurs  allemands 
d'Ausone  s'empressent  d'attribuer  à  Scaliger  bien  des  cor- 
rections qui  ne  sont  pas  de  lui.  Nous  avons  vu,  par  exemple, 
que  Menecratis  (v.  307)  est  une  correction  de  l'édition 
parisienne  de  Vinet  "^  :  Schenkl  et  Peiper  l'attribuent  à 
Scaliger  et  nous  verrons  qu'ils  lui  font  honneur  de  bien 
d'autres,  qui  ne  lui  appartiennent  pas  davantage. 

Qu'on  ne  s'étonne  pas  de  l'engouement  germanique  pour 
Scaliger  :  les  érudits  allemands  ont  à  peu  près  ses  habitudes 
de  critique,  avec  la  finesse  en  moins.  Il  y  a  une  curieuse 
affinité  entre  le  ton  dogmatique  et  tranchant  de  Scaliger 
et  celui  de  tels  savants  hommes  d'Outre-Rhin  qu'il  n'est 
pas  besoin  de  nommer.  En  1882,  M.  Dezeimeris  disait  à 
propos  de  la  confusion  que  Scaliger  a  réussi  à  établir  entre 
sa  propre  part  et  la  part  de  Vinet  dans  l'établissement  du 
texte  d'Ausone  :  «  En  somme,  pour  bien  distinguer  en  cette 
œuvre  philologique  ce  qui  revient  à  chacun,  il  faut  regarder 
de  très  près,  et  je  crois  que  Vinet  n'a  rien  à  perdre  à  une 
enquête  scrupuleuse  de  cette  nature  ^^  »  Dans  une  note  de 
la  préface  de  son  édition  d'Ausone,  Peiper  s'exprime  ainsi  : 
«  Quelles  sont  les  corrections  de  Scaliger,  quelles  sont  celles 
de  Vinet,  je  n'ai  pu  en  faire  le  départ  aussi  soigneusement 


^  Voir  p.  LXXXVI. 
*i-  A  propos  d'un  Ma 


nuscrit...,  etc.,  p.  7,  note  2. 


CXXVI  INTRODUCTION 

que  M.  Dezeimeris  le  demandait  et  que  je  le  voulais  moi- 
même,  n'ayant  pu  user  que  de  l'édition  de  Vinet  commencée 
d'imprimer  par  Millanges  en  i  575  ^  »•  La  défaite  est  jolie! 
Peiper,  qui  a  pu  collationner  les  manuscrits  et  se  procurer 
des  éditions  plus  rares  que  celles  de  Vinet,  aurait  pu  facile- 
ment, s'il  l'avait  voulu,  faire  collationner  l'édition  parisienne 
de  1551  et  les  éditions  bordelaises  de  1590  et  de  1604^^. 
D'ailleurs,  en  l'espèce,  ces  dernières  lui  auraient  été  inutiles 
puisque  les  réimpressions  de  Millange  diffèrent  peu,  et 
puisque  Vinet  étant  mort  en  1587,  les  autres  éditions  que 
celles  de  1575- 1580  ne  sont  pas,  à  proprement  parler,  son 
œuvre.  Peiper  a  sans  doute  eu  d'autres  raisons  de  continuer 
à  chanter  la  gloire  immortelle  de  Scaliger  :  certaines 
Remarques  et  corrections  obligeamment  communiquées 
par  M.  Dezeimeris,  et  dont  les  résultats  ont  été  publiés  sous 
le  nom  de  Peiper  ou  d'autres,  dans  l'édition  de  1886,  ne 
permettent-elles  pas  de  comprendre  pourquoi  l'éditeur  alle- 
mand, qui  aime  Scaliger,  comme  il  imite  ses  procédés  à 
l'égard  de  Vinet,  a  craint  de  rechercher  ce  qui  dans  les 
corrections  signées  Scaliger  appartient  à  Vinet,  de  peur  que, 
par  un  juste  retour  des  choses  d'ici-bas,  quelque  indiscret 
ne  s'avisât  d'aller  chercher  ce  qui,  dans  les  corrections 
signées  Peiper,  appartient  à  Dezeimeris? 

C'est  au  moyen  de  l'édition  de  1551  et  de  celle  de 
1575-1  580,  que  je  vais  essayer  de  rechercher  ce  que  Scaliger 
a  volé  à  Vinet,  pour  ce  qui  est  de  la  Moselle.  Il  ne  faut  pas 
oublier  d'ailleurs  que  le  texte  de  la  Moselle  établi  par  Vinet, 
en  1551,  a  été  reproduit  par  l'édition  de  1558,  dont  Poel- 
mann  a  usé  plus  encore  que  de  ses  deux  mss.,  et  enfin  que 
le  texte  sur  lequel  Scaliger  travaille  en  1 573  pour  ses  Atcso- 

^  Praefatio,  p.  LXXXVIIII,  note  :  Vineti  quae  essent,  quae  Scaligeri 
emendationes,  non  potui,  quanta  et  ipse  uolebam  et  flagitabat  Dezeimeris 
cura  discernere,  cum  Vineti  eo  tantura  exemplari  uti  liceret,  quod  Simon 
Millangius  suis  coepit  formis  edere  VII.  Id.  Febr.  MDLXXV. 

V  Les  éditions  bordelaises  ne  sont  pas  rares;  la  parisienne  de  1551  est 
loin  d'être  introuvable  :  sans  compter  l'exemplaire  de  la  Bibliothèque  de 
l'Arsenal,  dont  j'ai  pu  me  servir,  la  Bibliothèque  Mazarine  en  possède  un 
(catalogué  21540),  et  je  crois  qu'il  en  existe  à  la  Bibliothèque  Nationale. 


DEUXIEME    PARTIE  CXXVII 

nianae  Lectiones  est  dû,  soit  à  Tédition  que  Vinet  faisait 
paraître  en  1 55 1 ,  alors  que  lui,  Scaliger,  n'était  qu'un  écolier 
de  onze  ans,  soit  au  texte  envoyé  à  Gryplie  en  i  567,  et  dont 
Vinet  avait  eu  la  malencontreuse  inspiration  de  confier  la 
surveillance  au  peu  honnête  philologue. 

Je  commence  par  analyser  deux  documents  importants  : 
une  lettre  de  Scaliger  à  Vinet,  datée  de  Bâle  le  quatrième 
jour  avant  les  calendes  de  septembre  1 573  (lettre  imprimée 
en  tête  des  Avsonianarvm  lectionvm  libri  dvo),  et  la 
préface  de  Vinet  (Eli^e  Vineti  Santonis  pr^fatio  in  sva 

COMMENTARIA    IN    AVSONII    BVRDIGALENSIS    SGRIPTA  ^  )» 

préface  qui  précède  l'édition  de  i  575-1  580. 

Scaliger  raconte  que  le  libraire  Antoine  Gryphe  lui  avait 
écrit  de  Lyon,  vers  la  fin  de  mai  1573,  pour  lui  demander, 
au  nom  de  Vinet,  de  lui  communiquer  les  notes  et  remarques 
qu'il  pourrait  avoir,  afin  de  rendre  meilleure  une  édition 
d'Ausone  que  le  libraire  préparait.  Scaliger  se  rappela  alors 
qu'il  avait  promis  à  Vinet  le  concours  de  ses  notes  ;  toutes 
sortes  de  difficultés  où  il  s'était  débattu  avaient  rendu  son 
retard  excusable  ;  maintenant  encore,  il  se  trouvait  fort  au 
dépourvu,  étant  loin  de  chez  lui,  et  n'ayant  pas  emporté 
ses  papiers.  Enfin,  il  fait  venir  quelques-unes  de  ses  notes  : 
pressé  par  Gryphe,  il  s'exécute  et  rédige  à  la  hâte,  par 
amour  pour  Vinet  et  par  respect  pour  Ausone,  quelques 
remarques  sur  le  vieux  poète  bordelais.  Ce  ne  sont  certes 
pas  des  commentaires  suivis  :  sachant  que  Vinet  travaille 
lui-même  depuis  longtemps  à  un  commentaire  sur  Ausone, 
Scaliger  aurait-il  eu  l'effronterie  d'espérer  trouver  à  glaner 
après  cette  moisson  (quod  ejjet  os  metini,  poji  tua  me/feni, 
vel fpicilegiû  fperare? ) .  Ce  ne  sont  que  de  simples  notes, 
jetées  sans  ordre  sur  le  papier,  suivant  qu'elles  se  présen- 
taient à  sa  plume.  (Qîiare  hoc  genefe  fcribendi  vftis  fum 
vt  quicquidfub  acumenjlili  incideret,  chartœ  illinereni.) 

5  On  voit  que,  dans  la  Préface,  Vinet  appelle  ses  Commentaires  «  Com- 
mentaria  »;  il  donne  le  nom  de  «  Comnientarins  »  à  chacun  des  Commen- 
taires destinés  à  expliquer  les  Parentales,  les  Idylles,  etc. 


CXXVIII  INTRODUCTION 

Quant  à  la  mise  en  ordre  des  opuscules  contenus  dans 
l'édition,  il  a  veillé  à  ce  que  la  disposition  indiquée  par 
Vinet  fût  respectée.  (Libelli  poëmatu,  ita  vt  à  te  concepti 
fuerant,  EpigrmnmaUtin,  Parentalium,  ProfeJJorum 
Biirdigalenf.,  Epifiolariim,  vt  fedibus  fuis  fecuri,  &> 
incolurnes  ntanereiit,  curaimnus.)  Enfin  —  et  c'est  par  cet 
aveu  que  la  lettre  se  termine  —  Scaliger  reconnaît  qu'il 
n'a  entrepris  son  travail  que  sur  les  avis  de  Vinet  :  aussi  il 
le  lui  dédie,  avec  l'espoir  que  son  savant  ami  corrigera 
les  fautes  et  comblera  les  lacunes  de  ses  commentaires. 
(Cœterum,  mi  Vinete,  quia  tii prinius  fne  ad  hœc  fcribenda 
iinpuUfti,  neq;  aliter,  quant  à  te  admonitus,  videbar  ea 
fcripturus  fuijje,  hoc  quicquid  efi  lucubratiûculœ  nieœ, 
tibi  do  dedicôq;,  his  legibus,  hisq;  conditionibus,  vtquce  tibi 
difpliciterint,  qiiœ  perperâ  à  ine  diëlafuerint,  qitœ  nielius 
dici  poterant,  qiiain  à  me  diùla  Jlnt,  qiice  me  fefellerint, 
eapro  tuajingulari  eriiditione,  &=  aniore  intne,  neindiôîa 
neue  inemendata  reliiiquas.J 

Il  semble  donc,  d'après  les  termes  de  cette  lettre  du 
29  août  1573,  que  Joseph  Scaliger  s'occupe  simplement  de 
surveiller  l'impression  d'une  édition  d'Ausone  préparée  par 
Vinet  :  or,  l'édition  parut  en  i  575.  Le  nom  de  Vinet  ne  s'}' 
trouvait  pas,  et,  à  la  première  page,  l'outrecuidance  de 
Scaliger  s'étalait  sans  gêne. 

Voici  en  effet  quel  est  le  titre  de  cette  édition  in-i6  : 

D.  MAGNi  II  AVSONII  BVR-  Il  DIGALENSIS,  VI- 1|  RI 
CONSVLARIS,  Il  AVGVSTORVM  ||  prœceptoris,  ||  Opéra  in 
meliorem  ordinem  dîgefia.  \\  Recognita  funt  à  lofepho  Scaligero 
lulij  Cœs.  F.  &  Il  infinitis  locis  emendata.  ||  Eiufdetn  lofephi  Scaligeri 
Aufonianarutn  leêîionûW  libri  duo,  ad  Eliarn  Vinehiin  Santonem  :  in 
qui-  Il  bus  Cajllgationum  rationes  reddnntur ,  &■  dif-  \\  ficiliores  loci 
Aufoniani  expUcantur.  \\  (Marque  de  Gryphe.)  lvgdvni,  ||  apvd   ant. 

GRYPHIVM.  Il  M.  D.  LXXV.^ 

^  La  Notitia  de  la  Bipontine  cite  deux  éditions  de  YAusone  de  Scaliger, 
chez  Gryphe,  en  1575,  l'une  in-8°,  l'autre  in-24,  toutes  les  deux  suivies  des 
Lectiones,  et,  en  outre,  une  édition  lyonnaise  des  Lectiones  seules,  publiée 
en  1573.  Fabricius  ne  parle  que  d'une  édition  in-12.  Bœcking  n'a  pas  eu 
entre  les  mains  l'édition  de  1575:  mais  il  cite,  d'après  Schweiger,  deux 


DEUXIÈME    PARTIE  CXXIX 

Le  modeste  Vinet  se  garda  des  récriminations  violentes 
qui  n'étaient  pas  dans  son  caractère.  Mais  qu'on  lise  soigneu- 
sement la  Préface  de  son  édition  de  i575-i58o  :  la  simple 
constatation  qu'il  fait  de  la  date  de  ses  travaux,  la  mention 
de  ses  notes  communiquées  à  Scaliger,  tout  cela  permet  de 
comprendre  que,  pour  ne  pas  crier  au  voleur,  Vinet  n'en 
tenait  pas  moins  à  montrer  sans  bruit  qu'il  se  sentait  volé. 
Vinet,  dans  sa  Préface,  commence  par  nous  dire,  non 
sans  un  certain  accent  de  découragement,  que  ce  sont  les 
sollicitations  des  Bordelais,  plus  que  son  propre  désir,  qui 
l'ont  poussé  à  s'occuper  d'Ausone.   Les  difficultés  d'une 
édition  étaient  grandes  :  aucune  des  nombreuses  biblio- 
thèques  locales   ne   possédait    d'anciens    exemplaires    de 
l'illustre  Bordelais.  (Mirabar  equidem  vehementer,  quod 
qmim  in  antiqui[fima  opulentigimaque  ciuitate,  miUtœ 
ejTent  bibliothecœ,  varijs  fcriptoribiis  injlruaœ,  in  nulla 
extarent  ciuis  tam  nobiHsfcripta.JVinet  se  met  cependant 
à  coUationner  les  éditions  qu'il  peut  se  procurer  (cœjn,  que 
habuiformis  exarata  exemplaria  aliquot  conferre...),  et 
à  rédiger  des  commentaires  pour  justifier  ses  corrections  et 
expliquer,  autant  qu'il  le  peut,  les  passages  les  plus  difficiles . 
C'est  alors  qu'il  fait  imprimer  à  Paris,  par  les  soins  de 
Jacques   Goupyl,   son    ami,  le  texte  seul   de  ce  que  l'on 
connaissait  d'Ausone  (t550-   Pendant  ce  temps,  il  mûrit 
ses  commentaires^. 

Quelques  années  plus  tard,  Etienne  Charpin  lui  annonce 
la  découverte  du  ms.  de  l'Ile-Barbe.  C'est  avec  bonheur 
qu'il  reçoit  l'édition  lyonnaise  de  1558;  c'est  avec  une 
certaine  déception  qu'il  la  lit  :  il  lui  semble  que  les  éditeurs 

éditions  in-iô,  l'une  de  I575,  l'autre  de  1574-  La  P-^^^^^f^ '^^  J^^i*  P^^j^s 
bien  que  l'édition  n'a  paru  qu'en  I575  ;  les  Lecttones  seules  ont  ete  publiées 
en  7S74;  leur  titre  porte  cette  date  particulière  dans  l'édition  in-i6  de  1574, 
îrseuit  que  je  connaisse,  où  elles  se  trouvent  avec  une  pagination  spéciale 
à  la  suîte  du  ?exte  d'Ausone  daté  de  i575,  comme  le  prouve  le  titre  repro- 

^l'vinet  aurait  bien  dû  faire  violence  à  sa  modestie  et  dire  quelles  correc- 
tions Uavaï  apportées  au  texte  de  la  Moselle,  en  particulier,  dans  cette 
ÏdUron  de  1551^  cela  aurait  épargné  de  lourdes  erreurs  a  l'érudition 
allemande  qui  ne  connaît  que  l'édition  lyonnaise  de  i55»- 

XVII 


CXXX  INTRODUCTION 

de  Lyon  auraient  pu  tirer  un  meilleur  parti  de  ce  ms.,  qu'il 
ne  connaît  pas  encore^.  Il  se  hâte  de  demander  qu'on  le  lui 
communique  :  mais  le  précieux  ms.  est  à  Bourges,  aux  mains 
du  savant  juriste  Cujas,  qui  s'en  occupe  avec  ses  amis, 
A.  Turnèbe  en  particulier,  qui  devait  y  trouver  l'occasion 
de  plusieurs  remarques  pour  ses  Adversaria.  Cujas  envoie 
cependant  à  Vinet  le  manuscrit  qui  lui  permet  plusieurs 
corrections  qu'il  communique  à  ses  amis  (...multa,  que  ex 
eo  rejlitiierâ  cominuiiicajjem  cum  amicis  Burdigalëjibus 
philologis...).  Les  prières  des  Bordelais  deviennent  plus 
pressantes  :  Vinet  s'exécute,  et  comme,  dans  son  excessive 
modestie,  il  ne  juge  pas  encore  ses  Commentaires  dignes 
de  l'impression,  il  fait  seulement  publier  chez  Marnef,  à 
Poitiers  (1565),  la  partie  des  Commentaires  qui  avait  trait 
aux  Clarae  Urbes,  et  où  il  était  beaucoup  question  de 
Bordeaux,  sujet  bien  choisi  pour  intéresser  les  Bordelais. 

Peu  de  temps  après,  le  libraire  lyonnais  Antoine  Gryphe 
demande  à  Vinet  son  Ausone  avec  promesse  de  l'imprimer 
sans  retard.  Vinet  envoie  le  texte  à  Lyon  (vers  1566  ou  1567), 
en  gardant  encore,  pour  les  perfectionner,  ses  Commen- 
taires. 

C'est  alors  que,  pour  son  malheur,  il  est  mis  en  rapport 
par  un  ami  commun,  Jacques  Salomon  de  Narbonne,  avec 
Joseph  Scaliger,  à  qui  Salomon  indique  quelques-unes  des 
plus  remarquables  corrections  apportées  par  Vinet  au  texte 
d' Ausone  (...locûque  aliquot  ex  ijs,  quae  emédaueram, 
infigiiiora  indicaiiit).  Scaliger  admire  surtout  la  restitution 
de  Viuifca  au  lieu  de  viuifica  fqiiû  Scaliger. . .  tnihi  multa 
falute  afcripta,  locû  illû  de  Viuifca,  pro  viuifica  mire 
probajjet...);  il  ajoute  que,  de  son  côté,  dans  ses  voyages 
en  Belgique,  il  a  fait  de  nombreuses  observations  au  sujet 
de  la  Moselle.  Sur  ces  entrefaites,  il  va  suivre  à  Valence 
les  cours  de  Cujas,  et  Vinet,  confiant  dans  son  nouvel  ami, 
prie  le  disciple  et  le  maître  de  surveiller  l'impression  de 

^  Voir  p.  xci. 


DEUXIEME    PARTIE  CXXXI 

son  Ausone  que  Gryphe  avait  en  mains  depuis  cinq  ans. 
Scaliger  promet  de  donner  tous  ses  soins  à  l'édition  :  il 
s'engage  à  collationner  avec  le  texte  de  Vinet  le  ms.  de 
rile-Barbe  qui  était  rentré  en  la  possession  de  Cujas;  il 
recherchera  ce  qui  aura  pu  échapper  à  son  devancier;  il 
publiera  le  texte  et  les  commentaires  de  Vinet  (incis  coni- 
mentarijs  illujiratiis).  Il  fait  même  plus  qu'il  n'avait  promis, 
comme  ajoute  Vinet,  avec  une  certaine  mélancolie.  (At plus 
etiavi  Jîbi  diixit  faciendimi  Scaliger  quant  proniiferat.) 
Car  il  compose  ses  Atisonianae  lectiones,  et  les  dédie  {pro 
fua  in  me  beneuolentia,  dit  Vinet,  peut-être  sans  ironie)  à 
celui  qui  lui  avait  demandé  simplement  de  hâter  une  édition 
en  souiïrance  :  sans  le  concours  de  Scaliger,  la  publication 
de  V Ausone  de  Vinet  n'avançait  pas;  aussitôt  que  Scaliger 
s'en  occupe,  l'édition  paraît,  mais  elle  ne  porte  pas  le  nom 
de  celui  qui  avait  fourni  le  texte  à  imprimer. 

Vinet  se  doutait  probablement  de  ce  que  Scaliger  lui 
préparait  :  tenant  à  avoir  son  édition,  puisque  celle  de  Lyon, 
si  elle  paraissait  enfin,  ne  serait  plus  la  sienne,  il  céda  sans 
peine  aux  sollicitations  de  Millanges  qui  venait  d'établir 
à  Bordeaux  une  imprimerie  importante.  Le  manuscrit 
fourni  à  Millanges  était  mis  sous  presse  en  février  1575  et 
achevé  d'imprimer  au  commencement  de  l'été,  au  moment 
même  ovi  l'édition  de  Gryphe,  si  longtemps  attendue,  arrivait 
enfin  de  Lyon.  (Cœpit  itaque  Aufonius  edi  Burdigalce, 
menfe  Februario. . .  abfohtebatiirqiie  ineiinte  œftate,  quiim 
a  Gryphio  accepimus  qiiod  niniiû  diu  expe6laueramiis .) 
Mais  le  papier  vint  à  manquer  :  mis  par  les  troubles  politi- 
ques qui  désolaient  la  Guyenne  dans  l'impossibilité  de  s'en 
approvisionner,  Millanges  dut  retarder  jusqu'en  juillet  1 579 
l'impression  des  Commentaires,  qui  étaient  destinés  à 
accompagner  le  texte.  Vinet  en  profita  pour  une  nouvelle 
collation  du  ms.  de  Cujas. 

On  trouvera  ci-contre  le  fac-similé  un  peu  réduit  du  titre 
de  V Ausone  de  Bordeaux  :  c'est  un  volume  grand  in-4°,  dont 
la  page  a  o™  290  de  long  sur  C"  198  de  large. 


AV 


1 


B  V 


I  G  A  L  E  N  S  î  S. 


VÎRÎ  CONSVLAPJS,  OMNÏA,  QY M   AD- 
HVC  IN   VETERIBVS  BIBLIOTHECÏS 

ÎNVSNIRI     POTVERVNTj    OPEBA5 

Cmciâiid'Uària^  veierà  ^muâque  exém^Um^  tmendafd ,  eommmtmlpinz 
illujlrata per     Eljam  Vînstvm    Santonem» 

INDICES    PRAEFATÏONl    TB.ES    SVBÏVNGTÏ,    ScrlpSOrUni 

hic  contentoriîm5rcrum,&:  verborum. 


Burdigaî^, 


Apud  Simonem  MiUangiumTypographum  Regium. 


DEUXIÈME    PARTIE  CXXXIII 

On  lit  au  verso  de  ce  titre  : 

SENATV,  P.  Q.  BVRDIGALEN. 
AVGTORE,  AC  AVSPICE,  AVSO- 
NII  BVRDIGALEN.  VIRI  CONSV- 
LAR.  SGRIPTA  AB  ELIA  VINE- 
TO  SANT.  EMENDATA,  GOMMEN- 
TARIISQ.  ILLVSTRATA,  SIMON 
MILLANG.  LEMOVIX,  GLARISSI- 
MJE  GIVITAT.  TYPOGRAPHVS 
AG  GIVIS,  SVIS  GOEPIT  FORMIS 
EDERE,  VIL  ID.  FEBR.  AN.  GHR. 
M.  D.  LXXV. 

A  la  dernière  page  des  Commentaires  : 

SIMON  MILLANGIVS,  TYPOGRA- 
PHVS   REGIVS,    EXGVDEBAT 
BVRDIGAL.E,  ANNO  GHRISTI 
M.  D.  LXXX. 

Rien  ne  prouve  que  les  deux  parties  de  l'ouvrage  aient 
été  publiées  séparément,  le  texte  en  1 575,  les  Commentaires 
en  1580.  La  Préface  semble  dire  le  contraire;  c'est  donc 
sans  fondement,  je  crois,  que  Fabricius  (op.  cit.,  p.  421) 
distingue  une  édition  du  texte  en  1575,  une  autre  du  texte 
et  des  Commentaires,  en  1 580  :  «  Luculenta  Aufonii  editio, 
cura  viri  doBi  Elise  Vineti  vulgata,  Burdegalœ  A.  iS7S- 
4.  una  cîim  commentariis  ejusdem  A.  i^8o.y>  La  première 
édition  de  la  Bibliotheca  de  Fabricius  plaçait  la  publication 
des  Commentaires  en  1 575  ■-  «  Si  l'on  veut  parler  exadement, 
il  ne  faut  point  dire  que  la  meilleure  Edition  d' Aufone  eft  celle 
qui  fut  publiée  à  Bourdeaux,  l'an  1575,  avec  les  Commen- 
taires d'Elie  Vinet.  Prœ  reliqtds  vero  laudanda  luculenta 
Aufonii  Editio  cum  Commentariis  viri  doôîi  Eliœ  Vineti 
vulgata  Burdigalœ  A.  i$TS;  &  pofi  ejus  obitumA.  iSÇO- 
(Joh.  Albert.  Fabricius,   Bibl.   lat.,  p.   iJJ-)  Car,  encore 
un  coup,  ces  Commentaires  ne  parurent  qu'en  1580...  La 


CXXXIV  INTRODUCTION 

Bibliothèque  de  M""  l'Archevêque  de  Reims  fait  mention 
d'un  Aufone  imprimé  chez  Millanges  à  Bourdeaux,  l'an 
1575,  avec  les  Commentaires  d'Elie  Vinet.  Je  m'imagine 
que  cette  faute  eft  venue  de  ce  qu'on  a  appliqué  à  toutes 
les  Pièces  reliées  enfemble  la  date  de  1575  qui  ne  convient 
qu'aux  Œuvres  d' Aufone  qui  sont  à  la  tête  du  Volume  ^.» 
La  Notitia  de  la  Bipontine  admet  l'existence  d'une  édition 
de  Vinet,  in-4°,  1575  (Sernis,  ajoute-t-elle,o6  belli periciila 
pyodit't.J;  d'une  édition  in-4°  des  Commentaires,  1580,  et, 
la  même  année,  d'une  édition  petit  in-folio,  du  texte  et  des 
Commentaires  :  je  crois  que  tout  cela  se  réduit  à  l'édition, 
commencée  en  1575,  terminée  et  publiée  en  1580. 

Vinet  mourut  le  14  mai  1587.  Le  1"  août  1590,  Simon 
Millanges  donnait  une  réimpression  de  son  Ausone,  précédé 
des  Ausoniatiae  Lectiones  de  Scaliger  et  de  quelques 
extraits  des  travaux  de  divers  érudits.  Par  suite  d'une  ironie 
de  la  mauvaise  fortune  qui  s'attache  à  Vinet,  même  après  sa 
mort,  Scaliger  met  son  nom  à  côté  de  celui  du  défunt  savant 
saintongeais  sur  le  titre  de  l'édition  bordelaise  de  1590, 
comme  il  l'avait  imposé,  en  son  lieu  et  place,  à  la  première 
page  de  l'édition  lyonnaise  de  1575.  Le  titre  en  effet  ne 
porte  plus  :  «  Cunâîa...  illuftrata  per  Eliam  Vinetvm», 
mais  :  «Cunâïa. . .  illuftrata  per  Eliam  Vinetvm  Santonem, 
loSEPHVM  ScALiGERVM  &  alios...».  On  lit  d'autre  part, 
dans  l'édition  de  1 590,  à  la  suite  des  trois  premières  lignes 
semblables  à  celles  de  l'inscription  de  1575,  à  cette  diffé- 
rence près  que,  ligne  3,  BVRDIGALEN.  devient  BVRDIGAL., 

SCRIPTA  AB  ELIA  VINETO 
SANT.  ET  lOSEPHO  SCALIGE- 
RO  EMENDATA,  COMMENTA- 
RIISQ.  ILLVSTRATA,  SIMON 
MILLANG.  LEMOVIX,  CLARIS- 
SIMiE  CIVITAT.  TYPOGRAPHVS 
AC  CIVIS,  SVIS  FORMIS  EDE- 
BAT.  ANN.  CHR.  M.  D.  XC. 

^  Bayle,  Dictionnaire,  article  Ausone,  note  G. 


DEUXIÈME    PARTIE  CXXXV 

Millanges  trouve  nécessaire  de  faire  précéder  cette  édition 
d'une  Préface  où  il  dit  que,  les  Commentaires  de  Vinet  ne  lui 
semblant  pas  suffisants  (quia  vero  commentaria  illa,  etiam 
emendata  &  au£la  ab  aii6lorefiio  paticis  annis  ante  quâ  è 
viuis  excederet,  non  videbâturfatis  explicare  Poëtœ  nofiri 
opéra  obfcura  mutila  &=  corrupta  in  multis...),  il  avait 
demandé  aux  savants  de  Paris  s'il  ne  serait  pas  bon  d'y  joindre 
une  compilation  de  tout  ce  que  les  critiques  avaient  écrit  à 
propos  d'Ausone  (eis  adiungere  quœcunque  audirë  viros 
do6los  fcripfijfe  hi  ea).  On  eut  le  bon  esprit  de  détourner 
Millanges  de  cette  entreprise;  l'éditeur  se  borna  donc  à 
extraire  sept  pages  de  notes  «  ex  Adriani  Turnebi  adtier- 
fariis,  lujii  Lipfii  criticis,  lunii,  &  Canteri  librisy>  :  mais 
s'il  avait  agi  sans  se  soucier  des  conseils  qui  lui  furent 
donnés,  Vinet  aurait  été  après  sa  mort  dépouillé  à  peu  près 
complètement  par  son  éditeur  lui-même  de  son    édition 
bordelaise,  comme  il  avait  été,  de  son  vivant,  chassé  par 
Scaliger  de  VAiisone  de  Lyon. 

L'édition  bordelaise  de  1 590  fut  réimprimée  à  Bordeaux, 
sans  changements,  en  1598  et  en  1604. 

Le  texte  de  la  Moselle,  qui  doit  seul  nous  occuper,  est, 
à  bien  peu  de  différences  près,  le  même,  dans  l'édition  de 
1575  et  dans  celle  de  1590.  Voici  le  relevé  des  variantes  : 

Vers  IS7S.  '>90- 

25  baccho.  BaccJio. 

106  IJîri'\.  Hiftri. 

140  qiiuin.  cum. 

167  Pro6a  (faute  d'impr.^^).  Probra. 

16S  filua.  fylua. 

225  lœuaqiie.  leuaqiie. 

271   Collegijfe.  CoZ/zo-î/Tè  (faute  d'impr.). 

289  Chalcedonio.  Calcedonio. 

293  caurorum.  Licet.  Caurormn,  Licet\^. 

300  Gortynius.  Gortiniusy. 

^  Dans  le  Comment.,  Hijlri. 

"I^Dans  le  Comment.,  Probra. 

VDans  le  Comment.,  (1580  et  1590)  caurorum. 

^4Dans  le  Comment.,  Gortynius. 


CXXXVI 


INTRODUCTION 


Vers  157;. 

322  crepidinœ  (faute  d'impr). 

367  molle  *\ . 

376  oris. 

392  otij. 

410  Tantumnon^^. 


1590. 
crepidine. 
mole. 

orsi  (faute  d'impr.). 
otj. 
Tatituni  non. 


A  l'exception  de  v.  289  Calcedonio,  qui  est  peut-être  un 
retour  au  texte  de  l'Ascensiana,  ces  variantes  n'ont  aucune 
importance.  On  peut  aussi  remarquer  quelques  différences 
de  ponctuation,  qui  sont  en  général  des  fautes  dans  l'édition 
de  1 590  : 


Vers        157s. 

52  egejias. 
196  vîtes, 
237  crines. 
244  verrit. 
261   vigor, 
283  traôlu 
361  pifcibus. 
377  honores. 
406  fecures. 
422  triiimphos, 
445  peto.  Sunt 


1590. 
egejias, 
vîtes. 
crînes, 
verrit, 
vîgor 
traâîu. 
pîfcibus  : 
honores, 
fecures, 
triuniphos. 
peto,  Sunt 


L'édition  de  1 590  est  loin  d'être  un  progrès  V-  On  voit  que 
Vinet  n'était  plus  là  pour  en  surveiller  l'impression.  Aussi 
pouvons-nous  la  négliger  et  ne  tenir  compte  que  de  VAusone 
de  1575- 1580.  C'est  celui-là  qu'il  convient  de  mettre  en 
parallèle  avec  l'édition  de  Gryphe  qui  parut  en  1575,  et 
sur  le  titre  de  laquelle  s'étale  le  nom  de  Scaliger.  On  a 
vu^"^  que  l'édition  de  Millanges  était  déjà  imprimée  quand 
arrivèrent  à  Bordeaux  les  exemplaires  de  VAttsone  que  Vinet 
avait  confié  à  Gryphe  et  dont  Scaliger  ne  s'était  que  trop 
occupé.  Ce  simple  rapprochement  de  dates  prouve  bien  que, 

5  Faute  d'impression,  corrigfée  dans  les  Emendanda. 
52 Dans  le  Comment.,  (1580  et  1590)  Tantmn  non. 

^3  On  peut  remarquer  que,  dans  cette  édition,  chaque  section  du  texte  est 
immédiatement  suivie  de  la  section  correspondante  du  Commentaire. 
•4  P.  CXXXI.  Cf.  édit.  de  Vinet,  Prœfatio,  I  F. 


DEUXIEME    PARTIE  CXXXVII 

si  tant  est  que  Scaliger  a  ajouté  à  la  correction  du  texte  de 
la  Moselle,  l'édition  bordelaise  n'a  pu  profiter  du  résultat 
de  ses  travaux.  Au  demeurant,  la  collation  des  deux  éditions 
prouve  bien  que  la  Lyonnaise  est  loin  d'être  la  meilleure  : 

Vers  Édit.  Je  Vinet. 

lO  Et  tandem. 

I  I   Niuomagiim. 
21   Baccho. 
33  prϔapfus. 
48,  55  et  363  leuia. 
69  nuclat. 


85  iiiterlucet. 

100  qiium. 

102  cenœ. 

1 1 1   iris. 

144  et  148  ballœna. 

167  Pro6a  (faute  d'impression). 

178  Sol. 
204  ahicres. 
209  fulfurei. 
225  fréquentant. 

240  faciles. 
248  coniiexa. 

262  anhelantis. 

263  iniialido. 
290  iiiagni. 
293  Prœlia. 
293  caiirorum. 
313  pyramis. 
316  totus. 

332  crepidtnœ(ia.nte  d'impr.). 

331   confepto. 

337  ftdfurea. 

357  psrmijîa. 

361   celehratur. 

365  Drahonum. 

367  molle  (faute  d'impression). 

368  To/a. 
374  moles. 

388  g'u/  illufirat. 
404  Ouinctiliani. 
410  Tantumnon. 


Edit.    de  SCALIGHR. 

jE^  tamen  (faute  d'impression). 
Nottomagum  (Juntine,  Aldine). 
baccho  (édit.  de  1551). 
prolapf us  (édit.  de  1551). 
/cewm  (édit.  de  1551). 
jiwJa  (faute  d'impression), 
zn^cr  /z^ce^  (édit.  de  1551). 
CMw  (édit.  de  1551). 
cœnrt?  (édit.  de  1551). 
Iris  (édit.  de  Poelmann). 
Ballœna. 
Prohra. 

fol  (Lyon  1558;  vulgo). 
alacreis  (édit.  de  Poelmann). 
fulphurei  (édit.  de  1551). 
fréquentent  (faute  d'impression 

ou  mauvaise  conjecture). 
facileis  (édit.  de  1551). 
connexa  (édit.  de  1551). 
anhelatis  (édit.  de  1551;  vulgo). 
inualidos  (édit.  de  1 55 1  ;  vulgo). 
Mas[ni. 

Prœlia  (Lyon  1558). 
Caurorum(édit.  de  1 55 1  ;  vulgo) 
Pyramis  (Lyon  1558;  vulgo). 
Cor  us  (édit.  de  1551). 
crepidine. 
concepto. 

fui pliurea  (édit.  de  1551). 
permixta  (édit.  de  1551;  vulgo). 
célébrât  us  (Ugolet,  Juntine). 
Drachonum  (édit.  de  1551). 
mole. 

Torta  (édit.  de  Poelmann). 
molles  (faute  d'impression). 
quœ  illufirat  (faute  d'impr.). 
Oui)itiliaiii  (édition  de    1551). 
Tantmn  non  (édit.  de  1551). 


XVIII 


CXXXVIII  INTRODUCTION 

Vers  Édit.  de  Vinet.  Édit.  de  Scaliger. 

444  mufœ.  Mufœ  (édit.  de  1551). 

454  fuhterlaberis .  fuhter  laheris  (édit.  de  1551). 

462  Gallis  Beîgifque.  Gallos  Belgosq;  {Lexique  cité 

par  Poelmann). 

464  Concedet.  Concèdes. 

475  otia.  oc/a  (édit.  de  1551). 

481   dextrœ.  Dextrœ. 

Dans  cette  liste,  à  la  colonne  des  variantes  de  Scaliger, 
j'indique  le  nom  des  éditions  les  plus  récentes  auxquelles 
il  a  dû  emprunter  ses  leçons.  Ainsi,  v.  1 1 1  Iris  se  trouve 
dans  la  Juntine  et  l'Aldine,  bien  antérieures  au  texte  de 
Poelmann;  beaucoup  de  leçons,  comme  v.  21  baccho,  v.  33 
prolapfus  appartiennent  à  des  éditions  qui  ont  précédé  celle 
de  1551",  Corus  a  été  emprunté  par  l'éditeur  de  1551  à 
l'Ascensiana  de  i  5 1 7  :  mais  je  cite  de  préférence  le  premier 
Ausone  de  Vinet,  et  ceux  des  éditeurs  lyonnais  et  de  Poel- 
mann, que  Scaliger  aura  consultés  plutôt  que  les  anciennes 
éditions.  A  côté  de  ces  variantes,  on  peut  en  mentionner 
quelques-unes  de  moindre  importance,  mais  qui  montrent 
elles  aussi  que  l'édition  de  Scaliger  suit  de  beaucoup  plus 
près  l'édition  de  1551  que  ne  le  fait  la  seconde  de  Vinet:  ainsi 
l'édition  de  1551  n'avait  qu'un  seul  alinéa,  avi  v.  418.  Alors 
que  Vinet,  en  1575,  admet  ceux  qui  sont  restés  généralement 
dans  le  texte  vulgaire,  Scaliger  n'en  a  pas  aux  v.  22,  169, 
200,  287,  469.  Scaliger  suit  le  plus  souvent  la  ponctuation 
de  l'édition  de  1 55 1 ,  abandonnée  par  Vinet  en  1575  ',  il  écrit 
en  particulier,  comme  Vinet  en  1551,  v.  116  dignande, 
niarinis  Soins.  La  virgule  n'est  pas  à  sa  place.  Il  suit  aussi 
le  texte  de  1551  dans  l'emploi  très  fréquent  des  abrévia- 
tions rendues,  peut-être  nécessaires  par  le  petit  format  des 
deux  éditions  in-i6de  1551  et  de  1575:  q;,ineât.,.  aqiiarû 
(v.  6S), Mêbra  (y.  i\$),pdpas  (v.  200), pyimû{v.  360), etc., 
alors  que  l'édition  bordelaise  de  1575  admet  qîie,  ineant, 
aqiiariini,  nienihr a,  pompas,  prinmm,  etc.  L'examen  de  la 
liste  de  variantes  qui  précède  montre  également  que,  abstrac- 
tion faite  d'un  certain  nombre  de  fautes  d'impression  dont  la 


DEUXIÈME    PARTIE  CXXXIX 

responsabilité  incombe  aux  typographes  de  Millanges  et 
de  Gryphe^,  la  principale  différence  des  deux  éditions  de 
1575  vient  de  ce  que  Vinet  essaie  des  innovations,  alors 
que  Scaliger  garde  le  texte  de  l'édition  de   1551,  adopte 
celui  de  1 558  et  de  1 568  ou  revient  aux  leçons  de  la  Juntine 
et  de  TAldine.  Le  texte  de  Scaliger  est  donc,  semble-t-il, 
celui  que  Vinet  avait  envoyé  à  Gryphe  vers  1 566  ou  1 567 
—  avant  de  connaître  l'édition  de  Poelmann.  Scaliger  a 
peu  changé  à  ce  texte  :  il  l'a  modifié  au  moyen  de  celui  de 
Poelmann  (v.  368)  et  des  notes  qui  y  étaient  citées  en  marge 
(v.  462),  et  au  moyen  de  ses  propres  corrections.  Vinet, 
pendant  les  huit  ou  neuf  ans  que  Gryphe  gardait  son  texte 
sans  se  décider  à  l'imprimer  et  qu'il  travaillait  lui-même  à 
perfectionner  ses  commentaires,  a  évidemment  amélioré  son 
premier  Ausone;  il  a  usé  de  l'édition  de  Poelmann  (cf.  v.  365 
Drahonuni),  il  s'est  de  plus  en  plus,  à  tort  ou  à  raison, 
éloigné  de  son  texte  de  1551  :  et,  en  dernière  analyse,  sa 
Moselle,  remaniée  depuis  1 567  et  imprimée  à  Bordeaux  en 
1575,  diffère  de  celle  qu'il  avait  envoyée  à  Gryphe  en  1 567, 
et  que  Scaliger  avait  modifiée  de  son  côté  par  ses  emprunts 
à  des  éditions  antérieures  et  par  ses  propres  corrections. 
Parmi  les  changements  de  Scaliger,  la  liste  précédente 
des  variantes  en  relève  peu  qui  lui  soient  personnels: 

V.  144  et  148  Ballœna  au  lieu  de  ballœna  n'est  qu'une  simple 
variante  orthographique. 

^  A  propos  de  certaines  fautes  d'impression  de  la  Lyonnaise  de  1575,  je 
nepeuxm'empêcher  de  faire  une  observation,  qui  semblera  sans  doute  d'une 
subtilité  exagérée.  Je  suppose  que  Vinet  avait  envoyé  pour  composer  sa 
nouvelle  édition  un  exemplaire  de  son  Aiisone  de  1551,  coi'rigé  à  la  main, 
couvert  de  notes  marginales  :  c'est  ainsi  que  nous  avons  vu  Poelmann  pré- 
parer sur  un  exemplaire  de  son  texte  de  1568  sa  seconde  édition  qui  n'a  pas 
été  publiée.  C'est  justement  dans  les  passages  où  Vinet  modifie  son  texte 
de  1551,  que  l'édition  de  Gryphe  présente  les  fautes  d'impression  les  plus 
grossières.  Par  exemple,  Vinet  écrivait,  en  I55i>  v.  374  mores,  v.  388  qui 
luftrat,  leçons  qu'il  change,  dans  son  édition  de  1575,  en  moles  et  qui 
illuftrat.  Ces  corrections  devaient  surcharger  le  texte  de  1551  envoyé  à 
l'imprimeur  de  Lyon  :  Scaliger  les  aura  mal  lues,  et  c'est  pour  cela  qu'il 
écrit  dans  son  édition  molles,  qiice  illuftrat,  fautes  évidentes,  qui  ne 
peuvent  s'expliquer  que  par  une  mauvaise  lecture  des  corrections,  d'ailleurs 
médiocres,  que  Vinet  apportait  à  son  premier  texte  et  qu'il  a  conservées 
dans  son  édition  bordelaise. 


CXL  INTRODUCTION 

V.  225  fréquentent  me  semble  une  faute  d'impression  plutôt 
qu'une  conjecture. 

V.  290  Vinet  qui  écrivait  magnum  en  1551,  comme  tous  ceux 
qui  ont  édité  la  Moselle  avant  lui  et  après  lui  jusqu'à  Poelmann 
compris,  admet  magni,  en  1575,  et  Scaliger  écrit  Magni  :  à  qui 
revient  l'honneur  de  cette  correction?  Schenkl  et  Peiper  l'attri- 
buent, le  premier  à  Freher,  ce  qui  est  bizarre,  puisque  la  Moselle 
de  Freher  ne  parut  qu'en  1619,  le  second  à  Scaliger^  ce  qui  n'est 
pas  rigoiureusement  exact,  puisque  Peiper  met  dans  ses  notes 
critiques  «290  magni  Scaliger  i,  4»,  alors  que  Scaliger  écrit 
Magni  :  «  Quod  vulgo  edituni  ejl  :  Régis  opus  magnum  :  nonplacet  : 
legendum  enim,  Magni.»  {Auson.  Le6î.  I,  4.)  Les  Lectiones  ont 
paru  en  1574  :  préparé  depuis  longues  années,  le  Conimentarius 
de  Vinet  n'a  été  publié  qu'en  1580;  on  y  lit:  «  Régis  opus  magnum, 
magni,  mallem.  »  (Comment.  261 .)  Est-ce  le  Magni  des  Lectiones 
qui  a  conduit  Vinet  à  écrire  magni  dans  son  édition  et  dans  ses 
commentaires,  ou  la  correction  déjà  faite  de  Vinet,  déjà  introduite 
sous  la  forme  de  magni  dans  le  texte  envoyé  à  Gryphe  en  1567, 
qui  a  conduit  Scaliger  à  écrire  Magni  dans  ses  Lectiories  et  dans 
son  Aiisone?]Q  n'en  sais  rien.  Mais  comme  Vinet, dont  la  loyauté 
est  indiscutable,  dit  qu'il  a  préféré  écrire  magni,  je  suppose  que 
cette  correction,  admise  par  Schenkl  et  Peiper,  appartient  réelle- 
ment à  Vinet. 

V.  331  Scaliger  admet  le  premier  concepto,  leçon  du  B  qu'il  ne 
connaissait  pas.  Comme  il  ne  justifie  pas  cette  innovation  dans 
ses  Lectiones,  il  est  permis  d'y  voir  une  faute  d'impression,  plutôt 
qu'une  conjecture,  d'ailleurs  inadmissible. 

V.  464  Scaliger  fait  une  correction  Concèdes,  que  j'admets. 
Schenkl  qui  ne  l'adopte  pas  l'attribue  bien  à  Scaliger;  mais  Peiper, 
qui  l'adopte,  ne  dit  rien  de  son  origine.  On  trouvera  le  passage 
des  Lectiones  qui  justifie  cette  correction,  dans  le  Commentaire 
EXPLICATIF  (p.  134,  note  au  v.  464). 

V.  481  Scaliger  corrige  dextrœ  en  Dextrce.  Schenkl  et  Peiper 
adoptent  tous  les  deux  cette  correction,  sans  en  nommer  l'auteur. 
On  trouvera,  dans  le  Commentaire  explicatif  (pp.  137-140, 
note  aux  vers  480-481),  le  passage  des  Lectiones  qui  justifie 
cette  correction,  et  l'exposé  des  raisons  qui  me  font  ne  pas 
l'adopter. 

J'ai  établi  quelles  sont  les  différences  des  deux  éditions 
de  la  Moselle  publiées  en  1575  par  Vinet  et  par  Scaliger. 
Comme  les  Aiisonianae  Lectiones,  qui  ont  joui  d'une 
immense  notoriété,  ont  paru  avant  l'édition  bordelaise  de 


DEUXIEME    PARTIE 


CXLI 


Vinet,  on  peut  supposer  qu'elles  l'ont  aidé  puissamment 
à  moditier  son  texte  de  1551  :  il  est  donc  important  de 
coUationner  d'une  manière  complète  les  deux  éditions  de 
1551  et  de  1575,  et  de  rechercher  ce  que  Vinet  a  pu 
emprunter  aux  Lectiones  de  Scaliger  pour  l'établissement 
de  son  second  texte. 

lia  été  déjà  dit  (p.  LXXXV)  que  Vinet  n'eut  à  sa  disposition 
ni  les  mss.  de  la  Moselle,  ni  les  textes  antérieurs  à  ceux 
d'Ascensius  et  d'Aide.  Voyons  l'usage  que  l'éditeur  de  1 575 
a  fait,  pour  moditier  son  ouvrage  de  1551,  soit  des  anciennes 
éditions,  soit  des  nouvelles,  c'est-à-dire  de  la  Lyonnaise  qui 
lui  avait  plus  emprunté  qu'il  n'avait  à  lui  reprendre,  et  de 
l'édition  de  Poelmann  qui  lui  donnait  les  leçons  de  deux 
mss.,  soit  enfin  des  Ausonianae  Lectiones  de  Scaliger. 
Vinet  nous  indiquera  souvent  lui-même  dans  son  Commen- 
taire pourquoi  il  juge  à  propos  d'adopter  telle  ou  telle  leçon. 


Vers         Édit.  parisienne  de  i)5i. 

2  vico, 

3  Cannas, 
8   Tabernas, 

12  aër, 
14  rauiis 

17  diei. 

18  cuin 

19  Bui'digalœ 
21  baccho 

24  Belgœ  : 

26  ripas  : 

27  Nauigcr...pelagns,.. 

28  fluiiiiis, 

33  proJapfiis 

34  faxi : 

36  Cogeris, 

37  habes, 


Édit.  bordelaise  de  1575. 

vico  : 
Cannas  : 
Tabernas : 
aër  : 
raniis, 
diei  : 
quant  *[ 
Burdigaîœ, 
Baccho  ^- 
Belgce. 
ripas, 
.undas     Nauiger,  ...pelagus : 
fluuius : 
prœlapfus  ^5 
faxi. 
Cogeris  : 
habes  : 


.undas. 


^  L'édit.  de  1551  a  toujours  cum,  celle  de  1575,  presque  toujours  quum. 
Je  note  ici  cette  variante  une  fois  pour  toutes.  L'édition  de  1575  n'admet 
ciim  qu'aux  vers  172  et  338.  —  '-Leçon  de  Poelmann.  —  *5  Comment. 
244,  A:  «Sic  veiujlijjima  nojîrorum  e.vemplariimi.»  L'Ascensiana,  en 
effet,  a  prœlapfus  ;  d'ailleurs  les  mss.  cités  par  Poelmann  portent  pre- 
lapjus. 


CXLII 


INTRODUCTION 


Vers        Édit.  parisienne  de  i;  ;r. 

Édit.  bordelaise  de  1575. 

41   remulco 

rewu/co. 

43  quoties 

qiiotiens  * 

44  iiieatus. 

vieatus ? 

45  vluis, 

vluis  : 

46  cœno, 

cœno  : 

48  lœuia 

leuia  ^- 

49  cainpunt  : 

campum. 

50  defpeSiis 

de/peôîis. 

51  o/)»s. 

opus  : 

56  habens, 

habens. 

57  aër  ; 

aër. 

59  demerfa  ...vif a 

demerfa,  ...vif a, 

60  Cernimiis,  . .  .fluenti  : 

Cernimus  :  ...fluenti 

61   >neâ^  ...aquarîl 

meant  ...aquarum 

63  meatii. 

nieatu  : 

65  Jierbœ 

herbce. 

66  aqiias, 

aquas  : 

67  Calculus, 

Calculus  : 

68   To^a, 

Tota  ^5 

79  Nomina  qiiœ 

Nominaque,  &  Y 

80  /asj  /zajfrf  ille  finit 

fas.  haud  ille  finit  : 

81   Sortis, 

Sortis  : 

82  or/s 

cris. 

83  choros, 

choros. 

84  fluitantibus 

fluitantes  ^^ 

85  z;î!^er  /i(ce^  harenas 

interlucet  harenas, 

86  arifiis. 

arifiis  : 

87  inenfis  : 

menfis. 

88  ^u^a's  ; 

guttis. 

89  i?e(?o. 

REDO.  ^6 

92  ^î7zs  ; 

puis. 

93  amnem 

amnem. 

^  Correction  de  Vinet,  puisque  qiiotiens  ne  se  trouve  avant  lui  que  dans 
l'édit.  d'Ugolet  qu'il  ne  connaissait  pas.  L'édit.  de  Scaliger  (1575)  a  aussi 
quotiens.  —  ^^  L'édit.  de  1551  a  toujours  teîii«,  celle  de  1575,  leuia. ]e  note 
donc  ici  cette  variante  une  fois  pour  toutes.  Vinet  emprunte  à  l'Aldine 
l'orthographe  leuia.  —  ^5  L'édit.  de  1575  met  en  marge  de  ce  vers  une  *  qui 
prouve  les  réserves  que  fait  Vinet  sur  l'authenticité  du  texte.  Le  Comment. 
(246,  A)  parle  de  ceux  «  locum  Jnmc  qui  fine  vitio  ejfe  putant  ».  Vinet  ne 
partage  pas  leur  avis.  —  ^4  Leçon  de  Poelmann.  —  V  Leçon  empruntée 
aux  Castigationes  de  l'Ascensiana  de  151 1  et  aux  Lyonnaises,  1537,  etc.; 
les  édit.  de  1558  et  de  1568  ont  encore  fluitantibus.  —  ^6  Dans  l'édit.  de 
'575>  tous  les  noms  de  poissons  sont  en  capitales;  répétés  plusieurs  fois, 
ils  ne  sont  en  capitales  que  la  première.  Je  note  donc  ici  cette  variante 
une  fois  pour  toutes. 


DEUXIEME    PARTIE 


CXLIII 


Vers        ÉJit.  parisienne  de  1551. 

94  Liberior, 

95  «"«o^ 

98   Tra)ijie>'iin, 

01  peâîore, 

02  cœnœ^ 
04  capîtis, 
06  i/^r^ 

1 1  tergmn, . .  .luthea ^- . .  .iris, 

1 2  fucus, 

13  pinguefcis, 

15  Parca*\^  Jileho 

16  dignande,  marinis 

18  iners, 

19  coëunt, 

22  Lucius  ...vltia 

23  Objîdet  :  ...uftis 
26  hciDiis? 

28  getninas  neutrûque  6° 

29  mnbiguufque 

30  Sario  (en  marge /ar^o) 

35  Silure, 

36  y4(5?eo 

37  »'eor, 

38  Lober is,  ...foluis 

39  t'Z»/s, 
42  aquœ  : 

44  et  148  Ballena 

45  vento  iiiotu  vefuo 

46  mare, 

47  ^quora, 

48  tamen...  Mofellœ 

49  ^y^. 


Ëdit.  bordelaise  de  IS7;. 

Liberior 
œuo. 

Tranfierim  : 
peâîore 
cenœ,  ^ 
capitis  : 
Iftri, 

terguui:  ...lutea  ...iris, 
fucus, 
pinguefcis  : 
PERÇA  filebo, 
dignande  marinis, 
iners. 
coëunt. 

LVCIVS,  ...  vlua, 
Objïdet.  ...ufus, 
hauiis, 
geminas,  neutrumque,    ô= 

aiiibiguufque, 

FA  RIO  y 

SIL  VRE  : 

Aôiœo'^i 

reor. 

Laberis  :  ...foluis, 

vluis  : 

aquœ. 

ballœna  *6 

vento,  motu  vefuo, 

mare  : 

jEquora : 

tamen,  ...Mofellœ, 

ejî: 


*  Leçon  que  Poelmann  a  empruntée  à  son  Gemblacenjïs.  —  *-  et  '3  Mau- 
.•aises  leçons  de  l'Ascensiana.  —  ^4  Poelmann  admet  Sario,  d'après 
'autorité  de  ses  mss.  Vinet  reprend  la  leçon  de  l'Aldine  et  des  éditions 
suivantes.  Cf.  Comment.  250,  B  «  Fario.  Ita  exëplaria  omnia  noftra, 
prêter  parifiëfe,  quod  Fario  fcribebat,  S  pro  F.  »  Vinet  oublie  de  citer 
l'édition  de  Poelmann;  il  ajoute  plus  loin  que  Fario  lui  plaît  davantage 
parce  que,  en  allemand,  truite  se  dit  Forhin.  —  •>  Vinet  doit  avoir 
emprunté  la  correction  orthographique  A£iceo  aux  éditions  lyonnaises 
(1537,  etc.).  —  ^6  Leçon  qui  ne  se  trouve  que  dans  cette  édition  et  celles  de 
1590  et  1604.  Le  commentaire  de  1580  a  balœna,  celui  de  1590  et  1604, 
ballœna. 


CXLIV 


INTRODUCTION 


Vers         Édit,  parisienne  de  i;;!. 

1 52  pompant, 

1 55  iugi flexiifque  finit/que 

158  Rhodopen,  ...Pangea 

1 59  collis  : 

160  Garunnain. 

161  c//m2 

163  lyœo. 

164  clorfo. 

1 65  clamoribus  : 

166  laheiis 

167  Prohra...  cultor/hus : 

168  fylua 

169  locoriim  : 
lyi   ripis  : 

173  vadis, 

174  Terrent  ...fiucîuni 
176  aniicas 

178  Dicitur 

1^9  fretniii  ...forores 

181  œjîiis  : 

182  iiymphas, 

183  vadis,  ...natandi 

184  viaiius, 

185  Mëbra  ...liquidofq; 
187  loqui, 

1 89  fpscies, 

1 90  fluiuus  : 
194  inotihus, 

198  médium  ...confiidit 
200  quoq;  ...p~opas. 

203  pratis. 

204  Puppibus  &>  proris  alacris 

. .  .magijîros 

205  inanïi  ...vagâtem 

206  c?/e?;î 


Édit.  bordelaise  de  IJ"). 

pompain  : 

iugi,  flexufqiie,  sinufque, 

Rodopen  :  ...Pangœa^ 

collis. 

Garumnam..  ^^ 

Lyœo. 

dorfo, 

clamoribus . 

labeiis, 

Proba...  cultoribus.  ^5 

locorum. 
ripis, 

vadis  : 

Terrent,  ...fiuâîum. 

arnicas, 

Dicitur, 
fretuin,  ...forores, 

œjlus, 

Nyinphas, 

vadis  :  . .  .natandi, 

inaniis  : 

Membra  . . . liquidofqiie 

loqui. 
fpecies  : 
fluuius, 
motibus  : 

médium,  . . .  confundit  ^  > 
quoque  ...pompas! 
pratis, 
Puppibus,   6»  proris.   alacres 

..,magiJîros.*\^ 
manum  ...vagantem, 
dieni. 


^  Rodopen,  leçon  de  l'Aldine;  le  Commetit.  de  1580  a  Rhodopen,  celui 
de  1590  et  1604,  Rodopen;  Pang-œa,  correction  de  Poelmann.  —  ^-  Leçon 
vulgaire;  garunnam  ne  se  trouve  que  dans  l'Ascensiana  —  '3  Proba  est 
une  faute  d'impression  qui  ne  se  trouve  ni  dans  le  Comment,  de  1580,  ni 
dans  les  édit.  de  1590  et  1604.  —  ^/ijilua  est  la  leçon  de  Poelmann; 
fyliia  reparaît  dans  les  édit.  de  1590  et  1604.  —  V  Leçon  de  Poelmann.  — 
^(>  Alacres  que  je  ne  trouve  dans  aucune  édition  antérieure,  paraît  être 
une  correction  orthographique  de  Vinet,  comme  v.  2^0  faciles. 


DEUXIEME    PARTIE 


CXLV 


Vers         Édit.  parisienne  de  I5)i. 

Édit.  bordelaise  de  1575. 

207  Poffhabet,  excludet 

Pojihabet  :  exchidit  * 

209  Liber fulplmrei 

Liber,  fulfurei  ^  * 

2 1 0    Vefœiii  : 

Fe/eî«'  ;  ^  ' 

2 1 1   trimnphis 

triiDnphis, 

212  prœlia...  amores. 

Prœlia...  amores  t^'i 

216  Ciinibœ  : 

cymbœ  :  f  s 

218  Naumachiœ, 

Naumachiœ  : 

219  pont us  : 

pontus. 

223  formas, 

formas  : 

225  dextra 

dextra, 

227  iiautas, 

nautas. 

231   honorem. 

honorem 

232  charœ 

carœ  \  6 

233  /»(Zo, 

/î<c?o  ; 

234  piielîœ  : 

puellœ. 

235  métallo. 

métallo  : 

236  acws. 

acus  : 

237  captos 

cœpfat  f  7 

238  ludibria 

ludibria. 

240  facileis 

faciles  ^ 

242  pifcis  : 

pifcis  ? 

243  /î'ua 

lina. 

245  fliiinen 

flîwien. 

247  vndas 

vndas, 

248  connexa 

conuexa  ^9 

251   inuajit. 

inuafit  : 

252  /erre. 

ferri : 

253  indiciiim 

indicitim  : 

254  harimdo. 

harundo : 

255  mora, 

mora 

256  /)wer. 

puer. 

258  crepat, 

crepat  : 

259  rapinœ. 

7-apinœ  : 

262  anhelatis 

anhelantis  ^  '° 

^  Comment.,  255  :  «  Excludet.  Mallem  prae.fenli  tempore  excludit.  » 
L'édition  de  Lj'on  et  Poelmann  ont  excludet.  Vinet  emprunte  excludit  à 
1"  Aldine  et  aux  éditions  de  Séb.  Gryphe. —  ■  ^  Leçon  de  Poelmann. —  ^  3  Leçon 
de  Poelmann.  —  ^+  Leçon  de  Poelmann.  —  ■  >  Conjecture  d'Accurse  admise 
en  marge  par  l'édition  de  Lyon  et  par  Poelmann;  cymbœ  se  trouve  aussi 
dans  le  texte  de  l'Aldine,  etc.  —  ^6  Leçon  de  Poelmann.  —  ^7  Leçon  de 
l'Aldine. —  '^^  faciles,  que  je  ne  trouve  dans  aucune  édition  antérieure, 
semble  être  une  correction  de  Vinet.  —  ^9  conuexa  est  une  correction  de 
Vinet.  —  '^°  anhelantis  est  une  correction  de  Vinet  qui  se  rencontre  avec 
la  leçon  du  B  qu'il  ne  connaissait  pas. 


XIX 


CXLVI 


INTRODUCTION 


Ytrs         Édit.  parisienne  de  15  51. 

263  inualidos  ...plmifns, 

264  treniores, 

265  ricins, 
267  Sic 

271  animas, 

278  Experius 

281   coiiuertere 

284  faxis  ...culmine  villœ 

286  Amnis, 

289  Calchedonio 

290  magnum,  ...vndis 

291  Europœq; 
293  Caurorum  : 
296  ^ene  nianus, 
298  potis...  retexens 

300  aliger 

301  Euboicœ, 
303  Cecropïus,  ...hojle 


Édit.  bordelaise  de  1)7). 

inualido  ...plau/us.  ^ 

riâîus  : 
Sic, 

animas  : 
Experius, 
conuerrere  ^^ 
faxis,  ...culmine,  villœ. 
Amnis  : 
Chalcedonio  ^5 
tnagni,  ... vndis, '^'^ 
Europœque, 
caurorum. 
pœne  manus.  ^5 
poiis,  ...reiexens, 
aliger, 
Euboicœ. 
Cecropius  :  ...hofte. 


306  marqué  d'un  *  dans  l'édition  de  1575  ^6. 

307  Hehdomas,  ...aries  : 

308  ^%  ...nianus, 

309  ISiinus, 
3 1  o  volucres,  perimiiq; 
312  Dinochares, 
314  ainoris 
316  Corus  Achates, 
318  er^^o  ...Jimiles 

320  villas, 

321  /rtXZ, 

322  crepidine  ripœ, 


Hehdomas.  ...aries, 
Atque  ...manus  : 
lôîinus. 

volucres  :  periniitque 
Dinochares  : 
aînoris, 

totus  Achaies,  *  ^7 
erg^o,  ...Jimiles, 
villas. 
faxi. 
crepidinœ  ripœ.  ^s 


f  L'édition  de  Lyon  etPoelmann  gardent  inualidos;  mais  ce  dernier  note 
en  marge  la  leçon  inualido  de  ses  mss.,  que  Vinet  adopte.  —  ^^  conuerrere, 
conjecture  d'Accurse  (confirmée  par  le  texte  du  G),  admise  par  l'édition  de 
Lyon  et  par  Poelmann.  —  ^5  Chalcedonio,  leçon  de  Poelmann. —  V  Com- 
vtent.,  261  :  «  Régis  opus  magnum,  magni,  mallem..  Darius  Perfarum 
rex,  Xerxis  pater,  coftrato  in  nauibus  ponte,  exercitum  in  Europa  hac 
traijecit  (sic)...  Opus  autem  hoc  magnum  ait,  vt  mirum  atq;  ingens  facinus, 
quum  propter  peruicax  maris  ingenium,  tum  ob  pontis  magniludinem.  » 
On  attribue  d'ordinaire  cette  correction  à  Scaliger  qui  écrit  Magni.  — 
'^'y  pœne  orthographe  de  Poelmann.  —  '6  Comment.  262  :  «  Ego  de  ifto 
Margeo,  feu  Mergeo,  vt  aliter  fcribitur,  nihil  comperi...  Marci  pro  Mar- 
geilegendum  effe,funt  quidam  fufpicati...».  —  ^7  Vinet  ne  dit  pas  pourquoi 
il  revient  à  totus,  leçon  de  l'Aldine  :  «  Quam  incertœ  periculofeque  funt 
conjeClurae.  »  (Comment. ,  263  C.)—*\i  crepidinœ  est  une  faute  d'impression 
qui  ne  reparaît  ni  dans  le  Comment,  de  1580,  ni  dans  l'édit.  de  1590. 


DEUXIÈME    PARTIE 


CXLVII 


Vers 

324 
325 

328 

329 
330 

337 
341 
353 
354 
356 
357 
359 
361 

362 

365 

366 

367 
368 

369 
370 
372 
373 
374 
376 
377 
378 
379 
381 

385 
386 
388 


ÉJit.  parisienne  de  i;;i. 

refit git ,captnmq;  ...amnem  . 
collent 

afpera  vifus, 
montis, 

Sublïniiq;  ...teâîo 
altatn  ...Memphitica 
fulphurea 
laiiacri 
Pojfent, 
Pronece 
fiuentis, 
permixta 
Gelbis  ...Eruhrus 
celfis  ...pi/cibus 
rotatu  : 

tenuemq;  Drachonum  : 
fluorés. 

mollis  Aratius 
vocat, 

atigujîis  ...mûris 
hoc...  labës 
alij 


cupiunt, 
mores  : 
oris, 
Tybris 

mihi  ...potens,  pulfa  ara 
Inuidia,  . .  .linguœ  : 
frugumq;  virumq; 
Ingenium 
Catones, 
qui  lujlrat 


Édit.  bordelaise  de  i;";. 

refiigit:  captumque  ...amnem. 

collent, 

afpera,  vifus  : 

montis  : 

Sublimique  ...teâîo, 

altam,  ...Memphitica, 

stclftirea  ^ 

lauacri, 

Poffent  : 

PRON^My 

fiuentis  : 

perniifla  ^  5 

GELBIS,  ...ERVBRVS, 

Gelbis  ...pifcibus.  Y 

rotatu, 

tenuemque  DRAHONVM,  *{• 

fluorés  : 

molle  SARAVVSY 

vocat  : 

Augujîis  ...mûris, 

hoc,  ...labens, 

alij, 

cupiunt. 

moles.  ^7 

oris  : 

Tibris  ^  s 

mihi,  ...potens.  pulfa,  oro, 

Inuidia:  ...linguœ, 

fruguntque,  virum^que 

Ingenium, 

Catones  : 

qui  illuftrat  ^ 


*  Leçon  de  Poelmann.  —  ^^  Tous  les  noms  de  fleuves,  jusques  et  y 
compris  ALisONTiA,  sont  en  capitales  dans  l'édit.de  1575.  CowtweM^.,  265  : 
«  Quidam  Hhri  Pronœœ  (faute  d'impression  dans  l'édit.  de  1590:  Prœneœ) 
fcribunt,  média  diphthongo.  »  Je  ne  trouve  Pronœœ,  dans  aucune  édition 
antérieure  à  celle  de  1575.  — *i^  permijîa  est  la  leçon  de  Poelmann.  — 
•[4  Comment.,  266  A  :  «  Legendum  prorfus,  vt  ante,  Gelbis,  nifi  forte  malis 
cum  Scaligero  noftro  Gelbis.  »  —  ^>  Leçon  du  liber  C.  Gualtheri  que 
Poelmann  donne  en  marge.  —  *6  molle  est  une  faute  d'impression,  corrigée 
dans  les  Emendanda,à.  la  fin  du  volume.  «  Annotauit  Pulmannus,  Gomitë 
Nuenariû,  locum  hune  fie  emendaffe.  »  {Comment.,  266  G.)  —  •"  Leçon 
de  l'édition  de  Lyon  et  de  Poelmann.  —  *8  Leçon  de  la  Juntine.  —  ^^  Leçon 
de  l'Aldine. 


CXLVIII 


INTRODUCTION 


Vers         Édit.  parisienne  de  15  51. 

2,Sg/paciatus 
391   cJielyn 

393  oci 

394  ho  nos, 

395  mores, 

397  Piérides, 

398  Perciirrent, 
40 1   reis, 

404  Quintiliani  : 
406  fecures  : 
4 1  o   Tantû  non 
41  I  priniis, 
412  fuurn, 
415  virorum, 

417  fliiuiiim,  Rheniq; 

418  Rhene 

4 1 9  péplum,  fpacinmq; 

...fluenti 

420  aquis  : 

421  î;r6/s 

422  triumphos. 

423  Litponuduin, 

424  latijs 

425  6e/Zz  ; 

^2(y  feret,  ...itinâîi, 

428  Rliene  videri  : 

429  habet, 

430  No  mine  :   tu  fratreni  ... 

adopta, 
432  r?>is, 

435  tremant, 

436  anini, 

438  viuifica...  gentetn 

439  hofpitijs,  non  (en  marge 

442  mores 


Édit.  bordelaise  de  1575. 

fpatiatus  ^ 
chelyn, 
otij  ]^ 
ho  nos  : 
mores. 
Piérides  : 
Perciirrent. 
reis. 

Qiiinâîiliani.  ^  5 
fecures. 
Tantumnon^^ 
primis. 
fuxim  : 
virorum. 
fiuiiimn  :  Renique  ^  5 

péplum  :  fpatiiimque*\^ 

...fluenti, 
aquis. 
vrbis, 
triumphos , 
Liipodunum,  ^7 
Latiis  '8 
belli. 

feret.  ...iunâîi  : 
René  videri, 
habet. 
Noinine.  tu  fratrem,  ... 

adopta . 
ripis  : 
tremant. 
amni. 

VIVISCA...gentem,y 
hofpitiis  nunc  ^'° 


^  Leçon  de  l'édit.  de  Lyon  et  de  Poelmann. —  ^^  Leçon  de  l'Aldine.  — 
^3  Leçon  de  Poelmann.  —  ^4 Le  Comment,  de  1580  a  lantiim  non  (faute 
d'impression);  le  Comment,  et  l'édit.  de  1590  ont  Tantum  non. —  ^>  Reni- 
qtie,  René  (v.  418  et  428),  leçon  particulière  aux  édit.  de  1575  et  1590.  — 
•6  Leçon  de  l'édit.  de  Lyon  et  de  Poelmann.  —  '7  Correction  admise  en 
marge  par  l'édit.  de  Lyon  et  par  Poelmann. —  ^8  Latijs,  leçon  de  Poelmann. 
—  ^9  Correction  de  Vinet.—  V°  L'édit.  de  Lyon  et  Poelmann  ont  non  dans 
le  texte,  nnnc  en  marge. 


DEUXIÈME    PARTIE 


CXLIX 


Vers         Édit.  parisienne  de  15  51. 

443  concinofas 

444  Mufœ. 

445  affeôlo,  veniam  peto, 

446  amnis 

447  Aganippen  : 

450  Augujlus,...  nati...  cura 

451  decoratuin 

452  disciplinœ  : 

454  fubter  laberis  alueo, 

455  niiiris  : 

456  Addam,  ...rerum: 

458  colonos, 

459  labores 

462  7ion  Gallis 

463  œ/ÎM 

464  Duranide 

465  Amnis,  ...Tarneni, 
471   honorent, 

4'J2  meatus, 

473  /o/«îs  : 

474  Cainœnœ, 

475  ocza 

476  letoq;*^^ 

477  fontes 

478  Flumina,  ...Pagorum^^ 

479  ripis, 

481  tneat...  Rhodanns 

483   Omnibus  aquoreœ  (faute 

d'impression). 
483  Garunnœ. 


Édit.  bordelaise  de  1575. 

concino.  Fas 
mufœ.  ^ 

affeôio.  veniam  peto. 
amnis, 
Aganippen. 

Augujlus...  natus...  cura,  ^ 
decoratum, 
disciplinœ, 
fubterlaberis  alueo  : 
m.uris. 

Addam...  rerum, 
colonos. 
labores, 
non,  Gallis, 
œftu. 

DVRANIdey 
Amnis:  ...TARNEM. 
honoretn  : 
meatus  : 
foluis, 
camenœ,  ^+ 
otia^'^ 
lœtoque 
fontes, 

Flumina:  ...pagorum 
ripis. 

méat,  ...RodanusY 
Amnibiis  œquoreœ 

Garumnœ'i^ 


Pour  que  cette  collation  des  deux  éditions  soignées  par 
Vinet  soit  complète  dans  tous  ses  détails,  il  faut  ajouter  que 
l'édition  de  1551  n'a  qu'un  seul  alinéa,  au  v.  418. 


f  Leçon  de  l'Aldine.—  ^  Les  édit.  de  Bâle  et  de  Séb.  Gryphe  ont  natus. 
—  *3  Leçon  de  Poelmann;  tous  les  noms  de  fleuves,  cités  dans  les  vers 
461-479,  excepté  Mofella,  Roclaniis,  Garmnna,  sont  écrits  en  capitales 
dans  l'édition  de    1575.   —  *^  Poelmann  écrit  Camenœ.  —  V  Leçpn  de 


que 


pas.  —  ^9  Leçon  de  l'édit.  de  1558  et  de  Poelmann. 


CL  INTRODUCTION 

Le  texte  de  la  Moselle,  donné  par  Vinet  en  1575,  est 
donc,  à  peu  de  différences  près,  ce  qu'il  était  vingt-quatre 
ans  auparavant  dans  l'édition  parisienne.  Ces  différences 
portent  principalement  : 

1°  Sur  la  ponctuation.  —  Vinet  semble  abuser  en  1575 
des  signes  de  ponctuation  qu'il  multiplie  sans  nécessité.  Il 
n'y  a  guère  d'amélioration  en  ce  sens  qu'au  vers  116;  par 
contre  le  point  introduit  au  milieu  du  v.  204  constitue  une 
véritable  faute. 

2°  Sur  l'orthographe.  —  Vinet  évite  les  abréviations  :  il 
écrit  toujours  que  et  non  q;,  comme  en  1 55 1 ,  pompas  et  non 
pôpas, etc.  L'orthographe  de  Poelmann  a  sensiblement  influé 
sur  celle  de  l'édition  bordelaise  ;  la  tradition  de  l' Ascensiana 
se  fait  beaucoup  moins  sentir  qu'en  1551  ;  plusieurs  chan- 
gements orthographiques  sont  empruntés  à  l'Aldine,  alors 
que  Poelmann  reste  fidèle  au  texte  d'Ascensius.  Les  seules 
corrections  orthographiques  qui  appartiennent  à  Vinet 
sont:  V.  43  qiiotiens,  v.  481  Rodanits{(\m  se  trouvent  déjà 
dans  l'édition  d'Ugolet  qu'il  ne  connaissait  pas  ;  la  première 
est  bonne,  la  seconde,  mauvaise);  v.  144,  148  ballœna, 
V.  354Pro7ifea?,  v.  417,  418,  428  i?e;wgne,  i?e«e  (mauvaises 
corrections);  v.  204  alacres,  v.  240 faciles,  v.  474 cajwewce 
{Camence,  Poelmann)  :  ces  trois  dernières  sont  bonnes. 

Pour  ce  qui  est  des  changements  proprement  dits  dans 
le  texte,  Vinet  prend  à  Poelmann  surtout  et  aux  éditions 
antérieures  quelques  bonnes  leçons  (v.  79,  84,  198,  207, 
281,  365,  367,  423,  464),  et  quelques  mauvaises  (v.  374, 
392,  439).  Cinq  corrections  lui  sont  personnelles  : 

V.  262  anhelantis  (leçon  du  B,  que  Vinet  ne  connaissait 
pas);  cette  correction  est  mauvaise  et  Vinet  ne  l'explique  pas 
dans  son  Comment.  C'est  peut-être  une  faute  d'impression. 

V.  361  Gelbis.  Cette  correction,  que  je  n'adopte  pas,  est 
la  seule  oii  l'on  puisse  noter  l'influence  des  Lectiones.  Vinet 
cite  et  discute  le  texte  proposé  par  Scaliger,  sans  s'y  confor- 
mer (voir  p.  CXLVII,  note  4). 

Les  trois  autres  constituent  des  améliorations  très  impor- 


DEUXIÈME    PARTIE  CLI 

tantes  :  v.  248  conuexa;  v.  290  magni;  v.  438  VlviSCA. 
La  première  de  ces  corrections  est  bien  attribuée  à  Vinet 
par  Schenkl  et  Peiper;  il  a  été  dit  plus  haut  (voir  p.  CXL) 
pour  quelles  raisons  la  deuxième  semble  due  à  Vinet  et  non 
à  Scaliger;  enfin  tous  les  critiques  font  honneur  de  la 
troisième  à  Scaliger. 

Scaliger,  d'ailleurs,  se  vante  en  termes  exprès  de  cette 
correction  ;  il  s'exprime  ainsi  au  commencement  du  chapi- 
tre V  du  livre  I  de  ses  Ausonianae  Lectiones  :  «  N^on  patiar 
injignem  labent  in  tant  excellenti  poëmate  refidere,  quœ 
hodie  in  epilogo  eiufdem  operis  legitiir  : 

Hœc  ego  viuifica  ducens  ab  origine  gentent. 

«  Legendum  enim  Viuifca.  Burdigala  enim  Caput  Bitii- 
rigwn  Viuifcorum;  &•  ita  in  infcriptione  Biirdigalenji 
legitur  : 

AVGVSTO  SACRVM 
ET  GENIO  CIVITATIS 
BIT.  VIV. 

«  Alioqui  Vibifci,  &■  Binifci  fcriptnm  legitur.  »  Voici  le 
texte  exact  de  cette  inscription  qui  se  trouve  à  Bordeaux 
au  dépôt  d'antiques  de  l'hôtel  Jean-Jacques  Bel,  tel  qu'il  a 
été  reproduit  par  M.  Jullian  :  ^ 

AVGVSTOSACRWl 

eTgeniocviTaTis 

BIT- VIV- 

Cette  inscription  était  connue  longtemps  avant  Scaliger  : 
«  La  première  mention  de  ce  monument  se  trouve  en  i  534, 
dans    le  recueil  d'Apianus...  Vinet  qui  vit  le  monument 

*f  Histoire  d'une  Inscription:  lecture  faite  à  la  Société  archéologique 
de  Bordeaux,  le  12  novembre  iS^t,  tt  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux, 
Bordeaux,  1887,  t.  I,  p.  i. 


CLII  INTRODUCTION 

dès  1552,  en  ignora  toujours  l'origine  :  le  ne  faurois  dire 
—  dit-il  dans  son  Antiquité,  éd.  de  1574,  s.  28  —  commet 
s'eji  tromié  cete  antiquité.  »  |  Sans  doute,  L' antiquité  de 
Bourdeaitx,  \\  Prefentee  au  Roy  le  treziefnie  iottr  d'Auril, 
Il  Van  mille  cinq  cens  foixante  &=  cinq.  \\  A  Poitiers,  \\ 
de  l'Imprimerie  d'Engnilbert  de  Marnef.  \\  iS6S-V  ||  ne 
renferme  pas  la  phrase  concluante  qui  se  trouve  dans  la 
deuxième  édition  de  VAntiqtdté. 

On  lit,  en  effet,  dans  L'ANTIQVITÉ  ||  de  ||  BOVR- 
DEAVS,  Il  Et  de  Bovrg,  prefentee  au  Roi  Charte  neu- 
fief  me,  le  treziefme  j|  ioiir  dtc  mois  d'Auril,  l'an  tnille  cinq 
cens  foixante  &  cinq,  \\  aBourdeatis,^  Ihor  s  premièrement 
publiée,  tnais  \\  dejniis  reueiie,  &>  augmentée,  &'  a  cefte 
a7i-  Il  tre  imprcjjion  enrichie  de phtfieurs  \\  figures,  parfon 

azf^ewr  II  ElieVinet.  || ||  ABovrdeavs,  |]  par  Simon 

Millanges,  rue  Saint  lamme,  près  [|  la  maifon  de  la  ville. 
Il  1574.  Il  ,  à  la  suite  d'une  discussion  sur  le  fait  que,  dans 
l'antiquité,  «  ceus  qui  lors  tenoint  Bourdeaus  f'appelloint 
Bitvriges  Vivisci  »  (s.  22),  ces  lignes  oii  Vinet  revendique 
hautement  la  paternité  de  la  fameuse  correction  :  «  Nul  ne 
doute,  que  le  poëte  AvsONivs  n'ait  efté  enfant  de  Bourdeaus. 
Il  s'appelle  Viuifque  fur  la  fin  de  la  Mofelle,  en  cette  forte. 

Hcec  ego  Viiiifca  ducens  ah  origine  genteni. 

»  Il  eft  vrai,  qu'en  tant  que  Ton  a  veu  encore  de  liures 
imprimés,  il  i  a  Viuifica,  pour  ce  Viuifca,  mais  que  pourroit 
élire  la  ce  fot  mot  de  Viuifica?  lequel  ie  n'ai  onques  douté, 
qu'il  n'euft  efté  fait  par  quelqu'vn  qui  n'auoit  onque  leu,  ni 
oui  parler  du  nom  de  Vitiifcus  :  &  ainfi  n'ai  fait  difficulté  de 
foudain  le  rechanger.  »  Quand  Vinet  écrivait  ces  lignes  qui 
furent  publiées  en  1574,  il  ne  connaissait  pas  encore  le 
«  liure  imprimé»,  les  Ausonianae  Lectiones  où  l'impudent 
Scaliger  se  posait  en  correcteur  de  Viuifica;  mais,  alors  qu'il 

*\  Jullian,  Inscript,  rom.  de  Bordeaux,  t.  I,  p.  5. 
■  2  In-40  Biblioth.  Nation.  —  Rés.  L  K  7   1 1 12. 


DEUXIEME    PARTIE  CLIII 

a  en  mains  et  les  Lecilones  de  1574  et  l'édition  lyonnaise 
de  1575,  il  répète  son  affirmation  avec  plus  de  force;  dans 
son  COMMENTARIVS  IN  AVSONII  VRBES  (208,  C),  il  dit 
encore,  à  propos  des  Bituriges  Vivisques  :  «  Veru  altero 
illo  Buniigalenjln  vocabulo  etià  Aiifoni'  Diinligalenjis 
fe  appellarat  in  extremo  Mofella,  vbi  nos  repofnunus 
ViViSGA,  pro  Viuifica,  viëdofo  verbo  :  qiiod  in  ônibtis 
noftris  exeplarib' .  »  En  1580,  dans  sa  Préface,  Vinet  fait 
encore  allusion  à  sa  correction  :  sans  s'abandonner  à  des 
récriminations  qui  ne  conviennent  pas  à  son  caractère,  il 
se  borne  à  rappeler  que  Scaliger  lui-même  a  beaucoup 
approuvé  le  changement  de  vivifica  en  vivisca  :  «  Qtiû 
refcripjijjet  Scaliger,  ac  niihi  milita  falnte  afcripta,  locû 
illTi  de  Vinifca pro  viuifica  mire  probajfet. . .»  (  1 ,  D.)  Cette 
simple  constatation  de  fait  est  une  exécution  sommaire  et 
sans  appel  de  Scaliger^. 

Nous  avons  essayé  de  faire,  pour  ce  qui  concerne  les 
corrections  apportées  au  texte  de  la  Moselle  par  Vinet  et 
par  Scaliger  cette  «  enquête  scrupuleuse  »  que  demandait 
M.  Dezeimeris  dans  une  note  de  sa  lettre  «  A  propos  d'ttn 
manuscrit  d'Ausone  »,  note  citée  plus  haut.  Quel  est  le 
résultat  de  cette  enquête? 

Vinet,  dès  1551 ,  a  emprunté  àl'Ascensiana  les  corrections 
suivantes  : 

Vers  Vers 

65    Vtq;.  321   natiui. 

2id>  fpe£iante.  ^^og  popiUiunq;. 

237    Vibrât is  captos.  413  reddet. 

316  Coriis.  429  nil. 

corrections  attribuées  par  Schenkl  et  Peiper  à  l'édition  de 
Lyon  de  1558  qui  les  a  simplement  prises  dans  VAusone 
de  1 55 1 .  Schenkl  attribue  en  outre  à  la  Lyonnaise  la  correc- 
tion Sicca  fed  in  prima  afpergis  vejîigia  lyinpha  (v.  47), 
qui  appartient  à  la  première  édition  de  Vinet. 

1  Voir  p.  GXXX. 

XX 


CLIV  INTRODUCTION 

Schenkl  et  Peiper  attribuent  à  Scaliger  la  correction 
Menecratis  (v.  307),  qui  appartient  à  la  première  édition 
de  Vinet. 

Schenkl  et  Peiper  attribuent  à  la  Lyonnaise  les  corrections 
refljctis  (v.463)  etNiunine  (v,  468),  qui  appartiennent  à  la 
première  édition  de  Vinet. 

Peiper  attribue  à  Scaliger  la  correction  viagni  (v.  290) 
qui  appartient  à  la  deuxième  édition  de  Vinet.  Scaliger 
proposait  Magni. 

Schenkl  et  Peiper  reconnaissent  à  Vinet  la  paternité  de 
la  correction  conuexa  (v.  248),  qui  se  trouve  dans  sa 
deuxième  édition. 

Schenkl  et  Peiper  attribuent  à  Scaliger  la  correction 
Vivifca  qui  appartient  à  la  deuxième  édition  de  Vinet. 

Voilà  la  part  de  Vinet  :  quant  à  Scaliger,  dans  ses  Lec- 
tiones,  il  propose  v.  i  hunine,  correction  inutile  qu'il 
n'adopte  pas  dans  ses  éditions,  pas  plus  que  ne  l'ont  fait 
Schenkl  et  Peiper.  (Voir  mon  Commentaire,  p.  49.) 
V.  359  et  361 ,  Scaliger  propose  Celbis  (voir  mon  Commen- 
taire, p.  103),  qu'il  n'adopte  pas  dans  ses  éditions,  mais 
que  j'admets  comme  l'ont  fait  Schenkl  et  Peiper.  V.  464, 
Scaliger  admet  Concèdes,  correction  que  j'adopte-,  V.  481, 
Dextrœ,  correction  qui  me  semble  mauvaise.  En  somme, 
quatre  corrections  en  tout  pour  les  483  vers  de  la  Moselle;  et 
sur  les  quatre,  deux  en  tout  qui  me  paraissent  acceptables. 
On  voit  que,  pour  la  Moselle,  qui  seule  nous  occupe,  «  Vinet 
n'a  rien  à  perdre  à  l'enquête  scrupuleuse  »  que  M.  Dezeimeris 
demandait. 

J'ai  extrait  du  Commentaire  de  Vinet  et  des  Leçons  de 
Scaliger  tout  ce  qui  a  rapport  à  l'établissement  du  texte. 
L'essentiel  des  remarques  historiques,  géographiques,  etc., 
contenues  dans  ces  deux  ouvrages  se  trouvera  dans  mon 
Commentaire  explicatif.  Réimprimés  plusieurs  fois,  ils 
l'ont  été  tous  deux  sans  changement,  tout  au  moins  pour  ce 
qui  concerne  la  Moselle.  En  tête  du  texte  des  Lectiones, 
contenu  dans  cet  Ausone  de  i  590,  qui  renferme  à  la  fois  la 


DEUXIEME    PARTIR  CLV 

Préjace  où  Vinet  établit  qu'il  est  l'auteur  de  la  correction 
ViViSGA  et  les  Lectiones  où  Scaliger  prétend  que  l'honneur 
lui  en  revient,  Millanges  annonce  au  lecteur  que  s'il  y  a  des 
modifications,  la  responsabilité  en  revient  à  Scaliger  lui- 
même  :  <iHis  meis  precibns  ille  commoUis . . .  correxit  qiice 
iam  fcripferat  &  detraxit  nonmilla*^.»  Pour  ce  qui  a  rap- 
port à  la  Moselle,  je  ne  trouve  qu'un  mot  changé  :  le  texte 
de  1575  avait  Narbonam  (I,  5);  celui  de  i^go  a.  Maffiliani. 
La  modification  est  au  moins  malencontreuse^^.  Quant  aux 
Commentaires  de  Vinet,  une  lettre  de  Scaliger  citée  par 
Fabricius  \  >  prétend  qu'ils  ont  été  considérablement  modifi.es 
après  1580,  grâce  aux  Lectiones:  iEjtis  fecimdœ  editionis 
commentarii  ineminit  Jofeplnis  Scaliger  p.  40^.  Epijt. 
Gryphum  ternarii  Aufoniani  exptojîtîirus  ad  Nicoianm 
Michaëliîim  :  Scis  quam  non  vulgaris  eruditio  fit  in  poëmatis 
Aufonii.  In  quibus  Gryphus  ternarii  melioribus  seui  nofl:ri 
Grammaticis  crucemfixit,  quamquamconatus  omnium  elufit 
recondita  &  vélo  aenigmatum  fummota  doârina  :  Nam 
Syluius  Ambianus  nihil  nifi  triuiali  moneta  percuffit.  Bonus 
Vinetus  non  folum  fibi,  fed  &  eruditioribus,  etiam  in  iis,  qua3 
plana  lunt,  diffidit.  Et  quamuis  in  commentario  fecundo, 
quod  nuper  pofl;  ejus  mortem  recoélum  eft,  multa  de  noftris 
leélionibus  Aufonianis  in  fuas  diatribas  tranfcripferit, 
nihil  tamen  quo  dodioribus  Aufonius  familiarior  fieret 
exprompfit.  »  Que  veut  dire  Scaliger  par  le  second  Com- 
mentaire de  Vinet?  Désigne-t-il  le  Commentaire  de  1590? 
Mais  celui-ci  ne  diffère  en  rien  du  Commentaire  de  1  580*1  ^ 
Est-ce  à  ce  commentaire  de  1580  qu'il  fait  allusion,  et 
entend-il  par  premier  commentaire  celui  que  Vinet  préparait 
dès  avant  1 55 1 ,  comme  il  le  dit  dans  sa  Préface,  celui  qu'il 

^  «  Simon  Millangius  typographns  Leôiori  »,  au  verso  du  titre  où  on 
lit  :  «  Omnia  ah  Auâiore  recognita  ô=  emendata  hac poftrema  editione.  » 

■-  Voir  Commentaire  explicatif,  p.  138. 

•5  Bibl.  Med.  et  Inf.  Lat.,  1.  I,  p.  421-422. 

V  J'ai  cité  (p.  CXXXV)  la  phrase  de  Millanges  qui  prétend  que  Vinet  a 
corrigéetaugmentésesCommentaires  après  1580:  maisles  Commentaires  de 
la  Moselle  et  de  quelques  autres  pièces  que  j'ai  collationnésminutieusement 
(p.  ex.  celui  du  Go'j!'/'!«s)  sont  exactement  en  1593  ce  qu'ilsétaient  en  1580. 


CLVI  INTRODUCTION 

gardait  dans  ses  cartons  alors  qu'il  envoyait  le  texte  seul  à 
Gryphe,  en  1567,  celui  que  Jacques  Salomon  communiqua 
à  Scaliger,  et  où  se  trouvait  la  correction  Vivisca  que  ce 
dernier  admirait  tant?  Le  second  Commentaire  serait  alors 
le  travail  revu  et  corrigé  entre  1575  et  1580  pendant  les 
loisirs  forcés  que  le  manque  de  papier  faisait  à  Vinet  :  c'est 
pour  ce  travail  que  nous  connaissons  seul,  qui  a  été  seul 
publié,  que  Vinet  aurait  pillé  les  Lectiones .  Scaliger  le 
prétend  au  moment  où  Vinet  ne  peut  plus  répondre  et 
alors  que  nous  ne  connaissons  pas,  pour  le  comparer  au 
Commentaire  de  1580,  le  premier  travail  inédit  préparé 
entre  1 55 1  et  1 575.  Mais,  nous  savons  que  Scaliger  a  volé  la 
correction  Vivisca;  il  en  a  pris  d'autres  probablement  aux 
notes  de  Vinet  que  Salomon  avait  eu  l'imprudence  de  lui 
communiquer.  Nous  ne  pouvons  attacher  aucune  créance 
à  ces  imputations  calomnieuses  :  Scaliger  n'use-t-il  pas  du 
procédé  familier  aux  filous  qui  après  avoir  dérobé  quelque 
objet  à  un  étalage,  sont  les  premiers  à  courir  dans  la  rue 
en  criant  au  voleur?  Souchay,  qui  rapporte  ce  passage  de 
la  lettre  à  N.  Michaëlius^,  est  partagé  entre  son  respect 
pour  Scaliger  et  son  estime  pour  la  consciencieuse  érudition 
de  Vinet:  «Severtim  quidem  ac panlo  iniqiiiiis  jndiciimi. 
Etfi  enUn  verbofus  eft  Vinetus  ut  qiti  maxime,  atqxie 
habet  longe  phirinia  qiice  nihil  ad  rem  faciant,  in  eo 
tamen  laudandus  venit ,  quod  mnltnm  aperce  ac  laboris  in 
emendando  Poëta  noftro  confuynpferit.  »  La  verbosité  de 
Vinet  !  C'est  le  grand  reproche  qu'on  lui  adresse  :  dans  son 
avis  au  lecteur,  Tollius  parle  du  mal  qu'il  a  pris  à  couper 
l'inutile  de  ces  trop  longs  Commentaires  :  «Phirimus  labor 
exhaîcjtus  eji  in  circumcidendis  verbojîjjîmis  Vineti  com- 
inentariis.»  Vinet  est  verbeux  comme  l'était  son  contem- 
porain Lambin,  le  savant  commentateur  de  Lucrèce,  comme 
le  sont  tous  les  érudits  consciencieux  qui  veulent  expliquer 
leur  auteur  à  grand  renfort  de  preuves  et  de  rapprochements. 


*  Edit.  in  us»  Delph.,  Dissert,  p.  XXXVJ. 


DEUXIExME    PARTIE  CLVII 

qui  ne  craignent  pas  les  longs  développements  quand  ils 
leur  semblent  nécessaires  pour  amener  la  persuasion  dans 
l'esprit  du  lecteur.  Scaliger  a  beau  jeu  à  ne  pas  être  ver- 
beux, lui  qui  affirme  sans  prouver,  lui  qui  impose  son  opinion 
infaillible  en  style  d'oracle  :  douter,  après  qu'il  a  daigné 
parler,  serait  un  sacrilège.  Les  traditions  du  prophète  des 
Atisonianœ  Lectiones  sont  suivies  fidèlement  par  les  criti- 
ques allemands  qui  font  précéder  leurs  corrections  d'un 
ego  sacramentel,  sans  les  faire  suivre  d'une  justification 
nécessaire.  «Moi,  dis-je,  et  c'est  assez!  >  Mais  le  lecteur 
français,  qui  veut  être  respecté,  comme  l'on  sait,  ne  se  paie 
pas  de  mots  :  une  bonne  démonstration  à  Tappui  ferait  bien 
mieux  son  affaire.  C'est  pourquoi  aux  aphorismes  concis  de 
Scaliger  nous  préférons  les  verbeux  développements  oîi 
Viriet  nous  donne  la  raison  de  ses  corrections  et  de  ses 
doutes;  car  il  sait  douter  et  confesser  qu'il  hésite  et  qu'il 
ignore.  D'autre  part,  il  est  bien  flatteur  pour  le  lecteur  de 
s'entendre  dire,  surtout  par  Scaliger,  qu'il  est  plus  docte 
qu'un  laborieux  commentateur  :  «  Bonus  Vinehis  nonfolimi 
Jibi  fed  &=  eruditioribits  etiam  in  Us  qtice  plana  fnnt 
dijfidit.  »  Après  avoir  parcouru  les  patients  commentaires 
de  Vinet,  on  trouve  facile  et  indigne  d'explication  ce  que 
Vinet  a  permis  de  comprendre  ;  on  s'indigne  contre  ce 
bonhomme  qui  se  défie  du  sens  de  plus  érudit  que  lui.  On 
méprise  l'esprit  terre  à  terre  de  Vinet;  Géronte,  qui  admire 
les  mots  latins  de  Sganarelle,  priserait  peu  la  science  du 
médecin  qui  lui  expliquerait  tout  simplement  pourquoi  sa 
fille  est  muette.  Les  Gérontes  sont  légion,  et  le  pédantisme 
de  Scaliger  les  éblouit  :  on  admire  l'audacieux  qui  tranche 
le  nœud  gordien,  on  prend  en  pitié  le  travailleur  qui  le 
dénoue  laborieusement  et  qui  a  même  l'honnêteté  de  s'avouer 
impuissant  à  s'en  tirer. 

Sans  compter  l'édition  de  Lyon  (1575),  oi!i  Scaliger  met  son 
nom  à  la  place  de  celui  de  Vinet,  et  les  éditions  de  Bordeaux 
(1590,   1598,   1604),  où  il   l'impose   à  ses  côtés,   en  vrai 


CLVIII  INTRODUCTION 

parasite,  un  grand  nombre  d'Ausones  «  ex  recognitione 
lofephi  Scaligeri  »  ont  paru,  de  son  vivant  et  même  après 
sa  mort,  à  Genève,  à  Heidelberg,  à  Leyde,  peut-être  à 
Anvers.  L'auteur  des  Lectiones  mourut  en  1609  :  une 
édition,  qui  porte  son  nom,  était  encore  publiée  par  la 
maison  Plantin  en  161 2. 

Parmi  ces  éditions,  j'ai  pu  coUationner  les  suivantes  : 

I  )  D.  MAGNi  H  AVSONII  II  BVRDIG.  VIRI  |1  consvla-  || 
RIS  II  OPERA.  Il  A   lofepho    Scaligero    &    Elia  |1  Vineto    denuo 
recognita,   di-  ||  fpofita,  &  variorum  notis  il-  ||  luftrata  :   Cetera 

Epiitolaad  ||  leôtorem  docebit.  ||  H  TypiS  ||  IaCOBI  Stoer.  j] 

M.  D.  XIICMlin-16. 

2)  D.  MAGNi  II  AVSONII  H  BVRDIGALENSIS,  [|  VIRI 
CONSVLARIS,  jl  AUGVSTORVM  ||  praeceptoris,  ||  Opéra  in  me- 
liorem  ordinem  digejla.  \\  Recognita  funt  a  lOSEPHO  scaligero 

lulij  lî  Caes.  F.  &  inlinitis  locis  emendata.  |!  |1  HEIDELBER- 

GAE,  !|  cIo.  lo.  LXXXVIII.  ||  in-8o^^ 

3)  D.  MAGNi  11  AVSONII  11  BVRDIGALENSIS,  ||  viri 
CONSVLARIS,  Il  AVGVSTORVM  ||  praeceptoris,  ||  Operain  melio- 
rem  ordinem  digejla.  \\  Recognita  funt  a  Iosepho  Scaligero 

Iidij  II  Caes.  F.  &  infinitis  locis  emendata.  ||  ||  In  Officina 

Sanctandreana.  Il  cIo.  lo.  LXXXVIII.  ||  in-8°. 

^  Cette  notation  insolite  signifie  1588. —Je  dois  à  l'obligeance  de 
M.  E.  Labadie  communication  des  éditions   i),  3),  4),  6). 

1 2  La  Notifia  de  la  Bipontine  qui  donne  exactement  le  titre  de  cette 
édition  dit  qu'elle  parut  chez  Commelin,  ce  que  répète  Bœcking  qui  ne  la 
connaît  pas.  Je  ne  trouve  nulle  part,  dans  l'Ausone  d'Heidelberg,  mention 
du  nom  de  Commelin.  D'autre  part  le  titre  de  l'édition,  imprimée  «  in 
officina  Sanctandreana  »  est  exactement  semblable  à  celui  de  l'édition 
d'Heidelberg,  que  j'ai  entre  les  mains.  Or,  on  sait  que  la  maison  de  Com- 
melin est  souvent  désignée  par  le  nom  d'«  officina  Sanctandreana  ».  Les 
deux  éditions  de  1588  que  je  note  2)  et  3)  sont  deux  ouvrages  identiques, 
différant  seulement  par  les  indications  du  titre.  La  justification  est  abso- 
lument la  même,  il  n'y  a  pas  une  variante  à  noter,  pas  un  détail  typogra- 
phique qui  diffère.  Ainsi,  v.  284,  le  dernier  e  de  Pendentes  est  peu  lisible 
dans  les  deux;  elles  ont  l'une  et  l'autre  v.  273  Defper  atarum.  Bœcking  a 
négligemment  coUationné  son  édition  publiée  «  in  officina  Sanâlandreana  »; 
en  effet  elle  a  bien  v.  203  attnnfis,  v.  355  degener  ire,  v.  462  interfita, 
alors  que  Bœcking  prétend  que  attunjis  ne  se  trouve  que  dans  les  éditions 
de  Raphelengius  et  que  tous  les  Ausones  «  ex  recognitione  J.  Scaligeri  » 
qu'il  connaît  ont  les  leçons  degenerare  et  inter  fita.  Il  aurait  dû  noter  de 
plus  que  l'édition  de  1588  a,  v.  214,  la  mauvaise  leçon  Lancados. 


DEUXIEME    PARTIE  CLIX 

4)  D.  MAGNI  II  AVSONII  II  BVRDIGALENSIS,  1|  viri  confu- 
laris,     Augg.  ||  prasceptoris  ||  OPERA,  ||  Ex   recognitione  \\ 

lOSEPHI   SCALIGERI  ||  IVL.    CES.  F.  ||  LVGDVNI   BATAVORUM,  || 

EX  OFEiciNA  PLANTINIANA,  î|  Apud  Francifcum  Raphelengium. 
Il  cIO.  lo.  XCV.  Il  in-i6. 

5)  D.  MAGNI  11  AVSONII  11  BVRDIGALENSIS  ||  V.  G.  || 
OPERA,  I!  Ex  recognitione  \\  Iosephi  Scaligeki  |j  IVL.   G.îîS. 
F.  Il  Ex OFFIGINA  PLANTINIANA  ||  RAPHELENGlï.  Il  ClO.  lo. 
cv.  Il  in-i6. 

6)  Même  titre,  môme  format;  la  date  seule  change  :  cIo.  lo. 
CXII.  ^. 

Bœcking  a  collationné,  parmi  ces  éditions,  celles  que  je 
désigne  par  les  numéros  d'ordre  i),  3),  4),  5),  et  en  outre, 
une  seconde  édition  de  Stoer,  dont  le  titre  et  le  format  sont 
identiques  à  ceux  de  la  première,  et  qui  porte  la  date  de 
«M.  D.  XCV.  ».  Il  cite  encore,  sans  les  avoir  eues  entre  les- 
mains,  deux  éditions  qui  parurent  chez  Stoer  en  i  598  et 
en  1608.  Schweiger  et  la  Notifia  de  la  Bipontine  ne  men- 
tionnent pas  d'autres  éditions  de  Scaliger  que  celles  que 
je  viens  de  décrire  ou  de  citer. 

On  comprend  que  Scaliger  n'ait  pu  soigner  lui-même  les 
diverses  réimpressions  de  VAtcsone  de  1575  qui  paraissaient 
à  Genève,  à  Heidelberg,  à  Leyde  à  peu  près  en  même  temps. 
Il  ne  semble  donc  pas  utile  de  donner  une  collation  complète 

*  La  première  édition  de  Raphelengius  est  de  Leyde,  comme  son  titre 
même  le  prouve.  La  Notifia  de  la  Bipontine  cite  ce  titre  tel  que  je  le 
connais  ;  mais  ell»  indique  un  autre  Ausone  qui  aurait  paru  chez  I3  même 
Raphelengius  la  même  année,  in-24  et  non  in- 16,  à  Liigdiimiin  et  non  à 
Liigduniim  Batavorum  :  «  1595.  Lngd.  24.  ap.  Rapheleng.  »  Cette  seconde 
indication  est  évidemment  erronée.  —  Quant  aux  deuxième  et  troisième 
éditions  de  Raphelengius,  le  titre  ne  dit  pas  où  elles  furent  publiées.  La 
Notitia,  qui  se  trompe  au  sujet  du  format  du  volume,  indique  Anvers  comme 
lieu  d'origine:  «  1(05  Antv.  12  ex  off.  Plantin.  »  Pour  l'édition  de  1612, 
elle  donne  cette  indication  incomplète  :  «  16 12  ex  recogn.  Jos.  Scaligeri. 
12.  »  Cette  édition  est  in-16.  Bœcking,  qui  ne  la  connaît  pas,  dit,  d'après 
Schweiger,  que  c'est  un  volume  in- 12  publié  à  Anvers.  Mais  on  sait  que 
François  Rapheleng,  gendre  de  Plantin,  dirigea  à  partir  de  1585  l'impri- 
merie plantinienne  établie  à  Leyde  :  il  est  donc  probable  que  les  éditions 
de  1605  et  de  1612  qui  portent  son  nom  ont  été  imprimées  à  Leyde,  comme 
celle  de  1595. 


CLX  INTRODUCTION 

de  toutes  les  éditions  qui  portent  le  nom  de  Scaliger.  Toutes 
celles  que  je  connais,  soit  pour  les  avoir  examinées  moi- 
même^,  soit  par  les  renseignements  de  Bœcking*^,  ont 
emprunté  à.VAiisone  lyonnais  de  1575  un  certain  nombre 
de  leçons  communes,  différentes  de  celles  de  Vinet  (1575), 
parmi  lesquelles  on  peut  citer,  entre  autres  : 

Vers  Vers. 

1 1  Noiiomagiiin.  337  fulphiirea. 

33  proîapfiis.  357  permixta. 

48,  55  et  363  lœiiia.  3^5  Drachonum. 

204  alacreis.  368   Torta. 

240  faciJeis.  4^4  Concèdes. 

290  Magni.  475  ocia. 

331   concepto.  481  Dextrœ. 

L'édition  de  Stoer  (1588)  est  la  plus  incorrecte  que  je 
connaisse.  Elle  conservée  toutes  les  fautes  d'impression  et 
toutes  les  mauvaises  leçons  du  premier  Atisone  de  Scaliger 
que  j'ai  déjà  signalées  (pp.  cxxxvii  et  cxxxviii).  D'ailleurs 
l'édition  genevoise  de  1588  semble  faite  d'après  la  lyon- 
naise de  1575.  Le  format  et  la  justification  sont  identiques; 
dans  les  deux  éditions  composées  en  italiques  de  même 
force  et  de  même  aspect,  la  Moselle  commence  à  la  cin- 
quième ligne  de  la  p.  141  et  finit  à  la  vingt-quatrième  de 
la  p.  157.  L'édition  de  1588  a  une  faute  d'impression, 
v.  ^ig/enas,  que  n'a  pas  celle  de  1575;  elle  écrit  avec  des 
majuscules  initiales  deux  mots  v.  290  Etiripus,  v.  402 
Senatum,  qui  sont  en  minuscules  dans  le  texte  de  i575i 
elle  emploie  tantôt  l'abréviation  q;,  tantôt  elle  écrit  que; 
elle  admet  v.  16  cethram,  mais  elle  écrit  v.  298  retexes, 
alors  que  la  lyonnaise  a  œthrâ  et  retexens.  Elle  sépare  A  E 
(p.  ex.  V.  3  édition  de  1575  :  jEquaitit ;  édition  de  1588  : 
AEqîiauit)\  les  points  et  les  virgules  disparaissent  quelque- 

■  Édition  de  Lyon  1575,  les  deux  d'Heidelberg  1588,  celle  de  Genève 
(Stoer,  1588),  celles  de  Leyde  (Raphelengius,  1595,  1605,  1612). 

V  Édition  de  Stoer  (1595).  —Je  ne  connais  pas  les  éditions  de  Stoer 
(1598  et  1608),  que  Boecking  cite  sans  les  avoir  vues. 


DEUXIÈME    PARTIE  CLXI 

fois  :  V.  123  et  187,  on  ne  voit  pas  après  Objîdetet  loqtii  le 
point  qui  est  nettement  marqué  dans  l'édition  de  1575. 

A  la  suite  de  VAiisone  de  Stoe-r,  se  trouve,  avec  la  date 
de  «  M.  D.  Lxxxviii  »,  une  édition  des  Aiisonianae  Lectio- 
nes  «Adïeâîis  prceterea,  Doâîifsimontm  id  gemts  aiUho- 
rum  :  vtpote  Adriani  Ttirnebi,  Hadriani  hiiiij,  Guilelmi 
Canteri,  lufli  Lypjij  (sic),  &-  Eliœ  Vineti  notis».  Les  notes 
de  tous  ces  érudits,  exception  faite  de  celles  de  Vinet,  sont 
religieusement  reproduites  par  Millanges,  à  la  suite  des 
Lectiones  de  Scaliger,  dans  son  édition  de  1 590.  Quant  à 
Vinet,  son  Commentaire  est  réduit  à  la  plus  simple  expres- 
sion ;  Tollius,  et  tous  ceux  que  nous  verrons  se  plaindre  de 
la  verbosité  de  l'éruditsaintongeais,  auront  été  charmés,  s'ils 
ont  eu  entre  les  mains  l'édition  genevoise  où  les  notes  sur 
les  Épigrammes,  qui  occupaient  soixante-deux  pages  dans 
le  volume  gr.  in-4°  de  i  580,  tiennent  dans  cinquante  pages 
du  volume  in-i6  de  1588.  Je  ne  sais  comment  Stoer  aurait 
résumé  le  Commentaire  consacré  à  la  Moselle  :  il  s'arrête 
après  les  notes  sur  les  Épigrammes,  disant  :  «  Et  hœc  ha6îe- 
nus  iîi  librum  Epigrainniatû  Aîifonij .  plura  aliqtiando 
fi  Deus  perfniferit  :  cû  ab  ipfo  Vineto,  tû  ab  aliis  excepta 
datîiri.»  Peut-être  Stoer  a-t-il  donné  ces  nouvelles  notes 
dans  son  édition  de  1595  :  je  ne  connais  celle-ci  que  par 
Bœcking,  qui  ne  dit  rien  des  notes  qui  peuvent  l'accompa- 
gner. D'après  lui,  l'édition  de  1595  ajoviterait  deux  fautes 
d'impression  v.  1 1 1  quia  (au  lieu  de  qtia),  v.  144  Atlatitico 
(au  lieu  de  Atlantiaco),  et  corrigerait  v.  128  vtrunq;  en 
vtrumq;.  Mais  le  texte  de  1595  a-t-il  v.  355  degenerare  et 
V.  462  inter  fita,  leçon  que  Bœcking  attribue  à  toutes  les 
éditions  de  Scaliger  indistinctement  ?  Je  n'en  sais  rien  ;  ce 
que  je  puis  affirmer,  c'est  que  ces  leçons  ne  se  trouvent  pas 
dans  les  éditions  publiées  en  1 588  à  Heidelberg  et  à  Genève, 
éditions  que  Bœcking  dit  avoir  collationnées.  Quant  aux 
textes  publiés  par  Stoer  en  1598  et  en  1608,  je  n'ai  rien  à 
en  dire,  n'ayant  trouvé  nulle  part  aucun  renseignement  à 
leur  sujet. 

XXI 


CLXII  INTRODUCTION 

L'édition  d'Heidelberg  est  bien  supérieure  à  celles  de 
Lyon  (1575)  et  de  Genève  (1588)  :  elle  corrige  la  plupart 
des  mauvaises  leçons  du  texte  de  1575  et  n'en  ajoute  que 
deux:  l'une  v.  214  Laiicados,  qui  se  trouve  déjà  dans 
l'édition  de  J.  Petit;  l'autre,  v.  203  attttnfis,  qui  passera 
dans  les  éditions  de  Raphelengius.  Celles-ci  sont  à  peu  près 
identiques  au  texte  d'Heidelberg  :  les  variantes  proprement 
dites  sont  rares:  v.  21  et  25  Baccho  (pour  haccho)\  v.  355 
degenerare;  v.  462  inter  fita.  Mais  les  textes  de  Raphe- 
lengius imprimés  en  très  petits  caractères  sont  d'une  lecture 
difficile  ;  beaucoup  de  lettres  à  peu  près  effacées  se  distin- 
guent mal.  Les  fautes  d'impression  paraissent  nombreuses  ; 
je  lis,  en  particulier,  dans  l'édition  de  1595  :  v.  2^  promis 
m  undas;  v.  398  ptipura;  v.  475  in  his  in  dignahitur; 
V.481  Rodatnis;  dans  celle  de  1612:  v.  194:  rîiga  motibtcs. 
Cette  dernière  a  en  propre  qvielques  variantes  d'orthographe  : 
v.  36  ex/tantes;  v.  266  exfpirans  (mais  v.  340  expirante, 
v.  471  Exeris)\  v.  260  lethalia  (mais  v.  249  letalibits; 
V.  270  leti)  \  V.  263  vibratus;  v.  293  Prœlia;  v.  372  qnemq. 
(les  éditions  de  Raphelengius  abrègent  que  en  q.,  au  lieu 
d'admettre  l'abréviation  ordinaire  q;).  Les  textes  sortis 
de  l'imprimerie  Plantin  sont,  en  somme,  comme  ceux  de 
Genève,  inférieurs  à  VAusone  d'Heidelberg  qui  est,  à  ma 
connaissance,  le  meilleur  de  tous  ceux  qui  portent  le  nom 
de  Scaliger. 

La  Bibliothèque  de  Bordeaux  possède  un  exemplaire  de 
l'édition  genevoise  de  1 588  dont  les  marges  contiennent  de 
nombreuses  annotations  de  la  main  de  Gilles  Ménage.  La 
plupart  sont  des  notes  explicatives  tirées  et  résumées  des 
Lectiones  de  Scaliger,  ou  des  corrections  apportées  grâce 
à  d'autres  textes  à  celui  de  Stoer  (p.  ex.,  v.  140  At,  v.  248 
conuexa,  v.  3 1 7  Afflatamqtie,  v.  3 1 g/cenas,  v.  33 1  confepdo, 
V.  336  nitentia,  v.  368  Tota  :  au  lieu  de  Aut,  conuexa,  Affli- 
6laniqiie,fenas,  concepto,  mitantia,  Torta);  des  remarques 
peu   importantes:    v.   68-72  fuperfltd  fiint    hi  qiiinqne 


DEUXIEME    PARTIE  CLXIII 

verfus;  v.  279  malim  incola  ;  v.  405  sqq.  defe  ipfo  Aîtfonius 
loquihir,  etc.  On  peut  enfin  relever  quelques  essais  de 
corrections  : 

V.  32  vmnimine.  Ménage  veut  lire  inoHmine.  N.  Heinsius  a 
inscrit  la  même  conjecture  dans  la  marge  ô.\m.  Aiisone  de  1558. 
Ménage  et  Heinsius  étaient  en  rapports  :  je  ne  sais  si  la  coïncidence 
de  cette  conjecture  commune  est  fortuite,  ou  si  cet  essai  de  cor- 
rection appartient  à  l'un  des  deux  qui  en  aura  fait  part  à  l'autre. 

V.  35  Nonfuperante.  Exubérante  ;  correction  inadmissible  qui 
ferait  le  vers  faux. 

V.  269  alïiidens.  Ménage  propose  aJlidens,  correction  inutile; 
allidere  indiquerait  un  heurt  et  non  le  jeu  de  la  soupape. 

V.  349-350.  Ménage  propose  de  lire  : 

Sed  utïhi  qui  tandem  finis  tua,  glauca,  fluenta 
Dicere,  dignandumque  mari  meniorare,  Mofella? 

Cette  correction  est  mauvaise;  elle  ressemble  beaucoup  à  celle 
que  Bœcking  devait  proposer,  évidemment  sans  connaître  la  note 
de  Ménage. 


"o^ 


On  voit  que  ces  notes  n'ont  pas  grand  intérêt;  celles  qui 
concernent  les  autres  poèmes  d'Ausone  ne  semblent  pas 
plus  importantes. 

Enfin,  avant  de  laisser  de  côté  les  éditions  de  Joseph 
Scaliger  «  lulij  Cœs.  F.  »,  il  peut  paraître  curieux  de 
rechercher  ce  que  Jules  César  a  fait  pour  le  texte  de  la 
Moselle  :  aussi  bien  la  faveur  admirative  dont  il  est  de  mode 
aujourd'hui  d'entourer  le  fils  semble  s'étendre  jusqu'au  père. 
On  a  essayé  récemment  de  réhabiliter  le  pédant  auteur  de  la 
Poétique  :  il  serait,  en  France,  le  fondateur  de  la  discipline 
classique,  et  si  Voltaire  l'a  écarté  du  Temple  du  Goût,  la 
postérité  doit  se  souvenir  que  Jules  César  Scaliger,  un  des 
premiers,  a  frayé  la  route  qui  conduit  à  ce  temple  :  «Equidem 
minime  querimiir  ilhini  prohiberi  «Jiidicii  temple»  a 
Voltario  edito,  dmnmodo  posteri  nieminorint  (sic)  e  primis 
fuisse  qui  ad  illud  Tenvpdtim  viain  affectaverint . . .  Nonne 
habes  in  Scaligeri  Poetice  expressum  ex  Aristotelis  corn- 
nientatione  et  Virgilii  ciiltîi  qtndquid  prœcipuum  in  hac 


CLXIV  INTRODUCTION 

disciplina  inest  qtiœ  classica  vocaUir  ?^  »  Voyons  comment 
cet  homme  de  goût  parle  de  la  Moselle  :  dans  les  deux  pages 
qu'il  lui  consacre^-,  après  avoir  accordé  de  grands  éloges 
à  l'art  du  poète,  il  refait  un  certain  nombre  des  vers  de  la 
Moselle,  sans  doute  pour  montrer  que  son  art  est  encore 
plus  délicat  que  celui  d'Ausone.  Voici  les  vers  que  Scaliger 
veut  mettre  à  la  place  de  ceux  du  texte  : 

V.  63.  Quod  fiiblata  leui  flexu  crifpatur  arena... 

V.  82  sqq.    Tu  iiiïhl  cœruleis  ludens  lafciuafub  undis, 
Luhrica fluinineœ  Nais  vêtus  accola  ripœ 
Squamigeri  gregis  ede  choros  :  patrioq;  fuh  alueo 
Diffère  perpétua  florentes  anine  cateruas. 

V.  159-160  Sic  viret  Ifniarius  latefuper  œqiiora  collis 

Thracia.  Sic  celerein  pingunt  vineta  Garuninani, 

V.  161-163  Quippe  iugis  pronus  qua  tendit  in  vltima  cliuus 
Conferitur  viridi  margo  fluuialis  laccho. 

Ou  bien  (car  il  laisse  le  choix)  : 

Quippe  iugis  qua  deuexus  petit  vltima  cliuus, 
Pingitur  amnicola  margo  fluuialis  laccho. 

Scaliger  ne  pousse  pas  plus  loin  le  corrigé  des  vers  de 
l'élève  Ausone.  Il  suppose  en  avoir  assez  dit  pour  éveiller 
le  goût  de  sa  classe  :  «  Verum  fcitis  hcec  futtira  fpero  ad 
acuendam  eiiis,  qiiem  /ormaimis,  poetce  diligentiam.  » 
Si  Jules  César  Scaliger  n'a  d'autres  titres  que  des  correc- 
tions de  ce  genre  au  grand  nom  de  fondateur  de  la  discipline 
classique  en  France,  on  peut  donner  le  nom  de  fondateur  de 
l'orthopédie  au  légendaire  Procruste.  D'autre  part,  l'héré- 
dité et  l'exemple  paternel  sont  des  circonstances  atténuantes 
pour  le  pédantisme  de  Joseph,  fils  et  élève  de  Jules  César. 
Qtialis  pater,  talis  filins,  dit  la  grammaire  latine  que 
connaissaient  si  bien  les  Scaliger,  père  et  fils. 

■  DeJ.-C.  Sca/î^eriPoe/zce,  thèse  latine  de  E.Lintilhac,  Paris, Hachette, 
1887;  Proœmiuni,  p.  3;  Conclusio,  p.  83. 

V  Je  cite  d'après  IV  editio  quinta,  in  Bibliopolio  Commeliano  »,  CIo  lOC 
XVII.  lib.  VI,  p.  7£8-7C9. 


DEUXIÈME    PARTIE  CLXV 


VII 


Le  texte  vulgaire  et  les  travaux  des  éritdits 
pendant  le  XVII'  et  le  XVIII'  siècle. 


Après  les  travaux  de  Vinet  et  de  Scaliger,  la  Moselle  est 
publiée  nombre  de  fois,  soit  séparément,  soit  avec  d'autres 
pièces  d'Ausone  dans  des  recueils,  soit  dans  les  éditions 
complètes  des  œuvres  du  poète  bordelais;  les  érudits 
s'occupent  à  diverses  reprises  de  corriger  et  d'expliquer  le 
texte.  Mais  ces  études  et  ces  éditions  ne  sont  fondées  sur 
aucun  ms.  Entre  l'édition  de  Poelmann(i  568),  qui  avait  eu 
en  mains  le  B,  et  celle  de  Tross  (  1 82 1  ),  qui  reçoit  communi- 
cation du  G  alors  que  son  édition  est  presque  entièrement 
imprimée,  et  qui  doit  se  borner  à  en  citer  les  leçons  dans 
les  dernières  pages  de  son  Commentaire  et  dans  un  Appen- 
dice, il  se  passe  deux  siècles  et  demi  ;  pendant  ce  long  espace 
de  temps,  les  éditeurs  ne  font  que  réimprimer  sans  notables 
changements  le  texte  de  Vinet  ou  celui  de  Scaliger. 

Une  édition,  au  xvii^  siècle,  et  deux,  au  xviiiS  méritent 
qu'on  s'y  arrête  :  celle  de  Tollius  (  1 67 1  )  qui  est  la  première 
editio  variorum;  Veditio  in  usuni  Delphini  (1730)  et  la 
Bipontine  (1785),  qui  appartiennent  l'une  et  l'autre  à  des 
collections  célèbres,  et  qui  ont  exercé  une  grande  influence 
sur  les  textes  d'Ausone  publiés  pendant  la  deuxième  partie 
du  xviiP  siècle  et  la  première  du  Xix^ 


A.   ÉDITIONS   ANTÉRIEURES    A    L'ÉDITION    DE    TOLLIUS. 
a.  —  Les  divers  «  Corpus  »  ou  «  Chorus  Poetarum  latinorum  ». 

Pendant  la  première  moitié  du  xviP  siècle  paraissent  de 
nombreux  recueils  qui  renferment  l'ensemble  des  œuvres, 
des  poètes  latins  anciens.   Bœcking  cite  les  éditions  du 


CLXVI  INTRODUCTION 

«  Corpus  omnium  veterum  poetarum  latinorum  »  publiées  à 
Genève  en  1603,  161  i,  1627,  1646.  Il  a  collationné  le  texte 
de  161 1  qu'il  trouve  identique  au  texte  des  éditions  de 
Scaliger:  «  Has  duas  variantes  enotavi:  v.  248  connexa, 
V.  355  degener  ire.  Nam  v.  87  duraturis,  v.  144  Atlantico, 
V.  198  omni,  v.  232  Quant,  v.  237  cœptas,  v.  22>9fruihis, 
V.  2^"]  fcopxdis  (Bœcking  veut  dire  fcopulis),  v.  ^j^molles 
meri  operarum  errores  habendi  sunt.  »  Bœcking  ne  connaît 
pas  la  première  édition  de  Scaliger,  sans  quoi  il  se  rendrait 
compte  que  connexa  et  degener  ire  ne  sont  pas  des  varian- 
tes, mais  bien  la  reproduction  des  leçons  de  l'édition  de 
1575  Vi  degener  ire  se  trouve  également  dans  les  éditions 
d'Heidelberg  et  de  Genève  (1588);  molles  se  lit  aussi,  non 
seulement  dans  l'édition  de  1575,  mais  dans  les  deux 
Ausones  de  Stoer  que  Bœcking  connaît.  Les  éditions  du 
«  Corpus  »  me  paraissent  avoir  été  faites  d'après  les  textes  de 
Gryphe  (1575)  et  de  Stoer;  celle  de  1603  a  paru  à  Lyon, 
et  non  à  Genève,  comme  le  dit  Bœcking,  d'après  \sl  Notifia 
de  la  Bipontine,  qui  ne  cite  que  les  éditions  de  1603,  de 
161 1  et  de  1627;  enfin  ces  éditions  doivent  être  plus 
nombreuses  que  Bœcking  ne  le  croit,  car  en  outre  de  celles 
qu'il  cite,  je  trouve  dans  les  catalogues  l'indication  d'un 
«Corpus»  de  1640:  «Poett.  Latt.  sec.  seriem  temp.  éd. 
Bassseus.  éd.  II,  Aureliae  Allobrogum,  1640.  4°.» 

Voici  les  titres  des  éditions  du  «  Corpus  »  que  j'ai  consul- 
tées à  la  Bibliothèque  de  Bordeaux  : 

1°  CORPVS  11  OMNIVM  VETERVM  1|  poetarum  lati- 
norum... Il  LVGDVNI II  InofficinaHug.  APorta.  Sumptibus 
loan.  Il  Degabiano  &  Sam.  Girard.  ||  M.  D.  C III. 

2"  Même  titre,  avec  ces  indications  d'origine  : 

SECVNDA  EDITIO   PRIORE  ||  MVLTO   EMENDATIOR  ||  Aurc- 

lice  Allobrogum,  \\  EXGVDEBAT  SAxMVEL  CRISPINVS 
Il  M.  D.  CXI. 

^  Bœcking  lui-même  fait  d'ailleurs  observer,  dans  ses  notes  critiques, 
que  V.  144  Ailantico  se  lit  dans  l'édition  de  Stoer  de  1595  ;  v.  248  connexa, 
et  374  violles,  dans  les  deux  éditions  de  Stoer  de  1588  et  1595- 


DEUXIEME    PARTIE  CLXVII 

Le  texte  de  la  Moselle  occupe  dans  la  première  édition 
les  pp.  645,  col.  2  —  649,  col.  2,  et  dans  la  deuxième,  les 
pp.  648,  col.  2  —  653,  col.  2,  pars  II  de  ces  volumineux 
in-4°.  Les  titres  des  deux  éditions  portent  cette  mention  : 
Pofirejno  accejjerunt  varice  leôiiones,  /mon  onmes  prœci- 
pjice  tainen,  inagisqiie  necejfariœ .  »  Il  y  a  en  effet  des 
variantes  au-dessous  du  texte  de  certains  auteurs,  mais  il  n'y 
en  a  aucune  au-dessous  de  celui  d'Ausone. 

La  Bibliothèque  de  Bordeaux  possède  enfin  un  recueil» 
qui,  pour  ne  pas  avoir  le  même  titre  que  les  diverses 
réimpressions  du  «Corpus»,  ne  laisse  pas  cependant  de  lui 
ressembler  beaucoup  \  c'est  le 

CHORVS  II  POETARVxM  1|  CLASSICORVM  ||  DVPLEX, 
SACRORVM  II  ET  PROFANORVM  ||  Liiftratus  illuftra- 
tus...  Il  LVGDVNIW  ApudLvuovicvMMVGVET,  in  vico 
Mercatorio,  ||  ad  infigne  Prouidentige  diuinœ  ||  M.  DCXVI 
Il  CVM  PRIVILEGIO  REGIS^. 

Dans  ces  trois  recueils,  le  texte  de  la  Moselle  n'est  qu'une 
réimpression  peu  soignée  des  plus  mauvais  Ausones  de 
Scaliger,  celui  de  Gryphe  ou  ceux  de  Stoer.  Les  textes  de 
1603  et  de  161 1  ont  toutes  les  leçons  de  l'édition  lyonnaise 
^^  1575  qui  ont  été  déjà  relevées*]',  à  l'exception  de  v.  388 
veteres  quœ,  corrigé  en  veteres  qui;  elles  ont  aussi  de 
mauvaises  leçons  qui  viennent  du  texte  de  Stoer,  p.  ex. 
V.  1 1 1  qina,  v.  144  Atlantico,  v.  ^ig  fenas,  etc. 

L'édition  de  1 603  a  en  outre  beaucoup  de  fautes  grossières  : 

Vers  Vers 

23  tigris,  pour  agris.  86  et  i  i2,furtiin,  pour  fart  im. 

45  vlnis,  pour  vluis.  121   vi,  pour  vis. 

56  vtiq;   ainus,    pour  vtq;  122  vluas,  ]pom  vlua. 

cilmus.  144  Bellœna,  Tpour  Ballœna. 

76  Intercludentes^^^ ,  pour  162  Lycœo,  pour  l^yœo. 

Interhidentes.  \%()  fpeSles,  pour  fpecies. 

*  Ce  recueil  est  ainsi  désigné  dans  la  Notitia  de  la  Bipontine  :  «  16 16 
Lugd.  4.  in  corp.  poet.  latin,  ab.  Alex.  Ficheto.  S.  1.  edito.  » 

«2  Voir  pp.  CXXXVII  et  CXXXVIII. 

*3  C'est  la  faute  que  Tross  trouvait  dans  son  édition  de  Gryphe  de  1549, 
et  que  je  ne  rencontre  nulle  part  ailleurs. 


CLXVIII  INTRODUCTION 

Vers  Vers 

191   Fulminei,  pour  Fluminei.  281  Nereas ,  pour  Nereos . 

222  et  232  quant,  pour  qiium.  284  faiiis,  pour /axis. 

237  cœptas,  pour  cœptat.  290  Eurippus ,  pour  euripus. 

239  fruitus,  pour  fruitur.  359   Ter^  pour  Te. 

247  fcopulis,  pour  fcopulis.  360  Fejiimant,    pour    Fe/?/- 

273  Defperaturum,  pour  -De/^  nant. 

peratarmn.  413  Preniia,  pour  Prcemia. 


La  seconde  édition  «  priore  multo  emendatior  »  corrige 
V.  69  ;îïfr/a  en  nudat;  v.  86  Intercludentes  en  Interluden- 
tes ;  V.  359  Ter  en  Te;  v.  360  Fejiimant  en  Fejlinant; 
V.  413  Premia  en  Prcemia.  Mais  elle  garde  les  autres  fautes 
de  1603,  et  en  ajoute  quelques-unes  :  v.  87  duraturis  (pour 
dtiraturus);  v.  291  yEJiœq;  (pour  AJiœq;);  v.  369  otia  (pour 
oftia).  Elle  ne  diffère  d'ailleurs  de  la  première  que  par  quel- 
ques signes  de  ponctuation;  elle  a  de  plus  v.  21  Baccho, 
alors  que  le  texte  de  1603  avait  baccho.  Je  ne  sais  si  ces 
fautes  grossières  ont  été  reproduites  dans  les  autres  réim- 
pressions du  «Corpus»  que  je  ne  connais  pas.  Mais  l'état 
misérable  des  deux  premières  éditions  d'un  recueil  dont  les 
nombreux  tirages  prouvent  la  vogue  montre  à  quel  degré 
de  décadence  est  arrivée  la  correction  des  textes  au  commen- 
cement du  xvii^  siècle. 

Le  «  Chorus  »  est  peut-être  plus  déplorable  encore  :  il  garde 
la  plupart  des  fautes  qui  souillent  les  textes  de  1603  et  de 
161 1  (tigris,  vlnis,  vtiq;  alnus,  Intercludentes,  Ter,  etc.); 
il  reprend  de  plus  une  mauvaise  leçon  de  l'Aldine  (v.  8  Dum 
Nijjum)^  et  une  autre  d'Ugolet  (v.  314  Iiijfus  ab)\  il  ajoute 
de  plus  une  série  de  barbarismes,  d'inepties,  de  mots  qui 
font  les  vers  faux:  v.  22  tacititrno;  v.  47  Circafed;  v.  85 
Sqnammeus;  v.  (^A^Balbe;  v.  gj ptmiceus;  v.  \2^propinis; 
V.  I  ^^2  fpe6iacula  vitrea;  v.  172  lata  proteruia ;  v.  224  Et 
redigit  paulas;  v.  266  Redidit  mortiferos ;  v.  367  Sara- 
nus,  etc. 

Si  ces  pitoyables  éditions  n'étaient  pas  datées  de  1603, 
1611   et  1616,  si  elles  n'avaient  pas  dans  leur  texte,  en 


DEUXIEME    PARTIE  CLXIX 

capitales,  la  correction  de  Vinet,  VIVISCA,  on  se  croirait  en 
face  d'ouvrages  contemporains  de  VAtisone  d'Ugolet.  Il  était 
difficile  de  tirer  un  plus  mauvais  parti  que  ne  l'ont  fait  les 
éditeurs  de  Lyon  et  de  Genève,  de  tous  les  progrès  que  le 
texte  de  la  Moselle  avait  réalisés  depuis  un  siècle. 


p  et  y.  —  Les  Éditions  de  Caen  (1610)  et  de  Pont-à- Mousson  (161;). 

Fabricius  cite  une  édition  de  la  Moselle  publiée  à  Pont- 
à-Mousson  en  161 5  :  «  Deciimmi  [Idyllium]  five  Mofella... 
cum  felcâîis  TibiUli  Propertiique  elegiis  illujîratuni  a 
Paido  Duizio,  Mujfiponti  161$.  8°...  prodiit.y> 

La  Notitia  de  la  Bipontine,  qui  reproduit  cette  indica- 
tion, ajoute:  «  S ed  ibidem  quoqiie  Aufonii  epigraimnata 
pljirinia,  cum  feleôîis  veterutn  ac  recenfiortim,  ilhiftrata 
prodiere,  annotante  Sotichœo  in  dijf.  prœmijfa  Aufonio 
fiiop.  XXXVII.» 

Voici  en  effet  ce  que  dit  Souchay,  dans  sa  dissertation  : 
«  Non  Mofellam  tantum,  nti  viilt  Fabricius,  fed  &■  phirima 
Cîim  feleâîis  veterum  ac  recejitiortim,  petito  ex  optimis 
quibufque  Commentario,  illtijlravit  anno  161$.  epigram- 
matiim  ele6lor  MitJJlp)ontimis.  Qui  an  fit  Patihis  Diiizius, 
itt  Fabricio  placet,  indagare  nonpotiii,  cum  inexemplari, 
qitod  iinuni  habere  licuit,  quamvis  eo  anno  quem  ille 
memorat,  non  eadeni  tanien  forma  edito,  nufquam  Ele- 
âioris  nomen  appareret.  » 

Quant  à  l'édition  de  Caen,  je  ne  la  trouve  mentionnée 
que  par  Tross  qui  la  désigne  ainsi  dans  son  Einleitung  : 
«Die  Mosella;  bei  Catull,  Tibull,  te.  Properz,  Cadomi, 
1610.»  Tross  ne  connaît  pas  l'édition  de  Pont-à-Mousson, 
et  il  suppose  que  c'est  une  simple  réimpression  de  celle  de 
Caen.  Bcecking  ne  connaît  ni  l'une  ni  l'autre  ;  il  cite  la 
première  d'après  Tross,  et  la  seconde  d'après  la  Notitia  de 
la  Bipontine. 

Les  deux  recueils  de  Caen  et  de  Pont-à-Mousson  se 
trouvent  à  la  Bibliothèque  nationale:  ce  sont  deux  in- 16 

XXII 


CLXX  INTRODUCTION 

catalogués,  le  premier  Y.  1539,  et  le  second,  Y.  1540% 
Voici  leurs  titres  : 

EX  TIBVLLO  ET  ||  PROPERTIO  \\  ELEGIiE  ||  EX  CA- 
TVLLO,   MARTIALE,  Il  AVSONIO,   alijfque   fcriptoribus  ji  tum 
antiquis  tum  recentibus  ||  EPIGRAMMATA  SELEGTA  ||  Et  petito 
ex  optimis  interpretibus  commen-  \\  tario  hrevijfimè  illujîrata.  \\ 
CADOMI  II  Apud  Adamvm  Cavellivm  ||  1610. 

Le  titre  du  recueil  de  Pont-à-Mousson  est  le  même  à  ces 
différences  près  : 

Le  mot  ET  est  transporté  à  la  seconde  ligne  ;  le  mot  com- 
mentario  est  divisé  ainsi  :  coin-  \\  mentario;  le  nom  de  l'éditeur 
de  161 5  est  ainsi  désigné:  Muffiponti  ||  Apud  Melchiorem 
Bernardum  Vni- 1|  uerfitatis  Typographum.  ||  161 5. 

Dans  le  premier  recueil,  le  texte  de  la  Moselle  occupe  les 
pp.  451-468,  et  les  notes,  les  pp.  468-51 1  ;  dans  le  second, 
le  texte  occupe  les  pp.  443-460,  et  les  notes,  les  pp.  460-503. 
Une  longue  préface  «  Ledori  Benevolo»,  exactement  la 
même  dans  les  deux  éditions,  ne  donne  aucun  renseignement 
sur  les  éléments  qui  ont  servi  à  établir  le  texte  des  divers 
auteurs  dont  les  fragments  composent  l'ouvrage.  Le  nom  de 
Paulus  Duizius  n'est  pas  plus  mentionné  dans  le  volume  de 
161 5  que  dans  celui  de  1610.  Souchay  a  eu  raison  de  faire 
observer  que  le  recueil  de  1615  n'est  pas  in-8°  comme  le 
prétendait  Fabricius  ;  ce  recueil  n'est  qu'une  simple  réim- 
pression de  celui  de  1610,  avec  quelques  variantes  en  fait 
de  fautes  d'impression,  tout  au  moins  pour  ce  qui  concerne 
la  Moselle,  le  seul  texte  dont  nous  ayons  à  nous  occuper. 

Tross,  que  je  n'ai  presque  jamais  consulté  sans  trouver 
chez  lui  une  indication  fausse,  prétend  que  l'éditeur  de  Caen 
propose  V.  32  moliniine  :  «  Der  Editor  Cadom.  schlàgt 
tnolitnine  vor  y .  » 

S'il  en  était  ainsi,  c'est  à  l'édition  de  1610  que  Ménage 
et  Heinsius  auraient  emprunté  leur  conjecture  moliniine. 


«  Je  dois  à  M.  J.  Larocque  la  collation  des  textes  de  la  Moselle  contenus 
dans  ces  deux  recueils. 

V  Kritischer  Commentai,  p.  136. 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXI 

Mais  M.  J.  Larocque  me  dit  n'avoir  trouvé  cette  conjecture 
ni  dans  les  notes,  ni  dans  le  texte  des  deux  éditions,  où  on 
lit  iHîcnimine. 

Le  texte  de  la  Moselle,  dans  les  deux  recueils,  est 
constitué  d'après  les  éditions  de  Scaliger  et  non  d'après 
celles  de  Vinet,  comme  le  prouvent  les  leçons  suivantes  : 

Vers  Vers  Vers 

33  prolapfus.  262  anhelatis.  368   Torta. 

48,  55,  363  lœiiia.  290  Magni.  404  Quintiliani. 

102  cœnœ.  316  CorusAchates.  410  Ta^itum  non. 

204  alacreis.  ■^yj  fulphurea.  444  Miifœ. 

209  fulphurei,  357  permixta.  454  fuhter  laberis. 

22z^  fréquentent.  361   celehratus.  ^62  GallosBelgosq;. 

240  facile is.  365  Drachomim.  481  Dextrœ. 

D'ailleurs  les  deux  textes  corrigent  les  fautes  d'impression 
de  la  première  édition  bordelaise  de  Vinet  (v.  167  Proba; 
V.  322  crepidinœ  ;  v.  367  tnolle),  mais  ils  en  ajoutent  bien 
d'autres,  dont  certaines,  comme  v.  86furtlni,  v.  413  Pre- 
inia,  semblent  trahir  l'influence  du  «  Corpus  »,  de  1603  ",  ils 
en  ont  en  propre  un  grand  nombre  : 

Vers  Vers 

79  Nommaq;,poni  Nontinaq;.  244  dicepta,  pour  decepta. 

193  mente,  pour  monte.  434  Ca^nanes,  pour  Camaues. 

242  famine  pofcit,  pour  flitr  470  f  rente,  ^o\xr  fonte. 

mine  pifcis.  471  auris  tum,  pour  aiiratum. 

On  pourrait  noter  d'autres  fautes  dans  ces  textes  dont  le 
caractère  est,  paraît-il,  souvent  illisible.  L'édition  de  161 5 
a  quelques  leçons  différentes  de  celles  de  l'édition  de  16 10; 
elle  corrige  surtout  plusieurs  de  ses  fautes  grossières  : 


Vers                 Texte  de  1610. 

Texte  deiéi. 

26  vindijjime. 

vii'idijjfime. 

53  arenœ. 

harenœ. 

63  arena. 

harena. 

78  Quaq;. 

Quœq;. 

89  Rhedo. 

Redo. 

1 17  fiicilis. 

facilis. 

CLXXII  INTRODUCTION 


Vers                 Texte  de 

1610. 

Texte  de  161  5. 

197  caudicio  ... 

œqiior  alembo. 

cattdiceo  ...œquora  lembo 

223  nauales. 

nautales. 

243  hu>nantia. 

humentia. 

281   conuertere. 

conuerrere. 

283  defpe£îans. 

defpeôîant. 

288  Abydenfretœ. 

Abydeni  fréta. 

298  i  mimer  os. 

innumeros. 

352  quamquam. 

quanquam. 

354  Namq;. 

Nanq;. 

372  quemq;. 

quenq;. 

381   tnagnœ. 

■magne. 

389  fpaciattis. 

fpatiatus. 

468  Numen. 

Numine. 

Une  seule  de  ces  variantes,  nauales,  pourrait  mériter 
qu'on  s'y  arrêtât,  car  Barth  la  proposera  sans  d'ailleurs  y 
tenir  :  mais  l'incorrection  du  texte  de  1610  permet  de  sup- 
poser que  c'est  une  simple  faute  d'impression  résultant  de 
l'omission  du  t.  Au  demeurant,  ces  deux  éditions  semblent 
à  peu  près  aussi  négligées  que  les  divers  «Corpus». 

Les  nombreuses  notes  explicatives  qui  suivent  le  texte 
expliquent  peu  de  choses.  Souchay  en  a  extrait  quelques- 
unes.  La  seule  qui  semble  avoir  quelque  importance  essaie 
de  donner  un  sens  à  la  leçon  des  mss.,  v.  221  Ptibertasqtie 
amnis  que  Barth  devait  corriger  :  Souchay  la  cite  pour 
combattre  la  correction  Pubertasqiie  amnisque  :  «  Nihil 
autent  hnnmtanduin  cenfeo.  Etenim  pubertas  amnis /?^;i^ 
herbœ  &  arbores  quœ  ripas  veftiunt,  ut  re6le  annotât 
Mujfipont.  »  Cette  interprétation  ne  semble  pas  admis- 
sible. 

En  somme  les  recueils  de  Caen  et  de  Pont-à-Mousson 
donnent  un  texte  misérable;  les  éditeurs  ont  tiré  un  très 
mauvais  parti  des  résultats  acquis  par  Vinet  et  par  Scaliger. 
Leur  texte  conserve  les  traditions  barbares  du  «  Corpus  »  que 
le  «  Chorus  »  de  1616  devait  encore  dépasser.  C'est  seulement 
avec  l'édition  deFreher  que  nous  trouverons  un  texte  soigneu- 
sement établi  et  des  notes  sérieuses. 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXIII 

5.  —  La  Mosella  de  Marquard  Freher  (lôig). 

En  1619,  l'imprimeur  Gotthardus  Voegelinus  publiait  une 
édition  de  la  Moselle  très  importante,  sinon  par  son  texte, 
qui  suit  d'assez  près  celui  de  Vinet,  du  moins  par  ses 
Commentaires,  très  intéressants  surtout  au  point  de  vue 
historique  et  géographique.  L'auteur  de  cette  édition  de  la 
Moselle,  Marquard  Freher,  connaissait,  en  effet,  parfaite- 
ment la  géographie  du  bassin  de  la  Moselle,  où  il  avait  sou- 
vent voyagé,  et  l'histoire  des  régions  dont  Ausone  s'occupe. 
Freher,  né  en  1 565  à  Augsbourg,  fut  professeur  de  droit 
à  Nuremberg  ;  il  remplit  diverses  missions  diplomatiques 
et  publia  un  certain  nombre  d'ouvrages  historiques  sur  la 
Bohême,  l'Allemagne  et  la  Moscovie.  Il  était  mort  depuis 
cinq  ans  lorsque  son  édition  de  la  Moselle  parut.  Dans  la  pré- 
face qu'il  a  placée  en  tête  de  l'ouvrage  posthume  de  Freher, 
Voegelinus  expose  quel  soin  il  a  mis  à  recueillir  et  à  éditer 
les  opuscules  d'un  savant  estimé,  à  qui  J.  Scaliger  avait  fait 
l'honneur  d'adresser  une  lettre  très  élogieuse  en  1604.  Cette 
préface  est  datée  du  i  5  mars  1619;  la  date  ne  se  trouve  pas 
sur  le  titre  de  l'in-folio  imprimé  par  Voegelinus. 

D.    MAGNI  II  AVSONII  ||  BVRDIGA- ||  LENSIS  |1    MOSEL-|| 

LA.  Il  cvM  II  COMMENTARIO  |j  MARQ.  FREHERI  ||  p.  m. 

CONSILIARII    AR-  ||  CHIPALATINI    ET    CVRI.E  \\  Pr.ESIDIS    Vi-  |j 
CARII  :  Il  In  quo  prœter  AvsONlI,  niulta  Av-  ||  CTORVM  aliorum, 
milita  veteris  \\  Germanle,  iUuflran-  jj  tur  &  expli-  \\  cantitr.  \\ 
Cum PriuilegioquindecenniS. Rou.  ||  Imp.  ViCARn.  ||  TypisGotthardi 

VOEGELINI*. 

Dans  le  volume  C.  6139  de  la  Bibliothèque  Mazarine, 
l'édition  de  la  Moselle  est  précédée  de  la  dissertation  de 
Freher  sur  Lupodumim^. 


*Je  dois  à  M.  J.  Larocque  la  collation  de  l'exemplaire  de  Freher  conservé 
à  la  Bibliothèque  Mazarine  et  catalogué  C.  6139. 

*^  Voir  Commentaire  explicatif,  pp.  123-124.—  La  Bibliothèque 
Mazarine  possède  un  autre  e.xemplaire  de  l'édition  de  Freher  (catalogué 
263  A.)  auquel  la  dissertation  sur  Lupodunum  n'est  pas  jointe. 


CLXXIV  INTRODUCTION 

Voici  le  titre  de  cet  opviscule  : 

DE    LVPODVNO   ANTIQVISSIMO   ALEMANI^E 
OPPIDO   COMMENTARIOLVS. 

Marquardo  Frehero  P.  M.  Confiliario 
Archi-Palatino  et  Curias  prasfidii 
Vicario  avdtore. 

AVSONIVS  MOSELLA  : 

Hoftibvs  exactis  Nicrvm  fvper  et  LVPODVNVM 
Et  fontem  Latiis  ignotvm  annalibvs  Iftri. 

Cvm  privilegio  qvindecenni  S.  ROM. 

Imp.  Vicarii 
Typis  Gotthardi  Voegelini. 

Quant  à  l'édition  de  la  Moselle,  elle  forme  un  volume 
de  140  pages  environ,  dont  le  texte  et  les  commentaires, 
intercalés  avec  les  vers  qu'ils  expliquent,  en  occupent  128. 
Freher  suit  en  général  les  leçons  de  Vinet,  celles  de  1 575  de 
préférence  ;  il  ne  les  abandonne  que  pour  corriger  les  fautes 
d'impression,  comme  l'édition  de  1 590  (v.  167  Probra; 
V.  322  crepidine;  v.  367  mole;  v.  410  Tantum  non)^  et 
pour  écrire  avec  des  majuscules  initiales,  comme  cette 
édition,  v.  25  Baccho;  v.  293  Caurorum.  Freher  emploie 
le  plus  souvent  le  j  initial  (v.  ^jacent,  v.  14  jani,  etc.);  il 
écrit  cependant  v.  25  iiiga,  v.  155  ùigi  :  mais,  v.  157 
jugtirn.  La  ponctuation  est  sensiblement  la  même,  mais  il 
abuse  du  point-virgule.  Quand  l'éditeur  de  1619  s'écarte 
du  texte  de  Vinet,  c'est  en  général  pour  adopter  celui  de 
l'édition  d'Heidelberg  de  1588. 

Vers  Texte  de  Vinet.  Texte  de  Freher. 

I  flumine.  Imnine  (Aus.  Leél.  I,  i). 

14  confertis.  co7tnexis^. 

15  cœlum.  cœluni. 
24  imperio.  Imper io. 

48,  55  et  363  leuia.  lœuia.  (Seal.). 

1  Conjecture  de  Freher  :  «  Imitatur  Lucanum.  Alii  legunt,  confertis.  » 


DEUXIEME    PARTIE 


CLXXV 


Vers  Texte  de  Vinet. 

62  cœriilea. 

85  interlucet. 
102  cenœ. 
1  I  I   iris. 

128  vtrunque. 

129  necdum. 

144  et  148  ballœna. 
153  baccheïa. 
173  et  179  forores. 
187  tegatur. 
206  diem. 
209  fulfurei. 
240  faciles. 
262  anhelantis. 
271   citatos. 
281    Tetliyn. 
290  magni. 
297  conciirrit. 
313  pyrainis. 

316  tôt us. 

317  Affliôîamque. 
327  et  384  Quinetiam. 
337  fulfurea. 

357  permijîa. 

358  ponto. 

360  qiiaui  primtun. 

36 1  celebratur. 

368  To^a. 

369  Augujlis. 
372  quenque. 

404  Qiiinôliliani. 

410  quaniiis. 

417, 418  et 428  i?en/ç»e  ...René. 

422  natique  patrifque. 

434  Cauiaues. 

435  iwnc. 


Texte  de  Freher. 

cœrulea  ^ . 
inter  lucet  (Seal.). 
cœnœ  (Seal.). 
/rzs  (Seal.). 
vtrumq;  (Seal.). 

Ballœna  (Seal.). 

Baccheïa  (Poelmann). 

Sorores. 

legatur  (faute  d'impression). 

(Ze/H  (Aus.  Leét.,  I,  4). 

fiilphurei  (Seal.). 

facileis  (Seal.). 

anhelatis  (Seal.). 

citâtes  (faute  d'impression). 

Thetyn  (faute  d'impression  ?)► 

Magni  (Seal.). 

Pyramis  (Seal.). 
Corus  (Seal.). 
Afflntainqiiey. 
Qiiin  etiant^*. 
fulphurea  (Seal.). 
permixta  (Seal.). 

quamprimum  (Seb.  Grj-ph.). 

celebratiis  (Seal.). 

Torta  (Seal.). 

augujlis  (Poelmann). 

quemq;  (Poelmann). 

Quintiliani  (Seal.). 

quaniuis  (Seal.). 

Rhenique  ...Rhene  (Poelmann). 

Natique  Patrisq; 

Chamaues {Seh.  Gryph.). 

ttun. 


^  Freher  écrit  toujours  ce  mot  par  un  œ  comme  l'Aldine,  etc. 

^^  Freher  restitue  par  conjecture  la  leçon  du  G. 

^5  «  Corus  Achates,  verior  Scaligeri  leiflio  quam  iotus  Achates.  Affla- 
tarnqtie.  Ita  idem  Scaliger  ex  prifca  l'criptura  reponit  pro  Affliôîamque .  » 

1^4  Qw/n  efiawî  en  deux  mots  comme  dans  les  lyonnaises  de  1537,  1540, 
1548,  et  auparavant  dans  l'édit.  d'Ugolet,  la  Juntine  et  l'Aldine.  —  V.384 
Ouin  etiam  ne  se  trouve  que  dans  l'édit.  d'Ugolet,  la  Juntine  et  l'Aldine. 


CLXXVI 

INTRODUCTION 

Vers         Texte  de  Vimet. 

Texte  de  Freher. 

437  hicornis. 

iî/cor;n's. 

444  miifœ. 

iJfM/œ  (Seal.)- 

449  quum. 

quuum  (faute  d'impression). 

450  natiis. 

iVa^Ms  (Juntine,  Aldine). 

453  arâîoî. 

Arôloi  (Juntine,  Aldine,  etc.) 

462  Gallis  Belgifque. 

Gallos,  Belgosque  (Seal.). 

462  hiterjita. 

inter  Jita  (Scal.,édit.  Raphel.) 

464  Concedet. 

Concèdes  (Seal.). 

467  dominée. 

Domince. 

474  catnenœ. 

Catnenœ  (Poelmann). 

475   ;nuj^s. 

Mujis  (Poelmann). 

481   dextrœ. 

Dextrœ  (Scal.). 

481   Rodanus. 

Rhodaniis  (vulgo). 

483  ^e. 

Te. 

Le  texte  de  Freher  est  composé  en  italiques  un  peu  plus 
fortes  que  celles  de  Vinet.  Le  mot  AvsONiUS  (v.  440)  y  est 
seul  en  capitales  :  à  l'imitation  de  Scaliger,  Freher  écrit 
en  caractères  ordinaires  les  noms  des  poissons  et  des  fleuves 
et  même  le  mot  viuifca,  que  Scaliger  écrivait  en  capitales; 
il  emploie  tantôt  l'abréviation  q;  et  le  signe  6»,  tantôt  que 
et  et.  Il  abuse  du  tréma  {vigilere,  Ptoleniaïdos ,  etc.)  et  des 
majuscules  {Imperio,  Sorores,  Ponto,  Bicornis,  Natus, 
Domince,  Te).  Il  n'admet  pas  d'alinéa  au  v.  85. 

Freher  n'introduit  dans  son  texte,  correct  en  général 
(cf.  legatur,  citâtes,  quuum,  et  Thetyn,  qui  doit  être  aussi 
une  faute  d'impression)  et  sagement  établi  d'après  ceux  de 
Vinet  et  de  Scaliger,  que  deux  conjectures,  v.  14  connexis, 
qu'il  fonde  sur  un  vers  de  Lucain  (Phars.,  III,  400),  et 
V.  297  concîirrens,  qui  est  la  bonne  leçon  du  G.  Les  Com- 
mentaires de  l'édition  de  1619  sont  très  utiles,  surtout  au 
point  de  vue  de  l'histoire  et  de  la  géographie  :  on  en  trou- 
vera l'essentiel  dans  le  COMMENTAIRE  EXPLICATIF.  Freher 
connaît  bien  la  région  de  la  Moselle  (voir  COMMENT,,  p.  55, 
note  au  v.  38  ;  p.  75,  note  au  v.  200  ;  p.  99,  note  aux  v.  337- 
348,  etc.).  Il  est  inspiré  par  un  patriotisme  local  (voir  en 
particulier  Comment.,  p.  53  note  au  v.  12)  qui  donne  de 
l'intérêt  et  de  la  vie  à  ses  observations,  quelquefois  aux 


DEUXIÈME    PARTIE  CLXXVII 

dépens  de  l'impartialité.  Il  aime  à  dire:  «J'étois  là,  telle 
chose  m'avint»,  comme  Boecking,  dont  les  remarques 
rappellent  souvent  celles  que  faisait  au  commencement  du 
XVlV  siècle  le  savant  diplomate  d'Augsbourg. 


£•  —  Les  éditions  d'Amsterdam  (1621 ,  1620,  1631). 

A  la  suite  de  la  Mosella  de  Freher,  la  Notitia  de  la 
Bipontine  mentionne  les  éditions  suivantes  d'Ausonc  : 
«  1621  Amjiel.  24.»  et  «  1629  Amjîel.  16.  D.  Magni  Aufonii 
Burdigal.  opéra  apud  Jo.  Janlïonium.  »  Schweiger  cite  ces 
deux  éditions  (la  seconde,  d'après  lui,  est  un  in-24);  il 
indique  en  outre  un  Atiso7ie  in- 12  publié  à  Amsterdam 
en  163 1  chez  Blaeu.  Ces  trois  éditions  que  j'ai  entre  les 
mains  *[,  sont  toutes  trois  des  in- 16.  Les  deux  premières  ont 
été  publiées  chez  Janssonius.  Le  format  des  éditions  de  1 62 1 
et  de  1629  est  identique,  mais  le  texte  est  plus  fin  dans  la 
seconde.  La  Moselle  qui  occupe  les  pp.  loo-i  1 1  de  l'édition 
de  1621,  occupe  les  pp.  95-105  de  celle  de  1629.  Le  titre 
est  le  même  :  le  prénom  seul  de  l'éditeur,  l'orthographe  du 
nom  latin  d'Amsterdam,  et  la  date  diffèrent. 

i)D.  MAGNI  II  AVSONII  II  Burdigalenfis  H  OPERA  H  Amjîel- 
redami  |]  Apud  Guiljel:  lanjfo.  \\  A°.  cIO.  loc  xxi. 

2)  D.  MAGNI  11  AVSONII  II  Burdigalenfis  H  OPERA.  1;  Amftel- 
rodanii,  j  Apud  loann.  lanjfonium  ||  A°.  cl 3  loc  xxix. 

Les  variantes  du  texte  de  la  Moselle  dans  ces  deux 
éditions  sont  insignifiantes  ;  la  deuxième  corrige  une  faute 
d'impression  de  la  première  (v.  188  comijja);  elle  écrit 
V.  372  qiieniq;,  au  lieu  de  qitenq;,  v.  392  otii,  au  lieu  de 
otij,  v.  Z'^~i  fuh  tegmine,  au  lieu  à<à  fiMegmine,  v.  417, 
418,  428  Rhemqiie,  Rhene  au  lieu  de  Reniqxie,  René,  v.  12, 
57,315  aër,  aère  au  lieu  de  aer,  aère,  et  modifie  en  quelques 

*  Je  dois  à  l'obligeance  de  MM.  G.  Bouchon  et  E.  Labadie  communi- 
cation dis  Ausones  de  1029  et  de  1631. 

XXIII 


CLXXVIII  INTRODUCTION 

endroits  la  ponctuation.  Le  texte  de  1629  conserve  encore 
certaines  fautes  d'impression:  v.  45  tilnis^^  pour  tiluis; 
V.  1 1 2  ceruleîis  (ce  mot  est  écrit  partout  ailleurs  avec  un  ce)  ; 
V.  401  nos,  pour  qtcos  (le  texte  de  162 1  avait  tios);  v.  456  du- 
bitarum.  Elle  en  ajoute  une  :  v.  438  Hec,  pour  Hœc. 

La  Moselle,  dans  les  éditions  de  Janssonius,  est  constituée 
d'après  le  texte  des  meilleures  éditions  de  Scaliger;  l'édi- 
teur d'Amsterdam  corrige  toutes  les  fautes  de  Gryphe  et  de 
Stoer  (v.  10  tamen,  v.  69  niida,  etc.);  il  suit  les  leçons  de 
Commelin  et  de  Rapheleng  (v.  203  atUmfis,  v.  22$  fréquen- 
tant, V.  248  coniiexa,  v.  263  innalido),  plus  spécialement 
peut-être  celles  de  Rapheleng  (v.  21  et  25  Baccho,  v.  354 
Nanique,  v.  355  degenerare).  Il  ne  s'en  sépare  que  pour 
admettre  quelques  leçons  de  Freher,  p.  ex.,  v.  15  cœhtm, 
V.  481  Rhodanus.  Il  écrit  encore,  contrairement  à  l'ortho- 
graphe de  Scaliger,  v.  2,04.  Syracicfii.  Il  emploie  \e  j  et  Vtt 
initial  fjacent,  non  iacent;  ut,  non  vt),  le  v  au  milieu  des 
mots  (convexa,  invalido),  et  le  V  initial  (Vnibra,  Vtqiie). 
Enfin,  par  inadvertance,  sans  doute,  il  écrit  v.  144  balœna 
et  V.  148  Ballœna,  v.  212  prœlia  et  v.  293  Prce/m  ;  cette 
dernière  inconséquence  d'orthographe  se  trouve  aussi  dans 
quelques  éditions  de  Scaliger. 

L'édition  de  1631,  donnée  par  G.  Blaeu,  est  exactement 
semblable  de  format  et  d'aspect  à  celles  de  G.  et  de  J.  Jans- 
sonius ;  en  voici  le  titre  : 

3)  D.  MAGNI  II  AVSONII  II  Burdigalenfis  ||  OPERA  ij  Amjlel- 
redami  \\  Apud  Guiljel:  Blaeu  \\  A°.  clo  loc  xxxi. 

Le  frontispice  des  trois  éditions  est  le  même  :  le  titre  est 
inscrit  sur  une  sorte  de  bannière  dont  les  deux  coins  supé- 
rieurs sont  levés  par  deux  Satyres,  accroupis  à  droite  et  à 
gauche.  En  bas,  de  part  et  d'autre  du  titre,  se  tiennent  un 
guerrier  antique  et  un  personnage  vénérable  à  grande  barbe 

^  Cette  faute  se  trouve  déjà  dans  les  éditions  du  Corpus  de  1603  et 
1611. 


DEUXIEME     PARTIE  CLXXIX 

coiffé  d'un  turban,  un  gros  livx'e  à  la  main,  et  qui  semble 
un  docteur  de  la  loi,  La  Moselle  occupe  les  pp.  98-108  de 
l'édition  de  163 1 .  Le  texte  est  à  peu  près  le  même  que  ceux 
de  Janssonius;  Blaeu  corrige  les  fautes  d'impression  des 
éditions  de  1621  et  1629,  à  l'exception  de  v.  401  nos,  faute 
de  la  première,  à  laquelle  il  revient;  il  en  ajoute  de  son 
côté:  V.  69  Qiuin,  pour  Qmini;  v.  114  extremwn,  pour 
extretnmn;  il  écrit,  comme  Janssonius,  v.  212  prœlia, 
V.  293  Prœlia,  mais  il  change  v.  144  balœna  en  ballœna. 
Il  revient  aux  leçons  de  1621 ,  modifiées  en  1629  :  aer,  aère, 
qiienque,  otii,  fnbtegmine,  Reniqiie,  René.  Il  admet  v.  440 
Nonien  Latitan,  alors  qu'on  lit,  dans  les  éditions  de  1621 
et  de  1629,  nomen  Latitun. 

Blaeu  semble  avoir  donné  plus  de  soin  que  Janssonius  à 
l'élégance  typographique  de  l'édition.  Il  ne  double  qu'un 
seul  vers  (v.  128)  alors  que  les  éditeurs  de  1621  et  de  1629 
avaient  souvent  recours  à  ce  procédé  quand  ils  rencontraient 
des  vers  trop  longs.  Blaeu  use  des  abréviations  pour  faire 
tenir  de  tels  vers  dans  une  seule  ligne;  p.  ex.,  v.  200  Hœc 
quoq;  quâ  dtilces,  etc. 

Les  éditions  d'Amsterdam,  on  le  voit,  reviennent  à  peu 
près  au  même  ;  elles  n'ont  fait  faire  aucun  progrès  au  texte 
de  la  Moselle;  elles  n'ont  pas  un  commentaire  utile  comme 
l'édition  de  Freher  :  mais,  du  moins,  leur  texte  est  presque 
correct  et  ne  ressemble  en  rien  à  ceux  de  Caen,  de  Pont- 
à-Mousson  et  des  diverses  réimpressions  du  misérable 
«  Corpus  » . 


B.  —  l'édition  variorum  de  tollius 
(1671). 

Les  éditions  de  Tollius  (i66g  et  lOji)  et  les  travaux  des  érudits 

du  XVir  siècle. 

lacobus  Tollius  (  1 630-1 696)  a  donné  chez  le  libraire  loann. 
Blaeu  d'Amsterdam  deux  éditions  d'Ausone;  la  première, 
est  un  vol.  in- 16  dont  l'aspect  rappelle  celui  de  l'édition 


CLXXX  INTRODUCTION 

donnée  en  1631   par  Guiljel.  Blaeu",  le  frontispice  est  le 
même.  Voici  le  titre: 

D.  MAGNlIlAVSONII  II  Burdigalenfis  II  OPERA  ||  laco- 
bus  Tollius  II  ex  vett.  Codd.  rejlituit.  \\  Amjlelredami  \\  Apud  loan. 
Blaeu.  Il  A°:  Clo  loc  LXix^. 

La  seconde  est  un  vol.  in-S",  dont  voici  le  titre  : 
D.  MAGNI  II  AVSONII  11  BVRDIGALENSIS  ||  OPERA,  Il 
lACOBVS   TOLLIVS,    M.    D.    recenfuit,  ||  ET   INTEGRIS  || 

SCALIGERI,  MARIANG.  ACCVRSII,   ||    pREHERI,    SCRIVERII  ; 

Il  SELECTis  II  Vineti,  Barthii,  Acidalii,  |i  Gronovii, 
Gr^VII,  Il  Aliorumque  NOTIS  accuratiffime  digeftis,  ||  nec 
non  &  fuis  animadverfionibus  ||  illuftravit.  ||  AMSTELO- 
DAiMI,  Il  Apud  lOANNEM  BLAEV,  |1  M  DC  LXXI. 

Tollius  fait  précéder  l'édition  de  1669  qu'il  dédie  à  son 
père  «  Viro  jufto  &=  niorum  veteruni  loanni  Tollio»  d'une 
intéressante  préface  «Leâiori  benevolo  » ,  où  il  explique  le 
but  de  son  Ansone  et  les  ressources  dont  il  a  usé:  pendant 
qu'il  prépare  une  grande  édition  «cton  integris  plerifque 
Do&iJJimomni  Virormn  cotnmentariisy>,  il  a  cru  utile  de 
publier  une  editio  tninor,  sans  notes,  où  il  se  borne  à 
corriger  le  texte  autant  qu'il  est  en  son  pouvoir.  Il  a 
consulté  deux  mss.,  celui  de  l'Ile-Barbe  et  celui  deduTillet, 
qui  étaient  déjà  aux  mains  d'Isaac  Vossius;  aucun  des  deux, 
comme  on  sait,  ne  contient  la  Moselle  qui  nous  occupe. 
C'est  l'édition  de  Scaliger,  corrigée  en  maints  passages, 
qui  lui  a  servi  après  les  mss.  à  établir  son  texte:  «Pojt 
exaratos  mami  libros  prima  inihi  fuit  Scaligeri  editio, 
quant  etiain  nitnc  tibi  exibimtis,  fed  ab  inmuneris  typo- 
thetarum  primum  vitiis  repurgatatn,  dein  locis  circiter 
oâloginta  tant  ipforuin  librortcm  ope,  qnam  ex  conjeâltira 
reftitutis  accuratiorem.»  Il  professe  d'ailleurs  la  plus  vive 
admiration  pour  Scaliger  «ingeniinn  cœlejîe  ilhid  ac  vcre 
Oetcv»;  il  met  bien  au-dessous  de  lui  Vinet  «honiinem 
probuni  atque  ertcditurîi»,  et,  au-dessous  de  Vinet,  Poel- 

^  Je  dois  à  M.  E.  Labadie  communication  de  son  exemplaire  de  l'édition 
ds  1669. 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXXI 

mann,  dont  il  se  plaît  toutefois  à  reconnaître  le  mérite  et  le 
zèle.  Il  cite  également  tous  les  érudits  qui  se  sont  occupés 
d'Ausone,  depuis  Accurse  «inaturum  ac  feiiile  Mariangeli 
Accîirjii  judichiniy),  jusqu'à  Barth,  qui  «fparjlm  infignem 
in  Adverfariis  fuis  opérant  conferre  potins  conatus  eft, 
qtiarn  contiilitr>^  sans  oublier,  pour  la  Moselle,  le  «politijji- 
inuin  conimentaritim»  de  Freher.  D'ailleurs,  il  se  réserve  de 
donner  dans  les  notes  de  sa  grande  édition  les  plus  utiles  des 
remarques  de  ces  érudits,  ces  médecins  du  texte  d'Ausone, 
comme  il  les  appelle,  unies  aux  siennes  propres. 

Le  texte  de  la  Moselle  est  presque  identiquement  le  même 
dans  les  deux  éditions  de  ToUius  ;  quelques  signes  de 
ponctuation  diffèrent;  le  petit  format  de  l'édition  de  1669 
nécessite  des  abréviations  qui  ne  paraissent  pas  en  1671  : 
p.  ex.,  V.  200  Hec  qtioq;  quR  dulces,  etc.  Mais  je  relève 
seulement  les  vraies  variantes  dont  la  liste  suit  : 

Vers         Édit.  Tollius  1669.  ÉJit.  Tollius  1671. 

32  niiinimine.  manamine. 

1 1 1  quœ.  qua. 

179   Vt  ...freto.  Ad  ...fretum. 

279  SuiHpfit.  Sumjit. 

308  arte.  arce. 

323  vîndicat.  vendicat. 

331   concepto.  confepto. 

350  dignandumque .  dignandamque. 

355  degenerare.  degener  ire. 

365  Drachonuni.  Drahoniun. 

368   Torta.  Tôt  a. 

422   natique  patrifque.  Natiqne  Patrifqtte. 

469  et  470  celebrande.  celebranda. 

L'examen  de  ces  variantes  montre  qu'en  1671  Tollius 
abandonne  un  certain  nombre  de  leçons  qui  se  trouvent  dans 
la  plupart  des  éditions  de  Scaliger  :  Stimpfit,  concepto, 
degenerare,  Drachonum,  Torta.  C'est  d'après  l'autorité 
d'Ugolet  qu'il  adopte  confepto  :  «  Lege  cum  Vgoletto, 
confepto  giirgite.  »  Quœ  est  une  innovation  à  laquelle  il 
semble  ne  pas  renoncer  tout  à  fait  dans  une  note  où  il 


CLXXXII  INTRODUCTION 

rappelle  le  v.  1 1 1  en  écrivant  quia,  leçon  d\ine  des  éditions 
de  Scaliger,  au  lieu  de  qua,  leçon  qu'il  adopte  dans  son  texte  : 
<.'.  Oiiiahitea  circuit  Iris]  Lege  &  diftingue  :  Atra  fnperne 
Piin6la  notant  ter gimi;  quœ  hitea  circuit  Iris.  Nempe  atra 
punéta.  Sed  Vgolettus  aliique  ediderunt  :  Pun6ia  notant 
tergiim;  quà  hitea  circuit  iris,  quam  leétionem  vulgatse 
ceu  corruptae  preetulerim.  »  C'est  encore  d'après  l'autorité 
d'Ugolet  que  Tollius  écrit  celebranda  :  «  Et  hoc,  &  fequente 
verfu,  celebranda  fuit  in  Vgoletti  editione;  quod  ideo 
amplexus  fum,  quia  omnia  fluviorum  nomina  in  a  exeuntia 
ab  Aufonio  fequiore  fexu  proferuntur.  »  C'est  sans  doute 
pour  le  même  motif  qu'il  écrit  dignandamque,  innovation 
sur  laquelle  il  ne  s'explique  pas.  Il  ne  justifie  pas  non  plus 
les  majuscules  initiales  de  Natique  Patrisque,  qui  semblent 
d'autant  plus  déplacées  qu'il  écrit  v.  450  pater,  &  natus. 
C'est  d'après  Accvirse  qu'il  écrit  vendicat;  d'après  deux 
corrections  de  Gronovius  qu'il  écrit  ntananiine  et  Ad . .  .fre- 
tuni.  Enfin  arte  semble  être  une  simple  faute  d'impression 
de  sa  première  édition  qu'il  corrige  dans  la  seconde. 

L'édition  de  1671  est  la  première  édition  varioruni 
d'Ausone  que  nous  possédions.  Tollius  en  expose  le  plan 
dans  un  avis  au  lecteur  placé  au  commencement  du  volume 
immédiatement  après  une  «  Dedicatio  Perillujîri,  Magni- 
fico  ac  Generofo  Vira,  D.  Florentio  Cant,  Reip.  Goudanœ 
Senatori  etc.  »,  dédicace  qui  ne  nous  apprend  rien  sur 
l'édition  et  ne  contient  que  de  grands  éloges  à  l'adresse  de 
Cant^.  L'avis  au  lecteur  renferme  au  contraire  de  précieux 
renseignements.  Tollius  rappelle  d'abord  qu'il  a  promis  son 
édition  un  an  et  demi  auparavant  :  on  pourra  maintenant 
voir  s'il  a  rempli  ses  promesses  :  «  Sefquiannus  efi ,  Benivole 
Leclor,  quttm  Aufoniiis,  multo  quam  JiaGlenusfuerat  opéra 
mea  emendatior,   ininori  forma  cxcujus  eft.  Promifijj'e 


^  Cette  dédicace  est  datée  «  Goud^e  in  Batavis,  cIo  IDC  LXXI.  a.  d. 
Kal.  Iulias  ».  Tollius  était  alors  directeur  du  collèg-e  de  Gouda,  après  avoir 
été  commis  chez  le  libraire  Blaev,  d'Amsterdam,  qui  publiait  les  éditions 
d'Ausone  de  1669  et  1671. 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXXIIE 

Uim  tetnporis  memiiiï,  daturunt  me  propediem  editioiiein 
aliam,  quœ  tibi  intégras  Scaligeri,  Acciirfii,  Freheri, 
circiimcifos  imitili  mole  Vineti,  &  hinc  inde  felcSios 
Barthii  6=  Varioriini  feu  commentarios,  feu  notas,  una 
cnm  ineis  animadverfionibiis  exhiberet.  Liberaverini 
fideni,  nec  ne,  icbi  hœc  perlegeris,  cognofces .  »  J'ai  déjà 
dit^  qu'on  a  reproché  à  ToUius  de  ne  pas  avoir  exécuté  sa 
promesse  en  ce  qui  concerne  les  Diatribce  d'Accurse,  et  j'ai 
expliqué  pourquoi  il  me  semble  qu'il  doit  avoir,  au  moins 
pour  la  Moselle,  donné  l'essentiel  de  ce  qu'elles  contien- 
nent. Tollius  se  plaint  de  l'ennui  que  lui  ont  causé,  du  grand 
travail  que  lui  ont  rendu  nécessaire  (devoratiim  tœdiiim 
. .  .phirinius  labor  exhmiftiis)  la  mise  en  ordre  des  notes 
d'Accurse  et  de  Scaliger  et  le  soin  des  coupures  à  faire  dans 
le  Commentaire  de  Vinet.  Il  a  reproduit  toutes  les  reinarques 
de  Freher,  et  fait  un  choix  dans  celles  de  divers  autres 
érudits,  Barth  en  particulier  :  «  Collegi  prœterea  ex  diverfis, 
&>  inpriniis  Gaspere  Barthio  non  ofnnia,  fed  quœ  cenfe- 
bamfeleâîiora  :  inio  nec  ex  omnibus.  »  Ce  qui  l'a  empêché 
d'être  plus  complet,  c'est  la  pénurie  de  sa  bibliothèque  et 
le  peu  de  ressources  qu'il  trouvait  dans  la  bibliothèque 
publique  qu'il  avait  à  sa  disposition  :  «  Non  enim  mea 
bibliotheca  tant  loctqjles,  ut  in  hos  ufus  fufficiat ;  ô=  civi- 
tatis  noftrce  publica  ejiifmodi  eft,  ut,  qui  illiiis  adornandœ 
curam gefferint,  humaniores  literas  hmid  multum  aniaffe 
cenfeas.  Atque  hac  quident  occafione  non  poffum  non 
deplorare  forteni  meam,  qui  in  condenfa  fcholaftici  pul- 
veris  nebula  adeo  hic  nulla  alieni  Jideris  luce  collujîror, 
ut  in  meris  me  verfari  tenebris  exiftimem.  Soins  igitur  &= 
abfque  ullo  in  his  literis  elegantioribus  exercitati  hominis 
confortio,  librortini  cumfcriptorum,  tutn  editorum,  copia 
defraiulatus,  ncgotiis  cumjjlurimis  obrutus,  unica  melio- 
ris  fortunée  fpe  fubnixtis,  doôloruni  honiintim  veftigia 
follicite  lego,  ô=  per  fpinofam,  &  nimis  quam  dif[icilem 

'  Voir  p.  LXXII. 


CLXXXIV  INTRODUCTION 

viam  lentis  pajjlhiis  ad  Eruditionis  templum  feftino .  Ouid 
hœc  ad  nos?  inquies.  Haiid  nmltiini  fateor.  »  Tollius  a 
raison  :  ses  doléances  et  ses  récriminations  nous  touchent 
d'autant  moins  que  nous  savons  qu'il  s'était  attiré  par  sa 
faute  les  malheurs  qu'il  déplore;  son  indélicatesse  lui  avait 
déjà  aliéné  un  puissant  protecteur,  le  grand  pensionnaire 
Heinsius,  comme  elle  devait  plus  tard  lui  aliéner  l'électeur 
de  Brandebourg.  Ce  qu'il  y  a  à  retenir  de  ce  passage,  c'est 
qu'il  n'a  pas  eu  en  mains  d'autres  mss.  d'Ausone  que  ceux 
dont  il  s'était  servi  pour  sa  première  édition  :   quant  aux 
textes  imprimés,  ses  notes  prouvent  que,  sans  compter  les 
Ausones  les  plus  récents,  tels  que  ceux  de  Vinet,  de  Sca- 
liger,etc.,  il  a  mis  à  profit  de  vieilles  éditions,  celle  d'Ugolet, 
l'xA-ldine,   etc.   Après  les  plaintes,  viennent  les  remercie- 
ments :    Tollius  témoigne  sa  reconnaissance  à  Graevius, 
qui  lui  a  donné  des  notes,  et  surtout  à  Gronovius  «  ciijus 
Viri  ea  fuit  benignitas,  ut  queni  olini  ad  Immaniora 
Jiudia  infonnaverat,  mine  quoque  doctijjiniis  fuis  Emen- 
dationibiis  ad  exornandas  hafce  laboris  niei  primitias 
impertiverit».  Déjà,  dans  sa  préface  de  1669,  il  comparait 
au  divin  Scaliger  l'érudit  qu'il  nomme  maintenant  «incom- 
parabilis  Grofiovhis».  L'édition  renferme  enfin  quelques 
notes  de  l'éditeur  :  «  Vltimzim  lociim  obtinentfnec  merentur 
aliimt)  animadverfiones  aliquot  meœ.  »  Ce  sont  des  notes 
hâtives,  qui  se  sont  présentées  d'elles-mêmes  à  son  esprit, 
pendant  qu'il  rassemblait  celles  des  érudits,  «forte  oblatœ, 
atque  adeo  inter  coUigendzim  deproperatœ,  tantum  veniœ 
merentur  quantum  habtiere  feftinationis  y>.  L'excuse  est 
médiocre,  car  «le  temps  ne  fait  rien  à  l'affaire». 

Comme  l'édition  de  1671  est  avant  tout  une  édition  Va- 
riortmi,  il  semble  utile,  avant  d'examiner  le  texte  de  la 
Moselle  qui  y  est  donné,  d'étudier  tout  d'abord,  soit  d'après 
leurs  recueils  de  remarques  eux-mêmes,  soit  d'après  les 
extraits  que  Tollius  en  rapporte,  ces  travaux  des  érudits 
du  XVIF  siècle  que  l'éditeur  hollandais  a  mis  à  profit  pour 
établir  son  texte. 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXXV 

On  trouve  dans  les  notes  placées  au-dessous  du  texte  de 
la  Moselle  des  extraits  de  Barth,  de  Gronovius,  de  Salma- 
sius  (Saumaise),  deGraevius  et  de  Reinesius,  sans  compter 
des  passages  d'Accurse,  Vinet,  Scaliger,  etc.,  dont  nous 
avons  déjà  examiné  les  travaux, 

Gaspard  Barth  (15S7-1658)  avait,  au  dire  de  Fabricius, 
composé  des  remarques  sur  Ausone,  qui  n'ont  pas  vu  le 
jour:  «Nec  Cafparis  Barthii  animadveriionesadAufonium 
...unquam  viderunt  lucem,  quod  fciam^.  »  Si  ces  remarques 
n'ont  pas  été  publiées  dans  leur  intégrité,  nous  en  possédons 
cependant  un  certain  nombre.  Il  a  déjà  été  parlé  (p.  cxxii) 
des  mss.  de  Poelmann  que  Barth  dit  avoir  achetés  en 
Belgique  :  ces  mss.  lui  donnent  l'occasion  de  faire  sur  le  texte 
de  la  Moselle  des  observations  auxquelles  sont  consacrés  le 
chapitre  iil  du  livre  XIII  et  le  chapitre  Xil  du  livre  XIV  des 
Adversaria^- .  Dans  ces  deux  chapitres,  l'examen  du  texte 
va  jusqu'au  v.  84.  Barth  fait  plusieurs  remarques  littéraires 
dont  je  n'ai  pas  à  m'occuper;  voici  quelles  sont  ses  obser- 
vations critiques  : 

V.    I  il  adopte  la  conjecture  de  Scaliger,  luniine*\'^. 
V.  18  il  propose  de  changer  cultuinqiie  en  vultumque.  «  Mihi 
diibiiim  non  ejî  AufoniumfcripJîJJe  : 

...vultumq;  nitentis 
Burdigalœ. 

Traduâiione  à  facie  honiinis,  quant  in  alto  recognofcere  ex 
intervallo  videuiur.  Vultum  de  regiom  dici  frujlra  fefellit 
librarios.  Sic  maris  \u\X.\.\^ apnd  Virgil.lib.  V.»  Cette  conjecture 
subtile  ne  semble  pas  admissible. 

V.  28  Barth  n'est  pas  éloigné  d'admettre  la  leçon  duB, imitante. 
«  Optimum  exemplar  habuit  imitante,  quod  ego  contemnendum 
non  arbitror.  » 

V.  32  Barth  repousse  le  mot  munimine:  «  tô  munimine  fu- 
fpeôlum  nabis  eji;  quœ  enim  munimina  rsflui  ponti?  quœquideni 

^  Bibl.  lat.  mecl.  et  infim.  cet.,  Hamburgi,  MDGCXXXIV,  lib.  I,  p. 424. 
^-  Les  Adverfariortim  Commentnriorum  libri  LX  ont  été  publiés  pour 
la  première  fois  à  Francfort  en  1624.  J'ai  en  mains  l'édition  de  1648. 
^3  Voir  Commentaire,  p.  49. 

XXIV 


CLXXXVI  INTRODUCTION 

Mofella  haheat.  »  Mais  il  est  peu  heureux  dans  le  choix  des  mots, 
undamine,  unimine  qu'il  propose  à  la  place  de  la  leçon  des  mss.^ 
V.  35  au  texte  de  Poelmann  : 

Non  fuperante  vailo  rapidos  reparare  méat  us, 

Barth  préfère  la  leçon  des  <s.fcripti  libri  in  qiiihus  »  ; 
Nonfperante  vado  rapidos prœparare  meatus... 

Je  ne  sais  à  quels  mss.  il  fait  ici  allusion  :  fperante  se  trouve  dans 
le  B,  le  Rh  et  le  L,  et  preparare  dans  le  Reg.  La  leçon  prœparare 
se  trouve-t-elle  dans  le  Cornelij  Liber?  Poelmann,  en  tout  cas, 
ne  la  cite  pas  dans  son  édition;  peut-être  l'indiquait- il  dans  les 
papiers  que  Barth  avait  achetés. 

V.  37  Barth  adopte  interfeptiis,  conjecture  marginale  de  Poel- 
mann qu'il  semble  prendre  pour  une  leçon  des  mss.  «Illud  vero 
certuin  interfeptus  ex  iifdem  libris  reducendum;  major  enini  res 
ejî  intercipi  fluviuin  quàm  quce  hîc  innuitur;  uhi  tantùm  de 
ohjîaciilis  interjeSlis  fermo  ejl.» 

V.  44.  —  J'ignore  dans  quel  ms.  se  trouve  «  legitimisq;  non  légi- 
timas», leçon,  qui  d'après  Barth  «m  libro  uno  eft».  Poelmann  ne 
la  cite  pas  non  plus,  et  l'auteur  des  Adversaria  ne  se  prononce 
pas  sur  sa  valeur:  «  Videant  argutatores.  » 

V.  45  Barth  adopte  la  leçon  des  mss.  de  Poelmann  :  «  Lege 
cum  MS.  Limigenis,  quce  enafcmitur  putri  limo.  » 

V.  47  Barth  donne  exactement  la  leçon  du  G  et  du  B  qui  n'est 
pas  reproduite  dans  l'édition  de  Poehnann,  et  proposé  une  conjec- 
ture :  «  FortaJJis  legas  : 

Sicca,  niji  prima, /par gas  vejîigia  lymfa. 

Sicca  fint  vejîigia  littore  fpâtiantium,  niji  prima,  hoc  ejl, 
primo  loco,  ea  fpargas  limfâ.  Vulgata  leGiio  ji  ab  libris  non 
interpolar e  ejl,  longe  melior  ejî.  Sane  tw  prima  ego  puram 
lymfam  ad  contrarium  ojîendendum  fubjîituere  7ion  verear.  »  — 
Ces  conjectures  ne  semblent  pas  utiles.  La  leçon  des  mss.  est  plus 
simple  et  vaut  mieux. 

V.  65  Barth  rejette  la  leçon  des  mss.  adoptée  par  Poelmann: 
«  Vitiofe  duo  Codices:  ufque.-^  Il  propose  de  l'expression  ingenui 
fontes  une  explication  qui  a  été  généralement  reproduite  V- 

V.  68  il  propose  Nota  au  lieu  de  Tota  ^3. 

*  Voir  Commentaire,  p.  54. 

•  2  Voir  Commentaire,  p.  57. 

■3  Voir  Commentaire,  pp.  57-58- 


DEUXIEME    PARTIE  CLXXXVII 

V.  71  il  propose  locupletibus  œqua  fuh  tmdis.  «.Hoc  ejl  paria, 
paris  coloris  «S*  variationis.  »  Encore  une  conjecture  bien  subtile  : 
Barth  prête  à  Ausone,  qui  en  est  déjà  assez  riche,  des  finesses 
auxquelles  le  poète  ne  songeait  guère. 

V.  73-74-  Barth  lit  haut  dans  les  deux  mss.  où  il  lit  aussi 
ammixtos.  Il  propose  immijîos  :  €  Ego  verô  immiftos,  hoc  ejl, 
non  permijîos  temerè,  fed  ordine  quodam  naturali  aut  ingenuo 
lesenduni  duco.  » 

V.  80  il  constate  que  la  leçon  des  mss.  est  aut. 

V.  84  «MSS.  duo  claris  Utteris  :  fluitantibus  amne  catervis.» 
Le  B  est  le  seul  ms.  connu  qui  ait  cette  leçon;  le  L  a  fluitan- 
tibus... cateruas;  le  Reg,  fluitantibus...  carteruas.  Le  Cornelij 
Zî6er  serait  donc  ici  identique  au  B.  Barth  ne  trouve  rien  à  changer 
à  la  leçon  des  deux  mss.:  <s.Me  auôîore  nihil  miitabitur.»  Il 
admet  cependant  qu'on  modifie  la  ponctuation,  pour  écrire  : 

Squamigeri  gregis,  ede,  choros,  liquidoq;  fub  alveô 
Diffère  cœruleo  fluitantibus  amne  catervis. 

C'est  avec  cette  remarque  sur  les  v.  83-84  que  s'arrête  le 
commentaire  de  Barth  ;  il  est  regrettable  qu'il  ne  soit  pas 
poussé  plus  loin,  moins  sans  doute  à  cause  de  la  subtilité 
extrême  de  ses  conjectures  que  parce  qu'il  donne  sur  les 
mss.  de  Poelmann  des  renseignements  qu'on  ne  trouve  pas 
dans  les  marges  de  l'édition  de  1 568.  Les  leçons  du  Cornelij 
liber,  citées  par  Barth,  s'éloignent  sensiblement  de  celles 
du  G  et  des  autres  mss.  pour  se  rapprocher  cependant 
quelquefois  de  celles  du  Reg.  Il  faut,  à  propos  de  ces 
mss.,  remarquer  que  Bœcking,  qui  n'a  pas  su  identifier  le 
Geniblacensis  de  Poelmann  avec  le  Bruxellensis,  ne  se 
rend  pas  compte  davantage  que  les  mss.  cités  par  Barth 
sont  simplement  ceux  de  Poelmann  :  il  a  le  tort,  dans  ses 
Notes  critiques,  de  citer  à  part  les  «2  coda.  Barth». 

On  trouve  çà  et  là,  dans  les  Adversaria,  d'autres  remar- 
ques sur  le  texte  de  la  Moselle.  Elles  sont  généralement 
peu  importantes. 

Lib.  I,  cap.  II.  Le  v.  396  est  cité  parmi  les  exemples  de  «  tranj- 
latio  à  texentibus,  aut  lanatn  in  fila  diicentibus  ■» . 

Lib.  VIII,  cap.   xvili.  Le  mot  ciii,  v.  312,   est  cité  comme 


CLXXXVIII  INTRODUCTION 

exemple  des  voculae  dont  on  peut  se  dispenser  de  faire  l'élision: 
«  Porro  eadem  etiani  vocida  jus  hoc  habet  ut  aliquando  non 
elidatur.  » 

Lib.  IX,  cap.  x.  A  propos  du  v.  66,  Barth  dit:  «Ltccere  auteni 
ejî  calculoruni  ob  clarmn  &  profpicuian  colorem.» 

Lib.  XV,  cap.  ii.  Le  v.  84  est  cité  comme  exemple  du  sens 
peu  classique  de  disserere  :  «  DiJJerere  abfolutè  pojitum  pro 
dicere  aut  fer  ibère,  quod  rarô  apud  bonos  fcriptores  ita  pofitum 
inventes.  » 

Lib.  XXIII,  cap.  xiv.  Le  v.372  est  cité  comme  un  exemple  des 
licences  prosodiques  d'Ausone:  «  Iti  cotitrahendis  nonnullis  etiam 
prifcoruni  licentiam  Aitfonius  fequitiir.  Prout  una  fyllaba  eJî 
Mofellœ  verfu  CCCLXXII.  » 

Lib.  XXVII,  cap.  x.  Barth  revient  sur  le  sens  de  tacito  runiore 
(v.22):  «  Tacitum  rumoretn  pro  clément i inurnmre u/iirpat Ati/o- 
«nis»j  qu'il  expliquait  déjà  (Lib.  XIII,  cap.  m) par  «aguœ  obfcurus 
fonus».  (Voir  aussi,  Lib.  XXV,  cap.  Vlll  «  rumorem  Mofellœ 
pro  fonitu  feu  murmure»,  et  Lib.  XLI,  cap.  xxi  «  rumor  obfcxv- 
rum  fonum.  fonat  » .) 

Tollius  donne  enfin  d'autres  remarques  de  Barth,  emprun- 
tées sans  doute  aux  notes  de  sa  grande  édition  de  Glaudien 
(Hambourg,  1650),  ou  à  celles  de  son  édition  de  Stace 
(Zwickau,  1664),  que  je  n'ai  pu  me  procurer;  je  cite  la  seule 
qui  soit  importante  : 

V.  221  «  Neceffario  fcribendutn  : 

Pubertafque,  amnifque,  &■  pi6li  roftra phafeli.  \. 

...In  altéra  [v.  223]  minime  fana  eft  &  imi/ïtata  vox  nautales. 
Credo  fcripfiffe  Poëtam  :  non  taies.  Inverfas  nimirum  de 
proximo  ludentium  epheborum formas  reddit  fol  médium  cœliim 
tenens...An  fimpliciter  fcripfit  navales?  Navales  Jjau^ce,  &  navi- 
gantes in  mari,  apud  Romani  oris  fcriptorem  Iulium  Obfeq. 
Prodig.  cap.  XXVI.» 

De  ces  diverses  conjectures  de  Barth,  une  seule  est  bonne 
celle  qui  concerne  le  v.  221  ;  partout  ailleurs,  il  montre 
trop  de  subtilité;  il  veut  changer  le  texte  à  tout  propos,  il 

^  Voir  Commentaire,  p.  81. 


DEUXIÈME    PARTIE  CLXXXIX 

affirme  son  opinion   eVun   ton  tranchant,  qui  rappelle  la 
manière  de  ScaligerV 

Dans  les  Variarum  Lectiomim  lihri  très  priorcs  (Alten- 
buro-i  MDCXL)  de  Thomas  Reinesius  (1587- 1667),  parmi 
quelques  notes  sur  Ausone,  je  n'en  trouve  que  deux 
concernant  le  texte  de  la  Moselle  :  Tune  (lib.  I,  cap.  XXV, 
p  1 18)  prouve  qu'il  lisait  Erubris  (v.  359);  l'autre  (lib.  II, 
cap.  I,  p.  129)  soutient  contre  Scaliger  la  conjecture  A/arcî 
(v   306),  proposée  par  Poelmann^- 

■  Les  Observationmn  libri  très  (Lugd.  Batavorum,  anno 
1662)  de  J.  Fred.  Gronovius  (161  1-.672)  contiennent  deux 
chapitres  (lib.  I,  cap.  xix;  lib.  II,  cap.  XVii)  entièrement 
consacrés  à  corriger,  défendre  et  expliquer  le  texte  de  la 
Moselle.  Le  premier  a  pour  titre  :  Atifonius  ter  correctes; 
iQstconà,  Aufonhis  defenfus,  alibi  correaxis&illiiftratus. 

V  23  Gronovius  défend  longuement  la  propriété  de  l'expression 
tacito  rumore,  employée  dans  le  sens  de  «murmur  lahentis 
fluvn».(Ub.  II,  cap.  xvi,p.  345-346-) 

^  V  29  Gronovius  propose  l'unportante  correction ^o«,  qui  a  ete 
admise  par  toutes  les  éditions  à  partir  de  celle  de  Tolhus.  «  Ver- 

•  T.  ^ni,  nourtant  citer  une  remarque  de  Barth,  rapportée  par  Tollius, 

f:i::7i" 'nots     y^  ^oco  fcriptan^fcripturan^,  fonte 

(page   43s,  noie  ^ly;   _  Unmpyus  ait  de  Sèerchio.  Barthius.   >  Mais 

fe^;.^:'nlfav^nirï'U^S'^Ur7dat  Stte^citation  fuperno.  J'avais 
dfnc  sansTe  slvo  r  Fautorité  de  Barth  pour  moi,  quand  je  proposais 
SoDter  lalecoldu  G;  il  est  vrai  que  si  je  préfère  superno,  c'est  pour 

fu°sui«  d""r«o";,/Ï?«e"e„V«SUs  peu  Lpomn.es  „r  .e  se„,  Je 

«  tacito  rumore  »  (pp.  35  et  461)- 
•  ^  Voir  Commentaire,  p.  91- 


CXC  INTRODUCTION 

bum,  potes,  Jiic  importiinum  ejl.  Naviger,  promis,  irai tate,(^«<?</Me, 
enim  patitur  fenfus  to  imitante,  quod  ex  Ms.  probat  Barthius 
lib.  XIII  Aclverf.  cap.  1 1 .)  fimile  adjedtiviim  requirunt,  quod 
fuit  oliin,  potis:  rivos  trépide  potis  asquiperare.  Ut  infra:  Quis 
potis  ïnnumeros...»  (Lib.  I,  cap.  XIX,  p.  148.) 

V.  35.  Gronovius  propose  une  correction  beaucoup  moins 
heureuse  que  la  précédente.  Il  conclut  d'une  longiie  discussion 
sur  le  sens  de  vadum  que  ce  mot  signifie  «.locus  brevibus  aquis». 
Ce  sens  du  mot  le  détermine  à  modifier  le  vers  ;  «  Scripjit  vero 
Aufonius  : 

Nonfperante  vado  rapidos  fuperare  meatus 

Cogeris. 

Hoc  ejl,  non  in  aôîmn  agit  te  vadum  fperans  emicare,  emer- 
gereque  &  inhibere  liberos  rapidofque  meatus  fluminis,  quia 
prope  abeji  ab  ejus  fuperficie.»  (Lib.  I,  cap.  Xix,  pp.  149-151.) 
—  L'explication  me  semble  forcée,  et  la  correction  inutile. 

V.  316  Gronovius  se  moque  de  l'interprétation  de  Corus  Achates 
donnée  par  Scaliger  (de  Coro  Achate  habet  aliquid  vir  illujîris 
in  leCiionibus,  &■  hijîoriolam  profert,  quœ  tamen  non  eji  ex 
veterum  thesauris),  il  rejette  la  conjecture  de  Saumaise,  et 
suppose  qu'Ausone  avait  écrit  ses  vers  tout  autrement  qu'on  ne 
les  lit  dans  les  mss.  «Puto  autem  fcriptum  fiiijfe  olini: 

Spirat  enim  teôîi  tejîudine  vera  magnetis , 
Afficîamqiie  trahit  ferrato  crine  piieUam. 

'G  Màyvriî  ôf  ô  [layTOT/iî  6°  ^  [xayv^.Tiç  dicunt  Grœci...  EJi  autem 
duplex  hoc  notnine  lapis:  verus ille qui ferrum  trahit...  &  alius 
quidem  facie  argentea...  Ad  diJîin6lionem  igitur  horum  dixit 
Aufonius  vera  magnetis.  Ut  verae  iafpides,  verae  fmaragdi... 
Corripuitque  primant  propter  mutam  cum  liquida.  Aftidiam 
maloex  Vinetilibris  quam  affiatamex  Puhnannianis.  Videntur 
enim  hoc  fuppofuiffe,  tum  ut  refponderet  tô)  fpirare,  tum  quod 
illud  effet  infolêtius.»  (Lib.  I,  cap.  XIX,  p.  152-153-)  —  Vera 
magnetis  fait  le  vers  faux  ;  cette  leçon  s'éloigne  du  texte  des  mss. 
et  n'offre  pas  un  sens  satisfaisant.  Vinet  dit  bien  que  des  exem- 
plaires récents  portent  «.afflidla  &  affiâîa»;  mais  je  ne  trouve 
affiôia  dans  aucune  édition,  et  Gronovius  est  le  premier  qui 
admette  cette  mauvaise  leçon. 

V.  405-414  Gronovius  commente  et  modifie  tout  ce  passage. 
Comme  il  fonde  ses  corrections  sur  des  raisons  historiques,  ce 
n'est  pas  ici  le  lieu  de  les  discuter:  je  renvoie  aux  pp.  117  et  118 
du  Commentaire  où  ce  long  passage  des  Obser vatio nés  (Lih.  II, 
cap.  XVII,  pp.  346-353)  est  examiné. 


DEUXIEME    PARTIE  CXCI 

Telles  sont  les  remarques,  concernant  le  texte  de  la 
Moselle,  qui  se  trouvent  dans  les  Observationes .  Tollius 
en  donne  plusieurs  autres  dont  j'ignore  l'origine  ;  peut-être 
étaient-elles  inédites,  et  est-ce  de  leur  communication  qu'il 
témoigne  tant  de  reconnaissance  à  Gronovius  : 

V.  32  «  Lego  :  &  bivio  refluus  manamine  pontus.  Id  ejî,  mare  : 
qiiod  non  imafoluni  via  comineatjine  reditu,  ut flumina ,fed  quod 
accelfum  liabet  ô»  recejfum.  Deleùîatur  ea  forma  vocabuloruin, 
ut  hoc  ipfo  carminé  :  Gaudet  fimulamine.  Et  :  celfas  fluvii  deco- 
raniina  villas.  6°  ;  tenui  libamine  Mufae.  »  —  Cette  correction 
excellente  a  passé  dans  presque  toutes  les  éditions. 

V.  179  &  Lego  :  Ad  commune  fretum.  In  ripa  quaji  comtnunis 
aquce.  »  —  Excellente  correction,  presque  universellement  adoptée. 

V.  206  «  Dum/peôiat.  Quis  ille? videturfcripjiffe  :  Qui  fpeâat 
tranfire.»  —  Cette  conjecture  a  le  tort  de  s'éloigner  du  texte 
des  mss.  ;  il  semble  qu'on  peut  rendre  le  vers  intelligible  sans  y 
introduire  le  mot  qiti^. 

V.  213  «  Malim  :  Niliacee  claflis  latiasque  trirèmes.  »  —  Cette 
correction,  inspirée  sans  doute  à  Gronovius  par  le  v.  675  In  média 
classes  aeratas,  Actia  bella,  du  livre  viil  de  V Enéide,  me  semble 
d'autant  plus  inutile  qu'Ausone  veut,  je  crois,  établir  un  contraste 
entre  les  galères  d'Octave  et  les  innombrables  flottes  de  Ciéopâtre. 

V.  215  «  Scrihendum  :  Mylaea.  »Y 

V.  218  Gronovius  écrit  qualis,  comme  Accurse  :  «  Qualis, 
inquit,  nauniachiœ  pulfus  innocuos,  &■  pugnas  jocantes  réparât 
pontus,  &c.  » 

Tollius  n'emprunte  que  quatre  notes  à  Saumaise  :  l'une 
(p.  376,  n.  84)  concerne  la  imistcla;  la  seconde  (p.  396, 
n.  184)  défend  la  correction  Marci  contre  l'audacieuse 
conjecture  de  Scaliger^^  :  <■<  Lege  :  Marci  ^ro  quo  codices 
fcripti  vitiofe  Margi  vel  Marges  prœferunt,  ex  quo  nefcio 
quem  Mapvéa  fibi  hariolatiis  eji  Scaliger.  »  La  troisième 
(p,  398,  n.  190)  a  trait  à  la  confusion  qui  s'est  établie  entre 
Dinochares  et  Dinocrates'\^.  La  dernière  (p.  399,  n.  191) 
est  la  conjecture  citbi  (  v.  3  1 2)  que  Tollius  cite  sans  l'adopter. 

•  Voir  Commentaire,  pp.  76-77.       '3  Voir  Commentaire,  pp.  88-91. 
*2Voir  Commentaire, pp.  79-80.       *4  Voir  Commentaire,  pp.  92-94. 


CXCII  INTRODUCTION 

Il  aurait  pu  tirer  encore  des  Claiidii  Salmasii  Exercita- 
tiones  in  Solimcm  (2  vol.  in-fol.,  Paris,  1629)  un  certain 
nombre  de  conjectures  et  de  corrections  que  Bœcking 
rapporte  dans  les  notes  critiques  de  son  édition  de  la 
Moselle  : 

V.  136  corpora  au  lieu  de  tergora  {Exercit.,  p.  940). 

V.  149  tnagnoqiieJionor  additus[\Q.<^on  an  G]  {Exercit.,  ■ç-9\o). 

V.  316  Doras  Achates,  Afflatamque  {Exercit.,  p.  575). 

L'éditeur  de  1671  ne  cite  de  Graevius  qu'une  correction 
inutile  :  v.  467  Doininœ]  Leg.  Doinini. 

Ce  sont  ces  notes  empruntées  à  divers  érudits  qui  font 
l'intérêt  de  VAiisone  de  Tollius.  L'éditeur  annonce,  comme 
on  l'a  vu,  dans  sa  Préface  qu'il  en  ajoute  peu  de  personnelles. 
Parmi  ces  dernières,  voici  celles  qui  ont  rapport  à  la  consti- 
tution du  texte  de  la  Moselle  : 

V.  35  Tollius  défend  la  leçon  yif/>era«fe  ;  «  to  fperante  venit  a 
lihrariis  non  advertentibus  literam  v ,  qiice  per  compenditun 
folet  fuperfcribi .  » 

V.  37  il  approuve,  sans  l'adopter  pourtant^  la  conjecture  de 
Poelmann, Inter/eptus:  «  lnterieptu.?>Pulmann.  ad  oramfuœ  edit. 
Quod  non  difplicet.  » 

V.  68  il  admet  dans  son  texte  la  conjecture  de  Barth,  Nota  au 
lieu  de  Tota  :  «  Probo,  Nota.  Facile,  ut  alibi  notajfe  niemi>ii, 
priniœ  ver/us  literœ  depravari  potuere.  » 

V.  71  (S.  Mali  m  :  Delicias  hominum  locupletum  :  quasque  sub 
undis...  » 

V.  III  il  justifie  par  l'autorité  d'Ugolet  la  leçon  qua,  qu'il 
reprend,  après  avoir  hasardé  quœ  dans  son  texte  de  1669. 

V.  140  il  admet  a^,  d'après  Poelmann. 

V.  193  il  propose,  sans  l'adopter,  perfudit  à  la  place  de  per- 
fundit.  Schenkl  fera  entrer  dans  son  texte  la  conjecture  de  Tollius^. 

V.  206  il  voit  une  lacune  dans  ce  passage  et  propose  un  vers 
supplémentaire  ^  ^ . 

V.  223  il  défend  nautales  contre  Barth  :  «  Nihil  mutandum 
Nam  nec  nautarum,  nec  nauticas,  nec  navales  pojjit  vim  novi 
hit  jus  vocabuli  exprimere.  » 

^  Voir  GoMMEXTAiRE,  p.  74.  —  ^2  Voir  Commentaire,  pp.  75-76. 


DEUXIÈME    PARTIE  CXCIII 

V.  242  il  supprime  toute  ponctuation  entre  le  v.  241  et  le  v.  242, 
qu'il  écrit  ainsi  : 

Heii  maie  clef enfos  pénétrait  fltimine  pifceis  ! 

Il  s'applaudit  avec  raison  d'avoir  supprimé  le  point,  le  point- 
virgule,  ou  la  virgule,  qui,  dans  les  éditions  précédentes,  séparait 
les  deux  vers  et  les  rendait  peu  intelligibles  :  «  Ita  ut  dijiinxi,  & 
emendavi,  legeiidiim  ejje  nemo  nifi  àiAouatÔTepoc  negaverit.  Pifcis 
in  pifceis  viutavi  ne  iterum  errori  prœberet  anfam,  quamvis 
veteres  itafcripjijfe  Grammatici  notent.  »  Les  éditions  de  Bâle 
et  de  Lyon  (1537,  etc.)  avaient  àé]k  pifceis.  Tollius  ne  semble  pas 
les  connaître. 

V.  281  il  donne  plusieurs  exemples  à  l'appui  de  la  leçon 
converrere. 

V.  297  il  approuve,  sans  l'admettre  dans  son  texte,  la  leçon 
concurrens. 

V..  312  il  propose  de  lire  qiiadro  cuji:  «Ego  cuji  prceferam. 
Antiquos  enim  quis,  quuius,  6»  quoius,  quuji  <&•  quoji  declinaffe 
certain  efl,  quœ  deinde  in  quoi  «S*  cui  contraéJa  funt.  »  Mais  il 
garde,  dans  son  texte,  qiiadro  cui. 

V.  331    «  Lege  cum  Vgoletto,  confepto  gurgite.  » 

V.  337  «  Proxime  ad  veruni  editio  Vgoletti,  g»œ  fulminea^ro 
fulphurea  exhibuit.  Lego  fluminea.  »  Tollius  a  raison  de  reprendre 
fliuninea,  qui  est  la  leçon  des  mss.  Mais  il  se  trompe,  quand  il 
dit  que  l'édition  d'Ugolet  admet  fui  mi  tiea;  c'est  bien  fi  iiminea 
qu'on  y  lit. 

V.  388  il  abandonne  le  texte  vulgaire,  ueteres  qui  iUuftrat, 
pour  admettre  celui  des  mss.  de  Poelmann  :  «  Multo  prœfiantius, 
quod  in  duobus  Puhnannianis,  veterefque  illuftrat  Athenas. 
Quapropter  ita  edere  non  dubitavi.  » 

V.  437  il  approuve  ici  encore  le  texte  des  mss.  de  Poelmann, 
tmus,  qu'il  adopte. 

V.  452  Pofi  tempora]  «In  Pulmanniano  fuit,  munera.  Vtra 
glojfa  fit,  non  liquet.  » 

V.  469-470  il  écrit  celebranda  en  se  fondant  sur  l'autorité 
d'Ugolet,  confirmée  par  ce  fait  que,  dans  Ausone,  tous  les  noms 
des  fleuves  terminés  en  a  sont  du  genre  féminin. 


&>^ 


On  trouve  enfin,  dans  les  Omissa  Cominissa  (p.  798)  une 
conjecture  à  propos  du  v.  302  patrii  pepulere  dolores  : 
«  nialim  repulere  » . 

Dans  ces  remarques,  Tollius  fait  souvent  preuve  de  sens 


XXV 


CXCIV 


INTRODUCTION 


critique^;  mais,  comme  il  convient  au  compilateur  d'une 
édition  variorum,  il  se  défie  de  ses  propres  conjectures 
et  n'ose  guère  les  admettre  dans  son  texte,  qui  est,  à  vrai 
dire,  celui  de  Vinet  et  de  Scaliger.  Son  édition  de  la  Moselle 
est  fondée  sur  celle  de  Vinet;  quand  il  l'abandonne,  c'est  le 
plus  souvent  pour  suivre  les  leçons  de  celle  de  Scaliger.  Il 
use  encore  assez  souvent  des  textes  de  Poelmann,  de  Freher 
et  d'Ugolet. 

Dans  le  tableau  de  variantes  qui  suit,  je  cite  le  texte  de 
Vinet  d'après  l'édition  de  1 575-1 580,  celui  de  Scaliger, 
d'après  l'édition  d'Heidelberg  de  1588. 

Édit.  ToLLius  ié"i. 

lumine  (Freher). 

cœlictn  (Freher). 

Baccho  (Poelmann). 

potis  (correct.  Gronov.). 

œquiperare  {Gïorvo'v . ,  Aldine). 

inanamine  (correct.  Gronov.). 

prolapfus  (Seal.). 

exJlantes(P  otlmSinn  exjianteis) . 

limigenis  (Poelmann). 

cœrulea  (Freher)  1^. 

Nota  (correct.  Barth). 

inter  lucet  (Seal. ,  Freher). 

cmn  (Seal.). 

cœnœ  (Seal.,  Freher). 

Iris  (Seal.,  Freher). 

utrumque  (Seal.,  Freher). 

At  (Poelmann). 

balœna  (Poelmann  Balœna). 

Ballœna  (Freher). 

Rhodopen  (Poelmann). 

Probra. 

fylva  (Vinet  1^90  fyhia). 

fol  (Seal.). 


Vers  Édit.  Vinet  ij8o. 

I  flmnine. 
15  cœluni. 
25  baccho. 
29  potes. 
29  œquiparare. 

32  munimine. 

33  prœlapfus. 
36  extantes. 
45  liinigeris. 
62  cœrulea. 
68  Tota. 

85  inter  lucet. 
100  quum. 
102  cenœ. 
1 1 1   iris. 
128  vtrunqiie. 
140  Ant. 
144  ballœna. 
148  ballœna. 
158  Rodopen. 

1 67  Proba (faute  d'impression). 

168  Jilua. 
178  Sol. 


•[  Dans  sa  note  au  v.  65,  il  commet  une  singulière  inadvertance.  Poelmann, 
qui  admet  Vfque,  écrit  en  marge  :  «  Ita  C.  G.  non  Vtque.  »  Tollius  qui 
écrit  Vtque,  et  qui  ne  dit  rien  d' Vfque,  écrit  en  note  :  «  Duo  Pulmanniani 
Ita  lesrunt  pro  utque.  »  Il  semble  croire  que  la  leçon  des  mss.  de  Poelmann 
est  Ita. 

•2  Tollius  écrit  toujours  cœrulea,  cœruleo,  etc. 


DEUXIÈME    PARTIE 


CXCV 


Vers  Éait.  ViNET  1580. 

179  Vt. 

204  alacres. 

206  tranjire  diem. 

209  fulfurei. 

212  amores. 

221   amnis,  6f. 

240  faciles. 

242  defenfiis...pifcis. 

259  Exultant. 

262  aiihelantis. 

266  expirans. 

279  Sumpfit. 

290  magni. 

293  Prœlia  caurorum. 

296  pœne. 

306  Margei. 

313  pyramis. 

316  ^o^j<s  4c/m^es. 

317  Affliéîamque. 

322  crepidinœ  (faute  d'impr.)- 

323  vindicat. 
337  fnlfurea. 
340  expirante. 

350  dignandunique. 

354  Nanque. 

357  permijîa. 

361   Gelbis. 

361  celebratur. 

367  )uo//e  (faute  d'impression). 

372  quenque. 

388  veteres  qui. 

404  Quinôîiliani, 

410  Tantutnnon...  quanuis. 

411  Parfuerit. 
415  dilata  lande. 

417  Reniqtie. 

418  et  428  i?eue. 

422  natique  patrifque. 
434  Camaites. 
437  î;no. 
444  mufœ. 


Édit.  ToLLius  1671. 


^c£  (correct.  Gronov.)- 
alacreis  (Seal.). 
tranjire,  dein  (Freher). 
fidphurei  (Seal.). 

amnifque,  &  (correct.  Barth). 
facileis  (Seal.,  Freher). 
defenfos. .  .pifceis  (Seb .  Gryphe) 
ExfuUant  (Poelmann). 
anhelatis  (Seal.,  vulgo). 
exfpirans  (Poelmann). 
Sumjit  (Poelmann). 
ilfrto^«i  (Seal.).  ' 

Prœlia  Caurorum  (Seal.). 
/>enè  (édit.  Lyon,  1558). 
Marci  (d'après  Saumaise). 
Pyramis  (Seal.,  Freher). 
liera  Mao-nef/s (corr.  Gronov.). 
A  ffiôîanique  (correct.  Gronov.). 
crepidine. 

vendicat  (d'après  Accurse). 
fulphurea  (Seal.). 
exfpirante  (Poelmann). 
dignandainque . 
Namqiie  (Seh.  Gryphe,  etc.). 
permixta  (Seal.). 

Cé'/&«  (Seal.,  ^ws.  Leciî.). 

celebratus  (Seal.). 

mole. 

quemque  (Freher). 

veterefque  (d'après  les  mss.  de 
Poelmann). 

Quintiliani (Seal.,  vulgo). 

Tantum  jion.. .quamvis (Seal.). 

Prœfuerit  (correct.  Gronov.). 

dilata  &■  laude  (note  en  marge 
de  l'édit.  Poelmann). 

Rhenique  (Freher). 

Rhene  (Freher). 

Natique  Patrifque  (Freher). 

Chamaves  (Freher). 

unus  (ms.  de  Poelmann). 

Mufœ  (Seal.). 


CXCVI  INTRODUCTION 

Vers  Èdit.  ViNET  1580.  Édit.  Tollius  1671. 

453  araoi.  ArBoi  (Freher). 

462  Gallis,  Belgifqiie.  Gallos,  Belgafque. 

464  Concedet.  Concèdes  (Scai.). 

468  Tarhellius.  Tarbellicus  (d'après  Accurse). 

469  et  470  celebrande.  celehranda  (d'après  Ugolet). 
471   Exeris.  Exferis. 

474  afpirare  camenœ.  adfpirare {VoQlmann)  cainœnœ 

(édit.  Lyon,  1558). 

481  dextrœ  Rodanus.  Dextrœ   (Seal.,    Freher)  Rho- 

danus  (Freher). 

On  voit  que  toutes  les  fois  que  Tollius  se  sépare  du  texte 
de  Vinet,  c'est  pour  adopter  celui  de  Scaliger,  de  Freher, 
de  Poelmann,  d'Ugolet,  ou  ses  propres  corrections  et  celles 
des  érudits  qu'il  cite  dans  ses  notes.  Je  relève  deux  inno- 
vations orthographiques,  sur  lesquelles  il  ne  s'explique  pas 
dans  ses  notes  :  Amores,  et  Exferis.  C'est  sans  doute  pour 
être  conséquent  avec  lui-même  qu'écrivant  celebranda,  il 
corrige  v.  SSO  dignandumque  en  dignandanique,  et  je  pense 
qu'il  emprunte  la  correction  qu'il  admet,  v.  462  Gallos, 
Belgafque,  au  texte  légèrement  amélioré  de  Freher,  Gallos, 
Belgofq;. 

Tollius  conserve  la  même  division  en  alinéas  que  Vinet  ; 
il  écrit  comme  lui  Ifiri  (v.  106)  et  Hijîri  (v.  424),  ciim 
(v.  100  et  1^2)  et  quum,  partout  ailleurs  :  mais  Freher,  avant 
Tollius,  avait  reproduit  ces  singularités.  La  ponctuation  de 
Vinet  et  de  Tollius  est  à  peu  près  la  même  :  v.  242  cependant, 
Tollius,  comme  on  l'a  vu,  explique  dans  une  note  pourquoi 
il  change  la  ponctuation  adoptée  avant  lui.  Enfin,  il  y  a 
quelques  différences  dans  l'emploi  des  i  et  des  u  :  Vinet 
écrit  vt,  conuerrere,  maior,  iubas,  etc.,  et  Tollius  :  ^it, 
converrere,  major,  jubas,  etc.  Tollius  écrit  Pompejani, 
Bajas,  alors  que  Vinet  admet  Pompeiani,  Bâtas. 

En  somme,  malgré  la  timidité  dont  il  fait  preuve,  Tollius 
donne  un  texte  de  la.  Moselle  assez  satisfaisant  :  c'est  le  texte 
de  Vinet  habilement  amélioré,  grâce  aux  notes  et  aux 
corrections  des  érudits  du  xviF  siècle. 


DEUXIÈME    PARTIE  CXCYII 

Nous  aurions  une  édition  d'Ausone  bien  plus  audacieuse 
que  celle  de  ToUius,  si  le  célèbre  Nicolas  Heinsius  avait 
publié  celle  qu'il  projetait,  comme  nous  l'apprend  son  bio- 
graphe P,  Burmann  :  «  Si  longior  ipfi  fuperfuiffet  vita,  edere  in 
animohabuerat...  Aufonium,  ut  patet  exGronoviiEpift.430 
ad  Heinf.  T.  III  Syllog.^.  »  Les  Adversaria  d'Heinsius 
publiés  en  1 742,  plus  de  soixante  ans  après  sa  mort  (7  octo- 
bre 1681),  par  les  soins  de  P.  Burmann,  ne  contiennent 
que  peu  de  remarques  se  rapportant  au  texte  de  la.  Moselle  : 
ces  quelques  essais  de  correction  ne  peuvent  permettre  de 
préjuger  ce  qu'aurait  été  l'édition.  Voici,  en  effet,  tout  ce 
que  je  trouve  dans  les  Adversaria  : 

Lib.  I,  cap.  vin,  p.  83:  «  Idem  [Aufonius]  Mofella  (vf.  372.) 
Mille  alii,  prout  quemquefuus  inagis  intpetus  iirgitet. 

Eujidem  loquendi  modum  in  hoc  ipfo  Aufonii  poëmate  (vf.  79.) 
librariorum  culpa  opinor  exfulare, 

Nomina  qiiae  ciinâîos  numerofae  Jîirpis  aliimnos 
Edere  f as. 

Editio  Aldina,  Nomina  quae  &  cundos.  PoJJis,  nomina  quae 
cundis  alumnis,  vel  nominaque  &  cundos  alumnos.  Arridettameu 
impenfe, 

Noniine  qitemqtie  fuo  numerofae  Jîirpis  alumnos 
Edere  f  as.  t> 

Lib.  III,  cap.  XVI,  p.  533:  «Etiam  apud  Aufonium  Mofella 
reponendum  videtur  : 

nie  autemfcopulis  fubj'eëîas  promis  in  undas 
Inclinât  lentae  convexa  cacumina  virgae 
Infutos  efcis  jaciens  letalibus  hamos. 

Non  connexa  cacumina,  nec  Indutos  efcis  hamos.  Etfi  nec  illud 
damnanduui  plane,  aut  ImpHcitos,  quod  Aldi  Manutii  editio 
expreffit.  Sed  ipfe  Aufonius  non  alio  videtur  vocare,  qui  epifiola 
ad  Theonem, 

Et  jacula  &>  f  undas  &  nomina  villica  Uni, 
Colaque  &>  infutos  terrenis  vertnibus  hamos.» 

•  P.  Burmanni...  de  Vita...  Nicolai  Heinfii...  Commentarius,  p.  56, 
en  tête  de  Nicolai  Heinsii...  Adversariorv.m  libri  IV,  nv>jqv\m 
ANTEA  EDITI,  Harlingae,  cIo  Id  ce  XLII. 


CXCVIII  INTRODUCTION 

Enfin,  Heinsius  cite  (Lib.  III,  cap.  xvil,  p.  547)  le  v.  337 
Qitid  quae  fulphurea  (Aid.  fluntinea)  fîibftriiôla ,  etc.,  de 
manière  à  montrer  qu'il  ne  connaît  pas  de  mss.  de  la.  Moselle, 
puisqu'il  prend  flutninea  pour  une  simple  variante  de 
l'Aldine. 

Les  deux  essais  de  corrections  au  texte  de  la  Moselle 
qui  se  trouvent  dans  les  Adversaria  ont  peu  d'impor- 
tance; il  est  cependant  probable  que  si  ToUius  les  avait 
connus,  il  en  aurait  fait  son  profit  pour  son  édition.  Mais 
l'ouvrage  était  inédit,  à  supposer  même  qu'en  1671  il  fût 
déjà  composé,  et  il  aurait  été  imprudent  de  confier  de  l'inédit 
à  un  homme  aussi  peu  délicat  que  ToUius  ;  au  demeurant, 
Heinsius  connaissait  bien  Tollius,  puisque,  au  moment  de 
son  départ  pour  l'Italie,  il  avait  pensé  à  se  l'attacher  comme 
secrétaire  :  on  l'en  avait  détourné,  en  lui  disant  que  Cor- 
nélius Tollius,  le  frère  du  futur  éditeur  d'Ausone,  avait  été 
chassé  pour  vol,  de  chez  Isaac  Vossius,  quod  Lavernae 
facris  manu  Jiniftra  ejjet  operatus,  dit  Burmann,  le  bio- 
graphe de  N.  Heinsius.  Tollius  semble  ne  pas  avoir  gardé 
rancune  à  Heinsius  :  il  le  cite  souvent  avec  éloges  dans  ses 
notes  ;  en  particulier,  dans  une  note  au  v.  3 1 2  de  la  Moselle, 
il  renvoie  le  lecteur  au  Prudence  que  N.  Heinusis  venait  de 
faire  paraître  en  1667  :  «Vide,  Ji  lubet,  EruditiJJ.  Heinfinm 
in  fuis  ad  ijlum  poëtam  notis.  » 

En  même  temps  que  N.  Heinsius  rédigeait  ses  Adver- 
saria, il  jetait  de  nombreuses  notes  sur  les  marges  d'un 
exemplaire  de  la  Lyonnaise  de  1558,  qui  est  aujourd'hui 
conservé  à  la  Bibliothèque  de  Leyde^  et  dont  Bœcking  a  eu 
communication.  Il  est  évident  que  les  conjectures  que  l'on 
y  trouve  ne  doivent  pas  être  considérées  comme  définitives; 
ce  n'est  qu'un  premier  brouillon  auquel  il  ne  faut  pas  attacher 
une  importance  exagérée,  sous  peine  de  faire,  du  savant  qu'on 
a  appelé  le  restaurateur  des  poètes  latins,  un  destructeur 
du  texte  de  la  Moselle. 

•  Peiper,  qui  s'est  servi  de  cet  exemplaire,  dit  qu'il  est  catalogué  758  F  1 1 
(Praefafio,  p.  LXXXVIIII). 


DEUXIÈxAlE    PARTIE 


CXCIX 


Voici,  en  effet,  les  notes  manuscrites  de  N.  Heinsius  que 
Bœcking  reproduit  : 


Vers 

12  forte  his,  pour  hic. 

32  forte  molimine,  pour  mu- 

niiniiie. 
37  Interfeptus ,  pour  Inter- 

ceptus. 
42  leg.  mulorifin,  &  fie  Schef- 

fer  de  milit.  nauali^. 
47  leg.   in  prima  radis    vel 

pateris,  feriias  lymplia. 
49  forte  Siemens. 

51  cara,  pour  cura. 

52  Foetaqiie  iaéîuris  cui. 

65  inriguis,  pour  ingenuis. 

66  forte  Vibrant Jï  patiuntur 

aqiui. 
68  'Lo^a  vet.  ms.'^^ 
73  leg.  lenta. 

79  Nomine  quemquefuo  (com- 

me dans  les  Advers.). 

80  forte  aiit  ille  finat. 

83  forte  liqiiidique. 

84  fluitantis. 


Vers 

86  leg.  praeteneris...  arijlis, 
vel  Vifcera  praeieneris. 
91  z'/a;  rt(5?e  5araMï. Mais  H.  re- 
nonce à  cette  correction, 
et  ajoute  :  «  Nil  opus  ■>  ^  3 . 

359  Molibus  hic  caefis  (?). 

374  die,  pour  dia. 

378  forte  parens,  pour  potens. 

387  iox\.Q.fe6îatory-ç.fpectator. 

391  leg.  extrema  (ou  externa) 
ad  carmina. 

402  forte  procerumqiie  fena- 
tum. 

425  iy/c,  pour  Haec. 

433  fi'idet,  Tpourfundet. 

435  certus,  pour  vents. 

439  Belgarum ,hospitii non^^ . 

446  furores,  pour  Jîuores. 

448  inihi,  pour  ;«eï. 

457  0"^^  modo. 

467  domini. 

468  Tarbellicus. 


La  simple  lecture  de  cette  liste  de  corrections,  proposées 
par  Heinsius,  montre  qu'elles  sont  pour  la  plupart  inutiles. 
Il  en  est  même  qui  me  semblent  absurdes,  par  exemple, 
V.  359  Molibus  hic  caefis.  Heinsius  a-t-il  réellement  pro- 
posé cette  variante?  J'ai  cité  la  remarque  de  Schenkl,  à 


■  Scheffer,  De  Militia  naiiali  vetertim,  Upsalae,  1654,  p.  326.  —  Voir 
Commentaire,  p.  55. 

■-  Il  paraît  que  Bœcking  a  lu  à  tort  vet.  ms.  au  lieu  de  vel  mo.  C'est 
Schenkl  qui  l'affirme:  «  Ne  quis  ex  Bœckingii  adnotatione  ad  v.  68  coni- 
ciat  Heinsium  veteri  quodam  Mosellae  libro  usum  esse,  scito  Heinsium  in 
exemplari  Lugdunensi  'Lota  vel  Mo'  scripsisse,  itaque  aut  'Lota'  aut 
'Mota'  proposuisse,  utrumque  absurde.  »  (Prooemiiim,  p.  XLVI.) 

•3  V.  2g4  hifu,  d'après  Schenkl  et  Peiper.—  V.216  Cumne,  v.22>2caitales 
(pour  nouaîes)  et  v.  340  aeftn  expirante  (pour  aestu  spirante),  d'après 
Peiper  qui  admet  cette  dernière  correction. 

•4  Bœcking  ajoute:  «  Quid  pro  praec .  vocab.  mniûcsL  pos  ititm  sit  legi 
nequit.  » 


ce  INTRODUCTION 

propos  de  la  manière  fantaisiste  dont  Bœcking  a  lu  la  note 
au  V.  68.  Je  serais  tenté  de  croire  que  l'éditeur  de  1845  a 
aussi  mal  lu  ce  qu'Heinsius  avait  écrit  en  marge  du  v.  359. 
En  tout  cas,  Heinsius  aurait  souvent  bien  fait  d'ajouter  à 
ses  conjectures  le  «Nil  ojncs»  que  Bœcking  relève  à  la 
suite  de  la  correction  au  v.  91 .  La  note  au  v.  32  se  rencontre 
avec  celle  de  Ménage,  comme  je  l'ai  déjà  fait  remarquer'. 
La  conjecture  au  v.  37  Interfeptus  et  la  correction  au  v.  468 
sont  déjà  dans  l'édition  de  Poelmann.  La  conjecture  œjîu 
expirante  (v.  340)  a  été  adoptée  par  Peiper;  v.  387  Heinsius 
n'admet  pas  spectator,  ce  dont  je  ne  saurais  le  blâmer, 
puisque  je  n'admets  pas  davantage  cette  leçon:  il  préfère 
sectator,  qui  diffère  peu  du  texte  des  principaux  mss.,  et 
qui  peut  bien  être  la  vraie  leçon,  mais  que  je  n'adopte  pas. 
(V.  Commentaire,  p.  1 1 1  ).  En  somme,  ces  notes  marginales 
n'ajouteront  rien  à  la  réputation  d'Heinsius,  et  je  suis  per- 
suadé que,  s'il  avait  donné  l'édition  qu'il  projetait,  il  n'en 
aurait  fait  passer  que  bien  peu  dans  son  texte. 

L'édition  de  1671  a  servi  de  base  à  un  certain  nombre 
d^Ausones  publiés  au  XVIIP  siècle,  et  même  au  commence- 
ment du  Xix^.  Je  ne  m'occupe  pour  le  moment  que  du  texte 
de  Maittaire  qui  parut  en  171 3.  Maittaire  suit,  en  effet,  à 
peu  près  exactement  les  leçons  de  Tollius  dans  son  recueil 
des  anciens  poètes  latins,  intitulé: 

OPERA  II  ET  H  FRAGMENTA  ||  VETERUM  j]  POETA- 
RUM  LATINORUM  ||  profanorum  &  ecclefiafticorum. 

Il  LONDINIW  ApudJ.NiCHOLSON,  B.TOOKE  &  J.  TONSON. 
il  MDCCXIIL 

La  Moselle  occupe  les  pp.  1307  col.  i  —  13 10  col.  i  du 
vol.  II  de  ce  recueil  in-folio.  Bœcking,  qui  fait  observer 

•[  Voir  p.  CLXIII.—  On  peut  supposer  que  Ménagea  eu  connaissance  de 
la  conjecture  de  N.  Heinsius,  car  ces  deux  érudits  étaient  en  rapports.  Je 
trouve,  dans  les  ^Egidii  Menagii  Mifcellanea  (Pariliis,  MDG.  LIL),  p.  78, 
une  épigramme  grecque  adressée  par  Ménage  à  N.  Heinsius,  et,  dans  le 
Liber  adoptivus,  qui  est  imprimé  à  la  suite,  pp.48et49,  deux  poésies  latines 
dédiées  par  N.  Heinsius  à  Ménage. 


DEUXIEME    PARTIE  CCI 

que  Maittaire  adopte  même  la  ponctuation  de  Tollius,  ne 
relève  que  ces  variantes  : 

Vers  ÉJit.  de  Tollius.  Édit.  de  Maittaire. 

29  œqiiiperare.  œquiparare. 

193  perfundit.  profundit. 

392  otii.  otî. 

441  extremos  inter,.  exfremos,  inter,. 

Le  texte  de  Maittaire  est  évidemment  une  reproduction 
de  celui  de  Tollius;  mais,  pour  être  complet,  il  faut,  en 
outre  des  variantes  relevées  par  Bœcking,  noter  deux  fautes 
d'impression:  v.  122  obfcuros  (au  lieu  de  obfcuras)  et 
V.  266  brachia  (au  lieu  de  branchia).  On  peut  aussi 
remarquer  deux  fois  l'usage  de  Vi  au  lieu  du  j  (y.  215 
Pompeiani,  v.  346  Baias)  alors  que  Tollius  écrivait  Poni- 
pejani  et  Bajas,  et,  deux  fois  aussi,  l'usage  de  l'accent 
circonflexe,  v.  256  Dexterâ,  v.  370  hôc,  alors  que  Tollius 
écrivait  Dextera  et  hoc. 


C .  Veditio  in  usum  delphini  (  1 730) 

ET  LES  ÉDITIONS  QUI  EN  PROCÈDENT  (175O-1782). 

Cinquante-neuf  ans  après  l'édition  de  Tollius,  en  1 730, 
paraissait  à  Paris  un  Atcsone  qui  est  le  dernier  ouvrage 
dont  se  compose  la  collection  in  usum  Delphini,  qu'avait 
inaugurée  en  1671 ,  l'année  même  de  l'édition  de  Tollius,  la 
publication  des  Panegyrici  veteres,  due  à  J.  de  la  Beaune. 
Voici  le  titre  de  cet  Ausone  destiné  à  l'instruction  du 
Dauphin,  et  qui  ne  fut  publié  qu'une  trentaine  d'années 
après  la  mort  de  l'élève  de  Bossuet  : 

D.  MAGNI  II  AUSONII  i|  BURDIGALENSIS  ||  OPE- 
RA. Il  INTERPRETATIONE  ET  NOTIS  ||  illustravit  || 
JULIANUSFLORIDUS,CAN.CARNOT.||/Z75St7||CHRIS- 
TIANISSIMI  REGIS  ||  IN  USUM  \\  SERENISSIMI  DEL- 
PHINE Il  Recenfuit,  fupplevit,  emendavit,  D iffertationem  de 
Vita  &  Scriptis  Aufonii  \\  fiiafqiie  [Animadverjiones  adjunxit 

XXVI 


CCII  INTRODUCTION 

Joannes-Baptista  Souchay,  Il  Regiœ  Infcript.  &■  Human. 
Litter.  Academiœ  Sociiis.  \\  PARISIIS,  ||  Typis  JacOBiGuerin, 
ad  Ripam  Auguftinianorum.  ||  M.  DCC.  XXX. 

Dans  la  Prœfatio  Editoris,  Souchay  raconte  par  quelles 
vicissitudes  cette  édition  a  passé.  Julien  Fleury,  chanoine 
de  Chartres,  qui  avait  déjà  donné  à  la  collection  un  Apulée 
en  1688,  travaillait  à  VAiisone  :  on  avait  composé  et  tiré  les 
cent  soixante  premières  pages  de  cet  in-4°,  quand  le  mariage 
du  Dauphin  mit  un  terme  aux  éditions  entreprises  à  son 
usage.  Les  libraires,  qui  n'étaient  plus  soutenus  par  la 
subvention  royale,  reculèrent  devant  les  frais,  et  on  cessa 
d'imprimer  VAuso7ie,  qui  en  resta  à  sa  vingtième  feuille. 
L'édition  semblait  définitivement  condamnée,  Fleury  lui- 
même  était  mort  depuis  trois  ans,  lorsque  en  1 728  l'impri- 
meur Jacques  Guérin,  plus  désintéressé  que  ses  confrères, 
confia  le  soin  de  parfaire  l'œuvre  de  Fleury  à  Jean-Baptiste 
Souchay,  chanoine  de  Rodez,  qui  était  alors  âgé  de  quarante 
ans,  et  qui  faisait  partie  depuis  1726  de  l'Académie  des 
Inscriptions. 

Souchay  reprit  le  travail  de  son  prédécesseur,  corrigeant 
le  texte,  complétant  et  améliorant  les  Commentaires  de 
Fleury.  Pour  corriger  le  texte,  il  use  des  éditions  qu'il  peut 
se  procurer  et  de  deux  mss.  de  la  Bibliothèque  Royale,  où, 
bien  entendu^  la  Moselle  ne  se  trouvait  pas  ;  pour  compléter 
et  améliorer  les  Commentaires  de  Fleury,  il  a  recours  à  tous 
les  travaux  des  érudits  depuis  Accurse  jusqu'à  Tollius.  Une 
Dissertation  préliminaire  est  consacrée  à  une  étude  sur  la 
vie,  les  œuvres  et  les  éditions  d'Ausone  :  il  a  déjà  été  dit 
que  Souchay  est  un  de  ceux  qui  reprochent  à  Tollius  de  ne 
pas  avoir  reproduit,  comme  il  le  promettait,  toutes  les  notes 
d' Accurse  *[ .  Il  se  montre  très  sévère  pour  l'édition  de  Tollius  : 
«  Once  res  diiœ,  fides  minùne  liberata,  &  coinphira  quce 
Poëtce  luceni  attulijjent,  propter  lïbroriun  pemiriam, 
omijja,  efficere  mihi  videntiir,  ne  Tolliana  editio  fit 
omnibus  numeris  abfoUita.  »  Ce  jugement  semble  d'une 

1  Voir  p.  LXXII. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCIII 

sévérité  d'autant  plus  déplacée  que  l'édition  de  1 730  doit 
beaucoup  à  celle  de  1671 .  Bœcking  a  pu  dire  avec  raison  : 
«Prope  ad  exemphim  ToUianuni  accedit  hœc  editio  niinis 
laudata.  »  Mais  Souchay  juge  l'édition  de  ToUius  si  peu 
définitive  qu'il  ne  s'étonne  pas  de  voir  que  des  érudits  en 
aient  promis  d'autres  :  «  Itaqtte  non  miror  curiofam  fed 
haôîejms  exfpeâîatavi,  ut  docet  Olaiis  Borrichius  dijjert. 
de  Poëtis,  fpopondijje  loannem  Blajiwn  JtLrifconfulhim 
Amfielodamenfem;  ac  etiamniun /pondère  umnn  e  Btirdi- 
galenjîs  Academice  fociis.  »  L'académicien  bordelais  qui 
préparait  un  Aiisone  se  nommait  Belet.  La  Bibliothèque 
Françoife  {Mai  &  Juin  1726,  p.  52)  annonçait  ainsi  son 
ouvrage  :  «  Il  fixe  le  temps  auquel  ils  [les  ouvrages  d'Au- 
sone]  ont  été  compofés,  il  rappelle  les  occafions  qui  les  ont 
fait  naître;  les  perfonnes  qui  y  ont  donné  lieu.  Et  tout  cela 
eft  rempli  de  traits  de  critique  et  de  perfonalités  littéraires 
fort  intereffantes.  »  UAiisone  de  Belet  n'a  pas  paru,  non 
plus  que  celui  du  jurisconsulte  hollandais  *  :  pour  ce  dernier, 
Soucha}',  d'ailleurs,  aurait  dû  désespérer  absolument  de  le 
voir  publier,  puisque  Borrichius  place  la  promesse  de  cette 
édition  «  haélenus  exfpe&ata  »  avant  la  publication  de  celle 
de  Tollius  :  «  Aufonii   editio  feleâiior  eft  Jof.  Scaligeri, 
&>  Elise  Vineti.  Spopondit  curiofam  Jo.  Blafius,  JCtus 
Amftelredamenfis,  quœ,  quantum  confiât,  nondum  vidit 
publicayn  luceni.  Editns  quoqiie  efi  Aufonius  Amfielr.  ex 
rece)ifione]3.cohiTol\iicit}nnotisvariorîcm,  Anno  1671  y.» 
L'édition  de  1 730  se  termine  par  un  certain  nombre  de 
remarques  personnelles  de  Souchay   «  Editorïs  Animad- 
verfiones  »,  qui  sont  souvent  en  désaccord  avec  les  notes  qui 
accompagnent  le  texte.  La  Moselle  commence  au  bas  de  la 
p.  295  et  se  termine  en  haut  de  la  p.  333.  Les  leçons  sont 

*  La  Bibliothèque  de  Bordeaux  possède  un  volume  de  manuscrits  de 
Belet,  qui  contient  une  vie  d'Ausone  et  des  notes  sur  plusieurs  ouvrages  du 
poète  bordelais  ;  mais  on  n'y  trouve  pas  les  matériaux  de  l'édition  annoncée 
dans  la  Bibliothèque  Françoife. 

V  Olai  Borrichii  Dijfertationes  Acadeinicce  de  Poetis,  anno  1683, 
Francofurti;  Dijfert.  II,  p.  73-74. 


CCIV 


INTRODUCTION 


presque  toujours  les  mêmes  que  celles  du  texte  de  Tollius. 
Voici  le  tableau  des  variantes  de  ces  deux  éditions  : 


Vers         Édition  de  1671. 

Édition  de  1730. 

29  œqiiiperare. 

œquiparare. 

36  exjîantes. 

e.xtantes. 

48  le  via. 

lœvia'i. 

62  cœrulea. 

cœrulea  ^  ^ . 

71  Deliciafque  hominutn 

Delicias  hominuin  lociiple- 

locupletes. 

tutn. 

85  inter  lucet. 

interlucet. 

1 1 1  qtia. 

quœ. 

1 17  mullis. 

Mullis. 

140  At. 

Aut. 

144  balœna. 

Balœna. 

148  Ballœna. 

Balœna. 

j68  fylva. 

Jilva. 

178  et  222  fol. 

Sol. 

206  traiijire,  dein. 

tranjire  diem. 

212  prœlia. 

prœlia 'li. 

215  Potnpejani. 

Pompeïani. 

221  amnifque. 

amnis. 

242  defenfos...  pifceis! 

def en/us . . .  pifcis  ! 

279  Siimfit. 

Sumpfit. 

290  Magni. 

magni. 

297  concurrit. 

concurrens. 

309  noâiua. 

Noâiua. 

316  î;era  Magnetis. 

Corus  Achates. 

317  Affiâîamque. 

AffliSîamque. 

323  vendicat. 

vindicat. 

336  nutantia. 

nitentia. 

337  fulphiirea. 

fluminea. 

350  dignandamque. 

Dignandumque. 

361   Celbis. 

Gelbis. 

392  O^ïï. 

otî. 

412  fortuna/uum. 

fortuna,  tiium. 

4 1 3  Prœmia,  jam . 

Prœmia  jam,. 

431   nymphis. 

Nymphis. 

469  et  470  celebranda. 

celebrande. 

474  adfpirare  cauiœnœ. 

afpirare  camenœ. 

•  Dans  l'édit.  de  1730,  ce  mot  est  toujours  écrit  avec  un  œ.  —  '^  Dans 
l'édit.  de  1730,  cœrulea,  ccertiletis,  etc.,  sont  toujours  écrits  avec  un  œ.  — 
•3  Par  une  inconséquence  bizarre,  l'édit.  de  1671  a  v.  293  Prcelia,  et  celle 
de  1730,  Prœlia. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCV 

L'édition  in  nsiim  Delphini  a  presque  toujours  la  même 
ponctuation  que  celle  de  ToUius  :  j'ai  signalé  une  variante 
(V.  41 3)  ;  on  peut  remarquer  aussi  que  v.  241 ,  Fleury  n'admet 
pas  la  suppression  des  deux-points  due  à  Tollius.  Fleury 
attribue  des  majuscules  initiales  aux  mots  qui  commencent 
une  phrase  après  un  point,  un  point  d'exclamation  ou  un 
point  d'interrogation  (p.  ex.  v.  350  Dignandumque),  ce 
que  son  précécesseur  ne  fait  pas  toujours;  enfin,  l'éditeur 
français  écrit   toujours    Unde,  Jam,   etc.,    et  non  Vndey 

lam,  etc. 

Quand  l'éditeur  de  1 730  abandonne  les  leçons  de  Tolhus, 
c'est  le  plus  souvent  pour  adopter  celles  de  Vinet.  Il 
emprunte  à  Scaliger  les  leçons  lœvia,  Corus  Achates;  à 
Poelmann,  les  leçons  Mullis,  Balœna,  otî,  Nymphis.  Les 
autres  variantes  ont  pour  origine  des  notes  de  Tollius  que 
l'éditeur  de  1730  résume  dans  les  siennes;  mais,  plus 
audacieux  que  Tollius,  il  fait  entrer  dans  son  texte  des 
leçons  que  son  prédécesseur  se  bornait  à  proposer  sans  les 
admettre. 

V  71  Delicias  etc..  «Itafcribe  cuin  ToU{o.->->  (Voir  p.  cxcii.) 

V  1 1 1  qnœ.  «  Sic  lege,  &  interpiinge  cmn  Tollio.  Quœ  refertur 
ad  punda  illa  atra.  *  Quce  est  la  leçon  de  la  première  édition  de 
Tollius,  leçon  qu'il  abandonne  en  1 67 1 ,  pour  écrire  comme  Ugolet. 

(Voir  p.  CXCII.)  ,.  .   ., 

V  297  concurrens.  L'éditeur  de  1730  ne  dit  pas  pourquoi  il 
adopte  cette  correction  de  Freher.  Il  est  probable  que  c'est  a  cause 
de  la  note  où  Tollius  approuve  concurrens,  sans  l'admettre  dans 

son  texte. 

V.  336  nitentia.  Tollius,  qui  écrit  nutantia,  se  borne  a  citer  une 
note  de  Vinet  :  «  Legitur  &  nitentia.  »  L'éditeur  de  1730  explique 
pourquoi  il  adopte  la  leçon  nitentia  :  «  Id  ejî  fulta.  Letlto- 
neni  hanc  malo,  quant  nutantia,  quod  mihi  parum   appofitum 

videtur.  »  -,  1     1 

V.  337  fluniinea.  L'éditeur  de  1730  dit  qu'il  reprend  la  leçon 
d'Ugolet;  il  fait  d'ailleurs  remarquer  que  Tollius  la  cite  inexacte- 
ment. (Voir  p.  CXClll.) 

V  412  Errorenifortiina,  tumn.  Tollius  citait  cette  conjecture 
de  Gronovius,  sans  l'adopter.  L'éditeur  de  1730  s'en  empare  :  «  Sic 
letro  &  expono  ad  nienteni  Gronovii.  » 


CCVI  INTRODUCTION 

C'est  donc,  on  le  voit,  à  l'édition  de  Tollius,  aux  notes 
comme  au  texte,  que  Fleury  emprunte  le  plus  volontiers. 
Les  notes  de  Fleury  ne  sont  guère  que  le  résumé  de  celles 
de  Tollius  :  il  cite  de  seconde  main  Vinet  et  Scaliofer  : 
p.  ex.,  note  au  v.  481 ,  il  répète  «  Majfiliam  îifqite  »,  au  lieu 
de  «  Narbonam  tifque  »,  ce  qui  prouve  qu'il  n'a  pas  eu 
recours  aux  premières  éditions  des  Lectiones,  mais  simple- 
ment à  la  citation  que  Tollius  donne  de  celle  de  1590% 
Fleury  ne  se  borne  pas  à  citer  les  remarques  des  érudits, 
comme  faisait  Tollius,  il  ajoute  souvent  son  opinion  person- 
nelle. On  a  vu  fp.  CLXXXV)  la  conjecture  de  Barth  au  v.  18, 
que  Tollius  reproduit  sans  observations;  l'éditeur  français 
écrit  :  «  Barthius  non  temere  fufpicatiir  Aiifoniuni  fcrip- 
fiJJ'e  vultum  11011  cultum.  Viiltiis  loci  [xsTasopr/.wç  eji  ejus 
prima  fpecies.  » 

C'est  à  des  remarques  de  ce  genre  que  se  réduit  le 
travail  personnel  de  Fleury;  quelques-unes  de  ses  notes 
sont  consacrées  à  l'éloge  de  V  « Interpretatio  »  qui  accom- 
pagne et  prétend  expliquer  le  texte.  Ainsi,  dans  la  note 
au  V.  35  Non  fiijierante  vado,  Fleury  écrit:  «  Senfns  eft 
apertijjlnms  queni  exprejfi  in  interpretatione.  »  Cette 
«  Interpretatio  »  n'est  pas  fort  utile  :  elle  délaie  les  passages 
faciles  d'Ausone  et  n'éclaircit  pas  ceux  dont  le  sens  est 
obscur.  On  peut  en  dire  ce  que  S.  Reinach  dit  très  bien  des 
traductions  latines  d'auteurs  grecs  :  «  Il  faudrait  une  bonne 
fois  renoncer  à  ces  trad.  latines  qui  permettent  d'imprimer 
et  de  traduire  ce  qu'on  ne  comprend  pas,  en  rendant 
obscitrum  per  obsciirhis^^.  » 

J'ai  déjà  dit  que  Souchay  a  imprimé  à  la  fin  de  l'édition 
de  1730  des  «Editoris  Animadverfiones  »  qui  contredisent 
souvent  les  notes  de  Fleury  :  on  trouve,  en  particulier,  un 
exemple  frappant  de  ces  contradictions  à  propos  de  l'expli- 
cation des  V.  409-414^-    Dans  ces  «AniinadverJÎ07ies», 

•    Voir  COMMEx\TAIRE  EXPLICATIF,  p.    138. 

V  Manuel  de  Philologie,  tom.  I,  p.  30,  2^  édit.  Paris  1883. 

^,5  Voir  COJIMENTAIKE  EXPLICATIF,  p.    I  l8. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCVII 

les  notes  critiques,  ayant  rapport  au  texte  de  la  Moselle, 
sont  peu  nombreuses  et  médiocres  : 

V.  12  Souchay  fait  observer  que  Freher,  cité  par  ToUius,  a 
tort  d'attribuer  au  v.  640  du  vi'-'  1.  de  l'Enéide  les  leçons  Purior 
hic  campis  aer.  Il  rectifie  lui-même  inexactement  Purior  hic 
campos  cether  (au  lieu  de  Largior  hic,  etc.);  de  plus  il  semble 
proposer  Purior  hic  cauipos,  etc.,  ce  qui  est  une  mauvaise  conjec- 
ture :  tout  au  moins,  il  cite  ainsi  les  premiers  mots  du  vers  en  tête 
de  la  note  dont  ce  vers  fait  l'objet. 

V.  18  il  défend  la  leçon  cultumque  contre  Barth. 
V.  35  il  défend  contre  Barth  et  Gronovius  la  leçon  Non  fupe- 
rante,  etc.  c  Vulgata  autem  cum  feiifum  planum  habeat  non 
foUicitanda.  » 

V.  64  Souchay  écrit  fremunt ,  en  tête  de  la  note,  au  lieu  de 
tremimt.  Est-ce  une  conjecture?  il  ne  le  dit  pas;  une  faute  d'im- 
pression? elle  n'est  pas  relevée  dans  les  Emendanda. 

V.  196  Souchay  écrit  delufas  navita  au  lieu  de  derifus  sans 
autre  explication.  C'est  une  inadvertance  et  non  une  conjecture. 
V.  237  Vibratis  cœptat  digitis.  a  Malle  m  vibratos.  Senfus  ejf, 
puellam  extendere,  digitorum  ope,  ad  oram  frontis  crinesferro 
ujîulatos  &  xmdatim  colleClos.  »  Vibratos  cœptat  est,  en  effet,  une 
leçon  préférable  à  Vibratis  cœptat. 

V.  2\oJam  vero.  Souchay  défend  le  texte  reçu  contre  la  conjec- 
ture d'Accurse,  vere. 

V.  306  Marci.  Il  défend  avec  Saumaise  cette  conjecture  de  Poel- 

mann  contre  Scaliger,  ce  que  Fleury  faisait  déjà  dans  ses  notes. 

V.  316  Corus  Achates.  Il  adopte  cette  conjecture  et  explique 

fpirat  «quod  Achat is  fignum  Jlc  erat  affabrefatlum,  ut  vivere 

&=  fpirare  videretur». 

V.  317  Affliôlanique.  «Legendtim  omnino  Afifidam/eu  Affixam, 
fcilicet  Coro  Achati  e  inagnete  puellam  ferreani.  »  AffiGlam  est 
la  conjecture  de  Gronovius,  adoptée  par  ToUius;  Affixam  est  une 
conjecture,  peu  heureuse  d'ailleurs,  de  Souchay. 

V.  235  Ouid  quœ  fluminea.  «Sic  nojier,  fuadente  Tollio  qui 
veterem  tainen  leêîionem  fulphurea  in  textu  fuo  retinuit.  Hanc 
ego  mallein.» 

Quant  aux  notes  explicatives  de  Souchay,  elles  n'ont  pas 
grand  mérite.  Fleury  avait  pris  tout  ce  qu'il  avait  pu  aux 
notes  de  l'édition  de  Tollius  ;  Souchay  met  à  contribution  le 
Commentaire  de  l'édition  de  Pont-à-Mousson,  probablement 
parce  que  Tollius  ne  la  connaissait  pas  et  qu'il  lui  avait  été 


GCVIII  INTRODUCTION 

facile,  à  lui-même,  de  la  consulter  à  la  Bibliothèque  royale. 
J'ai  déjà  dit  (p.  CLXXII)  que  Souchay  lui  emprunte  en 
particulier  une  explication  inadmissible  du  sens  de  Piiber- 
ta/que  amnis,  destinée  à  défendre  la  leçon  des  mss.  contre 
la  correction  de  Barth. 

En  somme,  malgré  les  efforts  de  Fleury  et  de  Souchay 
r«editio  in  usum  Delphini»  ne  donne  guère  qu'une  répé- 
tition du  texte  de  la  Moselle  de  Tollius  et  des  notes  qui 
accompagnent  ce  texte.  Cependant,  probablement  à  cause 
de  la  célébrité  de  la  collection  à  laquelle  elle  avait  l'heu- 
reuse fortune  d'appartenir,  cette  «editio  nimis  laudata», 
comme  dit  Bœcking,  a  exercé  une  influence  prolongée. 
Gorpet  disait  encore,  en  1842,  dans  la  Notice  qui  précède 
sa  traduction:  «C'est  sans  contredit,  malgré  ses  défauts,  la 
meilleure  édition  d'Ausone.»  Bœcking  a  établi  la  liste  des 
éditions  de  la  Moselle  du  xvili«  et  du  XIX^  siècles  dont  le 
texte  est  fondé  sur  celui  de  Fleury  et  de  Souchay, 

Je  vais  passer  en  revue  celles  de  ces  éditions  qui  ont 
paru  au  XVIIP  siècle,  en  commençant  par  VAiisone  de 
Wetsten,  que  Bœcking  n'a  pas  collationné.  Cet  Atisone, 
publié  en  1750,  fait  partie  d'une  collection  in-i6,  élégam- 
ment imprimée,  sans  notes  ni  préfaces,  et  qui  comprend  les 
principaux  auteurs  latins:  César,  Horace,  Juvénal  et  Perse, 
Ovide,  Plante,  Salluste,  Tacite,  Térence,  Virgile,  etc. 

Voici  le  titre  de  V Atisone  : 

D.MAGNI  11  AUSONII  11  BURDIGALENSIS  |I  OPERA,  H 
ex  doctor:  Virorum  \\  Emendatione.  |j  AmSTEL^DAMI  j]  apud  J.WeTS- 
TENIUM,  1750^- 

Le  texte  de  la  Moselle  qui  occupe  les  pp.  1 13-124,  est 
constitué  d'après  celui  de  1730.  Il  ne  s'en  écarte  que 
rarement;  l'orthographe  est  la  même  à  peu  de  choses  près: 
V.  48,  55,  363  l'édition  de  1750  a  levia  (Tollius)  au  lieu 
de  lœvia;  en  général  cœrulea  (Tollius),  etc.,  au  lieu  de 
cceriilea,  etc.,  excepté v.  112,  141,  283,011  elle  admetcceru- 

»  Je  dois  à  l'oblig-eance  de  M.  Dezeimeris  communication  de  son  exem- 
plaire de  VAusone  de  1750. 


DEUXIEME    PARTIE  CCIX 

leus,  etc.,  comme  l'édition  de  1730;  v.  iGSfylva  (ToUius), 
au  lieu  de  Jilva  ;  v.  2 1 2  prœlia  (Tollius),  au  lieu  de  prœlia; 
V,  215  Pornpejani  (Tollius),  au  lieu  de  Pompeïani.  Il  y  a 
quelques  différences  dans  l'emploi  des  majuscules:  v.  178 
et  222  fol  (Tollius),  V.  290  Eiiripus,  v.  475  Mufis,  au  lieu 
de  Sol,  eiiripus,  mtifis.  Wetsten  n'emploie  les  abréviations 
que  lorsque  l'exiguïté  de  son  format  les  rend  nécessaires 
(p.  ex.,  V.  127  Teq;,  v.  272  amnë).  La  ponctuation  serait 
identique,  si  Wetsten  n'abusait  des  deux-points  (v.  25  Bac- 
cho:,  V.  45  ulvis:,  etc.);  les  variantes  peu  nombreuses, 
sont,  excepté  v.  t,t,']  fulphtirea,  leçon  empruntée  à  Tollius, 
de  simples  fautes  d'impression  : 


Vers         Édit.  de  1750. 

Édit.  de  1750 

42  maloriitn. 

majorum. 

78  fuccedunt . 

fecedunt. 

194  ahfens. 

ahfena. 

224  redigit. 

redegit. 

258  aëre. 

aëre. 

397  fubtegniine. 

fub  tegmine. 

Le  texte  de  1750  n'est  donc  qu'une  répétition,  souvent 
incorrecte,  de  celui  de   1730. 

Il  faut  mentionner  pour  mémoire  l'édition  de  l'abbé 
Jaubert,  qui  est  accompagnée  d'une  traduction  extraordi- 
naire, «  ein  elendes  Machwerk  »,  dit  Tross  qui,  cette  fois, 
ne  se  trompe  pas.  La  Notitia  de  la  Bipontine  donne  ainsi 
le  titre  de  cette  édition  :  «  1 770.  Parif.  1 2,  4  voU.  cum  gal- 
lica  verfîone  Tatiberti,  Abbatis,  &  auéloris  vita.  »  L'inepte 
traducteur  se  nomme  Jaubert  et  non  Taubert;  son  ouvrage 
est  daté  de  1769  et  non  de  1770;  en  voici  le  titre  : 

ŒUVRES  II  D'AUSONE  II  TRADUITES  EN  FRANÇOIS  [| 

par  M.  l'abbé  Jaubert,  de  l'Académie  ||  Royale  des  Belles- 
Lettres,  Sciences  &  ||  Arts,  établie  à  Bordeaux.  ||  A  PARIS, 

chez  Delalain ||  MDCCLXIX. 

Le  texte  de  la  Moselle  et  la  traduction  qui  lui  fait  face 
occupent  les  pp.  2-75  du  troisième  de  ces  quatre  volumes 

xxvti 


CCX  INTRODUCTION 

in-i2.  L'abbé  Jaubert  nous  dit  {Discours  préliminaire, 
p.  Ixviij)  qu'il  a  suivi  le  texte  de  l'édition  de  1730  :  «  La 
meilleure  [édition]  &  c'eft  celle  que  nous  avons  fuivi  (sic) 
eft  celle  qu'a  donné  (sic)  à  Paris  M,  l'Abbé  Souchay,  avec 
l'interprétation  latine  de  M.  l'Abbé  Fleuri,  »  Cependant, 
le  texte  de  1769  s'écarte  quelquefois  de  celui  de  1730 
(p.  ex.,  V.  45  liniigeris  au  lieu  de  liniigenis).  La  traduction 
ne  permet  pas  de  deviner  si  le  traducteur  lisait  liniigenis 
ou  litnigeris.  Il  est  inutile  d'insister  sur  un  texte  établi 
sans  critique;  quant  à  la  traduction,  elle  est  honteuse.  Il 
suffira  de  dire  que,  gêné  sans  doute  par  ses  souvenirs  bibli- 
ques et  animé  d'une  foi  robuste  aux  miracles,  l'abbé  croit 
que  V.  427  mare  purpureuni  signifie  la  mer  Rouge,  où  le 
Rhin  accru  de  la  Moselle  va  déverser  ses  flots. 

En  1 770,  laiV/05eZ/e  était  imprimée  àMannheim,  pp.  43-77 
du  premier  volume  in-8°  des  actes  d'une  Société  savante  de 
l'Allemagne  occidentale.  Voici,  tel  que  le  donne  Bœcking, 
le  titre  de  cette  édition  que  je  ne  connais  pas  : 

Beitrsege  \\  zur   Sittenlehre,    Oeconomie,    Arze-  [| 
neiwissenschaft,  Naturlehre  und   Geschichte  ||  Aus 
den  II  Westlichen  Gegenden  Teutschlands.  ||  Erstes 
Stiick.  Il  Mannheim,  1|  Bei  C.  F.  Schwann.  ||  1770  *. 

Bœcking  relève  dans  cette  édition  les  variantes  suivantes 
par  rapport  au  texte  de  1 730  : 

Vers        Édit.  de  1730.  Édit.  de  1770. 

29  œquiparare.  œquiperare. 

32  tnanamine.  munimine. 

48  etc.  lœvia.  levia. 

62  etc.  cœrulea.  cœrulea. 

71   lociipletum.  locupletes. 

140  Aut.  At. 

148  Balœna.  Ballœna. 

168  Jilva.  fylva. 
179  Ad  commune  fretum.        Vt  commune  freto. 

',  Bœcking  écrit  ce  titre  en  caractères  gothiques  ;  la  Notitia  de  la  Bipon- 
tine  le  donne  en  caractères  romains. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXI 

Vers         naît,  de  1730.  Édit.  de  1770. 

206  fpeBat ,tranfirediem.  fpeBat  tranfire,  dein. 

221  Puberta/qneamniStOf.  Pubertafque,  avinis,  &>. 

232  aliimnœ.  alutnnœ. 

242  defenfus  . .  .pifcis  !  defenfos  . . .pifceis  ! 

259  Exfultant.  Exultant. 

293  Prœlia.  Prœlia. 

297  concurrens.  concurrit. 

300  hoc.  hac. 

308  arce.  arte. 

316  Corus  Achates.  vera  Magnetis. 

317  Affli6lamque.  AffiGlamque. 
331  conjepto.  concepto. 

336  nitentia.  nutantia. 

337  flti7ninea.  fulphurea. 
355  degener  ire.  degenerare. 
365  Drahonum.  Drachonum. 
368   Joto.  Torta. 

392  o^î.  O^/î". 

412 /or^wna,  tnum.  fortuna,fuum. 

413  Prœmiajam,  vert.  Prœmia,  jam  vert. 

474  came«ce.  camœnce. 

Abstraction  faite  de  deux  fautes  d'impression  évidentes 
(v.  232  ahimnœ,  v.  300  /tac),  presque  toutes  les  fois  que 
l'éditeur  de  Mannheim  s'écarte  du  texte  de  1 730,  c'est  pour 
adopter  les  leçons  des  deux  éditions  deTollius  :  les  variantes 
desv.  32,  179,  308,  331,  355,  365,  368  sont  empruntées  à 
l'édition  de   1669,  les  autres  au  texte  commun  des  deux 
éditions  de    1669  et  de   1671,   à  l'exception  de  la  leçon 
V.  259  Exultant,  qui  appartient  aux  éditions  vulgaires,  anté- 
rieures à  Tollius.  V.  221,  il  n'y  a  qu'une  simple  différence 
de  ponctuation  entre  les  éditions  de  1 730 et  de  1 770.  V.  241 , 
l'éditeur  de  Mannheim  supprime,  comme  Tollius,  tout  signe 
de  ponctuation  après  profundo.  V.  412,  il  écrit  fortttna, 
fimm,  comme  l'édition  de  1669-,  celle  de  1671  n'a  pas  de 
virgule  entre  fortwia  et  fitimi.  Bœcking  fait  remarquer 
qu'il  y  a  d'autres  variantes  dans  la  ponctuation  des  éditions 
de  1730  et  de  1750,  mais  il  ne  les  juge  pas  assez  importan- 
tes pour  les  relever. 


CCXII 


INTRODUCTION 


C'est  aussi  le  texte  de  l'édition  de  1 730  qui  est  donné,  à 
peu  de  différences  près,  dans  le  vol.  I  du  recueil  in-8°  de 
Wernsdorf  intitulé  : 

POETAE    II    LATINI  MINORES  jj   ||   curavit  ||  lO. 

GHRISTIANVS  WERNSDORF.  |!  ALTENBVRGI.  ||  EX  OF- 
FIGINA  RICHTERIA.  MDCGLXXX. 

Laissant  de  côté  les  différences  de  ponctuation  qui  sont 
peu  importantes  et  les  changements  de  la  majuscule  ou  de 
la  minuscule  initiale  de  certains  mots,  Boecking  note  les 
variantes  suivantes  : 


Vers         ÉJit.  de  1730. 

1 1  et  395  inclyta. 
29  œquiparare. 
36  extantes. 

46,53,289,295Zïï^ora,etc. 
48,  55  et  363  lœvia. 
53,  63,  85  harenœ,  etc. 
62,84,  1 12  cœrulea,  etc. 
71  Delicias...locupletum. 

85  interlucet. 

86  pr ce  tenero. 
96  inlaudata. 

140  Aut. 
204  alacreis. 
2i2  prœlia. 

221  P  liber  ta/que  amnis. 

222  Sol. 

279  Sumpjit. 

296  pêne. 

297  concurrens. 
317  Affliâîamque. 

336  nitentia. 

337  flwninea. 

350  Dignandumqiie. 
352  qiianqiuim. 
361    Gelbis. 
397  fnbtegmine. 

412  tuum. 

413  Prœinia  jant,  vert. 
469  et  470  celebrande. 
481   Dextrœ. 


Èdit.  de  Wernsdorf. 

inclita, 
œquiperare. 
exjiantes. 
litora,  etc. 
levia. 

arenœ,  etc. 
cœrulea,  etc. 
Deliciasque...  locttpletes. 
inter  lucet. 
prœtenero. 
illaudata. 
At. 

alacres. 
prœlia. 

Pubertafque,  amnij'que. 
fol. 
Suinjit. 
pœne. 
concurrit. 
Afflatamque. 
niitantia. 
Julphurea. 
dignandamque. 
quaniquam. 
Celbis. 
fubteniine. 
fuuni. 

Prœmia,  jam  veri. 
celebranda. 
dextrœ. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXIII 

Quand  Wernsdorf  abandonne  les  leçons  de  l'éditeur  de 

I  730,  c'est  presque  toujours  pour  adopter  celles  de  Tollius. 

II  emprunte  probablement  à  Vinet  les  leçons  alacres,  pœne, 
dextrœ;  à  Poelmann,  les  leçons  litora,  arenœ,  illatidata, 
quaniquam,ftMcmine;  à  l'Aldine,  les  \<t^ons  prœtenero, 
Afflatamque  (qui  se  trouve  aussi  dans  l'édition  de  Freher)-, 
à  Ug-olet,  la  leçon  iuclita,  qui  se  retrouve  (v.  395  seulement) 
dans  le  texte  de  Poelmann. 

Wernsdorf  accompagne  son  texte  de  notes  abondantes  et 
à'Excursus.  Je  ne  parle  pas  des  notes  explicatives  qui  s'ins- 
pirent en  général  de  celles  de  Tollius  et  de  Souchay.  Mais 
il  fait  quelques  remarques  critiques:  p.  ex.,  v.  33,  tout  en 
admettant  ^ro/a;>/«s.  il  explique  les  raisons  qui  lui  feraient 
préférer  prœlapfus.  Il  propose  certaines  conjectures  qui 
semblent  peu  heureuses  : 

V  42  f}talorum.—  «  Atmihilegendum  videtiir  coWomnl^mm: 
nam  mullcB  antiquitus  remidco  adhibitœ  et  a  nantis  aâiœ  » 

V  155  -E^  rupes.  —  «  Malim  it  rupes,  tit  detnceps  addit  aliur- 
gunt.  Itfuper,  velfuperius  in  ripa  Mofellœ,  ardua  rupes  longo 

traëïu.  > 

V.  316  Wernsdorf  propose  CWorzrfos  a/es  T- 

On  ne  peut  séparer  du  recueil  de  Wernsdorf  celui  que 
Lemaire  a  publié  sous  le  même  titre  et  d'après  les  travaux 
de  l'érudit  philologue  saxon.  Le  texte  de  la  Moselle,  les 
notes  et  les  Excursus  de  Lemaire  qui  accompagnent  le 
poème  d'Ausone  occupent  les  pp.  241-281  des 

FOETM    LATINI  H  MINORES  || ||  CARMINA  || 

QU^  NOTIS  VETERIBUS  AC  NOVIS  ILLUSTRAVIT  ||  N.  E.  LEMAI- 
RE li  VOLUMEN  PRIMUxM  ||  PARISIIS  ||  M.  DCCCXXIV. 
Lemaire,  dans  sa  «  Prœmonitio  novi  editoris  ad  Lec- 
torem>^,  explique  qu'il  ne  s'est  pas  cru  forcé  de  suivre 
servilement  le  texte  de  Wernsdorf  et  de  reproduire  toutes 
ses  notes.  Pour  le  texte  de  la  Moselle,  en  particulier,  si  la 
collation  que  Bœcking  donne  de  celui  de  Wernsdorf  est 

^  Voir  Commentaire,  p.  98. 


CCXIV        '  INTRODUCTION 

exacte  et  complète,  Lemaire  s'éloigne  parfois  des  leçons  de 
son  prédécesseur  pour  revenir  à  celles  de  l'édition  de  1 730. 
Il  écrit,  en  effet,  inclyta,  œqiiiparare,  cœrulea,  etc., 
prœlia(v.  212  et  293),  Stimpfit,  Dextrce.  L'éditeur  de  1824 
abandonne  assez  souvent  les  leçons  communes  aux  textes 
de  1730  et  de  1780,  et  cela,  presque  toujours  pour  obéir  à 
la  logique:  ainsi  les  éditeurs  de  1730  et  de  1780  qui 
admettent  partout  ailleurs  l'orthographe  quum,  écrivent 
V.  172  et  338  ciim.  Lemaire  admet  quum  d'une  manière 
générale.  Wernsdorf  écrit  arenœ,  mais  harimdo;  alacres, 
mais  facile is  ;  exftantes,  mais  ajfita,  afpirare;  v.  106  IJtri, 
mais  V.  424  Hifiri  :  Lemaire  écrit  v.  106  et  424  Ifiri;  il 
admet  arundo  comme  arenœ ,  faciles  comme  alacres,  adspi- 
rare,  adsita  comme  exstantes  ^ .  Cet  amour  de  la  logique 
amène  Lemaire  à  faire  v.  469  une  correction  indispensable 
si  l'on  admet  le  texte  de  ToUius  et  de  Wernsdorf  : 

Corniger  externas  celehranda  Mofella  per  oras. 

Il  semble  bizarre  que  l'une  des  épithètes  de  Mosella  soit, 
au  masculin  (Corniger),  l'autre,  au  féminin  (celebranda). 
Lemaire  est  conséquent  avec  lui-même,  puisqu'il  adopte  la 
conjecture  celebranda,  quand  il  écrit  : 

Cornigera  externas  celehranda  Mosella  per  oras. 

Il  écrit  aussi,  suivant  la  bonne  orthographe,  v.  1 5  cœluni, 
V.  384  Quin  etiam;  il  revient  à  la  leçon  vulgaire  v.  242 
defensos...  pisces.  Ses  notes  n'ont  rien  de  bien  personnel; 
elles  appartiennent  pour  la  plupart  à  Wernsdorf  :  Lemaire 
distingue  les  siennes  propres  en  les  faisant  suivre  de  cette 
indication  <.<Ed.». 

En  somme,  Lemaire,  s'il  ne  fait  faire  aucun  progrès  au 
texte  de  la.  Moselle,  l'établit  du  moins  d'une  manière  logique 

■  L'édition  de  Lemaire  est  de  1824:  on  n'y  trouve  plus  le  signe  &,  ni  les 
ligatures  Ci  qXJî,  ni  la  lettre/,  etc. 


DEUXIEME    PARTIE  CCXV 

d'après  les  résultats  acquis  par  les  éditions  antérieures,, 
et  Téclaircit  par  un  choix  sagement  fait  dans  les  notes  de 
Wernsdorf  qu'il  complète  au  moyen  des  siennes. 

Un  an  après  la  publication  des  Poetae  Minores  de 
Wernsdorf,  une  édition  d'Ausone  paraissait  à  Bâle.  La 
Notitia  de  la  Bipontine  ne  cite  pas  cet  Aiisone  in-8°,  où  la 
Moselle  occupait  les  pp.  184-202,  et  dont  Bœcking  donne 
ainsi  le  titre  : 

D.  MAGNI  11  AUSONII  II  ...  Il  OPERA  11  EX  DOCTORUM 
VIRORUM  II  EMEXDATIONE  ||  BASILIC.  ||  Apud  lOHANN.  SCHWEl- 
GHAUSER.  Il  MDCCLXXXI. 

Je  ne  connais  cette  édition  que  par  Bœcking;  mais  le 
titre  même  {ex  do6îormn  viroriini  eniendatione)  et  les 
variantes  citées  par  Bœcking  me  font  supposer  que  VAiisone 
de  1781  procède  de  celui  de  1750  plutôt  que  de  celui  de 
1730.  Bœcking  dit  en  effet  :  «  In  his  aberrat  :  v.  16  vifcen- 
tibus;  V.  42  majoriim;  v.  224  redegit;  v.  397/^6  tegmine, 
Ceterum  levia,  cœrz^Z. habet  quotiens  levia,  ccericl.  ina^  est. 
Paucissimislocisinterpunctionem,  et  scripturam  his  duobus 
locis  mutavit  :  v.  140  At;  v.  337  fulpluirea.  »  L'édition  de 
Wetsten  écrit  correctement  vifentibiis,  mais  on  y  trouve  les 
fautes  d'impression  inajorum,  redegit,  fut  tegniine  que 
Bœcking  relève  dans  le  texte  de  Bâle.  Wetsten  écrit  de 
même  toujours  levia  et  presque  toujours  cœrtdea,  etc.,  et  il 
admet  V.  337/«Z/)/^«rea;  v.  140^^  est  une  leçon  admise  par 
Tollius  qui  ne  se  trouve  ni  dans  l'édition  de  1 730,  ni  dans 
celle  de  1750. 

La  société  littéraire  de  Mannheim  semble  s'être  beaucoup 
occupée  d'Ausone  :  non  contente  de  l'édition  de  la  Moselle 
qu'elle  donnait  en  1770  dans  ses  Beitrœge,  et  d'une  réim- 
pression du  Commentaire  de  Freher  qu'elle  publiait,  dans 
le  même  recueil,  en  1772  (1772  Annotationes  Marq. 
Freheri  ad  Aiifonii  Mofellam,  in  ejus  CoUeâionis  parti- 

^  CTj  dans  l'Index  de  Bœcking,  désigne  l'édition  de  1 730. 


CCXVl  INTRODUCTION 

cula  II,  pp.  1-41,  dit  la  Notitia  de  la  Bipontine),  elle  fait 
paraître  en  1782  une  édition  complète  d'Ausone  : 

D.  MAGNI  II  AVSONII  II  BVRDIGALENSIS  [j  OPERA  |I 
EX  EDITIONE  \\  IX  VSVM  ||  DELPHINI  II  MANNHEMII,  || 
Cura  &  Sumptibus  Societatis  literatae  ||  M  D  CCLXXXIT. 

La  Moselle  occupe  les  pp.  192-214  de  ce  volume  in-8°. 
Le  texte  est  le  même  que  celui  de  1 730,  à  peu  de  différences 
près  :  l'éditeur  de  Mannheim  écrit  ae,  oe,  et  non  œ,  œ; 
Aequavit,  Vnde,  etc.,  et  non  jEqiiavit,  Unde,  etc.  ;  caeliim 
et  non  cœlum;  levia,  et  non  lœvia;  fylva,  et  non  Jilv a; 
Exeris,  et  non  Exferis.  Bœcking  note  deux  fautes  d'im- 
pression :  V.  232  Qiiarn  (pour  Oîiicvi);  v.  261  Qiiinqiie 
(pour  Qiiique).  Il  aurait  pu  relever  aussi  v.  178,  222  fol, 
pour  Sol;  v.  207  Pofi  hahet,  pour  Pofthabet ;  v.  215  Poni- 
pejani,  pour  Pompeïani;  v.  290  Magni,  pour  '}nagni; 
V.  384  Onin  etimn,  pour  Quinetiatn;  v.  423  natiqiie 
patrifqiie,  pour  Natique  Pairifqiie.  Ces  variantes  sans 
importance  n'empêchent  pas  l'édition  de  Mannheim  d'être, 
comme  le  dit  son  titre,  une  reproduction  assez  exacte  de 
Veditio  in  usum  Delphini.  Les  éditeurs  de  Mannheim  n'ont 
pas  réimprimé  les  notes  de  Fleury  et  de  Souchay  ;  quoique 
Bœcking  ne  s'explique  pas  à  ce  propos,  je  suppose  que 
l'édition  de  Bâle  est  aussi  sans  notes. 


D.   LES  TRAVAUX  DES  ÉRUDITS  DU  XVIIie  SIÈCLE. 

Avant  d'arriver  à  la  Bipontine,  je  dois  examiner  une 
édition  de  la  Moselle,  celle  de  Christ  (  1  746),  qui  ne  procède 
pas  de  Veditio  in  2isiim  Delphini,  et  les  notes  critiques 
consacrées  par  Cannegieter  au  poème  d'Ausone  (i  739).  On 
trouve  aussi  un  certain  nombre  de  remarques  concernant  la 
Moselle  dans  les  éditions  des  Silves  de  Stace  et  du  poème 
de  Lucrèce,  données  par  Markland  (1728)  et  par  Wake- 
iield  (1796),  et  dans  les  deux  volumes  de  V Anthologie  de 
Burmaun  (  i  759-1773).  Je  ne  parle  pas  du  texte  d'Ausone 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXVII 

qui  se  trouve  dans  la  Collectio  Piscmrensis  (1766)  :  car  je 
ne  connais  point  cette  collection  que  Bœcking  ne  cite  même 
pas;  le  texte  en  a  servi  à  Migne  pour  constituer  son  édition 
d'Ausone  qui  est  sans  valeur.  Je  ne  parle  pas  non  plus  de 
lELSilva  Critica  de  Boit  (Harlem,  1 766)  :  ce  recueil  d'obser- 
vations, qui  ont  trait,  pour  la  plupart,  à  Ausone,  ne  renferme 
aucune  note  sur  la  Moselle. 

^_  _  L'édition  des  Silves  de  Markland  (1728). 

Je  ne  connais  pas  l'édition  des  Silves  que  Jérémie  Markland 
publia  à  Londres  en  1 728  ;  c'est  d'après  les  Notœ  du  Stace 
de  la  collection  Lemaire,  que  je  cite  les  notes  critiques  de 
l'érudit  anglais.  Ausone,  dans  la  Moselle  en  particulier,  a 
souvent  imité  les  Silves  de  Stace  :  Markland  constate  un 
grand  nombre  de  rapprochements  entre  les  deux  poètes  -,  il 
n'y  a  pas  lieu  de  s'en  occuper  ici.  L'éditeur  des  Silves  cite 
aussi  plusieurs  vers  de  la  Moselle  qui  lui  servent  à  corriger 
le  texte  de  son  auteur.  Il  n'est  pas  utile  de  rappeler  ces  vers. 
Je  me  borne  simplement  à  donner  les  passages  de  la  Moselle 
que  Markland  veut  corriger. 

V.  263-266.  Lege  modo  hos  élégant ijjïino s  Aufonii  verfus,  nbi 
defcrihuntur  pi/ces  capti  et  in  ripa  moritiiri...  uhi  malim 
haufta  aura;  licet  alterum  per  appofitionem  /lare  poffit.  Hinc 
vides  To  hiare  non  fat is  ejfe  ad  terreftria  denotanda,  nifi  fimid 
probetur  aquatilia  non  hiare;  quod  ex  hoc  Aufonii  loco  faljinn 
effe  convincitur:  qiiid  enim  efi  reddere  hauftas  auras,  «?yî  refpi- 
rare ,  vel  remittere  auras  hiatibus  acceptas  ?  (Ad  Silv.  III,  li ,  v .  6 1 .) 

V.  292-296.  Lege  falutigeras  voces,  itt  Epifi.  XXV,  Salutigen 
libelli;  aliares  eji  falutiferas.  Deinde,  Et  vifus  et  pœne  manus, 
patet  ex  fenfu  et  locoruni  comparatione.  Nec  maie  fi  pro  per- 
mifcent  litora  voces,  legas  permittunt.  {Ad  Silv.  I,  m,  v.  29.) 

V.  447  «doôîamque  folent  haurire  Aganippen».  Ita  legendmn;^ 
vulgo  totamque  folent,  qtiod  abfurdtim  videtur;  nemo  enim  dici 
potefi  folere  haurire  totum  aliquod;  quippe,  qui  femel  haufit 
totum,  non  potefi  iterum  haurire  ifiud  totvim;  et,  confequenter 
non  Met  haurire  totum  ^.  (Ad.  Silv.  V,  i,  v.  167.) 

<^  Voir  Commentaire,  p.  128. 

XXV III 


CCXVIII  INTRODUCTION 

Je  ne  trouve  nécessaire  aucune  de  ces  corrections  de 
Markland,  qui  les  propose  en  passant,  pendant  qu'il  en  fait 
beaucoup  d'inutiles  au  texte  même  de  Stace. 

p.  —  Les  «  Notae  ad  Aufonii  Mofellam  »  de  Cannegieter  (17 3Q)- 

H.  Cannegieter  a  publié  en  1 739  des  notes  sur  la  Moselle 
qui  occupent  les  pp.  161-200  du  vol.  X  (tom.  II)  des 
MiscELLANEAE  OBSERVATIONES  (mai-août  1 739),  recueil 
in-8°  édité  à  Amsterdam  «  yl/»îf  t/  J  anssonio-Waesbergios  » . 

Après  un  très  long-  développement  sur  les  v.  1-13,  où 
Cannegieter  établit  qu'il  faut  lire  v .  i  flumine  et  non  hmiine, 
l'auteur  des  Notae  s'excuse  de  sa  prolixité  et  promet  d'être 
plus  bref  à  l'avenir  :  «  In  Us  quae  feqiientur  brevitate  pla- 
cerejiiidebo.  »  Il  donne  cependant  de  longues  explications, 
souvent  peu  nécessaires.  On  trouvera  dans  le  Commentaire 
Explicatif  l'essentiel  des  observations  de  Cannegieter 
(pp.  70,  76,  81,  83,  86,  98,  loo-ioi,  1 1  i-t  [2);  mais,  tout 
en  laissant  de  côté  ses  notes  explicatives,  je  dois  transcrire 
ici  ses  notes  critiques  et  ses  corrections,  qui  sont  générale- 
ment inadmissibles. 

V.  39-42  Cannegieter  propose  d'écrire,  sans  expliquer  les  motifs 
de  sa  correction  : 

Tu  duplices  fortite  vias.  (Et  quum  atnne  feciindo 
Défiais,  &"  celeres  feriunt ,  etc. 

Il  ferme  la  parenthèse  après  nautae. 

V.  47  Quidjl  in  pura  legatur?  Jic  videtur fuadere  immundum 
coenum,  qtiod  praecedit . 

V.  51-52  Quidji  ita  etnendenius? 

Naturae  mirabor  opiis,  fecura  nepotmn 
Laetaqiie  jaSturis  fibi  luxurietur  egejias, 

V.  57  Vixfero  haec  in  uno  ver/u  conjunëîa  intuitu,  obtutibus, 
fedopem,Ji  qua  dejideratur ,  fevant  alii.  [Peiper,  dont  j'adopte 
la  correction,  a  remédié,  comme  Cannegieter  le  demandait,  à 
l'imperfection  du  texte.] 

V.  63-64  Cannegieter  propose  Ona  fidcata,  qua  graniîna  : 
«  Qua  pro  \xh\  frequentatiim  Poëtae  iiojîro.  » 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXIX 

V.  71    Viri  do6ii  omnes  fatentur  corruptum  ejje  verfum  7/... 
eum  ita  fano  : 

Delicias  homimim  locupletes.  Ifta/wb  undis 
Adfimilat . 

Ifta  nempe  ptSitira,  de  qua  v.  68. 
V.  119  Segmentis  coëttnt.  C orr igo  Segmenti. 
V.  138  agmina  iolvis.  Forte  tamen praejliterit  agmina  \o\\is. 
V.  139  defenfa.  Lego  detenta  ^. 

V.  186  Sed  non  haec  fpe6lata  tilli,  neque  cogiiita  vifu. 
Sed  qiiae  differentia  inter  Ipedare  &  vifu  cognofcere  hoc  loco? 
refcribe  cognita  ab  ufu. 

V.  204-206  Hoc  modo  corrigo  atqiie  difpono  : 

Puppibus  et  proris  alacris  gejlire  magifter 
Impubemqiie  maniim  fuper  amnica  terga  vagantem 
Dumfpeêtat,  tranfire  diem,  &c. 

V.  218  Cannegieter  revient  à  la  leçon  qiialis  fpeâîata:  «  Vox 
qualis  refertitr  ad  Naumachiam.  t- 

V.  255  Nec  niora  &>.  «Plane  languet  xb  &.  Et fexcenta  Poëta- 
rutn  exempta  et  reclamant.  » 

V.  260  Quique.  li  Anne  reâïins  Cuique?» 

V.  284  Inftanti.  aMalim  exftanti.  s- 

V.  302  Anne  praejîat  repulere? 

V.  306  Haec  ita  legi  meliiis  puto  : 

Hic  habeat,  decimo  celebranda  volumine,  Marci 
Hebdomas . 

V.  316  Gorus.  «Forte  nojîer  curvusAchsites  a  forma  convexa.» 
V.  351   Légère  ita  tnalo  : 

Innumeri  quot  te  diverfa  per  oftia  late 
Inctirrunt  ainnes  ! 

V.  380-381   Cannegieter  veutintervertirl'ordre  de  ces  deux  vers. 
V.  394-395  Cf.  Commentaire,  pp.  1 1  i-i  12. 

Aucune  de  ces  conjectures  ne  paraît  bonne.  Cannegieter, 
qui  s'avance  beaucoup  en  proposant  des  corrections  inuti- 
les, ne  me  semble  dans  le  vrai  que  lorsqu'il  signale  le 
mauvais  état  du  texte  du  v,  57,  en  laissant  à  d'autres  le 
soin  de  l'améliorer.  Il  faut  aussi  remarquer  que  l'auteur  des 

^  Voir  Commentaire,  p.  70. 


CCXX  INTRODUCTION 

Notae  ne  connaît  rien  des  mss.  de  \3.  Moselle  :  il  leur  attribue 
à  tous  la  leçon  du  L,  v.  167.  Il  parle  aussi  de  mss.  consul- 
tés par  Accurse  (note  au  v.  242),  qui  n'en  connaissait  pas. 

y.  —  Le  Villaticum  de  Christ  (1746). 

En  1746,  Fr.  Christ  publiait  à  Leipzig  un  poème  latin 
dont  il  était  l'auteur,  Villatictini  libris  III ;  à  la  suite  de 
ce  poème,  où  il  chantait,  comme  il  l'annonce  dans  sa 
Préface  «vitae  inodeftiarn  prùiatae,  innocentiamqiie  agri 
fine  fordibus  colendi»,  Christ  a  inséré,  au  nombre  des 
Excîirsus  qui  occupent  les  pp.  47-337  de  son  volume,  une 
édition  de  la  Moselle  qui  prend  place,  naturellement,  après 
les  deux  Silves  de  Stace,  dont  Ausone  s'est  surtout  inspiré, 
et  qui  se  trouvent  aussi  réimprimées  dans  le  Villaticum. 

Publié  en  1 746,  le  texte  de  la  Moselle  donné  par  Christ 
ne  procède  pas  cependant  de  ceux  de  Tollius  et  de  Souchay  ; 
Christ  annonce  qu'il  a  consulté  les  anciennes  éditions,  et 
qu'il  a  corrigé  le  texte  quand  il  Ta  jugé  nécessaire  : 
«Mofella  Aiifonii,  fcctindum  vetera  exetnpla,  et  ea  qiiae 
Piclmano  (sic),  Scaligero,  Vineto,  Frehero placuerant ,  cuit 
qiiae  nobis  non  perfiinCiorie  recenfentibus,  vtciinque 
repraefentata.y>  C'est  cette  indépendance  de  Christ,  rare  à 
une  époque  sans  critique,  oià  tous  ceux  qui  réimpriment 
Ausone  suivent  servilement  Tollius  ou  Souchay,  qui  fait 
l'intérêt  principal  de  sa  publication  ;  peut-être  l'auteur  du 
Villaticutn  va-t-il  trop  loin  dans  la  défiance  qu'il  manifeste 
à  l'endroit  du  texte  vulgaire;  ainsi,  v.  27  il  écrit  Naniger; 
mais  il  ajoute  en  note:  «Nauiget.  Sine  dubio  Icgendîini 
eji,  Nauiger  :  quod recens  piiblicatahabent.  Nos  vetnjîa,  et 
Pulmaniana  maxime  exetnpla  repraefentatniis  .•»  Pourquoi 
cette  note  en  désaccord  avec  le  texte  où  ne  se  trouve  pas  la 
leçon  qui  fait  l'objet  de  la  note?  Christ  tient  à  nous  appren- 
dre qu'il  suit  l'édition  de  Poelmann:  s'il  avait  vu  V Errata 
de  l'édition  de  1568,  il  se  serait  rendu  compte  que  Poel- 
mann corrige  Naniget  en  Nauiger.  V.  438,  il  est  le  seul  qui 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXXI 

conserve  vinifica  leçon  abandonnée  universellement  depuis 
Vinet.  Il  écrit  en  note:  «Viderunt  doBi,  legcndnm  ejfe, 
Viuifca,  a  Biturigibus  Vibifcis.  »  Mais  il  n'en  conserve 
pas  moins  l'ancienne  leçon,  sans  doute  parce  qu'elle  a  le 
mérite  d'être  ancienne. 

Il  n'est  pas  utile  de  faire  une  collation  complète  du  texte 
de  Christ-,  ce  qui  le  distingue  c'est  le  retour  constant  aux 
leçons  des  vieilles  éditions  ;  ces  leçons  sont  souvent  discutées 
dans  les  notes  qui  proposent  des  variantes  empruntées  à 
d'autres  textes  ou  des  conjectures  propres  à  l'éditeur  lui- 
même  de  1746;  c'est  l'examen  de  ces  notes  qui  doit  seul 
nous  arrêter. 

V  I  fluinine.  «  Scaliger  aliiqiie  doBi  praeferunt,  qttod  ejl 
melius,  lumine.  »  Il  était  plus  simple  d'admettre  dans  le  texte 
lamine,  comme  l'éditeur  de  1730,  et  de  supprimer  la  note. 

V.  4  inopes  fuper  arua.  «Mallem  ego  veroji  lihri  addicerent, 
inopesque  per  arua.  »  J'adopte  cette  conjecture  qui  me  semble 
fort  bonne.  (Voir  Commentaire,  p.  50.) 

V.  II  Niuomagum.  «Non  erat  fpernendum,  qiiod  Ptdnianus 
in  duobus  libris  veterihus  inuenerat,  Noiomagum  :  nampropius 
abejî  a  Tabulae  Peutingerianae  Nouiomago.  » 

V.  12  catnpisaer.<i.Efihoc  reBins, quant  quod  Freheroplacuit, 
campos.  »  Freher  n'a  jamais  proposé  campos  :  Christ  semble  s'être 
laissé  induire  en  erreur  par  la  note  inexacte  de  Souchay  concernant 
ce  vers.  (Voir  p.  CGVll.) 

V.  18  cultwnqice.  «  Non  ejl fine  ratione  quod  Barthius  malint, 

vultumque.  » 

V.  22  Suhter  lahentis.  «  Subter  labentis  diuifim  fcrihendum 
efi.  peccant  hic  édita.  »  Ugolet  avait  Subter  labentes;  Avantius, 
Subter  LAbentis,  etla  Juntine,  Subter  labentis.  Tross  et  Peiper 
(celui-ci  d'après  le  B), après  Christ,  écriront  Subter  labentis,  cor- 
rection qui  ne  semble  pas  utile. 

V.  29  potes.  «  Reëiius  efi  xb  potis  Gronouianum.  » 

V.  32  biuio  munimine.  «  Hic  non  placet  Gronouianum,  mana- 
mine.  Potefi  enim  vtrinque  in  mare  procurrens  moles  intellegi, 
quae  biuium  ideo  miinimen  dicatur  :  ac  tam  tutam  nauibus  tu 
fluiiio  fiationem  dicit,quam  efi  ad  littora  maris  intra  molem.  » 
Bœcking  reprendra  munimine.  (Voir  Commentaire,  p.  54.) 

V.  37  Interceptus.  «  Noti  efi  reiiculum,  quod  Pulmani  marge 
habet,  Interfeptus.  » 


CCXXII  INTRODUCTION 

V.  43  Ipfe  tuos.  «  Sic,  fi  lihrorum  fides  accederet,  equidem  ifla 
reôîiiis  confiituerem  :  Ipfe  tuo  quotiens  miraris  in  amne  recurfus, 
Legitimoque  putas  prope  fegnius  ire  meatus?  Id  e/i,  tu  putas  te 
irefegnius  quant  remulco  traôia.  »  Cette  conjecture  ne  me  semble 
pas  utile. 

V.  68  Tota.  «  Non  accedo  Barthio  qui refcripfit,  Nota.  Namque 
hoc  tota  in  fine  pofitum ,  vt  nihil  omnino  glareae  lateat^gratiam 
hahetfingularem.  »  Je  n'admets  pas  Nota,  mais  il  ne  semble  pas 
que  le  rejet  Tota.  Caledoniis,  etc.,  déjà  admis  dans  les  anciennes 
éditions  qui  font  suivre  Tota  d'un  point  ou  d'un  point-virgiile,  ait  la 
grâce  singulière  que  Christ  admire.  (Voir  Commentaire,  p.  58.) 

V.  71  locupletes.  «  Non  efl  melius,  qiiod  in  recens  editis  extat, 
locupletum.  »  Christ  a  raison;  mais  la  bonne  leçon  est  locuple- 
éibus,  leçon  des  éditions  d'Ascensius  qu'il  ne  connaissait  pas 
probablement. 

V.  84  fluitantibus.  « Recentiora exemplapraeferunt,ûuïtantes. 
Sed  non  efl  opus.  Dicit  auteni.  Diffère  fororibus  tuis  fluitantibus 
choros  et  cateruas  gregis.  Cumulatae  funt  ifla,  liquidus  alueus, 
amnis  caeruleus,  orae  flumineae,  qnanqnam  proha.  Ideo  dubita- 
bani,  ne  non  legi  pojfet,  liquidaque  fub  aluo.  »  La  conjecture  aino 
est  mauvaise;  l'explication  du  v.  83,  telle  que  Christ  la  donne, 
n'est  possible  qu'à  condition  de  sous-entendre/ororî6«s^  ce  qui  me 
paraît  difficile. 

V.  86  praetenero.  «  Vnum  efl  verbum,  conitcnSîim/cribendum, 
non  diuiflni,  vt  exhibent  maie  exempta  quae  vidi  omnia.  »  Christ 
a  raison  :  mais  beaucoup  d'anciennes  éditions,  l'Aldine,  etc., 
écrivent  avant  lui  prœtenero. 

V.  107  caperis.  (.An,  raperis,  propter  celeritatetn  natatus.» 
Cette  conjecture  est  inutile. 

V .  1 30  Sario.  «  Sic  exempta  vetera  et  bona.  recentia praeferunt 
Fario.  » 

V.  140  At.  «  Sic  reôle  legitiir  qiiod  dudum  monuerat  Piil- 
inanus.  Tamen  recentia  exempta  perperam  tenent,  Aut.  Dein 
maueli)n/cribi  tranquille.  »  Tross  et  Bœcldng  adoptent  la  conjec- 
ture tranquillo,  qui,  d'ailleurs,  serait,  d'après  ce  dernier,  une 
leçon  du  Rh. 

V.  207  excludet.  «  Sic  libri  veteres  cufi.  Récentes,  rations  non 
reddita  cnr  mutarent,  excludit.  » 

V.  215  Mylafena.  «  Accurfius  hic  Meffana  refcribere  tentaiiit, 
Gronoiiius,  Mylaea.  Quo  pacîo  pericida,  id  efi  praeexercitatio- 
nes  ac  ventilatio  belli,  fi  ad  Mylas  ferio  pugnatum  efl  ?  nam 
illos  qiioqiie  Niliacae  et  Latiae  clajfiiim  ludos  dicit,  non  vera  ad 
Aâîium  praelia.* 

V.  216  cumbae.  a  Aut  cymbae.  Dubitabam  an  f'cribi  deberet. 


DEUXIEME    PARTIE  CGXXIIl 

Euboicae...  Cumae.  »  Cette  conjecture,  qui  est  un  vrai  contresens, 
aurait,  d'après  Peiper,  été  déjà  proposée  par  Heinsius. 

V.  237  captât,  a  Recentia  exeinpla  praeferunt,  coeptat.  non 
ejl  opus.» 

V.  242  def en/us... pif cis.  «  Non  eji  diibium,  refcribi  debere, 
defenfos...  pifces.  »  Christ  a  raison  :  mais  pourquoi  n'admet-il  pas 
dans  son  texte  la  leçon  qui  lui  paraît  la  bonne? 

V.  299  teâîonicas.  «  Non  placet,  qiumqiunn  receptmn  fit  ab 
omnibus.  Videndiimfi  in  vetufliffimis  libris  non  extet  teétorum.  » 
Aucun  ms.  n'a  tectoriim;  il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  lieu  de  chan- 
ger la  leçon  tectonicas. 

V.  312  cui  in  fafligia.  «.  Aiit  pyrrichius  eft,  cui,  hiatu  metrico, 
ac  Tw  iota  propter  infequentetn  vocaIe)n  correpto  non  fpondeus  : 
aiit  fcribendum,  quadro  cuius  falligia  cono  Vrget  et  ipfa  fuas 
cetera.  Intellegit  autem  regiain,  cuius  fafligia  premerentur .  :> 
La  conjecture  de  Christ  ne  semble  pas  utile.  (Voir  Comment  aire, 

P-  94-) 

V.  317  Afflictamque.  «  Olitn  adnotauerat  Pulmanus  in  libris 
veteribus  calamo  exaratis  legi  Afflatamque;  quod  niulto,  quam 
illud,  elegantius  non  habebant  cur  fpernerent  recentiorcs  inter- 
prètes. Sed  non  receperunt.  »  Freher  a  cependant  Afflatamque  ; 
mais  Christ  semble  ne  pas  connaître  son  édition  qu'il  cite  inexac- 
tement d'après  Soucha}',  dans  sa  note  au  v.  12. 

V.  336  nuta)itia.  «  Pulclierrimuvi  Jioc.  iia?n  hoc  vocabulo  teCîi 
altitudo  dicitur.  non  efi  recipiendum  Galli  interpretis  nitentia.  » 

V.  337  fulfurea.  «  Hoc  qiioque  vocabulum,  pulcriini  et  veriim, 
recentia  exempta  mutant  inepto,  fluminea.  »  Dans  les  notes  aux 
V.  336  et  337,  l'admiration  de  Christ  pour  les  vieilles  éditions 
l'induit  en  erreur;  les  mss.  sont  encore  plus  respectables  que  les 
vieilles  éditions,  et  c'est  conformément  aux  mss.,  qu'il  ne  connais- 
sait pas  d'ailleurs  directement,  que  le  Gallus  interpres,  c'est-à- 
dire  l'éditeur  de  1730,  a  restitué  nitentia  q\.  fluminea. 

V.  338  opertum.  «  Opertum  hic  arcanum  efl,  et  fecretum  fub 
terra,  vt  in  facris  Bonae  Deae  Opertum  dicebatur.  mox  tectoria 
non  funt  camerarum  quas  ars  feciffet  :  fed  folum  tenue,  quo 
fubterraneae  fpecus  naturaliter  excauatae  tegebantur .  Adeo 
verum  efl,  f ponte  natas  thermas,  non  balineas  artefacias,  quod 
Floridus  putabat  intellegi.  Arguit  quod  viuas  aquas  dicit,  quod 
Baiarum^;;z2(Zacra.i>  Toute  cette  explication  me  semble  erronée; 
elle  est  fondée  sur  la  mauvaise  leçon  fulfurea  que  Christ  a  le  tort 
de  trouver  si  exacte. 

V.  348  nullum  parit.  «  Quam  vellem,  fi  libri  aflipularentur, 
reGtiorefententiafcripfiffe  A  ufonium,  nuUo  périt  oblectatio  luxu.» 
Ce  changement  ne  s'impose  pas. 


CCXXIV  INTRODUCTION 

V.  367  Saramis.  Christ  reproduit  la  note  où  Poelmann  attribue 
au  comte  de  Nuenaar  la  correction  7noïe  Sarauiis  ;  il  ajoute  : 
«  IJiiid  aiitem  memoriae  Nuenarii  fanSiae  dediinus,  de  eo  viro 
qunlis  effet,  quondam  Noâfiuin  Academicarian  libro  tertio  qiiae- 
dam  non  protrita  comnientati.  Dein  v.  ^6g.  inalleni  fcribi,  vt 
folueret  oftia.  »  J'ai  déjà  dit  (p.  Cil)  ce  que  je  pense  du  comte  de 
Nuenaar  et  de  sa  prétendue  correction;  quant  à  la  conjecture  vt 
folueret  oftia,  elle  me  semble  bonne,  et  je  l'admets,  comme  Tross. 
(Voir  Commentaire,  p.  106.) 

V.  380  Romaeque  tiiere.  «  Non  dubito  quin  fit  einendandum, 
Imperii  hanc  fedem  Romae  tenuere  parentes,  id  efi,  Angufii 
patriae vrbisque patres  appellati.  »  (Voir  Commentaire, p.  109.) 

V.  409  Quique  capiit.  «  Non  fe  dicit  poeta,  fed  Atiguftiun 
futuriim  aiit  Confiilem  origine  Beïgam,  in  qiio  erroreni  fuinn 
Fortuna  abfoJueret.  Belgas  enim  viros  fe  proniittit  fcripturuin, 
non  alios.  »  Cette  interprétation  me  paraît  erronée.  (Voir  Com- 
mentaire, p.  116  et  suiv.) 

V.  41 1  Par  f lier it.  «  Récent ia  exempta,  Praefuerit.  Sed  ilhid 
■vêtus  initlto  eft  reêîius.  » 

V.  452  tempera.  «  Vnus  Pulmani  liber,  munera,  quod  placet.  » 

Ces  notes  de  Christ  sont  intéressantes.  J'adopte  deux  de 
ses  conjectures  que  je  trouve  très  bonnes.  Quant  aux  autres, 
si  elles  paraissent  inutiles  ou  mauvaises,  elles  témoignent 
du  moins  d'un  esprit  critique,  rare  au  XVIII*^  siècle.  Alors 
que  l'on  se  contente  de  réimprimer  Ausone  d'après  les 
éditions  de  Tollius  et  de  Souchay,  l'auteur  du  Villaticinn 
discute  les  leçons  de  ces  deux  textes  à  la  mode.  Il  est 
animé  à  leur  endroit  d'une  sage  défiance,  dont  l'excès 
cependant  l'amène  par  esprit  de  réaction  à  préférer  a  priori 
ce  qu'il  trouve  dans  les  anciennes  éditions,  qu'il  ne  connaît 
d'ailleurs  que  d'une  manière  incomplète.  S'il  avait  eu  à  sa 
disposition  les  mss.  de  Moselle,  il  en  aurait  donné  une  édition 
bien  supérieure  à  toutes  celles  qui  ont  paru  au  XVIII^  siècle. 

8.  —  Les  notes  de  ^Anthologie  de  Burmann  (1759-177 3) • 

Dans  les  notes  des  deux  volumes  de  son  Anthologie,  qui 
ont  paru  à  Amsterdam,  le  premier  en  1759,  le  second  en 
1 773,  Burmann  fPcfnts  Biinnanmis  Secnndus)  propose  un 


DEUXIÈME    PARTIE  CGXXV 

certain  nombre  de  conjectures  au  sujet  de  divers  passages 
de  la  Moselle. 

V.  1 1 1  circuit.  <.<  Legi  pojjet  circinat;  nam  circuit  &  circinat 
etiam  aliis  in locis  confundi  notavi ad  Lib.  iv,p.  212.1)  (Vol.  II, 
lib.  V,  p.  309.) 

V.  139  Burmann  appuie  la  leçon  cZe/èn/a.  (Vol.  II,  lib.  V,p.4i2.) 

V.  160  flaventem.  Burmann  propose  labentem,  «frigidius  », 
comme  Bœcking  le  remarque  avec  raison.  (Vol.  II,  lib.  VI,  p.  657.) 

V.  194  Totanatant.  «Forte  La.Qta,Fota,vt'lFoQta praejliterit.» 
(Vol.  II,  lib.  VI,  p.  657.) 

V.  198  anini  confitndit  iinago.  «Scribe: 

anni  confundit  imago 
CoUis  &"  umbranim  confinia  proferit  amni. 

Vel  umbrato  amni...  Proferere  inalo  quant  conferere,  quod  &> 
inagis  id  appojitum  Qf  ad  rein  praef entent.  6=  conciirfus  durior 
Twv  confundit,  confinia,  ô»  conl'erit.  palmite  confitus  amnis  Jam 
praecejferat.  »  (Vol.  II,  lib.  VI,  p.  657.)  Bœcking  a  raison  de  dire: 
«  Burniannus  qui  totum  locuni  corrupturus  fuit.  »  Mais  il  se 
trompe  quand  il  ajoute  :  v.  198  aninii  (pro  amni)  G  (défend.  Burm. 
l.  c).  Le  G  a  bien  la  leçon  animi,  mais  Burmann  ne  défend  pas 
cette  leçon  :  il  propose  anni,  qui  me  semble  une  conjecture  subtile 
et  inadmissible. 

V.  396  nebunt  mihi  carmina.  Vulgo  fubtegmine  (au  v.  395; 
Burmann  a  raison  d^ écrire  fubtenti ne).  Ubi  forte  etiam  praejlite- 
rit  nebunt  mihi  ftamina.  »  (Vol.  I,  lib.  m,  p.  649.)  Cette  conjecture 
a  le  double  tort  de  remplacer  l'image  d'Ausone  par  une  expression 
prosaïque  et  d'introduire  un  sigmatisme  dans  le  vers. 

Ces  quelques  conjectures  de  Burmann  sont  sans  valeur; 
la  manie  de  corriger  le  texte  sans  nécessité  l'entraîne  à 
modifier  des  passages  intelligibles  qui  ne  demandent  aucun 
changement.  Il  aurait  mieux  fait  de  réserver  ses  corrections 
hypothétiques  pour  les  vers  de  la  Moselle  dont  le  sens  est 
au  moins  douteux. 


£.  —  L'édition  de  Lucrèce  de  Wakefield  (iTQO-iTgj). 

Je  n'ai  pu  me  procurer  le  Lucrèce  publié  par  Wakefield 
en  1 796  et  i  797  (Londres,  3  vol.  in-4°)  ;  je  ne  connais  celles 
de  ses  notes  qui  ont  rapport  au  texte  de  la  Moselle  que  par 

XXIX 


CCXXVI  INTRODUCTION 

Tross,  autorité  sujette  à  caution,  s'il  en  fût,  fallax  saepe 
ante  repertiis.  C'est  donc  sous  toutes  réserves  que  je  trans- 
cris les  remarques  de  Wakefield  que  je  trouve  citées  dans 
son  «Kritischer  Commentar»  : 

V.  I  Wakefield  {ad  Lucret.,  V,  v.  464)  détend  la  lei^on  fiumine 
contre  la  conjecture  de  Scaliger,  liimine. 

V.  62  Wakefield  {ad  Lucret.,  II,  v.  143)  propose  respersas  au 
lieu  de  dispersas. 

V.  83  Wakefield  {ad  Lucret.,  V,  v.  469)  propose  liquidoque suh 
arvo  :  «  Vulgo  alveo  liquide  ;  sed  liquide  arvo  respondet  flumineis 
oris  lU  fliiitantes  (Tross  imprime  fluiantes)  catervae  toî;  squami- 
geri  grèges.  '> 

V.  86  Wakefield  {ad  Lucret.,  II,  v.  538)  propose  conseptus  au 
lieu  de  congestus. 

V.  129  ^  Qui  nonduin  Salino,  nec  jam  Salar,  auihigiiusque 
es.  Sic  rescribendum  putem,  addito  es  et  distinctione  posita 
post  To  es.  »  (Wakefield,  ad  Lucret.,  V,  v.  837.) 

V.  219  Wakefield  (ac?  Lucret. ^  II,  V.  42)  propose  de  lire  :  reparet 
suh  margine. 

V.  444  Wakefield  {ad  Lucret.,  VI,  v.  621)  propose  prae- 
strinxisse  au  lieu  de  perstrinxisse. 

Aucune  de  ces  conjectures  ne  me  semble  acceptable. 


E.  l'édition  des  deux-ponts  (1785). 

C'est  en  1785  qu'un  Aiisone  paraissait  dans  la  célèbre 
collection  des  Deux-Ponts. 

Cette  édition  in-8°  est  intitulée  : 

D.  MAGNI  II  AUSONII  |I  BURDIGALENSIS  ||  OPERA 
Il  AD  OPTIMAS  EDITIONES  COLLATA  ||  pr.emittitur  || 
NOTITIA  LiTERARiA  ||  STUDIIS  SOCIETATIS  BIPONTIN^ 
il  EDITIO    ACCURATA  \\  BIPONTI  |i  Ex  ïypographia 

SOCIETATIS  II  ClO  lO  CC  LXXXV. 

UAusone  de  1 785  est  précédé  de  la  vie  du  poète  tirée 
des  Lectiones  de  Scaliger  et  de  la  «Notitia  Literaria» 
empruntée  à  Fabricius,  qui  est  complétée  par  1'  «Index  edi- 
tiomcm»  quej'ai  souvent  cité,  principalement  pour  en  relever 


DEUXIEME    PARTIE 


CCXXVII 


les  erreurs.  Après  avoir  indiqué  l'édition  la  plus  récente: 
«  1782  Mannhemii,  8.  ex  editione  in  ufum  Delphini  recifa», 
l'éditeur  de  la  Bipontine  ajoute  :  «Nos  quidern  texhcm  éd.  in 
ufum  Delphini  par iter  feciiti  fiimiis,  fed  demio  collatiint 
cum  Scaligeriana  &>  Tolliana.  »  C'est  donc  un  texte  éclec- 
tique qui  nous  est  promis  ;  mais  il  semble  que  la  collation 
avec  les  Ajisones  de  Scaliger  et  de  ToUius  n'ait  pas  donné 
de  résultats  notables,  car,  du  moins  pour  la  Moselle,  l'édi- 
teur de  1785  suit  fidèlement  celui  de  1730;  il  ne  s'en  sépare 
que  pour  l'orthographe  de  quelques  mots  et  la  ponctuation 
de  quelques  passages  : 


Vers         Édit.  de  1730. 

1 1  et  395  incîyta. 

18  qiium. 

36  extantes. 

46,  53,  etc.,  littora. 

53,  etc.,  harenœ. 

96  inlaiidata. 
125  volgi. 
127  opfonia. 
153  baccheïa. 

178  et  222   Sol. 

179  Ad. 

196  Adniimerat. 

204  alacreis. 

212  prœlia. 

215  Ponipeïani. 

240  facile is. 

254  hariindo. 

258  adfibilat. 

262  anhelatis. 

279  Sumpfit. 

296  pêne. 

309  Noôîua. 

360  adlambere. 

384  Quinetiam. 

422  Natiqtie  Patrifque. 

474  camenœ. 

475  mujis. 


Édit.  de  1785. 

inclita. 
cuni^. 
exjiantes. 
litora. 
arenœ. 
mandata, 
vulgi. 
ohfonia. 
Baccheïa. 
fol. 
Af. 

Anninnerat. 
alacres. 
prœlia. 
Pompejani. 
faciles, 
ariindo. 
ajjibilat. 
anhelantis. 
Sutnjît. 
pcene. 
no6lua. 
allambere. 
Quinytiam. 
natique  patrifque. 
Caniœnœ. 
Mu  fis. 


^  La  Bipontine  admet  toujours  l'ort'îo^raphe  cum. 


CCXXVIII  INTRODUCTION 

L'auteur  de  VAusone  de  1785  semble  avoir  surtout  usé 
des  éditions  récentes,  plutôt  que  de  celle  de  Tollius,  pour 
modifier  l'orthographe  de  Souchay  :  c'est  au  texte  de  1 782 
qu'il  emprunte  Pompejani,  Quin  etiam,  natiqtie  patrif- 
que;  et  à  celui  de  1780,  inclita,  exfiantes,  litora,  arenœ, 
mandata,  alacres,  fol,  prœlia,  Sunifit,  pœne.  Il  ne  prend 
à  Tollius  aucune  variante  qui  ne  soit  dans  l'édition  de 
Mannheim  ou  dans  les  Poetae  Minores.  L'éditeur  des  Deux- 
Ponts  ne  fait  presque  jamais  commencer  par  une  majuscule 
le  mot  qui  vient  après  un  point  ou  un  point  d'interrogation. 
V.  430,  il  n'y  a  aucun  signe  de  ponctuation  entre  Noniine 
et  tufratretn.  Les  autres  leçons  de  la  Bipontine  qui  ne  se 
trouvent  pas  dans  1'  «editio  in  usum  Delphini»  ont  été 
prises  un  peu  partout;  une  seule  v.  262  anhelantis  a  quelque 
importance  :  c'est,  on  l'a  déjà  vu,  une  mauvaise  correction 
de  Vinet,  qui  ne  se  trouve  que  dans  les  éditions  bordelai- 
ses. La  leçon  v.  179  At  me  semble  inintelligible:  c'est,  je 
pense,  une  faute  d'impression.  Tross^  affirme  que  Werns- 
dorf  admet  At  dans  son  texte,  mais  Ad  dans  ses  notes  : 
c'est  donc  aux  Poetae  Minores  que  la  Bipontine  aurait 
emprunté  cette  faute  d'impression,  que  je  n'ai  pas  citée 
dans  mon  relevé  des  leçons  de  l'édition  de  Wernsdorf,  ne 
connaissant  cette  édition  que  par  Bœcking,  qui  ne  cite  pas 
la  leçon  v.  179  At,  et  n'accordant,  en  connaissance  de 
cause,  qu'une  très  médiocre  confiance  aux  affirmations  de 
Tross. 

La  Bipontine  n'est  pas  une  édition  critique  :  elle  n'a  fait 
faire  aucun  progrès  au  texte;  ce  n'est  pas  une  édition 
varioruni,  car  elle  n'a  aucune  note.  On  ne  peut  expliquer 
la  vogue  dont  elle  a  joui  longtemps  que  par  sa  correction 
typographique,  bien  supérieure  à  celle  de  VAtisone  de 
1782,  par  la  commodité  de  son  format,  et  surtout  par  la 
célébrité,  plus  ou  moins  justifiée,  de  la  collection  dont  elle 
fait  partie. 

•  Kritisch.  Gommentar,  p.  i6o:  «  Die  Bipontiner  und  Wernsdorf  haben 
ut,  wofûr  aber  in  des  letztern  Anmerkung  ad  citirt  wird.  »i 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXXIX 

VIII 
Le  texte  de  la  Moselle  au  XIX'  siècle. 


Depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  la  Moselle  a  été 
souvent  publiée,  soit  séparément,  soit  avec  les  autres  œuvres 
d'Ausone,  soit  dans  des  recueils  de  poètes  latins  qui 
contiennent  les  pièces  d'Ausone.  La  liste  des  éditions 
vulgaires  ou  critiques  est  longue;  je  ne  prétends  pas  la 
donner  complète  :  de  mes  deux  guides,  l'un,  VIndex  de  la 
Bipontine,  fait  naturellement  défaut  pour  le  Xix<^  siècle; 
l'autre,  VIndex  de  Bœcking  s'arrête  en  1 845  -,  encore,  n'est-il 
pas  absolument  complet  pour  les  quarante-cinq  premières 
années  du  siècle,  puisqu'il  ne  mentionne  pas  VAusone  de 
Valpy  (1823).  J'espère,  cependant,  n'omettre  aucune  des 
éditions    qui    ont    fait    faire    un  progrès  au   texte   de   la 

Moselle. 

Je  commence  par  énumérer  les  éditions  vulgaires  -,  parmi 
celles-ci,  j'examine  d'abord  les  textes  qui  font  partie  des 
divers  recueils  où  se  trouvent  les  œuvres  d'Ausone. 


A.  LE  TEXTE  VULGAIRE. 

a.  —  Les  divers  recueils  où  se  trouvent  les  œuvres  d'Ausone. 

a.  —  ie  «  Corpus»  de  Weber  (1833). 

La.  Moselle  occupe  les  pp.  1242  recto  —  1246  recto  du 
«Corpus»  de  Weber,  publication  in-4°,  que  je  connais  seu- 
lement par  Bœcking,  qui  en  donne  ainsi  le  titre  : 

CORPUS  11  POETARUM  LATINORUM  H |1  edidit 

GUILIELMUS  ERNESTUS  WEBER  H  H  FRANCO- 

FURTI  AD  II  MŒNUM,  |1  sumptibus  et  typis  henrigi ludo- 

VICI  BRŒNNERI  ||  MDCCCXXXIII. 


CCXXX  INTRODUCTION 

Bœcking  dit  que  Weber  a  établi  le  texte  de  la  Moselle 
d'après  Tédition  de  Tollius,  dont  il  ne  diffère  que  : 

1°  Par  les  fautes  d'impression  :  i  1 1  nota  (pour  notât); 
V,  328  celli  (pour  celfi)  ;  v.  441  cessamque  (pour  celfamqtte). 

2°  Par  la  ponctuation  qu'il  modifie  souvent  :  il  écrit,  en 
particulier,  v.  241  profundo  :  Heu  maie,  etc.,  et  v.  413 
Praemia  jam,  au  lieu  de  Prœmia,  jam. 

3°  Par  l'orthographe.  Weber  écrit  litora,  arena,  arundo, 
caeriileus,  silva,  v.  106  et  424  Istri,  v.  144  et  148  balaena, 
miistela,  phaseli,  v.  212  et  293  proelia. 

Il  a  encore  des  variantes  orthographiques  plus  impor- 
tantes^ : 


Vers  Tollius. 

29  œquiperare. 

43  qiiotiens. 

47  n/pergis. 

85  Capito  inter  lucet. 

96  inlaudata, 
1 14  fquallet. 
173  et  179  forores. 
196  Adnutnerat. 
204  alacreis. 
207  Pojîhabet. 
240  facileis. 
258  adpbilat. 
279   Sunifit. 
290  Magni. 
323  vendicat. 
327  Quinetiam. 
331  confepto. 
360  adlanihere. 
yil   Tibris. 
392  otii. 
397  fiibtegmine. 
422  Natique  Patrifqiie. 


Weber. 

aeqiiiparare. 

quoties. 

adspergis. 

capito  interlucet. 

mandata. 

sqnalet. 

Sorores. 

Aimmnerat. 

alacres. 

Post  habet. 

faciles. 

assibilat. 

Sumpsit. 

magni. 

vindicat. 

Quin  etiain. 

consaepto. 

allambere. 

Thybris. 

oti. 

siibtemine. 

natique  patrisque. 


^  Bœcking  a  évidemment  commis  de  nombreuses  confusions  dans  son 
relevé  de  variantes.  Il  dit  que  Weber  diffère  de  Tollius  en  écriva.ntaequi- 
perare,  inlaïKlata,  etc.  Gomme  Tollius  a  justement  les  leçons  «(/«('/•erarf, 
inlaudata,  Bœcking,  je  suppose,  veut  dire  que  Weber  diffère  de  Tollius 
en  écrivant  aeqniparare,  mandata ,  etc. 


DEUXIÈME    PARTIE 


ccxxxr 


4°  Par  des  essais  de  corrections  qu'il  emprunte  à  d'autres 
textes  : 


Vers  TOLLIUS. 

33  prolapfiis. 

65    Vtque. 

71  Deliciafque  hominmn 

locupletes. 
1 1 1   qiut. 
140  At. 

206  tranfire,  deinfua. 
232  Qunni  primicm. 
242  defenfos. . .  pifceis  ! 

316  vera  Magnetis. 

317  Ajfitîamqiie. 

336  nutantia. 

337  fidphurea. 

350  dîgnandumque. 

361    Celbis. 

412  Erroremfortunafuum. 

469  et  470  celehranda. 


Weber. 

praelapsus. 
Usqtie. 
Delicias  hominum  locupîetum. 

qiiae. 

Aut. 

transire  diem,  siui. 

Quant  priniiim. 

defensus.. .  piscis  ! 

Corus  Achates. 

Afflictaniqiie. 

nitentia. 

fluminea. 

dignandumque . 

Gelbis. 

Errorem,  Fortuna,  tuiim. 

celebrande. 


D'après  ces  renseignements  de  Bœcking,  le  texte  du 
«Corpus»  de  1833  me  semble  fort  satisfaisant  malgré  ses 
trois  fautes  d'impression,  auxquelles  il  faut  ajouter  la  mau- 
vaise leçon  V.  232  Qiiam,  qui  est  déjà  dans  le  «Corpus» 
de  1603  et  de  161 1  et  dans  l'édition  de  1782.  Les  corrections 
orthographiques  de  Weber  sont,  en  général,  bonnes:  il  est 
le  premier  qui  écrive  consaepto,  véritable  orthographe  du 
mot  que  Schenkl  et  Peiper  reprendront  après  lui.  Quant 
aux  corrections  proprement  dites,  il  en  est  beaucoup,  p.  ex. 
praelapsus,  Usque,  nitentia, fluminea,  etc.,  qui  améliorent 
d'une  façon  notable  le  texte  de  Tollius. 


p.  —  ie  «  Corpus  »  de  Walker  (1841). 

C'est  d'après  Bœcking  que  je  cite  le  «  Corpus  »  de  Walker, 
comme  j'ai  cité  celui  de  Weber.  Bœcking  ne  connaît  que 
l'édition  de  1841;  il  n'a  pas  eu  entre  les  mains  celles  de 
1827  ou  1828  et  de   1835.  Depuis  l'époque  où  Bœcking 


CCXXXII  INTRODUCTION 

faisait  la  collation  du  «  Corpus  »  de  Walker  (vers  1 844 
ou  1845)  une  nouvelle  édition  a  été  publiée  (1848).  Je  ne 
sais  pas  si  le  «  Corpus  »  a  été  encore  réimprimé,  après  1848. 
Ce  recueil  est  un  in-8°  intitulé  : 

CORPUS  II  POETARUM  ||  LATINORUxM.  ||  ediditGUI- 
LELMUS  SIDNEY  WALKER,  ||  ss.  Trin.  Coll.  Socius 
Il  LONDINI,  Il  HENRY  G.  BOHN,  et  c.  \\  mdcccxli. 

Le  texte  de  Walker  est  presque  identique  à  celui  de 
Weber  ;  il  n'a  pas  ses  fautes  d'impression,  mais  il  en  possède 
une  en  propre,  v.  ig^montibiis.  On  ne  peut  noter  que  trois 
variantes  proprement  dites  :  Weber  a  v.  33  praelapsus, 
V.  65  Usqtie,  V.  I  16  Amnigenos ;  et  Walker,  prolapsus, 
Utque,  Atnnigenas.  Quelques  différences  dans  la  ponctua- 
tion et  dans  l'orthographe  séparent  encore  ces  deux  textes; 
celui  de  Londres  semble  inférieur  à  celui  de  Francfort. 


y.  —  La  Patrologie  de  Migne  (1846). 

Les  oeuvres  d'Ausone  se  trouvent  dans  le  tome  Xix  de  la 
Patrologie  de  Migne,  publié  en  1846.  Dans  VAdmonitio 
qui  précède  cette  édition  d'Ausone,  l'éditeur  se  vante  du  soin 
qu'il  a  apporté  à  son  travail  de  recension  :  «  Ccetertun,  qiiod 
ad  recensionem  nostrani  generatim  pertinet,  hanc  esse 
quatn  maxime  coinpletam  et  omnibus  mimeris  absoUitani 
de  more  curavimus,  variis  inter  se  collatis  editionibus 
aliaque  ab  alia  openi  viutuatis.  Hariini  prcecipue  duas 
m-emorabimus  :  unam  quœ  prodiit  Lugduni,  anno  1^40, 
in-S"  apud  Seb.  Gryphiuni ;  alteram  exstantem  in  Collec- 
tione  ditissima  Pesauri  cusa  ijôô,  in- 4°.  »  C'est,  je 
crois,  la  première  fois  que  l'on  fait  à  la  Lyonnaise  de  i  540 
l'honneur  inattendu,  et  assurément  immérité,  de  la  placer  au 
nombre  des  autorités  d'après  lesquelles  on  peut  constituer 
le  texte  d'Ausone.  Au  demeurant,  l'édition  de  Migne  semble 
lui  emprunter  peu  de  choses  pour  la  Moselle  ;  je  ne  relève 
que  deux  leçons  v.  232  charce,  v.  281  convertere,  qui  se 
trouvent  dans  la  Lyonnaise   de   1540,  sans  être  dans  les 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXXXIII 

éditions  vulgaires  du  XVII'^  et  du  XVIIF  siècle.  C'est,  en 
effet,  d'après  VAusone  de  Tollius,  celui  de  Souchay  et  les 
éditions  qui  en  procèdent,  que  Migne  a  constitué  son  texte, 
très  négligemment  d'ailleurs.  Il  semble  suivre  volontiers  la 
Bipontine  ;  il  s'en  écarte  quelquefois  pour  admettre  les  leçons 
de  Tollius  (v.  71  Deliciasqiie  homimim  lociipletes;  v.  206 
transire,  dein;  v.  316  vera  Magnetis,  Affictamqtie,  etc.), 
et  pour  adopter  l'orthographe  de  l'éditeur  de  1671.  Il 
écrit  V.  1 93 /)rq/?f ;i(iiY,  comme  Ugolet;  v.  244  i;er/zï,  comme 
l'édition  de  Leipzig  (15 15),  qu'il  ne  connaissait  certaine- 
ment pas;  V.  355  degenerare,  comme  quelques  éditions  de 
Scaliger  et  les  divers  Corptts  qui  en  suivent  le  texte.  Il  a 
enfin  des  fautes  d'impression(v.  346s/7;m/acra  exsilia,Qtc.), 
dont  deux,  entre  autres,  sont  bizarres  et  semblent  prouver, 
soit  que  le  manuscrit  de  l'édition  de  1 846  a  été  établi  d'après 
de  vieilles  éditions  par  quelqu'un  qvii  distinguait  mal  les  / 
et  les  /,  soit  que  l'on  a  tout  simplement  fait  réimprimer 
un  texte  ancien  par  des  typographes  peu  au  courant  de  la 
.forme/.-  on  lit  en  effet  v.  184  saisi  ponr  fais i,  et  v.  269 
sagineis  pour  fagineis.  Ce  détail  suffit  pour  prouver  si 
l'éditeur  a  raison  de  se  vanter,  comme  il  le  fait  dans  son 
Admonitio,  des  soins  qu'il  a  prodigués  à  son  texte. 

b.  —  Les  éditions  vulgaires  de  la  Moselle  ou  des  œuvres  complètes 

d'Ausone. 

a.  —  La  Mosella  de  F.  Lassaulx  (1802). 

Je  ne  connais  que  par  Bœcking  l'édition  de  la  Moselle 
que  Lassaulx  a  publiée  à  Coblenz  en  1802.  C'est  un  volume 
in-8°  dont  Bœcking  donne  le  titre  de  deux  manières  diffé- 
rentes, dans  une  note  de  son  édition  de  1828,  oii  on  lit  : 
«F.  Lassaulx,  Aus.  Mosella,  mit  metrischer  Uebersetzung. 
Coblenz,  bei  Pauli.  1802.  »,  et  dans  l'Index  de  son  édition 
de  1845,  oià  il  semble  le  reproduire  exactement  : 

des||decius  magnus  ausonius  11  gedicht  11  von  der 
MOSEL.  Il  In  metrischer  Uehersetziuig,  mit  erlaûternden 

XXX 


CCXXXIV  INTRODUCTION 

Anmerkungen  \\  von  1|  F.  Lassaulx.  ||  Nebst  dem  lateinis- 
chen  Grundtexte.  \\  koblenz  ||  bei  Biirger  Lassaulx  Nro. 
402. 11  Jahr  Zehn  der  Republik. 

Mais,  dans  l'Index  de  1845,  comme  dans  la  note  de  1 828, 
Bœcking  se  montre  très  dur  pour  le  travail  de  Lassaulx 
qu'il  appelle  en  latin  «  absurdus  hic  libellus  »,  après  l'avoir 
appelé  en  allemand  «  eiii  schwacher  Versuch  ».  Tross  n'est 
pas  plus  bienveillant  pour  cet  ouvrage  qu'il  qualifie  d'essai 
complètement  manqué  et  souvent  absurde,  «  durchatis 
mifsrathen  und  seJir  oft  sinnlos  », 

Je  n'insiste  pas  sur  l'édition  de  1 802  :  Bœcking;  constate 
que  le  texte  est  exactement  celui  de  1730,  souillé  de 
nombreuses  fautes  d'impression  que  Lassaulx  emprunte  à 
d'autres  éditions  (p.  ex,  v,  207  Post  habet,  v.  232  Quain, 
V.  26 1  Quinque,  fautes  de  l'édition  de  1 782),  ou  qu'il  commet 
lui-même  :  v,  i  \osiiperre,  v.  296  résonnant  la,  v.  2,(^3  fer  ras, 
V.  41 1  fastinat,  v,  424  ignotnm,  etc, 

Bœcking  néglige  de  dire  si  les  remarques  explicatives 
qui  accompagnent  ce  misérable  texte  ont  quelque  valeur. 


p,  —  La  Mosella  de  L.  Tross  (1821  et  1824). 

L.  Tross  a  procuré  deux  éditions  de  la  Moselle  (1821  et 
1 824),  ou  plutôt  une  même  édition  réimprimée  avec  un  autre 
titre.  Je  ne  connais  le  volume  in-8°  publié  en  1821  que  par 
Bœcking  qui  en  donne  le  titre,  d'une  manière  incomplète  : 

DES  II  D.  M.  AusoNius  II  MOSELLA  |1 |1  von  Ludwig 

Tross,  ||  ...  ||  Hamm,  |i  Schulz  und  Wundermann.  ||  1821. 

Il  ajoute  :  «  Idem  liber  miitato  titulo  Inde  ab  a.  1824, 
quasi  altéra  editio  venditatiir .  »  Cela  n'est  pas  tout  à  fait 
exact  :  mais  Bœcking  fait  preuve  d'une  véritable  férocité  à 
l'endroit  de  son  prédécesseur.  Sans  doute,  le  titre  que  je  lis 
en  tête  de  l'édition  de  1824  n'est  pas  celui  que  Bœcking 
donne  de  l'édition  de  1821  : 

DES  II  D,  M.  AUSONIUS  1|  MOSELLA,  ||  mit  ||  verbes- 

SERTEMTeXTEjMETRISCHERUEBERSETZUNG,  Il  ERKLÀRENDEN 


DEUXIEME    PARTIE  CCXXXV 

AN.MERKUNGEN,  EINEM  KRITISGHEN  II  CO.MMENTAR  UND  HISTO- 
RISCH-GEOGRAPHISCHEN  ||  AbHANDLUNGEN  i|  VON  ||  Dr.  LUD- 

WIGTROSS.  Il  zwElTE,mitdemMoselgedichtedesVENANTius 
FORTUNATUS  und  II  Andern  Zusàtzen  vermehrte  Ausgabe.  || 
HAMM,  Il  Verlag  von  Schulz  und  Wundermann.  ||  1824. 

Mais  Tross  fait  précéder  son  in-8°  de  1824 d'un  «Vorwort» 
où  il  explique  qu'il  ne  publie  pas  une  nouvelle  édition;  la 
quantité  d'exemplaires  de  1821  restés  en  magasin  le  lui 
interdit,  quoique  les  nombreux  documents  découverts  depuis 
que  son  livre  a  été  imprimé  lui  permettent  facilement  d'en 
faire  un  nouveau.  Mais,  en  commerçant  pratique,  il  se  borne, 
pour  écouler  sa  marchandise,  à  offrir,  comme  une  sorte  de 
prime  aux  acheteurs  nouveaux,  un  supplément  où  se  trouve 
VHodoporicon  de  Venantius  Fortunatus,  suivi  d'un  appen- 
dice critique  qui  contient  un  relevé  des  variantes  du  G,  de 
l'Ascensiana^  et  de  la  Juntine.  Pour  prouver  qu'il  ne  fait  pas 
une  spéculation  de  librairie  (Biichàndlerspeculation),  il 
annonce  que  les  acquéreurs  de  la  première  édition  pourront 
se  procurer  ce  supplément  à  prix  modéré  (zii  einein  billigen 
Preifse). 

La  condviite  de  Tross  comme  marchand  est  donc  correcte. 
Reste  à  examiner  ce  qu'il  vaut  comme  éditeur.  Une  «  Ein- 
leitung  »  donne  des  renseignements  sur  Ausone  et  sur  la 
Moselle,  et  la  liste  des  éditions  dont  Tross  s'est  servi  :  cette 
liste  est  assez  complète;  j'ai  déjà  dit  (p.  LXXVii)  qu'on  y 
remarque  même  une  édition  lyonnaise  de  i  549,  que  personne 
ne  connaît  et  qui  contient  des  variantes  qui  ne  se  trouvent 
nulle  part.  L'éditeur  de  1821  n'a  eu  communication  des 
leçons  du  G  qu'au  moment  où  on  tirait  la  douzième  feuille 
de  son  in-8°.  11  n'a  donc  pu  en  user  pour  établir  son  texte 
(pp.  2-124),  i^i  pour  le  Commentaire  critique  des  v.  1-370. 
C'est  ce  qui  empêche  de  mettre  l'édition  de  Tross  au  nombre 
des  éditions  critiques.  D'ailleurs,  le  relevé  des  variantes 
du  G  qu'il  donne  dans  son  supplément  est  incomplet  et 

•J'ai  déjà  dit  (p.   XLVI)   que   l'Ascensiana   de   Tross   n'est   autre  que 
l'édition  de  J.  Petit. 


CCXXXVI  INTRODUCTION 

inexact;  pour  ne  parler  que  des  leçons  particulières  à  ce 
mss.  que  j'ai  notées  comme  bonnes  (pp.  xvi-XVli),  il  omet 
V.  1 98 confundit,y. 2S^qîias,  v. 2g'jconciirrens,  v. 306 xiolu- 
mine,  etc.  ;  il  donne  v.  247  disjectas,  au  lieu  de  détectas, 
V.  281  Converere,  au  lieu  de  conuerrere;  il  attribue  au  G 
les  leçons  v.  463  refluus,  v.  472  quique,  etc. 

En  face  du  texte  latin  se  trouve  une  traduction  en  vers 
allemands,  qu'il  faut,  dit  Bœcking  (édition  de  1828,  p.  45), 
«couvrir  du  manteau  de  la  charité  chrétienne».  Au-dessous 
des  textes  latin  et  allemand  est  un  commentaire  explicatif 
abondant  en  rapprochements  utiles  qui  témoignent  de 
beaucoup  d'érudition  ;  enfin,  vient  un  «  Kritischer  Com- 
mentar  >  (pp.  129-194),  suivi  d'«  Historisch-Geographische 
Abhandlungen  »  (pp.  195-248).  Ces  notes  historiques  et  géo- 
graphiques sont  puisées  sans  goût  aux  meilleures  sources. 
Quant  au  Commentaire  critique,  il  est  de  tous  points  misé- 
rable. J'ai  déjà  eu  occasion  de  relever  en  passant  nombre 
des  erreurs  qui  y  foisonnent.  Semblable  aux  maladroits, 
qui  ne  peuvent  toucher  un  objet  fragile  sans  le  briser,  Tross 
ne  peut  prendre  une  édition  sans  y  lire  ce  qui  n'y  est  pas. 
Il  serait  fastidieux  d'énumérer  toutes  les  erreurs  de  ces 
soixante-six  pages  :  dès  la  note  au  v.  i ,  on  apprend  que  la 
leçon  lumine  se  trouve  dans  la  lyonnaise  de  1 558  et  qu'elle 
vient  du  ms.  de  la  Moselle  dont  Guil.  de  la  Barge  s'est 
servi.  Qu'il  suffise  de  citer  quelques-unes  des  leçons  inatten- 
dues que  Tross  relève  dans  son  édition  d'Ugolet]  : 

V.  368  mole  Saravus,  qui  ne  se  trouve  pas  avant  l'édition  de 
Poelmann.  Par  contre  Tross  ne  lit  pas  mole  saraïais  dans  le  G. 

V.  41 1  P rœfuerit ,  conjecture  de  Gronovius,  postérieure  de  plus 
d'un  siècle  à  l'édition  d'Ugolet. 

V.  412  tuuni,  qui  est  aussi  une  conjecture  de  Gronovius. 

Je  ne  mentionne  pas  les  nombreuses  erreurs  de  moindre 
importance  qui  concernent  l'édition  d'Ugolet.  On  en  trouve 

^  J'ai  déjà  dit  (p.  XXIX)  que  Tross,  qui  semble  avoir  le  privilège  de  possé- 
der des  éditions  inconnues,  attribue  à  son  Ugolet  la  date  de  1500.  ^L'exa- 
men des  leçons  qu'il  cite  montre  qu'il  s'est  servi  de  la  contrefaçon  de  1501. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXXXVII 

dans  ce  Commentaire  critique,  à  propos  de  tous  les  textes 
cités,  d'aussi  graves  que  les  trois  que  je  viens  de  relever. 
Tross  a  constitué  son  texte  d'après  celui  de  la  Bipontine. 
Mais  il  écrit  ae,  oe,  et,  s,  et,  au  lieu  de  œ,  œ,  ai,  f,  &,  et 
son  orthographe  diffère  quelquefois  de  celle  de  l'édition 
de  1785.  Au  lieu  de  eum,  il  écrit  partout  qimm,  excepté 
cependant  v.  338.  Au  lieu  de  lœvia,  il  écrit  v.  48  Icvia  : 
c'est,  dit-il  {Comment.,  p.  1 44),  la  vraie  orthographe  du  mot 
qui  vient  du  grec  \doq,  ce  qui  ne  l'empêche  pas  d'admettre 
V.  55  et  363  laevia.  Il  ne  fait  pas  l'assimilation  dans  les 
mots  composés  ;  il  admet  : 

Vers  Vers  Vers 

36  exstantes.  167  adstrepit.  335  adsita. 

46  tnmundo.  196  Adnumerat.  340  exspirante. 

47  adspergis.  205  Inpubemque.  345  adforet. 

72  Adsiniulant.  258  adsibilat.  360  adlambere. 

74  admixtos.  259  Exsultant.  445  adfecto. 

96  inlaudata.  266  exspirans.  471   Exseris. 

156  adsurgunt.  269  adludens.  474  adspirare. 

La  Bipontine  admet  bien  exfiantes,  admixtos,  adjîrepif, 
Exfidtant,  exfpirans,  exfinninte,  Exferis,  mais  elle  écrit 
immundo,  afpergis,  aJfimiUant,  illatcdata,  etc.  Tross  écrit 
d'autre  part,  comme  la  Bipontine,  v.  310  et  348  Allicit, 
v.  328  Com^pensat,  v.  388  illustrât,  v.  406  ilhistr avère. 
Tross  abuse  des  majuscules  \  il  en  met  au  commencement 
de  certains  mots  sans  utilité,  et  contre  l'autorité  de  la 
Bipontine  :  v.  251  Fauces,  v.  260  Diei;  mais  il  écrit  avec 
raison  v.  412  Fortiina,  et  non  fortuna.  Par  contre,  il 
admet  v.  407  italitm,  v.  424  latiis,  v.  453  arctoi,  alors 
que  la  Bipontine  a  Italum,  Latiis,  Arôloi.  Peut-être  ces 
majuscules  et  ces  minuscules  employées  à  tort  et  à  tra- 
vers sont-elles  des  fautes  d'impression,  genre  de  fautes  qui 
abonde  tant  dans  le  commentaire  que  dans  le  texte,  dans 
l'allemand  comme  dans  le  latin.  Dans  le  texte,  il  faut 
relever  v.  234  spéciale,  pour  spectare  :  Tross  (Comment., 
■p.  165)  déplore  d'avoir  commis  cette  faute  comme  Ugolet. 


CCXXXVIII  INTRODUCTION 

—  V.  206  serio,  pour  séria;  v.  2 16  sonania,  pour  sonantia; 
V.  270  sine,  pour  fijie  :  Ces  trois  fautes  sont  corrigées  dans 
un  Errata  qui  termine  le  supplément.  —  V.  175  colibiis, 
Tpoxir  col lïbiis ;  v.  232  ahanae,  pour  ahimnae;  v.  317  Afla- 
taniqtie,  pour  Adflataniqiie ;  v.  428  pidcherime,  pour 
p^ilcherrime. 

Abstraction  faite  des  fautes  d'impression  et  des  variantes 
orthographiques,  voici  la  liste  des  passages  où  Tross  aban- 
donne les  leçons  de  la  Bipontine  : 

V.  2  Vinco  (Bip.,  vico).  Tross  dit  qu'il  pensait  depuis  longtemps 
à  faire  cette  correction  Vinco,  qui  me  semble  en  effet  excellente. 
Mais  il  a  été  prévenu  par  Minola^. 

V.  Il  Novomagum  (Bip.,  Nivomagiim).  —  C'est  la  seule 
bonne  leçon,  d'après  Tross,  qui  l'emprunte  à  l'AIdine  et  à  l'édition 
de  Bâle  [ces  deux  éditions  écrivent  Noicomagiim]. 

V.  22  Subter  lobent is  (Bip.,  Subterlabentis).  —  Tross  emprunte 
cette  leçon  à  Ugolet  [celui-ci  d^  Subter  labentes],  et  à  Christ.  On 
peut  se  demander  pourquoi,  approuvant  ici  la  division  de  ce  mot, 
il  écrit  V.  454  subterlaberis. 

V.  35  spirante  (Bip.,  fuperante).  —  Dans  son  «Einleitung», 
comme  dans  son  Appendice  critique,  Tross  se  félicite  d'avoir 
rétabli  par  conjecture  la  leçon  du  G. 

V.  39  sortira  (Bip.,  fort ite).  —  Tross  adopte  la  leçon  de  l'AI- 
dine et  de  l'édition  de  Bâle,  qui  lui  semble  d'accord  avec  pateris, 
habes,  etc.  Il  ajoute  que  sortite  est  impossible,  et  qu'il  faudrait,  au 
moins  sortitus. 

V.  47  lymphas  (Bip.,  lympha).  —  Tross  explique  sa  leçon  en 
faisant  rapporter  prima  à  vestigia;  il  construit  aNec  immimdo 
coeno  perfiindis  littora  sicca,  sed  lymphas  adspergis  in  prima 
vestigia*^^ .  » 

V.  68  Tota  :  (Bip.,  Nota).  —  Tross  revient  à  la  leçon  vulgaire 
Tota.,  qu'il  modifie  en  Tota:;  il  emprunte  à  Wernsdorf  l'usage 
d'une  parenthèse  qui  commence  après  Tota:,  et  va  jusqu'à  la  fin 
du  V.  72. 

V.  71  locnpletes  (Bip.,  locupletum).  —  Tross  dit  qu'il  suit  la 
leçon  de  la  plupart  des  éditions  et  des  meilleures. 

V.  86  praetenero  (Bip.,  prœ  tenero).  —  C'est  une  faute,  dit 
Tross,  de  diviser  ce  mot. 

•  Voir  Commentaire,  p.  50. 

'2  Est-il  besoin  de  rappeler  que,  dans  son  texte,  Tross  écrit  inmtindo, 
litora  ?  Cette  incohérence  orthographique  lui  est  familière. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXXXIX 

V.  95  uni  (Bip.,  omni).  —  Tross  adopte  la  leçon  de  l'AIdine  et 
des  éditions  qui  en  procèdent. 

V.  1 1 1  çua  (Bip.,  (^»(e).  —  Tross  reprend  la  leçon  des  anciennes 
éditions;  quae,  dit-il,  est  une  mauvaise  conjecture  de  ïollius. 

V.  140  At  qiium  tranquillo  (Bip.,  Aut  cum  tranquillos).  — 
Tross  emprunte  la  leçon  At  aux  mss.  de  Poelmann;  il  admet  sans 
hésitation  la  conjecture  tranquillo,  que  Christ  a  aussi  proposée, 
et  qu'il  avait  déjà  hasardée  lui-même  dans  son  «Spec.  Obs.», 
ouvrage  que  je  ne  connais  pas  autrement. 

V.  179  Ad  (Bip.,  At).  —  Tross  admet  Ad,  conjecture  de  Gro- 

novius. 

V.  206  Qui spectattratisire,diem (Bip.,  Dumfpe6îat,tranfire 
diem).  —  Tross  admet  la  conjecture  de  Gronovius. 

V.  221  amnisque  (Bip.,  amnis).  —  Tross  admet  la  correction 
de  Barth. 

V.  237  Vibratos  captât  (Bip.,  Vihratis  cœptat).  —  Tross  dit 
qu'il   emprunte  ces  deux  leçons  aux  meilleures   des  anciennes 

éditions. 

V.  242  defensos...pisces!  (Bip.,  defenfus...  pifcis!).  —  Tross 
dit  qu'il  suit  le  texte  des  anciennes  éditions,  celles  d'Ugolet  [qui 
a  defenfas],  l'AIdine,  etc. 

V.  256  Dexter  (Bip.,  Dextera).  —  Tross  pense  avec  raison  que 
dexter  est  l'épithète  de  puer.  Il  emprunte,  dit-il,  cette  leçon  aux 
éditions  de  Leipzig,  de  Bâle,  etc. 

V.  261  Cuique  (Bip.,  Quiqué).  —  Tross  emprunte  cette  leçon 
à  l'AIdine. 

V.  262  anhelatis  (Bip.,  anhelantis).  —  Abandonnant  la  leçon 
de  la  Bipontine  pour  adopter  la  leçon  vulgaire,  Tross  ne  croit  pas 
utile  de  dire  d'après  quelles  autorités  il  écrit  anhelatis. 

V.  312  Dinocrates  (Bip.,  Dinochares).  —  Tross  écrit  Dino- 
crates  d'après  Saumaise  ^. 

V.  316  totus  (Bip.,  Corus).  —  Tross  adopte  la  leçon  de  l'AI- 
dine, de  l'édition  de  Bâle,  etc. 

V.  317  Aflatainqiie  [sic]  (Bip., Ajfflicîamque).  — Tross adoptela. 
leçon  de  l'AIdine,  de  l'édition  de  Bâle,  etc.;  mais  il  a  le  tort,  en 
discutant  les  leçons  des  autres  éditions,  de  parler  des  mss.  où 
Vinet  aurait  trouvé  Afficiamque. 

V.  326  Atque  (Bip.,  Utque).  —  Tross  approuve  cette  leçon  de 
l'AIdine  qui,  dit-il,  a  tiré  d'une  source  qui  n'est  pas  à  dédaigner 
maintes  leçons  excellentes. 

V.  336  nutantia  (Bip.,  nitentia).  —  Tross  adopte  comme 
donnant  un  sens  plus  poétique  le  mot  nutantia  que  ToUius,  Christ 

^  Voir  Commentaire,  pp.  92-93  et  97. 


CCXL  INTRODUCTION 

et  Wernsdorf  préfèrent  également,  et  qui  se  trouve  déjà  dans  les 
vieilles  éditions  de  Leipzig,  de  Bâle,  dans  l'Aldine,  etc. 

V.  337  sulphurea  (Bip., fiiimineà). —  C'est  aux  mêmes  éditions 
que  Tross  emprunte  la  leçon  sulphurea.  Il  s'excuse  d'avoir  traduit 
dans  sa  hâte  le  v.  337,  comme  s'il  dLàvn.iàtt?i\\.  fluminea ,  qu'il  semble 
rendre  en  effet,  quand  il  écrit:  <s.auf  des  Flufses  Rand  gebaut». 

V.  38S  veteres  qui  (Bip.,  veterefqne).  —  Tross  emprunte  cette 
leçon  à  l'Aldine,  aux  éditions  de  Leipzig  et  de  Bordeaux,  etc. 

V.  41 1  Par  fuerit  (Bip.,  Prœfuerit).  —  Tross  emprunte  la 
leçon  de  l'Aldine,  des  éditions  de  Leipzig,  Bâle,  Bordeaux,  etc. 
Il  est  heureux  de  se  rencontrer  avec  le  G. 

V.  412  suum  (Bip.,  tuuin).  —  C'est  aux  mêmes  éditions  que 
Tross  empmnte  la  leçon  suum. 

V.  439  non  (Bip.,  nunc).  —  Tross  adopte  la  leçon  des  édit.  de 
Bâle,  de  Lyon,  etc.  Il  met  à  tort  l'Aldine  au  nombre  des  éditions 
qui  ont  nunc. 

V.  453  inunera  (Bip.,  tempora).  —  Tross  est  le  premier  éditeur 
qui  adopte  cette  bonne  leçon;  il  l'emprunte  au  Cornelij  Liber, 
cité  par  Poelmann,  et  constate  qu'elle  se  trouve  aussi  dans  le  G. 

V.  462  Gallis  Belgisque...  finis  (Bip.,  Gallos,  Belgafque... 
fines).  —  Tross  emprunte  Tînz's  à  Poelmann,  et  Gallis  Belgisque 
à  toutes  les  anciennes  éditions.  D'où  vient,  ajoute-t-il,  la  leçon 
Gallos  Belgasque,  adoptée  par  les  nouvelles,  il  ne  peut  le  déter- 
miner, car  Vinet  et  Scaliger  ne  disent  pas  l'avoir  trouvée  dans 
les  mss.  Il  eût  été  difficile  à  Vinet  et  à  Scaliger  de  trouver  dans 
des  mss.,  qu'ils  ne  connaissaient  pas,  une  leçon  qui  d'ailleurs  n'y 
est  pas  ;  mais  il  eût  été  facile  à  Tross  de  se  rendre  compte  que 
cette  leçon  est  venue  de  la  citation  du  Lexicon  poeticon,  donnée 
par  Poelmann  lui-même. 

V.  464  Concedet  (Bip.,  Concèdes).  —  Tross  rejette  la  conjec- 
ture de  Scaliger. 

Tross  corrige  souvent  avec  raison  le  texte  de  la  Bipontine 
au  moyen  de  celui  des  autres  éditions;  il  introduit  de  bonnes 
leçons  et  d'heureuses  corrections  qui  passeront  dans  les 
éditions  postérieures  (Vinco,  nmnera,  Gallis  Belgisque 
intersita  finis), Qt  une  con}Qc\.\xre(Dinocrates),  qui,  quoique 
vraisemblable,  s'éloigne  trop  de  la  leçon  des  mss,  pour 
pouvoir  être  admise.  Il  faut  croire  qu'Ausone  a  confondu 
Dinocrates  et  Dinochares .  Tross  a  le  tort  d'accorder  une 
trop  grande  estime  à  l'Aldine  et  de  lui  emprunter  de  nom- 
breuses leçons  mauvaises.  Il  propose  dans  son  Commen- 


DEUXIEME    PARTIE  CCXLL 

taire  quelques  conjectures  plus  ou  moins  inadmissibles, 
qu'il  fait  bien  de  ne  pas  admettre  dans  son  texte  : 

V.  i2  il  propose  aether  au  lieu  de  aer,  à  cause  de  la  leçon 
aether  du  v.  647  du  1.  vi  de  V Enéide. 

V.  37  il  pense  qu'on  pourrait  lire  :  jiisti  nec  démit  honorem 
Nominis. 

V.  59  durante...  visu.  S'appuyant  sur  deux  passages,  l'un  de 
Stace  (S//î'.^I,lli,v.  52),  l'autre  de  C  audien  (de  R.  Fr.,n,v.  1 17), 
où  se  trouve  l'expression  ducere  visus,  il  propose  de  lire  ducetite 
...  visu,  ce  qui  me  semble  inadmissible  au  point  de  vue  gramma- 
tical: durare  est  ici  un  verbe  intransitif,  ducere  est  transitif, 
comme  le  prouve  d'ailleurs  l'expression  citée  par  Tross,  où  visus 
est  le  complément  direct  de  ducente.  Il  faudrait  tout  au  moins 
ducente  ...visus;  et  comme  le  sujet  de  la  phrase  est  [nos\  cerni- 
inus,  il  faudrait  ducentes. 

V.  108  Tross  propose  laeta  au  lieu  de  lata  ^. 

V.  143  extremi  procurrunt  inargine  fluctus.  Tross  veut  écrire 
e.xtremo  qui  se  rapporterait  à  margine.  Il  fonde  cette  conjecture, 
qui  semble  peu  utile,  sur  le  v.  171  extremis...  ripis. 

V.  258  inotoque  adsibilat  aère  ventus.  Tross  propose  aêrï, 
leçon  impossible  qui  ferait  le  vers  faux. 

V.  346  exiîia.  Tross  juge,  comme  Cannegieter,  cette  épithète 
déplacée;  il  propose  de  la  remplacer  par  ëximïa,  qui  a  tout  au 
moins  le  tort  de  faire  le  vers  faux.  Cette  conjecture  et  la  précé- 
dente prouvent  que  Tross  est  peu  au  courant  de  la  quantité. 
D'autres  passages  du  Krit.  Co)ninent.  confirment  cette  ignorance; 
ainsi,  v.  61  Ouuni  vada  lene  nieant,  Tross  fait  cette  remarque: 
«Die  Aldina  hat  leve^  das  auch  wohl  angehen  hônnte  (sic).  So 
folgt  gleich  levi  meatu.  »  Il  suffit  de  scander  le  v.  63  Quod  sulcata 
levi...  meatu,  pour  se  rendre  compte  que  levé  ferait  encore  le 
V.  61  faux. 

V.  369  volveret.  Tross  dit  qu'il  avait  hasardé,  dans  son  «Spec. 
Obs.»,  la  conjecture  solveret  que  Christ  avait  déjà  proposée, 
comme  il  l'a  vu  plus  tard.  J'admets  cette  conjecture!^. 

Telle  est  cette  édition  de  Tross,  œuvre,  à  tous  les  points  de 
vue,  d'une  érudition  vaste^  mais  peu  sûre.  Sa  caractéristique 
est  l'inexactitude  :  depuis  les  fautes  d'impression  jusqu'aux 
fautes  de  grammaire  et  de  métrique,  sans  oublier  les  citations 

!   Voir  Commentaire,  p.  64. 
Y  Voir  Commentaire,  p.  106. 

XXXI 


CCXLII  INTRODUCTION 

fausses  et  les  renvois  erronés,  tout  s'accorde  pour  faire  de  ce 
volume,  qui  contient  pourtant  de  bonnes  choses,  un  guide 
qu'il  faut  consulter  avec  la  plus  extrême  défiance  et  en  en 
contrôlant  soigneusement  toutes  les  assertions. 
On  peut  appliquer  à  Tross  le  vers  connu  : 

y.  —  L'édition  de  Valpy  (1823). 

Valpy  a  publié  à  Londres  (1823),  en  3  vol.  gr.  in-8°,  une 
édition  complète  d'Ausone  dont  le  titre  même  indique  les 
sources  et  le  plan  : 

D.  MAGNI  AUSONII  H  burdigalensis  ||  OPERA 
OMNI  A  11  EX  editione  bipontina  ||  cum  notis  et  inter- 

PRETATIONE  |i  IN  USUM  DELPHINI  II  VARIIS  lectionibus 

Il  NOTIS  VARIORUM  ||  recensueditionum  et  codicum 

il  et  11  indice  LOCUPLETISSIMO  11  ACCURATE  RECENSITA.  || 
Il  LONDINI:  Il  CURANTE  ET  IMPRIMENTE  A.J.  VALPY,  A.  M. 

Il   1823. 

La  pagination  est  continue  pour  les  trois  volumes:  la 
Moselle,  qui  se  trouve  au  commencement  du  deuxième, 
occupe  les  pp.  455-505.  Le  texte  est  établi  d'après  celui  de  la 
Bipontine  dont  il  ne  diiïère  que  par  quelques  détails  d'ortho- 
graphe et  de  ponctuation.  Valpy  écrit  v.  1 1,  395  inclyta; 
V.  36  extantes,  v.  46,  etc.,  littora,  littore;  v.  127  ojisonia; 
V.  178,  222  Sol,  comme  l'éditeur  de  1 730.  Écrivant  extantes, 
il  admet  de  même  v.  259  Extcltaut,  v.  266  expirans, 
V.  340  expirante,  v.  471  Exeris.  Il  écrit  v.  293,  comme 
V.  213,  Prœlia;  mais  il  garde,  à  l'exemple  de  ses  prédéces- 
seurs, V.  106  Istri,  alors  qu'il  a  v.  424  Histri.  Il  écrit, 
comme  Tollius,  v.  168  sylva,  v.  290  Magni,  et  partout 
cœrulea,  cœruleo,  etc.  Il  écrit  avec  raison  v.  ii^sqiialet, 
V.  215  Pompeiani,  v.  346  Baias,  v.  296  utrimque.  Mais, 
V.  170,  179,  183,  il  attribue  au  mot  Satyros  la  mauvaise 
orthographe  Satiros.  Valpy  conserve  comme  ses  prédéces- 
seurs les  ce  et  les  œ,  mais  il  n'emploie  pas  les/  et  les  &•.  Il 


DEUXIÈME     PARTIE  CCXLIII 

se  sépare  aussi  des  habitudes  de  l'éditeur  des  Deux-Ponts 
dans  l'usage  du  tréma  qu'il  attribue,  à  l'exemple  de  l'éditeur 
de  1 730,  aux  mots  aër,  aëre,  Arsinoën,  et  qu'il  supprime,  à 
l'exemple  de  ce  dernier,  dans  le  mot  Siniois.  Mais  il  écrit 
sans  tréma,  contre  l'usage  des  éditeurs  de  1671,  1730  et 
1785  :  Nais,  Baccheia,  Oreiadas,  Eiihoicœ,  Euboicas. 

La  ponctuation  de  Valpy  est  la  même  que  celle  de  l'édi- 
teur des  Deux-Ponts,  à  ces  différences  près  : 

V.  132  major  geminis...  et  non  major,  geminis. 
V.  133  alvo;  Propexique...  et  non  alvo:  P ropexiqne . 
V.  216  cymbce,  Innocuos...  et  non  cymbœ.  Innocuos. 
V.  225  dextra  lœvaque...  ç.t  non  dextr a,  lœvaqiie. 
V.  481  tneat,  et...  et  non  méat  &. 

De  plus,  chaque  fois  que  dans  la  Bipontine  une  phrase 
nouvelle  commence,  après  un  point,  par  un  mot  dont  la  pre- 
mière lettre  n'est  pas  une  majuscule,  et  le  cas  se  présente 
fréquemment,  Valpy  remplace  le  point  par  deux-points 
(p,  ex.,  V.  80  la  Bipontine  écrit  Edere  fas.  haud...  Valpy 
écrit  Edere  fas:  haud...). 

Au-dessous  de  ce  texte,  on  trouve  Vlnterpretatio  de 
l'édition  de  1 730,  puis  un  choix  assez  médiocre  de  variantes 
extraites  des  anciennes  éditions.  Enfin,  au-dessous  de  ces 
variantes,  on  lit  les  notes  de  l'édition  de  1730,  qui  remplis- 
sent la  majeure  partie  des  pages.  Celles  de  l'édition  de  Tol- 
lius  occupent,  sous  le  nom  de  «Notae  variorum  in  D.  Magni 
Ausonii  opéra»,  le  troisième  volume  presque  en  entier. 

Valpy  donne  ainsi  la  plus  complète  des  éditions  vario- 
rum qu'on  puisse  souhaiter;  son  Ausone  tient  lieu,  à  lui 
seul,  de  ceux  de  1671,  de  1730  et  de  1785.  Il  est  curieux 
que  Bœcking  n'ait  pas  cité  ce  modèle  des  éditions  vulgaires. 

0.  —  La  Mosella  de  Bœcking  (1828). 

C'est  au  jurisconsulte  Edouard  Bœcking  (1802- 1870)  que 
revient  l'honneur  d'avoir  donné  la  première  édition  critique 
de  la  Moselle.  Né  à  Trarbach,  sur  la  Moselle,  il  semble 


CCXLIV  INTRODUCTION 

vouloir  se  distraire  des  travaux  arides  de  la  jurisprudence 
en  consacrant  ses  loisirs  au  fleuve  qui  arrose  sa  ville  natale. 
Alors  qu'après  de  fortes  études  à  Heidelberg,  à  Bonn,  à 
Berlin,  àGottingue,  il  occupe  à  Berlin  les  fonctions  d'agrégé, 
il  fait  paraître  sa  première  édition  de  la  Moselle,  brochure 
gr.  in-4°  de  73  pages  qu'il  intitule  : 

DES  II  DEC.  MAGNUS  AUSONIUS  ||  MOSELLA.  || 
Lateinisch  und  Deutsch.  \\  nebst  ||  EINEM  ANHANGE, 
Il  ENTHALTEND  ||  EINEN  ABRISS  VON  DES  DICHTERS 
LEBEN,  Il  ANMERKUNGEN  ZUR  MOSELLA,  ||  DIE  GE- 
DICHTE  AUF  BISSULA.  ||  voN  ||  DR.  EDUARD  BOC- 
KING.  Il  BERLIN.  ||  in  verlage  der  nicolaischen  buch- 

HANDLUNG.  ||  1828. 

Ce  n'est  pas  encore  une  édition  critique  :  Bœcking  s'est 
procuré  le  plus  de  textes  anciens  d'Ausone  qu'il  a  pu  •,  dans 
sa  préface,  datée  du  23  mars  1828,  il  nous  dit  qu'il  a  réuni 
toutes  les  éditions  importantes,  excepté  celle  d'Ugolet; 
mais  les  mss.  lui  manquent.  Il  n'en  connaît  qu'un  seul, 
le  G,  et  il  le  connaît  mal,  par  le  relevé  incomplet  des 
leçons  de  ce  ms.  que  donne  Tross.  C'est  l'édition  de  Tross  que 
Bœcking  est  réduit  à  prendre  pour  type,  mais  il  améliore 
singulièrement  le  modèle  qu'il  suit,  grâce  à  ses  conjectures 
personnelles,  grâce  surtout  à  l'usage  intelligent  qu'il  sait 
faire  des  leçons  du  G  que  Tross  a  connues  trop  tard  pour 
les  faire  entrer  dans  son  texte. 

Le  texte  de  Bœcking  diffère  de  celui  de  Tross  : 

1°  Par  la  correction.  —  Bœcking  corrige  toutes  les  fautes 
d'impression  de  Tross,  et  n'en  laisse  échapper  lui-même 
qu'une,  v.  444  Pertrinxisse. 

2"  Par  l'orthographe  de  certains  mots.  —  Tross  écrit 
toujours  qiiwti  (excepté  v.  338),  et  Bœcking,  cum;  Tross 
écrit  V.  48  levla,  v.  55,  363  laevia,  Bœcking  admet  partout 
levia.  Tross  écrit  v.  22  Subter  labentis  et  v.  454  Siihterla- 
heris,  Bœcking,  Subterlabentis  et  Subterlaberis  ;  Tross  ne 
fait  pas  l'assimilation  dans  les  mots  composés,  Bœcking, 
au  contraire,  fait  presque  partout  l'assimilation:  il  écrit 
immundo,  Assimîdanf,  illaïuiata,  assurgîint,  etc.  Cepen- 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXLV 

dant,  il  admet  exstantes,  admixtos,  adstrepit,  etc.  Il  écrit 
V.  107  Micstela,  v.  1 27  opsoniuj  v.  22 1  phaseli,  v.  352  quam- 
qiiam,  v.  397  subte}nine,  leçons  qui  sont  pour  la  plupart 
préférables  à  celles  qui  leur  correspondent  dans  l'édition 
de  Tross  :  Mustella,  obsotiia,  phaselli,  quanquam,  stib- 
tegmine.  Il  écrit  v.  106  et  424  Istri.  Enfin  Bœcking  ne 
se  conforme  pas  à  l'usage  assez  variable  de  Tross,  en  ce 
qui  concerne  les  majuscules  initiales.  Il  écrit  avec  raison 
V.  251  faiices,  V.  260  diei,  v.  313  pyramis,  v.  407  Itahim, 
V.  424  Lattis.  Mais  il  av.  178  sol,  v.  222  Sol,  v.  412/or- 
tiina,  alors  que  Tross  écrivait  avec  raison  so/,  dans  les  deux 
passages,  et  Fortuna, 

3°  Par  les  variantes  proprement  dites  qu'il  introduit  dans 
son  texte  et  par  les  conjectures  qu'il  propose  dans  ses  notes  : 

V.  I  Bœcking  rétablit  fliimine  au  lieu  de  lumine,  leçon  de  Tross, 
parce  que  fiumine  est  la  leçon  des  mss.,  comme  Tross  lui-même 
le  constatait:  Die  Codices  hatten  flumine.  (Bœck.,  not.  v.  1-4, 
p.  45-46.) 

V.  1 1  Nivomagunt  (Tross,  Novoinagum).  Bœcking  restitue  la 
leçon  de  la  plupart  des  éditions,  qui,  croit-il  à  tort,  est  aussi  celle 
des  mss.  D'ailleurs,  avec  Novomagiini,  le  vers  serait  faux.  (Bœck., 
not.  v.  lO-i  I ,  p.  47-48.) 

V.32  mimitnine,  au  lieu  de  manamine,  correction  de  Gronovius 
adoptée  généralement  par  les  éditeurs,  par  Tross  en  particulier. 
C'est,  dit  Bœcking,  le  critique  de  l'édition  de  Tross,  dans  les 
Annales  d' Heïdelber g (Heidelh.  Jahrb.,  1822),  qui  a  le  premier 
prouvé  l'inutilité  de  la  correction  de  Gronovius.  (Bœck.,  not.  v.32, 
p.  49-50.) 

V.  39  sortite,  leçon  des  mss.  et  des  meilleures  éditions,  au  lieu 
de  sortire,  que  Tross  emprunte  à  l'Aldine  et  aux  textes  qui  en 
procèdent.  (Bœck.,  not.  v.  39-44,  p.  50.) 

V.  47  Sicca  in  primores  pergimt  vesfigia  lyniphas.  Bœcking 
donne  ce  vers  d'après  les  leçons  du  G,  transcrites  par  Tross. 
(Bœck.,  not.  v.  47,  p.  50.) 

V.  57  obtentibus ,  au  lieu  de  obtutibits,  leçon  de  toutes  les  édi- 
tions connues  de  Bœcking.  Cette  correction  est  due  au  critique 
d'Heidelberg.  (Bœck.,  not.  v.  57,  p.  50.) 

V.  68  Nota,  au  lieu  de  Tota,  d'après  la  correction  de  Barth. 
(Bœck.,  not.  v.  68,  p.  51.) 

V.  108  laeta,  au  lieu  de  lata.  Bœcking  ne  s'explique  pas  dans 


CCXLVI  INTRODUCTION 

ses  notes  sur  cette  variante.  Tross  la  proposait  sans  l'adopter 
dans  son  texte;  et,  dans  son  édition  de  1845,  Bœcking  rappelle 
que  le  critique  d'Heidelberg  approuvait  cette  conjecture. 

V.  169  homines,  au  lieu  de  hominum.  Bœcking  dit  qu'il  préfère 
la  leçon  homines  qui,  d'après  Tross,  se  trouve  dans  les  textes 
d'Aide,  de  Curion,  de  Gryphe,  à  la  leçon  hominum  qui  se  trouve 
dans  la  plupart  des  éditions.  (Bœck.,  not.  v.   169,  p.  53.) 

V.  188  rivis,  comme  toutes  les  éditions.  Mais  il  dit  dans  sa  note 
au  V.  188,  p.  53:  «  Au  lieu  de  rivis,  je  préférerais  ripis,  que  je 
ne  voudrais  pas  cependant  faire  entrer  arbitrairement  dans  le 
texte.  » 

V.  206  Bœcking  introduit  un  vers  additionnel  : 

Dmn  spectat,  [viridis  qua  surgit  ripa,  colonus. 
Non  sentit,]  transire  diem,  sua  séria  ludo...  etc. 

Dans  sa  note  (p.  54)  il  propose  plusieurs  variantes  au  texte  de 
son  vers  ;  il  voudrait  même  ajouter  deux  vers  au  lieu  d'un,  et  écrire  : 

Dum  spectat,  [viridis  qua  surgit  ripa,  colonus, 
Nec  suum  opus  curât  captus  per  caerula  visu, 
Nec  sentit]  transire  diein,  etc. 

V.  209  rfuOT  au  lieu  de  c/<Mi.  Bœcking  (not.  v.  209,  p.  54)  espère, 
par  ce  changement,  réaliser  une  amélioration  :  «  Dass  ich  cum 
(v.  209)  in  dum  umgeândert,  ist  hoffentlich  eine  Verbesserung.  » 
C'est  aussi  sans  doute  l'opinion  de  Schenkl,  qui  s'attribue  tout 
simplement  la  correction  de  Bœcking;  cf.  édit.  Schenkl,  p.  89, 
1.  3  des  notes  critiques  :  «  209  cum  codd.,  dum  ego.  » 

V.  215  Mylaea,  au  lieu  de  Mylasena,  d'après  Gronovius. 
(Bœck.,  not.  v.  215,  p.  54.) 

V.  223  natales,  au  lieu  de  nautales,  mot  inconnu  qui  doit  pro- 
venir d'une  faute  des  copistes.  (Bœck.,  not.  v.  223,  p.  55.) 

V.  237  coéptat,  au  lieu  de  captât.  Bœcking  ne  s'explique  pas 
dans  ses  notes  sur  les  raisons  qui  lui  ont  fait  choisir  cette  leçon. 

V.  261  Quique,  au  lieu  de  Cuique.  Bœcking  (not.  v.  261, p.  55) 
suit  la  leçon  du  plus  grand  nombre  des  éditions  ;  il  pense  qu'il  faut 
garder  Quique,  qui  se  rapporte  au  sujet,  vigor. 

V.  312  Dinochares,  leçon  des  mss.  et  des  éditions;  il  ne  lui 
semble  pas  utile  (not.  v.  312,  p.  57)  d'écrire  Dinocrates  comme 
Tross. 

V.  316  Corus,  au  lieu  de  totus,  d'après  l'autorité  de  la  plupart 
des  anciennes  éditions.  (Bœck.,  not.  v.  316,  p.  58.) 

V.  326  Bœcking  revient  à  la  leçon  ordinaire,  Utqite. 

V.  336  nitentia,  au  lieu  de  nutantia. 


DEUXIEME    PARTIE  CCXLVII 

V.  337  flnminea,  au  lieu  de  sulphurea.  Bœcking  écrit  fluminea, 
d'après  la  leçon  de  la  plupart  des  éditions  et  du  G,  cité  par  Tross. 
(Not.  V.  337,  p.  59.)  Il  ne  dit  pas  pourquoi  il  adopte  nitentia, 
qui  est  aussi  une  leçon  du  G,  quoique  Tross  ne  la  cite  pas  comme 
telle. 

V.  369  Bœcking  admet  solveret,  conjecture  de  Christ  et  de 
Tross. 

V.  439  Bœcking  revient  à  la  leçon  nimc. 

V.  462  Gallos  Belgasque  ...fines.  Bœcking  ne  dit  pas  dans  ses 
notes  pourquoi  il  abandonne  la  leçon  de  Tross,  Gallis  Belgisque 
...finis. 

V.  481  dextrae,  au  lieu  de  De.xtrae.  Bœcking  suppose  qu'il  est 
question  de  la  partie  d'Arles  bâtie  par  Constantin  «  nach  ihm 
Constantina  (wahrscheinlich  aber  ofters  Dextra,  neml.  urbs, 
daher  dextrae Rhodanus  dut  nomina  ripae)  genannt...  »(Bœck., 
not.  V.  469-483,  p.  68.) 

En  outre  de  ces  notes  critiques,  les  pp.  39-68  de  Tédition 
de  1828  contiennent  un  certain  nombre  d'utiles  remarques 
explicatives,  historiques  et  géographiques,  que  précède  une 
biographie  d'Ausone.  Les  pp.  69-72  sont  occupées  par 
vine  édition  et  une  traduction  des  pièces  qui  concernent 
Bissula. 

Le  texte  de  la  Moselle  donné  par  Bœcking  est  aussi  bon 
qu'il  pouvait  l'être,  l'éditeur  n'ayant  à  sa  disposition  que  des 
ressources  restreintes  et  ne  connaissant  le  G  que  par  les 
renseignements  médiocres  que  Tross  lui  fournissait.  La 
jeunesse  de  Bœcking  explique  et  excuse  un  cç.xidi\.n  prurit  us 
emendandi  qui  l'amène  à  plusieurs  corrections  inutiles  dont 
il  débarrassera  son  édition  définitive.  On  sait  que  Bœcking 
consacra  de  longues  années  à  publier  les  sources  du  droit 
romain;  éditeur  de  la  Notitia  dignitatum,  il  travailla  de 
1834  à  1853  à  établir  le  texte  de  cet  ouvrage,  sur  lequel 
il  avait  publié  une  dissertation  dès  1 834  :  ce  chercheur 
consciencieux  ne  pouvait  se  tenir  pour  satisfait  de  son  édition 
de  la  Moselle,  publiée  sans  le  secours  des  mss.  Il  la  refit 
en  1842  et  en  1845,  essayant  de  constituer  le  texte  du  poème 
d'Ausone  sur  les  mss.,  comme  il  le  faisait  pour  le  texte  de 
la  Notitia. 


CCXLVIII  INTRODUCTION 

E.  —  La  Mosella  de  Klausen  (1832). 

Klausen  a  publié  à  Altona,  en  1832,  une  édition  in-4°  de 
la  Moselle;  je  ne  la  connais  que  par  Bœcking.  En  voici  le 
titre  : 

DES  II  Decimus  Magnus  Ausonius  \\  MOSELLA.  || 

Il  von  Gottlieb  Ernst  Klausen,  [|  ...  ||  altona,  ||  ...  ||  Ham- 
merich  und  Lesser.  1832. 

Le  texte  est  constitué  d'après  celui  de  l'édition  de  1828; 
il  n'y  a  que  quelques  différences  de  ponctuation.  En  fait  de 
variantes,  Klausen  écrit  partout  qmim,  au  lieu  de  cum; 
V.  1 1  et  395  inclyta,  au  lieu  de  inclita;  v.  196  et  345  Ad- 
nunierai,  adforet,  au  lieu  d^^Anmiinerat,  afforet;  v.  1 78  Sol, 
V.  358  Ponto,  V.  399  Memoraho,  v.  412  Fortuna,  v.  481 
Dextrae,  au  lieu  de  sol,  ponto,  tnetnoraho,  fortuna,  dextrae. 
Klausen  revient  à  la  leçon  ordinaire  v.  57  ohtutihtis.  II 
admet  v.  256  Dextera,  et  v.  350  dignandainque,  au  lieu  de 
Dexter  et  dignandumqiie .  Enfin,  il  n'accepte  pas  dans  son 
texte  le  vers  additionnel  (v.  206-207)  de  Bœcking;  il  corrige 
une  faute  d'impression  de  l'éditeur  de  1828,  v.  444  Per- 
trinxisse,  mais  il  en  laisse  échapper  une  autre  à  ce  même 
vers,  libatninae. 

Bœcking  ne  dit  pas  si  l'édition  de  Klausen  est  suivie  de 
notes  critiques  et  explicatives. 

Ç.  —  La  Mosella  d'Oppen  (1837). 

C'est  d'après  Bœcking  également,  que  je  cite  l'ouvrage 
in-8°  d'Oppen  intitulé  : 

MOSELLA.  Il  Uebersetzt  von  O.  H.  A.  von  Oppen. 
Il  Mit  revidirtem  Texte.  ||  (Manuscript.)  H  Kôln,  1837. 
Il  Du  Mont-Schauberg'sche  Buchdruckerei. 

Le  texte  d'Oppen  suit  à  peu  près  exactement  celui  de 
Lassaulx,  qui  est  lui-même  constitué  d'après  l'édition  de 
1 730.  Oppen  semble  même  revenir  au  texte  de  1  730  dans 
les  rares  passages  où  Lassaulx  l'abandonnait  (p.  ex.  v.  22 


DEUXIÈME    PARTIE  CCXLIX 

Lassaulx  :  Supterlabentis;  Oppeu  :  Subterlabentis).  Il 
s'écarte  quelquefois  des  leçons  de  Fleury  pour  adopter  celles 
de  Tross  :  v.  1 1  Novomagtim;  v.  140  At;  v.  204  alacres; 
V.  2^0 faciles;  v.  26 1  Ciiique;  v.  279  Sumsit;  v.  309  noctiia; 
V.  312  Dinocrates;  v.  316  totus;  v.  335  adsita;  v.  345 
adforet;  v.  412  stiwn.  11  emprunte  à  d'autres  éditions  les 
leçons  V.  317  Affictamque,  v.  370  heic,  v.  481  dextrae.  Il 
corrige  les  fautes  d'impression  de  Lassaulx,  mais  il  en  a  lui- 
même  :  V.  121  qîiaentlis  (pour  querîdis),v .  \  26  Novit (poxxr 
Norit).  La  ponctuation  d'Oppen  semble  fantaisiste. 

Bœcking  ne  dit  pas  si  des  notes  explicatives  ou  critiques 
accompagnent  le  texte  de  1837. 

y,.  —  L'édition  et  la  traduction  française  de  Corpet  (1842-1843). 

Corpet  a  publié  dans  la  «Seconde  série  de  la  bibliothèque 
latine-française  de  Panckoucke»  une  édition  d'Ausone^ 
avec  traduction  française  en  deux  volumes  in-8°  datés,  l'un 
de  1842,  l'autre  de  1843,  et  intitulés  : 

ŒUVRES  II  COMPLÈTES  II  d'AUSONE  11  TRADUCTION  NOU- 
VELLE Il  PAR  E.-F.  CORPET  ||  PARIS. 

Corpet  dit,  dans  la  Notice  qui  précède  le  premier  volume, 
que  l'édition  de  1730  est  la  meilleure  qui  existe  ^  :  rien 
d'étonnant  qu'il  en  suive  le  texte.  C'est  ce  qu'il  fait  en  par- 
ticulier pour  la  Moselle.  Il  s'en  sépare  quelquefois  : 

1°  Pour  adopter  les  leçons  de  la  Bipontine  (v.  36  exstan- 
tes,  V.  46,  53,  etc.,  litora,  litore,  v.  53,  63  arejice,  arena, 
v.  96  illaudata,  v.  125  viilgi,  v.  153  Baccheia,  v.  178,  222 
sol,  V.  212  prœlia,  v.  254  anmdo,  v.  296  pœue,  v.  309 
noctua,  V.  384  Qiiiii  etiam,  v.  422  natiqiie  patrisqiie, 
V.  473  Camœnœ,  v.  475  MiLsis).  En  outre,  Corpet  adopte 
souvent  la  ponctuation  de  la  Bipontine  :  p.  ex, ,  il  met,  comme 
cette  édition,  entre  deux  virgules  les  noms  des  poissons  qui 
sont  au  vocatif;  cf.  v.  94  exerces.  Barbe,  natatus. 

^  Voir  p.  GGVIII. 

XXXlI 


CCL  INTRODUCTION 

2°  Pour  emprunter  à  d'autres  éditions,  des  leçons  qu'il 
justifie  dans  ses  notes  : 

V.  71  Delicias  hominmn  locupletes . . .  «leçon  de  Tross  et  de 
M.  Bœcking,  que  j'ai  suivie».  (Note  19,  p.  375.) 

V.  316  Corus  Achates,  Afflatainque . . .  «  C'est  la  leçon  des  plus 
anciens  mss.,  qui  portent  aussi  Affatain  [sans  doute  faute  d'im- 
pression, pour  Afflatam,  qui  se  lit  dans  tous  les  mss.  de  la  Moselle]^ 
et  non  Afflictatu  ou  Affictam,  adoptés  par  quelques  éditions.  » 
(Note  54,  p.  381.) 

V.  380  Romœ  te  nuere  parentes...  «  On  lit  dans  d'autres  éditions 
Roinœque  titere  parentes,  ce  qui  s'adresse  à  Némésis  et  s'accorde 
moins  avec  l'idée  du  poète.  »  (Note  65,  p.  383  ^.) 

V.  481  dextrœ*^^. 

3°  Pour  adopter  des  leçons  qui  ne  sont  ni  dans  l'édition 
de  1730  ni  dans  celle  de  1785,  et  sur  lesquelles  il  ne 
s'explique  pas  : 

Corpet  écrit  v.  47  adspergis,  v.  345  adforet,  v.  473  adspirare  : 
il  devrait  alors  écrire  v.  72  Adsimulant ,  au  lieu  de  conserver 
Assiinulant . 

Il  écrit,  à  l'exemple  de  Bœcking, /s^W  au  v. 424  comme  au  v.  106. 

Il  emprunte  à  Tollius  trois  bonnes  leçons  v.  140  At,  v.  221  ani- 
nisque,  v.  242  defensos...pisces,  et  ime  mauvaise  v.  297  concurrit. 

Il  écrit  sans  majuscules  v.  313  pyratnis,  v.  369  augnstis, 
V.  421  augustce. 

Il  admet  avec  raison  v.  Sôprœtenero,  comme  Tross  et  Bœcking, 
et  à  tort  v.  43  quoties,  v.  361  celebratur. 

Les  notes  critiques  qui  accompagnent  le  texte  de  Corpet 
sont  peu  nombreuses  et  généralement  médiocres.  En  outre 
de  celles  qu'il  a  écrites  pour  justifier  certaines  de  ses 
leçons,  et  qui  ont  déjà  été  citées,  on  en  trouve  un  certain 
nombre  qui  montrent  qu'il  a  surtout  usé,  mais  sans  grand 
profit,  des  éditions  de  Tross  et  de  Bœcking  (1828).  Il  parle 
des  «variantes  inédites  d'un  ms.  du  X^  siècle,  conservé  à  la 
Bibliothèque  de  St-Gall»,  variantes  données  dans  l'édition 
de  Tross,  mais  il  ne  s'inquiète  pas  autrement  de  la  valeur 

'  Voir  Commentaire,  p.  109. 

V  Voir  Commentaire,  pp.  137-139. 


DEUXIEME    PARTIE  CCLt 

que  ce  ms.  peut  avoir.  Il  cite,  sans  les  adopter,  de  bonnes 
corrections  de  Tross  et  de  Boecking(p.  ex.  v.  2  Vinco)  ;  dans 
la  iiofe  au  v.  35,  il  parle  de  la  difficulté  de  donner  un  sens 
raisonnable  à  spirante,  leçon  du  G,  adoptée  par  Tross  et 
Bœcking.  Il  se  livre  à  des  plaisanteries  faciles  et  déplacées 
au  sujet  de  Bœcking:  «Le  docteur  allemand  dit  positive- 
ment que,  dans  l'été  de  1824,  il  a  mangé  sa  part  d'une 
Miistella  de  la  Moselle,  qu'un  pêcheur  avait  tuée  sur  le 
rivage.  C'est  bien  heureux  pour  Ausone!  »  (A^o^e  40.)  Il 
montre  une  profonde  ignorance  des  éditions  :  «Note  48. 
Qîiique  (v.  162).  Cannegieter  propose  ctiique,  qui  me  paraît 
préférable  et  qui  a  été  adopté  par  Tross  d'après  l'édition 
Aldine.»  L'édition  de  1507  proposait  déjà  Cuique.  Il  ne 
connaît  pas  mieux  les  mss.,  puisqu'il  parle  des  «manuscrits 
de  Vinet»  {note  lo),  et  «du  plus  ancien  des  manuscrits  de 
Vinet»  {note  13):  il  suffit  de  lire  les  premières  lignes  du 
Commentaire  de  Vinet  pour  comprendre  que  l'éditeur  de 
1575  ne  connaissait  aucun  ms.  de  la.  Moselle.  En  somme, 
le  texte  et  les  notes  de  Corpet  n'ont  aucune  valeur  critique; 
l'éditeur  de  VAusone  de  la  collection  Panckoucke  devait 
donner  dans  la  même  collection,  en  1 845,  un  Lucilitis  où  se 
trouvent  consciencieusement  citées  et  habilement  discutées 
la  plupart  des  conjectures  présentées  par  les  érudits  qui 
s'étaient  occupés  du  vieux  satirique  latin;  —  en  1849,  les 
Œuvres  de  Paulin  de  Périgueux  et  le  poème  de  Fortunat 
sur  la  vie  de  Saint-Martin,  éditions  établies  d'après  les  mss. 
et  les  meilleurs  textes  imprimés.  Il  est  regrettable  que 
Corpet  n'ait  pas  fait  pour  Ausone  ce  qu'il  a  fait  depuis  pour 
Paulin  et  pour  Fortunat.  S'il  s'était  enquis  des  mss.  et  des 
anciennes  éditions,  il  aurait  pu  procurer  une  édition  critique 
du  poète  bordelais,  quarante  ans  avant  celle  de  Schenkl. 

Les  notes  explicatives,  historiques  et  géographiques  sont 
souvent  utiles  ;  la  lecture  de  mon  Commentaire  prouvera 
que  j'en  ai  beaucoup  usé.  Corpet  se  dit  «peu  rassuré  sur 
le  mérite  de  la  traduction»  qui  se  trouve  en  face  de  son 
texte,  comme  c'est  l'usage  dans  les  volumes  de  la  collection 


CCLII  INTRODUCTION 

Panckoucke.  Il  ajoute  :  «J'aurais  mauvaise  grâce  à  médire 
de  mon  prédécesseur,  l'abbé  Jaubert,  quoique  son  travail 
m'ait  peu  servi.  » 

Pour  moi,  je  suis  loin  de  médire  du  travail  de  Corpet  qui 
m'a  beaucoup  servi  ;  on  verra  cependant  que  ma  traduction 
s'éloigne  assez  souvent  de  la  sienne  :  celle-ci  n'est  pas,  en 
ofénéral,  d'une  rigoureuse  exactitude;  mais  elle  rend  suffi- 
samment  le  texte  médiocre  que  Corpet  s'était  donné  la 
tâche  de  mettre  en  français.  Elle  fait  d'autant  plus  regretter 
que  l'éditeur  de  1841  n'ait  pas  essayé  de  constituer  le  véri- 
table texte  d'Ausone  qu'il  était  capable  d'interpréter. 

Corpet  cite  une  traduction  française  de  la.  Moselle,  donnée 
par  M.  Emile  Bégin  dans  ses  Mélanges  d'archéologie  et 
(l'histoire  {Metz,  1840).  Il  ne  dit  pas  quelle  est  la  valeur 
de  ce  travail.  Il  se  borne  à  rappeler  {notes  18,  23,  38,  etc.) 
quelques  contresens  qui  se  trouvent  dans  la  traduction  de 
1840,  comme  dans  celle  de  l'abbé  Jaubert. 

Les  éditeurs  de  la  «  Collection  Nisard  »  ont  cru  utile  de 
reproduire  la  traduction  Corpet  dans  le  dernier  volume 
publié  de  leur  recueil.  Ce  volume  comprend  Ausone,  Sidoine 
Apollinaire  et  Fortunat.  La  préface  de  Corpet  est  donnée 
textuellement  :  à  la  lire  dans  un  volume  qui  porte  la  date 
de  1887,  on  croirait  que  le  texte  d'Ausone  n'a  accompli 
aucun  progrès  depuis  1842.  La  traduction  est  réimprimée 
avec  quelques  fautes  typographiques  en  plus  (p.  ex.,  v.  243 
hunientia  lina  devient  des  liens  humides):,  les  notes  de 
Corpet  ont  été  écourtées  à  tort  et  à  travers.  Puisque  les 
éditeurs  voulaient  une  traduction  qui  fût  en  retard  sur  le 
texte  critique  établi  par  Schenkl,  ils  auraient  dû  tout 
simplement  reprendre  l'œuvre  de  l'abbé  Jaubert,  dont  la 
place  était  toute  désignée  à  côté  de  la  regrettable  traduc- 
tion de  Fortunat  qui  suit  celle  d'Ausone  *[. 

«  Le  traducteur  de  Fortunat  qui,  paraît-il,  a  dirigé  la  publication  de 
tout  le  volume  semble  peu  au  courant  de  ce  qui  concerne  Ausone:  il  ne 
connaît  le  savant  éditeur  de  la  Moselle,  Bœcking,  que  sous  le  nom  de 
Uœcker  {Dissert,  prèlimin.,  p.  33,  note  2). 


DEUXIÈME    PARTIE  CCLIII 

B.   LE  TEXTE  CRITIQUE. 

a.  —  La  Mosella  de  Bœcking  (1845). 

La  première  édition  critique  de  la  Moselle  est  celle  que 
Bœcking  a  insérée  dans  le  tome  VII  (année  1845)  des  «Jahr- 
biicher  des  Vereins  von  Alterthumsfreunden  im  Rheinlande  » , 
avec  ce  titre  : 

Moselgedichtell  desH  Decimus  Magnus  Ausonius 
IlunddesllVenantiusHonorius  Clementianus  For- 

tUnatUS.  il  Lateinisch  und   deutSCh  ||  mit  kritischen  und  erklà- 
renden  Anmerkungen  ||  von  |]  Eduard   Bôcking. 

L'édition  de  la  Moselle  occupe  les  104  premières  pages 
de  cet  in-8°,  dont  le  caractère  est  très  fin;  les  pp.  105-123 
contiennent  les  poèmes  de  Fortunat.  Bœcking  donne  d'abord 
(pp.  3-1 1)  l'Index  des  mss.  et  des  éditions  dont  il  s'est  servi. 
Il  a  coUationné  lui-même  le  G,  à  St-Gall,  en  septembre  1 843  ; 
il  doit  les  collations  du  Rh  et  du  B  à  H.  Sauppe,  professeur 
à  Zurich,  et  à  Marchai,  conservateur  des  mss.  de  la  Biblio- 
thèque de  Bruxelles.  Il  cite  en  outre  les  mss.  de  Poelmann, 
sans  se  rendre  compte  que  le  Gemblacensis  de  l'éditeur 
d'Anvers  n'est  autre  que  le  B^.  Après  l'utile  liste  des 
éditions  d'Ausone,  viennent  (pp.  12-13)  la  lettre  de  Sym- 
maque  avec  une  traduction  en  allemand,  et  (pp.  14-59)  le 
texte  latin  avec,  en  face,  une  traduction  en  vers  allemands, 
et  au-dessous  du  latin  et  de  l'allemand  des  notes  critiques 
abondantes,  généralement  exactes,  mais  incommodes  à 
consulter  :  pour  gagner  de  la  place,  Bœcking  désigne  par 
des  lettres  grecques  chacune  des  nombreuses  éditions 
dont  il  cite  les  variantes,  et  il  est  souvent  difficile  de  se 
retrouver  au  milieu  de  ces  caractères  et  autres  sig-nes 
conventionnels  qui  accompagnent  chaque  variante  :  Bœc- 
king lui-même  semble  souvent  s'y  perdre.  Enfin  (pp .  60- 1 04), 

^  Voir  p.  CI. 


CCLIV  INTRODUCTION 

une  vie  d'Ausone  et  des  remarques  de  tout  genre  sur  le  texte 
de  son  poème  complètent  dignement  cette  première  édition 
critique  de  la  Moselle. 

Il  faut  examiner  quels  progrès  le  texte  de  1845  a  faits 
sur  celui  de  1828.  Je  ne  parle  pas  de  l'édition  de  1842,  que 
je  connais  seulement  par  les  renseignements  que  Bœcking 
en  donne  dans  son  Index  de  1845  :  c'est  un  in-80  imprimé 
à  Bonn  et  publié,  sans  indication  de  lieu  ni  de  date,  avec 
ce  simple  titre  : 

AVSONII  MOSELLA.||recognovitedvardvsbôcking. 

L'édition  de  1842  ne  donne  pas  évidemment  un  texte 
critique,  puisque  Bœcking  n'a  collationné  le  G  qu'en  1843. 
D'ailleurs  les  variantes  citées  au  bas  des  pages  de  l'édition 
de  1845  montrent  que  le  texte  de  1842  est  une  simple 
répétition  de  celui  de  1828;  il  ne  s'en  éloigne  que  pour 
admettre  v.  46  littora,  etc.,  v.  125  volgi,  v.  248  conttexa, 
V.  261  Cuiqite,  v.  293  Praelia.  Le  texte  de  1845  ne  garde 
que  Cnique  et  revient,  pour  le  reste,  aux  leçons  de  1828. 

C'est  d'après  le  G  que  Bœcking  constitue  son  texte 
nouveau  :  «  Htmc  optiniuni  oinnium  codicem  —  dit-il  — 
nisi  îtbi  necessarium  videreiur ,  non  deserui.  »  La  colla- 
tion qu'il  donne  du  G  me  semble  exacte  et  complète,  autant 
que  j'en  puis  juger  par  les  deux  relevés  de  Schenkl  et  de 
Peiper,  qui  se  contrôlent  l'un  l'autre.  Bœcking  n'a  guère 
omis  que  les  bonnes  leçons  v.  247  détectas,  et  v.  426  Hinc 
qu'il  aurait  citées  dans  ses  notes  et  sans  doute  admises  dans 
son  texte  s'il  les  avait  remarquées  dans  le  ms.  Il  cite,  sans 
les  admettre,  les  leçons  v.  249  inductos,  etv.  /^jo  sttperno, 
mais  il  en  admet  bien  d'autres  qui  semblent  n'avoir  d'autre 
mérite  que  de  se  trouver  dans  le  ms.  Bœcking  a  le  zèle 
d'un  néophyte  :  autant  en  1 828  il  essayait  de  corriger, 
autant  en  1845,  brûlant  ce  qu'il  avait  adoré,  et  adorant  la 
vérité  qui  vient  de  lui  être  révélée,  il  se  montre  conser- 
vateur du  texte  des  mss.  Les  conjectures  lui  paraissent 
presque  des  hérésies,  et  il  ne  les  hasarde  guère  que  soutenu 
de  Tapprobation  de  Lachmann. 


DEUXlÈxME    PARTIE 


CCLV 


Voici  les  leçons  empruntées  au  G,  qui  modifient  le  texte 
de  i828",  beaucoup  parmi  elles  ne  se  trouvaient  auparavant 
dans  aucune  édition  : 


Vers 

33  praelapsus  ^ . 

35  properare. 

36  extantes. 
60  profuncli. 
93  inelioris  *\^. 
96  iiilaudata. 

102  caenae. 
122  caenoqiie*^^. 


Vers 

156  adsurgunt. 
160  Garonnam. 
178  aiireiis. 
192  propidit. 
196  Adniimerat*\^. 
216  cumbae. 
266  e«;^zVans^>. 
296  utr inique  (G^). 


Vers 
2)26fellX. 

335  adsita  (G-). 
340  expirante  ^6. 
378  c/Oj  Roina. 
417  iindas. 
454  subter  laberis^T . 
483  Garonnae. 


Bœcking  renonce  souvent  à  des  leçons  de  son  texte  de 
1828  pour  admettre  des  leçons  communes  au  G  et  aux 
autres  mss.  dont  il  s'est  procuré  la  collation  : 


Vers 

1 1   Noiomaguni  (codices)  *\^. 

15  caeluin  (G,  B). 

29  aeqiiiperare  (G,  B). 

53)  63,  85  harenae,  etc.  (cod.). 

65   Usqiie  {Vsque,  codices). 

68   Tota  (codices). 

70  hacas  (codices). 

7 1  locupletibus  atque  (G ,  Rh) . 
74  ammixtos  (G,  B). 


Vers 

89  Rhedo  {rhedo,  codices). 

95  omni  (G,  B). 
106  et  424  Histri  (G,  B). 
108  lata  (codices). 
1 14  squalet  (codices). 
127  obsonia  (codices). 
130  Sario  (sario,  codices). 
209  cum  (codices). 
223  nautales  (G  ^9j. 


•  «prelapsus  G,  prolapsus  Rh,  B  »  :  c'est  une  erreur,  leB  a.praelapstis 
et  le  Rh,  precelapsus. 

•  ^  Voir  Commentaire,  p.  63. 

^  '  «  cenoq;  G,  coenoque  Rh,  B  »  :  d'après  Schenkl  et  Peiper,  le  B  a  aussi 
caenoque. 

^4  D'après  Schenkl  et  Peiper,  le  G  a  admunerat,  corrigé  en  adminerat. 

^S  «  exfpirans.  [Bœcking  use  tantôt  des  /,  tantôt  des  s,  dans  la  repro- 
duction des  leçons  de  ses  mss.]  Rh,  B  »  :  d'après  Schenkl  et  Peiper,  la  leçon 
commune  de  tous  les  mss.  est  expirans. 

•6  «  exspirante  Rh,  B  »  :  d'après  Schenkl  et  Peiper,  la  leçon  commune  de 
tous  les  mss.  est  expirante. 

^7  «fubterlaberis  Rh,  B  »  :  Bœcking  semble  indiquer  implicitement  que 
le  G  a  subter  laberis.  Schenkl  et  Peiper  écrivent  tous  deux  ce  verbe  en 
un  seul  mot;  ils  ne  disent  ni  l'un  ni  l'autre  si  la  leçon  du  G  est  contraire 
à  celles  qu'ils  adoptent. 

^8  Par  codices,  j'entends,  dans  cette  liste,  les  trois  rnss.  que  Bœcking 
connaît. 

'^9  La  leçon  nautales  se  trouve  dans  tous  les  mss. 


CCLVI 


INTRODUCTION 


236  praetemptat  (codices). 

237  captât  (codices). 
254  Jiarundo  (codices). 

258  adsibilat  (codices). 

259  Exultant  (codices). 
27g  Siwipsit  (codices). 
298  Quis  (codices). 

304  Syracusii  (syracusii, 

G,  B). 
352  quanquam  (codicts)^. 
359  Eruhris  {eruhris,  G,  Rh). 


Vers 

369  volveret  (codices). 

374  mores  (codices). 

384  serena  (codices)  ^^. 

388  veteresque  (codices). 

413  reddat  (codices). 

423  Nigruin  {nigriim,  cod.). 

439  7;.on(G,  Rh)V. 

450  Nati  {nati,  codices). 

465   Tarnen  (codices). 

471   Exer is  {coàicQs). 

474  Camenae  (camenae,  cod.). 


Il  emprunte  rarement  au  B  ou  au  Rh,  qu'il  ne  connaît 
pas  par  lui-même,  des  leçons  qui  remplacent  celles  de  son 
texte  de  1828  : 


Vers 

80  haut,  d'après  le  Rh  qui  a 

haiid. 
149  additiir  B. 
169  scaena  Rh  :  c'estune  erreur, 

tous  les  mss.  ont  scena. 
215  Mylasena,  d'après  le  B  et 

le  Rh  qui  ont  ntilasena. 
254  saetae  Rh. 


Vers 

294  plaiisu  Rh  €  probante 

Lachmanno  >. 
319  scaenas  Rh  :  c'est  une 

erreur,  tous  les  mss. 

ont  scenas. 

360  adiambere    B  :    c'est  une 

erreur,  le  B  a  allambere. 

361  celebratur  ^\i. 


L'introduction  de  ces  diverses  leçons  dans  le  texte  de 
1 845  en  fait  disparaître  la  plupart  des  conjectures  proposées 
par  Boecking  en  1828.  Il  en  ajoute  quelques-unes  inspirées 
ou  approuvées  presque  toutes  par  Lachmann  : 


Vers 

18  f»;n^4. 

46  caeno.  Bœcking  croit  cor- 
riger coeno,  leçon  de  tous 
les  mss.;  mais  le  B  et  le 
Rh  ont  ceno. 


Vers 

68  picta  ora^K 
134  imitaris  scripsi  Lachm. 

suadente. 
203  gramina  posui  prob. 

Lachm. 


^   Le  B  a  quamquam. 
^^  Le  B  a  seuera. 

^3  Le  B  a  lui  aussi  non.  La  collation  du  B,  telle  que  Boecking  la  donne,  ne 
semble  pas  très  exacte;  p.  ex.,  v.  452,  il  attribue  àcems.  la  leçon  mtmera. 
^4  Voir  Commentaire,  p.  53. 
^i  Voir  Commentaire,  p.  57. 


DEUXIEME    PARTIE  CCLVII 

Vers  Vers 

312  ctii  quadrata^.  380  Romaetueare parentis^>. 

350  metnorare,  Mosella,  Innu-      i\vi  festinet. 
meri,  etc.^^.  472  Quave. 

Il  y  a  enfin  quelques  différences  peu  importantes  entre 
les  deux  textes  de  Bœcking  :  n'admettant  plus  la  lettre 7, 
dont  il  usait  en  1828,  il  écrit  maintenant  :  Pompeiani, 
Baias.  Il  admet  v.  261  la  correction  d'Avantius  Ciitque, 
V.  290  le  texte  de  Scaliger  Magni,  v.  462  la  correction  de 
Poelmann  Gallis  Belgisqiie  intersita  finis,  v.  481  la 
conjecture  de  Scaliger  Dextrae  :  en  outre,  il  écrit  Ripae 
avec  une  majuscule  initiale.  Il  supprime  la  majuscule  ini- 
tiale des  mots  suivants  :  v.  117  niiillis,  v.  129  salmo... 
salar,  v.  134  barbi,  v.  137  delphina,  v.  453  arctoi.  Par 
contre,  il  attribue  une  majuscule  à  ceux-ci  :  v.  358  Ponto, 
v.  385  Natura,  v.  412  Fortuna,  v.  422  Natique  Patrisqiie; 
mais  il  conserve  v.  178  sol,  v.  222  Sol,  comme  dans  son 
premier  texte,  et  il  admet  v.  144  balaena,  v.  148  Balaena, 
alors  qu'en  1828  il  écrivait  les  deux  fois  Balaena.  Il  écrit 
V.  372  pro  ut,  ce  qui  est  contraire  à  l'usage,  et  il  supprime 
avec  raison  toute  ponctuation  entre  les  v,  241  et  242. 

Bœcking  consigne  dans  ses  notes  critiques  quelques 
conjectures  de  lui  ou  de  Lachmann  qu'il  ne  fait  pas  entrer 
dans  le  texte  : 

Vers  Vers 

68  Pictum  ora   prop.    Lach-  196  AtnuineratconiQC.La.ch. 

mann.  232    Twm  vult  Lach^î. 

139  de/)rensavultLach.  ;possis  253  in digitutn(pour  indiciuin) 
facilius  defessa,  sed  nihil  prop. Lach.,  sednihilmu- 

mutoT"^.  tandum  est. 

^  Voir  Commentaire,  p.  94. 

^-  J'ai  déjà  dit  (p.  GLXIII)  que  cette  conjecture  se  rapproche  beaucoup  de 
celle  de  Ménage.  Peiper  a  trouvé  la  même  conjecture  dans  un  «  exemplar 
Gryphianura  a.  1675  (sans  doute  1575)  quod  est  in  Bibl.  ciuit.  Wratis- 
lauiensis  »  ;  il  attribue  les  notes  manuscrites  de  cette  édition  à  un  membre 
de  la  <?  gens  Sebisiana  »  dont  les  armes  sont  imprimées  sur  ce  volume. 
(Peiper,  Praefat.,  p.  LXXXVIIII). 

•5  Voir  Commentaire,  p.  109. 

f+ Voir  Commentaire,  p.  70. 

V  Voir  C0M.M.ENTAIRE,  note  au  v.  J30,  p.  82. 

XXXIIl 


CCLVIII  INTRODUCTION 

Vers  Vers 

305  hominesque  vult  Lachm.  341  Possis  etiam  viultos  iidore 

326  speciilaniine,  quod  Lachm.  {an   lieu    de    niidto    su- 

propos.,  aptius  est.  dore). 

A  l'exception  de  defessa,  ces  conjectures  n'auraient  guère 
ajouté  à  la  valeur  du  texte  de  1845,  qui,  tel  qu'il  est  constitué, 
semble  fort  satisfaisant.  Il  ne  reste  plus,  après  Bœcking, 
qu'à  introduire  dans  le  texte  quelques  leçons  du  G  omises 
par  l'éditeur  de  1 845,  et  à  chercher  des  corrections  nouvelles 
dans  les  mss.  dont  il  n'a  eu  que  des  recensions  incomplètes 
ou  dont  il  ne  connaît  même  pas  l'existence. 

p.  —  L'édition  de  C.  Schenkl. 

La  première  édition  critique  de  l'ensemble  des  œuvres 
d'Ausone  a  été  donnée  en  1883  par  C.  Schenkl  dans  les 
«  Monumenta  Germaniae  historica  »  (Auctorum  antiquissi- 
morum  tomi  V  pars  posterior);  le  volume  gr.  in-4°  qui 
contient  les  œuvres  d'Ausone  est  intitulé  : 

D.  MAGNI  AVSONII  |1  OPVSCVLA  |I  recensvit  || 
CAROLVS  SCHENKL  ||  adiecta  est  tabvla  i;  BEROLINI 
Il  APVD  WEIDMANNOS  |1  MDCCCLXXXIIL 

Ce  volume  commence  par  un  «  Prooemium»  (pp.  V-LXIV) 
consacré  à  la  biographie  du  poète  et  à  l'étude  des  mss.  et 
de  quelques  éditions  de  ses  œuvres  :  j'ai  utilisé  les  rensei- 
gnements donnés  sur  les  mss.  et  discuté  les  affirmations 
émises  à  propos  de  certaines  éditions^;  puis  vient  le  texte 
(pp.  1-262;  la  il/o5e//a  occupe  les  pp.  82-97)  accompagné  d'un 
apparat  critique,  où  j'ai  relevé  un  grand  nombre  d'erreurs, 
non  évidemment  pour  ce  qui  concerne  les  mss.  que  je  connais 
seulement  par  les  collations  de  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper, 
mais  pour  les  variantes  des  éditions  que  j'ai  entre  les  mains, 
et  qui  sont  très  souvent  données  d'une  manière  inexacte^^. 

«[    Voir  pp.  LXI-LXII,  Cil,  etc. 

■2  Voir  surtout  les  chapitres  consacrés  à  la  Lyonnaise  de   1558  et  aux 
éditions  de  Vinet.  —  Schenkl  ne  cite  pas  toutes  les  éditions  d'Ausone,  ce 


DEUXIEME    PARTIE  CCLIX 

Enlin,  on  trouve  des  Index  utiles  surtout  au  point  de  vue  de  la 
grammaire,  de  l'élocution  et  de  la  métrique.  Mais  on  regrette 
de  ne  rencontrer  aucune  note  exégétique,  aucune  explication 
personnelle  :  la  personnalité  de  l'auteur  ne  se  manifeste  que 
dans  le  mot  «  ego  »,  qui  accompagne,  sans  autre  explication, 
des  conjectures  qu'il  serait  le  plus  souvent  indispensable  de 
faire  suivre  de  preuves  à  l'appui.  Ce  dogmatisme  autoritaire 
ne  vaut  pas  la  bonhomie  un  peu  prolixe  de  Bœcking,  qui, 
lui,  explique  la  raison  de  ses  conjectures  et  ne  manque  pas 
de  nous  dire  avec  un  naïf  orgueil  qu'elles  ont  été  approuvées 
par  le  monde  savant^.  D'ailleurs,  ce  déplaisant  «  ego»  n'est 
pas  toujours  justifié  :  j'ai  déjà  dit  que  v.  209  il  est  accolé 
à  une  conjecture  proposée  par  Bœcking  en  1828. 

Ce  serait  être  injuste  pour  l'édition  de  Schenkl,  utile  à 
tous  les  amis  d'Ausone,  que  de  la  juger  seulement  par  son 
texte  de  la  Moselle  :  Bœcking  ne  s'était  occupé  que  de  ce 
poème,  et,  pour  tous  les  autres,  Schenkl  doit  faire  ce  que 
Bœcking  avait  fait  dès  1845  pour  la  seule  Moselle. 

On  comprend  qu'il  ne  puisse  pas  y  avoir  de  grandes  diffé- 
rences entre  le  texte  donné  par  Bœcking  en  1845,  d'après 
le  G,  le  B  et  le  Rh,  et  celui  que  Schenkl  constitue  d'après 
le  G,  le  B,  le  Rh,  le  Reg  et  le  L  :  si  Bœcking  reproduit 
inexactement  quelques  leçons  du  B  et  du  Rh  qu'il  n'avait  pas 
coUationnés  lui-même,  le  Reg,  qui  s'arrête  après  le  v.  1 80  n'a 
pas  grande  importances^,  et  l'incorrection  du  L  lui  enlève 
à  peu  près  toute  autorité. 

Schenkl  n'emprunte  au  L  aucune  variante  qui  modifie 
les  leçons  de  Bœcking  ;  il  emprunte  au  Reg  trois  variantes 
orthographiques,  une  qui  est  bonne,  v.  72  adsimulant\' , 

qui  est  évidemment  son  droit  :  mais  on  peut  se  demander  pourquoi  il  men- 
tionne (Index  Librorum,  p.  LXIV)  «  Amstelod.  ed  Amstelodamensis  1750  », 
alors  qu'il  ne  nomme  pas  dans  cet  Index  la  Parisienne  de  1730  d'après 
laquelle  cette  édition  absolument  négligeable  a  été  constituée. 

*  Voir  Bœcking-,  édit.  de  1845,  p.  79,  note  aux  v.  204-207,  et  Commen- 
taire, p.  7Ô. 

■^  Schenkl  a  fait  collationnev  ce  ms.  par  A.  Mau. 

•3  Schenkl  n'attribue  pas  de  majuscules  initiales  aux  mots  qui  commen- 
cent les  vers. 


CCLX  INTRODUCTION 

et  deux  qui  sont  mauvaises,  v.  109  defrudarentur  ^,  et 
V.  125  volgi'\^.  Schenkl  emprunte  au  G  quatre  leçons  que 
Bœcking  n'admet  pas:  Tune  fort  bonne,  v.  426  Hi ne,  a 
échappé  à  l'éditeur  de  1845,  qui  mentionne,  sans  les 
adopter,  les  trois  autres,  dont  une  v.  249  indiictos  est  bonne. 
MaisBœcking  avait  raison  de  rejeterv.  1 2,2  geniinis  niaiory 
et  V.  442  AquitanicaY^  que  Schenkl  introduit  dans  son 
texte. 

D'autre  part,  l'éditeur  de  1883  fait  bien  de  rejeter  deux 
leçonsdu  G  admises  par  son  prédécesseur:  v.93  tnelioris*[' , 
V,  160  et  483  Garonnam,  Garonnae. 

On  remarque  dans  les  deux  éditions  certaines  différences 
orthographiques  qui  proviennent  des  variantes  des  mss. 
suivis  par  les  éditeurs  : 

Vers        Bœcking.  Schenkl. 

46  immundo  (G,  B,  [L  ^6]).  inmundo  (Rh,  Reg). 

53,  227,  247  hiimentia  (vulgo).  umentia  (Reg,  G)  ^7. 

74  animixtos  (G,  B).  admixtos  (Rh,  Reg,  L). 

102  caenat?  (G,  [Reg] ).  cenae  (B>)'\^ . 

125  solatia  (G,  B,  [L]).  solacia  (Rh,  Reg)^9. 

328  Compensât  (vulgo).  conpensat  (Rh). 

352  quanquam  (G,  Rh,  [L]).  quainquam  (B). 

Plusieurs  des  variantes  orthographiques  admises  par 
Schenkl  sont  bonnes;  mais,  puisqu'il  ne  fait  pas  l'assimi- 
lation dans  les  mots  composés,  il  devrait  écrire  qîianqiiam, 
et  V.  230  conpositos ,  comme  il  écrit  conpensat. 

Bœcking  admettait  les  leçons  du  Rh,  v.  294  plaiisu, 
V.  80  haud,  légèrement  modifié  en  hatid:  Schenkl  revient 
avec  raison,  v.  294,  à  tort,  me  semble-t-il,  v.  80]'°?  aux 
leçons  des  autres  mss.,  pulsu,  aut;  c'est  également  à  tort 

•  Voir  Commentaire,  p.  65.  ^7  umentia  est  la  bonne  ortho- 
•2  Voir  CoMMENTAiiîE,  p.  67.            graphe. 

•3  Voir  Commentaire,  p.  68.  *&cenae    est    la     bonne     ortho- 

■+ Voir  Commentaire,  p.  128.  graphe. 

•>  Voir  Commentaire,  p.  63.  '9  solacia    est    la    bonne  ortho- 

•  6  Je  mets  entre  crochetsles  leçons  graphe. 

des  mss.  inconnus  à  Bœcking.  ^'o  Voir  Commentaire,  p.  59. 


DEUXIEME    PARTIE 


CCLXI 


qu'il  abandonne  les  leçons  de  Bœcking,  v.  149  addihir 
(B,  [Reg]),  V.  391  nervis  (Rh'),  pour  admettre  additus  (G, 
Rh,  L)j,  et  netis  (B,  Rh^)^^.  Schenkl  revient,  quelquefois 
avec  raison,  au  texte  des  mss.  que  des  conjectures  de 
Bœcking  modifiaient:  v.  68  pichira^'^,  v.  203  gennina, 
V.  350  Mosellam,  v.  380  Roniae  teritiere  parentes  Y,  v.  429 
nihil,  v.  473  portibiisY •  C'est  aussi  au  texte  des  mss.  que 
Schenkl  revient  en  écrivant  v.  140  tranquilloSy  au  lieu  de 
tranquillo,  leçon  qui,  d'après  la  collation  fournie  à  Bœc- 
king, se  serait  trouvée  dans  le  Rh,  v.  3  i  i  Ptolomaidos,  et 
V.  4Ç,^subterlaberis,  au  lieu  de  Ptole^naidos  (Bœcking  lisait 
dans  le  G  ptolemaido),  et  de  subter  laberis  que  Bœcking 
lisait  à  tort  dans  le  G. 

Schenkl  abandonne  parfois  les  leçons  des  mss.  conservées 
par  Bœcking,  pour  leur  préférer  des  conjectures  dont  il 
est  l'auteur,  ou  qu'il  reprend  à  d'anciennes  éditions,  ou 
qu'il  emprunte  à  des  contemporains. 


Vers        Bœcking. 

32  muniniine  (codices). 

42  malortun  (codices). 
127  obsonia  (cod.  [obsenio  L]  ). 
139  defensa  (codices). 
193  perfundit  (cod.  [prof U7idit 

L]). 
209  cuni  (codices). 
230  Sic,  tibi  (codices). 
257  fractis  (codices). 
304  Syracusii  (G,  B). 
331  consepto(cod.,conceptoB). 
347  tantiis  (codices). 
377   Tibris  (Rh,[L]). 
423  Nigrum  (nigrum  cod.). 


Schenkl. 

manantine  (Gronov.)^é. 
inuloruin  (Scheffer)^". 

opsonïaY- 

deprensa  (Lachmann)^^. 

perfudit  (Tollius)y°. 

dum  ego  [Bœcking,  1828] y, 
sicuti  (Speck)^^, 
tractis  ego  ^'5. 
Syracosii  (Ascensiana). 

consaeptoY'^- 
tantiiin  (Mommsen). 
77î>'5rzs  (Ascensiana,  1513). 
Nicrum  (B.  Rhenanus). 


*   Voir  Commentaire,  p.  70. 
•2  Voir  Commentaire,  p.  m. 
^5  Voir  Commentaire,  p.  57. 
•4  Voir  Commentaire,  p.  109. 
^5  Voir  Commentaire,  p.  136. 
^6  Voir  Commentaire,  p.  54. 
•7  Voir  Commentaire,  p.  55. 
■8  Voir  Commentaire,  p.  67. 


^9    Voir  Commentaire,  p.  70. 

••°  Voir  Commentaire,  p.  74. 

V  Voir  Commentaire,  p.  78. 

■'-  Voir  Commentaire,  p.  82. 

V5  Voir  C0.MMENTAIRE,  p.  84. 

■'+  Consaepto  est  une  bonne  cor- 
rection orthographique  qui  se  trouve 
déjà  dans  le  «  Corpus»  de  Weber. 


CCLXII 


INTRODUCTION 


Schenkl  rejette  certaines  conjectures  adoptées  par  Bœc- 
king  pour  leur  en  préférer  d'autres  : 


Vers         Bœcking. 

2    Vinco  (Minola). 
57  obfentibus  (anonym. 
Heidelb.). 
261    Cwîçwe  (Avantius)^'. 
306  il/arcî  (Poelmann). 
312  eut  quadrata  (Bœcking). 
354  Pro naeae  (Vinet,  1575). 
359  et36 1  Gelbis (Vinet,vulgo). 


Schenkl. 

Vingo  (Mommsen)^. 
optent  ibus^^. 

quoique  ego^+. 
Marcel  (Schenkl)  ^  > . 
quadro  cuii  (Tollius)^é. 
Promené  (Schenkl). 
Celbis  (Scaliger). 


Schenkl  cite,  dans  ses  notes  critiques,  sans  les  adopter 
dans  son  texte,  quelques  autres  conjectures  dues  à  des  phi- 
lologues modernes: 

V.  I  flamine  (Mommsen)  :  conjecture  aussi  peu  utile  que  les 
deux  autres  de  Mommsen,   Vingo  et  tantunt,  qu'il  admet. 

V.  68  tali  specie  ora  (Speck)  :  citation  inexacte  ^7. 

V.  354  et  aquis  Promue  (Bergk,  Jahrb.  des  Ver.  v.  Alt.  im 
Rheinl.,  LVII,  15). 

V.  423  et  Lupodmmm]  fortasse  ad  Lupodumim,  quod  coniecit 
Mommsen  :  conjecture  inutile. 

Je  ne  trouve  pas  mentionnées  par  Schenkl  deux  conjec- 
tures de  L.  UrlichT^s^  que  Peiper  ne  mentionnera  pas  non 
plus,  et  qui  méritent  pourtant  d'être  discutées  :  v.  307  Mnesi- 
clis  et  v.  316  tiitîis  achates^^. 

On  peut  enfin  noter  quelques  différences  de  moindre 


5  Voir  Commentaire,  p.  50. 

^2  Je  pense  que  Schenkl  modifie 
l'orthographe  de  ce  mot  à  cause 
du  p  de  optutihus  (G,  B).  —  Voir 
Commentaire,  p.  56. 

^5  Schenkl  a  tort  d'attribuer  à  la 
Juntine  la  priorité  de  cette  correc- 
tion. Il  attribue  de  même  à  l'édition 
de  Bâle  la  priorité  de  la  correction 
V.  473  portiibns,  qui  se  trouve  déjà 
dans  l'Ascensiana. 

«4  Voir  Commentaire,  p.  84. 

^5  Voir  Commentaire,  p.  88. 


*6  Voir  Commentaire,  p.  94. 

^7  Voir  Commentaire,  p.  58. 

^8  Rheinisches  Mtiseum ,  1862, 
p.  471-472. 

^9  Urlich  rejette,  comme  moi,  les 
leçons  Menecratis  et  corus  ou  totiis 
achates.  Mnesiclis  est  ingénieux, 
mais  ne  me  semble  pas  acceptable 
pour  des  rai  sons  de  quantité;  achates 
me  semblant  un  mot  parasite,  je  ne 
puis  pas  admettre  tutus  plus  que 
corus,  curvus,  totus  et  autres  mots 
de  même  ordre. 


DEUXIEME    PARTIE  CCLXIII 

importance  qui  distinguent  l'édition  de  Schenkl  de  celle 
de  Bœcking  :  l'éditeur  de  1883  supprime  avec  raison  les 
majuscules  initiales  que  son  prédécesseur,  suivant  l'usage 
des  anciennes  éditions,  attribuait  aux  noms  de  poissons,  aux 
mots  baccho  (v.  21-25),  baccheia  (v.  157),  sol  (v.  222),  etc.; 
Schenkl  va  même  trop  loin,  semble-t-il,  dans  cette  voie  : 
il  n'attribue  pas  de  majuscules  aux  mots  qui  commen- 
cent les  vers;  souvent  il  n'en  donne  pas  non  plus  aux 
mots  qui  commencent  une  phrase  après  un  signe  de  ponc- 
tuation qui  voudrait  être  suivi  d'une  majuscule  (p.  ex., 
V.  390  Bœcking  :  detero  ?  Coude;  Schenkl  :  detero  ?  conde). 
Il  n'y  a  guère  à  signaler  en  fait  de  différences  de  ponctua- 
tion que  le  v.  450  où  une  virgule  admise  par  Schenkl  après 
nati  donne  à  la  phrase  un  sens  autre  que  celui  que  Bœckino- 
lui  donnait^ 

Schenkl  croit,  comme  Accurse,  qu'il  y  a,  après  le  v.  379, 
une  lacune  dont  Bœcking  n'admettait  pas  l'existence.  Il  en 
voit  une  autre  v.  205-206,  mais  il  a  raison  de  rejeter  le  vers 
additionnel  de  Bœcking  :  la  critique  moderne  ne  peut  pas 
admettre  plus  un  vers  pastiche  que  les  deux  livres  de 
suppléments  dont  J.  Freinsheim  trouvait  utile  de  faire  pré- 
céder ce  qui  nous  reste  de  Quinte  Curce,  ou  les  sept  chants 
additionnels  au  moyen  desquels  Th.  May  espérait  compléter 
la  Pharsale. 

On  voit,  en  somme,  que  les  différences  entre  les  textes  de 
la  Moselle  publiés  en  1845  et  en  1883  ne  sont  ni  très  nom- 
breuses ni  très  importantes.  Mon  COMMENTAIRE,  auquel 
plusieurs  notes  des  pages  précédentes  renvoient,  montre  qu'à 
mon  avis  les  changements  du  dernier  éditeur  sont  loin  d'être 
tous  des  progrès.  Deux,  entre  autres,  me  semblent  tout  à 
fait  mauvais  :  v.  230  sictiti,  qui  prête  à  Ausone  une  faute 
de  quantité  dont  il  n'est  pas  coutumier,  et  v.  257  tractis, 
qui  fait  perdre  à  la  phrase  du  poète  sa  vivacité  elliptique, 
pour  y  introduire  une  tournure  lourde  et  prosaïque. 

1  Voir  Commentaire,  p.  129. 


CCLXIV  INTRODUCTION 


y.  —  L'édition  de  R.  Peiper  (1886). 

R.  Peiper,  après  C.  Schenkl,  et  souvent  d'après  lui,  a 
donné  en  1886  une  édition  critique,  gros  volume  petit  in-8° 
de  556  pages,  qui  fait  partie  de  la  Bibliothèque  Teubner, 
et  qui  est  intitulé  : 

DECIMI  MAGNI  AVSONII  ||  BVRDIGALENSIS 
Il  OPVSCVLA  11  RECENSViT  il  RVDOLFVS  PEIPER  || 

ADIECTA  EST  TABVLA  ||  LIPSIAE  ||  IN  AEDIBVS  B.  G.  TEVBNERI 

Il  MDCGCLXXXVI. 

U'Ausone  de  Peiper  comprend  une  Praefatio  de  cxxviii 
pages  consacrée  presque  entièrement  à  une  étude  du  texte, 
qui  résume  et  complète  sur  certains  points  le  travail  que 
l'éditeur  avait  publié  en  allemand  dès  1879.  Puis  vient  le 
texte  (pp.  1-436),  et  enfin  on  trouve  une  liste  des  auteurs 
qui  ont  été  imités  par  Ausone  ou  qui  l'ont  imité  (pp.  436- 
499),  et  des  Index  (pp.  500-556). 

Le  texte  de  la  Moselle  (pp.  1 18- 141)  diffère  peu  de  celui 
de  Schenkl. 

Peiper  revient  au  texte  de  Bœcking  : 

Vers  Vers 

2   Vinco.  193  perfundit. 

21  et  25  Baccho.  209  cum. 

42  nialorum.  230  Sic*i^^,  ubi. 

125  uulgi^.  261    Cuique. 

127  ohsonia.  328  Compensât. 

153  Baccheia.  347  tantiis. 

Il  évite,  à  l'exemple  de  Tross,  l'assimilation  et  l'accom- 
modation dans  les  mots  composés  ;  il  écrit,  comme  lui,  v.  269 
adliidens,  v.  345  adforet,  v.  445  adfecto,  v.  474  adspirare; 
et  s'il  n'admet  pas  son  orthographe  v.  205  Inpubemqtie,  il 
admet  l'orthographe  des  mots  suivants  qu'on  ne  trouve  pas 

5    Peiper  n'emploie  jamais  la  lettre  v. 

V  Peiper  attribue,  comme  Bœcking,  une  majuscule  initiale  au  premier 
mot  do  chaque  vers. 


DEUXIEME    PARTIE  CCLXV 

dans  l'édition  de  Tross:  v.  310  et  348  Adlicit,  v.  388  et 
406  i Illustrât  et  inlustravere. 

Il  revient,  sans  utilité,  semble-t-il,  à  certaines  leçons  des 
mss.  que  Schenkl  n'adoptait  pas  : 

V.  22  Subfer  labentis  (B)  :  pourquoi  écrire  v.  454  Suhterlaberis  ? 

V.  149  magnoqice  (G,  B,  Reg,  L). 

V.  178  igneus  (B,  Rh,  Reg,  L)  :  aureus  (G)  semble  la  bonne 
leçon. 

V.  22 1  amnis  (codices)  :  pourquoi  rejeter  la  correction  de  Barth 
amnisque? 

V.  326  diiies  (B,  Rh,  L)  :  felix  (G)  semble  la  bonne  leçon. 

V.  331  proprium  (G',  Rh)  :  toutes  les  éditions  ont  proprium 
est{G\  B,  L). 

Suivant  la  méthode  allemande,  Peiper  se  garde  bien  de 
nous  dire  pourquoi  il  adopte  ces  leçons  :  on  peut  supposer 
que  c'est  simplement  pour  que  son  texte  diffère  un  peu  de 
celui  de  Schenkl. 

D'autre  part,  il  reprend  avec  raison  quelques  leçons 
négligées  par  Schenkl  :  v.  57  obttitibîis  (Rh,  Reg,  L), 
v.  1 44  6a//e«a  (G,  Reg,  L),  v.  148  ballena  (G,  B,  Rh,  Reg), 
v.  321  natura  (codices^),  v.  361  celebratiis  (G,  B,  L^^). 

Il  écrit  avec  raison  v.  453  Arctoi,  et  adopte  labonne  correc- 
tion de  Scaliger  v.  464  Concèdes,  sans  dire  à  qui  il  la  prend. 

Il  emprunte,  par  contre,  deux  mauvaises  conjectures, 
l'une  à  l'anonyme  d'Heidelberg,  v.  108  laeta,  l'autre  aux 
notes  d'Heinsius,  v.  340  spirante.  Il  essaie  enfin  plusieurs 
corrections  :  une  seule  v.  57  introitu  me  semble  bonne  ^\ 
Les  autres  sont  négligeables. 

V€rs  Vers  Vers 

18  quin'['^.  146  exundat\(>.  312  quadratacui\> 

51  dira.  208  Quales^"^.  316  uirus*i^^°. 

68  patet  ora*^'' ,  257  raptis'^^.  433  pandet. 

^  Schenkl  dit  d'ailleurs  :  natura  ^î  Voir  Commentaire,  p.  58. 

codd.(quod  fortasse  defendi  potest).  *6  Voir  Commentaire,  p.  70. 

•[^  Schenkl  dit  encore  :  quod  for-  ^7  Voir  Commentaire,  p.  78. 

tasse  defendi  potest.  ^8  Voir  Commentaire,  p.  84. 

^3  Voir  Commentaire,  p.  56.  ^9  Voir  Commentaire,  p.  94. 

^4  Voir  Commentaire,  p.  53.  ^'oVoir  Commentaire,  p.  98. 

xxxiv 


CCLXVI  INTRODUCTION 

De  plus,  il  met  sans  nécessité  les  v.  231-232  entre  paren- 
thèses. Au  demeurant,  Peiper  s'inspire  constamment  de 
l'édition  de  Schenkl  qu'il  semble  démarquer  :  il  lui  emprunte 
à  peu  près  toutes  ses  inexactitudes  bibliographiques,  et  il 
en  ajoute.  Pour  prendre  un  seul  exemple,  qu'on  jette  les  yeux 
sur  la  liste  des  erreurs  que  Schenkl  a  commises  à  propos 
des  éditions  de  Vinet,  liste  que  je  donne  pp.  CLIII-CLIV: 
Peiper  reproduit  les  mêmes  erreurs.  A  moins  d'admettre 
une  harmonie  préétablie  qui  ferait  que  les  philologues 
allemands  se  trompent  toujours  de  concert,  il  faut  bien 
supposer  que  Peiper,  loin  de  recourir  aux  éditions  et  de 
vérifier  les  textes,  s'est  borné  à  copier  les  notes  de  son 
prédécesseur.  Il  faut  cependant  reconnaître  que  certaines 
erreurs  lui  appartiennent  en  propre.  J'ai  déjà  parlé  (p.  XLII) 
des  nombreuses  confusions  qu'il  commet  dans  sa  liste  des 
variantes  de  l'Aldine;  aussi,  n'ayant  pas  en  mains  les  mss.. 
pour  contrôler  ses  affirmations  et  ne  pouvant  admettre  qu'il 
collationne  un  ms.  plus  fidèlement  qu'une  édition,  je  n'ac- 
corde qu'une  confiance  modérée  à  son  relevé  des  erreurs, 
peu  importantes  d'ailleurs,  qu'il  prétend  trouver  dans  les 
collations  des  mss.  données  par  Schenkl. 

Retour  à  de  médiocres  leçons  des  mss.,  adoption  de 
conjectures  sans  valeur,  essais  malheureux  de  corrections, 
tout  cela  me  semble  inspiré  à  Peiper  par  l'ardent  désir  de 
donner  un  texte  différent  de  celui  de  Schenkl,  si  possit, 
recte,  si  non  quocumque  inodo*[. 

*  Parmi  les  innovations  inutiles  de  Peiper,  on  peut  remarquer  sa  nota- 
tion des  mss.  Bœcking  désig^nait  tout  simplement  le  Sangallensis  par  la 
lettre  G,  le  Bruxellensis  par  la  lettre  B,  le  Rhenaugiensis  par  la 
lettre  R.  Schenkl  laisse  aux  deux  premiers  les  désignations  que  Bœcking 
leur  attribuait:  mais  il  trouve  ingénieux  de  désigner  le  Rhenaugiensis 
par  la  lettre  Z,  le  Reginensis  et  le  Laurent ianus,  que  Bœcking  ne 
connaissait  pas,  par  la  lettre  X  et  la  lettre  grecque  ),.  Peiper  chang:e 
tout  cela:  s'il  continue  à  désigner  le  Sangallensis  et  le  Bruxellensis 
par  les  lettres  G  et  B,  il  attribue  au  Rhenaugiensis  la  lettre  R,  comme 
Bœcking,  au  Reginensis,  la  lettre  V  (Vaticaniis  Reginae),  au  Lauren- 
tianus,  la  lettre  L.  Il  m'a  semblé  beaucoup  plus  simple  de  désigner  chacun 
des  cinq  mss.  par  sa  lettre  initiale,  ou  par  les  premières  lettres,  quand  il 
pouvait  y  avoir  confusion  :  G  =  Sangallensis  ;  ^  =^  Bruxellensis  ;  Rh  = 
Rhenaugiensis;  Reg  =  Reginensis  ;  L  =  Laurent  ianus. 


DEUXIEME    PARTIE  CCLXVII 

Maintenant  que  j'ai  énuméré,  décrit  et  apprécié,  autant  qu'il 
était  en  moi,  toutes  les  éditions  de  la  Moselle  que  j'ai  pu  me 
procurer  ou  sur  lesquelles  j'ai  trouvé  des  renseignements,  il  faut 
bien  que  je  dise  quelques  mots  de  l'ouvrage  que  je  présente  au 
public  érudit. 

Ce  livre  se  compose  de  trois  parties:  l'Introduction  qu'on  vient 
de  lire,  le  Texte  et  la  traduction  de  la  Moselle,  avec  des  notes 
critiques,  et  enfin  le  Commentaire  explicatif. 

Dans  l'Introduction,  j'ai  essayé  de  faire  l'histoire  du  texte  de  la 
Moselle:  pour  ce  qui  est  des  mss.,  ne  les  connaissant  pas  direc- 
tement, je  me  suis  contenté  d'user  des  collations  de  Schenkl  et  de 
Peiper,  qui  se  contrôlent  mutuellement  et  diffèrent  d'ailleurs  très 
peu  l'une  de  l'autre.  Ce  serait,  je  crois,  pour  un  éditeur,  scrupule 
exagéré  que  de  vouloir  recommencer  complètement  et  regarder 
comme  nul  et  non  avenu  tout  le  travail  de  ses  devanciers:  Alius 
alio  pliira  i avenir e potest,  nemo  oninia,  a  dit  Ausone  lui-même. 
Usons  de  ce  que  les  autres  ont  découvert,  et  tâchons,  pour  notre 
part,  de  découvrir  davantage. 

C'est  sur  l'histoire  des  textes  imprimés  que  j'ai  fait  porter  tous 
mes  efforts:  si  la  philologie  allemande  a  le  respect  méticuleux  des 
mss.,  si,  en  tout  cas,  n'ayant  pas  les  mss.  à  ma  disposition,  je  n'ai 
pu  vérifier  l'exactitude  de  ses  collations,  elle  semble  par  contre 
mépriser  absolument  les  éditions  qu'elle  ne  tient  pas  à  connaître. 
J'ai  suffisamment  démontré  que  les  renseignements  fournis  par 
Schenkl  et  Peiper  sur  les  éditions  d' Ausone  sont  incomplets,  et, 
en  général,  erronés.  J'ai  essayé  de  mieux  faire  qu'eux.  Y  ai-je 
réussi?  ce  n'est  pas  à  moi  de  le  dire.  Quoiqu'il  en  soit,  je  me  suis 
enquis  de  toutes  les  éditions  ;  mais  il  m'a  été  impossible  de  les 
consulter  toutes.  Je  ne  veux  pas  rééditer  les  doléances  de  ToUius: 
mais  malgré  les  textes  que  je  possède,  ceux  que  la  Bibliothèque 
de  Bordeaux  m'a  fournis,  ceux  qu'ont  bien  voulu  mettre  à  ma 
disposition  mes  aniici  Bardigalenses  philologi,  comme  dit  notre 
Vinet,  les  bibliophiles  dont  j'ai  eu  plaisir  à  citer  les  noms  à  côté 
des  titres  des  éditions  que  leur  obligeance  m'a  communiquées, 
malgré  tous  ces  secours,  il  y  a  quelques  lacunes  dans  la  liste  des 
Atisones  qu'il  m'a  été  donné  de  consulter.  Il  est  vraiment  honteux 
pour  notre  pays  qu'un  professeur  qui  travaille  à  Bordeaux  ne 
puisse  avoir  communication  des  éditions  de  la  Bibliothèque  natio- 
nale, alors  que  le  Musée  Plantin-Moretus  d'Anvers  n'a  fait  aucune 
difficulté  pour  me  communiquer  sa  précieuse  édition  de  Poelmann. 
Un  professeur  de  la  Faculté  des  Lettres  de  Lyon  écrivait  derniè- 
rement, à  propos  du  prêt  des  livres  qui  a  été  institué  entre  les 

XXXIV* 


CCLXVIII  INTRODUCTION 

différentes  bibliothèques  universitaires:  (.Malheureusement  ces 
bibliothèques^  d'institution  récente  pour  la  plupart,  destinées  à 
satisfaire  les  mêmes  besoins,  guidées  par  la  même  pensée  dans 
leurs  acquisitions  annuelles,  se  reproduisent  plus  ou  moins...  Le 
vrai  remède  serait  ailleurs,  dans  l'extension  du  prêt  aux  grandes 
bibliothèques  de  Paris.  Quel  que  soit  le  travail  entrepris,  c'est 
toujours  là  qu'il  faut  puiser,  et  il  n'est  pas  un  travailleur  de  pro- 
vince qui  ne  trouve  là  sa  difficulté  la  plus  grande.  Beaucoup 
reculent  découragés,  les  autres  sont  réduits,  ou  à  s'imposer  de 
longs  et  onéreux  voyages  qui  se  concilient  mal  avec  leurs 
fonctions,  ou  à  faire  consulter  par  un  tiers,  d'une  façon  hâtive  et 
incomplète,  des  documents  qui  auraient  besoin  d'être  étudiés  à 
loisir.  Il  serait  plus  simple  et  moins  coûteux  de  faire  voyager  les 
livres  que  les  lecteurs^.  »  Je  m'associe  absolument  aux  réclama- 
tions de  M.  Fontaines  :  d'autres  raisons  que  notre  grandeur  nous 
attachent  au  rivage  du  Rhône  ou  de  la  Garonne.  J'ai  donc  été 
forcé  d'avoir  recours  à  un  tiers,  et  je  ne  peux  prendre  la  respon- 
sabilité des  erreurs  que  ce  tiers  aura  commises  dans  la  collation 
de  quelque  volume. 

Pour  ce  qui  est  des  collations  que  j'ai  faites  moi-même,  je  crains 
qu'il  n'y  ait  aussi  beaucoup  d'erreurs  :  je  pourrais  chercher  des 
conséquences  atténuantes  et  répéter  :  opère  in  longo  fas  est 
ohrepere  somnum;  quand  on  sait  par  cœur  le  texte  que  l'on 
coUationne,  on  est  naturellement  porté  à  lire  ce  qu'on  croit  voir  et 
non  ce  qu'on  a  sous  les  yeux.  Je  serai  reconnaissant  à  ceux  qui 
auront  la  patience  de  vérifier  mes  collations  de  m'en  signaler  les 
fautes,  «notable  tefmoignage  de  l' imhecilité  naturelle». 

Il  m'a  semblé  utile,  dans  mes  relevés  de  variantes,  de  conserver 
l'orthographe  de  chaque  éditeur  :  on  comprend  que  fario  se  soit 
confondu  avec  fario,  que  Vinet  ait  pu  corriger  viuifica  en  viuifca  : 
qu'on  écrive  sario,  vivisca,  la  confusion  et  la  correction  se  com- 
prendront moins  facilement.  J'ai  également  conservé,  dans  le 
Commentaire,  l'orthographe  des  éditeurs  et  des  érudits  que  j'ai 
cités.  Dans  les  notes  critiques,  déjà  si  chargées,  je  ne  l'ai  pas  fait 
afin  d'éviter  toutes  les  complications  inutiles.  Je  laisse  aussi  aux 
mss.,  dont  il  serait  inutile  et  souvent  impossible  de  reproduire  net- 
tement les  leçons  sous  leur  véritable  aspect,  l'orthographe  conven- 
tionnelle que  Schenkl  et  Peiper  leur  attribuent  (s  pour/,  etc.). 

Mon  texte  est  établi  d'après  les  éditions  critiques  de  Bœcking, 

«  Rapport  de  M.  Fontaines,  cité  par  extraits  dans  la  Revue  internatio- 
nale de  l'Enseignement,  livraison  de  mars  1889. 


DEUXIÈME    PARTIE  CCLXIX 

de  Schenkl  et  de  Peiper  :  quand  je  hasarde  une  correction,  je  crois, 
contrairement  à  l'habitude  allemande,  nécessaire  d'en  expliquer 
les  motifs  dans  le  Commentaire.  Le  texte  est  accompagne  d  une 
traduction  :  le  temps  des  «  belles  infidèles  »  est  passé;  celui  des 
traductions  littérales  remplaçant  1'  «  interpretatio  latma  )>  me  sem- 
ble venu  En  effet,  l'auteur  d'une  édition  critique  doit  faire  savoir 
à  ses  lecteurs  comment  il  comprend  le  texte  qu'il  amende.  Je  crois 
que  Schenkl  et  Peiper  auraient  renoncé  à  certaines  conjectures, 
s'ils  s'étaient  donné  la  peine  de  traduire,  pour  eux  et  pour  le  lec- 
teur le  texte  modifié  par  ces  conjectures.  M.  Dezeimens  a  bien 
voulu  revoir  avec  moi  ma  traduction;  mais  je  ne  me  suis  pas 
toujours  rendu  à  ses  raisons;  cela  soit  dit  pour  expliquer  que  je 
prends  sur  moi  la  responsabilité  de  mes  contresens. 

Enfin  dans  le  COMMENTAIRE  EXPLICATIF,  j'ai  essaye,  a  mes 
risques  et  périls,  d^expliquer  les  difficultés  particulières  du  texte, 
ce  que  les  anciens  commentateurs  faisaient  médiocrement,  et  ce 
que  la  philologie  allemande  d'aujourd'hui  évite  de  faire  .  saptenter, 
si  consilio,  féliciter,  si  caau  ». 

Tel  est  mon  travail,  première  partie  d'une  édition  complète 
d'Ausone,  où  il  sera  refondu,  grâce  aux  progrès  que  le  temps 
aura  fait  accomplir  à  mon  savoir,  grâce  aux  critiques,  quelque 
dures  qu'elles  soient,  que  je  sollicite .  Avant  de  laisser  partir  ce  livre 
qui  s'en  va  «  quo  descendere  gestit»,  ce  livre  auquel  j'ai  consacre, 
pendant  plus  de  treize  mois,  tout  ce  que  mon  métier  m  a  laisse 
de  loisir,  je  tiens  à  adresser  l'expression  de  ma  profonde  reconnais- 
sance à  celui  qui  lui  a  donné  moyen  de  paraître,  à  ceux  qui  m  ont 
aidé  aie  faire.  M.  Gounouilhou  a  eu  la  généreuse  idée  de  reprendre 
les  traditions  de  Millanges,  oubliées,  à  Bordeaux,  depuis  trois 
siècles-  il  m'a  fait  l'honneur  de  me  demander  de  procurer  cette 
édition':  nul  plus  que  moi  ne  regrette  qu'il  n'ait  trouvé  un  autre 
Vinet,  capable  de  cette  œuvre  de  résurrection,  apte  a  amener 
notre  Ausone  «su/^era  ut  convexa  révisât  >■>.  Dans  une  collabo- 
ration de  près  d'un  an,  M.  Alexandre  Geoffrois,  metteur  en  pages, 
a  dépensé,  sans  compter,  sa  patience,  son  zèle  intelligent  et  son 
expérience  typographique,  pour  donner  à  ce  livre  cette  irrépro- 
chable élégance  qui  aurait  ravi  le  bon  Bordelais  Ausone,  et  dont 
le  recenseur  de  la  Moselle  tient  à  le  remercier  spécialement  en  son 
nom  et  au  nom  de  notre  vieux  concitoyen. 

Pour  ce  qui  est  de  l'œuvre  même,  i\l.  Dezeimens,  l  homme  de 
France  qui  connaît  et  qui  aime  le  mieux  Ausone,  m'a  ouvert  son 
inépuisable  bibliothèque  et  les  trésors  de  son  érudition  :  il  est  bien 
peu  de  questions  que  je  lui  ai  posées  et  auxquelles  il  ne  m  ait 


CCLXX  INTRODUCTION 

donné  la  réponse.  Mon  ami  d'école,  mon  cher  collègue  Jullian, 
le  savant  éditeur  des  Inscriptions  Romaines  de  Bordeaux,  a  bien 
voulu  dessiner  la  carte  du  bassin  de  la  Moselle  qu'on  trouvera 
plus  loin.  Mais  sa  collaboration  ne  se  borne  pas  à  cela  :  c'est  lui 
qui  m'a  enseigné  l'histoire  du  iv^  siècle,  si  nécessaire  pour  mon 
Commentaire.  Je  ne  veux  pas  compromettre  son  renom  d'his- 
torien :  je  me  hâte  de  dire  que,  s'il  m'a  rendu  capable  de  faire  mes 
notes  historiques,  il  ne  m'a  aidé  en  rien  à  leur  rédaction.  J'ai  encore 
à  remercier  M .  Tannery,  qui  m'a  donné  une  savante  note  sur  l'ombre 
des  Pjrramides,  M.  Max  Rooses,  d'Anvers,  qui  m'a  communiqué 
l'édition  Poelmann  du  Musée  Plantin-Moretus,  M.  Ruelens, 
conservateur  des  manuscrits  à  la  Bibliothèque  de  Bruxelles,  dont 
j'avais  déjà  mis  la  bienveillance  à  contribution,  quand  j'ai  été 
consulter  en  1883  le  B  à  Bruxelles,  et  qui  m'a,  depuis,  fourni  de 
précieux  renseignements  sur  certains  points  importants  de  la 
bibliographie  d'Ausone. 

Que  mes  dernières  lignes  soient  consacrées  au  remerciement 
que  j'adresse  à  M.  Charles  Lévêque,  qui  a  bien  voulu  accepter  la 
dédicace  de  l'œuvre  du  fils  d'un  de  ses  amis  d'enfance  :  il  convient 
qu'en  tête  de  cette  édition  d'Ausone  on  lise  le  nom  d'un  Bordelais 
qui  honore  Bordeaux, 

H.  DE  LA  VILLE  DE  MIRMONT. 


/'■    Mars  1S8S.  —   14  Mai  i88g. 


ç«,^^,c^^JC^^,,p-^,e^,ce;€"Oe^e<^0«^C'COce^ 


ADDITIONS  ET  CORRECTIONS 


Page  XXIII,  ligne  3  du  texte,  lire  :  Bœcking,  comme 
partout  ailleurs,  et  non  Boecking. 

Page  XLI,  ligne  i  \ ,  lire  :  (Prelû  Afccfianû.),  et  non 
(Prelû  Afcènjia nû .  ) . 

Addition  aux  pp.  LXX-LXXII  et  Lxxvi-Lxxxii. 

Mon  Introduction  était  déjà  terminée  quand  j'ai  appris 
que  M.  Labadie  possède  un  exemplaire  de  l'édition  de  Bâle  ; 
il  a  bien  voulu  me  le  communiquer.  L'étude  du  texte  de  la 
Moselle  dans  ce  volume  me  permet  de  compléter  et  de 
rectifier  le  relevé,  assez  peu  exact,  donné  par  Bœcking,  et  les 
renseignements  que  j'avais  eu  l'imprudence  d'emprunter 
à  Tross:  il  est  faux,  comme  j'ai  dit  d'après  ce  dernier 
(p.  Lxxii,  ligne  6),  que  l'édition  de  1523  ait  v.  171 
Naïades  :  elle  a  Naiadas,  comme  l'Aldine. 

D'avitre  part  elle  s'éloigne  beaucoup  plus  de  l'Aldine 
que  Bœcking  ne  le  dit  : 

1°  Par  des  retours  aux  leçons  de  l'Ascensiana  :  lœiiia,  Affwtu- 
lant,Interludentes(Asc.iSi']),Lucius,Rhodopeii,Lyœo,adJîrepit, 
Oreiadas,  petunt,  perfiindit,  Adnunierat,  perfiiderit,  miretur, 
permifcent ,  Gortyniiis,  tiolumine,  Hebdonias,  Il  la  tenens,  œthera, 
adforet  (Asc.  1513),  Gelbis,  adlamhere,  Detexatur,  Quinetiam, 
lœta,  portubus. 

2°  Par  des  retours  aux  leçons  des  éditions  antérieures  :  uitreoq;, 
frontem  (Ug.,  Asc),  caiidam  (Ug.,  Asc),  tdruwq;  (Ug.,  Asc. 
1513),  Baccheïa,  Vtq;,  Vibratos  (Ug.,  Junt.),  harundo,  Allicit 
(Ug.,  Asc),  pyramis  (Ug.),  aut  horum,  Fejfa,  Latiœ  (Junt.), 
ueteresq;  (Asc.  1513,  Junt.),  augujîœ  (Ug.,  Asc),  iunâli,  traôîu, 
litrïq;,  celfamq;  (Ug.,  Asc),  fubter  laberis  (Junt.,  Asc),  Axona 
(Ug.,  Asc),  taiirinœ. 


CCLXXII  ADDITIONS 

Ces  deux  listes  doivent  compléter  celles  de  la  p.  LXXI. 

Enfin,  aux  innovations  apportées  dans  le  texte  par  l'édi- 
tion de  Bâle  et  que  je  citais  (p.  LXXii)  d'après  Bœcking,  il 
faut  ajouter  la  liste  suivante  : 

Vers  Vers 

79  Nominaq;  &  (B).  221  phafeli{G^  B,  Rh). 

115  delicias.  392  o^z  (G,  Rh). 

136  AGîœo.  -iff]  fuhtemine    (G,    B, 
144  et  148  Balœna.  Rh). 

Cette  liste  nous  donne  trois  conjectures  dont  deux 
bonnes,  et  quatre  bonnes  leçons  des  mss. 

De  plus  l'éditeur  de  Bâle  écrit  avec  des  majuscules  ini- 
tiales Olyfnjnitn,  Phrygiis  (Asc),  Cerealia,  ce  dernier 
mot  sans  nécessité.  Il  corrige,  comme  je  l'ai  dit  (p.  LXXii) 
presque  toutes  les  fautes  d'impression  de  TAldine,  parmi 
lesquelles  je  place  la  mauvaise  leçon  hojtia  pour  oftia,  et 
ne  commet  lui-même,  en  outre  des  deux  que  je  cite, 
p.  LXXli,  que  les  suivantes  :  V.  131,  piioqtie  pour  qitoqiie; 
V.  166,  uauita  pour  nauita;  il  contribue,  en  somme,  bien 
plus  aux  progrès  du  texte  que  je  ne  le  disais  d'après  les 
renseignements  empruntés  à  Bœcking. 

Par  suite,  il  faut  enlever  aux  éditions  de  Lyon,  pour 
les  reporter  à  celle  de  Bâle  les  quatre  innovations  que 
j'attribuais  au  texte  de  Gryphe  (p.  LXXXI).  Ce  que  j'appelle 
le  texte  commun  des  trois  éditions  de  Gryphe  (p.  LXXX) 
diffère  à  peine  de  celui  de  l'édition  de  Bâle  :  abstraction 
faite  des  fautes  d'impression  de  l'édition  de  1548,  que  les 
Lyonnaises  corrigent,  je  n'ai  à  ajouter  à  la  liste  de  la 
p.  LXXX  que  les  variantes  suivantes  : 

Vers         Èdit  lie  Bâlé.  Édit.  de  1537,  1540,  IS48. 

106  Hijlri.  IJîri. 

171   Naiadas.  Naïades. 

178,  222  Sol.  fol. 

232  carœ.  charœ. 

254  hariindo.  arundo. 

397  fithteinine.  fuhteginine. 

421   aiigiijlœ.  Augujîœ. 


ET    CORRECTIONS  CCLXXIII 

D'autre  part,  il  faut  effacer  de  la  même  liste  les  variantes 
concernant  les  v.  79,  136,  144,  14S,  221  où  le  texte  de 
Gryphe  est  identique  à  celui  de  Curion,  à  cette  différence 
près  que  l'éditeur  de  Bâle  écrit  Balœna,  et  celui  de  Lyon^ 
balcvna. 

Pour  ce  qui  est  des  variantes  des  éditions  de  Gryphe 
(,liste  des  pp.  LXXVIII-LXXIX),  l'éditeur  de  Bâle  a  écrit  : 

cannas  (1548),  uitreoq;  (i537>  ^SX^\  »«"  (i537>  i540)'  "gi- 
tatœ  (.1537)  i^A^),  fqncilet  (1537,  1540),  delicias  (1537,  i540)> 
Namq;  (1540),  Quis  non  &>...  uolgi  (iSil,  «548),  Norit  &>  (1537, 
154S),  co;2/»rfiY  (1537,  154S),  uaporiferi...  VeJ'œui  {\Sll,  1548}, 
finmlachra{i^l'],  1540),  Gernianœq;  (1540),  Ô»/ç;  (.1537»  > 548)> 
Quis  {i^\o),  parens  (1537,  1540),  incerta  (154^). 

Page  Lxxii,  lignes  29  et  30  :  effacer  la  virgule  qui 
suit  le  mot  Fabriciiis  et  en  mettre  une  après  le  mot  Del- 
phini). 

Page  LXXIV,  ligne  25,  lire  :  An  legendum  fit. 

Page  XCII,  lignes  23-24,  lire  :  au  lien  de  iris),  et  non 
au  lieu  d'iris). 

Page  xciil,  ligne  10,  lire  :  excepté  celles. 

Page  cm,  ligne  24,  lire  :  dans  les  éditions  de  IS2^, 

ISS7>  iHo,  1S48). 
Page  ex,  ligne  12,  lire  -.fané. 
Page  cxill,  ligne  i,  lire  :  en  is8i. 
Page  cxiii,  ligne  14,  lire  :  celle  de  Poelniann. 
Page  CXXX,  ligne  26,  lire  :  quœ. 
Page  CXLIII,  ligne  i  7,  lire,  les  deux  fois  :  vfus. 
Page  CXLIX,  ligne  9,  lire  :  difciplinœ. 
Page  CLXiil,  ligne  14,  lire  -.finis. 

Addition  aux  pages  CLXXiii-CLXXVii. 

J'ai  enfin  reçu,  après  l'impression  de  V Introduction,  un 
exemplaire  de  la  Mosella,  de  Freher,  que  je  demandais 
depuis  longtemps. 

La  collation   du  texte  de  161 9  qui  m'avait  été  fournie 


CCLXXIV  ADDITIONS 

est  exacte,  et  je  n'ai  que  peu  de  choses  à  ajouter  à  la  liste 
de  variantes  des  pages  GLXXIV-CLXXVI  : 

Vers         Texte  de  Vinet.  Texte  de  Freher. 

25  baccho.  Baccho. 

222  fol.  Sol. 

298  Qui.  Qiiî- 

378  pulfa,  oro,faccJJat.  pulfa  (oro)  facejjat . 

407  aquilonigenafque.  Aquilonigenasq; 

450  pater,  &  iiatits.  Pater,  &  Natus. 

La  ponctuation  de  Freher  est  meilleure  que  celle  de 
Vinet;  il  remplace  par  des  virgules  et  des  points-virgules 
les  deux-points  dont  l'éditeur  de  1575  abusait",  il  met  entre 
virgules  les  noms  de  poissons  qui  sont  au  vocatif.  Les  notes 
critiques  de  Freher  sont  nulles  :  j'ai  déjà  dit  (p.  CLXXVI) 
qu'il  fonde  sur  un  vers  de  Lucain  la  conjecture  connexis 
qu'il  admet.  Quant  à  sa  bonne  correction  concurrens,  il 
n'en  dit  rien  :  il  l'abandonne  même  dans  la  note  au  v.  297  où 
il  écrit  CONCVRRIT  FLVCTIBVS  ECCHO  (sic).  V.  28 1  Thetyu 
est  peut-être  une  mauvaise  leçon  et  non  une  faute  d'im- 
pression, car,  dans  la  note  au  v.  281,  il  donne  à  ce  mot 
exactement  la  même  orthographe  qu'il  lui  attribuait  dans 
le  texte. 

Page  CLXXVIII,  ligne  16,  lire  :  Syracitjii. 

Page  CLXXX,  ligne  12,  lire  :  anUnadverfionibus . 

Page  CCXXII,  ligne  18,  lire  :  Ctimidata. 

Addition  à  la  page  CCXXXIV. 

Voici,  d'après  un  exemplaire  que  j'ai  pu  me  procurer,  le 
titre  exact  de  la  première  édition  de  Tross,  titre  que  je 
donnais  incomplètement  d'après  les  indications  de  Bœcking  : 

DES  11  D.  M.  AUSONIUS  I|  MOSELLA,  Il  mit verbesfertem Texte, 
metrischerUeber- 11  setzung.erklàrenden  Anmerkungen,  1|  einem  kritischen 
Gommentar  und  jj  historisch  -  geographischen  1|  Abhandlungen  |]  von  |1 
LUDWIG  TROSS,  ||  Conrector  am  Gymnasio  zu  Hararn,  in  der  Grafschaft  Mark  und  || 
der  latcinischen  Gesellschaft  zu  Jeaa  EUreumitglied.  ||  HAMM,  ||  SCHULTZ  Und 
WUNDERMANN.  il  l82l. 


ET    CORRECTIONS 


CCLXXV 


Le  volume  de  1821  est  identique  à  celui  de  1824,  à  ces 
différences  près  :  il  n'a  pas  le  supplément  (pp.  249  et  suiv.) 
où  se  trouvent  les  poèmes  de  Fortunat,  l'appendice  cri- 
tique, etc.,  et  r Errata  qui  corrige  quelques  fautes  du  texte. 
L'ouvrage  de  1821  contenait  un  «  Vorwort  »  insignifiant 
qui  a  été  remplacé,  en  1824,  par  celui  que  j'ai  analysé 
(p.  CCXXXV),  et,  sous  le  nom  d'Addenda,  une  liste  de 
variantes  du  G,  qui  a  été  refondue  dans  l'appendice  critique 
de  1824.  On  peut  aussi  remarquer  que  le  nom  de  l'éditeur 
Schiiltz  devient  Schiilz,  sur  le  titre  de  1824. 


Page  CCXLI,  ligne  8,  lire  Claudien  (la  lettre  /  cassée 
sous  presse). 

Page  7,  ligne  27,  2^  col.,  lire  :  Pictiim. 

Page  9,  ligne  26,  V^  col.,  lire  :  L'édit.  de  Bâle  (1^2^). 

Page   16,  ligne  20,  lire  :  les  (la  lettre  l  cassée  sous  presse). 

Page  17,  ligne  15,  lire  :  pleins  (la  lettre  l  cassée  sous 
presse). 

Page  29,  ligne  15,  lire  :  l'ennemi  (la  lettre  l  cassée  sous 
presse). 

Page  58,  ligne  28,  lire  :  Pictum. 


CARTE     POUR    SERVIR    A  L'INTELLIGENCE 
DE    LA    MOSELLA    D'AUSONE 


Les  noms  moJcrnes  en  Jicir' 
Les  norn^r  aticiens  en  l'oit-ae. 


COBLENTZ 


P    R  O    V    I     N    C     I    A 


tP    iT 


erncastei       * 
Tabernae         ^ 

eumaêen  ♦ 


Dumnissus 

S  E  C  U  N  D  A 


B   E   L    G    I 


«=  A 

l'^  fcrTREVES 

J^  Col  A^igusta 
J^  Trevflrorum 
f.Qonx. 

on  tionaXum 


J 


\  ^w^Qioma"gus 

PRIMA 


-^ 


Echelle  de . 


1 


925.000 


.io  A:ilc>in  . 


0 IX3*J 


o  l    Z    J   4-    J- 


ZU/i.^oùfser-ie  /'rèr'&r.  Jieftjerac . 


Gi  •ittte^Hin  /iinti  II  (i 


D.  M.  AVSONII 

MOSELLA 


z^iRANsiERAM  ceUreni  nebuloso  flumine  Navam, 
'%kAddita  tniratus  veteri  nova  moenia  Vinco, 
^  Aequavit  Latias  ubi  qiiondani  Gallia  Cannas, 


m 

Infletaeque  lacent  inopesque  per  arva  catervae. 
Unde,  iter  ingrediens  nemorosa  per  avia  sohim,      5 

LA     MOSELLE     D'AUSONE 

J'avais  traversé  la  rapide  Nava,  dont  le  cours  est  assombri  par 
les  brouillards;  j'avais  admiré  les  nouvelles  murailles  données 
à  l'antique  Vincum,  où  jadis  la  Gaule  éprouva  un  désastre 
semblable  à  la  défaite  romaine  de  Cannes,  où  gisent  dans  la 
campagne  des  troupes  de  morts  qui  n'ont  obtenu  ni  larmes  ni 
honneurs  funèbres.  De  là,  je  m'engage  dans  une  route  solitaire, 
qui  traverse  une  région  boisée,  déserte,  où  l'on  ne  voit  plus  trace 


Codices.  —  i)  naiietn  Reg-.  —  2) 
Les  cod.  ont  iiico,  excepté  L  qui  a 
tnco,  avec  une  sorte  de  w  au-dessus 
de  la  ligne  entre  m  et  c.  — 4)  sinopes 
G  (une  seconde  main  a  effacé  le  s), 
Reg;  inopes  B,  Rh,  L  ;  tous  les  cod. 
ont  super. 

Editiones. —  i)  Scaliger,  dansses 
Auson.  Lcct.,  propose  lumine,  qu'il 


n'adopte  pas  dans  sesédit.,  mais  qui 
se  lit  dans  les  édit.  vulgaires  au 
lieu  de  flumine,  leçon  reprise  par 
Bœcking,  Schenkl,  Peiper;  Momni- 
sen  propose  flamine. —  2)  Ugolet 
écrit  tnuro,  conservé  par  Avantius 
(1507);  les  édit.  vulgaires,  vlco; 
Minola,  Tross,  Bœcking,  Peiper, 
Vinco;  Mommsen,  Schenkl,  Vingo. 
—  4)  Christ  propose  inopesque  per. 


2  AVSONII     MOSELLA 

Et  nulla  humani  spectans  vestigia  cultus, 
Praetereo  arentem  sitientibus  undique  terris 
Duninissum,  rigtiasque  perenni  fonte  Tabernas, 
Arvaqiie  Saiiromatuin  niiper  inetata  colonis, 
Et  tandem  primis  Belgariiin  conspicor  oris  lo 

Noiornagum,  divi  castra  inclita  Constajitini . 
Purior  hic  campis  aer,  Phoebusqiie  sereno 
Lnmine  purpuretun  reserat  iain  stidus  Olynipiini. 
Nec  iam,  consertis  per  mtittia  vincula  raniis, 
Quaeritur  exclusum  viridi  caligine  caelum,  15 

Sed  liquidiun  iitbar  et  riitilani  visentibus  aethram 
Libéra  perspiciii  non  invidet  aura  diei. 

de  cultures  faites  par  l'homme;  je  dépasse  ainsil'aride  Dumnissus, 
entouré  de  terres  qui  ont  soif,  et  Tabemes,  arrosée  par  une 
source  qui  ne  tarit  jamais,  et  les  champs  délimités  naguère  aux 
colons  Sarmates  :  enfin,  dès  les  frontières  des  Belges,  j'aperçois 
Noiomagum,  illustre  camp  du  divin  Constantin.  Dans  ces  campa- 
gnes, l'air  est  plus  pur;  et,  à  sa  lumière  sereine,  Phébus,  maintenant 
vainqueur  des  nuages,  découvre  l'Olympe  éclatant.  Ce  ne  sont 
plus  ces  branches  enlacées  par  des  liens  mutuels,  au  milieu 
desquelles  on  cherche  le  ciel  que  dérobe  une  obscurité  ver- 
doyante ;  rien  désormais  n'envie  aux  j^eux  le  clair  rayonnement 
du  soleil  et  l'éclatante  pureté  du  ciel  :  l'air  est  libre  et  le  jour 
transparent.  Alors,  tout  dans  ce  spectacle  qui  me  charmait,  énmt 
mon  cœur,  et  me  rappela  l'aspect  et  la  beauté  de  la  brillante 


Cod.  —  8)  duninissum  G,  B  ; 
dumnissam  Rh  ;  dmnnisum  Reg; 
diimnixii-m  L.  —  9)  comitata  L.  — 

10)  gelbarum  B  ;  horis  Rh,  Reg. — 

11)  noiomag*um  (un  i  etfacé)  G; 
nogomagum  Reg;  ninomagum'L; 
noiomugiimB,  Rh.  —  12) campusB; 
aer  campis  Rh.  —  13)  iamsidus  G; 
reserabat  sydus  Rh;  olympum  (i 
corrigé  en  y)  G;  olimpum  Rh  ; 
olimphum  Reg.  —  15)  et  clusuin 
Reg;  coelum  Rh.  — 17)  noniuidet 


G;  non  inuidat  Reg;  mtla  Rh.  — 
iS)cîf»MCodices;  nitentisG,nitentes 
Rh,  Reg;  nitentes (corrigé snniten- 
fis)  B  ;  L,  d'après  Peiper,  anitentis, 
d'après  Schenkl,  nitentes.  —  19) 
burdegalne  B. — 20)  tiillis  Rh;  saxis 
B.  —  21)  bacho  B,  Rh.  —  22)  siibter- 
labentes  tacto  L  ;  tacitoriim  ore 
Reg. —  23)  Salue  G,  B;  salue  Rh, 
Reg,  L.  —  25)  odoriferi  Rh;  bacho 
B,  Rh.  —  27)  diuexas  Rh;  deuexus 
B,  L.  —  2S)  et  Rh;  imitante  B.  — 


20 


AVSONII     MOSELLA 

In  speciem  tiim  me  patriae  cultiunque  niteiiiis 
Burdigalae  hlando  pepulenmt  omnia  visu  : 
Culmina  villarum  pendentibiis  édita  ripis, 
Et  virides  haccho  colles,  et  amoena  fliienta 
Siibterlabentis  tacito  rumore  Mosellae. 

Salve,  amnis  laudate  agris,  laudate  colonis, 
Dignata  imperio  debent  oui  moenia  Belgae, 
Amnis  odorifero  iuga  vitea  consite  baccho,  25 

Consite  gramineas,  amnis  viridissime,  ripas! 
Naviger  ut  pelagus,  devexas  promis  in  undas 
Ut  fluvius,  vitreoque  laciis  imitate  profimdo, 
Et  rivos  trepido  potis  aequiperare  meatu, 

Burdigala,  ma  patrie;  tout  :  ces  villas  dont  le  faîte  s'élève  sur  les 
rives  qui  dominent  le  fleuve,  ces  collines  vertes  de  vignes,  ces 
belles  eaux  de  la  Moselle  qui  coule  à  leurs  pieds  avec  un  mur- 
mure presque  insensible. 

Salut,  fleuve  dont  les  bienfaits  sont  célébrés  par  les  campagnes 
et  par  les  cultivateurs,  fleuve  à  qui  la  Belgique  doit  ces  murailles 
que  les  chefs  de  l'empire  ont  jugées  dignes  de  les  recevoir; 
Ô  fleuve  dont  les  coteaux  plantés  de  vignes  produisent  un  vin 
parfumé,  fleuve  verdoyant  dont  les  rives  sont  semées  de  gazon! 
Comme  l'Océan,  tu  portes  les  navires;  comme  une  rivière,  tu 
as  un  lit  en  pente  oîi  descendent  tes  eaux;  par  tes  profondeurs 
transparentes  tu  es  le  rival  des  lacs;  ton  courant  qui  frémit  te 
fait  ressembler  aux  ruisseaux;   et,  grâce  à  l'eau  potable  que  tu 


29)  potes  codices  (G  avait  pontes, 
len  a  été  effacé);  aequiparare  Rh. 

Edit. — 1 1)  Les  édit.  antér.  à  celles 
de  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper  ont 
Ninomagiim,  Nivomaguni,  Nouo- 
magumoM  Novomaguin.  — 15)  Les 
édit.  vulg.  ont  cœZuMi.  —  iS)  tiim  est 
une  correction  de  Bœcking,  admise 
par  Schenkl;  Peiper  écrit  quin; 
BarthproposevwZ^itmgite.— 2i)Ugo- 
let  écrit  6ac7io;  l'emploi  de  la  minus- 


cule initiale  des  mots  6acc/io(v.2 1,25) 
etbaccheia(\\  153)  varie  beaucoup 
suivant  les  éditions  ;  le  texte  vulg.  a 
d'ordinaire  Baccho,  Baccheia,  que 
Bœcking  conserve.  Schenkl  écrit 
avec  raison  &acc/io,6acc/iem;Peiper 
revient  au  texte  vulg. — 2g) potis, cor- 
rection de  Gronovius,  adoptée  par 
toutes  les  éd.  ,à  partir  de  celle  de  Tol- 
lius;  le  texte  vulg.  a  ordinairement 
aequiparare;  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper  admettent  aequiperare. 


4  AVSONII     MOSELLA 

Et  liquido  gelidos  fontes  praecellere  potu  :  30 

Omnia  solus  habes,  qiiae  fous,  quae  riviis  et  ainnis, 

Et  lactis,  et  hivio  refluus  inanajnine  pontus. 

Tu,  placidis  praelapsus  aqiiis,  nec  niurmiira  venti 

Ulla,  nec  occulti  pateris  luctamina  sa  xi. 

Non  spirante  vado  rapidos  properare  meatus  35 

Cogeris,  exsiantes  medio  non  aequore  terras 

Interceptiis  habes,  iiisti  ne  demat  honorem 

Nominis,  exclusiim  si  dividat  insiila  fliimcn. 

Tu,  ditplices  sortiie  vias,  et  ctiin  amne  secundo 

fournis  si  limpide,  tu  l'emportes  sur  les  sources  les  plus  fraîches  : 
seul,  tu  possèdes  réunis  tous  les  privilèges  des  sources,  des 
ruisseaux,  des  fleuves,  des  lacs,  et  de  la  mer  qui  par  son  double 
flux  offre  aux  navires  une  double  voie.  Tes  eaux  paisibles  glissent 
rapidement  sans  avoir  à  subir  le  bruit  sourd  du  vent,  sans  avoir 
à  lutter  contre  les  écueils  cachés.  Aucun  bas-fond  qui,  par  son 
bouillonnement,  te  force  à  précipiter  ton  courant  devenu  impé- 
tueux; aucun  amas  de  terre  qui,  s'élevant  au  milieu  de  ton  lit, 
s'oppose  à  ton  cours  et  t'enlève  l'honneur  d'un  nom  mérité,  par 
la  formation  d'une  île  qui  chasse  le  fleuve  et  le  divise  en  deux 
branches.  Le  sort  t'a  permis  de  donner  une  double  voie  aux 
navires  :  soit  que,  là  où  ton  courant  seconde  la  navigation,  les 


Cod.  —  31)  riuus  ianthis  L.  — 
32)  munimine  codices.  —  33)  prae- 
lapsus G,  B,Reg;  precelapsiis  Rh; 
praelaxus  L.  — 34)  occulta  Reg. — 
35)  spirante  G;  speranti  Reg;  spe- 
rante  B,  Rh,  L  ;  properare  G  ;  pre- 
parareReg;  reparare  B,  Rh;  re- 
tneare  L. — 3'»)  Le  vers  manque  dans 
Reg;  exstantes  B ,  Rh ■l'L:, extantes  G. 

—  42)  colla  G.  —  43)  recîirsmn  L. 

—  44)  segnis  L.  —  45)  limigenis 
G,  B,  Reg;  limigeris  Rh;  legenis 
L;  ulnis  L.  —  46)  Inmiindo  Rh, 
Reg;  immundo  G,  B,  L;  littora 
cod.,  excepté  B,  Reg;  coeno  G,  L  ; 
ceno  B,  Rh,  Reg.  —  47)  iinprimo- 


res  G;  siccamprimores  Reg;sîcca 
in  primo  respergtmt  B,  Rh  ;  sicca 
in  primo  respergit  L;  uertigia 
Reg.  —  48)  frigiis  G,  Rh  ;  phrigiis 
B,  Rtg;frigiis  L. 

Edit.  —  32)  Heinsius  a  proposé 
Molimine ;  Gronovius,  mattamine, 
adopté  parlesédit.,  excepté cellesde 
Christ  et  de  Bœcking,  qui  gardent 
munimine. — 33)  L'Ascensiana,  Vi- 
net(i575)etFrehergardent^rrte/a^- 
sus;  tous  les  autres  éditeurs  à  partir 
d'Ugolet  écrivent  prolapsus  ;  Bœc- 
king, Schenkl  et  Peiper  ont  rétabli 
jî'r«c/«/'SMS.  — 35)Ugolet,  Avantius 


AV  s  O  N 1 1     M  O  s  E  L  L  A  5 

Définis,  ut  celeres  feriaiit  vada  coiicita  remi ,  40 

Et  cum  pet'  ripas,  nusqtiam  cessante  remulco, 
Intendwit  collo  malorum  vinciila  nautae  ; 
Ipse  ttios  qtiotiens  fniraris  in  amne  reciirsus 
Legitimosque  ptitas  prope  segnius  ire  meatiis! 
Tu  neqiie  limigenis  ripant  praeiexeris  ulvis,  45 

Nec  piger  immundo  perfundis  litora  caeno  : 
Sicca  in  pri mores  pergunt  vestigia  lymphas. 

I  mine,  et  Plirygiis  sola  levia  consere  crustis, 
Tendens  niannoreinn  laqueata  per  atria  campiim  : 

rames  rapides  frappent  tes  flots  qu'elles  agitent;  soit  que,  remon- 
tant tes  rives,  sans  cesser  un  instant  de  remorquer  leur  embar- 
cation, les  mariniers  raidissent  sur  leurs  épaules  les  câbles  fixés 
aux  mâts.  Toi-même,  étonné  de  la  course  rétrograde  que  tes  eaux 
faisaient  dans  ton  fleuve,  combien  de  fois  n'as-tu  pas  pensé  que 
ton  cours  naturel  en  semblait  ralenti!  Tu  ne  couvres  pas  tes  rives 
de  ces  herbes  nées  dans  la  vase,  et  tu  ne  répands  pas  d'un  flot 
paresseux  une  bourbe  immonde  sur  tes  bords  :  on  peut  s'avancer 
à  pied  sec  jusqu'à  l'endroit  où  tes  eaux  commencent. 

Allez,  maintenant!  Tapissez  un  sol  uni  d'incrustations  phry- 
giennes, étendez  une  plaine  de  marbre  dans  vos  salles  lambrissées  ! 
Quant  à  moi,   dédaigneux   des  splendeurs    qu'ont  procurées  la 


(1507)  et  la  Juntine  ont  speraiite ;  Juntine  alenigenis;  l'Aldine,  limi- 

l'Ascensiana  écrit  siiperante,  qui  a  geris,  leçon  généralement  adoptée; 

passé  dans  le   texte  vulg.   Grono-  Poelmann  a  Z/wa'o'ewis,  leçon  admise 

vius  propose  sperante  et  superure.  par  Tollius,  et  les  édit.  qui  ont  suivi 

Tross,  Bœcking,  Schenkl,et  Peiper  la  sienne. —  47)  Les  anciennes  édit. 

rétablissent  spirante  ;  les  trois  der-  ont  ou  sed  sicca  in  primo  asper- 

niers  édit.  ont  seuls  properdre.  —  d-/;  (Ascensiana)  ou  sicca  in  primo 

36)  Tous  les  édit.  écrivent  e.v<a«/es,  respergit  (Ugolet,  Avantius,  Jun- 

excepté  Poelmann  qui  a  exstaiiteis,  tine);  ou  sicca  in  primores  spargis 
et    Tollius,   Wernsdorf,    la  Bipon-  •'    {A.\d\nt)\  an  sicca  sed  in  prima  as- 

tine  et  Tross  qui  oui  exstantes.—A^)  pergis  (Vinet  155 1,  Poelmann,  édit. 

Scheffer  propose  miilorum,  adopté  vulg.).  Cannegieter  propose  sicca 

par  Schenkl.  —  43)  Christ  propose  sed    in  para    adspergis    vestigia 

tua...  legitimoque...  ineatii.  —  45)  lympha.  Lachma.r\nTpTé{ère  sen  qtia 

Ugolet  et  Avantius  (1507)  ont  la-  in...;  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper 

gaeis ;  l'Ascensiana,  lunigenis ;  la  écnvtntsicca inprimores pergunt. 


6  AVSONIl     MOSELLA 

^45/  ego,  despectis  quae  censiis  opesque  dedcnint,   50 
Naturae  mirabor  optis,  non  cura  nepotum 
Laetaque  iacturis  itbi  luxiiriatur  egestas. 
Hic  solidae  steniunt  umentia  litora  Iiarenae, 
Nec  retinent  ineinores  vestigia  pressa  figuras. 
Spectaris  vitreo  per  levia  terga  profundo,  55 

Secreti  nihil  amnis  hahens  :  titque  ahnus  aperto 
Pa7iditur  introitu  liquidis  obtiitibns  aer, 
Nec  placidi  proliibent  oculos  per  inania  venti, 
Sic  demersa  procul  durante  per  intima  visu 
Cernimus ,  arcanique  patet  penetrale  profundi ,       60 

fortune  et  les  richesses,  j'admirerai  l'œuvre  de  la  nature,  et  non 
pas  ce  luxe  chéri  des  dissipateurs,  ces  excès  fous  d'une  indigence 
qui  se  réjouit  de  sa  ruine!...  Ici,  un  sable  résistant  recouvre  les 
grèves  humides  ;  les  pieds  ne  s'y  imprimen  point  et  n'y  laissent 
pas  de  traces  qui  rappellent  leur  forme.  A  travers  ta  surface 
polie,  on  voit  tes  profondeurs  transparentes  :  tu  n'as  rien  de 
caché,  ô  fleuve!  Tel  l'air  bienfaisant  offre  un  libre  accès  aux 
regards  qui  le  pénètrent,  alors  que  les  vents  au  repos  ne  gênent 
point  la  vue  dans  l'espace  :  de  même  notre  vue  s'étend  jusqu'aux 
régions  intimes  du  fleuve,  nous  apercevons,  loin  de  nous,  les 
fonds  les  plus  bas  au-dessous  des  eaux,  et  les  retraites  de  ces 


Cod.  —  50)  dispectis  G;  despe- 
ctiis  Reg.  —  51)  mirnmur  Rh.  — 
^2)lHxuriaG',  liixurianturB;  luxo- 
riatur  Reg.  —  53)  sternant  Reg  ; 
hinnentia  B,  Rh,  L;  litora  B;  lit- 
iorrtG,  Rh,Reg-,  L.  —  54)  rennenfL; 
fugiiras  G. —  55)  uiteo  B;  uitre 
Reg.  —  56)  nichil...  habes  Rh.  — 
57)  intuitu  codices  (intituli  quidis 
Reg);  optiitibns  G,  B;  ohtiitibus  Rh, 
Reg,  L.  —  59)  dimersa  Rh.  —  6o) 
archani  G,  B,  Rh,  L  ;  arcani  Reg; 
profundi  G;  flueniiB,  Rh,  Reg,  L. 

—  61)  inaneant  G;  lipidarutn  Reg; 
esfL. —  62)  certile  adis persas  Reg. 

—  63)  nieatus  B.  —  64)  uiri  qiiod 
Reg. —  65)  ingenis\-.\  frontibus  Rh. 


—  66)  Iticoque  latosque  L  ;  îatetque 
(\&t  du  milieu  ajouté  au-dessus  de  la 
ligne  à  la  place  d'une  letU"e  effacée) 
G.  — 67)  et  uandem...  glare  Reg. 

—  68)  talis  pictura  cod.  —  70)  con- 
carum  G,  L.  —  71)  deliciasque  Rh, 
Reg,  L;  locupletibusque  B,  Reg; 
locupletibns  subundis  L. 

Edit. —  51)  Heinsius  propose  non 
cara,  Cannegieter  secura,  Lach- 
mann  non  certa,  Peiper  non  dira. 

—  52)  Heinsius,  Foetaque  iacturis 
ciii...  —  53)  Schenkl  et  Peiper  ont 
seuls  umentia  litora  harenae  ;  les 
autres  édit.  ont  humentia;  la  plu- 
j-iart,    littora    harenae;    Bœcking, 


6s 


AVSONII     MOSELLA  7 

Ciiin  vada  lene  meant,  liquidariim  et  lapsus  aquarurii 
Prodit  caeriilea  dispersas  luce  figuras  : 
(Jitod  sulcata  levi  crispatur  harena  meatu, 
Inclinata  tremunt  viridi  qitod  gramina  fiindo  ; 
Usqiie  siib  ingeniiis  agitatae  fontihus  herbae 
Vibrantes  patiuntiir  aquas,  hicetque  latetqtie 
Calciilus,  et  viridem  distinguit  glarea  muséum. 
Tota  Caledoniis  tali  specie  ora  Britannis, 
Cum  virides  algas  et  rubra  corallia  nudat 
Aestus,  et  albentes,  coucharum.  germina,  bacas, 
Delicias  Jiominiun,  locupletibus  atqiie  sub  undis 

mystérieuses  profondeurs  nous  sont  découvertes,  lorsque  le  cou- 
rant est  paisible,  lorsque  les  eaux  qui  glissent  transparentes, 
dévoilent,  éclairées  d'une  lumière  azurée,  les  formes  des  objets 
répandus  çà  et  là;  tantôt  c'est  le  sable  qui  se  ride,  sillonné  par  la 
vague  légère;  tantôt  c'est  le  gazon  qui  tremble  et  s'incline  sur  le 
fond  verdoyant.  Au-dessous  des  eaux  où  elles  sont  nées,  les 
herbes  agitées  subissent  l'action  du  courant  qui  les  ébranle;  le 
caillou  brille,  puis  se  cache,  et  le  gravier  fait  ressortir  la  mousse 
verte.  La  côte  tout  entière  des  Bretons  de  Calédonie  offre  un 
spectacle  semblable  quand  le  reflux  laisse  à  nu  les  algues  vertes, 
et  ces  rouges  coraux,  et  ces  blanches  perles,  végétations  des 


o 


litora  harenae  ;  Tross,  litora  are- 
nae.  —  57)  obtentibiis,  conjecture 
d'un  anonyme  citée  et  admise  par 
Bœcking;  Schenlil  écrit  optentibus; 
Peiper  écrit  obtutibus,  et  corrige 
intiiitu  en  introitu. — 60)  fltienti  est 
la  leçon  admise  jusqu'à  Bœcking, 
Peiper  et  Schenkl.  Ugolet  avait 
fluentis.  —  62)  Wakefield  propose 
respersas.  — 65)  utque,  correction 
de  l'Ascensiana,  reprise  par  Vinet 
(1551)  et  l'édit.  de  Lyon(i558),  géné- 
ralement adoptée,  excepté  par  Poel- 
mann  Christ,  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper.  —  68)  Tross  met  une  paren- 
thèse ,  déj  à  indiquée  par  Vinet  :  Tota 
(Caledoniis ..  .cultusj .  Heinsius pro- 


pose Iota;  Barth,Mo;«  (qu'adoptent 
Tollius,Souchay,  etc.).  L'anonyme 
cité  par  Bœcking,  torta.  L'Ascen- 
siana I.1517)  écrit  Tota.  Caledo- 
niis... Lachmann  propose  pictum 
ora;  Bœcking  admet  talispictaora; 
Speck,  tali  est  specie  ora  ;  Peiper, 
talis  patet  ora;  Schenkl,  talis  pi- 
ctura.  —  70)  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper  écrivent  seuls  bacas.  —  71) 
Ugolet,  Avantius  (1507)  et  l'Ascen- 
siana ont  lociipletibus  usque ;  les 
édit.  antérieures  à  celles  de  Bœc- 
king, Schenkl  et  Peiper,  ont  lociiple- 
tes  ou  lociipletum  quaeque.  Barth 
préférait  locupletibus  aequa  sub,  et 
Gannegieter,    lociipletes.    Ista 


8  AVSONII     MOSELLA 

Adsimulant  nostros  imitata  monilia  culUis. 
Haiid  aliter  placidae  siihter  vada  laeta  Mosellae 
Detegit  admixtos  non  concolor  herha  lapillos. 

Intentas  tamen  usqne  oculos  errore  fatigant  75 

Interludentes ,  examina  lubrica,  pisces. 
Sed  neque  tôt  species  ohliqnatosque  natatus, 
Quaeque  per  adversiim  siiccedimt  agmina  fiiunen , 
Nominaque,  et  cunctos  numerosae  stirpis  alumnos 
Ederefas  :  haud  ille  sinit,  cui  cura  secundae  80 

Sortis  et  aeqtiorei  cessit  tutela  tridentis. 

Tu  mihi,  flumineis  habitatrix  Nais  in  oris, 

coquillages,  délices  de  l'humanité,  qui,  sous  des  eaux  si  fécondes 
en  richesses,  rivalisent,  comme  de  véritables  colliers,  avec  les 
objets  de  notre  luxe.  C'est  ainsi  qu'au-dessous  des  ondes  char- 
mantes de  la  paisible  Moselle,  l'herbe,  par  le  contraste  de  sa 
couleur,  découvre  les  cailloux  dont  elle  est  mêlée. 

Cependant,  les  yeux  attentifs  se  fatiguent  à  suivre  les  allées  et 
venues  des  troupes  de  poissons  qui  glissent  et  jouent  entre  eux. 
Mais  toutes  ces  espèces  qui  nagent  en  traçant  des  courbes 
sinueuses,  toutes  ces  armées  qui  remontent  le  courant  du  fleuve  : 
leurs  noms,  le  dénombrement  des  enfants  de  cette  race  immense, 
il  n'est  pas  permis  de  les  publier.  Il  ne  le  tolère  pas,  le  dieu  qui 
a  obtenu  en  partage  la  charge  du  second  lot  du  monde  et  la  garde 
du  trident  des  mers. 

O  Naiade,  toi  qui  habites  les  rives  fluviales,  fais-moi  connaître 


Cod.  —  72)  inrnitata  nionialia 
Reg.  —  74)  ammixtos  G,  B  ;  non  est 
color  L. —  75)  erro  refaciant  Reg. 
— 76)  inter  ludentes  B,  Rh,  L  ;  exag- 
mina  L;  ludihrica  piscis  G.  —  77) 
natatus  {ta  au-dessus  de  la  ligne) 
Reg;  nieatus  Rh. —  78)  succendunt 
L. —  79)  nomina  qtiae  cunctos  G; 
iiomina  qtiae  et  Rh;  nominaque 
cxnictos  Reg,  L;  nominaque  et  cunc- 
tos B.  —  80)  aut  cod.;  Rh  seul  a 
haud;  aederes  aut  Reg;  iitra  G; 
sedere  L.  —  82)  horis  B,  Rh  ;  naissi- 


no  fis  Reg.  —  83)  siqnamigeri  L.  — 
84)^!/zYfl7«/i^»sB,Reg,L;  cateruis 
B;  cartenias  Reg. — 85)  Squomeus 
B  ;  squameus  G,  Rh,  Reg,  L.  —  86) 
niscera...  egestus  L;  haristis  Rh. 
■ —  87)    trioria    Reg  ;    thioria    L 
ciharia  Rh.  —  88)  pnrpiireus  Rh 
—  89)  rJiedo  G,  B,  Rh;  raedo  Reg 
thedo  L. —  90)  octilos  hominum  Rh 
— 91)  iiexatae  Gi  ;  tiecate  L  ;  sauari 
B. —  92)   qua    his    G^;    qualis  B 
hostia  Bi,  Rh. — gT,)maiorisB,  Rh 
L;  viaioj-es  Reg;  vielioris  G. 


AVSONII     MOSELLA 


85 


90 


Squamigeri  gregis  edc  choros,  liquidoque  sub  alrco 
Dissere  caeruleo  fluitantes  anine  catervas. 

Sqtiameus  herbosas  capito  intev  lucet  hareuas 
Viscère  praetenero ,  fartim  congestus  aristis, 
Nec  diiraturus  post  bina  trihoria  mensis  ; 
Purpureisque  salar  stellatus  tergora  gutiis, 
Et  nullo  spinae  nociturus  aciiinine  rJiedo, 
Effugiensqiie  oculos  céleri  levis  timbra  natatu. 
Tiiqtie  per  obliqui  fauces  vexate  Saravi, 
Qna  bis  terna  fremunt  scopulosis  ostia  pilis, 
Cîim  defluxisH  famae  maioris  in  amnem, 

les  divers  groupes  de  ce  troupeau  couvert  d'écaillés  ;  dis-moi 
quelles  sont  les  bandes  de  poissons  qui  nagent  dans  le  lit  du 
ileuve  azuré. 

Revêtu  d'écaillés,  le  meunier  brille  parmi  les  sables  couverts 
d'herbages  ;  sa  chair  est  très  tendre  ;  les  arêtes  s'y  entassent  à 
rangs  serrés  ;  il  ne  peut  attendre  plus  de  deux  fois  trois  heures 
pour  être  servi  sur  les  tables.  Ensuite,  voici  la  truite  dont  le  dos 
est  constellé  de  taches  de  pourpre,  et  la  loche  qui  ne  peut  faire  de 
mal  au  moyen  de  l'aiguillon  d'aucune  épine  ;  et  l'ombre  légère,  qui 
échappe  aux  regards,  tant  elle  nage  avec  rapidité;  et  toi,  ballotté 
naguère  dans  les  passages  étroits  du  Saravus  au  cours  sinueux, 
là  où  ses  six  branches  mugissent  entre  les  piles  rocheuses  d'un 
pont,  du  moment  que  tu  as  glissé  dans  un  fleuve  plus  illustre,  tu 
peux,  ô  barbeau,  plus  libre  maintenant,  te  permettre  en  nageant 


Edit.— 79)  L'édit.  de  Lyon  (1537) 
est  la  première  qui  ait  Noininaque 
et...;  Heinsius  propose  nomine 
quemque  suo.  —  80)  Ugolet,  Avan- 
tius  (1507),  la  Juntine,  l'Aldine, 
Schenkl  et  Peiper  admettent  aut; 
les  autres  édit.  ont  haud,  que  Bœc- 
king  écrit  liant.  —  83)  Wakefield 
propose  liquidoque  sub  arvo,  et 
Christ,  liquidaque  sub  alvo.  —  84) 
Quelques  vieilles  édit.  et  Christ  ont 
fliiitantibus. — 85)  Plusieurs  vieilles 
édit.  ont  interlncet,  que  Tross  et 


Bœcking  admettent.— 86)  La  plupart 
des  anciennes  édit.  écrivent  prae 
tenero;  d'autres  ont  praeteiieris  on 
prae  teneris  ;  la  Juntine  et  l'Aldine 
ontfurtim. — 89)  Ugolet,  Avantius 
(1507),  la  Juntine,  l'Aldine,  l'édit.  de 
Bâie  (1523)  et  les  édit.  de  Lyon 
(1537.  1540,  1548)  ont  thedo;  les 
autres  édit. ,  à  partir  de  l' Ascensiana, 
ont  redo;  seuls  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiperécriventr/ietio.— 90)  L'Aldine 
a  Effigiensque ,  et  au  v.  92,  liostia. 
—  93)  Bœcking  a,  seul,  melioris. 


lO  AVSONII     MOSELLA 

Liberior  laxos  exerces,  barbe,  natatus. 
Tu  melior  peiore  aevo,  tibi  contigit  omni  95 

SpiranUim  ex  numéro  non  inlaudata  senecius. 
Nec  te  pimiceo  riitilantem  viscère,  sahno, 
Transierim ,  latae  cuius  vaga  verbera  caudae 
Gurgite  de  medio  sitminas  referiinUir  in  nndas, 
Occultus  placido  ciun  proditur  aeqtiore  piilsus.     100 
Tu,  loricato  squamostis  pectore,  frontein 
Lnbricns  et  dubiae  facturus  fercula  cenae, 
Tempora  longarum  fers  incorrupte  morariim , 
Praesignis  macidis  capitis,  ciii  prodiga  mitat 
Alvus,  opimatoque  fiuens  abdomine  venter.  105 

de  vastes  ébats.  C'est  dans  le  plus  mauvais  âge  que  tu  es  le 
meilleur  au  goût;  et  c'est  ton  heureux  privilège  que,  seul  de  tous 
les  êtres  qui  respirent,  ta  vieillesse  ne  soit  pas  dédaignée.  Et  toi 
dont  la  chair  se  distingue  par  son  éclat  pourpré,  ô  saumon,  je  ne 
te  passerai  pas  sous  silence  :  les  coups  vagabonds  de  ta  large 
queue  qui  s'agite  au  fond  des  eaux  se  répercutent  à  leur  surface, 
alors  que  tes  mouvements  qu'on  n'aperçoit  pas  se  trahissent  sur 
le  fleuve  calme.  Les  écailles  de  ta  poitrine  te  font  une  cuirasse, 
et  ton  front  est  lisse  ;  tu  es  un  mets  digne  des  festins  où  l'abon- 
dance rend  le  choix  difficile;  tu  supportes,  sans  te  corrompre,  les 
délais  d'une  longue  attente  ;  les  taches  qui  brillent  sur  ta  tête  te 
font  remarquer;  ton  ventre  énorme  se  balance  et  ondule  sous  la 


.  Cod.  —  g4)saxos'L.  —  95)MwiRh. 
—  96)  spirantum  (e  corrigé  en  m)  G  ; 
illaudata  B,  Rh.  —  98)  transierim 
(le  premier  i  ajouté  au-dessus  de  la 
ligne)  G.  —  99)  surgite  L.  —  100) 
occtiUais  G*  ;  occuUas  Rhi  (tous 
deux  corrigés  en  occultus);  aequo 
repulsus  G;  equo  repulsus  Reg. — 
101)  fronte  Rh.  —  102)  mense  Rh; 
cène  G  ;  c^ne  Reg  ;  coenae  L  ;  cenae 
B.  —  103)  incorrupta  morarum 
(corrigé  de  mororum)  B. —  106)  iUi- 
ricu)nG;  iUipicumlu,.  —  io'j)incidiis 
Reg;   mustella  L;   nutatu  Rh.  — 


109)  defrudarentur  Reg;  defraiida- 
rentur  G,  B,  Rh,  ï^.  —  i\o)  finxit 
Rh;  colorata  Reg.  —  m)  cuncta 
Reg;  y  ris  B,  Rh.  —  112)  smc«s  B; 
focus  L.  —  1 13)  fastitn  Reg;fartim 
est  omis  dans  B,  où  sa  place  est  lais- 
sée vide,  et  dansL;  pingescis  Reg; 
j>ingnescit  Rh.  —  115)  perta  B; 
parca  L  ;  sibebo  Reg.  —  I16)  amni- 
gerosRh.  —  ii-j)  piniceisR^g;  est 
tendere  L  ;  multis  Reg. 

Edit.—  94)  Ugolet,  corrigeant  L, 
écrit  sacros.—  95)  L'anon3-nie,  cité 


AVSONII     MOSELLA  11 

Oîiaeque  per  Illyricuni,  per  stagna  binoininis  Histri, 
Spiunariun  indiciis  caperis,  niustela,  natantuin, 
In  uostrum  subvecta  fretum,  ne  lata  Mosellae 
Flumina  tam  celebri  defraudarentiir  alumno. 
Otiis  te  naturae  pinxit  color  !  Atra  siiperne  iio 

Ptincta  notant  terguin,  qiia  liitea  circuit  iris; 
Liibrica  caernletis  perdiicit  tergora  fucus  : 
Corporis  ad  mediiini  fartim  pinguescis ,  ai  illinc 
Usque  sub  extremam  squalet  cutis  arida  caudam. 
Nec  te,  delicias  niensarum,  perça,  silebo,  115 

Antnigenos  inter  pisces  dignande  mai'inis, 
Soins  puniceis  facilis  cotitendere  miillis  : 

charge  de  ton  gras  abdomen.  Et  toi  qui  te  laisses  prendre  en 
Ill)-rie,  dans  les  eaux  de  l'Hister  au  double  nom,  dénoncée  par 
l'écume  qui  surnage,  tu  passes  aussi  dans  notre  fleuve,  ô  lotte, 
pour  que  la  large  Moselle  ne  se  voie  pas  refuser  un  aussi  célèbre 
habitant.  Quelles  couleurs  la  nature  n'a-t-elle  pas  employées  à  te 
peindre  !  Des  points  noirs  marquent  la  partie  supérieure  de  ton 
dos;  un  demi-cercle  jaune  orange  les  entoure;  ton  corps  poli  est 
teint  d'azur.  Farcie  de  graisse  jusqu'à  mi-corps,  tu  es  ensuite 
recouverte  jusqu'à  l'extrémité  de  la  queue  d'une  peau  maigre  et 
sèche.  Je  ne  tairai  pas  non  plus  ton  nom,  ô  perche,  délices  des 
tables,  poisson  de  rivière  digne  des  poissons  de  mer,  toi  qui  es 
seule  capable  de  le  disputer  aux  surmulets  pourprés.  Car  tu  n'es 


par  Bœcking,  propose  ctti  au  lieu 
de  fibi;  l'Aldine,  les  édit.  de  Bàle 
(1523)  et  de  Lyon  (1537,  1540,  1548) 
ont  uni,  repris  par  Tross.  —  99) 
Ugolet,  corrigeant  L,  écrit  surgit 
et  e  medio.  —  loi)  Avantius,  la 
Juntine  et  l'Aldine  ont  f  route. —  102) 
Poelmann  et  Vinet  (1575), seuls  avant 
Schenkl  et  Peiper,  écrivent  cenae. 
—  106)  Beaucoup  d'anciennes  édit. 
ont  Istri  ;  Bœcking,  Schenkl  et  Pei- 
per, Histri.  —  107)  Christ  propose 
raperis  ;  Poelmann,  seul,  avant 
Bœcking,  Schenkl  et  Peiper,  écrit 


musfela;  les  anciennes  éditions  ont 
Miistella  ou  mustella.—  loS) laefa, 
conjecture  attribuée  par  Bœcking  à 
l'anonj'me  de  HeiJelberg,  revendi- 
quée comme  sienne  par  Tross,  et  ad- 
mise par  Peiper  seul. —  109)  Schenkl 
et  Peiper  écrivent  defrudareiitur. 
—  III)  ToUius  écrit  qiia,  dans  son 
texte,  quia  dans  ses  notes  où  il  dit 
d'ailleurs  de  lire  quae,  leçon  adoptée 
parSouchay.Wernsdorfetla  Bipon- 
tine. —  114)  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper  écrivent  squalet;  les  édit.  an- 
térieures ont  généralement  si/ît^Z/e^. 


I20 


12  AVSONII     MOSELLA 

Nam  neque  gustus  iners,  solidoqiie  in  cor  pore  partes 

Segmentis  coeunt,  sed  dissociantur  aristis. 

Hic  etiam,  Latio  risiis  praenomine,  cultor 

Stagnortim,  querulis  vis  infestissiina  ranis, 

Liicius,  obscuras  ulva  caenoqiie  lacunas 

Obsidet.  Hic  nullos  mensariun  lectus  ad  usiis 

Fervet  fumosis  olido  nidore  popinis. 

Oiiis  non  et  virides,  vulgi  solacia,  tincas 

Norit,  et  alburnos,  praedam  puerilibiis  haniis, 

Stridentesqtie  focis,  obsonia  plebis ,  alaiisas? 

Teque  inter  species  geminasneutrumque  et  utrimique, 


125 


pas  fade  au  goût,  ton  corps  est  ferme  :  toutes  les  parties,  formées 
de  segments  qui  s'unissent,  sont  séparées  par  des  arêtes.  Et  ce 
poisson  aussi,  auquel  on  a  donné  par  dérision  un  prénom  latin, 
cet  hôte  des  étangs,  ennemi  violent  et  acharné  des  plaintives 
grenouilles,  le  Luciiis  s'installe  dans  les  creux  que  l'herbe  et  la 
vase  rendent  obscurs.  Dédaigné  pour  l'usage  des  tables,  on  le 
fait  bouillir  dans  les  gargotes  enfumées  que  l'odeur  de  sa  cuisson 
empuantit.  Qui  ne  connaît  les  tanches  vertes,  ressource  du  vul- 
gaire, et  les  ablettes,  proie  des  hameçons  d'enfants,  et  les  aloses, 
mets  favori  de  la  plèbe,  qui  grillent  avec  un  bruit  perçant  sur  les 
foyers  !  Et  toi  qui  fais  la  transition  entre  deux  espèces,  qui  n'es 
complètement  ni  de  l'une  ni  de  l'autre  et  qui  appartiens  à  toutes 


Cod.  —  118)  nnm  neque  B;  nam- 
que  G,  Reg,  L;  nam  quae  Rh  ; 
solidae  Rh.  —  119)  secmentis  G, 
Reg. —  120)  hinc  L. —  122)  coeno  L  ; 
ceno  Rh,  Reg. —  123  Jiinc  L  ;  millus 
Reg;  letus  Rh;  latus  L.  —  124) 
cniet...  nitore  L;  propinus  Reg. 
—  125)  uolgi  Reg;  solatia  cod.;  so- 
lacia Reg.  —  126)  pii,eribus  amis 
Reg. —  127)  obseniaL,;  obsonia  G, 
B,  Rh,Reg;^ZêoL.  —  i2ii) g-eminas 
species  L;  utrtmque  B,  L. —  129) 
que  (au  lieu  de  qui)  Reg;  necam 
Reg.  —  130)  intercepta  Reg.  —  131) 
Jlumineis  G;  memorante  L. —  132) 


geminis  maior  G;  maior  geminis 
B,  Rh,  Reg,  L;  police  L.  —  134) 
prospexi  Rh,  Reg;  prospexit  L; 
barba  B. —  i35)ceZe6rflreB;  sulure 
Reg.  —  136)  uelucî  Reg;  acieo  cod.; 
oliua  L.  —  137)  delfina  B.  —  138) 
wagni  uis  (pour  longi  uix)  Reg; 
corpora  L;  sali  L.  —  139)  defensa 
cod.;  iilli  L. 

Edit.  —  118)  Toutes  les  édit.  anté- 
rieures à  lapremièrede Vinet(i55i) 
ont  namque  et. —  119)  Cannegieter 
propose  seçmenti. —  122)  Brecking, 
Schenkl   et  Peiper    écrivent    seuls 


AVSONII     MOSËLLA  13 

Qui  iiec  diim  salmo,  nec  iam  salar,  aiubigiiiisque     - 
Ambonim  medio,  sario,  intercepte  suh  aevo?         130 
Tu  qjioqiie,  fltunineas  inter  memorande  cohortes 
Gobio,  non  maior  geminis  sine  pollice  palinis, 
Praepinguis,  teres,  ovipara  congestior  alro, 
Pi'opexiqne  tubas  iniitatus,  gobio,  barbi.  134 

Nunc,  pecns  aequoreum ,  celebrabere,  incigne  silure  : 
Client  velnt  Actaeo  perductum  tergora  olivo 
Amnicolam  delphina  reor  :  sic  per  fréta  magnum 
Laberis  et  longi  vix  cor  ports  agmina  solvis, 
Aut  bvevibus  defessa  vadis,  aut  fluminis  ulvis. 

deux,  toi  qui  n'es  pas  encore  saumon  et  qui  n'es  plus  truite,  toi 
qui  tiens  le  milieu,  ô  truite  saumonnée  :  on  te  pêche  alors  que  ton 
âge  est  intermédiaire  entre  celui  de  ces  deux  poissons.  Toi  aussi, 
il  faut  te  rappeler  parmi  ces  armées  fluviales,  ô  goujon  ;  tu  n'es 
pas  plus  grand  que  les  deux  mains  sans  les  pouces;  tu  es  très  gras, 
arrondi,  rendu  plus  gros  encore  par  ton  ventre  gonflé  d'œufs. 
O  goujon,  tes  barbillons  imitent  les  barbes  pendantes  du  barbeau! 
A  toi  maintenant  d'être  chanté,  animal  marin,  énorme  silure  :  ton 
corps  semble  enduit  de  l'huile  attique;  je  te  regarde  comme  le 
dauphin  des  fleuves  :  telle  est  ta  majestueuse  allure  en  pleine  eau; 
telles  sont  les  difficultés  que  tu  éprouves  à  déployer  en  t'avançant 
l'étendue  de  ton  long  corps,  fatigué  par  les  eaux  trop  basses  ou 


caeno.  —  125)  Schenkl  et  la  plus 
grande  partie  desédit.  qui  précèdent 
la  sienne  ont  volgi  ;  Tross,  Bœcking 
et  Peiper,  vulgi  ;  Schenkl  et  Peiper 
ont  seuls  solacia,  leçon  du  Reg;  tous 
les  autres  éditeurs  écrivent  solatia 
comme  les  autres  manuscrits.  — 127) 
Schenkl  écrit  opsonia  ;  Avantius,  la 
Juntine,  l'Aldine,  les  édit.  de  Bâie 
(1523)  et  de  Lyon  (1537,  1540,  1548], 
la  Bipontine,  Tross,  Bœcking  et 
Peiper,  ohsonia.  —  129)  amhige- 
risque,  conjecture  proposée  par 
Lachmann;  Wakefield  préférait 
ambignusque  es.—  130)  La  Juntine 


écrit/rt;-io,  leçon  suivie  depuis  lors 
par  les  édit., excepté  par  Vinet(  155 1), 
l'édit.  de  Lyon  (1558),  Poelmann, 
Christ,  Bœcking,  Schenkl  etPeiper. 
—  132)  Schenkl  et  Peiper  écrivent 
seuls  geminis  maior.  —  134)  Bœc- 
king, sur  les  conseils  de  Lachmann, 
écrit  imitaris.  —  138)  Cannegieter 
propose  volvis  au  lieu  de  solvis. — 
139)  Cannegieter  propose  detenta,  et 
Lachmann,  deprensa  ;  Bœcking 
pense  à  écrire  defessa,  mais  garde 
defensa.  Schenkl  et  Peiper  adoptent 
deprensa;  tous  les  autres  éditeurs 
conservent  defensa. 


14  AVSONII     MOSELLA 

Ai,  cum  tranquillos  nioliris  in  amne  nieatus,        140 
Te  virides  ripae,  te  caerula  turba  natantum, 
Te  liquidae  inirantur  aqtiae  :  diffimditur  alveo 
Aestus  et  extremi  prociivrunt  niargine  fluctus. 
Talis  Atlantiaco  qiiondmn  balleiia  profundo, 
Cum  vento  motuve  suo  telluris  ad  oras  145 

T*ellitu7',  exclîisum  fîindit  mare,  vtagnaqtie  siirgunt 
Aeqiwra,  vicinique  tiinent  decrescere  montes. 
Hic  tamen,  hic  nostrae  mitis  hallena  Mosellae 
Exitio  procîd  est,  magniisque  lionov  additiir  amni . 
lain  liquidas  spectasse  vias,  et  lubrica  pisces      150 

les  herbes  du  fleuve.  Mais  quand  tu  poursuis  dans  le  courant  ta 
route  tranquille,  à  ta  vue  les  rivages  verdoyants,  à  ta  vue  la 
troupe  azurée  des  poissons,  à  ta  vue  les  eaux  limpides  s'émer- 
veillent. Le  flot  qui  bouillonne  se  répand  hors  du  lit  du  fleuve,  et 
les  dernières  vagues  courent  sur  le  bord.  Telle,  dans  le  profond 
océan  Atlantique,  la  baleine,  poussée  par  les  vents  ou  par  son 
propre  élan  vers  la  terre,  répand  au  loin  la  mer  qu'elle  chasse  de 
son  domaine  :  immenses  se  gonflent  les  flots,  et  les  monts  voisins 
craignent  de  paraître  moins  élevés.  Mais  le  silure,  inofl^ensive 
baleine  de  notre  Moselle,  bien  loin  de  devenir  une  cause  de 
•désastre,  n'est  qu'un  grand  honneur  de  plus  pour  le  fleuve. 
C'est  avoir  assez  contemplé  les  routes  liquides,  et  les  troupes 


Cod.—  140)  aitt  Reg,  L;  mollir is 
L;  inagnae  (pour  in  amne)  Reg. — 
144)  «(WriM^mco  G,  Reg;  adantiaco 
L  ;  athlanciaco  Rh  ;  condam  Reg  ; 
hallena  G,  Reg,  L;  balena  B,  Rh  ; 
profunda  Reg'. —  145)  /toras Rh.  — 
146) pelitur  Rcg;fundit  (pour  sur- 
jrimt)  Reg.  —  148)  mittis  Reg; 
hallena  cod.  (L  a  mitis  corrigé  en 
initissitnaballa);  mossollae  Reg. — 
149)  wa^Mo^we  G, BiReg,  L;  «fZrf^^»s 
G,  Rh,L.  —  150)  latn  G;  iain  B,  Rh, 
Reg,  L.  — 151)  multiplicesquae  Reg; 
miiltiplices satis  enumerasseB] nii- 
nierassacaturjias  G*.  —  152)  uitae 


corrigé  en  uitea  G  ;  ponpam  Reg. — 
153)  &rtc/ieza  Rh;  hacheaL.\  bachaia 
B  ;  bacche  (le  h  ajouté)  Reg.  —  154) 
agmina  (corrigé  en  ardua)  Rh.  — 
155)  apica  Reg;  flexiique  sinmjue 
L.  —  156)  assurgiint  B,  Rh,  L;  ad- 
sitfVgunt  G,  Reg.  —  157)  almo  Reg  ; 
nectit  (corrigé  en  uestit)  Rh.  —  158) 
hrodopen  Reg;  rodopen'R\\\  rhodo- 
pem  L  ;  pangea  G,  Rh;  pagea  Reg; 
pancheaB,  L;  lieoB,Rh..  —  iS9)iiret 
Reg;  tracia  G,  Rh;  thracia  (le  h 
ajouté)  B  ;  iratia  Reg.—  160)  fluen- 
tem  G;  garonnam  G;  garninnam 
Rh;  garïinamL,,garunnamB,R*:g. 


AVSONII     MOSELLA  1 5, 

Agini)ia,  inicltiplicesque  satis  inunerasse  catervas. 

Inducant  aliam  spectacula  vitea  pompmn, 

Sollicitentque  vagos  baccheia  iminera  visus, 

Qua  sîiblunis  apex  longo  super  ardua  tractu, 

Et  rupes,  et  aprica  iiigi,  flexusque  sinusqiie  15s 

Vitibiis  adsurgnnt  natiiraliqiie  tJieatro. 

Gaiiramnn  sic  aima  iug-jim  vindemia  vestit 

Et  Rhodopen,  proprioqtie  nitent  Pangaea  lyaeo; 

Sic  viret  Ismariiis  super  aeqiiora  TJiracia  collis; 

Sic  7nea  flctventem  pingunt  vineta  Gartininam.      160 

Sitmmis  qiiippe  iiigis  tendentis  in  ultinia  clivi 

des  poissons  qui  y  glissent;  c'est  avoir  assez  dénombré  leurs 
multiples  cohortes.  Que  l'aspect  des  vignobles  présente  d'autres 
objets  à  notre  vue;  que  les  dons  de  Bacchus  fixent  nos  regards 
indécis  sur  cette  longue  suite  de  coteaux  escarpés  que  domine 
une  crête  élevée,  sur  ces  roches,  ces  hauteurs  exposées  au  soleil 
avec  leurs  sinuosités  et  leurs  enfoncements,  qui  s'élèvent,  cou- 
vertes de  vignes,  en  forme  d'amphithéâtre  naturel.  C'est  ainsi 
qu'une  féconde  vendange  revêt  le  mont  Gaurus  et  le  Rhodope,  et 
que  le  Pangée  brille  de  l'éclat  de  ses  raisins;  c'est  ainsi  que  la 
colline  de  l'Ismarus  verdit  au-dessus  de  la  mer  de  Thrace  ;  ainsi 
mes  vignobles  se  reflètent  dans  les  eaux  blondes  de  la  Garonne. 
Car  une  suite  de  vignes  verdoyantes  unit  les  bords  du  fleuve  aux 


Edit.  —  140)  Poelmann,  Tollius, 
Christ, Wernsdorf,  Tross,  Bœcking, 
Schenkl,  Peiper  écrivent  at.  Les 
autres  éditeurs,  à  partir  d'Ugolet, 
admettent  atit.  Christ,  tout  en  con- 
servant tranquillos,  préfère  tran- 
quillo,  que  Tross  et  Bœcking 
adoptent.  —  144)  Wernsdorf,  Christ, 
Tross,  Bœcking,  Schenkl  écrivent 
balaena,  comme  les  édit.  de  Lyon 
(1537  etc.);  Peiper,  ballena,  comme 
Ugolet,  l'Ascensiana,  Poelmann, 
Vinet  (1551),  etc.;  Vinet(i575),  Tol- 
lius, etc.,  ont5aZ/ae«rt. —  i46)Peiper 
écrit  exundat  au  lieu  ds  /undit.  — 


148)  Les  diverses  éditions  écrivent 
respectivement  balaena,  ballena, 
ballaena,  comme  au  v.  144.  —  149) 
La  leçon  ordinaire  des  éditions  est 
magnoque  honor  additus  anini; 
Bœcking  écrit  magnusqite  honor 
additiir  amni ;  l'Aldine  et  Schenkl 
magnusque  honor  additus  amni. — 
156)  La  leçon  vulg.  est  asstirgunt; 
Tross,  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper 
écrivent  adsurgnnt.  —  160)  Ugolet 
écrit  fltientem,  et  Burmann  propose 
labentem;  la  leçon  vulg.  est  Ga j-mw- 
»a;H;  l'Ascensiana  et  Vinet  (  155 1)  ont 
Gar««M«w, et  Bœcking  Garonnam. 


i6 


AVSONII     MOSELLA 


Conseritur  viridi  fluvialis  inargo  lyaeo. 
Laeta  operum  plèbes  festinantesqtie  coloni 
Vertice  nimc  summo  properant,  nunc  deiuge  dorso, 
Certantes  stolidis  clamoribiis.  Inde  viatoi'  165 

Riparmn  siibiecta  tei'ens,  hinc  navita  labens, 
Probra  cariunt  seris  cultoribtis  :  adstrepit  ollis 
Et  riipes,  et  silva  tvemens,  et  concavus  amnis. 
Nec  solos  Jiomines  détectât  scaena  locoruni  : 
Hic  ego  et  agrestes  Satyros  et  glaiica  tiientes        170 
Naidas  extremis  credam  conciirrere  ripis, 

plus  hauts  sommets  du  coteau  qui,  à  partir  de  la  rive,  s'élève 
jusqu'aux  dernières  cimes.  La  foule  qui  travaille  joyeuse,  les 
cultivateurs  empressés  se  hâtent,  maintenant  au  sommet,  main- 
tenant sur  les  flancs  inclinés  de  la  montagne  :  ils  font  assaut  de 
grossières  clameurs.  Ici  le  voyageur  qui  suit  sa  route,  en  bas,  le 
long  de  la  rivière,  là  le  batelier  qui  glisse  sur  les  eaux  chantent 
des  refrains  moqueurs  aux  cultivateurs  en  retard  pour  leurs  tra- 
vaux; les  rochers  résonnent  au  bruit  de  leurs  voix,  et  la  forêt 
frissonnante,  et  le  fleuve  profond. 

Et  es  hommes  ne  sont  pas  seuls  à  se  laisser  charmer  par  l'aspect 
de  ces  lieux.  Là  aussi,  je  le  croirais  volontiers,  les  Sat^-res  agrestes 
et  les  Naïades,  aux  3'eux  verts  comme  la  mer,  accourent  ensemble 


Cod.  —  162)  uiride  Reg;  lieo  B, 
Rh;  margalia  eo  Reg.  —  164)  ner- 
ticem  L;  clôso  L.  —  165)  Ce  vers 
manque  dans  le  Reg.  —  166)  tenens 
G;  Jiic  Reg;  lambens  L.  —  167) 
probra  seriint  cultoribtis  L;  astre- 
pu  B,  Rh,  L.  —  i58)  rubens  (pour 
rtipes)  L.  —  1^9)  Nec  G,  B  ;  nec  Rh, 
Reg,  L;  hotnînmn  cod.;  scena  cod. 
(excepté  Reg  qui,  d'après  Peiper, 
aurait  scaena).  —  170)  ad  agrestes 
satiros  Reg; glaça  L.—  lyi)  nudas 
B.  —  172)  proteruia  (Is  i  ajouté)  G; 
propteriiia  Reg;  panas  Rh.  —  173) 
uadas  Reg. — 174)  torrent  L;fluctus 
Rh. —  17s)  fifate  Rh;  furate  Reg, 
L  (tous  trois  omettent   la  préposi- 


tion e).  —  176)  oreadas   cod.;   pa- 
nape  Rh.  —  177)  stigit  L;  fnnos  L. 

—  178)  igneus  cod.;  (G  seul  a  aii- 
reus).  —  179)  ut  cod.;  satiros  Reg. 

—  180)  Reg  s'arrête  après  ce  vers. 

—  181)  cetas  B;  c^tu  Rh. 

Edit.  —  158  et  162)  Je  préférerais 
écrire  lyaeo  avec  une  minuscule, 
comme  j'ai  écrit  baccJio  aux  v.  21 
et  25.  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper 
écrivent  Lyaeo,  comme  la  plupart 
des  anciennes  édit.  Ugolet  et  Avan- 
tius  ontlyeo.  L'Ascensiana  de  1511  et 
celle  de  1513  ont  lyeo;  celle  de  15 17, 
ly£0,  et  l'Aldine,  lyaeo,  conservé 
par  l'édit.  de  Vinet  (155 1)  au  v.  162, 


AVSONII     MOSELLA  If 

Capripedes  agitât  cum  laeta  pi'otervia  Panas, 
Insultantque  vadis,  trepidasque  siib  amne  sorores 
Terrent,  indocili  puisantes  verbere  fliictum. 
Saepe  etiani,  niediis  fiirata  e  collibus  iivas,  175 

Inter  Oreiadas  Panope  fluvialis  arnicas 
Fugit  lascivos,  paganica  mmiina,  Faunos. 
Dicitiir  et,  tnedio  cum  sol  stetit  aiireiis  orbe, 
Ad  contmiine  fretum  Satyros  vitreasque  sorores 
Consortes  celebrare  choros ,  ciini  pracbuit  Jioras      180 
Sécrétas  homiitum  coetit  flagvantior  aestus. 

sur  ces  rives,  quand  une  joyeuse  pétulance  entraîne  les  Pans  aux 
pieds  de  chèvre  ;  ils  bondissent  dans  le  courant,  effraient  leurs 
sœurs  tremblantes  au  fond  du  fleuve  :  si  grossiers  sont  les  mou- 
vements dont  ils  battent  les  flots.  Souvent  même,  après  avoir 
dérobé  des  raisins  en  pjeins  coteaux,  la  nymphe  fluviale  Panopé 
se  réfugie  au  milieu  des  Oréades  amies,  par  crainte  des  Faunes, 
ces  lascifs  dieux  villageois.  On  prétend  aussi  qu'au  moment  où  le 
soleil  d'or  s'arrête  au  milieu  de  sa  course,  les  Satyres  et  leurs 
sœurs  brillantes  comme  le  cristal  des  eaux  vont  former  des  chœurs 
au  bord  du  fleuve  qui  leur  est  commun  :  c'est  l'heure  où  la  chaleur 
ardente  les  met  à  l'abri  du  contact  des  hommes.  Alors,  bondissant 
dans  ces  eaux  qui  sont  à  elles,  les  Nymphes  jouent,  plongent  les 


alors  que  le  v.  158  a  Lyaeo.  La 
Jiintine  admet  Lyeo.  —  167)  Ugolet 
et  Avantius  écrivent />»'o6r«  serttnt; 
ce  dernier  laisse  un  espace  vide 
après  seriint.  Vinet  dans  le  texte  de 
son  édition  de  1575  a  proba,  faute 
d'impression  qui  n'est  ni  dans  le 
commentaire  de  cette  édit.,  ni  dans 
le  texte  des  édit.  de  1551  et  de  1590; 
Accurse  propose  d' écrire  sertint  du- 
ris,  pour  suppléer  à  la  lacune  de  L, 
à  cause  du  passage  d'Horace  (Serw. , 
I,  7,  29).  —  169)  homines  est  une 
correction  d' Avantius  (1507),  qui  a 
passé  dans  la  Juntine,  l'Aldint, 
l'édit.  de  Bâle  (1523),  et  les  édit.  de 
Lyon   (1537,   1540,   1548).  Mais  les 


autres  édit.  gardent  hominum,  jus- 
qu'à Bœcking,  Schenkl  et  Peiper; 
toutes  les  édit.  antérieures  à  celles 
de  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper  ont 
scetta. —  171)  Ugolet  écrit  Naiadas 
qu' Avantius,  la  Juntine  et  l'Aldine 
conservent.  Les  édit.  de  Bâle  (1523) 
et  de  Lyon  (1537,  etc.)  ont  Naïades. 

—  176)  La  correction  Oreiadas  ap- 
partient à  l'Ascensiana  de  151 1;  la 
Juntine  et  l'Aldine  gardent  Oreadas. 

—  178)  Bœcking  et  Schenkl  écrivent 
seuls  aureus.  —  179)  Ad  est  une 
correction  de  Gronovius,  générale- 
ment adoptée  depuis  lui.  Christ 
garde  cependant  ut;  la  Bipontine 
écrit  af. 


l8  AVSONII     MOSELLA 

Tune  insultantes  sua  per  fréta  ludere  Nympkas, 
Et  Satyros  mersare  vadis,  rudihusque  natandi 
Per  médias  exire  nianus,  dum  lubrica  falsi  184 

Membra  petunt,  liquidosque  foirent pro  corporefluctiis. 

Sed  lion  liaec  spectata  ulli  nec  cognita  visu 
Fas  mihi  sit  pro  parte  loqui  :  sécréta  tegatur 
Et  commissa  suis  lateat  reverentia  rivis. 
Tlla  fruenda  palant  species,  ciun  glaucus  opaco 
Respondet  colli  fluvius ,  frondere  videntur  190 

Fluminei  latices  et  palmite  consitus  amnis. 
Ouis  color  ille  vadis,  seras  ciun  propulit  timbras 
Hesperus,  et  viridi  perfundit  monte  Mosellatn! 

Satyres  au  fond  du  courant  et  échappent  entre  les  mains  de  ces 
nageurs  maladroits,  qui,  toujours  déçus,  alors  qu'ils  saisissent 
leurs  membres  glissants,  n'étreignent  au  lieu  de  leurs  corps  que 
les  flots  limpides. 

Mais  ces  spectacles  n'ont  jamais  eu  de  témoins;  aucun  regard 
ne  les  a  vus.  Qu'il  me  soit  permis  d'en  parler  pour  ma  part;  qu'il 
reste  cependant  secret,  que  le  fleuve  garde  caché  avec  respect  le 
mystère  qui  lui  est  confié...  Voici  un  tableau  dont  on  peut  jouir 
ouvertement  :  quand  le  fleuve  azuré  reflète  la  forêt  obscure,  ses 
eaux  semblent  se  couvrir  de  feuillage,  son  courant  semble  planté 
de  vignes.  Quelle  couleur  nouvelle  prennent  les  eaux,  alors 
qu'Hespérus,  ayant  poussé  devant  lui  les  ombres  du  soir,  couvre  la 
Moselle  d'une  verte  montagne  !  Les  coteaux  tout  entiers  flottent, 


Cod.  —  182)  et  cutn  insultantes 
L.  —  183)  rapidusqiie  Bi  ;  rnpidos- 
que  B2;  natanti  L.  —  184)  cuni  B. 

—  185)  specunt  L.  —  186)  Sed  G, 
Rh  ;  sed  B,  L.  —  187)  tegantur  Rh, 
L.  —  i'6g)  fuenda...  conclaneus  L. 

—  i()i)constitit'L.  —  192)  protiilit 
B,  Rhi;  Propulit  G,  Rh2,  L.  —  193) 
perfunditG,  B,  Kh; p rofundit  L. — 

194)  inontibus  G,  Bi,  Rhi  ;  mo  tibus 
(Vil  effacée)  B^,  Rh^;  motibus  L.  — 

195)  térget  L.  —  196)  admunerat 


(corrigé  en  admmerat)  G;  annume- 
rat  B,  Rh;  anumerat  L  ;  G  a  lûtes 
(pour  uirides);  B,  deritiis  (pour 
derisus).  — 197)  cadiceo  L.  —  198) 
anitni  (pour  atnni)  G;  conftitidit  G; 
conftiditB,  Rh,  L.  —  200)  Haec  G, 
B  ;  haec  Rh,  L.  —  202)  oras  G;  ha- 
ras Rh,  L;  oras  Bi;  horas  B^.— 204) 
alacris  B;  alicris'L;  gestare  BK 

Edit.  —  i82)Ugolet  écrit  Et  citm 
sultanies;  Avantius  (1507),  Et  con- 


AVSONU     MOSELLA  I9 

Tota  natant  crispis  iicga  motibus,  et  treniit  absciis 
Pampinus ,  et  vitreis  vindeinia  tiirget  in  undis.       195 
Adniimerat  virides  derisus  navita  vîtes, 
Navita  caudiceo  fiuitans  super  aeqiiora  leiiibo, 
Per  médium,  qtia  sese  amni  confundit  imago 
Collis  et  wnbrarimi  confinia  conserit  atnnis.  199 

Haec  qaoqite  quam  dulces  célébrant  spectaciiia  pompas, 
Remipedes  medio  certant  cuin  fluniine  lembi, 
Et  varios  ineiint  flexus ,  viridesque  per  oras 
Stringuut  attonsis  pubentia  germina  pratis  ! 
Puppibus  et  proris  alacres  gestire  magistros 
Impitbemqiie  mamim super amnica  terga  vagantem  205 

agités  par  l'ondulation  des  eaux,  le  pampre  absent  tremble,  et 
la  vendange  se  gonfle  au  sein  des  ondes  transparentes.  Le 
batelier,  jouet  d'une  illusion,  compte  les  ceps  verdoyants;  le 
batelier  qui  sur  sa  barque  creusée  dans  un  tronc  d'arbre  vogue 
au  milieu  du  courant,  à  l'endroit  où  l'image  de  la  colline  se 
confond  avec  le  fleuve,  et  où  le  fleuve  semble  planté  de  vignes 
jusqu'à  la  limite  des  ombres. 

Quel  charme  aussi  pour  les  regards  que  la  vue  de  ces  jeux  :  ces 
barques  qui  marchent  à  la  rame,  qui  joutent  au  milieu  du  fleuve, 
qui  exécutent  des  courbes  variées,  qui  sur  les  rives  vertes  effleu- 
rent la  végétation  renaissante  au  milieu  des  prairies  déjà  fauchées. 
Sur  les  poupes  et  sur  les  proues  les  alertes  patrons  bondissent; 
ces  équipes  de  jeunes  gens  s'ébattent  sur  le  dos  du  fleuve  :  à  les 


sultantes.  —  185)  La  Juntine  et  l'Ai- 
dine  ont  ferunt  ponr  petiint. —  186) 
Cannegieter  propose  cognita  ab 
usa.  —  187)  Ugolet,  Avantius,  la 
Juntine,  l'Aldine,  les  édit.  de  Bâle 
(1523)  et  de  Lyon  (1537, 1540,  1548), 
ont  tegantur,  conservé  par  Bœc- 
king(édit.  Je  1842).  — 188)  Bœcking, 
(édit.  de  1828),  a  proposé  ripis. —igz) 
Ugolet,  Bcecking,  Schenkl,  Peiper 
ont  seuls  propiilit.  —  193)  Tollius 
écrit  perfundit,  mais  propose  per- 


fitdit  que  Schenkl  adopte.  —  194) 
Burmann.au  lieu  de  To/ot,  v^oudrait 
Laeta,  Foeta  ou  Fota.—  196)  Lach- 
mann  propose  At  numerat. —  199) 
Ugolet  écrit  co«/er?Y;  Burraann pro- 
pose proserit  au  lieu  de  conserit. 

—  2Di)  Ugolet,  Avantius,  l'Ascen- 
siana(i5ii)etlaJuntineont/i//»n'«s. 

—  203)  Bœcking,  d'après  les  conseils 
de  Lachmann,  écrit  gramina,  au 
lieu  de  germina.— 20^)  Cannegieter 
propose  alacris  gestire  magister. 


20  AVSONII     MOSELLA 

Dum  spectat,  transi ye  dies ;  sua  séria  ludo 
Posthahet ;  excluait  veteres  nova  gratia  curas. 
Taies  Cumano  despectat  in  aequore  ludos 
Liber,  sulphurei  cum  per  iuga  consita  Gauri 
Perque  vaporiferi  graditur  vineta  Vesevi, 
Cum  Venus,  Actiacis  Aiigusti  laeta  triumphis , 
Ludere  lascivos  fera  proelia  iiissit  Ainores, 
Qiialia  Niliacae  classes  Latiaeque  trirèmes 
Subter  Apollineae  gesserunt  Leucados  arces; 
Aut  Pompeiani  Mylasena  pericula  belli 


2lO 


215 


regarder,  le  jour  s'écoule  ;  on  préfère  aux  occupations  sérieuses 
le  spectacle  de  ces  joutes,  et  ce  plaisir  nouveau  chasse  la  pensée 
des  soucis  anciens.  Tels  sont  les  jeux  que  Bacchus  contemple  à 
ses  pieds,  dans  la  mer  de  Cumes,  alors  qu'il  parcourt  les  sommets 
riches  en  vignes  du  Gaurus  sulfureux  et  les  vignobles  du  Vésuve 
qui  lance  la  fumée  :  ces  jeux  où  Vénus,  en  réjouissance  des 
triomphes  remportés  par  Auguste  à  Actium,  fait  représenter  par 
les  Amours  folâtres  les  terribles  combats  que  les  flottes  du  Nil  et 
les  trirèmes  latines  se  sont  livrés  sous  les  murs  de  Leucade, 
consacrée  à  Apollon.  Tels  sont  aussi  les  jeux  que  les  barques  de 
Cumes  l'Eubéenne  célèbrent  sur  l'Averne  sonore,  à  l'imitation 


Cod.  —  206)  spectant  Rh;  diem 
cod.;  serica  Rh'.  —  207)  excludet 
L.  —  209)  per  est  omis  par  G.  — 
212)  proelia  G;  prelia  B;  Jilia 
Rh,  L.  —  2i3j  miliacae  L.  —  214) 
artes  L.  —  215)  mylesana  (corrigé 
en  malesana)G\  ?M/7«se««B,Rh,L. 

—  216)  sctiatiaG^y  cumbaeG;  dm- 
bac  Rh  ;  cymbe  B,  L.  —  217)  piilsos 
L;  locantes  G. —  2i8)sycJ(ZoB;  spec- 
tata  cod.  —  219)  pontes  G.  —  220) 
ephoebis  G;  ephebis  L.—  221) puppi 
ertasque  L  ;  amnis  cod.  ;  faselli  L. 

—  222)  yperionio  (suivant  Schcnkli, 
y/>e/'/o»jo  (suivant  Peiperj  Rh.  — 224) 
rediit  B,  L;  iibas  (pour  umbras) 
L.  —  225J  atqice  Rh  ;  leuaque  cod. 


Edit.—  2o5  et  207)  Ces  deux  vers, 
jugés  inintelligibles,  ont  été  écrits 
suivant  la  lettre  des  manuscrits  par 
plusieurs  éditeurs,  ou  en  changeant 
diem  en  dein  (Scaligerj;  on  a  aussi 
supposé  le  vers  2o5  formé  de  mor- 
ceaux de  deux  vers  disparus,  et 
Schenkl  et  Peiper  ont  écrit  : 

Dum  spécial 

transire  diem,  elc. 

Gronovius   a    refait  le  vers  :  Qui 

spectat  transire,  diem  et  sua 

Knebel    a    proposé  :   Dum  spectat 

transire  sator,  sua  séria  ludo 

Un  vers  supplémentaire  a  été  ima- 
giné par  Tollius  (Dum  spectat,  dum 
porro  cupit  spectare  viator,  Non 


AVSONII     MOSELLA  2l 

Euboicae  refcviDii  per  Averna  sonaniia  cumhae ; 
Innocuos  ratnim  piilstis  piignasque  iocantes 
Naiimachiae ,  Siculo  qiiales  spectante  Peloro 
Caeruleus  viridi  reparut  sub  imagine  pontus  : 
Non  aliam  speciem  petulantibiis  addit  ephebis       220 
Piibertasque  amnisqite  et  picti  rostra  pliaseli. 
Hos  Hyperionio  ctcm  sol  perfnderit  aestn, 
Reddit  naiitales  vitreo  sub  gurgite  formas, 
Et  redigit  pandas  inversi  corporis  timbras. 
Utqiie  agiles  motus  dextra  laevaque  fréquentant     225 

des  manœuvres  navales  qui  ont  précédé  la  bataille  de  Myles,  dans 
la  guerre  contre  Pompée  :  ces  navires  se  heurtant  sans  dommage, 
ces  combats  pour  rire,  vraie  naumachie  livrée  en  vue  du  Pélore, 
promontoire  de  Sicile,  et  dont  la  mer  azurée  réfléchissait  une 
verte  image.  Tel  est  aussi  l'aspect  que  donnent  à  ces  éphèbes  pétu- 
lants levir  jeunesse  et  le  fleuve,  et  les  rostres  de  leurs  embarcations 
aux  couleurs  éclatantes.  Lorsque  le  soleil  les  a  inondés  de  ses 
rayons  qui  tombent  d'aplomb,  il  reproduit  dans  le  cristal  des  eaux 
les  formes  des  matelots  en  figurant  en  raccourci  les  ombres  de 
leur  corps  renversé.  Et  suivant  que  leurs  agiles  mouvements  se 
multiplient  à  droite  ou  à  gauche,  suivant  que  l'échange  des  rames 


sentit  translre  dîem ;,  par  Bœc-  fi55i).  l'édit.  de  Lyon  (1558),  Poel- 

kin^  (Dum    spectat,   viridis    qiia  mann,  Christ,  Bœcking,  Schenkl  et 

surgit   ripa   colonn,s,    Non  sentit  Peiper  ont  CHW&ae;  Christ  propose 

trnnsire  diem ).  —  208)  Peiper  Cumae,    conjecture    dont     Peiper 

propose  gwa/es. —  209)  Schenkl  pro-  attribue  la  priorité  à  Heinsius.  — 

pose  dum  au  lieu  de  cuni.  —  211)  2i8)Accurse  et  Gronovius  écrivent 

Poeîmann  conjecture   tropaeis,  en  çi/aZ/s;  s^ec^aw^e  est  une  correction 

marge  desonédit.—  213)  Gronovius  de  l'Ascensiana  (1517)-— 219)  Wake- 

■préiéTt.rdi\t  Niliacae  classis  Latiae-  field  propose  reparet  sub  margine. 

que  trirèmes.  —  215)  Ugolet,  suivi  —  221)  Barth  écrit  amnisque,  cor- 

par  Avantius,  écrit  «n"sse;m;  lajun-  rection  généralement  admise;  cepen- 

tine,  l'Aldine,  l'édit.  de  Bâle  (1523),  dant  Souchay,  la  Bipontine,  Christ 

les  édit.  de  Lyon  (1537,  1540,  1548)  et  Peiper  conservent  amnis.  —  223) 

ont  Missena;  Accurse  propose  Mes-  Barth,  au  lieu  àc  naut aies ,  voudrait 

sana;    Gronovius    et     Lachmann,  «ow /a/es  ou  «az^a/es.— 224)  Accurse 

Mylaea.  —  216)  La  leçon  vulg.  des  préfère    à    rediit,    leçon  d'Ugolet, 

édit. estcywi&rte. L'Ascensiana, Vinet  redigit,  ou  mieux  encore  reddit. 


22 


AVSONII     MOSELLA 


Et  commutatis  alternant  pondéra  remis , 
Unda  refert  alios,  simulacra  nmentia,  nautas. 
Ipsa  suo  gaiidet  siniidainine  natitica  pitbcs, 
Fallaces  fliivio  inirata  redire  figuras. 
Sic,  îibi  compositos  ostentatiira  capillos  230 

Candentem  late  speciili  explorantis  lionoreni 
Cum  prinium  carae  nutrix  admovit  aluinnae, 
Laeta  ignorato  friiitiir  virgiinciila  hido, 
Germanaeqiie  putat  fortnam  spectare  pnellae  : 
Oscilla  fulgenti  dat  non  referenda  métallo,  235 

Aut  fixas  praeteniptat  acus,  aut  frontis  ad  orani 

qu'ils  opèrent  entre  eux  impose  un  dur  fardeau  alternativement  à 
ceux-ci  ou  à  ceux-là,  l'onde  retrace  d'autres  matelots,  humides 
fantômes.  Les  jeunes  bateliers  s'amusent  de  voir  ainsi  apparaître 
leur  image,  et  s'étonnent  de  ces  trompeuses  figures  qui  se  repro- 
duisent dans  le  fleuve.  De  même,  quand,  pour  lui  faire  voir 
l'arrangement  de  ses  cheveux,  une  nourrice  vient  approcher  de  sa 
chère  fille  l'éclatante  blancheur  d'un  miroir  qui  rayonne  au  loin, 
la  jeune  vierge  charmée  se  plaît  à  ce  jeu  qu'elle  ignorait;  elle 
croit  contempler  le  visage  d'une  sœur;  elle  donne  au  métal  brillant 
des  baisers  qui  ne  lui  seront  pas  rendus.  Ou  bien,  elle  essaie  de 
toucher  les  aiguilles  fixées  diins  la  chevelure  de  cette  image  ;  ou 


Cod.  —  227)  refer  (t  final  ajouté 
ensuite) G;  umentin (h initia.1  ajouté 
ensuite)  G;  hutnentia  B,  Rh;  Jm- 
meniius  L.  —  228)  sintilamine  B; 
simili  ag}nine  L. —  231)  cxpectantis 
L.  —  233)  tiirgungtda  Rh.  —  234) 
pntant  L;  spectate  L.  —  236)  prae- 
teiulatL,;  anis  (pour  acus)  B;  orain 
L;  horam  G,  B,  Rii.  — 237)  libratos 
Rh;  captât  (le  premier  ^  ajouté  en- 
suite) G.—  22,9)iieri  Rh.  —  240)  lam 
G;  iain  B,  Rh  ;  nani  L,;  faciles  G; 
facilis  B,  Rh,  L.  —  241)  poptilatur 
B.  —  242)  defensus...  piscis  G.  — 
243)  umenta  (corrigé  en  humentia) 
G;  humentia  B,  Rh,  L.  —  244)  exag- 


mina  'L]uertit  G'  ;  nerret  L.  —  245) 
/;/  L.  —  2^bj  fena  signis  L.  —  2471 
deiectas  G;  siibiectas  B,  Rli,  L. 

Edit,  —  227)  Schenkl  et  Peiper 
ont  seuls  nmentia  (voir  au  v.  53). 
—  230)  Speck  propose  siciiti,  que 
Schenkl  admet.  —  231  et  232)  Ces 
deux  vers  sont  mis  entre  parenthèses 
par  Peiper.  Lachmann  propose  tiim 
à  la  place  de  cm;».  —  236)  Ugolet  a 
pretendat ;  Avantius  (1507),  la  jun- 
tine,  l'Aldine.lesédit.  de  Baie  (15231. 
de  Lyon  (i537.  i54o,  1548),  prae- 
tendit;  la  leçon  ordinaire  est  celle 
de  YPï.&c^niï.xnà,praetentat  ouprac- 


AVSONII     MOSELLA  2$. 

Vibratos  captai  digitis  extendere  crines  : 
Talis  ad  iinibrarum  ludibria  nauiica  piibes 
Aiiibiguis  fnUinr  veri  falsiqne  figitris. 

lam  vero  accessus  faciles  qua  ripa  niinisirat,      240- 
Scnitatiir  toto  popiilatvix  ttirba  profnndo 
Heu  maie  defensos  pénétrait  flumine  pisces. 
Hic  medio  procul  anine  trahens  umentia  lina 
Nodosis  decepta  plagis  examina  verrit  : 
Ast  hic,  tranquillo  qua  labitur  agntine  fliimen,      24s 
Ducit  corticeis  flttitantia  retia  signis  : 
nie  aiitem  scopulis  deiectas  promis  in  undas, 

bien,  portant  les  doigts  au  bord  du  front,  elle  tente  de  lisser  les 
boucles  de  cheveux  qu'elle  aperçoit  dans  le  miroir.  Ainsi,  en 
face  de  ces  ombres  qui  se  jouent  d'eux,  les  jeunes  matelots 
s'amusent  de  ces  formes  indécises  entre  le  réel  et  l'imaginaire. 

Cependant,  aux  places  où  la  rive  permet  un  accès  facile,  une 
foule,  empressée  à  détruire,  recherche  jusqu'au  fond  des  abîmes 
les  poissons,  hélas  !  bien  mal  protégés  dans  les  retraites  cachées 
du  fleuve.  Celui-ci,  traînant  au  loin  en  pleine  eau  ses  humides 
iilets,  balaie  les  essaims  de  poissons  qui  se  laissent  prendre  dans 
les  mailles  noueuses.  Celui-là,  dans  un  endroit  où  le  fleuve  roule 
tranquillement  la  masse  de  ses  eaux,  dirige  se«  rets  flottants  que 


têtat  ;  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper, 
ont  praetemptat.  L'anonyme,  cité 
par  Bœcking,  propose  yictos  au  lieu 
Je  fixas.  —  237)  L'Ascensiana  écrit 
vibratis  captos,  leçon  admise  par 
Vinet(i55i)  etl'éJit.de  Lyon(i55S). 
Ugolet  a  vibratos  captai;  Avantius, 
vibratos  ceptat  ;  la  Juntine  et  les 
édit.  de  Bâle  (1523)  et  de  Lyon 
(I537i  1540,  1548),  vibratos  coeptat. 
Le  texte  vulg.  est  vibratis  coeptat. 
Christ  écrit  vibratis  captât;  l'Al- 
dine,  libratos  coeptat;  Poelmann, 
Tross,  Bœcking,  Schenkl,  Peiper, 
vibratos  captât.  —  240)  Accurse 
pense    qu'on   pourrait  écrire  vere, 


c'est-à-dire  verno  tempore.  —  243) 
L'Ascensiana,  Vinet  (1551,  I575)> 
l'édit.  de  Lyon  (1558),  Poelmann, 
Scaliger,    Souchay,    Christ    et    la 

Bipontine    admettent  defenstis 

plscis.  Accurse  approuve  defensas, 
qui  se  trouve  dans  Ugolet,  et  dans 
Avantius  (1507).  —  243)  Schenkl  et 
Peiper  ont  seuls  umentia  (voir  au 
V.  53).— 244) Ugolet, Avantius (1507) 
et  la  Juntine  ont  uerret.  —  245) 
Avantius  a  augmine,  approuvé  par 
Accurse.  —  246)  Ugolet  écrit  fena 
signis,  et  Avantius  (1507),  semina 
lignis.  —  247)  Schenkl  et  Peiper 
ont  seuls  deiectas. 


24  AVSONII     MOSELLA 

Inclinât  lentae  convexa  caciiinina  virgae, 

Inductos  escis  iaciens  letalibus  liainos. 

Qiios  ignara  doit  postquam  vaga  turha  natantuin  250 

Rictibus  invasit,  patiilaeque  per  intima  fauces 

Sera  occultati  senserimt  vulne^'a  ferri , 

Dum  trépidant  y  subit  indicium ,  crispoque  treniori 

Vibrantis  saeiae  nutans  consentit  harundo  : 

Nec  mora,  et  excussajn  stridenti  verbere  praedam  255 

Dexter  in  obliqimni  raptat  puer  :  excipit  ictunt 

leurs  plaques  de  liège  signalent.  Cet  autre,  penché  du  haut  des 
rocs  vers  les  eaux  qu'il  domine,  incline  l'extrémité  recourbée  de 
sa  ligne  flexible,  jetant  ses  hameçons  recouverts  d'appâts  mortels. 
Ignorante  des  ruses  du  pêcheur,  à  peine  la  troupe  vagabonde  des 
poissons  a-t-elle  englouti  les  hameçons  dans  des  gueules  béantes, 
les  gorges  dilatées  ont  déjà  senti  jusqu'en  leurs  profondeurs,  mais 
trop  tard,  les  blessures  qui  viennent  du  fer  dissimulé  ;  l'animal  se 
débat,  et  la  preuve  de  ses  mouvements  se  trahit  à  la  surface  :  des 
secousses  qui  rident  les  eaux  font  vibrer  la  soie,  et  le  roseau  lui 
obéit  en  se  balançant.  Aucun  retard  :  aussitôt  la  proie  est  arrachée 
du  fleuve  ;  d'un  coup  de  sa  ligne  qui  siffle,  l'enfant  adroit  l'enlève 
obliquement;  une  vibration  de  l'air  répond  à  ce  choc  :  ainsi,  au 


Cod.  —  248)  inclina  G^;  conexa 
G,  B,  Rh;  conexa  L.  —  249)  indu- 
ctos G;  indutos  B,Rh;  inclytos  L; 
aescis  G,  B;  loetaîibus  G;  letali- 
bus B,  Rh  ;  letabilis  L;  ainos  G*; 
hamis  L.  —  250)  ignota  L.  —  251) 
faiicis  {Vu  au-dessus  de  la  ligne)  G. 

—  252)  saera  Rh;  occiiltanti  L.  — 
253)    inclytum  (pour  indicium)  L. 

—  254)  uibrantes  Gi;  setae  G,  B,  L  ; 
setaeKh.  ;  consensit  Rh,  L;  arundo 
L. — 2^^)  pruedas'L.--2^'b)dextra'L. 

—  258)  motuque  G.—  2aig)  Exultant 
G;  exultant  B,  Rh,  L;  u*dae  (un  i 
effacé)  G;  undae  L,.—  260)  loetalict 
G;  letalia  B,  Rh;  létal ia\-..  —  261) 
qiiique  G,  Rh,  L  ;  qii^que  B.  —  262) 
anhelantis  B.  —  26^)  siibremos  B. 


Edit.  —  248)  Les  premières  édit. 
ont  connexa  ;  convexa  est  une  cor- 
rection de  Vinet  (1575),  suivie  par 
Scaliger  (1588),  ToUius,  Souchaj', 
Wernsdorf,  la  Bipontine,  Tross, 
Bœcking,  Schenkl,  Peiper.  —  249) 
Ugolet  fait  de  inclytos,  implicitos, 
qu'adoptent  Avantius  (1507),  la  Jun- 
tine,  l'Aldine,  les  éditions  de  Bâle 
(1523)  et  de  Ljron  {i537>  I540, 1548). 
Heinsius  propose  insntos.  La  leçon 
ordinaire  est  indutos;  Schenkl  et 
Peiper  écrivent  seuls  inductos.  — 
253)Ugolet écrit  i«c/i^HHî  crispoque 
tremendo.  Lachmann  propose  in 
digitum.  — 254)  La  leçon  ordinaire 
est  setae;  saetae  se  trouve  dans 
l'édition  de  Leipzig  (1515),  et  dans 


AVSONII     MOSELLA 

Spiriiiis,  td  f radis  qiiondam  per  inane  flagellis 
Aura  crêpai,  motoque  adsibilat  aère  venins. 
Exsultant  udae  super  arida  saxa  rapinae 
Luciferiqiie  pavent  letalia  tela  diei. 
Cîiique  stib  amne  siio  mansit  vigor,  aère  nostro 
Segnis  anhelatis  vitani  consumit  in  auris. 
lam  piger  invalida  vibratur  corpore  plausiis, 
Torpida  supremos  patitur  iam  cauda  treniores, 
Nec  coeunt  rictus,  haiistas  sed  hiatibiis  auras 


260 


26: 


fracas  des  fouets  qui  éclate  dans  l'espace,  la  brise  gémit,  l'air 
s'ébranle  et  le  vent  siffle.  Le  butin  humide  bondit  au-dessus  des 
arides  rochers,  redoutant  les  traits  mortels  de  la  lumière  du  jour. 
Ce  poisson,  qui,  au  fond  de  son  fleuve,  conservait  sa  vigueur, 
s'affaiblit  au  milieu  de  notre  atmosphère  ;  sa  vie  s'épuise  à  respirer 
notre  air.  Déjà  son  corps  alourdi  n'est  plus  secoué  que  de  batte- 
ments sans  force;  voici  déjà  les  derniers  tremblements  de  sa  queue 
engourdie;  sa  gueule  ne  se  ferme  plus,  et  ses  branchies,  exhalant 
le  souffle  de  la  mort,  rejettent  l'air  qu'elles  ont  absorbé  en  s'ou- 
vrant.  Ainsi,  quand  le  mouvement  de  l'air  excite  les  feux  des 
forgerons,  la  soupape  de  laine  qui  joue  dans  la  cavité  du  soufflet 
de  hêtre,  reçoit  et  chasse  le  vent  en  dégageant  ou  en  bouchant 


Bœcking-,  Schenkl  et  Peiper;  ha- 
riindo  est  la  leçon  de  l'Ascensiana, 
la  Juntine,  Vinet,  l'édit.  de  Lyon 
(1558),  Scaliger,  Tollius,  Souchay, 
Christ,  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper. 
—  255)  Cannegieter  propose  de  sup- 
primerez.— 256)  De  dextra,  leçon  de 
L,  Ugolet  a  fait  dextera,  leçon 
admise  par  la  plupart  des  édit. 
L'édit.  de  Lyon  (1558)  et  Poelmann 
ont  dextra.  L'Ascensiana,  les  édit. 
de  Leipzig  (1515).  de  Bâle  (1523) 
et  de  Lyon  (1537,  1540, 1548)  ont  dex- 
ter,  que  Tross,  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper  rétablissent.  —  257)  Schenkl 
écritZracZJs,  et  Peiper,  ra/>Zîs.— 258) 
Tross  propose  d'écrire  aeri,  mais 
conserve  aère.  —  259)  Les  anciens 


éditeurs  (Ugolet,  Avantius,  l'Ascen- 
siana, la  Juntine,  l'Aldine,  etc.), 
écrivent  exultant,  orthographe  re- 
prise par  Christ,  Bœcking,  Schenkl 
et  Peiper.  —  261)  ciiiqiie&st  une  cor- 
rection d' Avantius  ('1507),  adoptée 
par  la  Juntine,  l'Aldine,  l'édit.  de 
Lyon  (1540),  Tross,  Bœcking  et 
Peiper.  Les  autres  édit.  conservent 
quique.  Schenkl  admet  quoique. — 
262)  Vinet  (1575)  et  la  Bipontine 
admettent  anhelantis.  —  263J  L'As- 
censiana, la  Juntine,  l'Aldine,  les 
éditions  de  Leipzig  (1515I,  de  Bâle 
(1523),  de  Lyon  (1537.  I540,  1548, 
1558),  de  Vinet  (1551),  de  Poelmann, 
de  Scaliger  (1575)  et  de  Christ  ont 
invalidos. 


26  AVSONII     MOSELLA 

Reddit  mortiferos  exspirans  branchia  flatus. 
Sic,  iibi  fabriles  exercet  spiritus  ignés, 
Accipit  alterno  coliibetque  foramine  ventos 
Lanea  fagineis  alludens  parnia  cavernis, 
Vidi  egoinet  quosdam  leti  sub  fine  tr émeutes  270 

Collegisse  animas,  mox  in  sublime  citatos 
Cerniia  subiectum  praeceps  dare  corpora  in  amnem, 
Desperatavutn  patientes  rursiis  aquariim. 
Quos,  impos  damni,  puer  inconsultus  ab  alto 
Impetit,  et  stolido  captât  prensare  natatu.  275 

Sic  Anthedonius  Boeotia  per  fréta  Glaucus, 
Gramina  gustatu  postquam  exitialia  Circes 

tour  à  tour  l'ouverture.  J'ai  vu,  quant  à  moi,  des  poissons  palpi- 
tants, aux  limites  de  la  mort,  recueillir  leurs  dernières  forces,  se 
lancer  en  l'air  pour  se  précipiter  la  tête  la  première  dans  le  fleuve 
au-dessous  d'eux,  maîtres  de  ces  eaux  qu'ils  désespéraient  de 
posséder  encore.  Et  l'enfant  étourdi  qui  ne  peut  se  résigner  à 
cette  perte,  se  jette  à  leur  poursuite  du  haut  des  rochers,  et  tente 
sottement  de  les  ressaisir  à  la  nage.  Tel  Glaucus  d'Anthédon,  le 
pêcheur  des  mers  de  Béotie,  après  avoir  goûté  les  plantes  funestes 
de  Circé,  prit  des  herbes  qu'il  avait  vu  dévorer  par  les  poissons 
mourants,  et  s'élança  dans  la  mer  de  Carpathos  dont  il  devint  un 
habitant  nouveau.  Cet  homme  que  ses  hameçons  et  son  filet 
rendaient  puissant,  lui  qui  fouillait  jusqu'au  fond  les  abîmes  de 


Cod.  —  266;  expirans  G,  L; 
exspirans  B,  Rh  ;  brancia  G,  Rh; 
brantia  B,  L.  —  26-j  tibi  (pour  ii,bi) 
B.— 268)  ««erwo*  (s  effacé)  B.— 269) 
sic  ubi  lanea  Rhi  ;  partia  B.—  270) 
laeti  Rh,  B;  loeti  G.  —  272)  omne 
(pour  amnem)  B,  L.  —  274)  impios 
Gi.  —  275J  impedit  L;  solido  B; 
stalido  L. —  276)  boetiacoà. —  277) 
exitiatlia  L^;  dirces  cod.  —  278) 
moribundus  L.  —  279)  carpatium 
Rh  ;  acola  L.  —  281)  nerens  B; 
conuertere  B,  Rh,  L;  tethin  G;  the- 
iiin  B  ;  tlieû  L.  —  282)  preda  B.  — 


283)  Talia  G;  talia  B,  Rh,  L.  — 

284)  instantes  Rh^  ;  tullae  (pour 
uillae)  L.  —  285)  qtios  B,  Rh,  L; 
fluctibiis  Rhi.  —  286)  amniis  G*  ; 
alternans  contra  L  ;  alter  (lacune 
de  8  à  10  \QttxQs) petroria  B.—  287) 
Quis  G;  quis  B,  Rh,  L.  —  288) 
miratur  L  ;  ephoebi  G.  —  2S9)  cal- 
chedonio  G;  calcedonio  B,  Rh,  L; 
littore  Rh,  L. 

Edit.  —  266)  Poelmann,  ToUius, 
Souchaj',  Wernsdorf,  la  Bipontine 
et  Tross  ont  seuls  e.i;s^tra»s.  — 269) 


AVSONII     MOSELLA 


^7 


Expei'tiis  carptas  nioribundis  piscibus  herbas 
Sumpsit,  Carpathium  subiit  novus  accola  pontitm. 
nie,  ha7nis  et  rete  potens,  scrutator  operti  280 

Nereos,  aeqiioream  solitus  converreve  Tethyii, 
Inîer  captivas  fluitavit  praedo  catervas. 

Talia  despectant  longo  pev  caerula  tractu 
Pendentes  saxis  mstanti  culmine  villae, 
Quas  médius  dirimit  sinuosis  flexibus  errans       285 
Amnis,  et  alternas  conmnt  praetoria  ripas. 

Guis  modo  Sestiacum  pelagus,  Nepheleidos  Helles 
Aequor,  Aby déni  fréta  quis  miretur  ephebi? 
Quis  Chalcedonio  constratum  ab  litore  pontum, 

Nérée,  et  qui  avait  coutume  de  balayer  les  flots  de  Téthys  marine, 
il  alla,  ce  pillard  des  mers,  flotter  au  milieu  des  troupes  de 
poissons,  naguère  ses  captifs. 

Tels  sont  les  tableaux  qui  se  déroulent  sur  le  long  parcours 
azuré  de  la  Moselle,  en  vue  des  villas  suspendues  à  la  crête  des 
rochers  qui  le  dominent,  séparées  par  les  sinuosités  du  fleuve 
vagabond  qui  passe  au  milieu  d'elles  ;  des  deux  côtés,  des  maisons 
de  plaisance  ornent  les  rives. 

Et  qvii,  maintenant,  admirerait  la  mer  de  Sestos,  les  eaux  de 
la  Néphéléïde  Hellé,  ou  le  détroit  de  l'éphèbe  d'Abydos?  Qui 
pourrait  admirer  le  Bosphore  couvert  par  un  pont  de  bateaux  à 
partir  de   la  côte   de   Chalcédoine,   cette  oeuvre   du   grand   roi 


Tross  et  Peiper  écrivent  adludens. 
—  275)  L'Aldine,  les  édit.  de  Bâle 
(1523)  et  de  Lyon  (1537- 1540.  1548) 
ont  coeptat.  —  277)  Ugolet  fait  déjà 
la  correction  de  dirces  en  Circes, 
généralement  adoptée,  excepté  par 
la  Juntine,  l'Aldine,  et  les  édit.  de 
Bâle  (1523)  et  de  Lyon  (1537'  I540. 
1548).  —  278)  Ugolet,  Avantius  et 
l'Ascensiana  ont  captas,  qu'Accurse 
voulait  corriger  en  tactas  ;  Canne- 
gieter  supposait  ce  vers  apocryphe. 
— 279)  Accurse  propose  incola.  — 
281)  Les   plus  anciennes  édit.  ont 


convertere ;  Accurse  propose  déjà 
converrere,  correction  admise  pour 
la  première  fois  par  l'édit.  de  Lyon 
(1558);  Te^/îyw  est  une  correction  de 
l'Ascensiana.  —  284)  Cannegieter 
propose  exstanti.  —  285)  Les  plus 
anciennes  édit.  admettent  qnos. 
L'édit.  parisienne  de  Vinet  (1551) 
est  la  première  où  l'on  trouve  qiias. 
—  286)  alternans  coinit,  Ugolet; 
alternae  comit  praetoria  ripae, 
conjecture  de  l'anonyme  cité  par 
Bœcking.  —  289)  Chalcedonio  est 
une  correction  de  la  Juntine. 


28 


AVSONII     MOSELLA 


Régis  optes  magni,  niediis  euripus  ubi  undis        290 
Etu'opaeqiie  Asiaeque  vetat  concurrere  terras? 
Non  hic  dira  freti  rabies,  non  saeva  furentum 
Proelia  caurorum  :  licet  hic  commercia  linguae 
hingere ,  et  alterno  sennonem  texere  pulsu. 
Blanda  salutiferas  permiscent  litora  voces,  295 

Et  voces  et  paene  maniis  :  resonantia  utrimque 
Verba  refert  mediis  conciirrens  fiitctihns  écho. 
Quis  potis,  innumeros  ciilttisque  habitusqtie  retexens, 

exécutée  en  un  lieu  où  les  eaux  d'un  détroit  entre  deux  continents 
empêchent  l'Europe  et  l'Asie  de  se  réunir?  On  n'éprouve  ici  ni 
la  rage  féroce  des  mers,  ni  les  terribles  combats  des  vents  en 
fureur.  Ici,  on  peut,  d'une  rive  à  l'autre,  engager  des  entretiens, 
et,  parlant  our  à  tour,  entrelacer  des  conversations.  Ces  aimables 
rivages  unissent  les  voix  de  ceux  qui  se  saluent,  leurs  voix  et 
presque  leurs  mains.  Les  paroles  qui  résonnent  des  deux  côtés 
sont  répétées  par  les  échos,  volant  l'un  vers  l'autre  de  chaque 
rive  jusqu'au  milieu  du  fleuve. 

Qui  pourrait,  évoquant  ces  ornements  sans  nombre,  ces  aspects, 
publier  les  merveilles  architecturales  de  chacun  de  ces  domaines? 


Cod.  —  290)  magnum  cod. —  293) 
pruelia  B,  Rh  ;  chaiiroruni  G;  caii- 
crornm'L. —  294)  plansu  Rh. —  296) 
utrinqiie  G,  B,  Rh  (une  seconde 
main  a  corrigé  G  en  utrimque)  ; 
utntqiieï^.  —  297)  cowcurrzï B,Rh, 
L.  —  298)  Quis  G;  quis  B,  Rh,  L; 
potest  L  ;  cultxis  (omission  de  que) 
Rh.— 300)  gortinius  G,  B,  'L;gerti- 
nias  Rh. — 302)  iacarios  G^;  ycarios 
Rh.  —  303)  laudatur  Rh,  L.  —  304) 
syracusii  G,  B,  L;  siracusii  Rh. 
—  306)  uolufitina  B,  Rh,  L  ;  margei 
G,  B;  mar  (le  reste  déchiré)  Rh; 
viergei  L.  —  307)  hebdomadas  B; 
cbdomadas  L  ;  menecratos  codices. 

Edit.  —  290)  Vinet  corrige  uia- 


gnum.,  leçon  des  mss.,  en  magni; 
la  correction  Magni  est  attribuée  à 
Freher  par  Schenkl,  à  Scaliger  par 
Peiper.  Elle  est  évidemment  de  Sca- 
liger qui  la  propose,  dès  1574,  dans 
st&Auson.  lect.,  I,iv.— 294) D'après 
Rh,  Bœcking,  approuvé  par  Lach- 
mann,  a  écrit  plausu,  qui  se  trouve 
déjà  dans  l'Aldine.  Heinsius  a  pro- 
posé lusu.  —  295)  Ugolet,  Avantius, 
la  Juntine  et  l'Aldine  ont  promis- 
cent;  Markland  {ad  Stat.  Silv.  I, 
3,  30)  a  TpToposé  salut ige ras permit- 
tunt.  —  297)  concurrit  est  la  leçon 
de  la  plupart  des  édit.;  Freher,  Sou- 
chay,laBipontine,Tross,  Bœcking, 
Schenkl,  Peiper  ont  concurrens; 
Tollius  approuve  cette  leçon  sans 


AVSONII     MOSELLA  29 

Pandere  tcdonicas  pev  smgiila  praedia  formas? 
Non  hoc  spernat  opiis  Gortynius  aliger,  aedis         300 
Conditor  Eîiboicae,  castes  quem  fingere  in  auro 
Conantem  Icarios  patrii  pepidere  dolores  : 
Non  Philo  Cecropius,  non  qui,  laudatus  ah  hoste, 
Clara  Syracosii  traxit  certamina  belli.  304 

Forsan  et  insignes  hominumqtie  operumque  lahores 
Hic  hahuit  decinto  celebrata  vohimine  Marci 
Hehdomas;  hic  clari  viguere  Metagenis  artes 

Non,  il  ne  mépriserait  pas  ces  œuvres,  celui  qui  se  fabriqua  des 
ailes  pour  s'envoler  de  Crète,  lui  qui  construisit  le  temple  de 
Cumes,  lui  qui  essaya  de  représenter  dans  l'or  la  chute  d'Icare, 
et  qui  dut  s'arrêter,  vaincu  par  sa  douleur  de  père.  Ces  œuvres 
ne  seraient  dédaignées,  ni  par  Philon  d'Athènes,  ni  par  ce  génie, 
objet  des  louanges  de!  'ennemi  lui-même,  qui  prolongea  les  nobles 
combats  de  la  guerre  de  Syracuse.  Peut-être  ces  chefs-d'œuvre 
du  travail  humain  sont-ils  dus  à  la  réunion  des  sept  architectes 
que  célèbre  le  dixième  volume  de  Varron;  ici  peut-être  ont  paru 
dans  tout  leur  éclat  l'habileté  de  Métagène,  la  main  bien  connue 
de  l'artiste  d'Éphèse,  et  le  talent   de   cet  Ictinus  grâce  auquel, 


l'admettre  dans  son  texte.— 298)  çMt  revient  à  Syracusii.  —305)  Lach- 

est  la  leçon  ordinaire  des  éditions  mann  propose  hominesque.  —  306) 

depuis    l'Ascensiana    (1511);   Boec-  Cannegieter  propose /u'c  7ia6ea^,de- 

king,    Schenkl,    Peiper   ont    quis,  cimocelebranda;\3go\tt, Avd.rïXms, 

comme Ugolet.Avantius,  la Juntine,  et  la  Juntine écrivent woZwwma  wer- 

rAldine,rédit.deBâle(i523),rédit.  gei;  l'Aldine,   uolnmina   margei. 

de  Lyon  (1540).  —  299)  Christ  sup-  Les  autres  édit., jusqu'à  Poelmann, 

pose,  à  tort,  que  quelque  ms.  doit  uoliimine  Margei.  Poelmann,  qui 

d,xo\rtectorwmM.\\QuàQtectonicas.  garde  Margei  dans  son  texte,  pro- 

— 302)  Tollius, dans  les  Owîjssaco)»-  pose  en    marge   Marci,  correction 

missa,  ad  Mosellum,  dit  :  «  ...pepu-  généralement  adoptée  ;   Schenkl  et 

1ère...   Malim  :    repidere.»    Cette  Peiper  écrivent  Marcei.  —  306  et 

conjecture  a  été  reprise  par  Canne-  307)  Au  lieu  de  hic,  Poelmann  pro- 

gieter.  — 304)  Avantius  écrit  Syra-  pose/imc— 307)  it/ewecm^îs  est  une 

cos/,maisdansses£rra^a, il  revient  correction  de  l'édit.   parisienne  de 

à  Syracusii;  l'Ascensiana  a  corrigé  Vinet(i55i),  attribuée  par  Schenkl  et 

en  Syracosjf;  correction  adoptée  par  Peiper  à  Scaliger,  et  généralement 

presque  tous  les  éditeurs.  Bœcking  adoptée  ;  je  préfère  Metagenis. 


50 


AVSONII     MO  SELLA 


.n 


Atque  Ephesi  spectata  ^nantis,  vel  in  arce  Minervae 
Ictinus,  magico  ciii  noctua  perlita  fnco 
Allicit  omne  genus  volucres,  perimitqtie  tiiendo.  310 
Conditor  hic  forsan  fuerit  Ptolojuaidos  aiilae 
Dinochares,  qtiadro  ciii  in  fastigia  cono 
Surgit,  et  ipsa  suas  consumit  pyraniis  iinibras, 
lussus  ob  incesti  qui  quondani  foedîis  amoris 
Arsinoen  Pharii  suspendit  in  aère  templi.  315 

Spirat  enim  tecti  testudine  caeriila  cautes, 
Afflatamque  trahit  fer rato  crine  pîtellam. 


dans  la  citadelle  de  Minerve,  une  chouette  enduite  d'une  subs- 
tance magique  attire  les  oiseaux  de  toute  espèce  que  son  regard 
fait  mourir.  Ici  peut-être  est  venu  l'architecte  du  palais  des 
Ptolémées,  Dinochares  :  grâce  à  son  art,  élevant  vers  un  sommet 
en  pointe  ses  quatre  pans  triangulaires,  se  dresse  une  pyramide 
qui  absorbe  son  ombre.  Il  avait  jadis  reçu  l'ordre,  en  mémoire  des 
liens  d'un  amour  incestueux,  de  suspendre  dans  les  hauteurs 
aériennes  du  temple  de  Pharos  l'image  d'Arsinoé.  Car,  sous  la 
voûte  du  toit,  une  pierre  bleuâtre  d'aimant  aspire  et  attire  au 
moyen  d'un  cheveu  de  fer  la  jeune  femme  qu'elle  atteint  de 
ses  effluves. 


Cod. —  308)  tibi  marce  L.— 309) 
bicilnus  G;  hictinus  B,  Rh,  L;  'cui' 
magico  noctia  Rh.  —  311)  Conditor 
hinc  G;  ptolomaido  G;  ptolomaidos 
B,  Rh,  L.  —  312)  qtiadra  cui  G; 
quadre  cui  B;  quadro  cui  Rh;  cerfro 
{cui  omis)  L;  chono  Rh;  conor  L. — 
313)  ipse  L;  suos  Rh.  — 314  a6  (pour 
ob)  L.  —  315)  phariis  Rh.  —  316) 
chorus  achates  G,  B,  L;  totits  acha- 
tes  Rh. — 317)  serato  B;ferato  L. — 
318)  Hos  G;  hos  B,  Rh,  L.  —  319) 
scenas  cod.  —  320)  decoramine  B, 
L.  —  322)  procurrentes  L.  —  323) 
uendicat  Rh. —  324)  ullatenus  L.  — 
326)  atque  Rh  ;  felix  G;  diues  B, 
Rh,  L.  —  327)  irrigiiis  B. 


Edit.  —  309)  Ictinus  est  une 
correction  d'Accurse,  admise  pour  la 
première  fois  par  l'édit.  parisienne 
de  Vinet.  —  311)  Ugolet,  Avantius 
(1507)  etla  Juntine  ont  ptolomaidos; 
à  partir  de  l'Ascensiana  (151 1),  toutes 
les  autres  éditions,  celle  même  de 
Bœcking,  écrivent  Ptolemaidos ; 
Schenkl  et  Peiper  rétablissent  Pto- 
lomaidos. —  3i2j  Turnèbe  propose 
ciiui ;  Saumaise,  qiiadro  ciibi  in; 
ToUius,  ciiii  (ou  cuji);  Christ,  qua- 
dro cuius  fastigia  cono  Urget.  La 
plupart  des  édit.  gardent  la  leçon 
de  Rh;  Goropius  Becanus,  cité  par 
Poelmann,  écrit  cui  quadrato;  Bcec- 
king  écrit  cui  qnadratn ;  .Schenkl, 


AVSONII     xMOSELLA  3  F 

Hos  ergo  aitt  honun  similes  est  credere  dignum 
Belganim  in  terris  scaenas  posuisse  domorum, 
Molitos  celsas,  fluvii  decoramina,  villas.  3-0 

Haec  est  natura  siihlimis  in  aggere  saxi, 
Haec  procurrentis  fundata  crepidine  ripae; 
Haec  refugit,  captiimque  sinu  sibi  vindicat  amnem. 
nia  tenens  collem,  qui  plurimus  imminet  amni, 
Usurpât  faciles  per  culta,  per  aspera,  visus,         325 
Utque  suis  fruitur  felix  speculatio  terris. 
Quin  etiaui  riguis  humili  pede  condita  pratis 

Certes,  ce  sont  ces  artistes  ou  leurs  pareils  qui,  il  faut  le  croire, 
ont  disposé  sur  le  sol  des  Belges  le  plan  de  ces  demeures,  qui  ont 
bâti  ces  hautes  villas,  ornements  du  fleuve.  L'une  d'elles,  sur  un 
massif  de  rochers,  est  très  élevée,  grâce  à  sa  position  naturelle. 
CeUe-ci  est  établie  sur  une  pointe  saillante  du  rivage  ;  celle-là  est 
retirée,  et  réclame  comme  sien  le  fleuve  qu'elle  prend  dans  une 
baie.  Cette  autre,  occupant  une  colline  qui  domine  au  loin  la 
Moselle,  s'approprie  une  vue  facile  sur  les  terres  cultivées  et  sur 
les  lieux  sauvages;  celui  qui  a  le  bonheur  de  regarder  le  pays  du 
haut  de  cette  villa  en  jouit  comme  s'il  lui  appartenait.  L'habitation, 
elle-même,  qui  est  construite  sur  un  sol  bas  au  milieu  des  prairies 


quadro  cuii,  et  Peiper,  quadrata 
cui.  —  316)  Ugolet,  Avantius  et 
la  Juntine  admettent  chorus;  l'Al- 
dine,  les  éditions  de  Bàle(i523),  de 
Lyon  (1537,  1540,  1548),  de  Vinet 
(1575,  qui  met  une  *),  de  Tross,  gar- 
dent la  leçon  de  Rh.  L'Ascensiana 
propose  conis  (1511,  1513),  et  Corus 
(1517);  cette  dernière  correction  est 
adoptée  par  Vinet  (1551),  par  l'édit. 
lyonnaise  de  1558,  Poelmann,  Sca- 
liger,  Freher,  Souchay,  Christ, 
Wernsdorf,  la  Bipontine,  Bœcking-, 
Schenkl  (celui-ci  écrit  corus);  Gro- 
novius  propose  vera  inagnetis, 
adopté  parToUius;  Sauraaise, dor!<s 
achates;  Barth,  torviis;  Cannegie- 


ter,  curvits;  Wernsdorf,  Chloridos 
aies  (dans  un  Exciirsus  à  la  Mosella 
des  Poet.  Min.);  Peiper,  virtis.  Je 
préfère  caerula  cautes. — 317)  L'As- 
censiana admet  afflictamque,  con- 
jecture adoptée  par  le  texte  vulg.; 
Gronovius,  suivi  par  Tollius,  écrit 
affictamque.  —  321)  Markland  pro- 
pose stat;  l'Ascensiana (15 17), suivie 
par  l'édition  parisienne  de  Vinet 
(1551)1  écrit  nativi,  qu'admettent 
toutes  les  édit. ,  depuis  celle  de  Lyon 
de  1558,  jusqu'à  celle  de  Peiper,  qui 
reprend  natura.  —  326)  Les  édit.,  y 
compris  celle  de  Peiper,  ont  dives  ; 
Bœcking  et  Schenkl,  felix;  Lach- 
mann  propose  spectilamine. 


32  AVSONII     MOSELLA 

Compensât  celsi  bona  naturalia  inontls, 
Suhliinique  minans  irriimpit  in  aethera  iecio, 
Ostentans  altain,  PJiaros  ut  Memphitica,  ttirrim.  330 
Huic  proprium  est  claiisos  consaepto  gurgite  pisces 
Apricas  scopulorum  inter  capture  novales. 
HaeCy  summis  innixa  iugis,  labentia  snbter 
Fluinina  despectu  iam  caligante  tnetur. 
Atria  quid  memorem  viridantibiis  adsita  pratis,    335 
Innumerisque  super  niteiitia  tecta  columnis  ? 
Quid  quae  fluminea  substructa  crepidine  fumant 

arrosées  par  le  fleuve,  sait  trouver  une  compensation  aux  avan- 
tages naturels  de  la  haute  montagne  :  menaçante,  son  faîte  hardi 
s'élance  dans  les  airs;  et,  telle  Pharos  dans  le  pays  de  Memphis, 
elle  montre  avec  orgueil  sa  haute  tour.  A  celle-ci  le  privilège  de 
capturer  les  poissons  attirés  et  enfermés  dans  des  passages  clos 
de  toutes  parts,  au  milieu  des  rochers  dont  les  plateaux  sont 
occupés  par  des  cultures  exposées  au  soleil.  Cette  autre  dont  les 
fondements  s'appuient  sur  le  sommet  des  monts  ne  voit  qu'au 
milieu  d'un  brouillard  confus  le  fleuve  qui  coule  bien  bas  au- 
dessous  d'elle.  Ai-je  besoin  de  citer  ces  édifices  qui  s'élèvent  au 
milieu  de  vertes  prairies,  ces  toits  soutenus  par  des  colonnes  sans 


Cod.  —  328)  compensât  G,  B,  L  ; 
conpensat  Rh.  — 329)  irrupit  B,  L  ; 
aethere  B,  Rh,  L.  —330)  aliam  B  ; 
alta  L  ;  faros  G,  B,  L.  — 33i)Rh  et 
G*  n'ont  pas  est,  qui  se  trouve  dans 
G^,  B,  L  ;  concepto  B  ;  consepto  G, 
Rh, L.— 332)  captate'L.—iis) assita 
Gi,  B,  Rh;  adsita  G^,  L.  —  336)  co- 
lonis  L.  —  337)  subducta  L.  —  338) 
aperto  L.  —  2:ig)  flamas  Rh.  —  340) 
expirante  cod.  —34i)lattachriB. — 
342)^M/MîMa(au  lieu  defrigora)  B. 
34S)  horisRh.— 246)  simulachraB^. 

Edit,  —  328)  Schenkl  est  seul  à 
admettre  la  leçon  de  Rh;  toutes  les 
édit.  ont  compensât,   orthographe 


meilleure.—  329)Ugolet,  Avantius, 
la  Juntine  et  l'Aldine  ont  aethere.— 
331)  Tous  les  éditeurs,  excepté  Pei- 
per,  admettent  est  ;  les  édit.  de  Sca- 
liger,  la  première  de  Tollius  (1669), 
celle  de  Christ,  ont  concepto;  les 
autres,  consepto;  Peiper  et  Schenkl 
écrivent  consaepto,  véritable  ortho- 
graphe du  mot.  — 332)  Heinsius  pro- 
pose ca«a /es.— 336)Les  anciens  édit., 
excepté  Ugolet,  l'Ascensiana,  Sou- 
chay  et  la  Bipontine, écrivent  MîtYaw- 
tia.  Bœcking,  suivi  par  Schenkl  et 
Peiper,  a  rétabli  la  leçon  des  cod. 
Ugolet,  Avantius  (1507),  l'Ascen- 
siana et  la  Juntine  ontcolonis. — 337) 
La  plupart  des  anciennes  édit.  écri- 


AVSONII     MOSELLA  33 

Balnea,  fervent i  cuni  Mulciber  liaustus  operto 

Volvit  anlielatas  tectoria  per  cava  fiammas, 

Inclusuin  glomevans  aestu  exspirante  vaporem  ?    34° 

Vidi  ego  defessos  inulto  siidore  lavacri 

Fastidisse  lacus  et  frigora  piscinarum , 

Ut  vivis  fruerentur  aquis,  mox  amne  refotos 

Plaudenti  geliduni  flmnen  pepulisse  natatu. 

Quod  si  Cumanis  htic  afforet  hospes  ab  oris,         345 

Crederet  Euboicas  sinmlacra  exilia  Baias 

His  douasse  lacis  :  tantus  cultusque  nitorque 

nombre  ?  Que  dire  de  ces  bains  construits  sur  la  grève  du  fleuve? 
Une  épaisse  fumée  s'en  échappe,  alors  que  Vulcain,  englouti  au 
fond  de  l'étuve  brûlante,  roule  les  flammes  qu'il  exhale  dans  les 
canaux  pratiqués  à  l'intérieur  des  murailles  revêtues  de  chaux,  et 
condense  la  vapeur  enfermée  dont  les  tourbillons  s'élancent  au 
dehors.  J'ai  vu  des  baigneurs  fatigués  à  force  d'avoir  sué  dans  la 
salle  de  bains,  dédaigner  les  bassins  et  les  piscines  glacées  pour 
jouir  des  eaux  courantes,  et,  ranimés  bientôt  par  le  fleuve,  frapper 
à  grand  bruit  ses  ondes  fraîches  dans  les  ébats  de  leur  natation. 
Si  un  étranger,  venant  du  pays  de  Cumes,  arrivait  en  ces  lieux, 
il  croirait  qu'ils  ont  reçu  en  petit  les  charmes  de  Baies  l'Eubéenne  : 

vent  sulfurea  ou  sulpimrea.  Toi-  correction    d'Heinsius;     Bœcking-, 

lius,  suivi  par  Souchay  et  la  Bipon-  Schenkl    et   beaucoup    d'anciennes 

tine,   tout    en   gardant    siilphurea  éditions  écrivent  expirante.  —  34^) 

danssontexte, admet, danssesnotes,  Bœcking  a  proposé  miiltos  udore , 

flumlnea,  qu'on  lit  déjà  dans  Ugo-  tout  en  gardant  la  leçon  ordinaire 

let,  Avantius,  la  Juntine  et  l'Aldine  dans    son    texte.  —  345)    Avantius 

(ToUius  croyait    qu'Ugolet    avait  (1507)  écrit  hic,  adopté  par  la  Jun- 

écrit  fulminea  qu'il  corrigeait  en  tine,  l'Aldine,  l'édit.  de  Bâle  (1523), 

fiutninea),    et   qui   est    repris    par  les  édit.  de  Lyon  (1537.  I540.  1548). 

Ba;cking,SchenkletPeiper.Ugolet,  Peiper  écrit  adforet,  comme  l'As- 

Avantius  et  la  Juntine  conservent  censiana  (1511, 1513).  les  éditions  de 

siiùrfuc^rt,  leçon  de  L.  L'Ascensiana  Bâle   (1523).    de  Lyon  (i537.  I540. 

de   1511  admet  suhstmcta.  —  2,3'S,)  1548)  et  de  Tross.  —  346)  Tross  vou- 

Ugolet,  Avantius,  la  Juntine,  l'édit.  drait,  bien  à  tort,  remplacer  exilia 

de  Bâle,  les  éditions  de  Lyon  (i537.  par   eximia.  —   347)   D'après    une 

1540,  1548)  conservent  a/>er;o,  leçon  correction   de    Mommsen,   Schenkl 

daL.— 340)  Peiper  adoptes^  jra«;e,  change  tantus  en  tantum. 


34  AVSONII     MOSELLA 

Allicit  et,  nullum  parit  ohlectatio  hixum. 

Sed  mihi  qui  tandem  finis  tua  glauca  fluenta    349 
Dicere,  dignandumque  mari  menwrare  Mosellam , 
Innutneri  quod  te  diversa  per  ostia  late 
Incurrunt  amnes  ?  Quaniquain  differre  meatus 
Passent,  sed  celer ant  in  te  consumere  nomen. 
Namque  et  Promeae  Nemesaeque  adiuta  ineatu 
Siira  tuas  properat  non  degener  ire  sitb  undas,       355 
Sura  interceptis  tibi  gratificata  fluentis, 

telle  est  leur  beauté  ;  tel  est  leur  éclat  qui  séduit,  et  le  plaisir  qu'on 
y  goûte  n'entraîne  à  aucun  faste. 

Mais  comment  cesser  enfin  de  célébrer  ton  courant  azuré,  de 
rappeler  que  tu  es  la  rivale  de  l'Océan,  ô  Moselle,  toi  vers  qui 
des  fleuves  sans  nombre  viennent  se  précipiter,  tout  le  long  de 
ton  cours,  par  des  embouchures  qui  s'ouvrent  sur  tes  deux  rives? 
Ils  pourraient  mener  leurs  eaux  plus  loin,  mais  ils  sont  pressés  de 
perdre  leur  nom  en  toi.  En  efl'et,  aidée  de  la  Proméa  et  de  la 
Némésa,  ses  affluents,  la  Sura  s'empresse  de  se  jeter  dans  ton 
fleuve  :  elle  le  peut  sans  honte  ;  la  Sura  qui  te  fait  don  gracieux 
des  rivières  qu'elle  a  reçues,  trouve  plus  d'honneur  à  se  mêler  à 


Cod.  —  350)    dignandum  tnari       Wernsdorf.  Bœckingf  écrit:  ...me- 


meinorasse  L.  —  351)  ostia  G^,  B^; 
hostia  G*,  Bi,  Rh,  L.  —  352)  quan- 
qun  G,  Rh,  L.  —  353)  uitç  (pour  in 
<e)L. —  354)  nanque  cod.  ;  pro*nee 
G;  pronee  B,  Rh;  pronea  est  L; 
adductaL,.  —  357)  nobilibus  B,  L; 
qtiasiL,.  —  358)  hostia  Rh.  —  359) 
gelbis  G;  helgis  B,Rh,L;  eruhrus 
B,L.  —  360)  adlabere  G;  allabere 
Rh;  a/afeereL;  allambere  B. — 361) 
celsis  cod.;  ceîebratur  Rh.  —  362) 
precipiti  G.  —  365)  drahoniim  G; 
drabonum  Rh;  trachorum  B;  dra- 
conum  L. 

Edit.  —  348)  Peiper  écrit  ndlicit; 
Christ  préiérQT&hmillo périt  ohlec- 
tatio luxu. —2,SO)On  lit  dignandam- 
que  dans  les  édit.  de  Tollius  et  de 


tnorare,  Mosella,  Innumeri... — 
351)  Cannegieter  veut  quot.  —  354) 
nanque  est  conservé  par  l'Ascen- 
siana,  la  Juntine,  l'AIdine,  les  édit. 
de  Lyon  (1558),  de  Poelmann,  de 
Vinet  (1551,  1575)  et  de  Scaliger. 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine 
conservent  la  leçon  de  L,  pronea 
est;  les  autres  édit.  ont  Prowe^e  ou 
Pronaeae.  Bergk  propose  Namque 
et  aquis  Promae  ;  Schenkl  et  Pei- 
per écrivent  Namque  et  Promeae  ; 
Ugolet  écrit  adticta;  Avantius,  la 
Juntine,  l'AIdine,  les  édit.  de  Bâle 
(1523)  et  de  Lj'on  (i537.  I540,  i54^) 
ont  addticta,  comme  L. — 2)S9)Celhis 
est  une  correction  de  Scaliger  (qui 
dans  ses  édit.  écrit  Gelbis),  adoptée 
par  Schenkl  et  Peiper;  les  édit.  en 


AVSONII     MOSELLA  35 

Nohiliiis  permixta  tuo  siib  nomine,  qimm  si 
Ignoranda  patri  coufiinderet  ostia  Ponto. 
Te  rapidus  Celbis,  te  marmore  clarus  Eriibris     359 
Festiuant  famiilis  quant  prinimn  adlainbere  lymphis 
Nobilibns  Celbis  celcbratus  piscibus,  ille, 
Praecipiti  torquens  cerealia  saxa  rotatu, 
Stridentes  que  trahens  per  levia  marmora  serras  y 
Audit  perpétuas  ripa  ex  utraque  tumultus.  364 

Praetereo  exilem  Lesuram,    teniieinque  Drahonum, 

toi,  participant  à  la  communauté  de  ton  nom,  qu'à  aller,  comme 
toi,  se  jeter  dans  les  flots  de  l'Océan,  père  des  fleuves,  par  une 
embouchure  particulière,  qui  resterait  ignorée.  C'est  toi  que  le 
rapide  Celbis,  c'est  toi  que  l'Erubris,  célèbre  par  ses  marbres,  se 
hâtent  d'aller  au  plus  tôt  effleurer  de  leurs  ondes,  tes  servantes  : 
le  Celbis  qu'illustrent  ses  poissons  fameux,  cet  autre  fleuve  qui, 
mettant  dans  un  mouvement  précipité  de  rotation  les  pierres  à 
moudre  le  grain,  et  faisant  aller  les  scies  stridentes  à  travers  les 
marbres  polis,  entend  continuellement  les  bruits  qui  viennent  de 
ses  deux  rives.  Je  laisse  de  côté  la  faible  Lésura  et  le  chétif 
Drahonus;  je  ne  m'occupe  pas  du  cours  méprisé  de  la  Salmona; 


général  ont  Gelbis  (Ugolet,  Avan- 
tius,  la  Juntine  et  l'Aldine  ont  Bel- 
^zs)  et  Erubrus;  Scaliger  préférait 
Erubris,  leçon  de  l'Aldine,  des 
éJit.  de  Bâle  (1523),  de  Lyon  (1537, 
1540)  1548),  adoptée  par  Bœcking, 
Schenkl  et  Peiper.  —  360)  Ugolet 
écrit  alabere;  Avantius,  la  Juntine, 
l'Aldine,  allabere  ;  l'Ascensiana 
(1511)  adlabere,  (1513,  i'i,\-j)  adla;n- 
bere.  Les  édit.  postérieures  ont 
(illambere  ou  adlambere.  Christ 
propose  lambere.  —  361)  Les  édit. 
antérieures  à  Scaliger  ont  celsis. 
Celbis  est  une  correction  de  Scaliger 
(voir  au  v.  359) ,  qui  cependant,  dans 
ses  édit.,  écrit  comme  au  v.  359, 
Gelbis,  conservé  par  la  plupart  des 
édit.  postérieures.  ToUius  et  Werns- 
dorf  qui  au  v.  359,  avaient  Galbis, 


écrivent  Celbis,  au  v.  361.  Schenkl 
et  Peiper  seuls  ont  Celbis  dans  les 
deuxpassages;  celebratusse  trouve 
dans  Ugolet,  Avantius,  la  Juntine, 
Scaliger,  Freher,  ToUius,  Souchay, 
Wernsdorf,  Tross,  Peiper.  Schenkl 
écrit  celebratur ,  mais  admet  cele- 
bratiis.  —  365)  Ugolet  écrit  laesu- 
ram,  tous  les  autres  édit.,  Lesuram. 
Ugolet  et  Avantius  écrivent  draco- 
num;  la  Juntine,  l'Aldine,  les  édit. 
de  Bâle  (1523).  de  Lyon  (1537.  1543. 
1548), DracowMJM;  l'Ascensiana,  les 
édit.  de  Vinet  (1551),  de  Lyon  (155S), 
de  Poelmann.de  Scaliger,  de  Christ, 
DracJwnum;  Vinet  (1575)  écrit  le 
premier,  d'après  une  note  marginale 
de  Poelmann,  D^rahoniim,  qui  a 
passé  dans  presque  toutes  les  édit. 
postérieures. 


30  AVSONII     MOSELLA 

Nec  fastiditos  Salmonae  usurpo  fluorés  : 
Navip-er  undisona  dudiim  me  mole  Saravus 
Tota  veste  vocat  :  longuni  qui  distulit  aninem, 
Fessa  sub  Augustis  ut  solveret  ostia  mûris.  369 

Nec  minor  hoc,  tacitum,  qui  per  sola  pinguia  labens 
Stringit  frugiferas  felix  Alisontia  ripas. 
Mille  alii,  prout  quemque  suus  inagis  inipetus  urgef, 
Esse  tui  cîipiunt.   Tantus  properantihiis  undis 
Ambitus  aut  mores.   Quod  si  tibi,  dia  Mosella, 

dès  longtemps  le  Saravus,  fleuve  navigable  aux  ondes  abondantes 
et  sonores,  m'appelle  et  me  fait  signe  en  déployant  tous  les  plis  de 
sa  robe.  Il  a  prolongé  au  loin  son  cours  pour  venir  déverser  ses 
eaux  fatiguées  dans  la  Moselle,  sous  les  murs  d'un  palais  Auguste. 
Aussi  important  que  lui  dans  son  cours  silencieux  au  milieu  des 
grasses  campagnes,  l'heureux  Alisontia  effleure  des  rives  fertiles 
en  moissons.  Mille  autres  montrent  en  raison  de  l'élan  qui  pousse 
chacun  d'eux  le  désir  qu'ils  ont  de  devenir  tiens.  Telle  est  l'ambi- 
tion de  ces  cours  d'eau  qui  se  hâtent,  telles  sont  les  lois  de  leur 
volonté.  Que  si,  divine  Moselle,  Smyrne  ou  l'illustre  Mantoue 


Cod.  —  2(>è)  saîmone  G,  B,  L. — 
367)  mollis  arauus  B,Rh,  L. —  368) 
loca  (et  l'espace  vide  d'une  lettre  ou 
deux)  B;  locat  L.  —  369) /es^a  Rh; 
auffustâ  L;  uolueret  cod.;  hostia 
Rh,  L.— 370)  non  L;  tacitam  L. — 
271)  frugiferas  (if  ajouté  au-dessus 
de  la  ligne  par  un  correcteur)  G; 
foelix  L;  alisentia  Rh.—  372)  quem- 
que L;  quenque  B,  Rh; cûque  G.  — 
375)  smirna  Rh,  L.  —  376)  cederet 
G,  B;  yliacis  Rh  ;  symois  B,  Rh; 
Jioris  Rh.—  377)  tybris  G,  B  ;  tihris 
Rh,  L.  —  378)  mihi  ronta  B,  Rh,  L; 
ora  B,  Rh;  facessa  B.— 380)  romae 
tenuere  parentes  cod.  —  381)  Salue 
G,  B;  salue  Rh,  L;  frigumque... 
tnosellam,  L.  —  383)  faecundia  L. 

Edit.  —  366)  L'édition  parisienne 


de  Vinet  (155 1)  est  la  première  qui 
ait  Salmonae,  au  lieu  de  Salmone. 
—  367)  Toutes  les  éditions  antérieu- 
res à  celle  de  Poelmann,  qui  restitue 
wole  Sarauus,  ont  mollis  araiius 
ou  Aravus;  Vinet  a  fnolle  Sara- 
vus (édit.  1575);  dans  le  commen- 
taire et  dans  les  édit.  posthumes 
on  lit  mole  Saravus.  —  368)  Vinet 
parle  de  cod.,  où  il  a  trouvé  tefra 
ou  torta;  l'édit.  de  Lyon  (1558;  a  en 
marge  terra,  qui  n'a  pas  de  sens. 
L'Ascensiana  (1517)  et  l'édit.  pari- 
sienne de  Vinet  (1551)  ont  en  marge 
torta  qui  a  passé  dans  le  texte  de 
Poelmann,  de  Scaliger  et  de  Freher. 
Je  ne  connais  pas  et  Bœcking  ne  cite 
pas  d'éditions  où  on  lise  fe^rrt.—369) 
solveret  est  une  correction  de  Christ 
que  Tross  approuve,  sans  l'admettre 


AVSONII     MOSELLA  37 

Sniyrna  siinin  vatem  vel  Mantiia  clara  dedisset,    375 

Cederet  Iliacis  Siniois  niemoratus  in  oris, 

Nec  praeferre  suos  auderet  Thybris  honores. 

Da  veniam,  da,   Ronia  potens  !  Puisa,  oro,  facessat 

Invidia,  et  Latiae  Nemesis  non  cognita  linguae 

Lnperii  sedem,  Romamque  tuere  parentem!  380 

Salve,  magne  parens  fricgumque  virnmqne,  Mosella! 
Te  clari  proceres,  te  bello  exercita  pubes, 
Aemiila  te  Latiae  décorât  facundia  linguae. 

t'eût  donné  son  poète,  devant  toi  céderait  le  Simoïs  tellement 
vanté  sur  les  plages  d'Ilion,  et  le  Tibre  n'oserait  préférer  ses 
honneurs  aux  tiens.  Pardonne,  pardonne-moi,  ô  Rome  puissante! 
Que  l'Envie  —  c'est  ma  prière  —  se  retire,  chassée  de  ces  lieux  !  Et 
toi,  ô  Némésis,  qui  n'as  pas  de  nom  dans  la  langue  latine,  protège 
à  la  fois  le  siège  actuel  de  l'empire,  et  Rome  sa  mère  ! 

Salut,  illustre  mère  des  moissons  et  des  hommes,  ô  Moselle! 
Une  noblesse  célèbre,  une  jeunesse  exercée  à  la  guerre,  une 
éloquence  qui  rivalise  avec  celle  des  orateurs  du  Latium  :  voilà 
tes  titres  de  gloire.  Que  dire  de  ces  mœurs,  de  cet  esprit  enjoué, 


cependant  dans  son  texte.  —  372) 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine  ont 
qnaeque;  les  édit.  de  Bâle  (1523),  de 
Lyon  (1537,  1540,  1548,  1558),  de 
Vinet  (1551,  1575),  de  Scaliger  et 
de  Christ,  quenque.  Les  autres  édit. 
ont  quemque.  —  374)  moles,  leçon 
d'Ugolet,  se  lit  dans  la  plupart  des 
édit.;  la  première  édit.  de  Scaliger 
(1575)  a  molles.  Bœcking,  Schenkl 
et  Peiper  rétablissent  mores,  qui 
se  trouve  déjà  dans  l'Ascensiana  et 
dans  l'édit.  parisienne  de  Vinet 
(1551).  —  376)  Les  édit.  posthumes 
de  Vinet  (1590,  i6o4)ont  orsu—  377) 
l'Ascensiana,  Poelmann,  Schenkl  et 
Peiper  ont  Thybris;  la  leçon  ordi- 
naire est  Tibris;  l'Aldine,  les  édit. 
de  Bâle  (1523),  de  Lyon  (I537i  1540, 
1548,    I558j>    de   Vinet    (1551)    ont 


Tybris.  —  378)  Toutes  les  éditions, 
moins  celles  de  Bœcking,  Schenkl  et 
Peiper,  écrivent  milii  Ronia.  Hein- 
sius  écrit />«reMS  au  lieu  de  potens. 
—  380)  Accurse  pense  qu'il  y  a  une 
lacune  après  le  v.  379,  ou  que  le  v. 
380  est  apocryphe;  la  leçon  ordinaire 
du  V.  380  est  Rotnaeqiie  tuere  pa- 
rentes, correction  de  l'Ascensiana; 
Ugolet,  Avantius,  la  Juntine  et  l'Al- 
dine gardent  la  leçon  des  manuscrits, 
reprise  par  Schenkl  et  Peiper  qui 
supposent,  comme  Accurse,  qu'il  y 
a  une  lacune  entre  les  v.  379  et  380  ; 
Bœcking  écrit  Imperii  sedem  Ro- 
maetueare parentis.  Ghristpropose 
Imper  iihanc  sedem  Romaetemiere 
parentes.  Cannegieter  suppose  le 
v.  380  (où  il  lit  Romaeque  tuere) 
interverti  avec  le  v.  381. 


38  AVSONII     MOSELLA 

QuLii  etiaiii  mores  et  laetiun  fvonte  serena 
Ingeniiim  nahtra  tiiis  concessit  aluinnis.  385 

Nec  sola  antiquos  ostentat  Roma  Catoiies, 
Aiit  unus  tantiun  iusti  servator  et  aequi 
Pollet  Aristides,  veteresque  illustrât  Athenas. 

Veriim  ego  qtiid,  Iaxis  nimium  spatiatus  habenis, 
Victîis  aniore  ttii,  praeconia  detero  ?  Conde  390 

Musa,  chelyn,  piilsis  extremo  carminé  11er pis. 
Tempus  erit,  ciim  me  studiis  ignohilis  oti 
Miilcentem  curas  seniiqne  aprica  foventem 


de  ce  front  riant  que  la  Nature  a  accordé  à  tes  enfants  ?  Rome 
n'est  pas  seule  à  faire  parade  de  ses  Gâtons  antiques;  il  n'}'  a 
pas  que  le  seul  Aristide  qui  se  distingue  par  l'observation  de  la 
justice  et  de  l'équité,  Aristide,  l'illustration  de  la  vieille  Athènes. 
Mais,  où  vais-je  ?  Tel  un  conducteur  de  chars  qui  lâche  les  rênes 
et  se  laisse  emporter,  je  suis  dominé  par  l'amour  que  j'ai  pour  toi, 
et  mon  éloge  affaiblit  ta  gloire.  Muse,  mets  ta  Ij^re  de  côté  :  mon 
chant  arrivé  à  son  terme  cesse  de  faire  résonner  tes  cordes.  Un 
temps  viendra  où  par  les  travaux  studieux  de  mes  loisirs  sans 
gloire,  je  charmerai  mes  soucis,  je  ranimerai  ma  faiblesse,  pauvre 


Cod. — 384)se>'e«a  G,  Rh;  seitera 
B,  L.  —  387)  spectator  G,  Rh,  L; 
speciilator  B.  —  388)  tieteresque 
illustrât  Cr,  B,  Rh,  (L  a  omis  illus- 
trât).—  389)  Verum  G;  tierum  B, 
L;  uaerum  Rh;  qtiod  G,  L.  —  390) 
tiio  L  ;  une  lacune  dans  B  après 
amore ;  en  marge,  tiio.  —  391)  mus 
(pour  musa)  L;  chelin  Rh;  chelim 
B;  neos  G;  netis  B;  necis  L;  neruis 
(corrigé  en  netis)  Rh.  —  392)  otii 
B;  ora  L.  —  394)  uiru:n  (que  ajouté 
d'une  autre  main)  L.  —  395)  cana 
Rh.  —  396)  miclii  Rh.  —  397)  pye- 
rides  Rh  ;  captas  siibtegniine  L.  — 
398)  fustis  L.  —,  399)  memeraho 
G.  —  401)  presidium  B,  Rh  ;  prae- 
sidum  L;  régis  L.  —403)  protex- 
tati  G. 


Edit.  —  384)  La  leçon  ordinaire 
des  éàït.&si  severa;  Hontheim  écrit 
serena  dans  son  Hist.  Trevir.  di- 
plomat.  et  pragmatic,  1750,  t.  I, 
p.  7;  mais  dans  son  Prodromus, 
1757,  t.  I,  p.  241,  il  a  severa.  Bœc- 
king,  Schenkl  et  Peiperontsercwrt. 
—  387)  sectator,  Heinsius.  —  388) 
Ugolet  écrit  veteres  qui  clarat;  les 
édit.  anciennes  ont  veteres  quae 
illustrât  (Scaliger,  1575,  Vinet, 
1390), vête r es  qui  il hist rat  (VAldine, 
Vinet,  1575,  Scaliger,  1588,  Tross), 
ou  veteres  qtti  lusfrat(VAscQnsia.na, 
1517,  Vinet,  1551,  Lj'on,  1558,  Poel- 
mann  :  ces  trois  dernières  éditions 
ont  en  marge  veteresque  illustrât). 
L'Ascensiana(i5ii,i5i3),laJuntine, 
l'édit.  de  Bâle  (1523), les  édit. de  Lyon 


AVSONII     MOSELLA  39 

Materiae  commendet  houos  ;  eu  ni  fada  viritini      394 
Belgarwn,  patriosque  caiiaui,  décora  inclita,  mores: 
Mollia  siibtili  nebiint  miJii  carniina  filo 
Piérides,  tenaique  aptas  subtemine  tel  as 
Percurrent  :  dabitur  nostris  quoque  purpura  fusis . 
Ouis  niihi  tum  non  dictus  erit?  Menwrabo  quietos 
Agricolas  legumque  catos,  faruiiqiie  patentes,        400 
Praesidium  sublime  reis ;  quos  curia  sum-fnos 
Municipimi  vidit  proceres  propriumqtte  senatuni; 
Oîios  praetextati  celebris  facundia  ludi 

vieillard  avide  de  la  chaleur  du  soleil.  La  noblesse  du  sujet  sera 
une  recommandation  pour  mon  œuvre  ;  je  chanterai  en  particulier 
les  exploits  de  chaque  héros  belge,  et  ces  mœurs,  héritage  des 
ancêtres,  qui  sont  leur  gloire  illustre.  D'un  fil  léger  les  Piérides  me 
tisseront  d'agréables  poèmes;  leurs  doigts  parcourront  la  trame 
fixée  à  une  chaîne  délicate  ;  la  pourpre  aussi  sera  donnée  à  nos 
fuseaux.  Qui  ne  chanterai-je  pas  alors?  Je  rappellerai  les  paisibles 
laboureurs,  et  les  jurisconsultes,  et  les  avocats  habiles,  sublime 
sauvegarde  des  accusés;  ces  hommes  que  la  curie  municipale  a 
vus,  chefs  suprêmes  de  leursconcitoyens, former  leurpropre  Sénat; 


(I537>  1540, 1548),  Tollius,  Souchay, 
Christ,  Wernsdorf,  la  Bipontine, 
Bœcking,  .Schenkl  ont  veteresquc 
illustrât;  Peiper,  ueteresque  in- 
lustrât. —  391)  Ugolet  admet  necis  ; 
Schenkl  et  Peiper  écrivent  netis  au 
lieu  de  nervis,  leçon  ordinaire  des 
édit.,  à  partir  de  celle  d'Avantius. 
La  Juntine  a  uentis.  Heinsius  lisait 
extrema  ad  cariniiia.  —  392)  Ugo- 
let et  Avantius  admettent  ora; 
Tollius  garde  otii;  l'Aldine,  Vinet 
(1575),  Scaliger  (1575, 1588)  ont  otij; 
Vinet  (1590)  a  otj.  Accurse  veut  oci, 
qui  est  déjà  dans  l'Ascensiana,  et 
plus  tard  dans  Vinet  (1551),  et  dans 
l'édit.  de  Lyon  (1558).  La  Juntine  a 
ocij ;  la  leçon  des  autres  éditions 
est  oti.  —  394)  Ugolet,  Avantius,  la 


Juntine  et  l'Aldine  ont  iiirorum  ; 
Cannegieter  propose  Ouiritum. — 
395)  inclyta  est  la  leçon  ordinaire 
des  éditions.  Mais  Ugolet, Avantius, 
Poelmann,  l'édit.  des  Deux-Ponts, 
Tross,  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper 
écrivent  inclita.  —  396)  Burmann 
propose  stamina  au  lieu  de  cnrmi- 
nn.  —  397)  Ugolet  et  Avantius  ont 
tenui  captas;  Accurse  propose  coe- 
ptas.  Les  édit.  ont  suhtegmine,  écrit 
sub  tegniine,  en  deux  mots,  par 
l'Ascensiana,  la  Juntine  et  l'Aldine. 
Poelmann,  Christ, Wernsdorf,  Bœc- 
king, Schenkl  et  Peiper  écrivent 
subtemine. — 398)  De /i*s^/s, leçon  de 
L,  Ugolet  a  fait  f astis,  adopté  par 
Avantius  (1507).— 401)  Ugolet, Avan- 
tius et  la  Juntine  écrivent  régis. 


■40  AVSONII     MOSELLA 

Contiillt  ad  veteris  praeconia  Quintiliani, 

Quique  suas  rexere  iirbes  purunique  tribunal       405 

Sanguine  et  innocuas  illustravere  secures  ; 

Aut  Italmn  populos  aquilonigenasque  Britannos 

Praefecturarmn  titulo  tenuere  secundo  ; 

Quique  caput  rerum  Romani,  populuntque  patresquc 

Tantmn  non  primo  rexit  sub  nomine,  quanivis     ât\o 

Par  fuerit  primis  :  festinat  solvere  tandem 

Errorem  Fortmta  simm,  libataque  siipplens 

Praemia  iani  veri  fastigia  reddet  honoris 

ceux  que  leur  éloquence,  célèbre  dans  les  écoles  où  se  réunissent 
les  jeunes  gens  vêtus  de  la  robe  prétexte,  a  élevés  jusqu'à  la  gloire 
du  vieux  Quintilien;  ceux  qui  ont  administré  leurs  propres  villes, 
et  illustré  les  tribunaux  qui  ne  font  pas  couler  de  sang  et  les  haches 
inoffensives;  ou  ceux  qui,  vicaires  des  préfets,  ont  gouverné  en 
sous-ordre  les  peuples  d'Italie  et  les  Bretons,  fils  du  Nord;  et  cet 
homme  enfin  qui  a  administré  la  capitale  du  monde,  Rome,  son 
peuple  et  ses  sénateurs  :  égal  aux  premiers  de  l'empire,  son  nom 
cependant  n'était  pas  le  premier  ;  mais  la  fortune  se  hâte  de  réparer 
son  erreur,  et,  complétant  les  distinctions  qu'il  a  à  peine  effleurées, 


Cod.  —  404)  ueteres  Rhi.—  405) 
retexere  G.  —  406)  innocuos  L.  — 
407)  Ce  vers  manque  dans  L;  aqiiilo- 
genasqiie  G.—  408)  perfecturarum 
L.  —  409)  romam  manque  dans  B; 
populique  cod.  —  412)  lihitaque  G, 
Rh.  —  413)  reddat  G,  B,  Rh^,  L; 
honores  B*,  Rhi.  —  4141  admodo 
B,  Rh,  L  ;  ceptum  Rh.  —  415)  detes- 
tatiir  B,  Rh,  L;  est  (pour  et)  L.  — 

417)  nndas   G;  xindis  B,  Rh,  L.  — 

418)  Les  V.  418,  419  et  420  sont 
placés  dans  L  entre  les  v.  445  et  446. 
C^ruleos  G;  caerideos  B,  Rh,  L; 
hialoque  Rh  ;  haloque  L.  —  419) 
panda  G.  —  420)  cumulandis  L'.  — 
421)  auguste  L;  uenies  B.  —  422) 
uinctos  L. —  422,)  nigrum  cod.;  sit- 
perest  L;  luponudum  cod. 


Edit.  —  404)  Poelmann  et  Vinet 
(1575  et  édit.  suiv.),  ont  Quincti- 
liani.  —  406)  Peiper  écrit  inltis- 
travere  (voir  au  v.  38S).  —  407)  Ce 
vers  manque  dans  Ugolet  et  Avan- 
tius.  —  409)  popiilumqiie  est  une 
correction  de  l'Ascensiana  (1517), 
reprise  par  l'édition  parisienne  de 
Vinet  (1551),  et  entrée  dès  lors  défi- 
nitivement dans  le  texte.  —  411) 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine  écri- 
vent primus;  Gronovius  propose 
praefiierit,  adopté  par  ToUius, 
Souchay,  Wernsdorf  et  la  Bipon- 
tine;  festinat ,  leçon  des  manuscrits, 
a  été  changé  enfestinet  par  Ba?c- 
king,  Schenkl  et  Peiper,  qui  écri- 
vent aussi  reddat,  leçon  d'Ugolet, 
d' Avantius,  de  l'Ascensiana  (151 1  et 


AVSONU     MOSELLA  41 

Nobilibus  repetenda  nepotibus .  At  modo  coeptuin 
Detexatur  opiis,  dilata  et  lande  virorimi  415 

Dicantus  laeto  pcr  riira  virentia  tractu 
Felicem  flaviuin,  Rlienique  sacremus  in  nndas. 

Caeriileos  mine,  Rliene,   sinus  hyaloqiie  virentem 
Pande  pepluin,  spatiumqiie  novi  metare  fiuenti,    419 
Fraternis  cuniulandiis  aquis.  Nec  praemia  in  undis 
Sola,  sed  Augustae  veniens  qiiod  moenibus  nrbis 
Spectavit  iunctos  natique  patrisque  triiimplios , 
Hostibus  exact is  Nicrum  sîiper  et  Lupodtmitm, 

elle  l'élèvera  réellement,  comme  elle  le  doit,  au  faîte  de  ces  honneurs 
qui  reviendront  un  jour  à  sa  noble  descendance . . .  Mais,  maintenant, 
accomplissons  l'œuvre  commencée;  que  l'éloge  des  hommes  soit 
différé,  célébrons  le  fleuve  fécond  et  son  cours  charmant  au  milieu 
des  vertes  campagnes  :  consacrons-le  à  la  divinité  des  eaux  du  Rhin. 
A  toi  maintenant,  ô  Rhin,  d'ouvrir  les  plis  de  ta  robe  d'azur,  de 
déployer  ton  manteau  verdoyant;  mesure  une  place  suffisante  à 
ce  fleuve  nouveau  dont  les  eaux  fraternelles  vont  te  combler.  Et 
ses  eaux  ne  sont  pas  le  seul  avantage  qu'il  t'apporte  ;  mais  lui  qui 
vient  des  murs  de  la  ville  Auguste,  il  a  vu  les  triomphes  réunis 


1513)1  de  la  Juntine,  de  l'Aldine,  de 
l'édit.  de  Bâle  (1523)  et  des  édit.  de 
Lyon  (1537,  1540,  1548).  L'Ascen- 
siana  (1517)  a  reddet,  leçon  reprise 
par  l'édition  parisienne  de  Vinet,  et 
entrée  dès  lors  définitivement  dans 
le  texte.  Bœcking  met  entre  paren- 
thèses/es^/nef...  nepotibus.  —  412) 
Souchay  et  la  Bipontine  admettent 
la  correction  de  Gronovius  :  Erro- 
rem,  Fortuna,tuitm. — 415)  Ugolet, 
Avantius,  la  Juntine  et  l'Aldine  ont 
detestniar;  Ugolet  et  Avantius  ont 
dilata  est  /aitde.L'Ascensiana(i5i3 
et  1517;  celle  de  1511  avait  dans  le 
texte  dilatet,  mais  dans  les  correc- 
tions, dilata),  la  Juntine,  les  édit. 
de  Leipzig  (1515),  de  Bâle  (1523), 
de  Lyon  (1537,  1540,  1548,  1558J,  de 


Poelmann,  de  Vinet  (1551  et  les  au- 
tres), de  Scaliger  et  de  Christ  ont 
dilata  lande.  —  417)  Bœcking, 
Schenkl  et  Peiper  ont  seuls  undas. 
—  421)  La  Juntine  et  l'Aldine  ont 
angnstae.  — 422)  Ugolet  etl'Ascen- 
siana  ont  uinctos.  —  423)  Rhenanus 
écrit  Nicrum  et  Lupondum  ou 
Lupodunum  :  Nicrum  est  généra- 
lement admis  àpartir  de  l'édit.  pari- 
sienne de  Vinet  (155 1);  Lupodu  nuni , 
à  partir  de  l'édit.  de  Lyon  (1558). 
Bœcking  écrit  Nigni  m .  Herold  pro- 
posait nigriim  super  et  Lepontiuii. 
Mommsenvoudraitrtt/Z,«/)orfîtwH;;2. 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine  ont 
superest.  L'Ascensiana,  l'Aldine, 
les  édit.  de  Bâle  (1523)  et  de  Lyon 
(1537.  1540.  iSA'^)  ont  super  et. 

S 


42  AVSONII     MOSELLA 

Et  fontem  Lattis  ignotum  annalibus  Histri. 
Haec  profligati  venit  modo  laitrea  belli  :  425 

Hinc  alias  aliasque  feret.  Vos  pergite  iuncti, 
Et  mare  purpureiim  gemino  propellite  tracta. 
Neu  vereare  m-inor,  pulcherrime  Rhene,  vider i  : 
Invidiae  nihil  hospes  habet.  Potière  perenni 
Nom-ine  :  tu  fratrem, ,  famae  securiis ,  adopta.        430 
Dires  aquis,  dives  Nymphis,  largitor  utriqtie 
Alveus  extendet  geminis  divortia  ripis, 
Communesque  vias  diversa  per  ostia  fundet. 

du  père  et  du  fils  qui  ont  chassé  l'ennemi  sur  le  Nicer,  à  Lupo- 
dunum  et  aux  sources  de  l'Hister  inconnues  dans  les  annales  du 
Latium.  La  lettre  couronnée  de  lauriers  qui  annonçait  l'heureux 
succès  de  la  guerre  est  arrivée  récemment  :  de  Trêves,  la  Moselle 
t'en  portera  d'autres  semblables,  et  d'autres  encore.  Vous,  suivez 
votre  route,  unis;  et,  de  votre  double  courant,  refoulez  la  mer 
sombre  comme  la  pourpre  foncée.  O  beau  fleuve  du  Rhin,  ne 
redoute  pas  de  sembler  amoindri!  Ton  hôte  ne  doit  en  rien  exciter 
ta  jalousie.  Maître  incontesté  de  ton  nom  éternel,  adopte  ton 
frère,  et  ne  crains  rien  pour  ta  gloire.  Riche  en  eaux,  riche  en 
nymphes,  votre  lit,  prodigue  pour  chacun  de  vous,  s'élargira, 
séparant  de  plus  en  plus  les  deux  rives,  et  déversera  votre  cours 
commun  par  diverses  embouchures.  Unies  aux  tiennes,  les  forces 


Cod.  —  424)  latus  L  ;  hystri  Rh. 

—  426)  Hinc  G;  fnox  B,  Rh,  L;  re- 
fert  Rhi.  —  427)  prope  litora  G; 
tactn  Rh.  —  428)  hetii  (pour  neu)  L. 

—  429)  nichil  Rh.  —  433)  hostia  G^, 
B,  Rh,  L.  —  436)  amne  Rh.  —  438) 
uiuifica  cod.  —  439)  nunc...  notas 
L.  — 1:^0)  latius  coà.  —  441) pyrenem 
G.  —  442) aqiiitanica  G;  aquitania 
B,Rh;  equitaniah.  —  (L  place  entre 
445  et  446  les  V.  418,  419  et  420). 

Edit.  —  426)  Les  édit.  ont  d'ordi- 
naire mox;  Sclienkl  et  Peiper  seuls 
ont  hinc  ;  l'Aldine  a  uincti  (au  lieu 


de  iuncti)  et  tactu  (pour  tractii), 
au  V.427.  —  429)  L'Ascensiana  écrit 
nil,  repris  par  Tédit.  parisienne  de 
Vinet  (1551),  et  dès  lors  entré  défi- 
nitivement dans  le  texte  vulgaire; 
nihil  a  été  rétabli  seulement  par 
Schenkl  et  Peiper.  —431)  Avantius, 
dans  les  Emendanda,  et  l'Aldine 
dans  le  texte,  ont  utrinqiie.  —  432) 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine  ont 
extendit.  —  433)  Heinsius  écrit 
findet,  et  Peiper,  pandet.  —  434) 
L'Ascensiana,  les  éditions  de  Lyon 
(1558),  de  Poelmann  et  de  Vinet 
(1551,  1575),  qui,  dans  son  commen- 


AVSONH     MOSELLA  43 

Accèdent  vires,  quas  Francia  qiiasque  Cliamaves, 
Germanique  tremant  :  tune  verus  habebere  limes.  435 
Accedet  tanto  geminum  tibi  nomen  ab  amni, 
Cumqtte  unies  de  fonte  fliias ,  dicere  bicornis. 

Haec  ego,   Vivisca  ducens  ab  origine  getttem, 
Belgarum  Iwspitiis  non  per  nova  foedera  notus, 
Ausonius,  nomen  Latium,  patriaque  domoque       440 
Gallorum  extremos  inter  celsamque  Pyrenen, 
Tempérât  ingenuos  qua  laeta  Aquitania  mores, 
Audax  exigua  fide  concino.  Fas  mihi  sacrum 

de  la  Moselle  seront  capables  d'effrayer  les  Francs,  les  Chamaves 
et  les  Germains  :  tu  seras  alors  regardé  comme  la  vraie  barrière 
de  l'empire  ;  ce  si  grand  affluent  te  fera  avoir  un  nom  qui  montre 
que  tu  es  double;  et,  quoique  tu  sortes,  fleuve  unique,  de  ta 
source,  on  t'appellera  le  Rhin  aux  deux  cornes. 

Tels  sont  les  chants  que  moi,  originaire  de  la  race  Vivisque, 
mais  connu  des  Belges  par  les  liens  anciens  de  l'hospitalité,  moi, 
Ausone,  dont  le  nom  est  latin,  mais  dont  la  patrie  et  la  demeure 
se  trouvent  entre  l'extrémité  des  Gaules  et  les  Pyrénées  élevées, 
dans  cette  riante  Aquitaine  où  s'adoucit  la  rudesse  des  moeurs 
primitives  —  tels  sont  les  chants  que  j'ose  essayer  sur  ma  faible 
lyre.  Que  ce  ne  soit  pas  un  crime  pour  moi  d'avoir  effleuré  ce 
fleuve  sacré  par  une  légère  atteinte  de  la  Muse.  Je  ne  prétends  pas 


ti'.ire  a  Charnaues,  écrivent  Ca- 
mânes.  —  435)  Heinsius  a  certus 
(pour t^erHs).— 437)  Ugolet  écrit  uno 
de  fonte,  leçon  ordinairement  adop- 
tée; l'Ascensiana,  Tollius,  Souchay, 
Wernsdorf,  la  Bipontine,  Tross, 
Bœcking,  Schenkl  et  Peiper  ont 
unus.  —  438)  Vivisca  est  une  correc- 
tion de  Vinet  (édit.  de  1575),  univer- 
sellement adoptée.  Christ  est  peut- 
être  le  seul  qui  continue  à  écrire 
vivifica.  —  439)  mine  est  la  leçon 
vulg.  L'Ascensiana,  l'Aldine,  les 
édit.  de  Bâle  (1523).  de  Lyon  (1537. 
1540,  1548,  1558),  Vinet  (1551).  Poel- 


mann,  Christ,  Tross,  Bœcking, 
Schenkl  et  Peiper  ont  non.  Vinet 
(1551),  redit,  de  Lyon  (1558)  et  Poel- 
manti  écrivent  en  marge  nunc .  —440) 
latium  est  une  correction  d'Avan- 
tius  (1507);  l'Ascensiana  écrit  lut  lus 
(1511,  1513)  et  Latins  (1517);  l'Al- 
dine, l'édit.  de  Bâle  (1523),  les  édit. 
de  Lyon  (1537.  I540,  1548),  écrivent 
Ausonius  nomen,  Latius.  —  441) 
Avantius  écrit  cesamque;  la  Juntine 
et  l'Aldine,  caesamqne.  —  442) 
Aquitania  est  la  leçon  de  toutes  les 
édit.;  seuls,  Schenkl  et  Peiper  écri- 
vent Aquitanica. 


44  AVSONII     MOSELLA 

Perstrinxisse  amnem  tenui  lihamine  Musae. 
Nec  laudem  affecta,  veniam  peio.  Sunt  tibi  inulti,  445 
Aline  amnis,  sacros  qui  sollicitare  fluorés 
Aonidum,  totamque  soient  haurire  Aganippen. 
Ast  ego,  quanta  mei  dederit  se  vena  liqiioris, 
Burdigalani  ciim  me  in  patriani  nidurnqtLe  senectae 
Augusti,  patcr  et  natus,  mea  niaxinia  cura,  450 

Fascibus  Ausoniis  decoratum  et  honore  curuli 
Mittent  enieritae  post  mimera  disciplinae, 
Latins  Arctoi  praeconia  perseqiiar  amnis. 
Addam  tcrbes,  tacito  quas  snbterlaberis  alveo, 

à  la  gloire,  je  demande  mon  pardon.  Bien  d'autres,  ô  fleuve  bien- 
faisant, ont  coutume  de  puiser  en  ton  honneur  aux  sources  d'Aonie 
et  d'engloutir  l'Aganippé  entière.  Quant  à  moi,  toute  l'abondance 
que  pourra  avoir  ma  veine  poétique,  aussitôt  que  je  me  trouverai  à 
Burdigala,  ma  patrie,  le  nid  de  ma  vieillesse,  après  que  les  Augus- 
tes, le  père  et  le  fils,  cet  objet  de  ma  sollicitude  suprême,  m'auront 
congédié,  paré  des  faisceaux  italiens  et  de  l'honneur  curule,  la 
charge  de  mon  préceptorat  une  fois  arrivée  à  son  terme,  —  toute 
cette  abondance,  je  la  dépenserai  à  poursuivre  dans  de  plus  vastes 
proportions  l'éloge  de  ce  fleuve  du  Nord.  J'ajouterai  la  mention  de 
ces  villes  au  pied  desquelles  glisse  ton  courant  silencieux,  et  de  ces 


Cod.  — 447)  Hganippem  G;  aga- 
nippe  B.  —  448)  tanta  L.  —  450) 
augustus  cod.;  dans  G,  le  premier 
II.  au-dessus  de  la  ligne,  remplace 
une  lettre  effacée;  )uiti  cod. —  452) 
munera  G;  tempora  B,  Rh,*L.  — 
454)  tanto  qui  snbterlaberis  L  (le  s 
final  ajouté  au-dessus  de  la  ligne). 
—  455)  iiienia  Rh. — 457)  mute  (pour 
non)  L;  horen  L.  — 461)  liget  L; 
anxonn  Rh  ;  auxona  B. —  462)  fines 
cod. — 463)  santonicus  G;  xantonico 
L;  profluus  cod. —  464)  concedet 
cod.;  diiraui  L.  —  465)  postponat 
L;  tandem  L;  tarneu  G,  B,  Rh. 

Edit.  —  445)  Tross  et  Peiper  écri- 


vent adfecto.  —  446)  Heinsius  a.fu- 
rores,  et,  au  v.  44S,inihi  pour  mei. 
Ugolet  écrit  tanta  mei. ..si.  Avan- 
tius  (1507),  la  Juntine,  l'Aldine  et 
l'édit.  de  Bâle  (1523)  ont  tanta 
meri...  si.  Les  édit.  de  Lyon  (1537, 
1540, 1548)  on\.tantamei...si.—4<^o) 
Depuis  Avantius  (1507),  les  édit.  ad- 
mettent d'ordinaire  Augnstus  pater 
et  «a^Ms;  l'Ascensiana.Vinet  (1551), 
l'édit.  de  Lj'on  (1558),  Poelmann, 
Christ,  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper 
écrivent  comme  les  manuscrits  Ait- 
gustiis  pater  et  nati.  —  452)  tem- 
pora est  la  leçon  ordinairement 
adoptée.  Tross,  Bœcking,  Schenkl 
et  Peiper  écrivent  munera.  —  454) 


AVSONII     MOSELLA  45 

Moeniaque  anfiquis  te  prospectantia  imiris ;  455 

Addam  praesidiis  dubiaruin  condita  rerum, 

Sed  modo  securis  non  castra,  sed  horrea  Belgis ; 

Addam  felices  ripa  ex  utraque  colonos, 

Teque  inter  rnedios  hominmnqiie  boumqite  labores 

Stringentem  ripas  et  pingiUa  ciUta  secantem.        460 

Non  tibi  se  Liger  anteferet,  7ton  Axona  praeceps, 

Matrona  non,  Gallis  Belgisque  intersita  finis, 

Santonico  refluns  non  ipse  Carantonus  aestit. 

Concèdes  gelido,  Durani,  de  monte  volntns 

Amnis,  et  auriferum  postponet  Gallia  Taniem,    465 

forteresses  qui,  du  haut  de  leurs  antiques  murailles,  te  contemplent 
au  loin;  je  parlerai  encore  de  ces  refuges  construits  pour  les 
moments  de  danger  et  qui  ne  servent  plus  aujourd'hui  de  camps 
retranchés,  mais  d'entrepôts  de  blé  aux  Belges  en  sûreté.  Je  parlerai 
aussi  des  laboureurs  heureux  sur  l'une  et  l'autre  rive  ;  je  dirai  com- 
ment tes  eaux,  coulant  au  milieu  des  terres  travaillées  par  les 
hommes  et  par  les  bœufs,  pressent  les  rives  et  séparent  les  grasses 
campagnes.  Le  Liger  ne  pourra  se  mettre  au-dessus  de  toi,  ni  la 
rapide  Axona,  ni  la  Matrona,  cette  limite  placée  entre  les  Belges 
et  les  Gaulois,  ni  le  Carantonus  lui-même  où  refluent  les  vagues 
Santones.  Tu  lui  céderas  aussi,  ô  Duranius,  fleuve  qui  te  précipites 


L'Ascensiana,  lajuntine,  l'édit.  pa- 
risienne de  Vinet,  l'édit.  de  Lyon 
(i558),Poelmann,  l'édit.  deScaliger 
(1575)1  Christ  et  Bœcking  écrivent, 
en  deux  mots,  subter  laberis.  — 
461)  Avantius  (1507),  la  Juntine  et 
l'Aldine  ont  Saxona.  —  462)  finis  est 
une  conjecture  marginale  de  Poel- 
mann,  que  Christ,  Tross,  Bœcking, 
Schenkl  et  Peiper  admettent  dans 
leur  texte.  Les  éditions  de  Scaliger 
et  Freher  ont  Galles  Belgosque... 
fines;  Tollius,  Souchay,  la  Bipon- 
tine  et  Wernsdorf  ont  Gallos  Bel- 
gasque...  fines.  —  463)  refliius  est 
une  correction  de  l'édit.  parisienne 
de  Vinet  (155 1).  —  464)  concèdes  est 


une  correction  de  Scaliger,  géné- 
ralement adoptée.  Vinet,  Christ, 
Tross,  Bœcking  et  Schenkl  conser- 
vent la  leçon  des  manuscrits  conce- 
det.  Ugolet,  Avantius  et  lajuntine 
ont  Duraui  de  ;  l'Ascensiana  (15 11), 
durauide;  l'Ascensiana  (1513, 1517), 
l'édit.  parisienne  de  Vinet  (1551),  la 
lyonnaise  de  1558,  Dnranide.  — 
465)  Les  édit.  ont  d'ordinaire  Tar- 
nem,  excepté  Ugolet  et  Avantius, 
qui  ont  tandem,  la  Juntine  et  l'Al- 
dine qui  ont  Tagnm,  les  édit.  de 
Bâle  (1523),  de  Lyon  (1537,  1540  et 
1548)  qui  ont  Tarnim,  et  Bœcking, 
Schenkl,  Peiper  qui  rétablissent  la 
leçon  de  G,  B,  Rh,  Tarnen. 


46  AVSONII     MOSELLA 

Insanunique  mens  per  saxa  rotantia  late 
In  mare  purpuremn,  dominae  tamen  ante  Mosellae 
Numine  adorato,    Tarbelliciis  ibit  Aturrus. 
Corniger  externas  celebrande  Mosella  per  oras, 
Nec  solis  celebrande  locis,  ubi  fonte  superno         470 
Exseris  auratmn  taurmae  frontis  honorent, 
Ouave  trahis  placidos  sinnosa  per  arva  ineatns, 
Vel  qua  Germanis  sub  porttibus  ostia  solpis  : 
■Si  quis  hojios  tenui  volet  adspirare  camenae, 

du  sommet  d'mi  mont  glacé.  La  Gaule  placera  après  toi  le  Tarnis 
qui  roule  de  l'or;  et  ce  fleuve  insensé  qui  se  rue  en  roulant  au  loin 
■des  rocs,  l'Aturrus  Tarbellique  ne  se  jettera  pas  toutefois  dans 
la  mer  sombre  avant  d'avoir  adoré  la  divinité  de  la  Moselle,  sa 
souveraine. 

O  Moselle,  fleuve  paré  de  cornes,  toi  qui  dois  être  célébrée 
dans  les  contrées  étrangères,  toi  qui  ne  dois  pas  être  célébrée 
-seulement  dans  le  pays  où,  sortant  des  monts  élevés  parmi  lesquels 
est  ta  source,  tu  dresses  la  parure  dorée  de  ton  front  de  taureau; 
et  dans  les  régions  où,  paisible,  tu  promènes  à  travers  champs  ton 
cours  sinueux,  et  à  l'endroit  où  ton  embouchure  s'ouvre  dans  les 


Cod.  —  468)  nomine  cod.;  tarbel- 
lins  G,  B,  Rh  ;  tarbelhis  L;  atar- 
nus  Rh;  ibi  aturrus  L.  —  469) 
Corniger  G;  corniger  B,  Rh,  L; 
celebranda  G,  L<  moselle...  horus 
Rh.— 470)  celebrandah'jSuprento  B, 
Rh,  L;  superno  G.  —  471)  tatirin- 
thes  Rh. — 472)  qitaque  cod.;  placido 
L.  —  473)  portibus  cod.  ;  hostia 
Rhi.  —  474)  ualet  Rh  ;  aspirare 
cod.  —  475)  B  a  omis  in  his.  —  479) 
drinia  B.  —  481)  dextre  G.  —  483) 
Ce  vers  manque  dans  L  ;  garonnae 
G;  garunne  B,  Rh. 

£dit.  —  467)  Graevius  et  Hcinsius 
écrivent  domini.  Avantius  (1507), 
l'Ascensiana,  la  Juntine,  l'Aldine, 
les  édit.  de  Bâle   (1523),   de  Lyon 


(i537>  1540.  1548)  mettent  entre  Tpn- 
TQnthèsçs  dominae...  adorât  o. — 468) 
numine  est  une  correction  del'édit. 
parisienne  de  Vinet  (1551).  Tarbel- 
licus  est  une  correction  d'Accurse, 
généralement  adoptée;  la  Juntine, 
l'Aldine,  les  éditions  de  Bâle  (1523), 
de  Lyon  (1537,  1540,  1548,  1558), 
de  Vinet  (1551,  1575),  de  Scaliger  et 
de  Christ  gardent  encore  Tarbel- 
liiis.  L'Aldine,  les  édit.  de  Bâle 
(1523),  de  Lyon  (1537-  I540.  I548)>_ 
ont  Aturnus.  —  469)  Ugolet,  Avan- 
tius, l'Ascensiana  (1511,  1513).  la 
Juntine,  ToUius  et  Wernsdorf  écri- 
vent celebranda.  —470)  Toutes  les 
édit.  ont  supremo.  Ugolet,  Avan- 
tius, la  Juntine,  Tollius  et  Werns- 
dorf ont  encore  celebranda.  —  471) 


AVSONII     MOSELLA  47 

Perdefc  si  (jiiis  in  /lis  (lignabitiir  oiia  musis,       475 
tbis  in  ora  hominum,  laetoque  fovebere  canin. 
Te  fontes  viviqne  laciis,  te  caerula  noscent 
Flnmina,  te  veteres,  pagorum  gloria,  Inci  : 
Te  Druna,  te  sparsis  incerta  Druentia  ripis, 
Aîpinique  colent  fliivii,  duplicemqne  per  urbeni    48a 
Qui  méat  et  dextrae  Rliodaniis  dat  nomina  ripae  : 
Te  stagnis  ego  caeruleis  magmimqne  sonoris 
Anuiibus,  aeqiioreae  te  coinmendabo  Garitmnae. 


ports  de  Germanie  :  si  quelque  souffle  de  gloire  daigne  inspirer 
ma  faible  Muse,  si  quelqu'un  veut  bien  perdre  ses  loisirs  à  lire 
mes  vers,  tu  deviendras  célèbre  parmi  les  hommes,  et  ta  gloire 
sera  entretenue  par  mes  chants  trop  heureux.  Tu  seras  connue 
des  sources  et  des  bassins  d'eau  vive;  les  fleuves  azurés  te  connaî- 
tront, ainsi  que  les  antiques  bois  sacrés,  orgueil  des  campagnes. 
Tu  seras  honorée  par  la  Dnma,  par  la  Druentia,  dont  le  cours  est 
incertain  et  les  rives  changeantes.  Tu  seras  honorée  par  les  fleuves 
des  Alpes,  et  par  le  Rhône  dont  le  cours  divise  une  vi  le  et  donne 
son  nom  à  sa  rive  droite.  Je  te  recommanderai  aux  étangs  azurés,, 
aux  fleuves  qui  mugissent  à  grand  bruit,  à  la  Garonne  marine. 


Tollius,  Souchay,  Wernsdorf,  la  Bi- 
pontine  et  Tross  ont  seuls  exseris. 
" —  472)  qtiave  est  une  correction  de 
Bœcking,  admise  par  Schenkl  et 
Peiper.— 473)/)o/-f(j6i(s  est  la  leçon 
vulgaire,  à  partir  de  l'Ascensiana. 
Schenkl  et  Peiper  reprennent  la 
leçon  d'Ugolet,  d'Avantius,  de  la 
Juntine  et  de  l'Aldine.  —  474)Poel- 


mann,  Tollius,  Wernsdorf,  Tross  et 
Peiper  écrivent  seuls  adspirare.  — 
481)  Dextrae  est  une  correction  de 
Scaliger,  admise  par  les  éditeurs 
postérieurs,  excepté  Vinet  et  Christ. 
—  483)  Ugoletet-Avantius  n'ont  pas 
ce  vers.  Les  édit.engénéral  écrivent 
Gayumnae;  l'Ascensiana  admet  Ga- 
rtinnae,  et  Bœcking  Garonnae. 


COMMENTAIRE 


EXPLICATIF  1 


.ERS  I.  Flumine.  —  Scaliger,  qui  écrit  fliimine 
dans  ses  éditions,  dit  dans  les  Ausoitianae 
Lectiones  (l,  i)  ;  <  Prœterniittendum  non  ejî 
Aufoninin  fcripfijfe  nebulofo  lumine,  non  flu- 
mine, in  primo  verfii.  Ait  enim  a  campis 
Argentoratenfibus  ad  Nitiotnagtim  fe  vfuni 
fuijjè  nebiilofa  tempejîate,  propter  eius  cœli 
intemperiem.  Quod  ex  fequentibus  apparet,  quiim  ait  :  Purior 
hic  campis  aer,  etc.  »  Freher  et  Barth  confirment  la  conjecture 
de  Scaliger  au  moyen  du  v.  8  du  Cupido  cruciatus  :  Quornm 
per  ripas  nehuloso  liimine  marcent.  Mais  on  comprend  bien  que 
le  cours  de  la  Nava  soit  assombri  par  des  brouillards,  et  il  ne 
semble  pas  utile  de  changer  la  leçon  des  mss. 

V.  I.  Navam.  —  Aujourd'hui  la  Nahe,  qui  verse  ses  eaux 
rapides  dans  le  Rhin,  à  Bingiiun;  cf.  Tacite,  Hist.,  IV,   Lxx. 

V.  2.  ViNCO.  —  Scaliger,  qui  écrit  vico,  suppose  qu'il  s'agit  de 
S>tcdiShovLXg(Argentoratum).  Vinet  n'affirme  rien  :  peut-être,  dit-il, 
est-il  question  de  Saverne.  Freher  identifie  ce  vicus  à  Bingiiim 


^  Je  rappelle  que  dans  ces  Notes  on  ne  trouvera  qu'à  titre  d'exception 
des  rapprochements  entre  les  vers  de  la  Moselle  et  ceux  des  autres  pièces 
du  poète,  et  des  allusions  aux  passages  des  poètes  classiques  imités  par 
Ausone  et  aux  passages  que  les  poètes  postérieurs  ont  empruntés  à  la 
Moselle.  Pour  toutes  ces  questions,  je  renvoie  à  mon  travail  de  Ausonii 
MosELLA,  thèse  latine  pour  le  doctorat  es  lettres. 


50  COMMENTAIRE 

(Bingen),  qui  avait  été  fortifié  par  l'empereur  Julien  en  359, 
(Cf.  Ammien  Marcellin,  édit.  Gardthausen,  Leipzig,  1874,  XVIII, 
II,  4.)  Mais  Bingen  fut  probablement  aussi  fortifié  par  Valentinien, 
à  qui  Ausone  doit  vouloir  faire  ici  une  allusion  ingénieuse  : 
Ammien  (XXVIII,  il,  i)  rapporte  en  effet  que  Valentinien  fortifia 
toutes  les  places  de  la  région  du  Rhin.  (Cf.  Montesquieu,  Gran- 
deur et  décadence  des  Romains,  chap.  xvii  ;  Valentinien  employa 
toute  sa  vie  à  fortifier  les  bords  du  Rhin,  à  y  faire  des  levées,  à 
y  bâtir  des  châteaux,  y  placer  des  trowpes,  leur  donner  le  moyen 
d'y  subsister.)  Mais  si  Freher  a  bien  vu  qu'il  s'agit  de  Bingen,  qui 
se  dit  Vincutn  (Itin.  Anton.,  371),  c'est  seulement  en  1816  que 
Minola,  dans  son  Uebersicht  dess.  was  sich  unter  d.  Rôni.  am 
Rh.  Merkw.  ereignete  (2"  édit.,  Cologne,  1816),  a  établi  la  leçon 
Vinco  adoptée  par  Tross,  Bœcking  et  Peiper.  Vingo  est  une 
correction  de  Mommsen.  Je  préfère  Vinco,  qui  a  pu  plus  facilement 
être  transformé  par  les  copistes  en  vice.  D'ailleurs,  si  Vincuni 
se  trouve  dans  l'Itinéraire  d'Antonin,  comme  Bingium  dans 
Tacite  (Hist.,  IV,  LXX)  etBingio  dans  Ammien  Marcellin  (XVIII, 
II,  4),  Vingum  ne  se  trouve  nulle  part.  —  Ausone  suit,  en  sens 
contraire,  la  route  XIX  de  la  Table  de  Peutinger,  qui  va  de  Trêves 
à  Bingen.  (Voir  Desjardins,  Table  de  Peutinger,  Paris,  1869, 
Hachette,  p.  10,  col.  2.) 

V.  3.  Cannas.  —  Quelle  est  cette  défaite  gauloise  comparable 
au  désastre  de  Cannes?  Scaliger  suppose  que  c'est  la  bataille  de 
Strasbourg  (et  cela,  à  cause  de  l'assimilation  qu'il  fait  de  viens 
avec  Strasbourg),  où  Julien,  en  357,  vainquit  les  Francs  Saliens  et 
les  Quades.  Mais  les  Saliens  et  les  Quades  n'étaient  pas  Gaulois, 
et  la  date  de  357  ne  justifie  pas  l'emploi  de  quondam,  au  moment 
où  Ausone  écrit  ^.  Freher,  suivi  par  Bœcking,  prouve  d'une 
manière  incontestable  qu'il  s'agit  de  la  bataille  de  l'ah  71  (quon- 
dam),racontée  par  Tacite  (Hist.,  IV,LXX),  où  les  Gaulois  Trévires 
furent  écrasés  par  Sextilius  Félix. 

V.  4.  Inopesque. —  C'est  une  correction  de  Christ  que  j'adopte 
à  cause  du  sens  de  super  (au-dessus)  qui  ne  me  semble  pas 
convenir  à  ce  passage,  et  de  la  nécessité  d'accompagner  de 
la  conjonction  et,  ou  de  quelque  autre  synonyme,  le  deuxième 

^  Dans  le  travail  de  Ausonii  Mosella,  un  chapitre  est  consacré  aux 
questions  historiques  qui  ont  rapport  à  la  Moselle,  et  à  l'établissement  de 
la  date  (370  ou  371  ?)  où  ce  poème  fut  composé.  On  se  permet  de  renvoyer 
le  lecteur  à  ce  travail. 


COMMENTAIRE  $1 

adjectif  inopes,  comme  dans  les  vers  de  Virgile,  d'où  celui-ci  est 

imité  : 

Aen.,  XI,  V.  372  :  . . .inhumaia  infletaque  turba. 
Aen.,  VI,  V.  325  :  ...inops  itihumataque  turba  est. 

V.  5.  Iter.  —  C'est  la  route  militaire  ainsi  indiquée  par  la  Table 
de  Peutinger  :  Mogontiaco;  Bingiuvi  XII;  Dumno  XVI;  Bel- 
giniim  VIII;  Noviomago  X;  Ang.  Trevirorum  VIII. 


V.  8.  DumnissUjM.  --  Dumnissiis  est  une  ville  sur  la  route  de 
Bingen  à  Trêves  {Dumno  de  la  Table  de  Peutinger).  On  ne  sait 
à  quelle  ville  moderne  l'identifier.  La  similitude  des  noms  fait 
qu'on  pense  le  plus  souvent  la  retrouver  dans  Densen.  Voir  Des- 
jardins, Table  de  Peutinger,  p.  18,  col.  i. 

V.  8.  Tabernas.  —  La  ville  de  Ta6er»ae  n'est  pas  marquée  sur 
la  carte  de  Peutinger,  où,  entre  Dumnissus  Qt  Noiomagum ,  il  n'y  a 
que  Belgimim,  d'où  Bœcking  conclut  à  l'identification  de  Belgi- 
num  avec  Tahernae.  Il  est  plus  sûr  de  croire,  comme  le  faisait  déjà 
Freher,  que  Tabernae  est  Bern-Castel  fTabernaru)n  Castellum). 

V.  9.  Arvaque.  —  Il  semble  difficile  de  préciser  à  quel  établis- 
sement de  colonie  sarmate  il  est  fait  ici  allusion.  Freher  suppose 
qu'Ausone  parle  de  cet  envoi  de  tribus  barbares  aux  environs  du 
Rhin  dont  il  est  question  dans  la  Gratiarum  actio  dicta  Domino 
Gratiano  Augnsto  :  «  Germanictim  deditione  gentilium,  Ala- 
inannicwn  traductione  captoruni ,  vincendo  et  ignoscendo 
Sarniaticmn...  »  (édit.  Schenkl,  VIII,  II,  8).  Mais  VAction  de 
grâces  est  de  379,  et  Ausone  y  célèbre  une  victoire  remportée  en 
378,  sept  ou  huit  ans  après  la  composition  de  la  Moselle.  On  sait 
d'autre  part  que  les  empereurs  ont  eu  de  tout  temps  la  coutume  de 
transporter  des  barbares  sur  le  territoire  romain,  où  on  leur  don- 
nait des  terres  à  cultiver.  Le  Panégyrique  de  Constance  prononcé 
à  Trêves  en  296  par  un  rhéteur  inconnu,  probablement  Eumène 
(voir  Teuffel,  Hist.  Lift.  Rom.,  §  391,  8),  rappelle  les  «  Sarma- 
ticae  expeditiones,  quibus  illa  gens  prope  omnis  extincta  est  », 
et  la  transportation  en  Gaule  de  ceux  des  barbares  qui  avaient 
échappé  à  la  mort:  «  Captiua  agmina  barbarorum...  ad  desti- 
natos  sibi  ciiltus  solitiidinum  ducerentiir.  »  C'est  aux  environs  de 
Trêves  que  ces  Sarmates  furent  établis  :  «  Neruiornm  et  Treui- 
rortim  arua  iacentia  iielut postliminio  restitutus  et  recepfus  in 
leges  Francus  excoluit .  »  (Panegyrici  latini,  éd.  Baehrens;  Lips., 


52  COMMENTAIRE 

1874.  V.  Iiicerti Panegyricus  Constaniio  Caesari  dictus;  cap.  v, 
p.  135;  cap.  IX,  p.  138;  cap.  XXI,  p.  147.)  Mais  le  mot  nuper 
empêche  de  voir  dans  le  vers  de  la.  Moselle  en  question  une  allusion 
à  un  fait  antérieur  à  l'an  296  :  Bœcking  pense  qu'il  s'agit  des 
Sarmates  que  Constantin  fit  conduire  dans  l'intérieur  de  l'empire, 
en  334.  Or,  les  Excerpta  Valesiana  (édit.  Gardthausen  d'Am- 
mien  Marcellin,  Leipzig,  1874,  §  32)  disent  nettement  que  ces 
barbares  furent  dispersés  en  Thrace,  en  Scythie,  en  Macédoine, 
en  Italie.  Il  n'est  pas  parlé  de  transportation  au  bord  du  Rhin.  — 
On  sait  d'ailleurs  qu'il  y  avait  déjà  des  Sarmates  dans  l'armée 
romaine  sous  Julien,  en  363  :  comme  Ausone  s'occupe  dans  tout  le 
cours  de  son  poème  à  chercher  des  allusions  élogieuses  pour 
Valentinien,  on  peut,  ce  semble,  supposer  que  l'empereur,  alors 
qu'il  fortifiait  la  frontière  du  Rhin  en  368,  y  établit  comme  colons 
militaires  quelques-uns  de  ces  Sarmates  qui  servaient  dans  son 
armée.  Le  v.  9  de  la  Moselle  se  rapporterait  alors  tout  simplement 
à  un  fait  historique,  peu  connu  à  cause  de  sa  médiocre  impor- 
tance, et  rappelé  complaisamment  par  le  poète,  qui  s'attache  à 
mettre  en  lumière  tous  les  actes  du  père  de  son  élève. 

V.  10.  Primis  Belgarum ORIS.  —  Les   frontières   de   la 

Belgica  prima,  près  desquelles  se  trouvait  Noiomagum. 

V.  II.  Noiomagum.  —  Neumagen  (Noiomagum  ou  Noioma- 
gus),  petite  ville  du  pays  de  Trêves,  qui  porte  le  même  nom  latin 
que  Nimègue,  Noyon,  etc.  :  «  On  y  voit —  dit  D.  Calmet,  cité  par 
Corpet  (traduction  d'Ausone,  vol.  II,  p.  371,  n.  lO)  —  des  ruines 
d'un  camp  romain  où  l'on  croit  que  le  grand  Constantin  a  campé... 
Ausone,  comme  on  l'a  vu,  donne  à  ce  lieu  le  nom  de  camp  fameux 
du  grand  Constantin,  peut-être  à  cause  que  c'est  en  ce  lieu  que 
cet  empereur  eut  la  fameuse  vision  de  la  croix  qui  lui  apparut  un 
peu  après  midi,  rayonnant  au-dessus  du  soleil,  avec  ces  mots 
distinctement  marqués  :  EN  TOTTO  NIKA,  vainquez  en  ceci 
ou  par  ceci.  »  Mais  D.  Calmet  conclut  que  les  sentiments  étant 
partagés,  sinon  sur  l'apparition  de  la  croix,  du  moins  sur  l'endroit 
où  elle  se  fit  voir,  aucun  auteur  ancien  ne  rapporte  que  cette 
apparition  ait  eu  lieu  à  Neumagen.  —  Je  suppose  que  le  camp 
n'est  illustre  que  parce  que  le  divin  Constantin  y  a  résidé,  de 
même  que  Trêves  devient  auguste  par  le  séjour  des  empereurs. 

V.  12.  PURIOR  IIIC  CAMPI.S  AER,  etc.  —  L'enthousiasme 
gascon  du  poète  doit,  pour  donner  une  idée  des  beautés  pitto- 


COMMENTAIRE  53 

resques  du  pays  de  la  Moselle  comparables  à  celles  de  la  région 
bordelaise,  recourir  aux  termes  dont  Virgile  se  servait  pour 
dépeindre  les  Champs-Elysées  : 

Aen.,  VI,  V.  640  :  Largior  hic  campos  aether  et  lumine  vestit 
J'iirpureo... 

Le  mépris  d'Ausone  pour  les  brouillards  germains  excite  l'indi- 
gnation affligée  de  Freher,  qui  s'écrie  :  «  Mira  &>  iniqtui  perfiuifio 
Itajoriim  &  Galloruiii ,  &•  faflidimn  aëris  Germanici !  » 

V.  18.  TUM.  —  Les  mss.  ont  cum;  la  correction  tuni,  que 
j'adopte,  est  de  Bœcking;  quin,  proposé  par  Peiper,  indiquerait 
une  sorte  de  mouvement  lyrique,  qui  semble  ici  déplacé.  La  phrase 
(v.  18-22)  est  toute  de  transition,  et  le  mouvement  ne  commence 
qu'au  vers  23  :  Salve,  amnis... 

V.  19.  BURDIGALAE.  —  Voir  l'éloge  de  Burdigala  dans  VOrdo 
Urbium  Nobiliutn  (édit.  Schenkl,  XVIIII,  xiiii). 

V.  22.  MOSELLAE.  —  La  Moselle  sort  du  mont  Vogesiis  ou 
Vosegus  (v.  470,  fonte  supenio).,  reçoit  divers  affluents,  entre 
autres  la  Sitra,  le  Celbis,  VErubris,  la  Lesura,  le  Drahonus, 
la  Saîmona,  le  Saraviis,  VAlisontia,  cités  par  Ausone  (voir 
v-35»-37'))  et  se  jette  dans  le  Rhin  à  Confluentes  (Coblentz; 
voir  V.  473  ...Germants  stib  portubiis  ostia  solyis). 

V.  24.  DiGNATA  IMPERIO...  MOENIA.  —  Vinet  suppose  qu' Au- 
sone fait  allusion  à  Neumagen.  Mais,  de  Freher  à  Bœcking,  tous 
les  commentateurs  ont  démontré  qu'il  s'agit  de  Trêves  (Aiigusta 
Treverortim  ou  Trevirorum) ,  qui,  à  partir  de  latin  du  III^  siècle, 
fut  souvent  le  lieu  de  résidence  des  empereurs  d'Occident.  Ausone 
célèbre  Trêves,  résidence  impériale,  Trevericaeque  urbis  soliuvi 
(édit.  Schenkl,  XVIIII,  un,  v.  2);  il  l'appelle  de  même  Iinperii 
sedeni  (Mos.^  v.  380).  Cf.  Ammien  Marcellin,  XV,  xi,  9,  Treiiiros 
doiniciliiim  principuni  claruni. 

V.  25.  lUGA  VITEA.  —  Le  vin  de  la  Moselle  est  célèbre;  la 
culture  de  la  vigne  sur  les  coteaux  du  fleuve  remonte  à  une  haute 
antiquité.  Bœcking  cite  un  travail  de  Diintzer,  der  Weinbaii  ini 
rôni.  Gallien  u.  Germanien  (Jahrbilcher  des  Vereins  von  Alter- 
thumsfreiinden  im  Rheinlande,  Bonn,  1843).  —  Voir  Desjardins, 
Géographie  de  la  Gaule  romaine,  Paris,  1876,  t.  I,  pp.  443-448. 


54  COMMENTAIRE 

V.  26.  Amnis  viridissime.  —  c  Ceux  qui  ont  suivi,  comme 
notre  poète,  le  cours  très  pittoresque  du  beau  fleuve  qu'il  a 
célébré,  seront  frappés  de  la  fidélité  de  ses  descriptions.  La  vallée 
où  coule  la  Moselle  est  surtout  remarquable  par  une  richesse  de 
verdure  vraiment  extraordinaire.  L'œil  la  retrouve  partout,  soit 
qu'il  s'arrête  au  sommet  des  collines,  soit  qu'il  s'abaisse  au  bord 
des  eaux.  Ausone  insiste  sur  ce  caractère  de  la  Moselle,  il 
l'appelle  avec  justesse  et  bonheur  fleuve  verdoyant,  amnis  viri- 
dissime; il  montre  ses  rives  vertes  de  vignobles,  et  virides 
Baccho  colles;  la  limpidité  et  la  placidité  de  ses  ondes  inspirent 
à  Ausone  quelques  vers  qui  semblent,  en  reproduisant  le  calme 
du  fleuve,  imiter  son  murmure  presque  insensible.  »  (Ampère, 
Histoire  littéraire  de  la  France  avant  Charlemagne,  Paris, 
1870,  t.  I,  p.  265,  y  édit.)  —  On  voit  que  c'est  Ampère  qui  m'a 
fourni  la  traduction  du  tacito  rumore,  si  difficile  à  rendre  en 
français.  Corpet  traduit  fort  inexactement  par  c  doux  murmure  ». 
—  Ces  descriptions  de  la  Moselle  doivent  être  rapprochées  des 
divers  poèmes  où  Fortunat,  environ  deux  siècles  après  Ausone, 
célèbre  les  beautés  du  même  fleuve.  Ce  sont  les  morceaux 
intitulés  :  De  Castello  Nicetii  super  Mosella  (lib.  III,  cann.  XII, 
édition  F.  Léo,  Monunienta  Germaniae  historica,  Auctorum 
antiquissimorum  toini  IV pars  prier ,  1881);  Ad  Villicutn  epi- 
scopum  Mettensein  (lib.  III,  carm.  XIII);  De  navigio  suo  (lib.  X^ 
carm.  ix).  Tross  a  p'  blié  ce  dernier  poème  à  la  fin  de  son  édition 
de  la  Moselle.  Corpet  l'a  publié,  ainsi  que  le  poème  sur  le  château 
de  Nicétius,  avec  traduction  française,  dans  l'appendice  du  second 
volume  de  sa  traduction  d'Ausone  (pp.  468-475).  Bœcking  a 
inséré  le  texte  et  la  traduction  en  vers  allemands  de  ces  trois 
poèmes  à  la  fin  de  son  édition  de  1845  des  «  Moselgedichte  des 
Decimus  Macrniis  Ausoniiis  tmd  des  Venantius  Honorins 
Clernentianus  Fortiinatus  ». 

V.  32.  Manamine.  —  Les  mss.  ont  munimine  dont  Vinet 
avouait  ne  pas  bien  comprendre  le  sens.  «-  Quod  hic  dicatur 
maris  miinimentiwi,  non  fatis  video.  »  {Coinment.,  244  A.) 
Barth,  sans  s'inquiéter  de  la  quantité,  voudrait  écrire  refluus 
undamine  ou  refluus  unimine.  Ces  mots  sont  l'un  et  l'autre  barba- 
res. Gronovius,  se  fondant  sur  la  prédilection  d'Ausone,  d'ailleurs 
en  cela  imitateur  de  Virgile,  pour  les  mots  en  amen  (cf.,  dans  la 
seule  Moselle  :  v.  22S,  s imulaniine;  v.  t,2o,  decoramina;  v.  444, 
libamine),  a  corrigé  munimine  en  manamine,  correction  géné- 
ralement adoptée.  Comme  nous  n'avons  pas  d'autre  exemple  du 


COMMENTAIRE  55. 

mot  manamine,  on  s'explique  que  les  copistes,  qui  ne  le  compre- 
naient pas,  l'aient  changé  en  un  mot  qui  leur  était  plus  familier. 
Bœcking  juge  détestable  la  correction  de  Gronovius,  et  revient  à 
la  leçon  des  mss.  qu'il  essaie  de  justifier  ainsi  :  «  La  mer  est  la 
digue  qui  contient  la  rotondité  de  la  terre,  en  même  temps  que 
celle-ci  est  assurée  par  le  flux  et  le  reflux  de  l'Océan  contre  le 
danger  de  tomber  en  morceaux,  de  s'émietter  en  quelque  sorte; 
niiinimiiie  est  donc  une  leçon  tout  à  fait  correcte.  » 

V.  34.  OCCULTI...  LUCTAMINA  SAXi.  —  Ausone  ne  parle  sans 
doute  que  des  environs  de  Trêves;  car,  du  côté  de  Metz,  il  y 
avait,  paraît-il,  des  récifs  dangereux.  Cf.  Fortunat  (lib.  X,  carm. 
IX,  V.  7): 

Interea  locus  est  per  saxa  latentia  ripis... 

Grégoire  de  Tours  {de  Mirac.  S.  Martini,  1.  IV,  c.  29)  raconte 
l'histoire  d'un  marchand  qui,  s'étant  endormi  avec  ses  enfants 
dans  sa  barque  amarrée  au  pont  de  Metz,  après  s'être  recom- 
mandé à  saint  Martin,  s'estima  très  heureux  de  se  trouver  le 
lendemain  matin  devant  Trêves,  ayant  accompli  pendant  son 
sommeil,  au  milieu  des  récifs  (inter  saxa)  de  la  Moselle,  un 
périlleux  voyage  que  la  protection  du  saint  avait  rendu  sans 
danger  pour  lui. 

V.  38.  Insula.  —  La  Moselle  n'est  pas  gênée  par  ces  îles 
qui  obstruent  le  lit  du  Rhin.  Il  y  en  a  bien  quelques-unes,  dit 
Freher,  mais  elles  sont  sans  importance  :  «  Sunt  tamen  in  hoc 
quoque  infuîœ  pajfim  quœdam,  fed  minores,  nec  eo  nomine 
dignœ.  » 

V.  42.  Malorum.  —  Scheff'er  (de  Militia  navali  veterum, 
p.  326,  Upsalae,  1654),  a  proposé  mulorum,  sans  doute  par  sou- 
venir du  vers  d'Horace  (Satir.,  I,  v,  v.  18)  : 

. .  .missae  pastuin  retinacula  mulae 
Nauta  piger  saxo  religat... 

Wemsdorf  écrirait  volontiers  collo  miûarnm,  à  cause  de  l'usage 
fréquent  des  mules  en  Gaule,  usage  confirmé  par  une  épigramme 
de  Claudien,  de  Mtilabus  Gallicis  (Carmina  Minora  xxil  [li] 
édit.  Jeep,  vol.  II,  Leipzig,  1879).  Mais,  dans  cette  épigramme,  il 
n'est  pas  question  de  mules  employées  au  remorquage.  Wemsdorf 
reconnaît  d'autre  part  qu'un  passage  d'Ovide  {Trist,,  IV,  I,  v.  7) 


56  COMMENTAIRE 

montre    bien   que  les   matelots   remorquaient   eux-mêmes   leurs 
embarcations  : 

Cantet  et,  innitens  limosae  pronus  harenae, 
Adverso  tardant  qui  trahit  amne  ratcm. 

D'ailleurs,  Ausone  semble  imiter  ici  Virgile  {Aen.,  II,  v.  236)  : 

...  et  stuppea  vincnla  collo 
Intendunt. . . 

et  Stace  (Silv.,  III,  li,  v.  26)  : 

. . .  vos  stuppea  tendite  mali 
Vincula... 

Il  n'est  donc  pas  nécessaire  de  changer  la  leçon  des  mss.  Dans 
une  lettre  à  son  fils  (édit.  Schenkl,  Epist.,  II,  v.  9),  Ausone  fait 
encore  allusion  au  remorquage  dont  on  avait  coutume  de  se 
servir  sur  la  Moselle  : 

...  celerisque  remulci 
Culpabar/i  properos  adverso  flumine  cursus. 

V.  48.  Phrygiis...  cruSTIS.  —  On  connaît  le  goût  des  Romains 
pour  ces  pavés  en  dalles  de  marbre  incrustées  de  pièces  rappor- 
tées, qui  formaient  des  ornements  et  des  dessins  variés.  Le  marbre 
de  Phrygie  avait  grande  réputation.  Les  plafonds  des  maisons 
élégantes  étaient  divisés  en  compartiments  et  panneaux  revêtus 
d'ornements  en  stuc  ou  en  briques,  appelés  lambris  (lacunar). 
On  sait  l'abus  qui  a  été  fait,  en  français,  dans  le  style  prétendu 
noble,  des  riches  lambris  et  des  lambris  dorés.  Il  est  assez  curieux 
de  remarquer  que  Cicéron  {de  Leg.,  Il,  I,  2)  s'exprimait  à  peu  près 
comme  Ausone,  qui  doit  l'imiter  :  <:  Magn  ificas  villas  et  pavimenta 
inarmorea  et  laqueata  tecta  conteinno.  » 

V.  57.  Introitu...  obtutibus.  —  Les  mss.  ont  tous  intuitu 
et  obtutibus  (ou  optutibus,  simple  variation  d'écriture).  On  a  vu 
une  sorte  de  pléonasme  dans  ce  rapprochement  de  deux  mots  qui 
viennent  du  même  radical  et  qui  ont  à  peu  près  le  môme  sens. 
Wernsdorf  dit  à  ce  propos  :  «  Posset  reprehendi  in  his  versibus 
TtEpKTCToXoyc'a  toO  intuitu  et  obtutibus.  »  Ausone  est  assez  ami  des 
redondances,  et  I2  fait  n'a  pas  de  quoi  nous  étonner.  Si,  cependant, 
il  semble  nécessaire  de  changer  l'un  des  deux  mots,  c'est  évidem- 
ment intuitu  qu'il  faut  faire  disparaître  du  texte. 

Le  mot  intuitu  est  très  rare  ;  introitu  se  rencontre  au  contraire 


COMMENTAIRE  57 

assez  souvent  en  poésie  (Lucr.,  II,  v.  407;  Ovid.,  Met.,  IV,  v.  774; 
Sid.  Apoll.,  Carm.,  XXIl,  v.  143,  etc.);  et  l'on  conçoit  que  le  copiste, 
préoccupé  du  mot  voisin  obtiitibus,  l'ait  modifié  en  infiiitti.Aperto 
introitu  forme  un  sens  très  satisfaisant.  Quant  à  obtentibus,  cette 
conjecture  d'un  anonyme  {Heidelberg .  Jalirb .  ,i%22 ,-ç .  ^00)  ,a.ào^t.é,Q 
par  Bœcking  et  par  Schenkl  (celui-ci  écrit  optentibus),me  semble 
peu  admissible,  surtout  si  la  difficulté  créée  par  le  voisinage 
d'intititu  cesse  avec  la  disparition  de  ce  mot.  Je  ne  trouve  aucun 
exemple  des  cas  obliques  du  pluriel  à'obtentiis,  alors  que  j'en 
trouve  diobtutibus  dans  un  passage  de  saint  Jérôme  {In  Ga/.,  III, 
ad  5,  26,  cité  par  Goelzer,  Latinité  de  saint  Jérôme,  p.  301),  dans 
deux  passages  d'Ammien  (XVII,  vin,  5;  XX,  m,  12),  et  surtout 
dans  un  vers  de  Prudence,  qui  me  semble  imité  de  celui  d'Ausone 
(Hamart,  v.  907;  éd.  Dressel,  Leipzig,  1860): 

NU  intercurrens  obtutibus  impedit  ignem. 

V.  65.  Ingenuis...  fontibus.  —  Ce  n'est  pas  sans  hésitation 
que  je  traduis  :  0.  Au-dessous  des  eaux  où  elles  sont  nées,  les 
herbes...  »  Les  commentateurs  donnent  à  l'expression  ingenui 
fontes  le  sens  de  sources  naturelles  qu'elle  a  dans  Lucrèce 
(I,  V.  230)  : 

Unde  mare,  ingenui  fontes,  externaque  large 
Flumina  snppeditant? 

Barth  dit  en  effet  :  «  Scitè  ingenui  fontes,  eo  loco  quo  nafcuntur , 
non  adfciti  opère  aut  machinis  aliuiide.»  (Advers.,  XIV,  12.) 
Souchay  et  Wemsdorf  répètent  à  peu  près  la  phrase  de  Barth.  Mais 
cette  explication  ne  me  semble  pas  convaincante  :  c'est  une  vraie 
naïveté  de  faire  remarquer  que  les  eaux  de  la  Moselle  sont  des 
eaux  naturelles,  qui  n'ont  pas  été  amenées  par  le  travail  des  hommes 
dans  le  lit  du  fleuve.  J'aime  mieux  me  rapprocher  de  la  traduction  de 
Corpet:  «  Au-dessous  de  ces  eaux  qui  l'ont  vue  naître,  l'herbe...», 
et  supposer  qu'en  rhéteur  consommé,  Ausone  a  voulu  user  d'une 
h3^pallage,  ou  même,  qu'en  imitateur  malhabile  des  anciens,  il  a, 
comme  cela  lui  arrive  souvent,  donné  à  l'expression  du  poète  dont 
il  s'inspirait  un  sens  qu'elle  ne  pouvait  avoir  dans  Lucrèce.  On 
trouvera,  aux  v.  207  et  368  de  la  Moselle,  des  exemples  de  la 
manière  maladroite  dont  Ausone  a  parfois  imité  Virgile. 

V.  68.  ToTA  Caledoniis  tali  specie  ora  Britannis.  — 

Ce  vers  a  beaucoup  exercé  les  commentateurs  :  tous  ont  donné 

h 


58  COMMENTAIRE 

leur  correction,  et  chacun,  cela  va  de  soi,  la  jugeait  définitive. 
Vinet,  dans  son  admirable  bonne  foi,  avouait  ne  guère  com- 
prendre le  passage,  et  rappelait  que  certains  critiques  pensaient 
résoudre  toute  difficulté  en  ouvrant  après  tota  une  parenthèse  qui 
ne  se  fermait  qu'avec  le  vers  72.  {Comment.,  246  A.)  Barth  pro- 
posait une  correction.  Nota,  qu'il  jugeait  admirable  :  Nihil  vérins 
hac  repofitione  (Advers.,  XIV,  I2),  et  que  ToUius,  Souchay, 
Wemsdorf,  etc.,  acceptaient.  Heinsius  voulait  Iota;  l'anonyme 
d'Heidelberg,  torta.  D'autres  essayaient  de  rendre  le  passage  plus 
intelligible  en  changeant  non  un  mot,  mais  la  ponctuation.  Christ 
voulait  lire  Tota.  Caledoniis...  Ce  rejet  lui  semblait  une  trou- 
vaille :  Namqiie  hoc  tota  in  fine  pofitutn,  ict  nihil  omnino  glareœ 
lateat,  gratiam  habet  fingularent.  D'ailleurs,  longtemps  avant 
Christ,  les  anciennes  éditions  (Ugolet,  Avantius,  l'Ascensiana, 
l'Aldine,  les  éditions  de  Lyon  de  1537,  1540  et  1548)  avaient  fait 
suivre  Tota  d'un  point  ou  d'un  point-virgule.  Tross  revient 
simplement  à  la  parenthèse  dont  Vinet  fait  mention.  Toutes  ces 
corrections  semblent  stériles:  le  mot  à  corriger  serait,  je  crois, 
pictura,  qui  peut  être  entré  dans  le  texte  par  un  souvenir  que  gar- 
daient les  copistes  de  ces  mots  picti,  virides,  caeriilei,  devenus 
comme  une  épithète  de  nature  des  Britanni,  depuis  que  César 
avait  dit  (B.  G.,V,  XIV,  2):  Omnes  vero  se  Britanni  vitro  infi- 
ciunt  quod  caeruleum  efficit  colorent.  Cf.  Ovide  {Anior.,  II,  XVI, 
V.  39):  viridesque  Britannos ;  Properce  (III,  xi,  v.  i,  édit.  Mill- 
ier) :  infectas...  Britannos;  Martial  (XI,  lui,  v.  1):  caeruleis... 
Britannis;  (XIV,  XCIX,  v.  i):  pictis...  Britannis.  C'est  donc 
pictura  qu'il  faut  éliminer  du  texte,  ce  qu'ont  timidement  essayé 
Lachmann  en  proposant />/c^/«n  ora,  et  Bœcking,  picta  ora;  plus 
radicalement,  en  écartant  tout  souvenir  du  mot  pictura,  H.  Speck, 
qui  propose  tali  est  specie  ora  (Quaestiones  Ausonianae,  Thesis 
I,  Vratislaviae,  1874),  et  Peiper,  qui  écrit  talis  patet  ora.  Je 
préfère,  comme  plus  rapprochée  de  la  leçon  des  mss.,  la  conjec- 
ture de  Speck,  en  supprimant  toutefois  est,  et  en  lisant  tali 
specie  ora.  C'est  d'ailleurs  ainsi  que  Schenkl,  dans  son  édition, 
reproduit,  peu  exactement  comme  on  le  voit,  la  conjecture  de 
Speck. 

Britanni  est  le  nom  général  des  habitants  de  la  Bretagne  conti- 
nentale et  de  la  Grande-Bretagne;  la  Caledonia  correspond  à 
l'Ecosse  septentrionale  ;  il  est  donc  ici  question  des  côtes  d'Ecosse. 
Les  auteurs  anciens  parlent  très  souvent  des  perles  de  Bretagne. 
Par  exemple.  Tacite  (Agricola,  xii)  :  *  Fert  Britannia  aurmn... 
gignit  et   Oceanus  margaritas.  «    Ammien  Marcellin  (XXIII, 


COMMENTAIRE  59 

VI,  88)  :  «  Qnod  genus  gemmae  etiam  in  Britannici  secessibus 
maris  a-iyni  legique...  non  ignoramus.  »  Pomponius  Mêla  (III, 
VI,  5):  «  Qnaedain  [fiumina  Britanniae] gemmas  margaritasque 
o-enerantia.»  Suétone  (Caes.,  XLVli)  :  (: ...Britanniam petiisse  spe 
ntargaritarum.  »  Pline  l'Ancien  (N.  H., IX,  1 16,  édit.  L.  Janus): 
<i....quoniam  divus  Iulius  thoracem,  quem  Veneri  Genetrici  in 
templo  eius  dicavit,  ex  Britannicis  margaritis  factum  voluerit 
intellegi.  » 

V.  74.  Non  concolor  herba.  —  «L'herbe,  par  le  contraste 
de  sa  couleur,  etc.  »  Je  ne  peux  admettre  l'interprétation  de 
Corpet,  qui  traduit  :  <  l'herbe  bigarrée  ».  L'épithète  non  concolor 
n'est  pas  prise  dans  un  sens  absolu,  mais  relatif,  par  rapport  à  la 
couleur  des  cailloux.  Je  traduis  comme  si  Ausone  avait  écrit  : 
herba  non  concolor  (lapillis)  detegit  admixtos  lapillos. 

V.  80.  Edere  FAS  :  HAUD  ILLE  SINIT.  —  Les  mss.  ont  auf ; 
le  Rh  seul  a  haud,  qui  est  la  leçon  ordinairement  adoptée  dans  les 
éditions.  Bœcking  écrit  haut,  ce  qui  est  une  autre  forme  de  haud. 
Schenkl  et  Peiper  reviennent  à  la  leçon  atit,  sans  doute  en 
souvenir  d'un  vers  de  Virgile  (Aen.,  II,  v.  779  :  Pas  aut  ille  sinit 
summi  regnator  Oiympi),  qu'ils  citent  tous  les  deux  dans  leurs 
listes  des  vers  de  VÉ7iéide  imités  par  la  Moselle.  Mais  il  faut  bien 
se  rappeler  qu' Ausone  ne  se  croit  jamais  addictus  iurare  in  verba 
magistri.  M.  Dezeimeris,  un  des  hommes  qui  connaissent  le 
mieux  Ausone  et  qui  sentent  le  plus  délicatement  les  finesses, 
parfois  trop  subtiles,  de  ce  Gascon  de  la  décadence  romaine, 
remarque,  justement  à  propos  de  ce  vers,  qu' Ausone  «  au  plaisir 
de  citer  les  maîtres  ajoute  une  sorte  de  coquetterie  à  montrer 
qu'il  est  de  force  à  les  varier,  et  que  tout  en  se  proclamant  leur 
disciple,  il  tient  à  constater  qu'il  n'est  l'esclave  de  personne,  pas 
même  de  ses  plus  chers  modèles».  {Corrections  et  Remarques 
sur  le  texte  de  divers  auteurs,  Bordeaux,  Feret,  1883,  p.  74.) 
Cette  raison  de  psychologie  intime  a  bien  sa  force  :  mais  Ausone 
prouve  trop  souvent,  quand  il  imite  les  anciens,  que  l'esprit  qu'il 
veut  avoir  gâte  celui  qu'il  a.  Ses  imitations  en  deviennent  quel- 
quefois forcées  et  maladroites.  Nous  en  avons  cité  et  nous  en 
citerons  des  exemples.  J'aime  mieux  justifier  l'emploi  de  haud 
par  une  des  habitudes  du  style  du  poète.  Il  n'emploie  que  deux 
fois /as  substantivement  (édit.  Schenkl,  XXVII,  3,  v.  9;  7,  v.  1). 
Le  plus  souvent /rts  ou/as  est  signifie  :  il  est  permis,  et  se  trouve 
suivi  d'une  proposition  infinitive  {Epigr.,  LV,  v.  3;  LXXXXV, 


6o  COMMENTAIRE 

V.  5;  Prof.  [XVI],  21,  V.  3;  E-pist.,  IIII,  v.  95;  Praefat.,  II, 
V.  4;  Mos.,  V.  187,  V.  443,  etc.,  etc.;).  Je  crois  donc  qu'il  n'y  a  pas 
lieu  de  s'éloigner  de  la  vulgate  et  qu'il  faut  écrire  :  Edere  fas  : 
haud  ille  sinit... 

V.  80.  Cura  secundae  Sortis.  —  Allusion  au  partage  bien 
connu  du  monde  que  firent  entre  eux  Jupiter,  Neptune  et  Pluton. 
Voir  Iliade,  XV,  v.  187  et  suiv.  ToUius  et  Bœcking  citent  une 
épigrainme  que  Baehrens  met  au  nombre  des  Dubia,  Suspecta, 
Falsa  (Poetae  latini  minores,  vol.  V,  carm.  LXXVI,  de  love  et 
Nepttmo  et  Plutone)  : 

Tiippiter  astra,  fretum  Neptunits,  Tartara  Pluto 
Régna  paterna  tenent,  très  tria,  quisqxie  suiim. 

Ausone  s'est  évidemment  inspiré  ici  de  ce  passage  de  Lucain 
(Pharsal.,  IV,  v.  no)  : 

...  sic  sorte  secunda 
Aequorei  rector  facias,  Neptune,  tridentis. 

V.  84.  Catervas.  —  Cette  longue  énumération  des  poissons 
de  la  Moselle  est  un  des  épisodes  les  plus  fameux  du  poème. 
Dans  la  lettre  qu'il  adressait  à  Ausone  pour  se  plaindre  de  ne  pas 
avoir  encore  reçu  la  Moselle,  Sym.maque  s'en  émerveillait  et 
prétendait  que  son  ami  avait  trouvé  dans  sa  féconde  imagination 
bien  des  poissons  qu'il  n'avait  jamais  servis  sur  sa  table  : 
«  Unde  illa  amnicorum  piscium  examina  repperisti,  quant 
nominihus  varia  tam  colorihus,  ut  magnitudine  distantia  sic 
sapore,  quae  tu  pigmentis  istius  carminis  supra  naturae  doua 
fucasti?  Atqui  in  tuis  mensis  saepe  versatus,  cum  pleraque 
alia,  qttae  ttmc  in  praetorio  erant  esui  obiecta,  mirarer, 
numquam  hoc  genus  piscium  deprehendi.  Qnando  tibi  hi  pisces 
in  lihro  nati  sunt,  qui  in  ferculis  non  fuerunt  ?  »  Cette 
plaisanterie  de  Symmaque  a  été  prise  au  sérieux  par  certains 
commentateurs,  Souchay  entre  autres,  qui  reproche  gravement  à 
Ausone  ses  exagérations  {edit.  in  us.  Delph.,  p.  302,  not.  7).  La 
plupart  des  éditeurs  ont  essayé  d'identifier  les  noms  des  poissons 
cités  en  latin  dans  la  Moselle  avec  les  noms  modernes.  Scaliger, 
qui  s'en  occupe  en  plusieurs  passages  de  ses  Aiisonianae 
Lectiones  (I,  3,  26),  prétend  en  effet  «  &  pifciû  agmina  illa 
explicare  &  ad  nojiras  appellationes  ea  reuocare  ».  Mais  ses 
explications  sont  souvent  peu  concluantes,  et  il  doit  faire  des 
aveux,   comme   celui-ci,  avec  une  modestie  qui  ne  lui  est  pas 


COMMENTAIRE  6l 

coutumière  :  «  De  Rhedone  nihil  poffinn  dicere.  »  Le  conscien- 
cieux Vinet  se  contente  de  renvoyer  aux  ouvrages  des  savants 
de  son  temps  qui  ont  écrit  sur  les  poissons.  Il  cite,  en  particulier 
{Comment.)  247  A)  Pierre  Belon,  aviteur  de  divers  ouvrages 
latins  et  français  sur  les  poissons,  publiés  en  1551,  1553,  i555,  et 
Guillaume  Rondelet,  auteur  d'une  Universa  piscium  historia, 
Lyon,  1554.  Freher,  dans  son  édition  de  la  Moselle,  annonce  qu'il 
ne  s'attardera  pas  à  des  dissertations  sur  les  poissons,  et  se  borne 
en  effet  à  indiquer  aux  lecteurs  curieux  les  passages  où  en  ont 
parlé  les  auteurs  spéciaux  :  Rondelet  et  Belon,  puis  quelques 
autres,  parmi  lesquels  il  faut  citer  F.  Bousset,  abréviateur  de  Ron- 
delet, Conrad  Gesner,  de  Zurich  (1516-1565),  auteur  des  Historiae 
Animalium,  dont  le  quatrième  livre  est  consacré  aux  poissons, 
et  Paulus  Jovius  (Paolo  Giovio),  qui  publia  à  Rome,  en  1527,  un 
traité  De  piscibus  marinis  lacustribits  et  flnviatilibus. 

La  science  contemporaine,  elle  aussi,  s'est  occupée  des  poissons 
de    la    Moselle.    Demogeot    a    beau    s'écrier  :   «  Quel   amateur 
d'ichtyologie  ne  serait  fatigué  par  cette  revue  de  tous  les  poissons 
de  la  Moselle  qui  viennent  défiler  en  bon  ordre,  avi  son   d'une 
harmonieuse    versification,   pendant    une    centaine  de   vers?...» 
(Études  historiqties  et  littéraires  sur  Attsone,  p.  66,  Bordeaux, 
1837):  les  amateurs  d'ichtyologie  ont  mis  à  profit  la  revue  d'Ausone 
et  en  ont  tiré  les  éléments  de  travaux  sur  les  poissons   de  la 
Moselle.   Témoin  les    ouvrages  cités    et   utilisés  par    Bœcking 
dans  son  Commentaire  :  Schaefer,  Moselfauna,  Trêves,  1844, 
ii'e  partie.  —  Chassot  de  Florencourt,  die Moseîfische  des  Aiisonius 
(Jahrb.  des  Vereins  von  Alterthumsfreunden   iin  Rheinlande , 
Bonn,  1844).  —  Oken,  die  Ausoniiis  Fische  in  der  Mosel  {Isis, 
fascicule   I,    Leipzig,    1845).    Les    savants   ont  rendu  justice    à 
l'exactitude  des  descriptions  d'Ausone.  (Voir  Humboldt,  Kosiuos, 
traduct.  Galusky,  Paris,    1848;   note  à  la  page  21  du  tome  IL) 
Ampère    a  dit  :    «  Les    détails   sont   d'une   telle    exactitude    que 
M.    Cuvier    s'est  servi    du   poème    d'Ausone   pour    déterminer 
plusieurs   espèces   de    poissons.  >    (Ampère,    Hist.    litt.    de   la 
France  avant  Charlemagne,  3^  édit.,  1870,  vol.  I,  p.  265.)  Le 
dernier  traducteur  français  d'Ausone,  Corpet,  a  eu  recours  pour 
celles  de  ses  notes  qui  concernent  les  poissons  «  aux  lumières  de 
M.  A.  Valenciennes,  professeur  au  Muséum  d'histoire  naturelle, 
au  nom  duquel  de  savantes  recherches  sur  l'histoire  natvirelle  des 
poissons  ont  acquis  une  autorité  imposante  ;>.  —  C'est  principa- 
lement d'après  Bœcking  et  Corpet  que  je  rédige  les  notes  qui  se 
rapportent  aux  poissons  de  la  Moselle. 


62  COxMMENTAIRE 

V.  85.  Capito.  —  Ce  poisson  (Cyprintis  ilohula  de  Liiiné) 
se  nomme  en  français,  d'après  Valenciennes,  le  Meunier,  la 
Dobiiïe,  le  Vilain,  la  Chevaine.  Vinet  a  soin  de  le  distinguer 
d'un  autre  poisson  à  grosse  tête,  nommé  aussi  Ceplialus  ou 
Capito.  Celui-ci  est  un  poisson  de  mer,  le  Muge  ou  Chabot. 

V.  87.  Bina  trihoria.  —  c  ...deux  fois  trois  heures.  »  Ausone 
emploie  ailleurs  la  même  expression,  dans  un  passage  semblable 
à  celui-ci  (édit.  Schenkl,  Epist.,  IIII,  v.  62)  : 

Nec  duraturi  post  bina  trihoria  corvi. 

Le  mot  trihoriinn,  qu'on  lit  encore  dans  le  Liber  Eglogarinn 
d' Ausone  (édit.  Schenkl,  V,  lO,  v.  5:  super  trihoria)^  ne  se 
trouve  dans  aucun  autre  auteur  latin. 

V.  88.  Salar.  —  La  truite  (Sahno  fario  de  Linné;  remarquer 
que  Limié  emploie  le  mot  fario  au  lieu  de  sario  :  on  verra,  au 
V.  130,  qu'à  partir  de  la  Juntine,  le  texte  vulgaire  de  la  Moselle 
adopte  fario,  au  lieu  de  sario,  leçon  de  tous  les  mss.).  Sidoine 
Apollinaire  parle  de  la  pêche  du  salar  (Epist.,  II,  2,  édit. 
Savaron,  Paris,  1598,  p.  33,  lignes  17-22)  :  <.  Hinc  iatn  fpeCiabis, 
vt  promoueat  alnum  pifcator  in  pelagus,  vt  fiataria  retia 
fuberinis  corticibus  extendat,  aut  fignis  per  certa  interiialla 
dispofitis,  traSîus  funiiim  Ubrentur,  hainati  fcilicet,  vt  nocttir- 
nis  per  lacum  excurfibus  rapaciffimi  falares  in  confanguineas 
agantur  infidias.  »  Vinet  (Comment.,  247  B)  dit  qu'à  sa  connais- 
sance Ausone  et  Sidoine  sont  les  seuls  auteiurs  latins  anciens  qui 
aient  parlé  du  Salar:  <:  Nefcio,  an  falaris  ueterum  Latinorum 
quifpiam  meminerit  alius  prœter  Aufonium  hoc  loco  &  Apol- 
linarem  Sidoniutn  in  epijlola  fecunda  libri  fecundi.»  Les 
dictionnaires,  en  effet,  ne  donnent  pas  d'autre  exemple  du  mot 
salar.  Matthias  Martinius,  auteur  d'un  Lexicon  Etymologiciim 
(Utrecht,  1698),  rattache  le  nom  de  ce  poisson  au  verbe  salio, 
sauter  :  ^Nomen  verô,  utfalmonis,  ita  falaris,  àfaliendoduco.-» 

V.  89.  Rhedo.  —  Ce  poisson  (Cobitis  barbatnla  de  Limié)  est 
la  loche,  d'après  Valenciennes  ;  telle  était  déjà  l'identification  de 
Robert  Ceneau,  mentionnée  par  Vinet.  Scaliger  avoue  ne  rien 
connaître  sur  le  compte  de  ce  poisson.  Freher,  Soucha)-,  etc.,  se 
bornent  à  constater  cette  ignorance  qu'ils  partagent.  Bœcking  dit 
que  le  rhedo,  d'après  Schaefer,  est  la  lamproie,  et,  d'après  Oken, 
\di gadus  Iota,  en  français,  la  lotte. 


COMMENTAIRE  63 

V.  90.  Umbra.  —  L'oiubre  (Salino  thyDiallus  de  Linné)  est 
un  poisson  de  rivière  que  Vinet,  et  les  commentateurs  d'Ausone 
qui  le  copient,  confondent  à  tort  avec  Viimhra,  sciciena  ou  scia- 
deits  ((Txiaiva,  ffxiaôeOç),  poisson  de  mer  cité  par  Varron  (de  Ling. 
Lat.,  V,  XII,  23),  Columelle  (VIII,  xvi,  8),  Ovide  (Halieut., 
V.  1 1  I ,  édit.  Merkel,  Leipzig,  1881,  corporis  umbrae  Liventis). 
Gesner  donne  du  nom  de  V Ombre  une  explication  qui  semble 
empnmtée  au  vers  d'Ausone  :  *  Umbra  vocatur...  quia  céleri 
fuo  natatu  oculos  effugieiis,  umbra  pifcis  potius  qiiam  verus 
pifcis  intuentibus  appareat.  3 

V.  91.  Saravi.  —  Voir,  sur  ce  fleuve,  la  note  du  v.  367. 

V.  92.  QUA  BISTERNA.  —  Allusion  à  un  antique  et  célèbre 
pont  sur  la  Sarre  (Saravics)  près  du  village  de  Conz.  C'est  là  que 
la  Sarre  se  jette  dans  la  Moselle,  en  face  du  bourg  d'Igel. 

V.  93.  Famae  maigris.  —  C'est  la  leçon  de  tous  les  mss.,  à 
l'exception  du  Reg  qui  a  maiores^  faute  de  copie,  et  du  G  qui  a 
melioris,  sans  doute  à  cause  d'une  distraction  du  copiste,  amenée 
par  le  melior  du  v.  95.  Bœcking  reprend  melioris  en  se  fondant 
sur  le  vers  de  Virgile  {Aen.,  IV,  v.  221  ...famae  melioris  aman- 
tes). Mais  maioris  se  justifie  aussi  par  une  imitation  évidente  de 
Lucain  (I,  v.  400  ...famae  maioris  in  amnem). 

V.  94.  Barbe.  —  Le  barbeau  [Cyprinus  barbus  de  Linné). 
Freher  renvoie  au  sujet  de  ce  poisson  à  Rondelet,  cap.  xix,  de 
fluviatilibus  piscibus.  Le  mot  barbus  semble  ne  se  trouver  que 
dans  Ausone;  on  lit,  dans  Cicéron,  barbatulos  mtillos  (Parad., 
V,  II,  38)  et  barbati  mulli  {ad  Attic,  II,  i). 

V.  97.  Salmo.—  Le  saumon  (Salmo  salar  de  Linné).  Fortunat 
(de  Navigio  suo,  v.  71  j  parle  des  saumons  de  la  Moselle  que  l'on 
prend  dans  des  filets  et  dans  des  rets  d'osier  : 

Denique,  dum  praesunt  reges  in  sedibus  aulae, 

Ac  niensue  officio  prandia  festa  colunt, 
Retibus  inspicitiir  qiio  salmo  fasce  leiatur. 

V.  102.  DUBIAE...  CENAE.  —  «  ...des  festins  où  l'abondance 
rend  le  choix  ditficile.  ->  Térence  qui,  à  notre  connaissance,  est 
le  premier   à  employer   cette  expression,  la  fait  expliquer  par 


64  COMMENTAIRE 

Phormion  (Phonn.,  II,  H,  v.  28  viilgo;  III,  I,  v.  28,  édit.  F  ec- 
keisen,  Leipzig,   i88i): 

Phormio...  cena  dubia  adponitur... 
Geta.  Quid  istuc  verbist  ? —  Ph.  Ubi  ta  diibites  quid  siimas potissimum. 

Horace  {Sat.,  II,  11,  v.  76)  a  employé  aussi  la  même  expression  : 

Vides,   ut  pallidiis  omnis 
Cena  desurgat  dubia ? 

V.  106.  Per  Illyricum.  —  <:  ...en  lUyrie.  »  Corpet  traduit: 
«  dans  les  mers  d'IUyrie  ».  Mais  il  ne  semble  pas  c^u' Illyricum  pris 
absolument  ait  ce  sens.  (Cf.  Virg.,  Aen.,  I,  v.  2:\t,:  Illyricos... 
sinus;  Horat.,  Carm. , 1, xxviu,  v .  22  :  Illyricis...îtndis.) On  sali, 
d'autre  part,  que  V Illyricum  est  le  nom  de  la  contrée  d'IUyrie.  Au 
ive  siècle,  VlUyricum  oriental  et  VIllyricum  occidental  compren- 
nent toutes  les  contrées  riveraines  du  Danube  :  Pannonie,  Dacie, 
Mœsie,  etc. —  h'Hister  au  double  nom  est  le  Danube  qui  s'appelle 
en  grec  ô'IcrTpoç.  On  désigne  quelquefois,  d'une  manière  spéciale, 
par  Hister  le  cours  inférieur  du  fleuve,  le  nom  de  Danube  étant 
particulièrement  réservé  au  Danube  supérieur. 

V.  107.  MUSTELA.  — La  lotte  (Gadus  Iota  de  Linné).  Scaliger, 
dans  une  longue  dissertation  (Auson.  Lect.,  I,  26)  affirme  que  la 
viustela  est  le  même  poisson  que  la  lanipetra  ou  lamproie.  Telle 
est  aussi  l'opinion  de  Vinet,  d'après  Rondelet.  Bœcking  dit  que 
Schaefer  assimile  la  mustela  à  la  gadus  Iota  de  Linné  ;  mais  que 
Oken,  qui  assimile  le  rhedo  à  la  gadus  Iota  (voir  note  au  v.  89), 
reconnaît  dans  la  mustela  la  lamproie  ou  petromyzon  fluviatilis. 

V.  loS.  Lata.  —  On  lit  laeta  dans  l'édition  de  Peiper.  Laeta 
est,  d'après  Bœcking,  qui  ne  l'adopte  pas,  et  d'après  Peiper,  une 
conjecture  de  l'anonyme  d'Heidelberg,  dont  il  a  déjà  été  question 
au  v.  57.  Tross  (je  n'ai  en  mains  que  son  édition  de  1S24,  mais 
Bœcking  assure  qu'elle  est  identique  à  celle  de  1821)  prétend  être 
l'auteur  de  cette  conjecture  (l'anonyme  n'a  fait  paraître  la  sienne 
que  dans  le  Jahrhuch  d'Heidelberg  de  1822).  Tross  soutient  que 
la  Moselle  est  loin  d'être  large,  qu'Ausone  le  dit  expressément 
au  V.  293  (mais  il  semble  qu'à  ce  vers  Ausone  fait  allusion  à 
quelque  endroit  où  le  lit  de  la  Moselle  est  plus  resserré),  et  que  le 
poète  attribue  ailleurs  au  fleuve  cette  même  épithète  de  laetiis 
(v.  73,  416).   On  doit  cependant  remarquer  qu'ici,  après  avoir 


COMMENTAIRE  65 

passé  en  revue  tous  les  poissons  de  la  Moselle,  il  va  parler  du 
magniis  siliiriis.  C'est  l'épithète  de  lata  qui  est  de  saison  pour 
Toiiportunisme  de  notre  poète  gascon,  qui  tient  à  élargir  le  tieuvc 
qu'il  chante,  quitte  à  le  rétrécir  plus  tard,  si  c'est  nécessaire  pour 
les  autres  agréments  de  la  Moselle  qu'il  aura  à  louer  ensuite. 

V.  109.  Defraudarentur.  —  Tous  les  mss.,  à  l'exception 
du  Reg,  ont  defraudarentur,  que  conservent  tous  les  éditeurs 
jusqu'à  Bœcking  inclusivement.  C'est  la  vraie  manière  d'écrire  le 
mot  (cf.  F.  Antoine,  Manuel  d'orthographe  latine,  Paris,  1881, 
p.  77),  et  il  ne  convient  pas  de  suivre  le  Reg,  comme  l'ont  fait 
Schenkl  et  Peiper. 

V.  115.  Perça.  —  La  perche  {Perça  fluviatilis  de  Linné).  C'est 
aussi  le  nom  d'un  poisson  de  mer  (cf.  Pline  l'Ancien,  N.  H.,  IX, 
57;  c'est,  d'après  Littré,  dans  sa  traduction  de  Pline,  la  perça 
scriba  de  Linné;  dans  un  autre  passage,  N.  H.,  XXXII,  145, 
Pline  met  les  perches  au  nombre  des  poissons  qui  appartiennent  a 
lafoisàlamer  et  aux  fleuves:  <  Communesque...  aniniac  mari... 
percae  »).  Freher,  qui  renvoie  au  cap.  xxii  du  livre  de  Rondelet, 
de  fluviatilibus  piscibus,  distingue  la  perche  des  fleuves  de  la 
perche  de  mer,  et  ajoute  que  la  première  est,  comme  aliment,  bien 
supérieure  à  la  seconde. 

V.  117.  MULLis.  —  Le  surmulet  (Mullus  surmuletus  de  Linné) 
est  choisi  par  Ausone  pour  rehausser  les  mérites  de  la  perche 
qu'il  lui  compare.  C'était  en  effet  un  des  poissons  de  mer  que  la 
gourmandise  des  Romains  recherchait  le  plus.  On  connaît  l'anec- 
dote racontée  par  Sénèque  {Einst.  ad  Lucil.,  XCV)  :  Tibère, 
ayant  reçu  en  présent  un  surmulet  magnifique,  le  fit  envoyer  au 
marché  où  deux  gourmands  célèbres,  Octavius  et  Apicius,  se  le 
disputèrent.  Il  devint  la  propriété  du  premier,  qui  le  paya  cinq  mille 
sesterces.  Macrobe  (Saturn.,  II,  xil)  et  Suétone  (Tib.  Nero, 
XXXIV)  parlent  de  surmulets  qui  ont  été  payés  six  et  dix  mille 
sesterces.  On  ne  se  délectait  pas  seulement  à  manger  du  surmulet, 
mais  aussi  à  voir  mourir  ce  poisson  :  Sénèque  nous  raconte  encore 
que  les  gourmands  ne  trouvaient  aucun  spectacle  plus  charmant 
que  l'agonie  du  surmulet;  on  le  faisait  mourir  sous  les  yeux  des 
raffinés  qui  devaient,  aussitôt  mort,  le  donner  à  accommoder  et 
s'en  régaler  :  «  Nihil  est  moriente  [saxatili  mullo]  formosius. 
Da  mihi  in  manus  vas  vitreuni  in  quo  exsultet,  in  quo  trepidet. 
Ubi   multum    diuque   laudatus  est,   ex   illo  perlucido  vivario 


66  COMMENTAIRE 

extrahituy ;  tiinc,  ut  quisque  peritior  est,  monstrat.  Vide 
quoinodo  exarserit  ruhor,  omni  acrior  niinio;  vide  quas  per 
latera  venas  agat ;  ecce  sanguineum  putes  ventrem;  quam 
luciduni  qiiiddam,  caerideumqiie  sub  ipso  teinpore  effulsit!  lani 
porrigittir  et pallet,  et  in  utiicrn  colorent  componitiir!...»  (Nat. 
Quaest.,  III,  xviil.)  J'ai  profité  de  l'occasion  qui  m'était  donnée  de 
citer  ce  passage  de  Sénèque,  car  il  semble  que,  voulant  décrire 
la  mort  du  poisson  tiré  sur  la  grève  {Mos.,  v.  259  et  suiv.),  Ausone 
ait  eu  la  description  des  Questions  naturelles  sous  les  yeux,  et 
se  soit  proposé  de  rivaliser  avec  Sénèque. 

V.  122.  LuciUS.  —  Le  brochet  (Esox  Iticius  de  Linné),  qui 
était,  paraît-il,  peu  estimé  des  Romains.  D'après  Bœcking,  ce 
poisson  aurait  été  d'ordinaire  nommé  lupus,  à  cause  de  sa  voracité 
(cf.  Ovide,  Halieut.,  v.  112:  ...rapidique  lupn).  Le  loup-marin 
était  très  recherché  quand  on  le  prenait,  à  Rome,  entre  les  ponts, 
où  il  avait  pu  s'engraisser  des  immondices  jetées  dans  le  fleuve; 
très  peu  estimé  au  contraire  quand  on  e  péchait  en  mer,  ou 
près  de  l'embouchure  du  Tibre  (cf.  Horace,  Sat.,  II,  il,  v.  30-33). 
Columelle  (VIII,  xvi)  cite  une  anecdote  qui  montre  le  mépris  où 
l'on  tenait  les  loups-marins  qui  étaient  capturés  dans  le  fleuve 
où  ils  avaient  remonté.  Il  fallait,  pour  qu'ils  fussent  appréciés, 
ne  les  livrer  à  la  consommation  qu'après  les  avoir  au  préalable 
soigneusement  engraissés  dans  les  viviers.  On  s'expliquerait  ainsi 
pourquoi  le  lucius  de  la  Moselle,  pris  dans  le  fleuve  même,  était 
dédaigné  des  gourmets  et  relégué  dans  les  gargotes  enfumées. 
Mais  il  n'est  pas  prouvé  que  le  lucius  soit  le  même  poisson  que  le 
lupus,  le  loup  de  mer  ou  bars  (Labrax  lupus  de  Linné).  Lucius 
n'est  pas  une  traduction  de  X^xo?;  le  nom  du  poisson  vient  proba- 
blement de  lux,  comme  le  prénom  romain  Lucius.  D'après 
Mathias  Martinius,  dans  son  Lexicon  Philologicum,  ce  nom 
vient  «à  luce,  id  ejî,  claritate  oculorum».  D'ailleurs,  ce  nom  est 
resté  longtemps,  sans  beaucoup  se  modifier,  celui  du  brochet  dans 
le  Bordelais  :  Littré,  au  mot  Brochet,  dans  son  Dictionnaire 
de  la  langue  française,  dit,  sans  donner  d'exemples  à  l'appui  : 
«  L'ancien  nom  du  brochet  était  luz,  du  latin  lucius.  »  Vinet,  de 
son,  côté,  dit  {Comment.,  250)  :  «  In  lulij  Cefaris  Aquitania 
nome  RomanTi  adhuc  retinuit  hic  pifcis,  fed  côtractû  Lus,  pro 
illo  Lucius.  Satanés  mei,  Bequet,  vocât,  ab  oblôgo  ore,  puto, 
quod  Beccû  Galli  dicïlt...  Alij  Galli  etià,  Brochet.  »  Les  Bor- 
delais du  temps  d'Ausone  devaient  donner  au  brochet  ce  nom  de 
Lucius,   qu'aucun   autevir  latin   n'emploie   avant  le  poète   de   la 


COMMENTAIRE  67 

Moselle.  (Gt.  Conr.  Gesner,  Histor.  ^nzwa/., p.  599,  Zurich,  1558  : 
Aufoniiis  primus  ex  Latinis,  qiiod  fciam,  Lucii  noinine  tifits 
eji.)  Cet  emploi  à  peu  près  unique  du  nom  de  Lucius  explique  que 
les  commentateurs  n'aient  pas  osé  décider  à  quel  poisson  il  se 
rapportait.  Pourquoi  a-t-on  donné  au  brochet  par  dérision  un 
prénom  latin?  Vinet  avoue  ne  pas  bien  comprendre  ce  que  veut 
dire  Ausone  :  <;  Sed  cur  rifus,  paru  video,  nifi  forte,  qiwd  Jicuti 
Cicérones,  &=  Fabij ,  &>  Pifones,  rifui  fuere,  qui  a  legmniiiib^ 
nome  habuerût,  ita  rifi  fint  Liicij,  Liipi,  Meride,  qui  ah  aninia- 
Jibiis  nominati  ejfent.  »  Je  crois  que  cette  dérision  n'existe  que 
dans  l'esprit  d' Ausone  :  le  vieux  rhéteur  devait  trouver  très  risible 
cette  communauté  de  nom  entre  un  poisson  méprisé  et  Lucius 
Licinius  Crassus,  le  grand  orateur,  par  exemple. 

V.  125.  VULGI  SOLACIA.  —  Schenkl  et  Peiper  ont  raison 
d'écrire  solacia  sur  l'autorité  du  Reg.  C'est  la  vraie  orthographe 
du  mot.  (Cf.  F.  Antoine,  op.  cit.,  p.  93.)  On  lit  dans  les  autres 
mss.  solatia,  orthographe  qui  a  été  adoptée  par  tous  les  éditeurs 
précédents,  y  compris  Bœcking.  Le  Reg  seul  a  volgi,  adopté 
d'ailleurs  par  la  plupart  des  éditions  anciennes  et  conservé  par 
Schenkl.  J'aime  mieux  vulgi,  leçon  des  autres  mss.  conforme  à 
l'orthographe  latine  depuis  Auguste  (cf.  Antoine,  op.  cit.,  p.  9), 
et  admise  par  Tross,  Bœcking  et  Peiper. 

V.  125.  TiNGAS.  —  La  tanche  {Cyprinus  tinca  de  Linné). 
Freher  remarque  qu'Ausone  est  le  seul  auteur  latin  qui  cite  ce 
poisson;  il  pense  que  si  les  autres  auteurs  ne  font  jamais  mention 
de  la  tanche,  c'est  qu'ils  ne  parlent  guère  que  des  poissons  recher- 
chés par  les  gourmands. 

V.  126.  X-LBXJ-R^os.  —'L'ablette  (Cyprinus  albiirnus  de  Linné). 
D'après  Schaefer,  cité  par  Bœcking,  ce  poisson  serait  VAspitis 
albnrnoides,  espèce  particulière  qu'il  faut  distinguer  du  Cyprinus 
aîbiirnus  de  Linné.  Vinet,  qui  fait  observer  qu'en  Saintonge  ce 
poisson  se  nomme  auburne,  constate  aussi  qu'il  n'en  a  trouvé  le 
nom  latin  dans  aucun  autre  auteur  ancien  qu'Ausone.  L'ablette 
aura  probablement  été  négligée  par  les  auteurs  latins  pour  le  même 
motif  que  la  tanche. 

V.  127.  Obsonia  PLEBIS.  —  Schenkl  écrit  opsonia,  et  Peiper, 
obsonia.  Les  deux  orthographes  du  mot  se  trouvent  dans  les 
éditions  anciennes;  mais  comme  les  mss.  ont  tous  obsonia,  à  l'ex- 


68  COMMENTAIRE 

ception  du  L  qui  a,  par  erreur,  ohsenia,  comme  en  tout  cas  aucun 
d'eux  n'a  opsonia,  il  semble  préférable  de  garder,  comme  fait 
Peiper,  obsonia,  qui  sans  doute  est  rejeté  par  la  vulgate,  mais 
repris  par  Tross  et  Bœcking. 

V.  127.  Alausas.  —  L'aZose  {Cliipea  alosa  de  Linné).  Encore 
un  poisson  que  les  anciens  estimaient  peu  et  que  les  gourmets 
modernes  apprécient  davantage.  Encore  un  mot  qui  ne  se  trouve 
que  dans  Ausone.  Pline  l'Ancien  (A''.  H.,  IX,  44)  désigne,  dit-on, 
l'alose  par  le  nom  de  clupea.  Mais  Littré,  dans  sa  traduction 
de  Pline  (collection  Nisard,  Didot,  1860),  identifie  la  cliipea 
avec  le  lamprillon  {petromizo7i  hranchialîs  de  Linné).  Quoi  qu'il 
en  soit,  Ausone,  comme  le  remarque  Freher,  appelle  toujours  les 
poissons  dont  il  s'occupe  par  le  nom  que  le  vulgaire  leur  donnait. 
Peut-être  aussi,  comme  Vinet  le  supposait,  alausa  était-il  le  nom 
gaulois  de  la  clupea. 

V.  130.  Sario.  —  La  truite  saumonée  (Salmo  trutta  de 
Linné).  Le  nom  de  sario  a  subsisté  sous  la  forme  de  fario,  que 
lui  donne  la  Juntine,  dans  le  texte  vulgaire  des  éditions  de  la 
Moselle.  On  a  vu  (note  du  v.  81)  que  Linné  appelle  la  truite, 
salmo  far  io  et  non  salmo  sario.  Comme  le  mot  sario  est  un  de 
ceux  qui  ne  se  trouvent  que  dans  Ausone,  on  comprend  quelle 
influence  a  eue  la  mauvaise  leçon  introduite  dans  le  texte  par  la 
Juntine.  D'ailleurs,  il  est  probable  que  l'éditeur  de  la  Juntine  n'a 
pas  écrit  fario  par  suite  d'une  mauvaise  lecture  de  son  ms., 
mais  parce  qu'il  pensait  le  corriger  avec  le  secours  d'Isidore  de 
Séville  (Orig.,  XII,  vi,  6  :  «  Varii  a  varietate,  qiios  vulgo  tractas 
vocant  >).  De  Varius  à  Fario,  la  différence  est  peu  sensible.  Les 
anciens  croyaient  que  la  truite  saumonée  était  une  truite  prise 
au  moment  de  sa  transformation  en  saumon.  Bœcking  cite  un 
passage  de  Walter  Scott  {L'Abbé,  1.  II,  chap.  9:  par,  wich  some 
sui,p)Ose  infant  salnion),  qui  prouve  que  cette  croyance  a  subsisté 
longtemps  en  Ecosse.  11  remarque  aussi  que  I2  nom  allemand 
Lachsforelle  (Lachs,  saumon  ;  forelle,  truite)  fait  allusion  à  cette 
double  nature. 

V.  132.  Maior  GEMINIS.  —  Schenkl  et  Peiper  écrivent ^em/nes 
maior.  C'est  la  leçon  du  G  :  mais  les  autres  mss.  et  toutes  les 
éditions  ont  gobio,  non  maior  geminis,  que  je  préfère,  Ausone 
ayant  l'habitude,  quand  la  chose  est  possible,  de  ne  pas  commencer 
l'hexamètre  par  deux  dactyles  suivis  d'un  spondée. 


COMMENTAIRE  69 

V.  132.  GOBiO.  —  Lq  goujon  {Cyprintts  gobio  de  Linné).  C'est 
encore  un  poisson  dont  on  ne  trouve  guère  le  nom  que  dans 
Ausone  :  car  les  autres  auteurs  qui  citent  le  gobio  ou  gohius, 
Juvénal  (XI,  v.  37),  Martial  (XllI,  LXXXVlll,  v.  2),  Ovide  {Ha- 
lient.,  V.  130),  à  qui  Ausone  emprunte  à  peu  près  textuellement, 
pour  la  description  du  rhedo  (Mos.,  v .  89) ,  le  vers  consacré  augobius, 

Lubricus  et  spina  noctuis  non  gohliis  ulla... 

tous  ces  auteurs  désignent  le  goujon  de  mer  :  gobie  ou  paganel, 
d'après  Littré  (Dictionn.  langue  franc .) .  Pline  l'Ancien  semble 
cependant  attribuer  spécialement  le  nom  de  gobio  au  goujon  de 
rivière  (A''.  H.,  IX,  177),  et  celui  de  cohio  au  goujon  de  mer 
(iV.  H.,  XXXII,  146).  Les  mois  gobio  et  cobio  viennent  l'un  et 
l'autre  du  grec  xwêiôç. 

V.  135.  Silure.  —  Le  silure  {Silurus  glanis  de  Linné).  Le 
nom  de  silure,  en  grec  (rîXoupoç,  viendrait  de  (tei'w,  agiter,  oOpâ,  la 
queue.  Vinet  dit  que  Rondelet  fait  de  grands  efforts  pour  arriver 
à  définir  quel  est  ce  poisson.  Depuis  Paul  Jove,  tous  les  commen- 
tateurs qui  se  sont  occupés  des  poissons  de  la  Moselle,  de  Freher 
à  Bœcking,  prétendent  qu'il  est  ici  question  de  Vesturgeon  (aci- 
penser  sturio).  Bœcking  assure  que  si  Ausone  donne  au  silurus 
le  nom  de  pecus  aequoreuv.i,   c'est  que  l'esturgeon  a  une  tête 
pyramidale  comme  le  porc  ;  s'il  le  compare  au  dauphin,  c'est  que, 
comme  ce  poisson,  il  a  un  museau  pointu.  Il  fait  enfin  remarquer 
qu'il  a  vu  pêcher  des  esturgeons  dans  la  Moselle.  Freher,  qui 
identifiait  lui  aussi  l'esturgeon  avec  le  silurus,  devait  cependant 
reconnaître,  à  propos  du  v.  148,  que  l'expression  mitis  ballena 
convenait  peu  au  vorace  esturgeon:  «Alias  Sturio  voracijfimus , 
hîc  forte  cmn  dotnicilio  &  alimenta  feritatem  exuit.  »  Juvénal 
(IV,  v.  33  ;  XIV,  V.  132)  parle  aussi  du  Silurus;  et,  à  propos  de  ces 
passages,  les  commentateurs  ont  les  mêmes  hésitations  entre  le 
silure  et  Vesturgeon.  Corpet,  d'après  les  renseignements  fournis 
par  Valenciennes,  est  très  affirmatif:  «  La  description  d'Ausone 
est  si  claire  et  si  précise  qu'on  ne  peut  douter  qu'il  n'ait  parlé  du 
Silure...  Notre  poisson,  connu  aujourd'hui  comme  le  Silure,  était 
le  Y>avi;  d' Aristote  ;  déjà  Pline  avait  traduit  par  Silurus  l'expres- 
sion d'Aristote,  et  c'est  par  suite  de  diverses  confusions  depuis 
Scaliger  jusqu'à  Schneider  que  le  mot  de  Silurus  a  été  donné 
comme  synonyme  de  l'Esturgeon.  >  Pline  parle  souvent  du  Silu- 
rus (cf.  N.  H.,  V,  51  ;  IX,  44;  XXXII,  90,  etc.),  que  Littré,  dans 
sa  traduction,  identifie  avec  le  Silurus  glanis  de  Linné. 


70  COMMENTAIRE 

V.  139.  Defessa. —  Tous  les  mss.  et  la  plupart  des  éditions  ont 
defensa,  qui  semble  faire  ici  un  contresens,  mais  que  Bœcking 
préfère  garder  malgré  la  conjecture  de  Gannegieter,  detenta 
{Miscell.  Observ.,  vol.  X,  t.  II, p.  177;  Auistelaedaini,  M.  D.  CC. 
XXXIX  :  Lego  detenta  pro  defenfa.  Ea  inenfura  pifcis  eji,  ut 
agmina  folvere,  id  ejî/e  totiiin  extendere  vix  pojjit,  quin  detiiie- 
tur  aut  a  hrevibus  vadis,  aut  ab  tdvis,  certe  in  Mofella,  amne 
ittodico...),  et  celle  de  Lachmann,  deprensa,  qu'il  cite  et  qui  est 
adoptée  par  Peiper  et  Schenkl,  malgré  la  correction  defessa  qu'il 
propose  lui-même  sans  s'y  arrêter.  Lachmann  songeait  à  un  pas- 
sage de  Claudien  (In  Eiitrop.,  II,  v.  430)  : 

lam  brevibus  deprensa  vadis,  ignara  reverti 
Palpitât,  et  vanos  scopulis  illidit  hiatus. 

Mais  le  sens  n'est  pas  le  même  :  Ausone  ne  parle  pas,  comme 
Claudien,  d'un  monstre  marin  qui  va  mourir  dans  les  bas-fonds 
où  il  s'est  engagé  ;  le  Silurus  est  seulement  fatigué  et  a  peine  à 
se  mouvoir  (longi  vix  corporis  agmina  solvit);  defessa  répond 
bien  à  vix,  et  je  crois  que  c'est  la  leçon  à  adopter.  D'ailleurs, 
il  n'est  pas  sûr  qu'on  lise  deprensa  dans  le  vers  de  Claudien 
sur  lequel  Lachmann,  Schenkl  et  Peiper  fondent  leur  correction  : 
en  effet,  si  le  Laurentianus  et  le  Vossianus  ont  bien  deprensa,  le 
Vaticanus  a  dephensa  et  le  Bruxellensis,  defensa.  (Cf.  l'édition 
critique  de  Claudien  par  Jeep,  Leipzig,  Teubner,  1876,  vol.  I, 
p.  204.) 

V.  146.  FUNDIT.  —  Peiper  écrit  extindat.  Cette  correction 
inattendue,  qui  ne  s'appuie  sur  l'autorité  d'aucun  ms.  et  que 
nulle  nécessité  ne  justifie,  me  semble  essentiellement  négligeable. 

V.  149.  Magnusque  honor  additur  amni.  —  J'adopte  le 
texte  de  Bœcking;  magnusque  honor  est  une  de  ces  appositions, 
si  fréquentes  dans  la  Moselle;  et  additur  constitue  une  nouvelle 
proposition,  qui  est  indispensable  après  que,  et  qui  d'ailleurs 
renforce  le  sens  de  Exitio  procul  est. 

V.  152.  Spectacula  vitea.  —  La  vue  des  vignobles  qui 
bordent  la  Moselle  inspire  aussi  à  Fortunat  une  longue  tirade 
(de  Navigio  suo,  v.  25-44). 

V.  157.  GAURANUM...IUGUM.  —  Le  GaM/'MS  est  une  montagne, 
ou  plutôt  une  chaîne  de  montagnes,  située  en  Campanie  près  de 


COMMENTAIRE  Jl 

Puteoli  (Pouzzoles),  entre  l'Averne  et  le  Lucrin.  Les  vins  du 
Gaurus  sont  souvent  célébrés  par  les  auteurs  anciens,  en  pairticu- 
lier  par  Pline  l'Ancien,  au  livre  XIV  de  son  Histoire  Naturelle, 
et  par  Stace(S//v.j  III,  i).  La  région  du  Gaurus  était  volcanique: 
Ausone  fait  allusion  à  ce  fait  (v.  209),  en  même  temps  qu'il  rappelle 
que  cette  chaîne  de  montagnes  était  couverte  de  vignobles  : 
Sulphiirei...  iiiga  coiisita   Gttnri. 

V.  158-159.  RHODOPEN...PANGAEA...ISMARIUS  COLLIS.  — Le 
Rhodope,  le  Pangée  et  l'Ismare  sont  trois  chaînes  de  montagnes 
de  la  Thrace.  Le  Rhodope  se  détache  de  la  chaîne  du  Scomius, 
vers  l'E.,  et  s'étend  sur  la  droite  de  la  rivière  Nestus,  dans  la 
direction  S.-E.  vers  la  côte.  La  chaîne  du  Pangée  court  entre  le 
Strymon  et  le  Nestus,  près  de  Philippes  en  Macédoine.  L'Ismare, 
qui  s'élève  entie  Maronéa  et  Stryma,  produit  un  vin  qui  était 
célèbre  dès  la  plus  haute  antiquité  :  c'est  avec  une  outre  pleine  de 
ce  vin  de  l'Ismare,  foncé  et  délicieux,  qu'Ulysse  enivra  le  Cyclope. 
Virgile  dit  {Georg.,  II,  v.  37)  :  iiivat  Isnuira  Baccho  conserere. 
Pline  (iV.  jy.,  VII,  197)  parle  des  mines  du  Pangée,  et  ailleurs 
(A''.  H.,  XXI,  17),  des  plantations  de  roses  qui  couvraient  cette 
montagne.  Virgile  cite  souvent  le  Rhodope  en  même  temps  que  le 
Pangée  (cf.  Georg.,  IV,  v.  462).  On  sait  que  le  Rhodope  était 
célèbre  dans  l'antiquité  comme  patrie  d'Orphée;  mais  quant  aux 
vins  du  Rhodope  et  du  Pangée,  on  pourrait  dire  de  ces  deux 
montagnes  ce  que  Vinet  dit  à  propos  du  Rhodope  :  «  De  cuiiis 
vitihtis  aliiid  non  legi.  »  (Comment. ,  252.)  C'est  sans  doute  à 
cause  de  leur  voisinage  de  l'Ismare,  et  pour  allonger  son  énumé- 
ration,  qu' Ausone  cite  ces  montagnes  dont  aucun  auteur  avant 
lui  ne  semble  avoir  loué  les  vignobles. 

V.  160.  ViNETA  Garumnam.  —  Ce  n'est  pas  seulement  sans 
doute  par  amour-propre  local  qu' Ausone  met  son  vin  de  la  Garonne 
à  côté  des  plus  célèbres  de  l'antiquité.  Notre  vin  de  Bordeaux 
devait  avoir  au  IV"'  siècle  la  réputation  qu'il  n'a  retrouvée  en 
France  qu'au  milieu  du  xviiio  siècle,  alors  que  le  maréchal  de 
Richelieu,  gouverneur  de  Guyenne,  le  mit  à  la  mode.  Mais  Ausone 
est  le  premier  à  faire  l'éloge  des  crus  du  Bordelais  :  on  sait  par 
Pline  l'Ancien  (A''.  H.,  XIV,  18,  43,  68,  etc.)  que  la  vigne  était 
cultivée  en  Narbonnaise  et,  en  remontant  la  vallée  du  Rhône, 
jusqu'à  Vienne.  Les  Arvernes  (Auvergne),  les Helviens  (Ardèche), 
les  St?g»a«^s  (Franche-Comté)  avaient  aussi  des  vignes  et  faisaient 
du  vin.  Mais  Pline,  à  qui  nous  devons  tous  ces  renseignements 


72  COMMENTAIRE 

sur  la  culture  de  la  vigne  dans  les  Gaules,  au  i*""  siècle,  ne  dit  rien 
des  coteaux  de  la  Garonne.  —  Voir  E.  Desjardins,  Géographie 
de  la  Gaule  Romaine,  t.  I,  Vignes  et  vins,  pp.  443-448. 

V.  167.  Probra  canunt.  —  Ausone,  d'après  Accurse,  ferait 
allusion  aux  injures  que,  pendant  les  vendanges,  passants  et 
travailleurs  échangent  sans  se  lasser.  Accurse  constate  que  de 
son  temps,  dans  le  pays  de  Naples,  l'obscénité  des  vendangeurs 
n'épargnait  la  pudeur  d'aucune  femme  ni  fille  honnête.  Horace, 
dont  Ausone  se  souvient  dans  ce  passage,  disait  déjà  (Sa#.,  I,  vu, 
V.  28)  : 

Titm  Praenestiniis  salso  multoque  fluenti 

Expressa  arbusto  regerit  convicia,  durus 

Vindemiator  et  invictus,  oui  saepe  viator 

Cessisset,  magna  compellans  voce  cucuhim. 

Crier  coucou  (cuculus)  au  vigneron,  c'était  l'accuser  de  paresse 
(cf.  seris  cidtoribus),  et  lui  reprocher  de  ne  pas  avoir  taillé  sa 
vigne  au  moment  où  le  coucou  commence  à  chanter.  Pline  (N.H., 
XVIII,  249)  dit  que  les  cultivateurs  c  qui  taillent  tard  leurs  vignes 
s'exposent  à  une  honteuse  dérision  par  l'imitation  du  chant  de 
l'oiseau  de  passage  qu'on  nomme  coucou;  car  on  regarde  comme 
im  déshonneur  que  cet  oiseau  trouve  la  serpe  dans  la  vigne  » 
(traduct.  Littré). — Turnèbe  (Advers.,  lib.  II,  cap.  i ,  p. 37,  Basileae, 
MDLXXXI)  rapproche  le  passage  de  Pline  des  vers  d' Ausone, 
et  dit  :  c  Viatores  folebât  cultores  <S°  vinitores  fero  colentes, 
appellare  cucullos,  in  defidiœ  probrït.  »  L'expression  seris  culto- 
ribus  permet  donc  de  voir  ici  une  allusion  au  cuculus,  et  non  aux 
injures  que  les  passants  échangent  avec  les  vendangeurs. 

V.  170  et  suiv.  —  Tout  ce  passage  est  imité  de  Stace  (Silv., 
II,  II,  V.  100  et  suiv.). 

V.  172.  Panas.  —  Le  dieu  agreste  Pan,  divinité  nationale  des 
montagnes  de  l'Arcadie,  célèbre  par  ses  pieds  et  ses  cornes  de 
bouc,  est  le  chef  des  Pans,  génies  champêtres  imaginés  d'après 
son  type.  Quand  le  culte  de  Pan  fut  transporté  en  Italie,  on 
identifia  le  dieu  grec  avec  Faunits,  fils  de  Picus  et  père  de 
Latinus.  Faunus  était  la  divinité  tutélaire  des  bergers  et  des 
laboureurs  :  les  Faunes  (cf.  v.  177  ...Faunos)  devinrent  alors 
synonymes  des  Pans.  Les  Satyres,  dieux  champêtres  qui  appar- 
tiennent au  cortège  de  Dionysos,  sont  la  plus  ancienne  personni- 
fication des  Pans.  D'après  liésiode  {fragment  XCI,  édit.  Didot, 


COMMENTAIRE  73 

p.  57),  ils  ont  pour  soeurs  les  nymphes  des  montagnes  (cf.  v.  179 
...Satyros  vitreasque  sorores). 

V.  176.  Oreiadas.  —  Les  Oréades  sont  les  nymphes  spéciales 
des  pentes  et  des  sommets  des  montagnes.  Soeurs  des  Méllades 
et  des  Dryades,  elles  vivent  dans  la  société  de  Pan  et  des  Satyres 
qui  les  poursuivent  de  leurs  ardeurs  lascives. —  Panope  flu- 
VIALIS.  —  Panope  ou  Panopea  est  une  nymphe  de  la  mer  (cf. 
Hésiode,  Théogonie,  v.  250,  où  Panope  est  citée  parmi  les  filles 
de  Nérée;  Virgile,  Georg.,  I,  v.  437:  Glauco  et  Panopeae  et 
Inoo  Melicertae;  Aen.,  V,  v.  240  :  Nereidnm  Phorcique  chorus 
Panopeaqtie  virgo;  Aen.,  V,  v.  825).  Comme  Panope  était  une 
des  plus  illustres  des  Néréides,  par  Panope  fluviale,  Ausone  veut 
indiquer  sans  doute  une  des  nymphes  principales  de  la  Moselle. 

V.  178.  Sol  aureus.  —  Igneus  est  la  leçon  des  mss.,  excepté 
le  G,  et  de  toutes  les  éditions  qui  ont  précédé  celle  de  Bœc- 
king  (cf.  Sol  igneiis,  Virgile,  Georg.,  IV,  v.  426;  Aen.,  VIII, 
V.  97,  etc.).  Bœcking  a  restitué  avec  d'autant  plus  de  raison 
la  leçon  du  meilleur  ms.  (cf.  Sol  aureus,  Virgile,  Georg.,  I, 
v.  232;  IV,  v.  51;  Ovide,  Met.,  VII,  v.  663,  etc.)  qu' Ausone  a 
souvent  employé  ailleurs  l'expression  Sol  aureus  (édit.  Schenkl, 
V,  8,  V.  7  et  15;  XXXV,  V.  5),  et  qu'il  n'a  écrit  nulle  part  Sol 
igneus. 

V.  181.  Flagrantior  aestus.  —  C'est  au  moment  où  la 
grande  chaleur  de  midi  fait  la  campagne  déserte  que  les  dieux 
champêtres  prenaient  leurs  ébats.  D'après  la  tradition,  il  était  alors 
dangereux  aux  mortels  de  venir  imprudemment  les  déranger. 
Lorsque  Pan,  fatigué  de  la  chasse,  ne  folâtre  pas  à  midi  avec  les 
nymphes,  il  profite  de  ce  moment  de  la  journée  pour  dormir  :  les 
bergers  doivent  éviter  de  jouer  de  la  flûte  et  de  réveiller  le  dieu 
vindicatif.  (Cf.  Théocrite,  Idyll.,  I,  v.  15  et  suiv.)  Ovide  {Fast., 
ly,  V.  761)  fait  aussi  allusion  à  cette  croyance  antique  :  «  Puissé-je, 
dit-il,  ne  voir  ni  les  Diyades,  ni  les  bains  de  Diane,  ni  Faune, 
quand,  au  milieu  du  jour,  il  repose  à  terre  ses  membres  fatigués!  » 

Nec  Dryadas,  nec  nos  videamus  labra  Dianae, 
Nec  Faunum,  medio  cum  premit  arva  die. 

V.  183-186.  —  Ce  passage  est  inspiré  d'un  tableau   d'Ovide 
{Met.,  I,  V.  705  et  suiv.).  Demogeot  {op.  cit.,  p.  65)  remarque 

j 


74  COMMENTAIRE 

qu'Ausone,  en  traçant  cette  agréable  esquisse,  a  su  éviter  de 
tomber  dans  son  défaut  habituel  qui  est  d'accumuler  des  détails  : 
*  ...  C'est  avec  goût  qu'Ausone  ne  prolonge  pas  sa  description. 
En  effet,  il  ne  peint  point  une  scène  dont  il  ait  été  témoin;  il 
raconte  ou  suppose  une  tradition...  Sa  riante  mythologie  ne  se 
laisse  entrevoir  qu'à  travers  un  voile  mystérieux  ;  la  curiosité  est 
plutôt  excitée  que  satisfaite;  ses  détails  glissants  échappent, 
comme  les  Naïades,  à  la  curiosité  qui  les  poursuit.  La  muse 
d'Ausone  fait  comme  la  bergère  de  Virgile  :  elle  désire  bien  qu'on 
l'aperçoive,  mais  elle  s'enfuit  derrière  les  saules.  » 

V.  192-199.  —  Cette  description  est  imitée  de  Stace  (Silv.,1, 
III,  V.  17  et  suiv.).  Ampère  (op.  cit.,  p.  265)  dit,  à  propos  de  ces 
vers  de  la  Moselle  :  «  Les  poètes  des  époques  naïves  peignent  les 
phénomènes  les  plus  tranchés,  les  objets  les  plus  simples  :  le  lever, 
le  coucher  du  soleil,  le  jour,  la  nuit,  le  torrent,  la  mer,  la  tempête. 
Dans  les  époques  plus  avancées,  la  poésie  se  plaît  aux  spectacles 
plus  compliqués  et  plus  vagues;  elle  aime  à  reproduire  en  nous 
les  sentiments  confus  et  mélangés  que  ces  spectacles  éveillent. 
Ainsi,  Virgile  peindra  le  voyageur  qui  voit  ou  croit  voir  la  lune 
à  travers  les  nuages;  Ovide  et  La  Fontaine,  le  jour  douteux  aux 
prises  avec  les  ombres,  et  Chateaubriand  versera  la  lueur  de  la 
lune  sur  la  cifne  indétertninée  des  forêts.  Les  temps  de  décadence 
veulent  continuer  ces  conquêtes  de  la  poésie  sur  ce  qu'il  y  a  de 
plus  fugitif  et  de  plus  insaisissable  dans  la  nature.  Ils  redoublent 
toujours  d'effort  et  de  recherche;  ils  font  ressortir  le  bizarre  et 
jouent,  pour  ainsi  dire,  avec  lui.  Cette  prédilection  pour  les  effets 
indécis  et  compliqués,  étranges  et  quasi  fantastiques,  se  retrouve 
dans  les  vers  suivants,  qui  décrivent  les  approches  du  soir  descen- 
dant sur  les  rives  de  la  Moselle  :  Lorsque  le  fleuve  glauque,  etc.. 
Ce  sont  des  vers  maniérés  mais  charmants.  » 

V.  193.  Perfundit.  —  Telle  est  la  leçon  des  trois  meilleurs 
mss.  et  de  presque  toutes  les  éditions.  ToUius,  qui  lisait  au 
V.  192  protulit,  préfère  perfudit  et  met  les  verbes  au  même 
temps  pour  marquer  la  simultanéité  des  actions  qu'ils  indiquent  : 
«  Malim,  perfudit  :  prœcejfit  namqile  protulit.  »  Schenkl  est 
seul  à  reprendre  la  conjecture  de  Tollius.  Perfundit  me  semble 
meilleur  :  car  les  effets  de  demi -obscurité  qu'Ausone  va  décrire 
(v.  194-199)  se  produisent  au  moment  même  où  Hesperns  viridi 
perfundit  monte  Mosellam  :  ils  ne  pourraient  avoir  lieu  plus 
tard. 


COMMENTAIRE  75 

V.  200.  Pompas.  —  Freher  dit  avoir  assisté  à  des  joutes  sem- 
blables sur  la  Moselle,  entre  Trittenheim  et  Neumagen.  Bœcking, 
qui  a  également  vu  des  pêcheurs  se  livrer  à  ces  jeux,  en  conclut 
qu'il  n'y  a  pas  à  rechercher  de  rapprochement  factice  entre  ce 
divertissement  national  des  riverains  de  la  Moselle  et  la  Maiuma, 
grande  fête  populaire  des  pêcheurs  du  Tibre,  qui  se  célébrait  au 
mois  de  mai  et  qui  consistait  en  joutes  sur  le  fleuve;  la  Maiuma 
donnait  lieu  à  une  licence  et  à  des  désordres  auxquels  le  code 
Théodosien  (lib.  V,  tit.  vi,  Leg.  i,  2)  fait  allusion. 

V.  206.  DuM  SPECTAT,TRANSIRE  DIES.— Tous  les  mss.,  à  l'ex- 
ception  du  Rh,  qui  a  spectant,  ont  :  dum  spectat  transire  diem. 
Ce  vers  a,  de  tout  temps,  exercé  la  patience  des  commentateurs  : 
on  a  vu,  dans  les  notes  critiques,  les  principales  corrections  qui 
ont  été  proposées.  Il  est  utile  de  revenir  sur  les  remarques  de 
ceux  qui  ont  avoué  ne  pas  comprendre  et  de  ceux  qui  ont  espéré 
corriger;  et  j'essaierai,  ensuite,  de  justifier  la  leçon  que  je  propose. 

Le  texte  ordinaire  des  premières  éditions  est  Dum  spectat 
transire  diem.  L'Ascensiana  (1517),  Vinet  (1551,  1575),  l'édition 
de  Lyon  de  1558,  Poelmann,  Scaliger  (1575,  158S,  etc.),  Souchay, 
Christ,  Wernsdorf  et  la  Bipontine  ont  Dum  spectat,  transire 
diem.  Vinet  ne  comprend  pas  bien  et  suppose  qu'il  y  a  une 
lacune,  ou  que  le  texte  est  corrompu:  t  Dum  fpectat.  Quifnam? 
Aut  deeji  hic  aliquid,  aut  corrtiptum  quippiam.  »  {Comment., 
255.)  Scaliger  {Auson.  Lect.,  I,  4)  dit,  sans  donner  d'autres 
explications  :  «  Lege  etiam  :  Dum  fpedat  tranfire,  dein.  »  Cette 
correction,  que  Scaliger  n'admet  pas  dans  le  texte  de  ses  propres 
éditions,  a  passé  dans  celui  de  Freher  et  de  Tollius.  Gronovius, 
qui  se  demande  comme  Vinet,  qusî  est  le  spectateur,  remplace 
dum  par  qui  :  «  Quis  ille?  Videtur  fcripfiffe  :  Qui  fpedat  tranfire, 
diem  et  fua...^>  La  conjecture  de  Gronovius  est  admise  par  le  texte 
de  Tross.  Tollius,  reprenant  la  supposition  de  Vinet  qui  soupçon- 
nait la  possibilité  d'une  lacune,  essaie  de  suppléer  à  cette  lacune 
en  imaginant  un  vers  de  remplissage,  auquel  il  ne  tient  pas 
d'ailleurs  beaucoup  lui-même  :  c  Ouum  locum  corruptum  animad- 
verterem,  animi  gratta  itafuppleham,  no7i  quod  ita  emendandîi 
cenferem  : 

Dtim  fpedat ,  dum  porro  cupit  fpeclare  viator, 
Non  fentit  tranfire  diem,  fua  feria  îudo 
Posthabet,  &=€. 

Virgilius,  Eclog.,  VII  : 

Pofthabui  tamen  illonim  mea  feria  Iudo. 


70  COMMENTAIRE 

»  Quod  xo  diem  in  dein  Scaliger  mutaverit,  nefcio  an  re6îe. 
Si  perfona  fpectantis  liqueret,  fcriberem  :  Dum  fpecftat,  tranfire 
dies;  fua  feria  ludo  Pofthabet.  Scil.  ille  qui  fpeêîat ;  tranfire  dies, 
pro  traujibat.  »  Cannegieter  (op.  cit.,  pp.  184-186)  propose  de 
corriger,  au  v.  204,  aJacres  gestire  magistros  en  alacris  gestij^e 
magister.  Gestire  signifierait  alors  «  toto  corpore  laetitiain 
ojiendere  »,  et  pendant  que  ce  gouverneur  (magister)  se  réjouit 
de  voir  es  jeux  des  jeunes  gens,  le  jour  se  passe  (transire  diem). 
Au  V.  207,  Cannegieter  suppose,  mais  sans  vouloir  rien  changer 
au  texte,  qu'Ausone  a  pu  écrire  :  «  Pojîhabuit,  clujit  veteres  nova 
gratia  curas,  quia  cludit  pro  claudit  eji  in  Sapientib.  v.  31.  » 
Cependant,  l'idée  d'imaginer  un  vers  supplémentaire  a  fait  son 
chemin  depuis  Tollius;  Bœcking  s'y  est  essayé  à  son  tour,  sinon 
avec  plus  de  succès,  du  moins  avec  moins  de  modestie  que 
son  devancier.  Bœcking  propose  en  effet  le  vers  supplémen- 
taire sviivant,  qui,  dit-il,  a  reçu  de  la  critique  l'accueil  le  plus 
flatteur  : 

Dum  spectat,  viridis  qua  surgit  ripa,  coloniis. 
Non  sentit  transire  diem  ;  sua  séria 

Schenkl  et  Peiper  n'admettent  pas  ce  vers;  mais  ils  supposent, 
comme  Bœcking,  qu'il  y  a  une  lacune,  et  écrivent  : 


Dum  spectat 

transire  diem,  sua  séria  ludo,  etc. 

Enfin,  sans  ajouter  de  vers,  Knebel,  cité  par  Bœcking,  essaie 
de  donner  un  sujet  à  spectat  en  remplaçant  diem  par  sator,  un 
moissonneur  qui  est  le  spectateur  de  la  scène  : 

Dum  spectat  transire  sator... 

Mais  il  n'est  pas  admissible  que  sator,  mal  copié,  ait  donné 
diem,  leçon  de  tous  les  mss. 

Il  semble  donc  qu'on  doive  renoncer  à  cette  conjecture. 
L'hypothèse  d'un  vers  perdu  ne  me  semble  pas  meilleure,  et  je 
trouve  inutile  le  changement  de  diem,  en  dein. 

Tollius  paraît  dans  le  vrai  quand  il  dit  :  «  Si  perfona  fpeôiantis 
Uqueret,fcriberem,  :  Dum  fpedat,  tranfire  dies.  »  Souchay  expli- 
que bien  le  sens  de  la  phrase  :  «  Diim  fpe6lat  (viator  aliqiiis), 
pofthabet  huic  ludo  fua  feria  negotia.  »  Mais  pourquoi  Ausone 
n'indique-t-il  pas  mieux  quel  est  le  spectateur?  Wernsdorf  nous  le 
dit  :  <i Obscur ioremfecit  affectata  imitatio  Virg.,Ecl.,'Wl\i  16.  » 
C'est  évidemment  en  voulant  faire  entrer  tant  bien  que  mal  dans 


COMMENTAIRE  77 

son  vers  celui  de  Virgile  qu'Ausone  a  rendu  sa  phrase  obscure. 
Nous  verrons  encore,  au  v.368,  quels  mauvais  tours  cette  imitation 
indiscrète  joue  parfois  à  l'imitateur.  Je  suppose  qu'Ausone  a  écrit 
Diim  s'pectat,  transire  dies;  les  copistes,  qui  ne  comprenaient 
pas,  auront  écrit  diem  en  faisant  de  transire diemle.  complément 
de  s'pectat.  Mais  si  sentit  ou  spectat  transire  est  peu  latin,  dies 
transire  se  comprend  bien  comme  infinitif  de  narration;  et  l'on 
trouve  l'expression  dans  Cicéron  (ad  Attic,  VII,  vil,  6)  :  «  Cum 
legis  dies  transierit.  »  Reste  toujours  l'obscurité  de  ce  verbe 
spectat,  sans  sujet;  mais  l'imitation  maladroite  du  passage  de 
Virgile  nous  en  donne  une  raison  suffisante;  à  moins  que,  chan- 
geant tout  à  fait  le  texte  des  mss.,  on  ne  préfère  supposer 
qu'Ausone  se  mette  en  scène,  comme  le  personnage  de  VÉglogue 
de  Virgile,  et  dise  à  la  première  personne  : 

Diim  specto,  transire  dies  ;  mea  séria  ludo 
Posthabeo... 

V.  208.  CUMANO...  IN  AEQUORE.  —  Par  mer  de  Cumes 
(Cmnanuni  aequor),  Ausone  entend  la  partie  de  la  mer  Tyrrhé- 
nienne  qui  baigne  la  côte  de  Cumes.  Le  Vésuve  qui  lance  la 
fumée  (vaporifer  VesevusJ  avait  aussi  des  vignobles  célèbres 
(cf.  Pline,  N.  H.,  XIV,  22),  que  le  poète  a  négligé  de  citer  en 
même  temps  que  ceux  du  mont  Gaurus  (cf.  v.   157). 

Ausone  imagine  que  Vénus,  aïeule  de  l'empereur  Auguste,  fait 
représenter  par  les  Amours,  dans  les  eaux  de  Cumes,  la  fameuse 
bataille  d'Actium,  où  les  flottes  de  l'Égj-p tienne  Cléopâtre 
(Niliacae  classes)  avaient  été  mises  en  fuite  par  les  navires 
romains  d'Auguste,  sous  les  murs  de  Leucade,  capitale  de  l'île  du 
même  nom,  où  Apollon  avait  un  temple.  D'après  l'auteur  de  la 
Moselle,  Vénus  qui  devait  se  plaire  dans  cette  région  délicieuse 
de  l'Italie,  et  qui  d'ailleiu-s  y  avait  un  temple  sur  les  bords  du 
Lucrin  (Stace,  Silv.,  III,  i,  v.  150  :  Lucrina  Venus),  aime  à  faire 
représenter  par  les  Amours  ces  Actiaci  ludi,  qu'Auguste  lui-même 
avait  institués  en  souvenir  de  sa  victoire  à  Actium,  auprès  du 
temple  d'Apollon.  Dion  Cassius  (LI,  v;  LUI,  i)  et  Suétone 
(Octav.  Aug.,  XVIII  ;  Tib.  Nero,  vi)  parlent  bien  des  Actiaci  ludi 
qui  furent  célébrés  à  Rome  :  ces  jeux  consistaient  en  combats 
équestres  et  en  luttes  gymniques;  mais  il  ne  semble  pas  qu'à 
Actium  plus  qu'à  Rome  il  y  eût  de  joutes  navales  en  mémoire 
de  la  fameuse  bataille.  On  sait  cependant  que  l'initiative  privée 
de  certains  riches  particuliers  avait  imaginé  des  représentations 


78  COMMENTAIRE 

de  la  bataille  d'Actium  :  Horace  écrit  à  Lollius  {Epist.,  I,  xvill, 

V.  60)  : 

...  Interdum  nugaris  rure  paterno ; 
Partitur  lintres  exercitus  :  actia  pugna, 
Te  duce,  per  pueros  hostili  more  refertur. 

Ausone  a  bien  le  droit  de  supposer  que  Vénus  célèbre,  comme 
Lollius,  la  victoire  d'Actium. 

V.  208.  Talés.  —  Peiper  écrit  quales;  c'est  une  correction  qui 
a  contre  elle  l'autorité  de  tous  les  mss.  comme  la  coutume  de 
toutes  les  éditions  ;  elle  semble  inutile.  Taies  n'est  pas  en  corréla- 
tion avec  le  qualia  dxi  vers  212^  lequel  est  simplement  amené  par 
Cum...  fera  proelia  :  «Tels  (taies)  sont  les  jeux  que  Bacchus 
contemple,  alors  que  Vénus  fait  représenter  de  terribles  combats 
tels  que  ceux  (qualia),  etc.  » 

V.  209-211.  Cum  per  iuga...cum  venus.  — Tous  les  mss. 
et  les  éditions  ont  cum  aux  vers  209  et  2i  1 .  Schenkl  introduit,  au 
vers  209,  dum  à  la  place  de  cmn.  Les  deux  actions  :  alors  que 
Bacchus  marche,  alors  que  Vénus  a  ordonné  de  représenter, 
ne  sont  pas  évidemment  simultanées  :  mais,  dans  un  cas,  graditur 
est  au  présent,  dans  l'autre,  iussit  est  au  parfait.  La  différence  des 
.temps  de  ces  deux  verbes  suffit  pour  donner  à  entendre  que,  au 
moment  où  Bacchus  se  promène,  il  voit  un  spectacle,  résultat 
d'un  ordre  antérieur  de  Vénus,  sans  qu'on  juge  nécessaire  de 
mettre  dum  devant  graditur,  et  de  ne  laisser  cum  qu'avec  iussit. 

V.  211.  Triumphis.  — Poelmann  qui  admet  dans  son  texte 
triumphis,  comme  tous  les  éditeurs,  écrit  en  marge  :  «  Tropœis, 
vide  Turneb.  lib.  18  cap.  y.  ;>  En  effet,  dans  le  passage  indiqué 
Turnèbe  cite,  à  propos  des  jeux  d'Actium,  les  v.  208-214  de  la 
Moselle.  Il  écrit  trophœis,  sans  commentaire,  comme  si  c'était 
une  leçon  reçue  qui  ne  demandât  aucune  justification.  —  Est-ce 
parce  que  la  guerre  entre  Octave  et  Antoine  était  une  de  ces 
guerres  civiles  qui  n'ont  pas  de  triomphes?  (Cf.  Lucain  I,  v.  12: 
Bella  ...nullos  habittira  triumphos.)  Mais  on  sait  au  contraire 
qu'Octave  triompha  trois  fois,  en  août  725,  pour  les  Dalmates, 
pour  Actium  et  pour  l'Egj'pte.  C'était,  il  est  vrai,  pour  avoir  défait 
la  flotte  égyptienne  que  le  vainqueur  d'Actium  triompha  :  le  nom 
d'Antoine  ne  fut  pas  même  prononcé.  —  Mais  puisque  triumphis 
se  rapporte  bien  à  un  triomphe  authentique,  il  n'y  a  aucune  raison 
de  changer  ce  mot. 


COMMENTAIRE  79 

V.  215.  POMPEIANI  MYLASENA  PERICULA  BELLI.  —  «  ...ma- 
nœuvres navales  qui  ont  précédé  la  bataille  de  Myles,  dans  la 
guerre  contre  Pompée.  >  Cette  traduction  a  le  défaut  d'être  une 
vraie  paraphrase  :  du  moins,  elle  essaie  de  donner  le  sens  du 
latin.  Corpet  traduit  :  «  la  bataille  de  Myles  si  fatale  à  Pompée.. .  » , 
ce  qui  est  un  vrai  contresens;  et  le  dictionnaire  latin-français  de 
Freund  revu  par  Theil  (au  mot  pericula)  :  «  l'essai  [littéraire]  sur 
la  guerre  de  Pompée,  près  de  Myla...  ,>  ;  ce  qui  est  un  non-sens, 
dont  la  responsabilité  remonte  d'ailleurs  au  dictionnaire  de  For- 
cellini  où  le  vers  de  la  Moselle  est  cité  comme  exemple  des 
passages  où  le  mot  periculum  a  le  sens  de  saggio,  au  point  de 
vue  littéraire.  Cependant  le  souvenir  des  circonstances  historiques 
qui  se  rattachent  à  la  bataille  de  Myles,  et  les  explications  données 
par  les  principaux  commentateurs  au  sujet  de  ce  vers  auraient  dû 
mettre  en  garde  Corpet  et  Theil  contre  une  semblable  bévue. 
Scaliger  déjà  {Aus.  Lect.,  I,  4)  s'inquiétait  du  sens  du  mot  peri- 
ctila,  et  en  donnait  une  interprétation  qui,  pour  ne  pas  me  paraître 
exacte,  est  cependant  bien  supérieure  à  celle  de  Corpet  ;  «  V/us  eji 
nomine  periculi  proprie.  Nam  periculum  eji  ludicrus  à.yiù'/,  vt 
funt  eœ  naumachiœ,  de  quibus  metninit.  »  Freher  s'en  tient  au  sens 
donné  par  Scaliger,  dont  il  admire  la  finesse  :  <^  Imitationes ,  tyro- 
cinia,  reprcefentationes  ludicrœ:  ut  acute  notavit  Scaliger.  »  Or, 
Ausone  n'entend  pas  par  pericula  les  naumachies  célébrées  en 
souvenir  de  la  bataille,  mais  bien  les  manoeuvres  qui  ont  préparé 
la  flotte  d'Octave  à  cette  même  bataille.  Souchay  l'a  bien  compris  : 
«Intellige  exercitationes  illas  copiarum,  quibus  in  porta  Julio 
prcelujit  Pompeianœ  pugnœ  Aitgiijîus.  >  Ce  sont  ces  manœu- 
vres que  les  barques  de  Cumes  imitent  dans  leurs  jeux  sur 
l'Averne  :  il  aurait  été  inconvenant  de  représenter  par  manière  de 
réjouissance  la  bataille  même  qui  avait  eu  lieu  entre  navires 
romains,  où  les  flottes  du  Nil  n'avaient  joué  aucun  rôle,  et  qui 
était  un  fait  d'armes  d'une  guerre  civile  qui  ne  devait  pas  avoir 
de  triomphe.  Quant  aux  exercices  par  lesquels  Octave  prépara  le 
succès  qu'il  devaitremporter  à  Myles  sur  Sextus  Pompée,  Suétone 
(Octav.  Atig.,  XVI)  dit  qu'il  créa  le  port  Julius  près  de  Baïes,  en 
ouvrant  à  la  mer  le  lac  Lucrin  et  l'Averne,  et  qu'après  y  avoir 
exercé  à  la  manoeuvre  durant  tout  l'hiver  vingt  mille  esclaves 
qu'il  avait  affranchis,  il  battit  Pompée  entre  Myles  et  Nauloque  : 
«  In  que  (dans  le  port  Jules)  cum  hieme  tota  copias  exercuisset, 
Pompeiuin  inter  Mylas  et  Naulochuvi  superavit.  »  Florus 
(Epitom.,  IV,  8  [édit.  O.  lahn  II,  18])  parle  avec  encore  plus  de 
précision  que  Suétone  des  manœuvres,  image  de  la  guerre  navale, 


80  COMMENTAIRE 

qu'Auguste  organisa  dans  le  port  Jules:  a  . . .  Lucrinus  lacus 
mutatus  in  portum,  eique  interrupto  niedio  additus  Auernus, 
ut  in  illaaquaruin  quiète  classis  exercifa  imaginent  belli  nanalis 
agitaret.  »  Cette  bataille  eut  lieu  le  3  septembre  36.  —  On  a  vu, 
dans  les  notes  critiques  au  v.  2 15,  les  variantes  proposées  à  la  place 
de  Mylasena.  Ugolet  écrit  niijfena  et  fait  sans  doute  de  ce  mot  un 
adjectif  signifiant  de  Messine.  Accurse  corrige  ce  mot  en  MeJJanay 
qui  est  le  vrai  nom  latin  de  Messine.  Mais  l'adjectif  qu'il  faudrait 
ici  serait  Messania  ou  Messanica.  D'ailleurs,  Suétone  dit  expres- 
sément que  le  combat  eut  lieu  entre  Myles  et  Nauloque  :  il  ne 
s'agit  pas  de  Messine,  mais  de  Myles,  ville  de  la  côte  N.  de  Sicile, 
aujourd'hui  Milazzo.  Gronovius  sait  bien  qu'il  s'agit  de  Myles,  et 
c'est  justement  pour  cela  qu'il  veut  écrire  Mylaea  au  lieu  de 
Mylasena  qui  lui  semble  venir  de  Mylasa,  ville  de  Carie,  dont  les 
habitants  sont  en  effet  désignés  dans  Tite  Live  (XXXVIII,  xxxix) 
par  le  nom  de  Mylaseni.  —  Quoique  Lachmann  admette,  comme 
Gronovius,  Mylaea,  il  ne  semble  pas  utile  d'introduire  dans  le 
texte  ce  mot  inusité.  Bœcking,  qui  avait  écrit  Mylaea  dans  son 
édition  de  1828,  y  renonce  dans  celle  de  1845,  et  pense  qu'il  faut 
admettre  Mylasena,  sans  pourtant  faire  dériver  cet  adjectif, 
comme  le  voudrait  Wemsdorf,  du  fleuve  de  Sicile  Mylas,  qui  se 
jette  dans  le  golfe  de  Megara  Hybla,  au  nord  de  Syracuse,  bien 
loin  par  conséquent  des  parages  où  se  livra  la  bataille  navale  de 
l'an  36,  à  laquelle  il  ne  put  évidemment  donner  son  nom.  Le  fleuve 
Mylas  est  mentionné  par  Tite  Live  (XXIV,  xxx). 

V.  2i6.  EUBOICAE  CUMBAE...  AVERNA  SONANTIA.  —  Les  bar- 
ques de  Cumes,  colonie  Eubéenne  (cf.  Aen.,  VI,  v.  2  :  Et  tandem 
Etiboicis  Cutnarum  allabitur  oris).  —  L'Averne  sonore  :  le  lac 
Aveme,  qui  est  sans  doute  le  cratère  d'un  volcan  éteint,  encaissé 
entre  des  collines  boisées,  était  célèbre  par  ses  exhalaisons  pesti- 
lentielles qui  tuaient  les  oiseaux.  (Cf.  ^en.^  III,  v.  442  ...Averna 
sonantia  silvis,  que  Benoist  explique  ainsi  :  <■  l'Averne  retentissant 
du  bruit  des  forêts  plantées  sur  ses  rives  ».) 

Bœcking  dit  que  les  eaux  du  lac  Avei'ne,  qui  mugissent  sans 
cause  appréciable,  justifient  cette  épithète  de  sonantia.  Werns- 
dorf  l'explique  autrement  :  «  Averna  sonantia  propter  iinmissum 
mare  et  niolibus  inclusum:  unde  Virgil.,  Georg.,  II,  162,  de 
portii  Inlio  :  Atque  indignatum  magnis  stridoribus  asquor.  » 

V.  218.  Peloro.  —  Le  Pélore  est  un  cap  situé  à  la  pointe  N.-E. 
de  la  Sicile  :   il  ne  semble  guère  admissible   que  les  pericula 


COMMENTAIRE  8l 

Mylasena,  ces  manœuvres  effectuées  dans  le  port  Jules,  et  les 
joutes  navales  du  lac  Averne  aient  pu  avoir  lieu  en  vue  de  ce 
promontoire.  C'est  sans  doute  ce  qui  aura  fait  penser  que  pericula 
Mylasena  signifiait  les  périls  de  la  bataille  de  Myles  qui,  elle, 
s'est  livrée  en  vue  du  Pélore.  Mais  il  ne  faut  pas  oublier  qu'Au- 
sone  est  Gascon,  qu'il  exagère  ou  diminue  les  distances  à  sa 
fantaisie,  et  qu'au  demeurant,  si,  dans  son  expédition  en  Germanie, 
il  avait  appris  la  géographie  des  contrées  que  baigne  la  Moselle, 
il  devait  ignorer  parfaitement  celle  de  la  Sicile  et  de  la  Campanie. 

V.  22i.  PuBERTASQUE  AMNISQUE  ET.— Barth  est  l'auteur 
de  cette  correction  au  texte  des  mss.  pubertasque  amnis  et... 
«  NeceJJario  fcrihendiim  Pubertafque  amnifque  &...  Triiim  enim 
horum  in  hoc  Judo  partes  requiruntur,  ut  id  fiât  quod  vult 
opfnmts  vates.  »  Au  point  de  vue  de  la  correction  métrique, 
amnis  et  aurait  de  quoi  étonner.  Ausone  est  trop  scrupuleux  pour 
ce  qui  touche  à  l'observation  des  lois  de  la  métrique,  surtout  dans 
la  Moselle,  son  poème  le  plus  soigné  :  on  n'y  trouve  pas  un  seul 
exemple  de  syllabe  brève  allongée  à  l'arsis  ;  et  si  on  lit  quaesfor 
et  (III,  V.  35,  édit.  Schenkl),  à  l'arsis  du  quatrième  pied,  je  crois 
que  nulle  part  Ausone  ne  fait  cet  allongement  à  l'arsis  du  troisième 
pied,  formant  la  césure  penthémimère.  Aussi,  la  correction  de  Barth 
est-elle  très  vraisemblable,  et  a-t-elle  été  généralement  adoptée. 
Souchay,  Christ,  la  Bipontine  et  Peiper  conservent  cependant 
amnis  et.  —  Si  l'on  ne  veut  pas  ajouter  que  après  amnis,  il  faut  du 
moins  admettre  que,  dans  les  mss.,  cette  particule  a  été  transposée, 
et  lire  Pubertas  amnisque  et. 

Cannegieter  remarque  que  le  m.ot  pubertas  répond  mal  à 
l'expression  impitbemque  manuin  (v.  205),  et  il  cherche  une  expli- 
cation bien  subtile  à  ce  qui  semble  une  simple  distraction  de  la 
part  du  poète  ;  «  Pubertas,  inquit,  atqui  antea  vs.  205  impubem 
manum  dixerat.  Nitni  ergo  alterion  falfuni  ?  nequaquam,  fed 
ditbia  aetate  adolefcentuli  erant,  &=  média  inter  pueritiam 
atque  adolefcentiam .  » 

V.  222.  Hyperionio...  aeSTU.  —  «Hypérion,  —  dit  Decharme 
dans  sa  Mythologie  grecque  (p.  238,  édit.  de  1886),  —  dieu  solaire 
dont  la  personnalité  ne  s'est  pas  développée  dans  la  mytho- 
logie grecque,  et  que  les  poètes  théogoniques  ont  relégué  dans 
la  catégorie  des  Titans,  est  fils  d'Ouranos  et  de  Gaia;  il  est  père 
d'Hélios,  le  soleil,  avec  lequel  on  l'identifie.  Hypérion  (celui 
qui  marche  au-dessus,  'jnïp  uiv)  est  le  soleil  considéré  dans  son 

li 


82  COMMENTAIRE 

mouvement  ascensionnel  au-dessus  de  l'horizon.  »  Vinet  compre- 
nait bien  de  cette  manière  le  sens  de  l'expression  d'Ausone  : 
«  Hyperion  fol  dicitur  h-KÏ^  r;\t.à.ç,  Itov,  id  ejl  fwpra  nos  gradiens, 
ait  Eujlathius  &  Suidas.  >  (Comment.,  2^6  B.)  Je  traduis  par  «  les 
rayons  du  soleil  qui  tombent  d'aplomb  >,  ce  qui  explique  la 
réduction  des  ombres  des  matelots.  ToUius  dit  en  effet  :  «  Et  redigit 
pandas  :  id  ejl  coarâîat  &  cogit.  Ideo  enim  pandas  addidit, 
quoniam  wmhrst  inverfa  reddentes  in  aquis  corporum  Jimulacra 
in  latitudinetn  Je  extendunt,  quum  fol  altior  in  longitudineni 
cas  minuit.  » 

V.  230.  Sic,  UBI.  —  Au  lieu  de  sic,  ubi,  Schenkl  écrit  sicufi, 
d'après  une  correction  de  Speck  qui  ne  semble  pas  admissible. 
Le  mot  ne  se  trouve  jamais  dans  Ausone  qui,  d'ailleurs,  suit  trop 
le  bon  usage,  pour  abréger  la  dernière  de  siciiti.  Sans  doute,  la 
phrase  est  embarrassée:  mais  notre  poète  est  coutumier  du  fait; 
cum  (au  vers  232)  fait  double  emploi  avec  ^^bi,  mais  on  peut  le 
remplacer,  à  la  rigueur,  par  tum,  comme  Lachmann  le  proposait; 
ou  plutôt,  on  peut  sous-entendre  es^;,  comme  le  voulaient  Canne- 
gieter  et  Tross,  devant  ostentatiira ;  ou  enfin,  remarquer,  avec 
Bœcking,  que  l'anacoluthe  qui  trouble  un  peu  cette  phrase  est 
cependant  facilement  intelligible  et  que,  par  suite,  mieux  vaut  ne 
rien  changer  ;  il  n'est  pas  même  utile  de  mettre  entre  parenthèses, 
comme  fait  Peiper,  les  vers  231-232. 

V.  235.  Métallo.  —  Est-il  besoin  de  rappeler  que  les  miroirs 
des  anciens  étaient  en  métal,  étain,  argent  ou  même  or?  Voir 
Pline  l'Ancien  {N.  H.,  XXXIII,  128;  XXXIV,  160.) 

V.  240.  Iam  vero.  —  Accurse  suppose  qu'on  pourrait  écrire 
vere  :  «  Corrigendtini  fortajje  qiiis  piitet,  vere.  Tempus  certe 
verniun,  quam  fit  his,  qui  pi/candi  fiudio  tenentur  aptuni 
netno  non  novit.  »  Cette  correction  semble  inutile.  D'ailleurs 
Ausone  se  donne  comme  le  spectateur  des  divers  genres  de  pêche 
qu'il  décrit;  et,  dans  la  Moselle  même,  beaucoup  de  passages 
montrent  que  le  voyage  du  poète  eut  lieu  après  le  printemps 
(v.  195,  vindeniia  turget;  v.  203,  attonsis  pubentia  germina 
pratis,  ce  qui  indique  que  les  prairies  ont  déjà  été  fauchées,  etc.). 

V.  240-275.  —  Bœcking  fait  remarquer  que  cette  description 
des  diverses  manières  de  pêcher  est  conforme  à  ce  qui  se  pratique 
encore  aujourd'hui  :  constatation  d'un  fait  qui  n'a  rien  que  de 


COMMENTAIRE 


8 


naturel.  Il  est  question  en  effet  :  (v.  243-244)  de  la  pêche  à  Vever- 
ricidum,  «.qtiod  graece  ffayi^vr.  dicitiir  »  (Ulpien,  Dig.,  XLVII,  x, 
n,  §  7),  grand  filet  que  l'on  traînait  au  milieu  du  fleuve,  contre 
le  couraiit,  et  qui  balayait  les  poissons  qu'il  rencontrait  (examina 
vcrrit);  —  (v.  245-246)  d'un  autre  genre  de  pêche  au  filet.  Le 
pêcheur  laisse  flotter  dans  les  eaux  tranquilles  son  filet  où  sont 
fixés  des  morceaux  de  liège  qui  le  soutiennent  et  indiquent  la 
place  où  il  se  trouve  :  les  poissons  viennent  s'y  prendre  peu  à 
peu,  dans  les  mailles.  Sidoine  Apollinaire  {Einst.,  II,  11),  dans  le 
môme  passage  où  il  parle  du  salar  (voir  la  note  au  v.  88),  fait 
aussi  allusion  à  cette  pêche  au  filet  dormant:  «  ...  ut  Jlatnria 
retiafuberinis  corticibus  [pi/cator]  extendat  »  ;  — (v.  247-275)  de 
la  pêche  à  la  ligne.  Le  pêcheur  à  la  ligne  se  plaçait  d'ordinaire 
sur  un  rocher  d'où  il  dominait  le  cours  d'eau.  Cf.  le  passage 
d'Ovide  {Met.,  XIII,  v.  923)>  où  Glaucus  dit  de  lui-même: 

Nanc  in  mole  sedens  moderahar  harnndine  linum. 

Pétrone  fait  à  cette  habitude  des  pêcheurs  à  la  ligne  une  allusion 
bien  connue  :  «  Sic  éloquent iae  magister,  iiisi,  tanquampiscator, 
eam  imposuerit  hamis  escam  quam  scierit  ajypetituros  esse 
pisciculos,  sine  spe  praedae  moratur  in  scopulo.  »  {Satyric,  III.) 
Trompés  par  les  mots  scoptdis  promis,  Wernsdorf  et  Tross  rap- 
prochent ce  genre  de  pêche  du  piscatus  saxatilis  dont  il  est 
question  dans  Plaute  (Riidens,  II,  i,  v.  lO).  Mais,  justement  dans 
ce  passage,  Plaute  oppose  au  piscatus  hamatilis,  dont  Ausoue 
s'occupe  ici,  le  piscatus  saxatilis,  pêche  où  l'on  va  chercher, 
pour  le  prendre  avec  la  main,  le  poisson  qui  se  cache  dans  les 
rochers.  —  Ampère  et  Demogeot  comparent  cette  description  de 
la  pêche  à  la  ligne  avec  celle  de  Delille  {L'Homme  des  champs, 
ch.  I,  V.  295  et  suiv.),  qui  est  en  partie  imitée  de  la  la  Forêt  de 
Windsor,  de  Pope. 

Ausone  imite  peut-être  Oppien  dans  toute  cette  description. 
L'auteur  des  Halieutiques  passe  en  effet  en  revue  les  diverses 
manières  de  pêcher  (III,  v.  72-9O  :  ^^  l'hameçon;  2°  les  diverses 
sortes  de  filets,  parmi  lesquels  la  sagène;  3°  le  tarident  au  moyen 
duquel  le  pêcheur  en  bateau,  ou  même  sur  le  rivage,  perce  et 
enlève  les  poissons. 

V.  255.  NeC  MORA,  et.  —  Gannegieter  veut  supprimer  et: 
«In  verfu  2SS-  Nec  mora,  &  excuffam,  plaiie  languet  xb  &.  Et 
fexcenta  Poëtarum  exempta  ei  reclamant.  Puto  intrufum  ab  iis 
qui  verfum  non  aliter  constare  credebant.  »  Le  critique  trouve 


84  COMMENTAIRE 

une  confirmation  à  la  correction  qu'il  propose,  et  qui  amène  un 
hiatus,  dans  le  v.  312  de  la  Moselle,  où  il  lit  qiiadro  ciii  in.  Mais 
il  semble  qu'il  n'y  a  rien  à  changer  au  texte  du  v.  255.  Sans  doute, 
dans  les  poètes,  l'expression  nec  inora  n'est  pas  généralement 
suivie  de  et.  Les  exemples  d'Ovide,  très  nombreux,  semblent 
donner  force  de  loi  à  cet  usage  de  nec  inora  sans  et.  Ausone, 
d'autre  part,  imite  constamment  Stace  dans  la  Moselle,  en  parti- 
culier V Achilléide  (cf.  l'édit.  de  VAchilléide  par  Ph.  Kohlmann, 
Leipzig,  1879,  Praefatio,  p.  1)  :  or,  si  Stace  suit  d'ordinaire  pour 
nec  mora  l'usage  consacré,  on  trouve  dans  VAchilléide  (I,  v.  27) 
un  passage  qui  a  pu  servir  de  modèle  à  Ausone  : 

Nec  mora,  et  undosis  turba  cotnitante  sororuin 
Prosiluit  thalamis... 

Kohlmann,  en  écrivant  ainsi  ce  vers,  rétablit  la  leçon  des 
mss.  que  les  anciens  éditeurs,  choqués  de  l'expression  a  Nec  mora, 
et -A,  modifiaient  en  :  «  Nec  mora,  ab...» 

V.  257.  Fractis.  —  Schenkl  propose  tractis,  et  Peiper,  raptis. 
Les  mss.  et  les  éditions  ont  fractis  :  de  même,  on  lit  dans  Sidoine 
Apollinaire,  l'imitateiu:  d'Ausone,  fractoque  flagello  (Carm., 
XXII,  V.  190).  C'est  une  ellipse  ■pour  fractus  sonitus  flagelloriim 
(cf.  Virgile,  G.,  IV,  v.  72,  ...fractos  sonitus...  tubar uni)  sQvah\?Lh\Q 
à  celle  du  v.  134  (propexus  barbus)  pour  propexa  barba  barbi 
(cf.  Virgile,  Aen,,  X,  v.  838,  ...propexam  in pectore  barbant);  le 
tour  elliptique  donne  à  la  phrase  une  vivacité  que  lui  fait  perdre 
la  substitution  maladroite  de  tractis  ou  de  raptis, 

V.  261.  CuiQUE.  —  Les  mss.,  à  l'exception  du  B,  ont  quique, 
conservé  parVinet,  Tollius,  Souchay,  Christ,  Wemsdorf,  etc.,  qui 
est  ici  peu  intelligible  ;  le  B  a  queque,  qui  est  inacceptable.  Depuis 
l'édit.  de  Venise  (1507)  qui  a  proposé  cuique,  cette  correction, 
qui  donne  un  sens  satisfaisant,  a  été  adoptée  par  Burmann,  Canne- 
gieter,  Tross,  Bœcking,  Peiper.  Schenkl  écrit  quoique;  cette 
correction  se  rapproche  sans  doute  de  la  lettre  des  mss.,  mais  elle 
ne  me  paraît  pas  acceptable  :  jamais  Ausone  n'emploie  ces  formes 
archaïques.  Et  s'il  l'avait  fait,  par  manière  de  plaisanterie,  dans 
quelque  lettre  familière  ou  dans  quelque  pièce  de  facture,  il  s'en 
serait  bien  gardé  dans  la  Moselle.  Je  sais  que  Schenkl  introduit 
parfois  çMoz  pour  ciii  dans  son  édition  (XIII,  2,  v.  17;  XV,  5,  v.  8). 
Mais  c'est  de  sa  propre  autorité,  ou  d'après  Mommsen,  et  jamais 
suivant  le  texte  des  mss. 


COMMENTAIRE  85 

V.  276.  Glaucus.  —  Ausone  reproduit  ici  la  légende  de 
Glaucus,  d'après  le  récit  qu'Ovide  (Met.,  XIII,  v.  917-965)  met 
dans  la  bouche  de  celui  qui  en  fut  le  héros.  —  Voir,  pour  les 
diverses  traditions  du  mythe,  DQcha.TmQ,  Mythologie  grecque  (édit. 
de  1886,  pp.  316  et  suiv.). 

V.  283  et  suiv.  —  Toutes  ces  descriptions  de  villas  sont  imitées 
de  très  près  de  Stace,  en  particulier  de  la  Silve  m  du  livre  I. 

V.  287-297.  —  Ausone  décrit,  pour  les  comparer  à  la  Moselle, 
deux  détroits  souvent  célébrés  par  les  auteurs  anciens  :  l'Helles- 
pont  et  le  Bosphore  de  Thrace.  C'est  l'Hellespont  qu'il  désigne 
par  les  noms  de  mer  d'Hellé,  fille  de  Néphélé,  et  de  mer  de 
Sestos  et  d'Abj^dos.  Il  est  inutile  de  raconter  tout  au  long  la 
légende  si  connue  d'Hellé  et  celle  d'Héro  et  de  Léandre.  On  sait 
que  ces  deux  amoureux  demeuraient,  la  première  à  Sestos,  ville 
de  Chersonèse,  où  elle  était  prêtresse  d'Aphrodite,  le  second  à 
Abydos,  sur  la  côte  de  Troade.  Léandre  traversait  à  la  nage  le 
détroit  chaque  nuit  pour  aller  retrouver  sa  maîtresse  à  Sestos;  il 
périt  dans  les  flots  pendant  une  tempête.  Beaucoup  d'auteurs 
anciens  ont  fait  allusion  à  cette  aventure  tragique.  L'épisode  de 
Léandre  et  d'Héro  est  un  des  plus  célèbres  que  Virgile  rappelle, 
en  décrivant  les  fureurs  de  l'amour  {Georg.,  III,  v.  258-263)  : 

Ouid  iuvenîs,  magnum  ciii  versât  in  ossibtis  ignem 
Dunts  atnor  ?  Nempe  ahruptis  ttirbata  procellis 
Nocte  natat  caeca  serus  fréta  ;  quem  super  ingens 
Porta  tonat  caeli,  et  scopulis  illisa  reclamant 
Aequora;  nec  miseri  possunt  revocare  parentes, 
Nec  moritura  super  crndeli  funere  virgo. 

Une  Héroïde  d'Ovide  est  adressée  par  Léandre  à  Héro;  une 
autre,  par  Héro  à  Léandre  (Ovide,  Epist.,  XVIII,  XIX  [vulgo]; 
édit.  Merkel,  XVII,  XVIII).  Stace  {Theb.,  VI,  v.  542-547  [édit. 
Kohlmann,  v.  520-525])  a  encore  fait  allusion  à  cette  aventure 
fameuse  : 

. . .  Phrixei  natat  hic  contemptor  ephebus 
Aeqiioris  et  picea  translucet  caerulus  unda ; 
In  latus  ire  tnanus,  niutaturii,sque  videtur 
Bracchia,  nec  siccuin  speres  in  staminé  crinem  ; 
Contra  atiteni  frustra  sedet  anxia  turre  suprema. 
Sestias  in  speculis;  moritur  prope  conscius  ignis. 

Enfin,  Musée,  poète  byzantin  du  Vl''  siècle,  a  consacré  à  la 
légende  de  Léandre  et  d'Héro  une  petite  épopée,  assez  gracieuse, 


86  COMMENTAIRE 

quoique  écrite  dans  un  style  affecté.  —  L'Hellespont  est  déjà 
nommé  Sestiaci  sinus  par  Stace  (Silv.,  I,  III,  v.  27).  Xerxès  jeta  un 
pont  sur  le  détroit,  entre  Sestos  et  Abydos.  Mais  les  mots  Chal- 
cedonio  ah  litore  indiquent  nettement  qu'il  ne  s'agit  pas  ici  de  ce 
pont,  comme  le  croyait  Souchay,  qui  dit  :  «  Bofphonnn  Thracium 
guetn  Xerxes  ponte  junxit  ab  Afiatico  Jittore,  ubi  Chaïcedon  ejî, 
Bithyniœ  oppidum,  ad  Europœum  littus  in  quo  Byzantium.  » 
Le  grand  roi  (régis...  tnagni)  dont  il  est  question  dans  ce  passage 
de  la  Moselle,  n'est  pas  Xerxès,  mais  bien  Darius  qui  jeta  un  pont 
sur  le  Bosphore  de  Thrace,  entre  Chalcédoine  et  Byzance.  Vinet 
l'avait  déjà  fait  remarquer  :  c  Darius,  Perfarmn  rex,  Xerxis 
pater,  côftrato  in  nauihus  ponte,  exercituni  in  Europâ  Jiac  trai- 
jecit.  Hoc  fcrihit  Plinius  libro  quarto.»  (Comntentar.,  261.) 
Cannegieter,  après  Vinet,  a  dit  avec  raison;  «  Intellige  Darium, 
■non  Xerxem.  Ille  Bofporum  TJiraciae  five  Chalcedonium  ponte 
junxit,  Herodot.  Lib.  IV.  Plin.  IV.  cap.  12.  Xerxes  filius 
Hellefpontwn .  »  On  lit  en  effet  dans  Hérodote  (IV,  §  5,  traduct. 
Pessonneaux)  :  «Darius  se  rendit  de  Suse  à  Chalcédoine  sur 
le  Bosphore  où  l'on  avait  fait  le  pont,  »  Pline  parle  à  la  fois  du 
pont  de  Xerxès  et  de  celui  de  Darius;  <  ...Primas  angustias 
Hellespontuni  vocant.  Hac  Xerxes,  Persarum  rex,  constrato  in 
iiavibus  ponte,  duxit  exercituni...  Laxitas  Propontis  apjtella- 
tur,  angustiae,  Thracius  Bosporus,  latitudine  D  passuum  qua 
Darius,  pater  Xerxis,  copias  ponte  transvexit .  »  (IIII,  76)- 

V.  290.  EURIPUS.  —  L'Euripe  est  le  détroit  qui  sépare  l'Eubée 
de  la  Béotie.  Métaphoriquement,  on  donnait  le  nom  d'euripe  à 
tout  détroit,  ou  même  aux  canaux  et  aqueducs.  Cf.  Cicéron  (de 
Leg.,  II,  I,  2);  «  Ductus  aquarum  quos  isfi  nilos  et  euripos 
vocant,»  et  Ovide  (Pont.,  I,  VIII,  v.  38); 

Stagnaque  et  euripi... 

Suidas  explique   qu'on  donne  le  nom  d'Euripe  à  tout  détroit  : 

«  'EûpiTto;,  TCîXayo;  ax'viov,  r;  tÔtio;  •j6aTw5ri;  (xera^u  6'jo  yatwv.  » 

V.293.  Caurorum.  —  Le  Caurus  ou  Corus  est  un  vent  violent 
du  nord-ouest.  Les  Cauri  sont  pris  ici  dans  le  sens  de  vents  de 
tempêtes. — Voir  la  note  au  v.  316. 

V.  298-348.  —  Ausone  cherche,  dans  une  longue  et  laborieuse 
énumération,  que  des  allusions  peu  claires  rendent  souvent  d'une 
intelligence  difficile,  à  exalter  la  splendeur  des  maisons  de  cam- 


COMMENTAIRE  87 

pagne  qui  bordent  la  Moselle.  Les  bains  eux-mêmes  rappellent  et 
surpassent  la  délicieuse  station  de  Baies,  dont  l'éloge  était  devenu 
un  lieu  commun  familier  à  la  poésie  romaine.  On  peut,  à  propos 
de  Baies,  consulter  la  Lettre  LXXXIV  de  Rome  au  siècle  d'Au- 
guste, par  Dczobry  (t.  III,  4"  édit.,  Delagrave,  1875,  pp. 390-404, 
Un  voyage  à  Baies),  où  l'on  trouvera  l'indication  des  principaux 
passages  des  auteurs  latins  qui  se  sont  occupés  de  Baïes.  Sym- 
maque  a  consacré  aux  bains  de  Baïes  (Epist.,  I,  vill)  quelques  vers 
qui  sont  peut-être  un  souvenir  de  ce  passage  de  la  Moselle;  et  on 
trouve,  dans  V Anthologie,  une  jolie  pièce  qui  rapporte  l'origine 
légendaire  de  ces  bains  (Poetae  latini  minores,  recensuit  et 
emendavit  Ae.  Baehrens,  vol.  IV,  p.  359,  Lipsiae,  1882)  : 

Ante  bonam  Venerem  gelidae  per  litora  Baiae  ; 
Illa  tuiiare  lacus  cum  lampade  iussit  Amorem; 
Dmn  natat,  algentes  cecidit  scintilla  per  undas ; 
Hinc  vapnr  ussit  aquas ;  quicumque  natavit,  atnavif. 

V.  300.  GORTYNIUS  ALIGER.  —  Cette  métaphore  de  mauvais 
goût  désigne  Dédale,  le  légendaire  architecte  d'Athènes.  On  sait 
que,  banni  par  l'Aréopage  à  la  suite  d'un  meurtre,  il  se  réfugia 
en  Crète,  où  il  construisit  le  labyrinthe  dans  lequel  Minos  le  lit 
enfermer  (d'où  Gortynius,  de  Gortyna,  ville  de  Crète,  prise  pour 
la  Crète  en  général;  car  Gortyna  est  au  sud  de  l'île,  tandis  que 
le  labyrinthe,  œuvre  et  prison  de  Dédale,  est  sur  la  côte  nord). 
On  sait  aussi  comment  Dédale  s'évada  au  moyen  d'ailes  qu'il  avait 
imaginées  (aliger).  Il  s'envola  en  compagnie  de  son  fils  Icare,  qui 
tomba  dans  la  mer.  Virgile  {Aen.,  VI,  v.  15-19,  v.  30-33)  fait 
allusion  dans  des  vers  bien  connus,  qu'Ausone  démarque,  à  la 
douleur  de  Dédale  et  au  temple  qu'il  construisit  à  Cumes,  colonie 
de  l'Eubée  (aedis  Conditor  EuboicaeJ.  Ovide  {Met.,  VIII,  v.  166 
et  suivants)  a  longuement  raconté  les  aventures  de  Dédale  et 
d'Icare. 

V.  303.  Philo  Cecropius.  —  L'architecte  Philon  d'Athènes 
est  connu  par  l'arsenal  maritime  qu'il  construisit  au  Pirée,  vers 
l'an  300  avant  Jésus-Christ,  et  qui  fut  incendié  lors  de  la  conquête 
d'Athènes  par  Sylla.  — Voir  Cicéron  (de  Orat.,  I,  xiv,  62)  :  «P/îz- 
lonem  illum  architectuin  qui  Atheniensibus  armamentarium 
fecit.  »  Cf.  Valère  Maxime,  VIII,  xii,  2;  Pline,  N.  H.,  VII,  125 
(chapitre  où  il  est  question  de  tous  les  artistes  dont  Ausone  parle 
dans  ce  passage);  Vitruve,  lib.  VII,  Praefatio. 


88  COMMENTAIRE 

V.  303.  Non  qui  laudatus  ab  hoste.  —  Ausone  lait  bien 
clairement  allusion  à  Archimède,  dont  on  connaît  le  rôle  pendant 
le  siège  de  Syracuse  par  les  Romains. 

V.306.  Marci.  —  Parmi  les  mss.,  le  G  et  le  B  ont  margei; 
le  L,  inergei;  dans  le  Rh,  on  ne  lit  que  les  trois  premières  lettres, 
mar.  Les  anciennes  éditions  ont  mar^e;  ou  niergei.  Poelmann,  qui 
conserve  Margei  dans  son  texte,  écrit  dans  une  note  marginale  de 
son  édition  :  «forte,  Marci.  n'a  M.  Varronem  Hebdomadôn  lihros 
fcripjijffe  ex  Nonio  palam  ejî.  »  Ces  Hebdomades  de  Varron 
sont  souvent  citées  par  les  auteurs  latins.  Aulu-Gelle  consacre 
un  long  chapitre  de  ses  Nuits  Attiques  à  des  particularités  sur 
le  nombre  stpt  qui  se  trouvent  consignées  <  in  primo  ïibroriiin 
qui  inscribuntur  hebdomades  vel  de  imaginibus  »  {Noct.  Attic, 
III,  X).  Pline  l'Ancien  {N.  H.,  XXXV,  11)  dit  que  Varron 
avait  inséré  à  l'aide  d'un  certain  moyen  les  images  de  sept  cents 
personnages  illustres  (d'où  le  double  titre  de  Hebdomades  et  de 
de  imaginibus)  :  c  M.  Varro  benignissimo  inventa,  insertis  voJu- 
ininum  suorum  fecunditati,  septingentorum  inlustrium,  aliquo 
modo  imaginibus ,  non  passus  intercidere  figuras,  aut  vetusta- 
tem  aevi  contra  homines  valere,  etc.  »  Littré,  dans  les  notes 
de  sa  traduction  de  Pline  l'Ancien,  renvoie,  à  propos  de  cette 
invention  (benignissimo  inventa)  de  Varron,  à  un  mémoire  de 
Deville  {Examen  d'un  passage  de  Pline  relatif  à  une  invention 
de  Varron,  dans  le  Précis  analytique  des  travaux  de  l'Académie 
royale  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Rouen,  année  1847), 
mémoire  qu'il  résume  en  ces  termes  :  «.  D'après  ce  savant,  les 
portraits  de  Varron  étaient  gravés  en  relief  sur  une  planche  de 
métal  ou  autre  matière,  dans  le  système  de  notre  gravure  sur  bois, 
dont  les  traits  et  le  dessin  sont  réservés  en  relief.  Les  graveurs  de 
médailles  qui  existaient  à  Rome  à  l'époque  où  écrivait  Varron,  et 
qui  ont  produit  de  si  beaux  types  de  monnaies  que  nous  admirons 
encore,  étaient  tout  trouvés  sous  sa  main  pour  réaliser  son  inven- 
tion. Ces  portraits  étaient  figurés  au  simple  trait;  c'est  le  moins 
qu'on  puisse  admettre.  On  peut  croire,  en  s'autorisant  de  l'exemple 
du  monnayage  qui  s'opérait,  au  temps  de  Varron,  par  la  percussion 
au  marteau  ou  à  la  main,  que  ce  procédé  était  appliqué  à  la  repro- 
duction de  ces  images.  A  raisonner  par  analogie  avec  nos  cachets 
antiques,  la  matière  employée  pour  cette  gravure  devait  être 
du  bronze.  Quant  à  la  matière  colorante  servant  à  l'impression, 
M.  Deville  incline  à  croire  qu'elle  n'était  autre  que  le  minium,  tant 
cette  couleur  était  affectionnée  par  les  anciens.  » 


COMMENTAIRE  89 

TeufFel,  qui  réunit  et  discute  les  témoignages  des  anciens  sur  cet 
ouvrage  de  Varron,  dit  :  «  Les  écrits  les  plus  importants  de  Varron 
sur  l'histoire  littéraire  sont  les  XV  livres  d'Imaginés  ou  Hebdo- 
tnades,  recueil  de  biographies,  publié  vers  715-39,  contenant  sept 
cents  portraits  de  célébrités  grecques  et  romaines  (rois  et  généraux, 
hommes  d'État,  poètes,  prosateurs,  techniciens,  artistes,  divers) 
avec  autant  d'Elogia  (en  vers).  Le  premier  livre  formait  une 
introduction  avec  les  quatorze  ancêtres  des  catégories  établies 
dans  les  livres  ultérieurs;  les  quatorze  livres  suivants  (ou  sept 
dyades,  les  nombres  pairs  étant  réservés  aux  étrangers,  spéciale- 
ment aux  Grecs,  et  les  impairs  aux  Romains)  contenant  sans  doute 
chacun  sept  Hebdoinades  ou  quarante-neuf  Imagines  (14  fois 
49  =  686  +  14  =  700).  ^>  (Traduct.  franc,  de  VHist.  de  la  Litf. 
Rom.  de  W.  S.  Teuffel,  tom.  I,  §  166,  5;  Paris,  Vieweg,   1879.) 

Ce  livre  de  Varron  a  eu  une  grande  réputation  ;  il  était  très  connu 
du  temps  d'Ausone.  Une  lettre  de  Symmaque,  l'ami  du  poète 
bordelais,  où  les  Hebdomades  sont  citées,  en  est  une  preuve.  On 
sait  d'autre  part  (voir  Teufîel,  ibidem)  que  Varron  avait  fait  faire 
une  édition  populaire  et  moins  chère  de  son  ouvrage  ;  cet  abrégé 
n'eut  pas  moins  de  succès  que  l'œuvre  complète,  puisqu'il  en  est 
encore  question  dans  Saint  Jérôme.  Peut-être  en  usait-on  pour 
l'enseignement,  et  Ausone,  professeur  à  Bordeaux,  a-t-il  proposé 
à  ses  élèves  des  sujets  empruntés  aux  Hebdomades.  Quoi  qu'il  en 
soit,  il  me  semble  évident  que  la  conjecture  de  Poelmann  est 
définitive,  et  je  n'hésite  pas  à  traduire  :  «...  la  réunion  des  sept 
architectes  que  célèbre  le  dixième  volume  de  Varron».  Il  s'agit 
de  sept  architectes  grecs  puisque,  comme  dit  Teuffel,  les  livres 
pairs  sont  réservés  aux  étrangers,  spécialement  aux  Grecs  ;  et  ces 
sept  architectes  sont  :  Dédale  (Gortynius  aliger),  Philon  (Philo 
Cecropius),  Archimède  {qui  laudatus  ab  hoste,  etc.),  Métagène 
(Metagenis  artes),  Ctésiphon  (Ephesi  spécial  a  manns),  Ictinus 
et  Dinocharès. 

La  conjecture  de  Poelmann  n'a  pas  cependant  été  adoptée  par 
tous  les  critiques  :  Scaliger,  furieux  sans  doute  qu'un  autre  que 
lui  eût  eu  le  mérite  d'une  explication  aussi  simple,  la  trouve 
stupide  et  imagine,  pour  les  besoins  de  sa  cause,  un  certain  Mar- 
geus,  architecte  grec,  dont  personne  n'a  jamais  entendu  parler  : 
«  Meminit  [Aiifonius]  veterum  quoriindâ,  qui  architeâîurœ 
laude  floruerut ,  Dedali,  Philonis,  Archimedis,  Margei,  Mene- 
cratis  Ephejij ,  lètini  et  Dinocharis,  feu  Dinocratis.  Qui 
omnes  funt  notijjîmi  ex  Vitruuio  in  proœmio  lib.  VII,  prêter 
MargeTt.  Quem  qui  putant  in  Marciim  mutandum  ejfe,  minus 


90  COMMENTAIRE 

priidenter  facere  puto.  Nain  folo  prœnoniine  non  potiiit 
defignare  vnmn  Varronem.  Quoi  eniin  alij  Marci  prœter  Var- 
ronem  intelligi  poffent?  Denique  qiiœ  hœc  confidentia  ejî, 
niutare  quœ  non  intelligas?  An  MapysOç  Grœciiin  puruin  pntiim 
tibi  non  videtur?  Sed  nimiriim  hœc  eos  impulit  caufa  vt 
Varronem  intelligi putarent :  quia  Aii/onius  dicat  Margeiun 
celebraffe  Hebdomada  :  Varronem  vero  certum  erat  libres  de 
Hebdomadibus  fcripjîjfe.  Sed  toto  cœlo  errare  puto.  Nam 
Aufonius  vult  dicere,  decimo  libro  o'peris  fui  celebraffe  hebdo- 
madem  operum  mirabilium,  hoc  eJî,  vt  vtdgo  loqiiebantiir , 
feptem  miracula  mundi,  vt  &  Vitruuius  :  qui  decimo  operisfui 
vohimine  tornientoruni,  &•  machinaruni  rationes  docet.  -o  {Aus. 
Lect.,  I,  4.)  Ce  petit  morceavi  de  Scaliger  méritait  d'être  cité  dans 
son  intégrité.  Il  montre  bien  les  procédés  «  hypercri tiques  »  de 
l'érudit  qui  croyait  que  toute  découverte  philologique,  due  à  un 
autre  que  lui  était  autant  d'enlevé  à  sa  gloire.  «  Au  travers  de  son 
masque  on  voit  à  plein  le  traître.  »  Est-il  permis  de  soutenir  qu'il 
est  absurde  de  désigner  Varron  par  son  seul  prénom?  Ausone 
parle  familièrement  de  l'auteur  des  Hebdomades  comme  d'une 
vieille  connaissance.  Mais  Scaliger  n'admet  pas  qu'il  soit  question 
de  Varron,  puisque  ce  n'est  pas  lui  qui  s'en  est  avisé  le  premier. 
Scaliger  veut  du  nouveau,  n'en  fût-il  plus  au  monde  :  et  il  invente 
de  toutes  pièces  cet  architecte  Margeus,  uniquement  pour  ne  pas 
avouer  que  Poelmann  a  eu  raison  de  supposer  qu' Ausone  faisait 
allusion  à  Varron.  Quant  à  cette  critique,  juste  en  elle-même, 
mais  au  moins  bizarre,  quand  c'est  Scaliger  qui  la  formule  «deni- 
que quœ  hœc  confidentia  eft,  mutare  quœ  non  intelligas?  »^  il 
n'y  a,  pour  la  réfuter,  qu'à  répéter  une  fois  de  plus  avec  Juvénal  : 

Quis  tulerit  Gracchos  de  seditione  querentes  ?... 
Clodius  accuset  tnoechos,  Catilina  Cethegum... 

Au  demeurant,  la  critique  a  fait  justice  des  prétentieuses  absur- 
dités de  Scaliger  :  si  le  modeste  Vinet,  quelque  peu  intimidé  par 
l'assurance  de  Scaliger,  se  borne  à  dire  :  «  Ego  de  ijîo  Margeo, 
feu  Mergeo,  vt  aliter  fcribitur,  nihil  cotnperi,  neque  de  eius 
Hebdomade,  &  feptimana.  Marci  pro  Margei  legendmn  effe,funt 
quidam  fufpicati,  et  Marcuin  Terentiiun  Varronem  accipien- 
dum,  qui  libros  fecit ,  quos  infcripfit  ï&ôo\i.ârjazvel  de  Imaginibus, 
ab  Aulo  Gellio  citatos  libro  Noâîium  Atticariim  tertio, a  Nonio 
Marcello  &  alijs  :  fed  reprehendit  lofephtis  Scaliger.  »  (Com- 
ment., 262.)  —  Si  Freher  se  borne  à  dire  :  «  Margei,  Vitruvio 
&■  aliis  veteribus,  quorum  fer ipta  profiant,  ignoti  »,  Saumaise 


COMMENTAIRE  91 

traite  de  haut  les  imaginations  de  Scaliger  :  «  Lege  :  Marci,  pro 
(jiin  codices  fcripti  vitiofe  Margi  vel  Marges  prœferunt  (ce  en 
quoi  Saumaise  fait  erreur  :  on  peut  voir,  aux  pp.  28  et  29  de  notre 
appareil  critique  qu'aucun  manuscrit,  qu'aucune  édition  ne  porte 
Margi  ou  Marges),  ex  quo  nefcio  quem  Mxç>\i%fibi  hariolatus  ejl 
Scaliger.  Ouot  enini,  iiiquit,  alii  Marci  prœter  Varronetii? 
Sane.  Sed  ceîeberrimi  Hebdomadum  libri  a  Varrone  fcripti 
faciunt,  ut  de  alio  Marco  non  pojjit  intelligi.  »  Thomas  Reinesius 
a  également  soutenu  contre  Scaliger  (dans  ses  Variae  Lectiones, 
lib.  II,  cap.  I  ,p.  129,  Altenhurgi,  1640),  qu'il  s'agissait  de  Varron. 
Cannegieter  est  du  même  avis  :  <:  Sentio  ciim  Salmajlo  Gf  Rei- 
nejio,  Marcum  hic  accipietttibus  Marcum  Varronem,  invito 
Scaligero,  qui  nefcio  quem  Margum  atit  Margea  confingit.»  (Op. 
cit.,Y>- 194-)  Si  tous  les  critiques  ont  adopté  Marc?,  les  deux  derniers 
éditeurs  allemands,  qui,  eux  aussi,  veulent  du  nouveau,  Schenkl 
et  Peiper,  imaginent  de  lire  Marcei,  et  fondent  cette  conjecture 
sur  des  inscriptions  où  on  lit  Margei  et  Marcei.  Assurément,  dans 
les  inscriptions,  on  trouve  Vergiliei  (C.  I.  L.,  n^  1013),  Conlegei 
(C.  I.  L.,  nP  1 108),  mais  c'est  pour  Vergilii,  Conlegii.  Marcei  ne 
pourrait  être  que  pour  Mardi.  Pourquoi  imaginer  un  Marcius 
latin,  aussi  problématique  que  le  Margeus  grec  de  Scaliger,  alors 
que  Marci  et  hebdonias  se  rapportent  évidemment  à  Varron  et  à 
un  ouvrage  dont  le  dixième  volume  pouvait  être  consacré  en 
partie  aux  sept  célèbres  architectes  grecs?  D'ailleurs  Schenkl  et 
Peiper  voient  bien  qu'il  s'agit  de  Varron  (cf.  édit.  Schenkl,  Index  II, 
p.  284,  col.  I  ;  édit.  Peiper,  p.  132:  <:  300-315  ex  Varronis  hebdo- 
domadiim  1.  X,  Ritschelius  Optisc.  III,  512  sq.;  p.  462  :  Marcei: 
Varronnis  hebdomadem  ex  vv.  298  sqq.  posse  restitui  Beniays 
vidit).  Pourquoi  alors  supposer  qu'Ausone  change  le  prénom 
Mardis  de  Varron  en  Marceus  ou  Marcius? 

V.307.  Metagenis.  —  Les  mss.  ont  tous  menecratos.  A  partir 
de  l'édition  parisienne  de  Vinet  (i55i),on  a  adopté  Menecratis, 
correction  de  Vinet,  que  Schenkl  et  Peiper  attribuent  à  Scaliger. 
Ce  dernier  {Aus.  Lect.,  i,  4)  pense  qu'il  s'agit  d'un  Ménécrate 
d'Ephèse,  auteur  d'ouvrages  d'histoire  naturelle  et  d'agronomie 
dont  Varron  parle  dans  le  de  Re  Rustica.  Vinet,  quoiqu'il  soit 
l'auteur  de  la  correction,  trouve  que  ce  n'est  ici  la  place  d'aucun 
des  Ménécrates  que  l'on  connaît  par  Plutarque,  Elien  et  Suidas  : 
un  Ménécrate, médecin  de  Syracuse,  d'autres, poètes  peu  célèbres. 
A  la  rigueur,  conclut  Vinet,  un  certain  Ménécrate,  que  Varron 
cite  comme  poète  agronomique,  au  premier  livre  de  son  de  Re 


92  COMMENTAIRE 

Rnstica  (I,  1,  9),  avirait  pu  parler  des  édifices  rustiques.  Pline 
{N.  H. y  XXXVI,  34)  cite  un  sculpteur  nommé  Ménécrate,  mais 
aucun  architecte  de  ce  nom.  Bœcking  (édit.  de  1845,  p.  84)  dit 
qu'il  n'en  connaît  pas.  Le  nom  de  Ménécrate  est  peut-être  venu 
dans  ce  vers,  par  suite  d'un  souvenir  du  copiste  se  rapportant  au 
Ménécrate,  gendre  de  Pollius  Félix  dont  il  est  question  dans 
Stace,  p.  ex.  Silv.,  IV,  vill,  v.3  ...genus  ecce  Menecratis  aiiget, 
où  ce  nom  occupe  dans  le  vers  la  même  place  que  les  manuscrits 
lui  donnent  dans  le  v.  307  de  la  Moselle.  Or,  au  vers  suivant, 
Ausone  rapproche  de  ce  prétendu  Ménécrate  Ephesi  spectata 
manus  :  il  fait  allusion  aux  architectes  du  temple  de  Diane,  qui 
étaient  Ctésiphon  et  son  fils  Métagène.  (Cf.  Vitruv.,  lib.  VII, 
Praefat.  :  «  ...primumqite  aedes  Ephesi  Dianae  lonico  génère 
a  Ctesiphonte  Gnossio  et  filio  eiiis  Metagene  est  institiita.  »  Je 
pense  qu' Ausone  désigne  ici  ces  deux  architectes  :  Ctésiphon 
(nommé  aussi  Chersiphron)  et  Métagène.  Je  remplace  donc  Mene- 
cratis par  Metagenis  en  admettant  que  le  poète  a  profité  de  ce 
que  ce  nom  n'avait  jamais  été  employé  en  vers  (voir  le  Thesatirns 
de  Quicherat),  pour  faire  a  long.  Ausone  n'écrit-il  pas,  au  v.  303, 
PhUo,  qui  vient  du  nom  grec  <ï>ï).u)v?  Je  dois  d'ailleurs  reconnaître 
que  si  Vitruve  parle  de  Ctésiphon  et  de  son  fils  Métagène,  Pline 
l'Ancien  ne  cite  que  Ctésiphon  (ou  Chersiphron)  comme  architecte 
du  temple  de  Diane  à  Ephèse  :  «  Laudatus  est  et  Chersiphron 
Gnosius,  aede  Ephesi,  Dianae  admirabile  fabricata.  »  (N.  H., 
VII,  125;  cf.  XXXVI,  95.) 

V.  309.  ICTINUS.  —  On  sait  que  Callicrate  et  Ictinus  furent 
les  architectes  du  Parthénon,  sous  la  haute  direction  de  Phidias. 
Scaliger  et  Vinet  font  observer  que  l'on  ne  trouve  dans  les  auteurs 
anciens  aucune  mention  de  cette  chouette  magique,  que  l'auteur 
des  Ausonianae  Lectiones  rapproche  de  la  colombe  mers'eilleuse, 
œuvre  d'Archytas  de  Tarente 

V.  312.  DiNOCHARES. —  Les  mss.  ont  Dinochares.  Déjà,  du 
temps  de  Vinet,  on  ne  savait  s'il  fallait  lire  Dinochares,  Dinocrates, 
Démocrates  ou  Chirocrates.  L'édition  ToUius  (p.  398,  not.  190) 
mentionne  les  hésitations  d'Accurse,  de  Scaliger,  de  Freher  et 
de  Saumaise,  mais  elle  admet  Dinochares,  comme  l'ont  fait  à 
peu  près  tous  les  éditeurs  qui  ont  suivi,  excepté  Tross  qui  écrit 
Dinocrates,  orthographe  de  ce  nom  dans  les  anciennes  éditions 
de  Pline.  Le  dernier  éditeur  de  Pline  l'Ancien,  Ludovicus  Janus 
(Leipzig,  Teubner,  édition  posthume  revue  par  son  fils,  Carolus 


COMMENTAIRE  93 

Janus,  1870  et  années  suivantes),  dans  le  texte  du  passage  d'où 
ces  vers  d'Ausone  sont  tirés,  admet  Timochares  (N.  H.,  XXXIV, 
148)  d'après  le  Toletanus  et  le  Parisiensis,  n°  6,797,  où  on  lit 
Tymochares  (d'autres  mss.  ont  Timocrates;  les  anciennes  éditions, 
Dtnocrafes  et  Dinochares),  et  réserve  le  nom  de  Dinochares 
à  un  autre  architecte  plus  ancien  :  «  Dinochares  metatiis  Alexan- 
dro  condenti  in  Aegypto  Alexandriam  i  {N.  H.,  VII,  125;  cf. 
V,  62).  Si  on  accepte  la  leçon  Timochares  au  livre  XXXIV  de 
Pline,  il  faut  évidemment  l'accepter  ici,  puisqu'il  s'agit  du  même 
personnage.  Mais,  je  crois  que  les  mss.  de  la  Moselle  reprodui- 
sent la  vraie  leçon  du  poète,  qui  semble  avoir  confondu  Timo- 
chares et  Dinochares.  (Voir  la  note  de  M.  Tannery,  p.  96  de 
ce  Cotntnentaire.) 

Pline  l'Ancien  mentionne  ce  temple  et  cette  pyramide  que 
Dinochares  ou  mieux  Timochares  éleva  par  ordre  de  Ptolémée  II 
Philadelphe.  Timochares  avait  commencé  à  faire  au  temple  d'Ar- 
sinoé  une  voûte  d'aimant,  de  façon  que  la  statue  de  la  reine 
semblât  suspendue  dans  l'air  :  mais  la  mort  du  roi  et  celle  de  l'ar- 
chitecte lui-même  auraient  empêché  l'achèvement  de  cette  œuvre. 
«  Magnete  lapide  architectus  Timochares  Alexandriae  Arsinoes 
temphini  concamarare  inchoaverat,  ut  in  eo  simiilacrum  e  ferro 
pendere  aère  videretur.  Intercessit  ipsiiis  mors  et  Ptolemaei 
régis  qui  id  sorori  siiae  iusserat  fieri.  >  (Plin.,  N.  H.,  XXXIV, 
148.)  Ausone  suppose  que  ce  temple  fut  achevé;  d'après  lui, 
c'est  à  Pharos  (cf.  v.  315,  Pharii...  templi),  et  non  à  Alexandrie 
même,  que  le  temple  aurait  été  édifié.  On  sait  que  Pharos,  célèbre 
par  son  phare  (cf.  v .  330. . .  Pharos  ut  Memphitica  ttirrim),  est  une 
petite  île  voisine  d'Alexandrie,  et  réunie  au  continent  par  une  jetée 
de  sept  stades  ('EnTaaTâoiov).  Du  moment  qu'au  v.  330  Ausone 
donne  à  Pharos  l'épithète  de  Mem'phitica,  qui  signifie  Egyptienne , 
en  général,  on  peut  supposer  que  l'épithète  de  Phariiim,  attribuée 
au  temple  construit  par  Timochares,  n'a  pas  un  sens  plus  rigou- 
reux, et  que  le  poète  veut  simplement  dire  le  temple  d'Égj'pte. 
—  J'ai  traduit  textuellement  l'expression  du  v.  315  :  «...  dans  les 
hauteurs  aériennes  du  temple  de  Pharos.  »  Saint  Augustin  {de 
Civit.  Dei,  XXI,  vi)  parle  d'une  statue  de  bronze  qui  se  trouvait 
dans  le  temple  de  Sérapis,  à  Alexandrie,  suspendue  grâce  à  un 
aimant  qui,  de  la  voûte,  l'attirait.  On  connaît  la  tradition  semblable 
qui  s'est  formée  plus  tard  à  propos  du  tombeau  de  Mahomet.  —  Il 
se  pourrait  qu'en  faisant  allusion  à  la  merveilleuse  statue,  œuvre 
de  Timochares,  Ausone  eût  en  vue  quelque  merveille  comparable 
à  celle  du  temple  d'Alexandrie,  et  existant  à  Trêves.  On  lit  en 


94  COMMENTAIRE 

effet  dans  les  Annales  Treverensium  la  description  d'une  statue 
en  fer  de  Mercure  qui  rappelle  ce  qu'Ausone  dit  du  chef-d'œuvre 
de  Timocharès  :  «  Audi  praeterea  qtiod  mireris.  Treberis  est 
ciuitas  Galliae  nobilis,  ubi  Senecio  quidam  cuius  hospitio  iisus 
sum  per  12  dies,  in  suburbio  ciuitatis  ferream  imaginem 
Mercurii  uolantis  magni  ponderis  ostendit  in  aère  pendentem. 
Erat  auteni  magnes,  ut  hospes  idem  mihi  ostendit,  supra  in 
fornice  itemque  in  pauiniento,  quorum  naturalis  uis  e  regione 
sua  [sibi  ferriim  asciuit  sicque]  ferruin  ingens  quasi  dubitans 
in  aère  remansit...  »  (Annal.  Treuerensium  continuator,  Pertz 
S.  S.  VIII,  146,  12-17.) 

V.  312.  QUADRO  GUI  IN  FASTIGIA  CONO.  —  Le  Rh  a  quadro 
cui,  leçon  généralement  adoptée. 

Le  G  a  quadra  cui,  le  B,quadre  cui,  et  le  'L,cedro  (cui  est  omis). 
Beaucoup  de  corrections  ont  été  proposées  pour  éviter  l'hiatus 
admis  par  tous  les  éditeurs  qui  adoptent  la  leçon  du  Rh.  Turnèbe 
(Advers.,  XIX,  xil)  propose  cuui;  Saumaise  (Plin.  Exercit.  ad 
Salin.,  p.  575),  cubi;  ToWius, cuji  (il  est  à  remarquer  qu'il  propose 
sa  correction  en  note,  mais  qu'il  écrit  cui  dans  son  texte).  Christ 
admet  l'hiatus,  ou  propose  : 

. . .  quadro  cuius  fastlgia  cono 
Urget. . , 


Boeckina: 


& 


. . .  cui  quadrata  in, 


correction  qui  se  rapproche  de  celle  de  Goropius  Becanus,  citée 
par  Poelmann  :  cui  quadrato. 

Schenkl  reprend  la  correction  de  Tollius,  cuii  (ou  cuji,  comme 
ToUius  écrit)  étant  regardé  comme  un  datif  archaïque. 

Il  faudrait  lire  alors  qu'âdr\ô  cmi\  In... 

Peiper  préfère  quâdr\cîta  cïa\  ïn... 

La  conjecture  de  Peiper  a  le  tort  de  s'éloigner  de  la  lettre  des 
mss.  (quadrata  pour  quadro)]  celle  de  Schenkl  se  fonde  sur 
un  passage  de  L.  MûUer  (de  R.  M.,  p.  271)  qui  admet  ce  datif 
insolite  de  qui  dans  ce  vers  d'Ausone  et  dans  un  autre  de  Prudence 
(Hamart.,  v.  104...  sua  cuiique  iura).  Mais  cela  me  semble  peu 
convaincant.  Ausone  attribue  diverses  quantités  au  datif  cûi 
(édit.  Schenkl:  cul,  XV,  9,  v.  3;  XXIII,  v.  6;  Epist.,  XVI,  2, 
V.  59;  c»i,  IIII,  I,  V.  15;  XV,  29,  v.  2),  mais  jamais  il  n'en  fait, 
comme  il  faudrait  l'admettre  ici,  un  trochée  ou  un  spondée.  Le 


COMMENTAIRE  95 

Thésaurus  de  Quicherat,  qui  mentionne  toutes  les  quantités  de 
cui,  même  eut,  ne  note  aucun  exemple  de  celle  que  ce  mot  devrait 
avoir  ici,  d'après  Schenkl.  Je  préfère  écrire  quadro  cui,  comme 
les  anciens  éditeurs,  et  admettre  l'hiatus. 

V.  313.  Surgit,  et  ipsa  suas  consumit  pyramis  umbras. 
—  Pline  parle  d'un  obélisque  que  Ptolémée  fit  élever  dans  le 
temple  d'Arsinoé  :  «  Hic  (cet  obélisque) /mzY  in  Arsinoeo  positus 
a  rege  supra  dicto  (Ptolémée  Philadelphe),  munus  amoris  in 
coniuge  eademque  sorore  Arsinoe.»  (N.  H.,  XXXVI,  68.) 
Les  auteurs  latins  de  la  décadence  ont  souvent  rapporté  avec 
admiration  que  les  pyramides  absorbent  leurs  ombres.  On  lit 
dans  Ammien  Marcellin  (XXII,  XV,  29):  «...quae  [pyraniidum] 
figura  apud  geometras  ideo  sic  appellatur,  quod  ad  ignis  spe- 
cietn...  extenuatur  in  conum.  Qitarum  magnitudo,  quoniam  in 
celsitudinem  nimiam  scandens  gracilescit  paulatiin ,  timbras 
quoqne  mechanica  rafione  consumit  »  ;  —  dans  Solin  (cap.  35)  : 
Itaque  mensuram  umbrarum  egressae  [pyramides  turres]  nullas 
habent  umbras  .>  ;  —  dans  Cassiodore  (  Var.  VII,  XV)  :  «  Pyramides 
in  Aegypto,  quarum  in  suo  statu  se  umbra  consumens  tdtra 
constructionis  spatium,nulla  parte  respicitur.  »  C'est  sans  doute 
pour  donner  plus  d'importance  au  monument  de  Timocharès 
qu'Ausone  a  fait  de  l'obélisque,  dont  il  est  question  dans  Pline, 
une  pyramide  qui  absorbe  son  ombre  :  aussi  bien  l'Egypte  est  le 
pays  des  pyramides. 

Cette  pyramide  qui  absorbe  ses  ombres  a  beaucoup  inquiété 
les  commentateurs.  Vinet  avoue  qu'il  ne  comprend  guère  ce 
qu'Ausone  veut  dire  :  «  Quam  autem  Aufonius  Pyrarnidem  hic 
Jignificet  vinbras  Juas  confumenteni ,  cotnpertum  non  habeo.  » 
(Commentar.,  262  F.)  Il  rappelle,  au  contraire,  que  Thaïes  de 
Milet  a  pu  mesurer  la  hauteur  des  Pyramides  d'après  l'ombre 
qu'elles  portaient;  mais  il  doit  reconnaître  qu'Ammien  Marcellin, 
Solin,  Cassiodore,  et  Lucien,  dans  son  Toxaris,  parlent  de  ces 
Pyramides  qui  n'ont  point  d'ombre.  Il  donne  d'ailleurs  une 
démonstration  mathématique  qui  prouve  qu'en  hiver  la  pyramide 
pouvait  absorber  son  ombre  :  «  Quare  potuit  Alexâdrie  fieri 
pyramis  feu  obeli/cus,  cuius  vmbra  côfumeretur  diei  eticî  hiberni 
magna  parte.  »  Tollius  aurait,  lui  aussi,  voulu  démontrer  mathé- 
matiquement la  possibilité  du  prodige  mentionné  par  Ausone.  Il 
s'est  donc  adressé  à  Jean  Blaeu,  son  éditeur,  homme  très  versé 
dans  les  sciences  mathématiques;  mais  comme  Blaeu  «  aliis 
gravioribus  negotiis  occupatîts  >  faisait  attendre  trop  longtemps 


ÇÔ  COMMENTAIRE 

la  solution  demandée,  il  a  dû  avoir  recours  à  Longomontanus 
Junior  (qui  était  sans  doute  un  fils  ou  parent  de  l'astronome 
Christian  Longomontanus  (1562- 1647),  auteur  de  VAstronnmia 
Danica);  Tollius  a  inséré  dans  son  édition  la  démonstration,  avec 
figures,  de  Longomontanus,  qui  conclut  ainsi  :  <^  Igitur  non 
mirum  fi  Alexandriœ  et  in  aliis  Mgypti  ditionibus,  magna 
ex  parte  circa  Solfiitium  œfiivum  in  Pyramide  tali  timbra 
confuniatur.  »  Wemsdorf  renvoie  pour  cette  question  aux  spécia- 
listes :  «  Quod  quare  itafiat,  et  quo  in  génère  pyramidmn,  harum 
rerum  consiilti  definiant.  »  Bœcking  confesse  également  son 
incapacité  à  résoudre  ce  problème.  —  Nous  n'aurions  pas  non 
plus  de  solution  à  donner  et  nous  ne  pourrions  que  renvoyer 
à  la  démonstration  de  Vinet  ou  à  celle  de  Longomontanus,  si 
M.  Paul  Tannery,  ingénieur  des  manufactures  de  l'État,  bien 
connu  par  ses  savants  travaux  sur  les  mathématiques  chez  les 
anciens,  n'avait  eu  l'obligeance  de  rédiger  à  l'intention  de  ce 
Commentaire  de  la  Moselle  la  note  qu'on  va  lire  : 

«  Les  pyramides  de  Gizeh  sont,  comme  on  sait,  à  base  carrée, 
orientées,  et  l'angle  de  leurs  faces  avec  le  plan  de  base  est  d'en- 
viron 52°.  Il  en  résulte  que,  quand  le  soleil  se  trouve  à  midi  à  plus 
de  52°  de  hauteur  au-dessus  de  l'horizon,  les  rayons  frappent 
directement  les  quatre  faces  et  les  pyramides  n'ont  point  d'ombre. 
La  latitude  de  Gizeh  étant  d'environ  30°,  la  hauteur  méridienne  du 
soleil  y  varie,  en  nombres  ronds  de  36°  à  84",  et  la  condition  indi- 
quée se  trouve  remplie  pendant  plus  de  sept  mois  de  l'année.  Il 
est  à  peine  utile  d'ajouter  que  l'ombre  immense  projetée  par  la 
pyramide  au  lever  du  soleil,  décroît  successivement  à  mesure  que 
l'astre  monte  à  l'horizon,  qu'elle  arrive  ainsi  à  rentrer  peu  à  peu 
dans  l'espace  couvert  par  le  monument  (c'est  ce  que  veut  expri- 
mer Ausone  en  disant:  et  ipsa  suas  consumit pyramis  timbras), 
et  qu'enfin  la  durée  de  l'absence  de  l'ombre  est  chaque  jour 
d'autant  plus  grande  que  l'on  se  trouve  plus  près  du  solstice  d'été. 
Ainsi,  tandis  qu'à  la  date  où  l'ombre  disparaît  pour  la  première 
fois,  une  vingtaine  de  jours  avant  l'équinoxe  du  printemps, 
l'éclairement  total  ne  dure  qu'un  moment,  il  se  prolonge  au  solstice 
d'été  pendant  deux  heures  et  demie  environ  avant  midi  et  autant 
après. 

»  Ces  phénomènes,  dont  l'explication  est  très  simple,  et  qu'on 
n'a  certainement  pas  cherché  à  produire,  n'en  sont  pas  moins  de 
nature  à  frapper  vivement  le  voyageur  qui  les  contemple,  et  il 
semblerait,  d'après  ce  qu'en  dit  Lucien  dans  le  Toxaris,  que  c'était 


COMMENTAIRE  97 

là  surtout  le  spectacle  qui,  dans  l'antiquité,  attirait  les  touristes  au 
pied  des  pyramides  et  que  leurs  récits  célébraient  comme  la  plus 
grande  singularité.  Avant  Ausone,  SoUn,  et  après  lui,  Ammien 
Marcellin  et  Cassiodore  en  ont  également  parié  en  termes  plus 
ou  moins  pompeux.  C'était  donc  un  lieu  commun. 

»  Parmi  les  commentateurs,  Vinet  et  l'astronome  Longo- 
montanus,  dans  l'édition  de  ToUius,  se  sont  attachés  à  montrer 
longuement  la  possibilité  du  fait  en  question.  Mais  ils  ne  l'ont  pas 
rapporté  aux  monuments  de  Gizeh,  et  Vinet,  en  particulier,  a  pensé 
à  une  pyramide  élevée  à  Alexandrie  et  dont  les  faces  auraient  été 
assez  inclinées  pour  ne  pas  donner  d'ombres  «  même  une  grande 
partie  d'un  jour  d'hiver».  Il  estbeaucoup  plusprobable  qu' Ausone, 
ayant  puisé  dans  Varron,  par  exemple,  la  notice  courante  relative 
aux  pyramides  de  Gizeh,  l'aura  simplement  accolée  au  nom  du 
plus  célèbre  architecte  de  l'Egypte  des  Ptolémées,  sans  se  soucier 
si  ce  Grec  avait  ou  non  jamais  érigé  de  pyramide.  Il  semble 
d'ailleurs  avoir  fait  une  confusion  entre  celui  qui  dirigea  la  cons- 
truction d'Alexandrie  (Dinocratès,  suivant  Strabon,  Vitruve,  etc.) 
et  l'architecte   de   Ptolémée   Philadelphe,   chargé  du   tombeau 

d'Arsinoé. 

»  Paul  Tannery.  » 

V.  316.  Caerula  cautes. —  C'est  ici  le  passage  de  la  Moselle 
qui  a  été  l'objet  du  plus  grand  nombre  de  discussions,  et  sur 
lequel  on  n'a  jamais  rien  pu  affirmer  de  certain.  Il  s'agit  évidem- 
ment d'un  aimant  qui  tient  suspendue  dans  l'air,  par  un  de  ses 
cheveux  de  fer,  une  statue  d'Arsinoé.  Mais  les  mss.,  s'ils  laissent 
deviner  le  sens,  ne  présentent  que  des  leçons  absm'des.  Le  G, 
le  B  et  le  L  ont  chorus  achates;  le  Rh,  totus  achates.  Chorus, 
qui  ne  signifie  rien  (à  moins  qu'on  ne  le  prenne  dans  le  sens  de 
chœur,  et  alors  ce  mot  fait  le  vers  faux),  n'a  été  adopté  que  par 
Ugolet,  Avantius  et  la  Juntine;  beaucoup  d'éditions,  l'Aldine, 
l'édition  de  Bâle  (1523),  les  éditions  de  Lyon,  celle  de  Vinet 
(1575),  qui  met  un  signe  de  doute  (*),  et  celle  de  Tross  conservent 
totus. 

A  partir  de  l'Ascensiana  et  du  premier  Ausone  de  Vmet  (1551), 
presque  toutes  les  éditions  admettent  Corus,  leçon  que  Scaliger 
(Lect.  Aus.,  I,  4)  approuve  :  le  Corus,  dit-il,  est  ici  pour  le 
Zéphyre;  Arsinoé  était  surnommée  Zephyritis,  ayant  été  ense- 
velie dans  le  temple  de  <:  Venus  Zephyritis  » .  Quant  à  Achate,  c'est 
<i  quidam  queni  in  délit iis  hahuerit  Arsinoe».  Cette  explication 
ne  satisfait  pas  Vinet,  qui  se  demande  ce  que  le  Corus  vient  faire 

m 


98  COMMENTAIRE 

ici.  Mais  la  leçon  de  l'Ascensiana  est  adoptée  par  Freher,  Sou- 
chay,  Christ,  Wemsdorf,  Bœcking  et  Schenkl.  Gronovius  (O&serv. 
lib.  I,  cap.  XIX)  propose  vëra  mâgitetls  (ce  qui  fait  le  vers  faux), 
conjecture  admise  par  l'édition  de  Tollius.  Saumaise  (Plin. 
Exercit.,p.  575)  admet  Dorus,  Barth  (ad  Claiidiani  Magnetevi, 
V.  22),  torvus,  et  Cannegieter  {op.  cit.,  p.  195),  curvus  Achates: 
«  Forte  nojîer  curvus  Achates,  a  forma  convexa,  ut  in  tejîudine, 
fie  nominatus,  Achatem  auteni  dicens  magnetetn  intellexit, 
fpeciem  pro  fpecie  ufurpans...  Veriora  tamen  abaliis  hic  doceri 
puto.  :>  Wemsdorf,  qui  discute  toutes  les  opinions  de  ses  devanciers 
(Poet.  latin,  min.,  édit.  Lemaire,  vol.  I,  Excurs.  II  ad  Aiisonii 
Mosellam,  p.  279-281),  propose  Chloridos  aies,  à  cause  du  vers 
de  Catulle  (LXVI,  v.  54),  déjà  cité  par  Vinet: 

Obtulit  Arsinoes  Chloridos  aies  equus. 

Or  L.  Muller  a  fait  remarquer  qu'après  l'âge  d'Auguste  aucun 
poète  n'imite  les  pièces  de  Catulle,  composées  en  hexamètres 
ou  en  distiques;  dans  l'édition  qu'il  a  donnée  de  Catulle,  le  savant 
métricien  lit  d'ailleurs  ainsi  ce  vers  : 

Obtulit  Arsinoes  Locridos  aies  equos. 

Quant  à  la  conjecture  de  Peiper,  virus  achates,  elle  me  paraît 
peu  intelligible.  Peiper  la  fonde  sur  ce  passage  de  Pline  (N.  H., 
XXXIV,  147)  qu'il  cite:  «  Sola  haec  ntateria  [ferruni]  UIRUS 
ab  eo  lapide  [tnagnete]  accipit,  retinetque  longo  tempore,  aliiid 
ad'prehendens  ferrum,  ut  anulorum  catena  spectetur  inter- 
duni...  etc.  » 

Corus,  comme  le  trouvait  Vinet,  me  semble  ici,  inexplicable. 
Si  les  mss.  avaient  Corus  achates,  ce  serait  une  corruption  de 
Corus  Ar gestes  (cf.  Pline,  N.  H.,  XVIII,  338  :  «  Corus,  Graecis 
dictus  Argestes  »;  Sénèque,  Nat.  Quaest.,  V,  XVî  :  «  Corus 
qui  apud  quosdam  Argestes  dicitur  r>\  Aulu-Gelle,  II,  XXII,  12: 
«  Corus  qiiem  soient  Graeci'Kç,yE<7-:i/vocare  »),  corruption  qui  se 
trouve  dans  un  calendrier  romain  duiv*'  ou  du  ve  siècle  (Bibl.  nat., 
Nouv.  acquisit.  latines,  n^  1523)  reproduit  par  G.  Boissier  dans  la 
Revue  de  Philologie  de  janvier  1884.  On  lit  en  effet  dans  ce  calen- 
drier, au  mois  de  mai  :  ^flat  ventus  Agrestis  »;  Agrestis  est  pour 
Argestes  (Ovide,  Fast.,  V,  v.  161).  Peut-on  admettre  qu'Ausone 
ait  écrit  Corus  agrestis  comme  l'auteur  du  calendrier?  Je  ne  le 
crois  pas. 

Si  les  mss.  ont  chorus  pour  Corus,  je  pense  que  Corus  a  été 
amené  à  cause  du  voisinage  de  spirat,  peut-être  par  souvenir 


COMMENTAIRE  99 

du  vers  de  Virgile  (G.,  III,  v.  356)  :  Semper  hiems,  semper 
spiranfesfrigora  Cauri.  Mais  ici  ce  qui  souffle,  ce  qui  aspire 
(sptratj,  c'est  l'aimant,  ce  n'est  pas  le  vent;  il  nous  faut  donc  un 
mot  signifiant  aimant,  et  ce  mot  ne  peut  être  achates.  Je  crois  que 
Pline,  constamment  imité  dans  ce  passage  par  Ausone,  nous  donne 
ce  mot  :  il  appelle  l'aimant  lapis  magnes  (cautes  est  synonyme  de 
lapis),  et  il  dit:  «  Conperfiiin  tanto  nieliores  esse  quanto  sint 
niagis  caerulei.  »  (iV.  H.,  XXXVI,  128.)  Je  propose  donc  de  lire  : 

Spirat  enim  tecti  testudine  caerula  cautes. 


V.  330.  Altam,  Pharos  ut  Memphitica,  TURRIM.  — 
Souchay  fait  observer  avec  raison  qu'ici  memphitica  est  employé 
par  synecdoche  pour  aegyptia  (voir  v.  315  ...Pharii  templi). 
Freher  dit  que  l'on  voit  sur  les  sommets  des  collines,  aux  bords 
du  Rhin  et  de  la  Moselle,  beaucoup  de  hautes  tours  rondes,  qui 
datent  de  l'époque  romaine,  et  qui  sont  devenues  le  centre  d'édi- 
fices construits  plus  tard. 

V.  331.  Clausos  consaepto  gurgite  pisces.  —  Freher 
constate  que  l'on  pratique  avec  succès  ce  genre  de  pêche  près  de 
Neumagen,  à  l'embouchure  de  la  Drohne  et  ailleurs.  ToUius  dit  de 
son  côté  :  «  Nota  illa  pi/candi  ratio,  qua  objîruôlis  angujîiarum 
aditibus,  inter  fcopulos  vel  vada  prominentia  pifces  conclufi 
capiuntur .  » 

V.  337-348.  —  Cette  description  de  l'établissement  de  bains, 
situé  sur  les  bords  de  la  Moselle,  est  imitée  de  plusieurs  morceaux 
de  Stace,  en  particulier  de  la  iii«  Silve  du  Livre  I.  Sidoine  Apol- 
linaire, à  son  tour,  s'est  inspiré  d' Ausone  dans  la  Lettre  il"  du 
Livre  II,  dans  ses  distiques  «  de  Balneis  villae  suae  supra  laciim 
positae»  {Carmen  xvill),  et  dans  son  quatrain  sur  une  piscine 
{Carmen  XIX). 

On  peut  se  rendre  compte  que  la  description  d' Ausone  est 
exacte  et  complète  en  se  reportant  à  la  Lettre  XII  de  Rome  au 
siècle  d'Auguste  (t.  I,  p.  138  et  suiv..  Les  bains  privés  et  les 
bains  publics),  et  aux  passages  des  auteurs  anciens  cités  par 
Dezobry. 

Freher  s'étonne  qu' Ausone  ne  parle  pas  des  eaux  minérales 
abondantes  dans  toute  la  région  :  «  Miror  quod  nihil  de  fontihus 
acidis,  magno  ejus  regionis  &>  prœcipuo  commodo,  Aufonius 
tetigerit  :  qui  &  apud  Confluentes,  &  Augujîam  ipfam  Trêve- 


lOO  COMMENTAIRE 

rorum  niagno  &>  palati  &•  Jiomachi  bono  hihuntur  :  ô»  pajjint 
etiam  in  média  via.  »  Mais  Ausone  prétend  ne  parler  que  de 
ce  qu'il  voit  sur  son  chemin  :  il  ne  décrit  les  bains  qu'en  tant 
que  monuments,  et,  s'il  montre  les  ébats  des  baigneurs  qui  nagent 
en  plein  fleuve,  c'est  qu'il  y  trouve  un  joli  motif  à  tableau 
de  genre.  Il  est  probable  que  les  établissements  où  l'on  pre- 
nait des  eaux  minérales  pour  le  plus  grand  bien  de  l'estomac 
n'avaient  rien  de  monumental  ;  et  il  eût  été  difficile  de  trouver, 
dans  la  vue  de  gens  qui  boivent  de  l'eau,  un  sujet  de  description 
gracieuse.  Enfin,  et  cette  raison  a  bien  son  prix,  si  Stace  a 
fait  des  descriptions  de  bains  et  de  nageurs,  descriptions  dont 
on  pouvait  s'inspirer  et  avec  lesquelles  il  était  intéressant  de 
lutter,  le  poète  des  Silves  ne  s'est  pas  occupé  des  buveurs  d'eaux 
minérales. 

Ausone  termine  sa  description  des  bains  en  leur  faisant  l'hon- 
neur de  les  comparer  à  une  Baies  en  petit;  cette  Baies  gauloise 
a  même,  sur  la  véritable,  l'avantage  appréciable  qu'on  peut  y 
goûter  des  plaisirs  qui  n'entraînent  à  aucun  faste.  Et  la  licence 
et  le  faste  proverbiaux  de  la  vie  mondaine  à  Baies  sont  attestés 
par  bien  des  auteurs  latins,  depuis  Varron  qui  les  raille  dans  une 
Satire  dont  il  reste  quelques  fragments,  et  Cicéron  qui  y  fait  de 
nombreuses  allusions,  dans  le  Pro  Caelio,  jusqu'à  Ammien 
Marcellin  et  Symmaque.  (Voir  les  renvois  au  texte  des  auteurs 
anciens  qui  ont  parlé  de  Baies,  dans  Rome  au  siècle  d'Auguste, 
lettre  LXXXIV,  t.  III,  et  dans  les  Mœurs  romaines  du  règne 
d'Auguste  à  la  fin  des  Antonins,  par  Fried  aender,  traduct.  franc, 
de  Ch.  Vogel,  t.  II,  pp.  397  et  suiv.,  Paris,  1867.) 

Cette  comparaison,  si  flatteuse  pour  les  bains  de  la  Moselle,  a 
cependant  attiré  à  Ausone  de  la  part  de  Cannegieter  une  critique 
assez  bizarre.  Voici,  en  eff"et,  comment  s'exprime  cet  érudit  (op. 
cit.  pp.  196  et  suiv.)  :  «  Quod  fiinulacra  exilia  dicit,  admodum 
exile  efl  hoc  epitheton,  nec  credo  id  voluijfe  Aufoniuni,  qui 
invidendis  laudibus  célébrât  Mofellam,  &  quem  Symmachus, 
Lib.  I.  epijl.  magna  narraffeycr?7;îY.  Neque  ul lus  Poëf arum  unutn 
hominis  unius  privati  balneum  ita  laudavit,  ut  Bajanis  non 
aequiperaret.  Non  certe  Statius,  non  Sidonius.  Ille  de  Balneo 
Etrufci  Silv.  I.  vs.  60  : 

Non  fi  Bajanis  veniat  novus  liofpes  ab  oris 
Talia  defpiciat... 

»  Intelligis  ab  hoc  Poëta  laudes  balneoruin  Mofellanoruni 
muiuatimt    ejje    noflrum,     quod    &    animadrertit    Freherus. 


COMMENTAIRE  lOI 

Sidonius  halneum  villae  fuae  carm.   i8.  poene  Bajis  prae- 
fert  : 

Aemula  Bajano  tolluntur  culmina  cono, 

Parque  cothurnato  vertice  fulget  apex. 
Garrula  Gauranis  plus  murmurât  unda  fluentis , 

Contigui  collis  lapfa  fupercilio. 
Lucrinum  dives  ftagnum,  Canipania  nollet, 

Aequora  fi,  nojlri  cerneret  illa  lacus. 
Illud  Puniceis  ornatur  littus  echinis, 

Pifcibus  in  nojlris  hofpes  utrumque  vides. 

« 
>  Quis  ergo  credat,  Aufonium  omnia  riparmn  Mofellanorum 

halnea  (in  quitus  forte  Jmperatorum ,  quos  inde  a  tempore 
Conjlantini  imperii  domiciliutn  Augujiae  Treviroruni  habuijfe 
novitnus)  cum  illis  Bajanis  comparans  ^  exilia  dixijje?  aut 
faltetn  dicere  dehuijfe  ?  Nam  atit  Poé'ta  hoc  loco,  aut  Ubrarius 
cidpandus.  »  Tross  trouve  que  Cannegieter  a  bien  raison  de 
blâmer  l'emploi  de  ce  mot  exilia;  il  ne  lui  reproche  que  de  n'avoir 
pas  proposé  une  correction  lui-même,  et  il  hasarde  eximia.  La 
conjecture  de  Tross  a  le  tort  grave  d'être  déplacée,  d'abord,  et 
ensuite  de  faire  le  vers  faux  (ëximzaj.  D'ailleurs  exilia  est  bien 
l'épithète  convenable.  Quoi  qu'en  dise  Cannegieter,  elle  concorde 
avec  le  sens  de  Stace  ;  on  lit  en  effet  dans  le  second  hémistiche 
du  V.  6i  de  la  Silve  v  du  livre  I,  dont  le  critique  ne  cite  que  le 
premier  : 

fas  sit  componere  magnis 
Par  va... 

Parva  est  synonyme  d^exilia.  Quant  à  l'autre  autorité  de 
Cannegieter,  le  Carmen  xvill  de  Sidoine  «de  Balneis  villae 
suae  supra  lacimi  positae  »,  on  ne  peut,  à  la  lecture  de  ces  exagé- 
rations bien  dignes  du  manque  de  goût  d'un  poète  de  décadence, 
que  savoir  bon  gré  à  Ausone  de  n'y  être  pas  tombé,  quoique 
gascon. 

V.  354.  Promeae  Nemesaeque  adiuta  meatu  Sura.  — 
Vinet  avoue  ne  rien  connaître  au  sujet  des  deux  cours  d'eau  qui 
se  jettent  dans  la  Sura  :  «  [Pronea]  &  Nemefa  in  Siiram  dela- 
hentes  niihi prorfiis  incogniti .a  {Comment.,  265.)  Scaliger  ne  dit 
pas  qu'il  les  ignore;  mais,  remarquant  qu'Ausone  passe  sous 
silence    les  fleuves   de    moindre   importance    (fluuii  minorum 

^  Je  copie  textuellement  :  on  s'attendrait  à  lire  Ausonium...  compa- 
rantem.  Aut  Cannegieter  hoc  loco,  aut  typographus  culpandus. 


102  COMMENTAIRE 

gentium,  comme  il  les  appelle),  et  comme  il  n'est  ici  question 
que  d'affluents  de  la  Sura  qui  se  jette  elle-même  dans  la  Moselle, 
l'auteur  des  Ansonianae  Lectiones  ne  daigne  pas  s'en  occuper  : 
«  De  Pronea,   &  Nemofci,   quia  eos  fajîidit  Aufonius,   neque 
Mofellœ,fed  Surœ  immifcentur ,  non  magnopere  curaui  inuejli- 
gare.  »  {Ans.  Lect.,  I,  2.)  Freher,  qui  fait  observer  que  la  Pronea 
et  la  Nemesa,  qui  se  nomment  de  son  temps  die  Pruini  et  die 
Nymss,  se  jettent  dans  la  Sura  auprès  du  bourg  d'Eerel,  non 
loin   du    monastère    d'Echternach,    ajoute    philosophiquement  : 
«  Omnia  enini  ifta  fluviorum  nomina,  abrogata  alias  toto  ijlo 
traôîu  Latina  lingua,  intégra  apud  Germanos  manferunt,  non 
minus  quant  flumina  illa  Aquitanica,  in  fine  Operis.  Adeo  nec 
alveos  nec  nomina  facile  fluvii  mutant.  »  Le  nom  de  ces  deux 
rivières  est  aujourd'hui,  d'après  Desjardins   {Géographie  histo- 
rique et  administrative  de  la  Gaule  romaine,  Paris,  1876,  t.  I, 
p.  132),  la  Prilm  et  la  Nims\.  La  Priim  prend  sa  source  dans 
les  collines  de  Schneifel,  près  du  village  d'Olsheim,  passe  devant 
la  petite  ville  de  Prum,  célèbre  par  son  abbaye  fondée  en  721,  à 
laquelle  elle  donne  son  nom,  reçoit  l'Alf  en  amont  de  Lunebach,  la 
Dinz  près  de  Schanzweiler,  et  se  réunit  à  la  Nims,  après  un 
cours  d'une  dizaine  de  lieues.  Les  deux  rivières  se  jettent  dans  la 
Sura,  une  lieue  environ  après  leur  confluent,  près  du  petit  village 
de  Stenen. 

La  Sura  se  nomme  aujourd'hui,  d'après  Desjardins,  Saiier, 
Saure,  Sure  ou  Sour ;  d'après  Bœcking,  en  allemand  Sauer  ou 
Sour;  en  français.  Sure.  Vinet  dit  de  cette  rivière  :  «  Sura  nomen 
prifcum  adhuc  retinens,  Germaniœ  inferioris  fluuius  efi,  nifi  me 
fallunt,  qui  has  regiones  nuper  defcripferunt ,  inter  Treueros 
&>  Mediomatrices,  fed  propins  Treueros  in  Mofellam  exiens.  » 
(Comment.,  265.)  Scaliger  :  <•  Sura  nulla  controuerfia  efi  ille 
qui  hodie  dicitur  ab  accolis  Mofellae,  Saur,  &  Mofella  excipitur 
ad  vicum  Billich.  »  {Ans.  Lect.,  I,  2.)  Navigable  pour  les  petits 
bateaux  —  dit  Bœcking  —  à  partir  de  l'endroit  où  elle  reçoit  la 
Prum  grossie  de  la  Nims,  la  Sauer  sortie  des  Ardennes  et  grossie 
de  divers  ruisseaux,  se  jette  dans  la  Moselle  après  un  cours  d'une 
vingtaine  de  lieues,  deux  lieues  au-dessus  de  Trêves  et  près  du 
bourg  de  Wasserbillig. 


'ts 


^  Desjardins  commet,  à  propos  de  ces  rivières,  une  singulière  inadver- 
tance :  après  avoir  cité  «  les  deux  tributaires  [de  la  Sura]  qui  n'en  font 
qu'un,  la  Pronaea  et  la  Nemesa  »,  il  ajoute  en  note  explicative  ;  <  La  Nims 
se  jette  dans  la  Priim  qui  se  jette  àson  tour  dans  la  Moselle  »  (page  132, 
note  5). 


COMMENTAIRE  1 O3 

V.  359.  Celbis...  Erubris.  —  On  a  vu,  aux  notes  critiques 
concernant  le  v.  359,  les  diverses  orthographes  du  nom  de  ces 
deux  fleuves  qu'on  trouve  dans  les  mss.  et  dans  les  éditions. 
Scaliger  dit  :  «  Celbis  hodie  caiida  nominis  fui  truncatus  eji. 
Dicittir  enim  Kehl.  Is  non  longe  ab  oppido  Eringio  fluit  in 
Mofelîam...  fequitiir  Erubris.  Is  ejî  plane,  qui  hodie  Roiier, 
&  ad  cognominem  fui  vicum  Mofellœ  immifcetur.  »  {Auson. 
Lect.,  I,  2.)  Freher  répète,  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes  : 
*  ...hodie  die  Kyl,  a  quo  nomen  habet  Kylburg,  prope  vicum 
Erang  Mofellae  infunditur...  Hodie  die  Rouver,  apud  vicum 
cognominem  Mofellae  illabitur.  »  Suivant  Desjardins,  ces  cours 
d'eau  se  nomment  aujourd'hui  Ruver  et  Kyll;  du  second  vient 
Celbisburgum  (Kyllburg),  d'après  la  remarque  de  Valois  (Notit. 
Gall.,  p.  141).  La  Kyll  —  dit  Bœcking —  prend  sa  source  aux 
environs  de  celle  de  la  Pnim,  près  du  village  de  Loossheim,  et, 
après  un  cours  d'une  vingtaine  de  lieues,  se  jette  dans  la  Moselle 
auprès  du  bourg  d'Erang.  Jacques  Schneider  a  publié  à  Trêves, 
en  1843,  une  description  de  la  vallée  de  la  Kyll.  La  Ruver  prend 
sa  source  près  de  Kell  et,  après  un  cours  de  sept  lieues,  se  jette 
dans  la  Moselle,  à  une  lieue  de  Trêves  ;  c'est  un  affluent  de  la  rive 
droite.  Bœcking  ajoute  qu'on  s'explique  facilement  les  moulins 
établis  sur  le  cours  de  la  Ruver,  et  dont  il  est  question  au  v.  362  ; 
mais  plus  difficilement  les  scieries  de  marbre  dont  il  est  parlé  au 
v.  363  :  car,  dit-il,  on  exploite  sur  les  bords  de  la  Ruver,  non  des 
marbres,  mais  une  excellente  ardoise  bleue,  qu'il  n'est  pas  besoin 
de  scier,  tant  elle  se  divise  facilement  en  feuillets.  Chassot  de 
Florencourt (fahrbiicher  des  Vereins  von  Alterthumsfreunden  im 
Rheinlande,  VI,  208  fî.)  prétend,  sans  autre  autorité  que  le  passage 
de  la  Moselle  en  question,  qu'il  y  avait  sur  la  Ruver  au  temps 
d'Ausone  des  moulins  pour  scier  le  marbre.  Bœcking  pense  au 
contraire  que  le  poète  se  souvient  d'un  passage  de  Pline  l'Ancien  : 
«  Mollit iae...  praecipua  sunt  exempla  in  Belgica  provincia 
candidmn  lapidem  serra  qua  lignum  faciliusque  eiiam  secan- 
tium  ad  tegularum  et  imbricum  vicem,  »  (N.  H.,  XXXVI,  159.) 
Mais  il  semble  peu  probable  qu' Ausone  ait  confondu  l'ardoise  avec 
le  marbre,  et  surtout  qu'il  ait  vu  des  scieries  destinées  à  travailler 
une  ardoise  qui  n'a  pas  besoin  d'être  sciée.  Desjardins  (op.  cit., 
p.  133,  note  i)  confirme  l'assertion  du  poète  :  «  C'est  mal  à  propos 
qu'on  a  cité,  relativement  à  ce  passage,  la  pierre  blanche  et  facile 
à  tailler  dont  parle  Pline,  comme  étant  en  Belgique,  puisque  le 
marbre  dont  les  carrières  se  trouvent  sur  les  bords  de  cette  rivière, 
près  du  village  de  Ruver,  lequel  est  situé  à  son  confluent  avec  la 


104  COMMENTAIRE 

Moselle,  est  bleuâtre,  semblable  à  l'ardoise,  et  sans  veines.  Voy. 
Forbiger,  III,  p.  126,  renvoi**  à  la  note  92.  » 

V.  365.  Lesuram...  Drahonum.  —  La  Lesura,  au  moyen 
âge  Ligeris  ou  Legura,  au  xil"  siècle  Liseré,  nommée  Léser  par 
Scaliger  et  Freher,  et  Lieser  par  Bœcking  et  Desjardins,  est  un 
affluent  de  gauche  ;  ce  cours  d'eau  de  médiocre  importance  prend 
sa  source  dans  l'Eifel  et  se  jette  dans  la  Moselle  au-dessous  de 
Trêves,  près  du  bourg  de  Lieser. 

Le  Drahonns,  nommé  Draon  ou  Dron  par  Scaliger  et  Freher, 
Drohn  ou  Dhron  par  Bœcking,  et  Trohn  ou  Drohne  par  Des- 
jardins, est  une  rivière  de  très  médiocre  importance  qui  prend  sa 
source  dans  le  Hunsriick,  près  du  village  de  Dhronecken  ou  de 
Thronecken,  et  qui,  après  un  cours  d'environ  cinq  lieues,  se  jette 
dans  la  Moselle  au-dessous  de  Neumagen.  Bœcking  dit,  sans 
preuve,  que  ceux  qui  identifient  cette  rivière  avec  le  parvitlus 
Rhodamis,  dont  parle  Fortunat,  commettent  une  erreur.  Desjar- 
dins, au  contraire  (op.  cit.,  p.  133),  dit  que,  dans  la  Moselle  et 
dans  la  poésie  «ad  Nicetium,  Treverensem  episcopum  »,  le  même 
cours  d'eau  est  désigné  sous  les  deux  noms  différents  de  Draho- 
nus  et  de  Rhodanus. 

V.  366.  Salmonae.  —  La  Salm,  affluent  de  la  rive  gauche, 
prend  sa  source  au  village  de  Meisburg,  à  une  lieue  au  Sud  de 
Geroldstein  et  se  jette  dans  la  Moselle  après  un  cours  de  six  lieues 
au-dessous  du  village  de  Clûsserath  (que  Scaliger  nomme  iST/w/raO- 

V.  367.  Saravus.  —  Le  Saravus,  qui  porte  aussi  ce  nom 
dans  la  Table  de  Peutinger  (Segm.  II,  B,  i  :  youtesaram).  qui  est 
appelé  Sarvix  dans  l'itinéraire  d'Antonin,  Saruba  par  l'anonyme 
de  Ravenne  (IV,  26),  Sara  par  Fortunat  {de  Navig.  sua,  v.  20), 
Sarra  au  moyen  âge,  die  Sahr  en  allemand  au  temps  de  Scaliger 
et  de  Freher,  die  Saar  en  allemand  moderne,  et  la  Sarre  en 
français,  est  le  plus  considérable  des  affluents  de  la  Moselle. 
Scaliger  fait  remarquer  qu'il  ne  faut  pas  confondre  cette  rivière 
avec  la  Sura  dont  il  a  été  question  au  v.  356;  il  ajoute  que  le 
nom  de  Sarra,  donné  à  la  Sarre  dès  l'époque  romaine,  est  attesté 
par  une  inscription  de  Saarbruck  transportée  à  Trêves,  où  on  lit 
ces  mots  :  castra,  sarrae  flv...  Cette  inscription  citée,  après 
Scaliger,  par  Freher  et  d'auU-es,  et  admise  par  Gruter  (p.  225, 
n"  4),  est  fausse,  comme  Desjardins  le  fait  remarquer  {op.  cit., 
p.  132,  note  7). 


COMMENTAIRE  105 

Le  cours  de  la  Sarre  est  trop  connu  pour  qu'il  soit  nécessaire 
d'en  parler.  Il  a  déjà  été  dit  (note  au  v.  92)  que  la  Sarre  se  jette 
dans  la  Moselle  près  du  village  de  Conz,  qu'on  appelle  d'ordinaire 
en  français   Consarbruck.   C'est  ce  village   qu'Ausone   désigne 
pompeusement  par  les  mots  Augustts...  mûris,  que  je  traduis  par 
<; /(?s  intirs  d'un  palais  Augustes.  Cette  expression  d'Auguste 
appliquée  à  ce  village  paraît  étonnante  et  fait,  au  premier  .abord, 
penser  à  Augusta    Trevirorum.  Desjardins   prétend    même,   à 
propos  de  ce  vers,  qu'  <:  Ausone  dit  aussi  qu'elle  [la  Sarre]  se  jette 
à  Trêves  dans  la  Moselle  ^>  {op.  cit.,  p.  132,  note  8).  Ce  n'est  pas 
Ausone  qui  le  dit  :  il  connaissait  assez  Trêves  pour  savoir  que  ce 
n'est  pas  sous  les  murs  de  cette  ville  que  les  deux  rivières  se 
réunissent.  Ce  sont  quelques  commentateurs  qui  l'affirment  d'une 
manière  plus  ou  moins  formelle.  Vinet  croit  qu'Ausone  désigne 
Trêves  et  voit  dans  ce  passage  une  inexactitude  de  poète  :  <■  Pote- 
rat  fpatio  longe  hreuiori,  dfjic  minorilabore,  longius  à  mœnibus 
Augujîœ    Treuirorum,    de   qua  efl  carmen  inter  claras  vrbes, 
Mofelîœfe  iungere  Sarauus ,  fed  fuh  ipfis  mûris  vrbis  nobiJiJfi- 
niœ,    id    maluit  facere.    Aliquanto    tamen     interuallo  fupra 
Augujiam  Treuirorum  in  Mofellam  exit  Sarauus.  »  (Comment., 
266  C.)  Mais,  dans  le  petit  poème  des  Clarae  Urbes  consacré  à 
Trêves,  Ausone  parle  de  la  position  de  cette  ville  sur  la  Moselle 
et  ne  dit  rien  de  la  Sarre.  Scaliger  affirme  qu'il  s'agit  de  Trêves  : 
«  [Sarauus]  &>  naiiigiorum  patiens,  &  aliorum  amniuni  hofpi- 
tio,  quos  infe  recipit,  clarus  :  &,  quod  caput  omnium  ejje  dicit 
Aufonius,  fub  mœnia  Augujîe  Treuerorum  Mofellam  conuenit, 
non  longe  à  Kontherbruk.  »  {Auson.  Lect.,  I,  2.)  C'est  l'inverse 
qu'il  fallait  dire  :   sous   les   murs   de   Consarbruk,   non  loin  de 
Trêves.    Le    géographe    Abraham    Ortelius   d'Anvers   (cité   par 
Hontheim  p.  240,  not.  X  du  Prodronius  de  son  Historia  Trevi- 
rensis)   indique   bien   qu'il    s'agit   de    Consdixhrvïk  :  <i  Ad  vicum 
Guntzium,  à  quo  pons  ille  Sarrœ  antiqui  operis,  nomen  habet 
Cuntzerbruke.  »  Par  une  contradiction  curieuse,    Souchay,  qui, 
dans  ses   notes,  résume   l'indication    d'Ortelius  :   <■■  Ad  oppidum 
ContZQthmk,  paulo  fup7'a  Augujiam  Trevirorum  »,  écrit  dans  le 
passage    de  Vlnterpretatio   qui  correspond  à  ce  vers  :   ^propè 
mœnia  Augujîœ  Treverorum^>.  Bœcking,  après  Tross,  se  range 
à  l'opinion   d'Ortelius   et  admet   d'autant  plus  facilement  l'exis- 
tence à  Conz  d'un  palais  d'été  des  empereurs  qu'on  trouve  dans  le 
code  Théodosien  plusieurs  ordonnances  datées  de  cette  localité, 
nommée  en  latin  Concionacmn,  Contionatum,  Concionatum  ou 
Contionacum.   Corpet  traduit  encore  «les  remparts  de   la  cité 

n 


106  COMMENTAIRE 

impériale».  Mais,  dans  leurs  Index,  Schenkl  et  Peiper  écrivent 
tous  deux  :  «  Augnsti  mûri  (Concionatum,  Coiiz).  ;> 

Malgré  l'autorité  des  manuscrits  et  des  éditions  où  on  lit  volveret 
ostia,  expression  au  moins  fort  rare,  si  elle  se  trouve  autre  part 
qu'ici,  et  en  tous  cas  peu  intelligible,  je  préfère  admettre  la 
conjecture  de  Christ  et  de  Tross,  solveret  ostia  :  le  sens  est  clair, 
et,  d'ailleurs,  Ausone  lui-même  dit,  au  v.  473  de  la  Moselle,  ostia 
solvis,  et  au  v.  5  de  VEpigr.V ,  Scythico  solvo  ostia  ponte. 

V.  371.  Alisontia.  —  «Reste  VAlisontia,  —  dit  Desjardins, 
—  sur  laquelle  les  géographes  allemands  et  français  n'ont  pu  se 
mettre  d'accord.  »  {Op.  cit.,  p.  134.)  Scaliger  pense  qu'il  s'agit  de 
l'Alf  :  «  Alifontiani  non  diihito  ejfe  euin  qiiem  Alf  vocant.  Et 
fortaffe  non  maie  legeretur ,  Alifontia.  Alij  vocant  Die  Alb.  In 
vice  cognomine  communicat  aquas  fuas  ipfi  Mofellœ.  »  (Aicson. 
Lect.,  I,  2.)  Mais  Scaliger  est  seul  de  son  opinion.  Freher  dit  qu'il 
ne  peut  s'agir  de  cette  rivière.  Tross  fait  remarquer  que  l'Alf, 
cours  d'eau  chétif,  ne  peut  pas  être  celui  qu'Ausone  compare  à 
la  Sarre  (v.  370:  Nec  minor  hoc...).  Bœcking  trouve  aussi  que 
l'opinion  de  Scaliger  ne  supporte  pas  l'examen. 

Vinet  suppose  que  VAlisontia  est  l'Elz,  rivière  qui  traverse  le 
Luxembourg  ^  :  «  Hic  fluuius  putatur  eJfe,  qui  Lucemburgen- 
Jibus,  Elz,  dicitur,  per  quos  in  Mofellam  delabitur.  »  {Cotnment., 
266  C.)  C'est  aussi  l'opinion  de  Freher  :  «  Hodie  contraâîius  Eltz, 
ut  ipfe  viens  Eltz  olim  Eliiatia /criptus...  [ejî]  Eltz  fluuius  apud 
vicum  cognotninem  Mofellœ  exceptus.  »  La  phrase  de  Freher  est 
reproduite  par  Souchay,  et  son  opinion  adoptée  par  Brower, 
Hontheim,  Bœcking,  Schenkl  et  Peiper.  «  Cette  Elz  —  dit  Bœc- 
king —  qui  prend  sa  source  environ  sept  lieues  à  l'ouest  de  son 
embouchure,  non  loin  des  sources  de  l'Alf  et  de  la  Lieser,  un  peu 
à  l'ouest  de  Kelberg,  dans  l'Eifel,  et  qui,  dans  les  documents  à 
partir  du  x"  siècle,  se  nomme  d'ordinaire  Elza,  Elze,  Helze,  Alcia 
(Gunther,  Cod.  Dipl.  Rh.-MoselL,  tom.  I),  est  aussi  appelée 
Alisontia,  comme  le  prouve  la  chronique  de  Gottwich  (Prodr., 
cap.  IV,  p.  750)  :  «  Versus  tneridiem pro  limite  erat  fluvius Mosella 
usque  trans  fluvium  Alisontiam  vel  Elzam,  versus  fluvium 
Leguram,  qui  nonnunquam  etiam  Ligeris  appellatur.  »  Cette 
identification  deV Alisontia  avec  l'Elz  semble  donc  probable.  On 
peut  faire  sans  doute  à  Bœcking  la  même  objection  qui  a  été  faite 
à  Scaliger  :  pas  plus  que  l'Alf,  l'Elz  n'est  comparable  à  la  Sarre. 

•  Bien  entendu  le  duché  de  Luxembourg,  tel  qu'il  était  autemps  de  Vinet. 


COMMENTAIRE  1 07 

Mais  Bœcking  répond  que  tous  les  autres  cours  d'eau  qu'on  peut 
essayer  d'identifier  à  l'Alisontia  sont  également  de  très  peu  d'im- 
portance, et  que  d'autre  part  Ausone  connaissait  mieux  sans 
doute  les  environs  de  Trêves  que  le  cours  de  l'Elz. 

Enfin,  on  a  proposé  de  voir  dans  VAlisontia  l'Alsitz  ou  Alzig, 
Alzette'en  français,  qui  passe  à  Luxembourg.  Freher  rejette  cette 
hypothèse  sans  s'y  arrêter,  car  l'Alzette  est  un  affluent  de  la  Sauer, 
et  non  de  la  Moselle  :  <•  Neqiie  etiam  [ejîfluvius]  qui  Lutzelbur^iim 
prœlabitur  Alsitz:  is  enitn  Suram,  non  Mofellam  influit.  »  Valois 
cependant  {Notit.  Gall.,  p.  13)  prétend  démontrer,  d'après  des 
lettres  des  années  786,803  et  876,  où  l'Alzette  est  appelée  A/s!<»Y/a, 
/ilsonfia,  Alsantia,  qu'il  s'agit  bien  de  ce  cours  d'eau.  D'Anville 
{Notice  de  la  Gaule,  p.  56)  reprend  l'argumentation  de  Valois  et 
donne  à  l'appui  un  autre  texte  de  l'an  963  :   «  C'est  la  rivière 
d'Alsetz  qui  passe  à  Luxembourg  et  qui  tombe  dans  celle  dont  le 
nom  est  Sura  dans  Ausone,  aujourd'hui  Sour,  laquelle  se  joint  à 
la  Moselle  au-dessus  de  Trêves.  Marquard  Freher  a  mieux  aimé 
l'entendre  d'une  petite  rivière  qui  se  rend  dans  la  Moselle,  mais 
beaucoup  plus  près  de  Coblentz   que   de  Trêves,  ce  qui  paraît 
contraire  à  cette  opinion,  parce  qu'Ausone  affecte  en  quelque 
manière  de  se  renfermer  dans  les  environs  de  Trêves.  D'ailleurs 
il  est  décidé  c^vC Alisontia  est  la  rivière  qui  passe  à  Luxembourg 
par  des  lettres  d'un  comte  Sigifrid  de  l'an  963  :  Castellum  Lusi- 
Unburch,  in  page  Metingauw,  super  ripant  Alsuntiœ  fluminis. 
Il  n'y  a  guère  moyen  de  douter  c^n'Alsuntia  et  Alisontia  ne  soient 
le  même  nom.»  A.  Wiltheim  (Luxent.  Rom.  Mss.  lib.  II,  cap.  vi), 
Tross,  Ukert  (Geogr.,  II,  2«  partie,  p.  167)  et  Desjardins  (op.  cit., 
p.  134)  se  rangent  à  l'avis  de  Valois.  Desjardins  trouve  tout  à  fait 
concluants  les  textes  du  moyen  âge  cités  par  Valois  et  résout  sans 
peine  «  les  objections  [qui]  sont  que  l'Alzette  n'est  pas  un  affluent 
de  la  Moselle,  mais  de  la  Sauer,  et  qu'Ausone,  qui  a  mentionné 
plus  haut  la  Sura,  avec  deux  de  ses  tributaires,  aurait  dû  nommer 
VAlisontia  en  même  temps.  Mais  le  poète  ne  suit  aucun  ordre, 
nous  l'avons  déjà  fait  remarquer;  il  ne  dit  pas  non  plus  qu'il  ne 
s'astreigne  à  nommer  que   les  affluents  directs  de   la  Moselle, 
puisqu'il  donne,  dans  son  énumération  poétique,  d'autres  sous- 
affluents  de  cette  rivière,  la   Pronaea,   recevant  elle-même  la 
Nemesa.  »  L'argumentation  de  Desjardins  ne  paraît  pas  irréfutable  : 
c'est  justement,  pourrait-on  lui  répondre,  parce  que  le  poète  ne 
suit  aucun  ordre  qu'il  n'y  a  rien  d'étonnant  à  lui  voir  citer  l'Elz 
immédiatement  après  la  Sarre  ;  si  Ausone  ne  s'astreint  pas  à  ne 
nommer  que  les  affluents  directs  de  la  Moselle,  d>   moins  quand 


108  COMMENTAIRE 

il  parle  de  sous-affluents,  comme  la  Pronaea  et  la  Netnesa,  il  a 
soin  de  ne  les  citer  qu'à  propos  de  l'affluent  direct  dont  ils  sont 
tributaires;  et  il  serait  curieux  qu'après  avoir  cité  ces  deux 
affluents  de  la  Sauer,  il  revînt  plus  tard,  sans  aucune  raison,  et  en 
lui  donnant  une  importance  que  rien  ne  justifie,  à  un  autre  affluent 
de  cette  même  rivière,  en  n'indiquant  pas,  comme  il  a  eu  soin  de 
le  faire  pour  la  Pronaea  et  la  Nemesa,  que  VAHsontia  se  jette 
dans  la  Sura.  —  Enfin  Desjardins  cite  sans  la  résoudre  une  objec- 
tion qui  a  trait  au  changement  d^Alisontia  en  Alzette  :  «  Il  a  dû 
exister  toutefois  entre  Alizontia  et  Alzette  une  forme  germanique 
intermédiaire,  qui  est  sans  doute  Ah;  car  Alizontia  eût  donné, 
en  roman,  Alzonce  ou  une  forme  voisine  et  n'a  pu  produire  direc- 
tement Alzette,  qui  semble  être  le  diminutif  de  Alz.  »  (Note  de 
M.  L.  Havet.)  Cette  objection  ne  se  présente  pas  si  nous  admet- 
tons l'identification  de  VAHsontia  avec  VElz,  identification  que 
le  passage  de  la  chronique  citée  par  Bœcking  (Alisontiam  vel 
Elzam)  légitime  parfaitement.  A  se  change  facilement  en  E  :  Elz 
est  la  forme  germanique  qui  vient  naturellement  d^Alisontia;  ce 
n'est  pas  un  diminutif  plus  ou  moins  hypothétique,  c'est  le  dérivé 
germanique  naturel  du  nom  latin  que  nous  fournit  le  mot  Elz  : 
raison  de  plus  de  nous  rendre  à  l'opinion  défendue  par  Bœcking. 

V.  372.  Mille  alii.  —  Scaliger  cite  quelques-uns  de  ces 
♦  mille  autres  »  affluents  que  l'imagination  d'Ausone  attribue  à  la 
Moselle  :  «  Mofella...  Rhenuin  ingreditur  exceptis  intra  fe 
prœter  eos  fiuuios,  quorum  meminit  Aufoniiis,  Ru,  Mo/a  (alius 
ejî  à  Mo/a  illo  inagno  fluuio)  Sella,  laro,  Siero,  Bifero,  &  Kufen- 
bacho.  :>  {Auson.  Lect.,  I,  2.)  Freher  cite  en  outre  VOrna  qui  se 
jette  dans  la  Moselle  devant  Metz,  la  Sallia  ou  Sella,  citées 
toutes  les  deux  par  Fortunat.  Bœcking  énumère  par  ordre  tous 
les  affluents  nommés  ou  omis  par  Ausone  :  Madon,  Meurthe, 
Seille,  Orne,  Saur,  Saar,  Ruwer,  Kyll,  Salm,  Dhron,  Lieser, 
Elz.  Desjardins  {op.  cit.,  p.  132)  dit  que  les  affluents  de  la 
Moselle,  anciennement  nommés  et  dont  il  n'est  pas  question 
dans  Ausone,  sont  la  Salia  (Seille)  et  VOrna  (Orne),  citées  pour 
la  première  fois  par  Fortunat,  au  vi-  siècle.  Quant  au  Rhodanus 
qui,  d'après  ce  dernier  poète,  baigne  le  château-fort  de  Nicetius, 
évêque  de  Trêves,  à  son  confluent  avec  la  Moselle,  c'est  Dro- 
nanus,  dit  Desjardins,  qu'il  faut  lire  :  «...  Sa  description  [la 
description  du  château-fort]  s'applique  en  effet  à  Neumagen,  située 
au  confluent  de  la  Moselle  et  de  la  Trohn  ou  Drohne,  qui  repré- 
sente bien  certainement  le  tenuis  Drahonus  d'Ausone.  »  Le  der- 


COMMENTAIRE  IO9 

nier  éditeur  de  Forlunatus,  F.  Léo  (Monum.  Gerin.  Hist.,t.  IV, 
pars  I)  semble  ignorer  la  correction  de  Desjardins,  dont,  en  tout 
cas,  il  ne  tient  aucun  compte.  Il  écrit  Rodanus. 

V.  iis-ill-  Smyrna...  xMantua...  Simois...  Thybris.  —  Il 
n'est  pas  utile  d'expliquer  ces  allusions  très  claires  à  Sm3'rne, 
l'une  des  sept  villes  qui  se  disputaient  l'honneur  d'être  la  patrie 
d'Homère,  à  Mantoue,  patrie  de  Virgile,  au  Simoïs  et  au  Tibre, 
fleuves  que  Vlliade  et  V Enéide  ont  rendus  célèbres.  Chantée  par 
un  Homère  ou  par  un  Virgile,  la  Moselle  serait  plus  illustre  que 
le  Simoïs  ou  le  Tibre. 

V.  378-380.  —  On  a  vu,  dans  les  Notes  critiques,  que  ces  trois 
vers  ont  fort  embarrassé  les  commentateurs  qui  ont  supposé  une 
lacune,  s'ils  conservaient  le  v.  380  tel  qu'il  est  dans  les  mss.,  et 
qui,  s'ils  ne  supposaient  pas  de  lacune,  ont  essayé  diverses  cor- 
rections. Corpet,  qui  conserve  la  leçon  des  mss.,  traduit  ainsi: 
«Pardonne-moi,  Rome  puissante;  repousse,  je  t'en  conjure,  et 
l'envie,  et  Némésis  qvii  n'a  point  de  nom  dans  la  langue  latine  : 
les  pères  de  Rome  eux-mêmes  ont  placé  là  le  siège  de  l'empire.  » 
Et  il  explique  sa  traduction  :  «  Il  [Ausone]  prie  Rome  de  lui 
pardonner,  s'il  préfère  la  Moselle  au  Tibre  ;  car  les  pères  de  Rome 
eux-mêmes,  c'est-à-dire  les  empereurs,  ont  transporté  à  Trêves, 
sur  les  bords  de  la  Moselle,  le  siège  de  l'empire.  »  Il  me  semble 
difficile  de  rendre  Tmperii  sedem...  tenuere  par  «  ont  placé  là  le 
siège  de  l'empire  >.  J'aime  mieux  lire  au  v.  380  :  «  Imperii  sedem 
Romamque  tuere  parenfem  »  :  imperii  sedem  se  rapporte  à 
Trêves,  siège  actuel  de  l'empire,  ville  qu' Ausone  appelle  au  v.  24 
Dignata  imperio...  moenia;  —  Romamque  parentem,  car  Rome 
est  la  mère  de  l'empire.  Le  poète  demande  à  Némésis  d'unir  ces 
deux  villes  dans  une  commune  protection.  —  Quant  à  la  phrase 
«  Latiae  Neniesis  non  cognita  linguae  »,  c'est  une  allusion  un 
peu  pédante  à  deux  passages  de  Pline  l'Ancien  :  «  ...  Nemeseos, 
quae  dea  Latinum  nomen  ne  in  Capitolio  quidem  invenit  » 
(XI,  251),  et  <.<Nemesim,  ciiius...  Romae  simiilacrum  i^t  Capito- 
lio est,  qiiamvi s  Latinum  notnen  non  sit»  (XXVIII,  22).  Ausone 
a  d'ailleurs  coutume  d'invoquer  Némésis:  cf.  édit.  Schenkl,  VI, 
V.  40:  ...mitibus  audï  Auribus  hoc,  Netnesis...;  XIII,  2,  v.85: 
Absistat  Nemesis. 

V.  382.  Bello  exercita  pubes.  —  Le  courage  des  habitants 
de  Trêves  et  surtout  la  qualité   de  leur  cavalerie  sont  souvent 


IIO  COMMENTAIRE 

l'objet  des  louanges  des  auteurs  latins,  en  particulier  de  César  : 
«  ...équités  Treviri,  quorum  inter  Gaîïos  virhitis  ojnnio  est 
singularis.  »  {De  Bell.  GalL,  II,  XXIV.)  iHaec  civitas  [Treviri] 
longe  plurimum  totius  Galliae  equitatu  valet,  magnasque  habet 
copias  peditum.  •*  {Ibid.,  V,  lll.)  L'auteur  du  VIII^  livre  des  Com- 
mentaires emploie  même  à  propos  des  Trévires  une  expression 
dont  Ausone  s'est  peut-être  souvenu:  <:  [Treviros]  quorum  civi- 
tas, propter  Germ,aniae  vicinitatem^  cotidianis  exercitata 
iellis...»  (De  Bell.  GalL,  Vllt,  xxv.) 

V.383.  Aemula...Latiae...facundia  linguae.  —  Souchay 
croit  qu'il  s'agit  de  la  langue  nationale  des  habitants  de  Trêves, 
et  rend  ainsi  ce  passage  dans  son  Interpretafto  :  «  ...  éloquent ia 
lingtiœ  propriœ,  conferenda  cutn  eloquentia  Latina.  »  Corpet 
semble  comprendre  de  la  même  manière,  quand  il  traduit  :  "  ...un 
langage  rival  de  la  langue  du  Latium.  »  Mais  on  sait  qu'au  temps 
d' Ausone  la  culture  des  lettres  latines  était  répandue  dans  toute 
la  Gaule;  Trêves,  en  particulier,  avait  ses  écoles  et  ses  rhéteurs; 
c'est  à  Trêves  que  furent  prononcés,  en  289  et  en  291 ,  les  deux  plus 
anciens  panégyriques  latins  que  l'on  connaisse  après  celui  de 
Pline  le  Jeune.  (Voir  TeufFel,  Hist.  litt.  Rom.,  §  391.)  C'est  à 
Trêves  encore  que  furent  prononcés,  en  296  ou  297,  le  Panegyricus 
Constantio  Caesari  dictus,  attribué  à  Eumène,  le  Panegyricus 
Constantino  Auguste  dictus  (31O),  et  la  Gratiarutn  Actio 
Constantino  Augusto  dicta  (311),  œuvres  d'Eumène.  A  Trêves 
enfin,  un  rhéteur  gaulois  inconnu  débite  un  discours  à  l'occasion 
du  mariage  de  Constantin  (307),  et  un  autre  inconnu  prononce  le 
panégyrique  de  l'empereur,  à  son  retour  de  l'expédition  de  313  en 
Italie.  (Voir  Teuffel,  op.  cit.,  §  401,  5  et  6.)  C'est  à  ces  discours 
qu' Ausone  fait  sans  doute  allusion,  et  je  traduis  ainsi  le  v.  383  : 
«  . .  .une  éloquence  qui  rivalise  avec  celle  des  orateurs  du  Latium.  » 

V.  384.  Mores  et  laetum  frokte  serena  Ingenium.  — 
La  leçon  serena  est  justifiée  par  le  passage  de  Stace  (Silv.  I,  m, 
V.  91-92),  imité  ici  par  Ausone  : 

virtusque  serena 

Fronte  gravis 

Ausone  emploie  une  expression  semblable  à  propos  des  habi- 
tants de  Milan  (édit.  Schenkl,  XVIIII,  v.  36)  : 

facunda  virorum 

Ingénia,  et  mores  laeti 


COMMENTAIRE  III 

V.  586-388.  CaTOXes...  Aristides.  —  C'est  un  lieu  commun, 
familier  aux  poètes,  de  vanter  Caton  et  Aristide  et  de  les  prendre 
comme  types  de  vertu.  Ausone  lui-même  dit  ailleurs  ''édit.  Schenkl, 
XV.  24:  V.  3-4;  : 

Kec  solus  semper  censor  Cato,  nec  sibi  solus 
lustus  Aristides  his  placeant  tUulis. 


V.  3S7.  lUSTI  SEHVATOB  ET  AEQUI.  —  Au  lieu  de  spectator 
qui  se  trouve  dans  toutes  les  éditions,  mais  qui  n'a  nulle  part  le 
sens  qu'on  lui  attribuerait  dans  ce  passage,  je  préfère  conjecturer 
servatork  cause  de  deux  vers,  l'un  de  Virgile  (Aen.,  II,  v.  427... 
seryantissintus  aequtj,  l'autre  de  Lucain  (II,  v.  389...  servator 
honesti),  que  celui  d'Ausone  semble  imiter. 

V.  391 .  Née  VIS.  —  Je  conserve  la  leçon  vulgaire.  On  sait  que 
nervi,  dans  le  sens  de  cordes  de  la  lyre,  se  trouve  très  fréquem- 
ment chez  les  poètes.  C'est  à  tort,  semble-t-il,  que  Schenkl  et 
Peiper  admettent  jvetis.  Xete  (yr^rrj  est  la  dernière  corde  de  la 
lyre,  la  plus  aiguë  :  si  la  lyre  a  plusieurs  neryi,  elle  ne  peut  avoir 
plusieurs  ixetae.  Le  mot  nete  est  d'ailleurs  fort  rare  et  ne  se  trouve 
guère  que  dans  Vitruve  (V,  lYj. 

V.  392.  Tejipus  esit.  —  Le  temps  n'est  jamais  venu  de  cet 
ou\-rage  à  la  louange  des  Beiges,  de  ces  panégyriques  de  tant  de 
personnages  marquants  qu"  Ausone  annonce  dans  ces  vers,  et  de  ce 
poCTie  plus  développé  qu'il  se  promet  (v.  448-460)  de  composer 
en  llMMineur  de  la  Moselle,  dès  qu'il  sera  rentré  à  Bordeaux,  après 
avoir  terminé  l'éducation  de  Gratien.  Les  auteurs  des  Gesta 
Trevirorum  n"ont  pas  bien  compris  le  sens  de  ces  vers,  et  ont, 
sans  autre  autorité,  conclu  à  l'existence  d'un  grand  oin-rage 
d'Ausorœ  sur  la  région  de  la  Moselle  :  <Aus.onius  uero  libellum 
qui  diciiur  MoseUa  nietrice  composuit  et  postea  reuersus  in 
patriam  grande  uolumen  composuit  ad  hoiwrem  huius  patriae, 
quod  qui  scire  uoiuerit,  in  Burdegala  reperire  poterit.  >  (Gest. 
Trev.  Waitz  éd.  in  Pertz.  S.  S.  VIII,  c.  30,  p.  156,  4.)  Bœcking 
fait  remarquer  que  huius  pairiae  signifie  huius  nostrae  terrae, 
de  notre  pays,  du  pays  de  Trêves  puisque  c'est  un  habitant  de 
Trêves  qui  rédige  les  Gesta. 

V.  394-395-  Veritlm...  moees.  —  Cannegieter  veut  remplacer 
ces  deux  mots  par  Quiritum  et  mur  os  :  <  Dicii  fe  celebraturum 


112  COMMENTAIRE 

fa6la  Ronianorum,  Belgaruni  &>  Viros  fortijfimos  defenforesque 
patriae  fuae,  id  ejl,  Burdigalae  feu  Aqiiitcxniae,  quos  muros 
patriae  dixit  Ovid.  Metam.  XIII,  281  :  Quo  Grajum  murus 
Achilles  Procubuit.  »  La  première  conjecture  est  inutile.  Ausone 
ne  parle  ici  que  des  Belges;  c'est  à  partir  du  v.  398  qu'il  com- 
mence à  faire  allusion  aux  autres  personnages  dont  il  se  propose 
de  chanter  plus  tard  la  gloire.  La  seconde  me  semble  inadmis- 
sible :  Ovide  appelle  Achille,  par  apposition,  murus,  comme 
Homère  l'appelle  é'pxoç.  Mais  Ausone  ne  cite  ici  nommément 
aucun  héros  belge  à  qui  appliquer  cette  apposition,  qui  serait  sin- 
gulièrement compliquée  par  cette  autre  apposition,  décora  inclita. 

V.  398.  Purpura.  —  Freher  a  tort  de  rapprocher  ce  vers  de 
celui  du  Griphus  (édit.  Schenkl,  XXVI,  2,  v.i  1)  :  Ter- nova  Nes- 
toreos  implevit  purpura  fusos,  où  il  est  fait  allusion  aux  fils  de 
pourpre  et  d'or  dont  la  Parque  a  tissé  les  jours  de  Nestor.  Je 
comprends  ce  passage  de  la  Moselle,  comme  l'éditeur  in  usum 
Delphini  :  «  Id  ejl  :  accèdent  quoque  ad  nojîrarn  poëfin  ornanietita 
a-randiora,  &■  digna  Heroïhus.  Vel  inter  eos  quos  celehrabo. 
Gallos,  erunt  etiam  purpurati  nonpauci,  Confularibus  aliifque 
fun6li  honorihus.  »  Cannegieter  dit  aussi  :  «  Ofiendit  fe  fcriptu- 
runi  aut  de  Iinperatoribus  auf  de  Confulibus...  Purpura  namque 
modo  imperium,  modo  Confulatus  dicitur.  »  Pour  tisser  d'agréa- 
bles panégyriques  de  ces  personnages,  le  poète  a  besoin  que  les 
Piérides  fournissent  ses  fuseaux  de  fils  de  pourpre. 

V.  399-414. — ToUius  voit  dans  cette  tirade  une  preuve  de 
l'immense  orgueil  d' Ausone  :  ces  quinze  vers  seraient  uniquement 
consacrés  à  chanter  la  gloire  du  poète  et  de  sa  famille  :  <  Quant 
fuerit  vanœ,  ac  inanis  gloriœ  affectator  Aufonius,  cuni  aliunde 
tum  hinc  prœfertim  perfpici  potejî.  Tota  namque  hac,  quam 
longa  ejl,  circumlocutione  nonnijî  trium,  fi  quid  re6le  video, 
viroruni  laudes  compleâiitur  :  quas  fi  modejlior  paulo  fuijjet, 
nec  attigiffet  quidem,  aut  ita  certe  attigiffet,  ut  non  fe  ipfe  tant 
effufe  laudaret.  »  Les  trois  hommes  loués  ici  outre  mesure  sont 
Julius  Ausonius,  père  du  poète,  qui  vivait  à  la  campagne  (quietos 
agricolas),  le  rhéteur  Arborius,  oncle  d' Ausone  (legiimqne  catos, 
fandique  potentes),  et  enfin  le  poète  lui-mSme,  à  qui  s'appliquent 
tous  les  autres  éloges  contenus  dans  ce  morceau.  Boecking  expli- 
que ces  vers  d'une  manière  plus  scientifique  : 

1°  Quietos  agricolas  (v.  399).  —  Ces  mots,  dit  Bœcking, 
s'appliquent  aux  possesseurs  de  biens-fonds  (possessores)  distincts 


COMMENTAIRE  1  \  } 

des  petits  cultivateurs  fcolonij.  —  Je  pense  qu'Ausone  fait  parti- 
culièrement allusion  aux  possessoi'es  des  environs  de  Trêves  à  qui 
les  campagnes  de  Valentinien  ont  assuré  la  tranquillité,  comme 
aux  simples  colons  (voir  au  v.  458,  /"^//ces  ripa  ex  ut  raque  colonos). 

2°  Legu.mque  catos,  etc.  (v.  400).  —  Bœcking  montre  qu'il 
est  question  des  defensores  civitatum.  (Voir  Cod.  Theod.,  lib.  I, 
tit.  XI,  de  Defensoribus  civitatum;  Lenain  de  Tillemont,  His- 
toire des  Empereurs...,  seconde  édition,  Bruxelles,  1732,  t.  V, 
art.  XIII,  p.  13;  Savigny,  Geschichte  des  Rom.  Recht  im  Mitt. 
Alt.,  26  édit.,  t.  I,  p.  88  et  suiv.,  et  les  auteurs  qui  y  sont  cités.) 

30  CURIA...  PROPRIUMQUE  SENATUM  (v.  4OI-402).  —  Cc  SOnt 
les  titres  généraux  qui  s'appliquent  aux  conseils  de  toutes  les  villes 
de  l'Empire  au  lye  siècle.  Godefroy  (Cod.  Theod.,  lib.  XII,  tit.  1, 
de  Decurionibus)  dit  :  «  Civitates  Jeu  urhes,  oppida,  niunicipia, 
quin  &>  vici,  inanjiones  etiain  quœdam,  item  cajtella...  fuum 
quendam  Senatutu  habuere  quce  caria  dicebatur .  » 

4"  QUOS...FACUNDIA  (v.  403).  —  Il  s'agit  des  rhéteurs.  Ausone 
fait  peut-être  allusion  aux  édits  de  Y alentinien  de  Medicis  et  Pro- 
fessoribus  litterarum.  L'édit  qui  confère  l'immunité  de  toutes 
les  charges  publiques  aux  médecins  et  professeurs  de  Rome  a  été 
promulgué  en  370,  à  peu  près  au  moment  de  la  publication  de  la 
Moselle.  (Cf.  Cod.  Theod.,  lib.  XIII,  tit.  III,  Lex  10).  Je  suppose 
qu'Ausone  annonce  dans  ce  passage  les  poèmes  qu'il  compte 
écrire  sur  les  rhéteurs.  Il  devait,  en  effet,  une  quinzaine  d'années 
plus  tard  (vers  l'an  385),  consacrer  une  série  de  pièces  aux  seuls 
professeurs  bordelais. 

50  QuiQUE  SUAS  REXERE  URBES  (v.  405).  —  Bœcking  pense 
qu'il  est  question  des  gouverneurs  de  province,  consulares, 
comme  en  avaient  les  deux  Belgiques  et  les  deux  Germanies,  et 
des  praesides,  qui  résidaient  dans  la  capitale  de  la  province, 
avaient  la  juridiction,  le  droit  de  punir,  et  par  conséquent  un  tri- 
bunal et  des  faisceaux  ;  et  il  renvoie  pour  ce  qui  concerne  Vofficium 
Praesidis,  au  Digeste,  I,  xvrii,  et,  pour  ce  qui  concerne  Vofficium 
Rectoris Provinciae,  au  Cod.  Theod.,  lib.  I,  tit.  vi.  Mais  suas  rexere 
urbes  ne  peut  se  rapporter  au  rector  provinciae.  Rector  est,  au 
lye  siècle,  synon3'me  de  index,  et  Ausone  emploie  ici  le  verbe 
regere  dans  son  sens  propre  :  il  parle  de  ces  magistrats  municipaux 
qui  rendaient  la  justice  au  civil  et  qui  ne  pouvaient  juger  d'affaires 
capitales.  Ces  magistrats  semblent  avoir  porté  à  Bordeaux  le  nom 
de  préteurs.  (Voir  C.  Jullian,  Inscriptions  romaines  de  Bordeaux, 
Bordeaux,  1887,  t.  I,  n-^  30,  pp.  114-117.)  Il  paraît  évident  qu'Au- 
sone ne  fait  pas  allusion  ici  à  un  honneur  dont  il  aurait  été  titulaire  ; 


I  14  COMMENTAIRE 

ce  passage  n'est  nullement  consacré  à  sa  glorification  indiscrète^ 
comme  le  prétendait  ToUius.  Que  signifie  le  fameux  consulat 
d'Ausone  à  Bordeaux  sur  lequel  on  a  tellement  disputé  ?  Le  poète 
a  dit(édit.  Schenkl,  XVIIII,  v.  167-168)  : 

Dilig9  Burdigalam,  Romam  colo.  Civis  in  hac  siim. 
Consul  in  atnbabus  :  cunae  hic,  ibi  sella  curulis. 

Vinet  a  fort  bien  expliqué  le  sens  de  ces  deux  vers:  <-  Qui 
Conful fuit  Romœ,  Conful  quoque  Burcligalœjiniulfuit,fi  Bur- 
digala  Ro)nano  parebat  Imper io.  Sed  potejî  Burdigalenfis 
ciuitas....  Jimiliter  ac  Roma  fuiffe  conjîituta,  aliqua  faltein  ex 
parte  :  Confulatutnque  annuum  magijiratutn  liahuiffe.  »  {Com- 
ment., 210  F.)  Graevius  veut  écrire  consul  in  hac  sum,  Civis  in 
ambabus,  en  se  fondant  sur  ces  deux  arguments,  d'abord  qu'Au- 
sone  ne  se  vante  jamais  de  ce  consulat  de  Bordeaux,  et  ensuite 
que  les  magistrats  des  villes  des  provinces  ne  portaient  pas  le 
titre  de  consuls  :  «  Confulem  Je  Romœ  fuijfè  iibique  jaclat  Aufo- 
nius,  nufquam  Burdigalœ.  Ne  nunc  dicain  ReCiores  primos 
tirbium  provincialium,  coloniarum,  &•  munie i'pioruni  nunquam 
Confules  appellatos  ejje,  ut  pulchre  docet  vir  fmnmus  Thomas 
Reinejlus  in  Epifiolis  ad  Ruperium.  >  Au  xvill^  siècle,  Corsini 
(DeBurdigalensiAusoniiConsulatu,  Pisis,  1763)  avoulu  démon- 
trer qu'Ausone  avait  été  consul  à  Bordeaux,  démonstration  qui  a 
été  réfutée,  peu  d'années  après,  par  une  diatribe  de  Pûttmann 
(De  epocha  Ausoniana,Jïctoque  Ausonii  consulatu  Burdigalensi 
diatribe,  Lipsiae,  1776).  Adrien  de  Valois  (Valesiana,  p.  231) 
reprend  en  partie  l'explication  de  Vinet  :  «  Qui  était  consul  ordi- 
naire, était  nommé  et  reconnu  consul  par  tout  l'Empire  romain, 
et  non  seulement  à  Rome,  mais  dans  toutes  les  villes  et  places 
de  l'Empire.  >  En  tous  cas,  ces  deux  vers,  si  souvent  discutés, 
«  ne  nous  apprennent  rien  sur  la  magistrature  suprême  de  Bordeaux 
au  lye  siècle,  ni  sur  son  vrai  nom,  ni  sur  le  nombre  de  ses  titulai- 
res. Car,  évidemment,  consul  est  une  simple  expression  poétique  > . 
(JuUian,  op.  cit.,  p.  1 17.)  Ces  deux  vers  ne  viennent  pas  non  plus 
à  l'appui  du  v.  405  de  la  Moselle  pour  prouver,  comme  le  voulait 
Tollius,  qu'Ausone  parle  de  lui,  conjecture  d'autant  moins  pro- 
bable que  rien  dans  la  longue  énumération  des  titulaires  de  dignités 
à  qui  des  éloges  futurs  sont  annoncés  ne  peut  se  rapporter  à 
Ausone. 

6°  Praefecturarum...  (v.  408).  —  Bœcking  remarque  avec 
raison  que  les  vers  407-408  s'appliquent  aux  fonctionnaires  qui 
ont  administré  la  Bretagne  et  Tltalie  comme  prae/ecti  du  second 


COMMENTAIRE  1I5 

ordre.  On  sait  en  effet  que,  depuis  Constantin,  il  y  avait  dans 
l'Empire  quatre  préfectures  :  I.  Oriens.  —  H.  lUyria  Orientalis 
et  Thracia.  —  III.  Itaîia,  Illyria  Occideiitalis  et  Africa.  —  IV. 
Hispania,  Gaîlia  et  Britannia.  —  Les  vicarii  ou  praefecti  du 
second  ordre,  subordonnés  au  praefectus  de  la  iv^  praefectura, 
étaient  au  nombre  de  trois,  ainsi  que  les  vicarii  de  la  ni^  praefec- 
tura. Ausone  veut  parler  ici  de  deux  vicarii  qui  ont  administré 
en  sous-ordre,  l'un  l'Italie,  l'autre  la  Bretagne.  Bœcking  conjec- 
ture aussi  avec  vraisemblance  que,  si  le  poète  parle  de  chanter  les 
vicarii  de  ces  deux  provinces,  c'est  qu'il  veut  faire  une  gracieu- 
seté à  quelque  parent  ou  ami.  En  effet,  le  vicaire  d'Italie  était, 
en  370,  un  certain  Cataphronius  (cf.  Lenain  de  Tillemont,  op.  cit., 
note  XXXVIII  au  règne  de  Valentinien).  Ce  Cataphronius  n'était  pas 
évidemment  le  fils  de  la  tante  d' Ausone,  Cataphronia,  qui  mourut 
vierge  (cf.  Ausone,  édit.  Schenkl,  XV,  28  [Cataphronia]  innuba 
devotae...  virginitatis  amorem...  coluit).  Mais  l'identité  du  nom 
permet  de  supposer  des  liens  de  parenté  entre  ce  vicaire  d'Italie 
et  la  tante  du  poète,  et  par  suite  entre  Cataphronius  et  Ausone. 
Lenain  ne  cite  pas  le  nom  du  vicaire  de  Bretagne  parmi  ceux  des 
«Officiers  de  l'an  370  ->  :  mais  Ammien  Marcellin  parle  (XXVII, 
VIII,  3)  d'un  Théodose,  qui  était  le  plus  illustre  capitaine  de  son 
temps,  et  qui,  vers  370,  remporta  de  nombreuses  victoires  dans  la 
Grande-Bretagne  (Amm.  Marcell.,  XXVIII,  m).  Ce  Théodose  est 
le  père  de  l'empereur  Théodose  qui  devait  plus  tard  donner  à 
Ausone  le  nom  de  père  et  lui  rappeler  les  liens  d'amitié  privée 
qui  les   unissaient  (cf.  édit.    Schenkl,  p.    i,  Epist.    Theod.  ad 
Auson.:  ...illiiis  privatae  inter  nos  caritatis...  parens   iucun- 
dissime).  Ausone  était-il  l'ami  du  père  comme  du  fils  :  le  père 
fut-il  vicaire  de  Bretagne  ?  Aucun  document  ne  le  prouve  ;  mais 
ces  vers  de  la  Moselle  permettent  peut-être  de  le  supposer.  En 
tout  cas,  on  ne  connaît  pour  cette  époque  le  nom  d'aucun  vicaire 
de  Bretagne,  et  Ammien  ne  cite  aucun  autre  personnage  que 
Théodose  qui  se  soit  illustré  dans  cette  province. 

Scaliger  prétend  qu' Ausone  se  désigne  lui-même,  au  pluriel,  il 
est  vrai  :  mais  il  n'y  a  pas  là  de  quoi  gêner  l'hypothèse  de  l'auteur 
des  Lectiones  :  c.  Sic  de  fe  ipfo  loques  in  Mofella  fcrihit ,  numéro 
tamen  plurali:  Aut  Italum populos...  etc.  »  {Auson.  Lect.,  II,  17.) 
Cette  hypothèse  de  Scaliger  a  été  généralement  admise  ;  Souchay, 
en  particuUer,  dit:  «  De  ipfo  Aufonio  procul  dubio  intelUgendus 
ejîhiclocus,  isenim  uframque  ohtinuerat,  licet  Italiœ  prœfeclu- 
ram  non  diu  tenuerit.^  Ausone  rappelle  bien,  dans  le  <  Liber 
protre'pticus  ad  nepotem  »,  qu'il  obtint  deux  préfectures  (v.  91... 


I  l6  COxMMENTAIRE 

praefecturani  duplicein),  mais  il  n'a  jamais  été  vicaire  de  Bretagne 
ou  d'Italie  :  Gratien  le  fit,  en  377,  préfet  d'Italie,  d'IUyrie  occi- 
dentale et  d'Afrique,  et,  en  378,  préfet  d'Espagne,  de  Gaule  et 
de  Bretagne  (cf.  Lenain  de  Tillemont,  op.  cit.,  note  viii  au  règne 
de  Gratien);  et  le  poète  n'obtint  ces  deux  préfectures  que  sept  et 
huit  ans  après  la  publication  de  la  Moselle. 

Il  faut  enfin  citer  une  interprétation  bizarre  des  mots  titiilo 
secundo,  donnée  par  Gronovius  :  «  Dicit  Aufonius...  fe  largiter 
diôîururn  laudes  Belgarum...  Sic  etiam  qui  ex  iis  Italiani  &• 
Britannias  ^ewwere  Prœfeéturarum  titulo  fecundo  ;  hoc  efl,felici, 
non  falfis  judiciis  eligentium.  »  {Observât.,  lib.  II,  cap.  xvil). 

70  (v.  409-414.)  —  On  a  beaucoup  discuté  pour  établir  quel  était 
l'important  fonctionnaire  de  l'Empire  désigné  par  ces  vers  peu 
intelligibles.  Vinet  pense  qu'Ausone  veut  parler  des  consuls 
(tantum  non  primo  sub  nomine  :  [confules]  pritnis  illis  [regibus] 
nulla  re  difpares  niji  folo  illo  nomine  primo).,  puis  des  empe- 
reurs :  la  Fortune  a  commis  une  erreur  en  chassant  les  rois  et  en 
créant  les  consuls,  et  l'a  réparée  en  remplaçant  les  consuls  par 
les  empereurs  :  «  Ita  Valêtiniano  &  reliquis  fuis  principibus 
adulatur  Aufonius.  »  {Comment.,  269.)  Cette  explication  ne 
soutient  pas  l'examen.  Scaligei  prétend  encore  qu'Ausone  parle 
de  lui  et  de  la  dignité  de  préfet  du  prétoire  qu'il  obtint  sous  le 
premier  consulat  de  Valentinien  et  de  Valens  :  «  Nam  illud  Tantum 
non,  hoc  ejl  (iovou-/t  ojïèdit  non  diu  eam  tenuiffe,  6=  tamen  fe 
parem  primisfuiffe  :  hoc  eft,  tant  illi  imputari  hanc prœfeâluram , 
quam  fi  ea  plene  perfunâîus  ejfet.  Nam  primi  prœfeSîi  funt 
prœfe6li  prœtorio  Italiœ.  Nam  eam  non  diu  tenuiffe  ipfe  poft 
déclarât,  qumn  eam  prœfeGlurani  vocet,  libata  prcemia.  Eam- 
que  prœfeâîuram  rexit  Valentiniani  &=  Valentis  confidatu 
Primo,  ut  ego  ex  veteribus  Principum  Conftitutionibus  odoratus 
fum.  ->  {Auson.  Lect.,  II,  17.)  Mais  le  premier  consulat  de  Valens 
et  de  Valentinien  est  de  l'an  365;  le  préfet  du  prétoire,  en  365, 
était  Sallustius  Secundus;  le  vicaire  d'Asie,  qui  fut  préfet  du 
prétoire  en  368,  se  nommait  Auxonius.  (Cf.  Lenain  de  Tillemont, 
op.  cit.,  t.  V,  L'empereur  Valens,  art.  Il,  p.  34,  et  art.  viii,  p.  39.) 
D'où  la  confusion  que  fait  Scaliger  entre  Ausone  et  Auxone. 
(Voir  à  propos  de  cette  erreur  de  Scaliger  la  note  F  à  l'article 
Ausone,  dans  le  Dictionnaire  de  Bayle.)  D'après  Freher  aussi, 
Ausone  parle  d'une  dignité  qui  lui  a  été  accordée;  cette  dignité, 
c'est  le  consulat  :  «  Confulatus  nimirum  titulo,  qui  adeo  accedit 
ad  ipfum  Princip  is  fajl  igium ,  ut  folo  nomine  differre  videatur.  » 
Par  fuerit  primis  désigne  le  pouvoir  égal  que  chacun  des  deux 


COMMENTAIRE  I  l7 

consuls  possède.  Quant  ù  l'erreur  reparée  par  la  Fortune,  c'est 
celle  qui  consistait  à  ne  donner  le  consulat  qu'aux  Romains  : 
désormais,  cette  distinction  est  accessible  aux  provinciaux; 
l'exemple  de  leurs  honneurs  excitera  leurs  descendants  aies  égaler 
(Nobilibus  repetenda  nepoiibusj.  Cette  explication  de  Freher  est 
peu  probante.  —  Gronovius  lit  ainsi  ce  passage  : 

Quique  caput  rerum  Romam  populumque  Patrefqne 
Tantum  non  primo  rexit  fub  nomine,  quamvis 
Prœfnerit  priinis,  fejlinat  folvere  tandem 
Errorem,  Jortuna,  tmtm,  libataque  fupplens 
Prœmia  jam,  veri  fajligia  reddet  honoris, 
Nobilibus  repetenda  nepotibus. 

Il  commence  par  admettre,  comme  les  critiques  ses  prédéces- 
seurs, qu'Ausone  parle  de  lui  :   &  Nemo  diibitat  aiiâïorem  hic 
defcribere  &  circumloqui  fe  ipfum.  >  Mais  l'expression  parfuerit 
choque  Gronovius  :  dire,  comme  Freher,  que  ces  mots  indiquent 
l'égalité  des  deux  consuls,  c'est  avouer  implicitement  que  le  consul 
auquel  on  les  appUque  est  inférieur  à  celui  dont  on  le  proclame 
l'égal  pour  lui  faire  honneur.  Ces  mots  sont  en  contradiction  avec 
ce  qui  précède  :  «  Tantum  non  primo  nomine, e/2  Confidis  prioris 
nomine,  quod  proximum  à  primo  Imperatoris.  >  Il  faut  donc 
écrire  praefuerit  :   allusion    au  temps  où  Ausone  commandait, 
comme  précepteur,  au  premier  de  l'Empire,  à  Gratien.  Quant  à 
errorem,  Gronovius  raille  les  explications  qu'on  a  données  de  ce 
mot  avant  lui  :  «  Hic  incipit  loqiii  de  fe  ipfo  Aufoniiis,  &  errorem 
appellat  fuum,  quod  non  citius  fe  contulerit  ad  Galliœ  Belgicœ 
heroës  prcedicandos .  »   Et  il  paraphrase  en  prose  le  sens  qu'il 
attribue  aux  vers  d' Ausone  modifiés  par  ses  corrections  conjectu- 
rales :  «  Et  ille,  qui  Romam,  Senatum  &  populum,  tantum  non 
primo  fub  nomine  rexit,  quamvis  olim  prœfuerit  primis  domi- 
nas dominorum  (hoc  eft  ipfe  Aufonius)  feftinat  luere  fuum,  ô 
fortuna,  errorem  :  quod  nempe  in  tant  ferum  diu  débitant  cele- 
berrimœ  ac  per   hofpitia  junâîœ  genti  pietatem  dijîiderit:   &■ 
libata    nunc  prœmia   virtutis    eorum  fup'plens,   faftigia   veri 
honoris,  prœjîantibus  nepotibus  repetenda,   illis  apud   pofleri- 
tatem  reddet.  »  Plus  loin,  il  propose  sa  correction,  tuum  :  «  Si 
malis  tuum,  non  valde  repugnabo  :  ut  Fortunée  errorem  œppellet, 
quod  ipfe  forte,  non  conJilio,peccaverat...  Ego,  inquit,  Aufonius 
errorë  Fortunée,  quœ  ad  alia  argumenta  lyrain  meam  detulit 
corrigere  feflino ,  6=  illam  mercedem  virtutis,  quam  jam  libavi, 
nias   laudes,  quas  parce  &•  obiter  &  modice  tribui,  fwpplebo, 
abundanterque  &  pie  no  ore  tribuam,  &  reddam  cuiquehonorum 


TiS  COMMENTAIRE 

Juorum,fajiigia.y>  (Observ.,  lib.  II,  cap.  xvil.)  Cette  explication 
témoigne  de  beaucoup  d'ingéniosité;  mais  elle  est  peu  vraisem- 
blable, elle  a  le  tort  de  bouleverser  le  texte  pour  être  possible, 
et  de  supposer  qu'Ausone  a  déjà  été  consul  au  moment  où  il 
écrit  ces  vers.  L'auteur  de  VEditio  in  usum  Delphini  adopte  les 
idées  de  Gronovius  et  se  borne  à  blâmer  sévèrement  pour  son 
propre  compte  le  manque  de  modestie  d'Ausone  :  <.  Seipfum  hîc 
haud  ohfcurè  dejignat.  Quâ  in  re  mirum  quam  fuperbè  mode/îiœ 
excédât  fines  qui  proprias  fe  laudes  prœdicaturum  jaâîet.  » 
Cette  note  au  v.  409  (note  8,  p.  326)  est  contredite  dans  les 
Editoris  Animadversiones  (p.  652)  par  Souchay  ^  qui  a  déjà 
établi  {Editoris  Dissertatio,  p.  xxx)  que  la  Moselle  a  été 
composée  vers  368,  et  qui  repousse  absolument  l'hypothèse 
suivant  laquelle,  dès  368,  Ausone  parlerait  du  consulat  qu'il  n'a 
obtenu  qu'en  379.  Il  ne  faut  donc  pas,  continue  Souchay,  sup- 
poser qu'il  est  ici  question  du  consulat  d'Ausone  ;  <•  Quo  autem 
pa6lo  verjus  illi  Quique  caput  rerum  Romam,  <&»c.  exponendi, 
haud  ita  facile  efi  pronuntiare.  Hœc  profeôlo  intelligenda  de 
J'uinmo  aliquo  viro,  qui  Conful,  Patriciufve  cum  fuijjet,  depul- 
fus  efi  niagifiratu,  cujus  tanien  pojîeri  ea  œtate  quâ  Mofellani 
fcriberet  Aufonius,  ad  honores  eveâîi  fuere,  ut  fortuna  fup- 
'pleret  libata  à  inajoribus  prœmia.  Poëtam  fufpicor  in  anima 
habuijfe  Optatum  quem ,poflquani  à  Conjîantino  Magno  Patricii 
dignitatem  confecutus  fuiJJet,  interfici  jujjit  Conjiantius,  uti 
docet  Zozitnus  lib.  2 .  Certe  pojl  hac  extitere  Optati  variis  hono- 
ribus  infignes.»  Souchay  assurément  fait  preuve  de  saine  critique 
en  rejetant  l'idée,  acceptée  par  ses  devanciers,  d'après  laquelle 
Ausone  ferait  allusion  à  son  consulat.  Mais  je  ne  vois  pas  sur 
quoi  il  se  fonde  pour  trouver  dans  ces  vers  une  allusion  à  quelque 
disgrâce  subie  par  un  consul  ou  un  patrice  qui  n'aurait  fait  que 
goûter  à  des  dignités  dont  ses  successeurs  auraient  eu  plus  tard 
une  jouissance  plus  complète.  Je  crois  être  dans  le  vrai  en  tradui- 
sant :  «...mais  la  fortune  se  hâte  de  réparer  son  erreur,  et, 
complétant  les  distinctions  qu'il  a  à  peine  effleurées,  elle  l'élèvera 
réellement,  comme  elle  le  doit,  au  faîte  de  ces  honneurs  qui 
reviendront  un  jour  à  sa  noble  descendance.  »  Disgrâce,  à  la 
rigueur,  si  on  veut,  mais  disgrâce  dont  le  personnage  en  question 
se  relèvera  bientôt  lui-même  :  le  texte  du  poète  ne  permet  pas  de 
songer  à  quelque  fonctionnaire  précipité  sans  retour  des  honneurs 

*  Il  faut  se  rappeler  que  l'Ausone  în  usum  Delphini  a  été  commencé 
par  Fleury  et  terminé  par  Souchay. 


COMMENTAIRE  II9 

auxquels  ses  descendants  parviennent  plus  tard.  D'autre  part  les 
mots  Quique  caput  rerum  Romam,  etc.,  s'appliquent-ils  à  un 
consul  ou  à  un  patrice  ?  Nous  verrons  plus  loin  qu'ils  ne  peuvent 
désigner  un  consul;  mais  ici,  Souchay  a  en  vue  un  patrice, 
Optatus  :  l'expression  d'Ausone  se  rapporte-t-elle  au  patriciat? 
Mais  le  patriciat  était  un  simple  honneur  auquel  aucune  fonction 
n'était  attachée  :  «  Conftantin  éleva  au  deffus  d'eux  (des  préfets) 
pour  le  rang  [mais  non  pour  les  fondions],  ceux  à  qui  il  donna  le 
titre  de  Patrices,  parce  qu'ils  eftoient  confiderez  comme  les  pères 
de  l'Empereur;  ce  fut  une  nouvelle  dignité  qu'il  inftitua,  mais  qui 
n'eftoit  qu'un  simple  honneur,  fans  aucun  exercice  particulier.  » 
(Lenain  de  Tillemont,  op.  cit.,  t.  IV,  p.  \i%,  L'empereur  Cons- 
tantin, art.  Lxxxiv.)  Le  titre  honorifique  de  patrice  ne  concorde 
donc  aucunement  avec  les  fonctions  de  celui  a  qui...  Reniant... 
populumque  patresque.. .  rexit  :> . 

Aucune  des  explications  données  par  les  anciens  critiques  ne 
semble  satisfaisante  :  les  modernes  ont-ils  mieux  réussi  ?  Il  faut 
examiner  maintenant  l'argumentation  du  dernier  traducteur  français 
d'Ausone,  Corpet,  et  celle  de  Bœcking.  Voici  d'abord  le  raisonne- 
ment de  Corpet:  «  Tollius  et  Fleury  pensent  avec  raison  que  ces 
vers  [v .  409  et  4 1  o]  et  ceux  qui  précèdent  s'appliquent  aux  dignités 
dont  les  parents  d'Ausone ,  dont  ses  amis  et  lui-même  furent  honorés . 
Plusieurs  fois  déjà,  le  poète  a  rappelé  ces  dignités,  et  à  peu  près 
dans  les  mêmes  termes,  dans  les  Parentales,  les  Professeurs,  etc. 
Les  mots  tantunt  non  primo  rexit  sub  nomine  désignent  évidem- 
ment un  consul.  Souchay  repousse  cette  conjecture,  parce  que, 
selon  lui,  le  v.  426  semble  indiquer  que  ce  poème  fut  composé 
vers  la  fin  de  l'année  368,  et  qu'Ausone  ne  fut  consul  qu'en  379. 
Mais  Ausone  nous  apprend  lui-même,  dans  son  Action  de  grâces, 
que  le  consulat  lui  avait  été  promis,  et  dans  la  Moselle  même  qui 
nous  occupe,  il  parle  bien  clairement  de  son  consulat,  puisqu'il 
dit  (v.  451)  que  les  empereurs  doivent  le  renvoyer  à  Bordeaux 
fascibus  Ausoniis  decoratum  et  honore  curuli.  Il  faut  donc  en 
conclure  qu'Ausone,  en  chantant  la  gloire  de  ses  maîtres,  profitait 
de  cette  circonstance  pour  leur  rappeler  leur  promesse,  ou  que  le 
poète  a  retouché  son  œuvre  après  coup,  et  qu'une  fois  consul,  il 
n'a  pu  résister  au  désir  d'ajouter  quelques  vers,  afin  de  constater 
dans  le  meilleur  de  ses  ouvrages  l'insigne  hoimeur  qu'il  venait  de 
recevoir, et  dontil  parle  si  souvent  avec  ime  complaisante  vanité... 
Ce  vers  [v.  41 1]  et  les  trois  suivants  présentent  quelque  obscurité, 
et  les  commentateurs  ont  plutôt  réussi  à  les  embrouiller  qu'à  les 
éclaircir.  Ils  renferment,  selon  moi,  une  allusion  au  consulat  du 


120  COMMENTAIRE 

poète  et  à  celui  de  Gratien  qui  le  suivit.  Pour  mieux  les  compren- 
dre, il  faut  relire  l'idylle  VIII  [édit.  Schenkl,  VI].  Il  dit  ici  quamvis 
prœfuerit  primis,  comme  au  v.  43  de  cette  idylle,  nostros  prœ- 
caderefasces;  ou  comme  dans  l'idylle  IV  [édit.  Schenkl,  XIII,  2], 
V.  86,  prœsedi  imper io;  les  mots  libataqm  supplens  prœmia 
s'expliquent  par  tune  ero  bis  consul  du  v.  52  de  l'idylle  VIII; 
enfin  verifastigia  reddet  honoris  Nubilibus  repetenda  nspotibus 
par  les  vingt  derniers  vers  de  la  même  pièce,  où  il  demande  à 
Janus,  au  soleil,  à  toute  la  nature  de  hâter  le  jour  où  César  lui 
succédera  dans  le  consulat.  »  (Ausone,  traduct.  Corpet,  t.  II, 
pp.  383-384,  notes  68  et  69.)  Corpet  traduit  conformément  au  sens 
qu'il  attribue  au  texte  :  «...  celui  enfin  qui  gouverna  Rome,  la 
capitale  du  monde,  et  le  peuple  et  le  sénat,  sous  un  nom  qui  n'en 
avait  qu'un  avant  lui  dans  l'empire  :  celui-là,  bien  qu'il  ait  été  au- 
dessus  des  princes,  il  se  hâte,  ô  Fortune,  d'abjurer  ton  erreur;  ces 
honneurs  qu'il  a  goûtés  à  peine,  il  n'en  jouira  pleinement  qu'en 
les  rendant  à  leurs  vrais  maîtres,  à  ces  nobles  héritiers  des  empe- 
reurs qui  remonteront  au  faîte  des  dignités  suprêmes.  »  Cette 
interprétation  paraît,  au  premier  abord,  avoir  le  mérite  de  la 
simplicité  et  de  la  vraisemblance;  mais  elle  s'appuie  sur  des 
arguments  qui  n'ont  rien  de  solide  : 

1°  Ausone,  dit  Corpet,  parle  bien  clairement  de  son  consulat 
au  V.  451 . —  Nous  verrons,  dans  la  note  à  ce  vers,  qu'il  n'en  estrien. 

2"  Ausone,  dit  Corpet,  a  retouché  son  œuvre  après  coup.  C'est 
une  supposition  gratuite  qui  n'est  confirmée  par  aucun  passage  de 
la  Moselle. 

30  Les  mots  tanturn  non  primo  rexit  sub  nomine,  dit  encore 
Corpet,  désignent  évidemment  un  consul.  —  Cette  désignation  ne 
me  paraît  pas  évidente,  loin  de  là. 

Bœcking,  au  contraire,  a  démontré  que  ces  mots  s'appliquent 
au  Praefectus  urbis  Romae,  et  qu'ils  désignent  un  homme  impor- 
tant, qui  se  trouve  enfin  dans  une  haute  position,  après  être  resté 
longtemps  sans  obtenir  les  honneurs  qu'il  méritait.  Bœcking  a 
proposé  d'entendre  ainsi  ce  passage  dans  sa  première  édition  de 
la  Moselle  (1828);  et,  dans  l'édition  de  1845,  il  constate  que  son 
interprétation  a  été  accueillie  avec  une  faveur  marquée.  Le  préfet 
de  Rome  auquel  Ausone  ferait  allusion  serait  S.  Anicius  Sextus 
Probus,  homme  considérable  de  son  temps.  Il  est  certain  qu' Au- 
sone était  en  relations  d'amitié  avec  Probus  :  nous  avons  une 
lettre  «  Ansonius  Probo  Praefecto  Praetorio  »  (édit.  Schenkl, 
Epist.  XVI,  p.  174),  suivie  d'un  poème  dont  le  v.  20  fait  allusion 
au  consulat  de  Probus  et  de  Gratien,  qui  est  de  l'an  371 ,  et  fixe, 


COMMENTAIRE  I2l 

comme  Schenkl  le  fait  remarquer  (Prooem.,  p.  XV)  la  date  de  cette 
lettre  et  de  cette  poésie  à  cette  même  année  371.  Bœckino-  voit 
dans  la  lettre  une  confirmation  du  passage  de  la  Moselle  qui  nous 
occupe  :  «  Fors  fuat,  ut  si  mihi  vita  stippetet,  aliquid   rerum 
tuarnin,   quamvis   inciiltus,  expoliam...  »   Cette   promesse  d'un 
ouvrage  qui  sera  consacré  à  la  gloire  de  Probus  ressemble  bien 
à  l'annonce  du  poème  que  l'auteur  de   la  Moselle  se  propose  de 
composer  en  l'honneur  du  personnage  désigné  par  les  v.  409-414. 
Les  teimes  mêmes  de  la  poésie  (en  particulier  aux  v.  25-26:  Nam 
primas  e  cunctis   erit   Consul  sectindus  principi)  s'accordent 
avec  le  :  Tantum  non  primo  rexit  sub  nomine.  Telle  est  l'arou- 
mentation    de    Bœcking.    J'y    trouve   plusieurs    points  faibles  : 
1°  Comment,  si  l'on  admet  qu'il  s'agit  ici  de  Probus,  expliquer 
l'erreur  de  la  Fortune  (Errorem,  fortuna,  etc.)?  Avant  les  hon- 
neurs obtenus  en  370  et  371,  avant  sa  préfecture  et  son  consulat, 
Probus  était-il  oublié  par  la  Fortune,  avait-il  à  se  plaindre  que  les 
dignités   obtenues   par  lui   ne    répondissent  pas  à  son    mérite? 
Lenain  de  Tillemont,  qui   donne   de   nombreux   renseignements 
sur  Probus  {op.  cit.,  t.  V,  L'empereur  Valentinien,   art.  xvili, 
pp .  1 8-20 ,  note  XXXII ,  pp .  9- 1  o) ,  dit  que  ce  personnage ,  né  vers  330 , 
fut  proconsul  d'Afrique  dès  358,  vers  l'âge  de  vingt-huit  ans,  puis 
qu'il  fut,  à  partir  de  368,  quatre  fois  préfet  d'Italie  ou  des  Gaules, 
et  consul  en  371  avec  Gratien.  «   Ainfi  il  fut  prefque  toujours  en 
charge  jufques  à  fa  mort.  »  Quelle  erreur  la  Fortune  avait-elle  à 
réparer  à  l'égard  d'un  fonctionnaire  doï\t\e  cursus  honorum  étaïtsi 
brillant  ?  —  2°  Probus  a-t-il  été  préfet  de  Rome,  comme  Bœcking  le 
prétend,  l'année  qui  précéda  son  consulat?  Lenain  dit  qu'Olybrius, 
nommé  préfet  de  Rome  en  368,  occupa  cette  charge  environ  deux 
ans,  que  Principius  est  qualifié  préfet  de  Rome  dans  une  loi  du 
29  avril  370,  et  qu'Ampélius  succéda  bientôt  après  à  Principius 
(op.  cit.,  t.  V,  p.  23).  Il  ne  parle  nulle  part  de  la  préfecture  urbaine 
de  Probus. 

Malgré  l'autorité  de  Bœcking,  dont  l'opinion  est  adoptée  en 
une  certaine  mesure  par  Schenkl  (édit.  Schenkl,  Index  II,  p.  28 1 ,  on 
lit:  S.  (Anicius)  Petronius  Probus,  praefectus  praetorio,  consul 
a.  p.  Chr.  n.  CCCLXXI,  XVIII,  2,  409  sqq.  [c'est-à-dire,  Moselle, 
V.  409  et  suiv.];  Schenkl  suppose  donc  que  Probus  est  désigné 
dans  ce  passage  de  la  Moselle,  mais  il  lui  donne  le  titre  de  préfet 
du  prétoire,  indiqué  parla  suscription  de  VEpist.  XVI,  déjà  citée, 
et  non  celui  de  préfet  de  la  ville,  comme  fait  Bœcking),  il  me 
semble  qu'il  ne  peut  être  question  de  Probus.  Je  dirai  plus  : 
l'expression  qui  désignerait  le  préfet  de  Rome  serait,  je  crois, 

P 


122  COMMENTAIRE 

primo  rexit  sub  nomine,  etc.  Le  préfet  de  Rome  administrait  en 
premier  la  ville,  le  peuple  et  le  Sénat.  Tantiim  non  primo  ne 
peut  se  rapporter  qu'à  un  vicaire  :  or,  si  les  vicaires  du  préfet  de 
Rome  ont  été  assez  rares,  nous  savons  que  justement  Ampélius 
avait  im  vicaire  nommé  Maximinus.  (Cf.  Amm.  Marcell. ,  XXVIII, 
I,  22  :  Ani'pelio  iirhi  praefecto  et  Maximi^io  iiicario.  Voir,  au  sujet 
de  Maximinus,  Lenain  de  Tillemont,  t.  V,  L'empereur  Valenti- 
nien,  art.  xxiv,  p.  25;  Ammien  Marcellin,  XXVIII,  i.)  On  trouve 
dans  Ammien  et  dans  Lenain  l'histoire  extraordinaire  de  ce  Maxi- 
minus qui,  parti  de  très  bas,  averti  par  des  prédictions  qu'il  s'élève- 
rait aux  plus  hautes  charges  de  l'empire,  eut,  en  effet,  une  très 
brillante  carrière,  fut  préfet  des  Gaules  après  avoir  été  vicaire  du 
préfet  de  Rome,  vit  ses  honneurs  revivre  dans  la  personne  de  son 
fils  Marcellianus,  qui  était,  dès  l'an  374,  quoique  tout  jeune,  duc 
de  la  province  de  Valéria,  eu  lUyrie  (cf.  Amm.  Marcell.,  XXVIIII^ 
VI,  3  ...si  paruo  suo  Marcelliano  deferretur  potestas  per  Vale- 
riam  ducis),  qviand  Gratien,  lassé  des  crimes  de  Maximinus,  fit 
égorger  l'ancien  favori  de  la  Fortune  (376).  J'explique  donc  ainsi 
les  V.  409-414  :  «Le  vicaire  de  Rome,  Maximinus,  qui  était  égal 
aux  premiers  de  l'empire,  qui  a  administré  Rome,  le  peuple  et  le 
Sénat  en  sous-ordre,  la  Fortune  se  hâte  de  corriger  l'erreur  qu'elle 
a  commise  en  le  faisant  naître  si  bas  ;  eUe  lui  donnera  un  comman- 
dement en  premier  qu'elle  lui  doit  (Maximinus  sera  en  effet  préfet 
des  Gaules);  les  honneurs  du  père  seront  réversibles  sur  sa  noble 
descendance  (ce  qu'Ausone  pouvait  prévoir  d'après  le  cursus 
honorum  que  l'ambition  de  Maximinus  ouvrait  déjà  devant  le 
jeune  Marcellianus).  » 

V.  419.  Spatiumque  novi  metare  fluenti.  —  Freher  fait 
remarquer  que  le  lit  du  Rhin,  encaissé  depuis  Bingen,  s'élargit  à 
Coblentz,  à  partir  de  l'endroit  où  il  reçoit  la  Moselle  :  «  Id  quod 
facit,  cum  à  Bingio  inter  altijjimos  6»  continuas  montes  angu- 
Jiiori  alveo  lapfus,  prope  Confinantes  amplius  fpatium  fibi 
fumit,  quafi  novo  hofpiti  accipiendo.  » 

V.  422.  Triumphos.  —  La  Moselle  a  vu  à  Trêves  le  triomphe 
célébré  par  Valentinien  et  Gratien,  après  leur  rapide  campagne 
contre  les  Alamanni,  en  368.  (Voir,  pour  l'histoire  de  cette 
campagne,  Ammien  Marcellin,  XXVII,  X,  et  Lenain,  op.  cit.. 
L'empereur  Valentinien  I,  art.  XX,  p.  21  :  Valentinien  renvoya 
enfuite  /es  troupes  en  quartier  d'hiver,  ô'  luy  s'en  revint  à 
Trêves,  où  il  entra  avec  Gratien  comme  en  triomphe.) 


COMMENTAIRE  I23 

V.  423-424.  —  La  victoire  remportée  aux  abords  du  Nicer 
(aujourd'hui  le  Neckar)  est  probablement  celle  qui  fut  gagnée, 
d'après  Ammien,  «prope  locum  eut  Solicinio  noinen  est»  (XXVII, 
X,  8).  Car  Lenain  (art.  XX,  déjà  cité)  dit  que  Solicitiium  est,  à 
ce  qu'on  croit,  la  ville  de  Sultz  sur  le  Neckar.  C'est  à  cette  victoire 
que  Symmaque  fait  allusion  quand  il  dit,  dans  son  panégj'rique  de 
Valentinien,  que  le  iV/ccr  jusqu'alors  inconnu  est  devenu  célèbre, 
grâce  aux  succès  de  l'Empereur  :  «  Vates...  Nicrtim...  siluerant  : 
mine primum  victoriis  tuis  externus  fluvius  publicatur  ;  gaudeat 
servitute,  captivas  innotuit.»  {Monum.  Germ.  Hist.,  Symmachi 
opéra  edid.  Ô.  Seeck,  p.  328.)  Le  Nicer  n'est  en  effet  mentionné, 
dit  Freher,  que  par  les  écrivains  latins  de  la  décadence  :  «  Rara 
hujiis  apud  Romanos  fcriptores  nientio,  nec  nijî  pojîeriores, 
Vopifcum,   Marcelliniim,  Panegyri/ias,   &   hune  Aufonium .  » 

La  victoire  de  Lupodunum  n'est  citée  ni  par  l'historien  Ammien 
Marcellin,  ni  par  le  panégyriste  Symmaque.  Beatus  Rhenanus  et 
Cluwer  pensaient  que  Lupodunum  est  le  nom  ancien  de  la  ville 
forte  de  Liipff,  qui  fut  rasée  en  141 6  par  ordre  de  l'empereur 
Sitrismond  et  du  concile  de  Constance.  Freher  a  écrit  une  disser- 
tation  pour  établir  qu'il  s'agit  de  la  ville  de  Ladenburg,  qui  se 
nommait  Loboduna  au  moyen  âge.  L'opinion  de  Freher  a  été 
généralement  adoptée  :  en  effet  Bœcking  montre  que  la  ville  de 
Ladenburg  nommée,  au  commencement  du  moyen  âge,  Lubodu- 
num  avant  de  s'appeler  Lobendenburc,  puis  Lobdenburg,  peut 
parfaitement  être  la  même  que  Lupodunum.  Comme  Ladenburg 
est  sur  le  Neckar,  il  est  probable  qu'Ausone  fait  allusion  à  une 
victoire  remportée,  comme  celle  de^Sultz,  sur  les  bords  du  Neckar, 
victoire  trop  peu  importante  pour  que  l'histoire  en  ait  fait  men- 
tion. La  ville  de  Lupff  était  voisine  des  sources  du  Danube  :  si 
l'on  identifie  Lupff  avec  Lupodunum,  la  victoire  de  Lupodunum 
serait  la  même  qu^  celle  qui  a  été  remportée  c  aux  sources  de 
l'Hister  inconnues  dans  les  annales  du  Latium  »  (v.  424).  Ammien 
et  Symmaque  ne  mentionnent  pas  de  victoire  aux  sources  du 
Danube  :  encore  quelque  succès  sans  importance  exagéré  à  plaisir 
par  les  flatteries  du  poète.  Comment  Ausone  a-t-il  pu  dire  que  les 
sources  de  l'Hister  étaient  inconnues  dans  les  annales  du  Latium? 
Cluwer  (Germ.  Ant.,  III,  iv)  dit  ne  pas  comprendre  pourquoi 
Ausone  affirme  que  les  sources  du  Danube  étaient  inconnues  aux 
Romains.  Bœcking  cite  une  phrase  de  Gibbon  qui  reproche  à 
Ausone  d'avoir  dit  dans  ce  vers  une  ineptie  ;  Valois  et  Tross 
s'ingénient  à  chercher  des  explications  subtiles  de  ce  passage  bien 
simple  :  le  poète  ne  dit  pas-  que  les  Romains  ne  connaissent  pas 


124  COMMENTAIRE 

les  sources  de  l'Hister,  mais  bien  que  les  annales  du  Latium  ne  les 
connaissent  pas,  n'en  ont  jamais  fait  mention,  qu'elles  n'ont  jamais 
eu  à  enregistrer  aucune  victoire  remportée  près  de  ces  sources, 
avant  celle  de  Valentinien.  Il  est  vrai  que  l'histoire  semble  ne  pas 
avoir  connu  ce  succès  de  Valentinien,  puisque  l'historien  Ammien 
n'en  dit  mot.  Mais  un  autre  panégyriste  de  l'Empereur,  Sym- 
maque,  a  bien  dit  que  le  Nicer  n'était  connu  que  depuis  les 
victoires  de  Valentinien.  Ausone  avait  déjà  montré  dans  deux 
épigrammes  (édit.  Schenkl,£pz^y.  IIlIetV),que  S chenkl  rapporte 
à  l'année  368,  le  Danube  saluant  les  Augustes  et  les  félicitant  de 
cette  victoire  dont  l'histoire  ne  parle  pas.  —  Freher  a  bien  compris 
le  sens  du  v.  424;  «Neque  Jimpliciter  Aufonius  dicit,  Fontem 
ignotum,  fed  Latiis  ignotum,  id  eft,  nullius  antehac  Romani 
principis  vicîoria  cognituui  et  in  annales  relatum.  » 

V.  425.  Laurea.  —  Une  lettre  couronnée  de  lauriers  (cf.  lau- 
reatas  litteras,  Tit.  Liv.,  XLV,  i  ;  Tpse  lauream  gestae  prospère 
rei...  misit,  Tacit.,  Hist.,  III,  LXXVll)  est  venue  de  Trêves  annon- 
cer que  la  guerre  était  heureusement  terminée.  Le  poète  compte 
bien  que  d'autres  lettres  semblables  viendront  annoncer  de  nou- 
veaux succès.  Ausone  devait  être  mauvais  prophète  :  en  369,168 
Romains  éprouvent  une  sanglante  défaite,  et,  en  374,  Valentinien 
est  forcé  de  demander  la  paix  au  roi  des  Alamanni.  (Voir  Lenain 
de  Tillemont,  op.  cit.,  L'empereur  Valentinien  I,  art.  xxietxxx.) 

V.  428.  Neu  vereare  minor,  pulcherrime  Rhene,  videri. 
—  <■.  O  beau  fleuve  du  Rhin,  ne  redoute  pas  de  senibler  amoindri  !  » 
C'est-à-dire  de  sembler  moins  important  que  la  Moselle  qui  passe 
à  Trêves  où  elle  a  vu  le  triomphe  des  Augustes,  où  elle  a  appris 
la  fin  glorieuse  de  la  guerre.  Freher  voit,  mal  à  propos,  dans  le 
mot  minor  une  allusion  au  Reno,  petit  fleuve  d'Italie  qui  sort  des 
Apennins  et  que  l'on  nommait  Rhenus  minor  ou  Bononiensis 
ainnis  (cf.  Pline,  A''.  H.,  III,  1 18;  XVI,  161  :  Rheno,  Bononiensi 
a)nne...S'û.  It.,VIII,  v.  ^gg ... parvique Bononia Rheni) ,T[)arcQ  qu'il 
passe  près  de  Bononia,  aujourd'hui  Bologne  :  «  Rhenus  Magnus. 
Eft  enim  &  parvus  in  Italia.  »  Tollius,  qui  remarque  l'erreur  de 
Freher,  croit  que  Neu  vereare  'tninor  signifie  «  nomen  fcilicet 
tuum  amittendo  rece'pto  Mofella  >,  crainte  qui  serait  détruite  par 
le  V.  429  ...potière perenni  Nomine.  D'après  Souchay  et  Werns- 
dorf,  minor  serait  expliqué  par  ce  fait  que  le  Rhin  n'occupera 
plus  seul  son  lit,  et  devra  le  partager  avec  la  Moselle.  Mais  Ausone 
a  déjà  dit  au  Rhin:  s'ptat iuv.iqiie  novi  mstare  fluenii  (v.  419). 


COMMENTAIRE  12$ 

Enfin,  Corpet  traduit  :  «  Ne  crains  pas,  ô  Rhin  majestueux,  de 
paraître  affaibli.  >  Affaibli  est  contredit  par  Accèdent  vires 
(v.  434).  Il  s'agit  évidemment  du  prestige  du  Rhin  qui  pourrait  être 
amoindri  par  l'admission  d'un  hôte  si  illustre  ;  mais  le  Rhin  doit 
rester  «famae  securus  ». 

V.  433.  DiVERSA  PER  OSTIA.  —  Ausone  sait  que  le  Rhin  a 
plusieurs  embouchures.  Le  v.  437  (dicere  bicornis)  pourrait  faire 
supposer  que,  comme  Virgile  à  qui  il  emprunte  cette  expression 
{Aen.,  VIII,  V.  727,  ...Rheniisque  bicornis)^  il  fait  allusion  au 
Rhin  propre  et  au  Wahal.  —  (Voir  sur  les  opinions  des  auteurs 
anciens,  au  sujet  du  nombre  des  embouchures  du  Rhin,  Des- 
jardins, o^>.  cit.,  t.  I,  pp.  1 16-128,  Le  Rhin.  Variation  de  ses 
embouchures.)  Comme,  d'autre  part,  bicornis  est  d'ordinaire  une 
épithète  générale  qui  s'applique  à  tous  les  fleuves  dont  les  dieux 
étaient  représentés  avec  des  cornes  de  taureaux  (cf.  Georg.,  IV, 
V.  371  :  Et  gernina  auratus  taurino  cornua  vultu  Eridanus),  et 
que  cette  épithète  semble  prise  par  Ausone  dans  un  sens  tout  par- 
ticulier (voir  la  note  au  v.  436),  rien  n'empêche  de  penser  avec 
Bœcking  qu' Ausone  fait  allusion  aux  trois  branches  du  Rhin  dont 
l'existence  avait  déjà  été  signalée  par  Pline  (N.  H.,  IIII,  101). 

V.  434.  Accèdent  vires.  —  &  Vires  à  Romanis  »,  dit  Vinet. 
«  A  captis  &  deditiis,  àfubjugatispo'pulis,  qui  deinceps  legiones 
nojlras  delettu  fuo  jiivabunt  &  injiruent...  »,  dit  Freher,  dont 
la  phrase  est  reproduite  par  Souchay  et  Wernsdorf.  Corpet  traduit 
à  peu  près  de  même  :  <^  Arriveront  sans  peine  alors  des  forces...  » 
J'aime  mieux  voir,  comme  Bœcking,  une  corrélation  entre  ces 
mots  et  venis  habebere  limes  (v.  435)  :  grâce  aux  eaux  de  la 
Moselle  qui  se  réunissent  aux  siennes,  le  Rhin  devient  assez 
important  pour  former  une  limite  réelle,  capable  d'arrêter  les 
tribus  turbulentes  qui  se  trouvent  sur  sa  rive  droite. 

V.  434-435.  Francia...  Chamaves...  Germant  —  Par 
Francia,  dit  Bœcking,  on  entend,  au  temps  d'Ausone,  le  pays 
compris  entre  le  Rhin,  la  Lahn  et  la  Lippe.  Les  Chamaves  ou 
Chamavi  habitaient,  d'après  Tacite  {Annal.,  XIII,  LV),  au  nord 
de  la  Lippe,  entre  le  Rhin  et  le  Weser.  Ce  peuple  a  souvent  changé 
de  contrée;  Bœcking  dit  qu'au  ive  siècle  il  devait  se  trouver 
à  l'ouest  du  Rhin  dans  la  région  du  Wahal.  D'après  Lenain  de 
Tillemont  {op.  cit.,  t.  V,  L'empereur  Théodose  I,  art.  Lxxvi),  au 
temps  de  Théodose  (393),  le  pays  des  Bructères  et  des  Chamaves 


120  '  COMxMENTAIRE 

correspondait  au  duché  de  Berg  et  au  comté  de  la  Marck. —  Par 
Germant,  Ausone  entend  toutes  les  peuplades  germaines,  hostiles 
aux  Romains,  qui  se  trouvaient  sur  la  rive  droite  du  Rhin. 

V.  435.  Verus...  LIMES.  —  C'était,  semble-t-il,  au  temps  d' Au- 
sone, une  préoccupation  des  empereurs  de  donner  le  Rhin  comme 
barrière  à  l'empire.  Le  poète  parle  plusieurs  fois  du  fleuve 
considéré  comme  la  limite  du  monde  romain.  (Cf.  édit.  Schenkl, 
Epist.,  XVI, 2,  V.  75;  Ah  iisque  Rheni  limite. ..Wll^ll^  7  [Grat. 
Act.]  :  Danuvii  limes  et  Rheni...  Epigr.  IIII,  v.  8:  Nec  Rhenuiii 
Gallis  limitis  esse  loco.)  On  sait  que  cette  barrière  devait  être 
franchie  facilement  par  les  invasions  barbares.  Tacite  (Germ., 
XXVIII,  ...quantiilum  enim  amnis  obstabat)  et  Eumène  (Incerti 
Pan.  Constantin.  Aug.  édit.  Baehrens,  XI,  p.  16S  :  Sciiint  posse 
se  Franci  transire  Rhenum...  inagis  ornant  limitem  castella 
qiiam  protegunt...)  avaient  déjà  dit  combien  le  Rhin  défendaitmal 
l'empire.  —  (Voir  Desjardins,  o'p.  cit.,  1. 1,  pp.  1 14-1 15,  Le  Rhin.) 

V.  436.  Geminum...  nomen.  —  Corpet  traduit:  c  Tu  recevras 
de  l'union  d'un  si  grand  fleuve  un  double  nom.  »  Je  ne  vois  pas 
quel  est  le  second  nom  que  l'union  de  la  Moselle  donne  au  Rhin, 
à  moins  que  d'admettre  l'explication  peu  satisfaisante  de  Souchay: 
«  Quia  diceris  Rhenus  &  bicornis.  »  J'aime  mieux  adopter  l'in- 
terprétation de  Wernsdorf  :  <-  ...non  duplex  nomen,  sed  taie  qiiod 
geminum  amnem  indicet.  »  Ce  mot  qui  indique  que  le  Rhin  est 
double  est  bicornis,  pris  dans  un  sens  plus  spécial  que  celui  qu'il 
a  d'ordinaire,  puisqu'il  a  déjà  été  rappelé  (note  au  v.  433)  que 
cette  épithète  s'applique  aux  fleuves  en  général,  et  non  à  ceux 
seulement  que  double  l'apport  des  eaux  d'un  affluent  important. 
—  On  peut,  il  est  vrai,  justifier  en  quelque  mesure  l'explication 
de  Souchay  par  un  passage  des  Geographici  minores  (éd.  Riese, 
p.  81),  que  Peiper  rapporte,  et  où  l'on  trouve  Bicornius  syno- 
nyme de  Rhenus;  mais  le  Rhin  ne  pourrait  devoir  ce  second  nom 
à  la  Moselle  que  s'il  le  portait  seulement  à  partir  de  l'endroit  où 
il  a  reçu  cet  affluent.  D'autre  part,  comme  le  Mont-Furca,  où  se 
trouve  une  des  sources  du  Rhin,  se  nommait  Bicornis  (voir  le  dic- 
tionnaire de  Freund-Theil  au  mot  Bicornis),  le  nom  de  Bicornius 
pourrait  signifier  simplement  le  fleuve  qui  sort  du  Mons  Bicornis. 

V.  437.  Unus  de  fonte.  —  En  même  temps  que  l'autorité 
des  mss.,  le  fait  géographique  que  le  Rhin  a  plusieurs  sources 
condamne  la  mauvaise  leçon  d'Ugolet,  uno  de  fonte. 


COMMENTAIRE  12/ 

V.  438.  ViviSCA.  —  Le=!  BifiiKÏges  Virtsci,  dont  la  capitale 
était  Burdigala,  sont  mentionnés  par  Strabon  (IV,  11,2,  lUtoOfiyE; 
'OÎTxot),  par  Ptolémée  (II,  vu,  BtToypiye;  o\  'Ouiêîdxot),  par  Pline 
(iV.  H.,  IIII,  I,  108,  Bituriges  liberi  cognomine  Vivisci).  (Voir 
Desjardins,  op.  cit.,  t.  II,  pp.  417  et  suiv.)  —  Pour  ce  qui  est  de 
la  fameuse  correction,  vivifica  en  Vivisca,  il  a  déjà  été  dit,  dans 
riNTRODUCTiON,  à  propos  des  éditions  de  Vinet  et  de  Scaliger, 
à  qui  elle  doit  être  attribuée. 

V.  439.  Non  per  nova  foedera.  —  Cette  expression  d'Au- 
sone  embarrasse  beaucoup  Bœcking  :  «  Nous  ne  savons  rien, 
dit-il,  des  liens  d'hospitalité  qui  unissaient  Ausone  aux  Trévires.. 
Il  n'est  pas  probable  que  le  poète  ait  obtenu  à  Trêves  une  assez 
haute  considération  pour  être  choisi  par  les  habitants  de  cette 
ville  comme  patron  jouissant  du  droit  d'hospitalité.  Une  alliance 
ancienne  d'Ausone  avec  les  Belges  de  la  Moselle  ne  pourrait 
s'expliquer  que  parce  que  le  poète  descendait  par  sa  mère  d'une 
famille  séquanienne.  >  —  Ausone  dit  en  effet  que  son  grand-père 
maternel  Arborius  était  originaire  du  pays  des  Eduens  (édit. 
Schenkl,  XV,  6,  v.  2-3  . ..maternum  . ..avum  Arborium,  Haeduico 
diictiiin  de  steuiniccfe  noinen),  qui  correspond  à  la  Bourgogne 
moderne  :  des  relations  d'hospitalité  pouvaient  sans  doute  s'être 
établies  entre  des  habitants  de  Trêves  et  des  Bourguignons.  Mais 
il  semble  plus  probable  qu'Ausone  veut  dire  tout  simplement  que 
depuis  l'année  364  où  il  a  été  nommé  précepteur  de  Gratien,  il  est 
bien  connu  à  Trêves,  où  il  a  fait  avec  la  cour  de  fréquents  et  longs 
séjours  :  la  vanité  gasconne  du  poète  se  plaît  à  supposer  que  le 
précepteur  du  jeune  Auguste  est  un  personnage  d'importance  que 
tout  le  monde  connaît  à  Trêves.  Je  ne  crois  pas  qu'il  faille  prendre, 
comme  le  fait  Bœcking,  hospïtus  dans  son  sens  propre.  Ausone 
veut  simplement  dire  que,  depuis  cinq  ou  six  ans,  il  est  l'hôte  des 
habitants  de  Trêves. 

V.  440.  AusONiUS,  NOMEN  Latium.  —  Ausone  aime  à  jouer 
sur  le  sens  de  son  nom  (cf.  édit.  Schenkl,  Epist.,  XVI,  2,  v.  76 
Ausonius,  noiiien  Italmn).,  qui  signifie  Ausonien.  Les  Atisones 
ou  Ausonii  étaient  un  des  plus  anciens  peuples  de  l'Italie.  Ils 
habitaient  au  sud  du  Tibre.  On  sait  que,  par  extension,  les  poètes 
latins,  Virgile  en  particulier,  donnent  le  nom  d.''Ausonia  à  l'Italie 
entière,  et  celui  à.'' Ausonii  à  tous  les  habitants  de  la  Péninsule. 
C'est  à  tort  que  Wemsdorf  explique  :  &  Nomen  Latium,  i.  e.  homo 
Latinns,  h.  e.  civis  Roinanus.  > 


128  COMMENTAIRE 

V.  442.  Aquitania.  —  Schenkl  et  Peiper  écrivent  Aqnitanica 
comme  le  G.  Mais  VAqmtanica  est  simplement  une  partie  de 
V Aquitania,  et  ce  n'est  pas  celle  qui  touche  aux  Pyrénées  (v.  441  : 
...celsamque  Pyrenen).  On  lit  dans  Ammien  Marcellin  :  (In 
Aquitania,qnae Pyrenaeos  montes  et  eamparteinspectat  Oceani, 
qiiae  pertinet  ad  Hispanos,  prima  prouincia  est  Aquitanica, 
atnplitudine  ciuitatnni  admodum  cul  ta  :  omissis  aliis  miiltis, 
Burdigala et  Aruerni  excelliint,  et  Santones  et  Pictaui.»  (XV, 
XI,  13.)  Ce  que  Desjardins  (op.  cit.,  t.  III,  p.  474)  traduit  ainsi  : 
«  En  Aquitaine,  celle  [des  provinces  de  la  Gaule]  qui  regarde  les 
Pyrénées  et  cette  partie  de  l'Océan  qui  baigne  l'Espagne,  la  pre- 
mière province  est  VAquitanique  :  en  passant  sous  silence  beau- 
coup de  villes  civilisées,  celles  qui  l'emportent  sont  Burdigala 
(Bordeaux)  etArverni  (Clermont),  Santones  (Saintes)  et  Pictavi 
(Poitiers).  »  La  partie  de  VAquitania  qui  touche  aux  Pyrénées  se 
nomme  pays  des  Novem  Popidi.  Si  on  admet  la  division  de 
l'Aquitaine  en  Aquitaine  première  et  Aquitaine  seconde,  sans 
compter  les  Novem  Popidi,  aucune  de  ces  deux  parties  de  la 
province  ne  touche  aux  Pyrénées.  Desjardins  dit  ailleurs,  à  ce 
propos  :  «  Malgré  le  caractère  purement  conventionnel  de  la  pro- 
vince de  Novempopulana  au  iV  siècle,  il  faut  cependant  remar- 
quer que  les  Bituriges  Vivisci  avec  leur  ville  de  Burdigala,  dont 
l'origine  gauloise  était  plus  marquée,  n'y  étaient  pas  compris,  bien 
que  situés  sur  la  rive  gauche  de  la  Garonne.  Bien  plus,  Burdigala 
fut  la  métropole  de  VAquitania  Secunda.  »  (Op.  cit.,  t.  II,  p.  381 .) 
Si  donc  Ausone  dit  qu'il  est  originaire  du  pays  qui  se  trouve  à 
l'extrémité  des  Gaules  et  qui  est  limité  par  les  Pyrénées,  il  ne  fait 
pas  allusion  à  V  Aquitanica  ou  Aquitania  Secunda,  dont  la  métro- 
pole était  Burdigala,  sa  patrie,  mais  bien  à  l'ensemble  de  sa 
■province ,  hV  Aquitaine  (Aquitania)  qui  comprend  les  deux  Aqui- 
taniques  et  la  Novempopulana.  —  C'est  pourquoi  je  crois  qu'il 
faut  conserver  Aquitania. 

V.447.  AONIDUM,  TOTAMQUE...  Aganippen.  — Les  Muses  qui 
habitent  VAonie,  partie  de  la  Béotie  où  se  trouvent  le  Mont-Hé  icon 
et  la  source  Aganippe  (cf.  Servius,  ad  Vergil.  Bue.  VI,  v.  64,  et 
X,  V.  12)  sont  souvent  nommées  Aonides,  en  particulier  dans  un 
passage  de  Juvénal  (VII,  v.  58)  qu' Ausone  semble  imiter  ici: 
<(...aptus  que  bibendis  Fontibus  Aontdum.»  —  Les  poètes  parlent 
souvent  de  la  source  inspiratrice  d^ Aganippe  (cf.  Virgile,  Ed. 
X,  V.  12  ...Aonie  Aganippe).  Markland  (ad  Stat.  Silv.,  V,  i, 
v.  167)  propose  doctamque...  Aganippen:  c  Italegenduni ;  vulgo. 


COMMENTAIRE  I  29 

totamque,  qiiod  absurâmn  videtur ;  iienio  enini  dici  potcst  solere 
liaurire  totuin  aliquod ;  quippe,  qui  semel  hausit  totum,  non 
potest  iterum  haurire  istud  totum;  et  consequentcr  non  solet 
Jiaitrire  totum.»  On  pourrait  citer  à  l'appui  de  ces  lourdes  argu- 
ties de  Marckland  un  vers  de  Claudien:  Ut  tibi  Piérides  doctiim- 
que  Jîuens  Agaiiippe  (édit.  Jeep.,  XL,  v.  61);  mais  l'e-xpression 
tenui  libainine  (v.  444)  s'oppose  évidemment  à  totam,  qu'il  faut 
par  conséquent  garder. 

V.  450.  AuGUSTi,  PATER  ET  NATUS.  —  La  vulgate,  depuis 
l'édition  d'Avantius,  admet  Augustiis  pater  et  natus;  et  tous  les 
éditeurs  expliquent,  comme  Vinet  :  <:  Valentinianus  ô=  eiiis  filins 
Gratianiis,  di/cipuhis  meus.  »  {Comment.,  2"] 2  A.)  Les  derniers 
éditeurs  rétablissent  la  leçon  des  mss.  ;  Augustus  pater  et  nati. 
Valentinien  a  bien  eu  d'un  second  mariage  un  autre  fils  nommé 
comme  lui.  Mais  le  jeune  Valentinien  est  né  en  371 ,  à  mi  moment 
oii. la.  Moselle  paraissait,  si  elle  n'avait  pas  déjà  été  publiée;  et 
il  n'est  dit  nulle  part  qu'Ausone  ait  fait  l'éducation  de  ce  second 
fils  de  Valentinien.  D'ailleurs,  le  poète  ne  parle  jamais  que  de 
son  élève.  (Cf.  v,  422,  natique  patrisque  triuuiphos.)  Schenkl, 
qui  repousse  une  explication  trop  subtile  de  Bœcldng:  <v  Vater 
August'iind  des  Sohns  mir  theuerste  Pflege»,  pense  qu'Ausone 
a  retouché  la  Moselle  pour  y  introduire  cette  allusion  à  Valenti- 
nien. (Cf.  édit.  Schenkl,  Prooeniium,  p.  XV  :  At  quid  qiiaeso 
impedit,  quominus  puteniits  Ausoniittn  Valentiniano  nato,  itt 
blandiretur  iniperatori,  ac  quasi  divinaret  se  ut  Grattant  ita 
Valentiniani  quoque  curant  stiscepturum,  esse,  mentionem  eius 
in  carnien  iani  absolutum  ac  perfectuin  intulisse.)  Or,  rien  ne 
prouve  ni  que  la  Moselle  ait  été  retouchée,  ni  que  Valentinien  ait 
été,  comme  Gratien,  la  maxima  cura  d'Ausone.  D'autre  part, 
Ammien  Marcellin  dit  que  Gratien  fut  déclaré  Auguste  par  son 
père  en  367  :  cet  historien  compose  même  le  discours  que  Valen- 
tinien aurait  prononcé  en  donnant  ce  titre  à  son  fils  (XXVII,  vi). 
Lenain  de  Tillemont  (op.  cit.,  t.  V,  L'empereur  Valentinien  I, 
note  XXVII)  fait  remarquer  comme  une  innovation  extraordinaire 
que  Valentinien  ait  déclaré  son  fils  Auguste,  au  lieu  de  le  déclarer 
César  suivant  l'usage. Je  suppose  donc  que,  gênés  parle  souvenir 
du  V.  422  natique  patrisque ,  les  copistes  ont  écrit  Augustus  pater 
et  nati,  en  faisant  la  transposition  d'une  syllabe,  au  lieu  de 

Augtisti,  pater  et  natus... 

que  je  propose  de  rétablir  comme  étant  la  leçon  primitive. 


I30  COMMENTAIRE 

On  peut  remarquer  d'ailleurs,  pour  confirmer  cette  correction, 
qu'Ausone  imit  constamment  Valentinien  et  Gratien  dans  cette 
commune  appellation  d'  «  Augustes,  le  père  et  le  fils  ».  Voir  en 
particulier:  Salvere  Augustos  iuheo  iiatumque  patremqtie (édit. 
Schenkl,  Epigr.,  IIII,  3);  Quaestor  ut  Augustis patri  natoque 
crearer  (édit.  Schenkl,  XIII,  2,  v.  90).  Peiper  lui-même  écrit  dans 
sa  Praefatio  (p.  VI)  mie  ligne:  «  ...Mosellam  tirbis  Treuericae 
laudi  consecratum,  tanquam  Augustis  patri  filioque  sacrum. ..9 
qui  aurait  dû,  aussi  bien  que  les  passages  d'Ausone  que  je  viens 
de  citer  et  qu'il  cite  lui  aussi,  à  la  fin  de  son  édition,  dans  ses 
<!.  Auctores  et  Imitatores  >>  (p.  466),  le  mettre  sur  la  voie  de  la 
correction  que  je  propose. 

V.  45 1 .  Fascibus  Ausoniis  decoratum  et  honore  curuli. 
—  Depuis  Vinet  qui  explique  «  Fafcibus  Aufoniis.  Romano  confu- 
latu  »  (Comment.,  272  A),  jusqu'à  Peiper  qui  dit,  en  citant  ces 
vers  de  la  Moselle  :  «  lam  hoc  tempore  Valentiniaiius  spem  coiisu- 
latus  accipiendi  fecerat  Ausonio  >  {Praefat.,  p.  LXXXXVlll), 
tous  les  commentateurs  sont  persuadés  qu'Ausone  fait  allusion  à 
son  futur  consulat.  Corpet,  comme  on  l'a  vu  dans  la  note  aux 
vers  409-410,  trouve  même  dans  le  v.  451  «  où  il  [Ausone]  parle 
bien  clairement  de  son  consulat  »,  une  preuve  pour  démontrer  que 
le  Quique  caput  rerum,  etc.,  se  rapporte  à  ce  consulat.  Il  ne  me 
semble  pas  qu'il  en  soit  ainsi.  Dans  un  poème  presque  officiel, 
comme  l'était  la  Moselle,  il  y  aurait  eu  une  certaine  indélicatesse 
à  escompter,  pour  ainsi  dire,  ce  consulat  promis,  si  tant  est  que, 
dès  l'an  370,  l'Empereur  eût  fait  espérer  cet  honneur  au  précep- 
teur de  son  fils.  Dans  le  v.  451 ,  il  y  aurait  à  la  fois  une  vantardise 
et  un  procédé  habile  pour  forcer  la  main  à  Valentinien.  Je  sais 
qu'en  fait  de  jactance  et  d'habileté  peu  délicate,  les  Gascons  ont 
bon  dos.  Mais,  pour  être  Gascon,  Ausone  n'en  est  pas  moins  un 
courtisan  avisé.  Sans  doute  le  consulat  lui  avait  été  annoncé  avant 
l'année  où  il  lui  fut  conféré  :  une  phrase  de  V Action  de  Grâces 
permet  même  de  supposer  que  Valentinien  lui-même  le  lui  avait 
peut-être  promis  :  «  Sive  te  pondère  conceptae  sponsionis  exoné- 
ras, seufidei  cotnmissuin  patris  exsolvis...»  (Édit.  Schenkl,  VIII, 
V,  22.)  Mais  est-il  vraisemblable  qu'on  ait  laissé  attendre  à  Ausone 
pendant  si  longtemps  l'exécution  d'une  promesse  faite,  une  dizaine 
d'années  auparavant,  dans  des  termes  assez  positifs  pour  qu'il  ait 
pu  s'en  vanter  dans  la  Moselle?  Qu'on  examine  d'ailleurs  le  sens 
exact  de  ce  passage.  Le  poète  dit:  «  Après  que  les  Augustes... 
m'auront  congédié,  paré  des  faisceaux  italiens  et  de  l'honneur 


COMMENTAIRE  13  l 

curule,  la  charge  de  mon  préceptorat  une  fois  arrivée  à  son 
terme...»  C'est  donc  avant  d'avoir  été  congédié,  avant  d'en  avoir 
fini  avec  son  métier  de  précepteur,  qu'Ausone  aura  reçu  les 
faisceaux  et  l'honneur  curule  dont  il  reviendra  paré  dans  sa 
ville  natale.  Si  par  les  faisceaux  et  l'honneur  curule  on  entend  le 
consulat,  est-il  admissible  qu'il  ait  été  consul  en  même  temps  que 
précepteur  ? 

Je  crois  qu'Ausone  ne  fait  pas  allusion  au  consulat,  mais  à  la 
consularité;  je  crois  qu'il  n'adresse  pas  une  demande  indiscrète 
aux  Augustes,  mais  qu'il  les  remercie  d'un  honneur  qui  lui  a  été 
conféré.  En  etfet,  quand  il  a  été  nommé  précepteur  de  Gratien,il 
avait  déjà  professé  la  grammaire  et  la  rhétorique  à  Bordeaux 
pendant  une  trentaine  d'années.  (Cf.  édit.  Schenkl,  III,  v.  23-26: 

<  Exactisque  dehiiic  per  tri)ia  deceimia  f astis,  Deserui  doctor 
municipalem  operam,  Aurea  et  Atigusti  palatia  hissîts  adiré, 
Augustam  subolem  granimaticus  docui,  Mox  etiam  rJietor...-») 
Or,  les  'rhéteurs  étaient  assimilés  aux  médecins  (Cod.  Theodos., 
lib.  XIII,  tit.  III,  de  Medicis  et  Professoribus).  Le  rhéteur  qui 
donnait  des  leçons  à  un  Auguste  devait  être  assimilé  aux  méde- 
cins de  la  cour  qui  étaient  mis  au  rang  des  vicaires  «  viri  spe- 
ctabiles»,  s'ils  avaient  la  comitive  (dignité  de  comte)  du  premier 
ordre.  {Cod.  Theodos.,  lib.  VI,  tit.  xvi,  Lex  iinica*  :  <;  Archiatros 
intra  palatitim  militantes ,  si  comitivae  priini  ordinis  nobi- 
litaverit  gradus,  inter  vicarios  taxari  praecipimus.  »)  Les 
rhéteurs  pouvaient  obtenir  la  comitive  du  premier  ordre,  après 
avoir  professé  vingt  ans  de  suite.  (Corf.  Theodos. ,lïb.  VI,  tit.  xxi, 
Lex  unica  :  «....qui  in  tneinorato  auditorio  professoruin  fun- 
gtmtur  officio...  cutn  ad  viginti  annos  iugi  ac  sediilo  dicendi 
labore  pervenerint...»  ^^usone  obtint  la  comitive,  sinon  pour 
avoir  été  trente  ans  grammairien  et  rhéteur  public  à  Bordeaux,  du 
moins  comme  précepteur  de  Gratien.  (Édit.  Schenkl,  VIII,  li,  1 1  : 

<  Tôt  gradus  nontine  comitis  propter  tua  incretnenta  congesti.  ») 
Comte  de  second  ordre,  comme  grammairien  de  Gratien,  Ausone 
fut  sans  doute  nommé  comte  de  premier  ordre,  à  cause  des  progrès 
de  son  élève,  quand  Gratien  passa  de  la  grammaire  à  la  rhéto- 
rique. Il  obtint  ensuite  la  questure.  (Édit.  Schenkl,  VIII,  il,  1 1  : 
<:  Ex  tuo  nierito  te  ac  pâtre  principibus  quaestura  commuais.  » 
III,  V.  35:  «  Cuius  ego  cornes  et  quaestor.  »)  Une  loi  de  l'an  372 

*  Je  dois  reconnaître  que  cette  loi  est  de  413,  mais  il  est  permis 
de  supposer  que,  dès  364,  l'empereur  accordait  au  précepteur  de  son 
fils,  que  ce  cinquante  ans  plus  tard,  tous  les  rhéteurs  obtenaient  à  l'an- 
cienneté. 


132  COMMENTAIRE 

(Cod.  Theodos.^  lib.  VI,  tit.  vu,  Lex  i)  dit  que  le  questeur  est 
avant  les  proconsuls  et  ceux-ci  avant  les  comtes  de  premier  ordre. 
(Voir  Lenain  de  Tillemont,  op.  cit,  t.  V,  L'empereur  Valenti- 
nien  I,  art.  XXVI,  et  Jullian,  De  Protectoribus  et  domesticis 
Augustorum,  Parisiis,  1883,  p.  70-71.)  Si  Ausone  fut  questeur 
avant  la  mort  de  Valentinien,  ce  que  prouve  le  passage  cité  de 
V Action  de  Grâces,  rien  ne  nous  dit  qu'il  l'était  au  moment  de 
la  publication  de  la  Moselle;  en  tous  cas,  vers  370,  il  devait  être 
comte  de  premier  ordre,  et,  comme  tel  consulaire,  et  revêtu  des 
honneurs  de  la  considarité.  (Cod.  Theodos. ,lih.  VI,  tit.  xxi,  Lex 
îinica.  Voir  au  lib.  VI,  tit.  XX,  Lex  unica,  le  commentaire  de 
Godefroy  c|ui  prouve  que  tout  comte  de  premier  ordre  est  consu- 
laire.) Les  honneurs  de  la  consularité  étaient  identiques  à  ceux  du 
consulat.  (Cod.  Theodos.,  lib.  IX,  tit.  XXVI,  Lex  4;  Cassiodor., 
Variar.  Epist.,  VI,  XX ;  III,  V.)— Je  conclus  donc  qu' Ausone  fait 
aux  V.  451-452  allusion  aux  honneurs  de  la  consularité  dont  il  était 
déjà  revêtu,  et  non  à  ceux  du  consulat  qu'il  aurait  été  indiscret  et 
prématuré  d'annoncer  dès  370  ou  371. 

V.  453.  Arctoi...  amnis.  —  La  Moselle  est  un  fleuve  du  nord 
par  rapport  à  l'Aquitaine  où  Ausone  se  sera  retiré  quand  il  s'oc- 
cupera d'un  nouveau  poème  en  son  honneur  :  Lucain  donne 
comme  épithète  au  Rhin  et  au  Rhône  ce  mot  arctous  dont  la  force 
de  signification  est  tout  à  fait  relative.  (PharsaL,  V,  v.  268: 
...Arctois RhodanoRhenoquesiibactis... Stat.,  Silv.,Y^  ll,v.  133: 
Arctoosne  amiies  et  Rhenifracta  natahis  Fluminal) 

V.454.URBES.  — Bœcking  constate  que  nous  ignorons  quelles 
pouvaient  être  au  temps  d'Ausone  les  villes  situées  sur  le  cours 
de  la  Moselle  entre  Trêves  et  Coblentz.  Il  a  été  question  au  v.  1 1 
de  Noiomagum.  Tacite  (Hist.,  IV,  LXXl)  parle  d'une  place  forte 
a  Rigodtdum...  montibiis  aut  Mosella  amne  saeptwn»;  mais 
cette  place  ne  méritait  guère  le  nom  de  ville.  Les  exagérations 
d'Ausone  transforment,  sans  doute,  les  simples  villages  en  villes. 

V.  455.  MOENIAQUE  ANTIQUIS.  —  En  fait  de  forteresses  anti- 
ques, on  ne  peut  guère  citer  que  cette  même  place  de  Rigoduhim. 
Il  a  été  rappelé  (note  au  v.  2)  que  Valentinien  a  passé  toute  sa  vie 
à  fortifier  la  région  du  Rhin  :  mais  les  mots  «  antiquis...  mûris  » 
ne  peuvent  s'appliquer  à  ces  forteresses  récemment  élevées.  Je 
pense  que  le  poète,  emporté  par  le  souvenir  d'un  passage  de  Vir- 
gile (G.,  II,  V.  157  :  Fhiniinaque  antiquos  subterlabentia  muros), 


COMMENTAIRE  133 

qu'A  imite,  on  le  sait,  avec  plus  d'ardeur  que  de  discernement, 
aura  écrit  un  vers  qui  ne  répond  à  rien  de  précis  dans  la  réalité. 

V.  457.  Castra...  horrea.  —  Sur  ces  camps  retranchés  qui 
servent  de  magasins  à  blé,  voir  Vopiscus  (FI.  Vopiscï  Probus, 
XIV,  I  :  «Agros  et  horrea  et  domos  et  annonam  Transrhenanis 
omnibus  fecif,  ù's  videlicet  quos  in  excubiis  collocavit.  »)  Ces 
horrea  donnèrent  leur  nom  à  plusieurs  localités,  comme  Freher  le 
fait  remarquer  :  «  Ideo  piura  in  Orbe  Romano  fuere  loca  quihus 
nomen  ad  Horrea,  ut  in  Itinerariis  videmus.  >  C'est  ainsi  que 
Cannes  (Alpes-Maritimes)  se  nomme  en  latin  Ad  Horrea.  Ces 
greniers  sont  aussi  désignés  sous  le  nom  de  condita  militaria 
(cf.  Spartiani  Hadrianus,  XI,  l). 

V.  458.  Ripa  ex  utraque.  —  Freher  croit  qu'il  s'agit  des  deux 
rives  du  Rhin  :  «  Diue  ripœ  Rheni,  Romana  &  Barbara.  »  Mais 
tout  le  passage  se  rapporte  évidemment  à  la  Moselle. 

V.  461.  LiGER...  AXO^A.  —  Le  Liger  (la  Loire)  peut  facile- 
ment, quoi  qu'en  dise  le  panégyriste  de  la  Moselle,  soutenir  la 
comparaison  avec  le  fleuve  qui  baigne  la  résidence  impériale  de 
Trêves.  (Voir  dans  Desjardins,  op.  cit.,  t.  I,  p.  142-144,  les  ren- 
seignements que  les  auteurs  anciens  donnent  sur  le  Liger.)  — 
«  UAxona,  Axuena,  Auxenna  (Aisne)  ou  Aiixunnus,  rivière 
rapide,  dont  les  bords  étaient  couverts  de  pâturages  et  de  mois- 
sons. >  (Desjardins,  op.  cit.,  t.  I,  p.   140.) 

V.  462.  Matrona.  —  Limite  entre  la  Gaule  et  la  Belgique,  au 
temps  de  César  (B.  G.,  I,  i  "•  Galles  ab  Aqtiitanis  Garumna 
ftumen,  a  Belgis  Matrona  et  Sequana  dividit),  la  Matrona  (la 
Marne)  l'était  encore,  en  l'an  395  après  J.-C,  entre  la.  Lugdutieti- 
sis  IV A  et  les  Belgica  lA-  et  Belgica  HA.  (Voir  la  Carte  de  la 
Gaule  vers  395,  par  Desjardins,  op.  cit.,  t.  III,  pi.  XX.) 

V.  463.  Carantonus.  —  La  Charente  semble  n'avoir  été  nom- 
mée Carantonus  que  par  Ausone;  elle  est  mentionnée  sous  la 
forme  Crt«e«?'e/«s  (Ptolémée,II,  vu,  2:  KavsvTsloy  7TOTa[ioO  £xêo),aî), 
et,  au  moyen  âge,  elle  porte  les  noms  de  Carantonis,  Caranta, 
Charanta.  (Voir  Desjardins,  o'p.  cit.,  t.  I,  p.  145.)  Elle  se  jette 
dans  ce  que  les  anciens  appelaient  l'Océan  de  Saintonge  (Tibulle, 
I,  VII,  V.  10  :  Oceani  litora  Santonici);  le  mascaret  se  fait  sentir 
à  une  assez  grande  distance  de  son  embouchure.  Vinet,  qui  a  le 


Ï34  COMMENTAIRE 

premier  corrigé  proflmis,  leçon  des  mss.,  en  reflims,  fait  remarquer 
que  le  grammairien  Despautère  s'appuyait  justement  sur  ce  seul 
exemple  de  proflinis  pour  affirmer  que  la  préposition  pi'o  s'y 
abrégeait  comme  dans  profanus,  proficiscor ,  etc. 

V.  464.  Concèdes  gelido,  Durant,  de  monte  volutus 
Amnis.  —  «Tu  lui  céderas  aussi,  ô  Duranius,  fleuve  qui  te  pré- 
cipites du  sommet  d'un  mont  glacé.  »  J'adopte  la  correction  de 
Scaliger  qui  la  formule  en  ces  termes  ;  <;  In  fine  perperam  legitur 
•Concedet/>ro  Concèdes  in  illo  verfu  : 

Concedet  gelido  Durant  de  monte  volutus. 

»  Nain  vocandi  cafu  legendiim.  Vt  &  apud  Sidonium  : 

Et  tu,  qui  fimili  fejtinus  in  œquora  lapfu 
Exis,  curuata  Durant  mufcofefahurra. 

»  Ingens  fluuius  e/l,  &  amœnns,  qui  in  Garumnam  exoneratur 
fid  opitidiim  Burgum.  Viilgo  Dordoniam  vocamiis.»  (Aiison. 
Lect.,  I,  5.)  Scaliger  pense  que  dans  ce  vers  d'Ausone  Diirani 
est  le  vocatif  de  Duranius,  comme  il  l'est  évidemment  dans  le 
passage  de  Sidoine  (Carm.  xxil,  v.  102,  sqq.).  Vinet  qui  écrit 
Concedet  pense  que  Durant  est  le  génitif  du  nom  de  la  montagne 
d'où  sort  le  fleuve  Duranius  ;  la  montagne  et  le  fleuve  auraient 
alors  le  même  nom;  «  Porro  qu'il  fit  nions  Aiifonio,  qui  Apolli- 
nari  efi  fluuius,  hoc  fat i s  arguere  videtnr,  montis  nomen  fluuio 
inde  orto  indituni  fuijfe.  Efi  auteni  nions  ille,  vnum  ex  Ceben- 
nicis  iugis.  »  (Comment.,  272.)  La  Dordogne  sort  du  mont  Dore 
dont  le  nom  latin  est,  paraît-il,  inconnu.  Le  mont  Dore  pouvait 
sans  doute  se  nommer  en  latin  Mons  Duranius;  mais,  quoique  la 
règle  <c  flumen  Rhodanus  »  soit  loin  d'être  absolue,  il  semble  diffi- 
cile d'admettre  Mons  Durani.  Parmi  les  exemples  de  «  Genetivus 
appositionalis  »  cités  par  Draeger  (Historische  Syntax  der  Latei- 
nischen  Sprache,  §  202),  on  trouve  mis  au  génitif  des  noms  de 
villes  (oppidum  Antiochiae,  Cic.  ad  Attic,  V,  XVIII,  i  ;  urhem 
Patavi ,Yïrgï\. .,Aen. ,  I,  v.  247),  de  fleuves  (Er/t?a7zzaw72zs,Virgil., 
Aen.,Vl,  V.  659;  A sturae  flumen,  Liv.  VIII,  xill),  de  lacs  (ad 
lacum  Averni,  Liv.  XXIV,  xil),  de  ca])S  (promnntorium  Miseni, 
Tacit. ,  ^«naZ.,  VI, L  et  XV,  XLVi),  mais  aucun  nom  de  montagne. 
—  On  peut,  il  est  vrai,  en  conservant  Concedet,  expliquer  Durani 
amnis,  comme  Eridani  amnis  :  mais,  en  ce  cas,  le  génitif  Durani 
semblant  se  rapporter  à  monte  qui  en  est  moins  éloigné  qu'am«?'s, 
la  construction  serait  embarrassée. 


COMiM  ENTAI  RE  135 

y.  465.  AURIFERUM....  Tarxe.m.  —  Le  Tamis  (Tarn)  roulait 
des  paillettes  d'or,  «  propriété  commune  avec  d'autres  affluents 
de  la  Garonne,  et  à  laquelle  l'Ariège  (Atirigera)  doit  son  nom  >. 
(Desjardins,  op.  cit.,  t.  I,p.  148).  —  Le  L  a  tandem,  faute  de  copie 
évidente;  les  autres  mss.  ont  tarnen,  leçon  admise  parBœckinj^,, 
Schenkl  et  Peiper.  Mais  le  nominatif  Tamis  (Sid.  ApoUin., 
Canii.  XXIV,  v.  45  :  ...citusque  Tamis),  admis  par  Schenkl  et 
Peiper  eux-mêmes  dans  leurs  Index,  ne  peut  avoir  Tarnen  pour 
accusatif.  On  sait  que  l'accusatif  singulier  des  noms  de  fleuves 
en  is  (génitif  is)  peut,  au  lieu  de  on,  être  iin  ou  in,  mais  non  en 
(Madvig,  Gramm.  lat.,  §  42,  1,  Remarqué).  D'ailleurs,  dans  une 
Épître  d'Ausone  (édit.  Schenkl,  Epist.  XXII  ;  édit.  Peiper,  Epist. 
XXVI,  v.32),  les  deux  derniers  éditeurs  admettent  bien  Tarniui. 
Je  crois  donc  qu'il  faut  écrire  ici  Tarnim  ou  Tarnem,  et  je  pré- 
fère cette  dernière  leçon,  comme  se  rapprochant  davantage  de  la 
lettre  des  mss. 

V.  468.  AturrUS. —  L'Adour  se  nomme  en  latin  ^^ur(Tibulle> 
I,  VII,  v.  4),  Atyr  (Vibius  Sequester:  Atyr  Tarbellae  civitatis 
Aquitaniae  in  Oceanimi  finit...),  Aturus  (Lucain,  I,  v.420:  Qui 
tenet  et  ripas  A  turi).  Ausone  écrit  ici,  et  dans  les  Parentales  (édit. 
Schenkl,  XV,  6,  v.  1 1),  Aturrus  pour  allonger  le  premier  u.  Ce 
fleuve ,  qui  a  les  alliu"es  d'un  torrent  (v .  465  :  Insanumqtie  ruens,  tic .), 
arrose  le  pays  des  Tarhelli,  peuple  d'Aquitaine  mentionné  par 
César  {B.  G.,  III,  xxvii),  par  Strabon,  qui  les  appelle  TâpêsUoi, 
et  qui  dit  qu'ils  habitaient,  au  fond  du  golfe  de  Gascogne,  un  pays 
abondant  en  mines  d'or  (IV,  il,  i),  par  Ptolémée  qui  les  appelle 
Tâçëzkoi,  et  qui  place  leur  pays  avi-dessous  de  celui  des  Bituriges 
Vivisci,  jusqvi'aux  Pyrénées  (II,  vu,  9),  par  Pline,  etc.  Le  territoire 
des  Tarhelli,  ou  Civitas  Aquensinm,  forma,  à  la  fin  de  l'empire, 
les  deux  diocèses  d'Aqnensis  et  de  Lapurdensis .  (Voir  Desjardins, 
op.  cit,  t.  II,  p.  362.) 

V.  467-469.  DOMINAE...MOSELLAE...  celebrandeMosella. 
—  Mosella  étant  masculin,  au  v.  469,  Graevius  veut  écrire  domini, 
au  V.  467.  Par  contre,  au  v.  469,  Tollius  écrit  celehranda,  comme 
les  plus  anciens  éditeurs  et  justifie  ainsi  sa  leçon  :  «.  Quia  omnia 
ftuviorum  nomina  in  a.  exeuntia  ah  Aufonio  feqniore  fexu  pro- 
feruntur.  Sic paullo  ante  Dominas  Mofellaî  :  item  Matrona  inter- 
fîta;  rnox  Druentia  incerta,  &c.  >  Corpet  dit  fort  justement  à  ce 
propos  :  «  Les  noms  de  fleuve,  en  latin,  sont  généralement  mas- 
culins, malgré  leur  terminaison  féminine.  Ausone  emploie  indiffé- 


136  COMMENTAIRE 

remment  les  deux  genres  pour  la  Moselle,  et  ne  suit  en  cela  que 
les  règles  ou  les  caprices  de  l'harmonie.  Je  crois  donc  que  ToUius 
et  Wernsdorf  ont  eu  tort  de  rétablir  ici  le  féminin,  celebrcinda 
Mosella,  parce  qu'Ausone  a  dit,  deux  vers  plus  haut,  doiiiinœ 
Mosellœ.  Ce  serait  un  tort  non  moins  grave,  de  vouloir  rétablir 
partout  le  masculin,  comme  quelques  éditeurs,  ou  comme  M.  L. 
Quicherat,  qui,  dans  son  Thésaurus  Poeticus,  citant  au  mot 
Druentia  le  v.  479,  blâme  la  leçon  vulgaire  incerta,  et  met  de  son 
autorité  privée  incerte,  ce  qui  est  une  double  erreur,  puisque  le 
mot  Druentia,  dans  ce  vers,  n'est  pas  au  vocatif.  » 

V.  470.  SUPERNO.  —  Tous  les  éditeurs  écrivent  supremo  que 
Freher  explique  par  «  sacro  »,  et  Barth,  par  v.  AutteteI  ».  Le  super- 
latif supremus  qui  s'emploie  en  poésie  comme  synonyme  de 
summus  a  d'ordinaire  un  sens  relatif  (cf.  Lucr.  I,  v.  274  ...inoji- 
tesque  supremos ,  la  cime,  la  plus  grande  hauteur  des  montagnes). 
Super  nus  veut  simplement  dire  situé  sur  une  hauteur  (cf.  Horace, 
Epod.  I,  V.  2g  ...superni  ...Tusculi),  et  convient  à  la  source  de  la 
Moselle  qui  se  trouve  sur  le  nions  Vogesus. 

V.  471.  Taurinae  frontis.  —  Le  front  de  taureau,  comme 
les  cornes  de  la  Moselle  (v.  469,  corniger),  est  ici  simplement 
l'attribut  commun  des  fleuves  en  général.  (Voir  la  note  au  v.  433.) 

V.  473.  Germanis  ...portubus.  —  Coblentz.  —  Schenkl  et 
Peiper  écrivent  portibus  comme  les  mss.  Je  conserve  la  leçon 
vulgaire  portubus,  qui  semble  être  la  forme  adoptée  par  les 
poètes.  Si  l'on  ne  trouve  pas  d'exemples  du  datif  et  de  l'ablatil 
pluriel  de  portus  dans  Virgile  et  dans  Stace,  Ovide  écrit  volon- 
tiers portubus  (édit.  Merkel,  Met.,  XIII,  v.  710;  Trist.,  III,  xil, 
V.38;  Epist.,  XVI  [XV],  V.  125  [passage  peut-être  interpolé];  par 
contre  on  \\X.  portibus.  Met.,  XI,  v.  474;  Trist.,  III,  11,  v.  1 1). 
Neue  (Forinenlehre  der  Lateitiischen  Sprache,  I,  365)  cite  le 
V.  473  de  la  Moselle  parmi  les  passages  où  se  trouve  portubus. 

V.  479.  Druna...  Druentia.  —  Drmia  ou  Druma  est  le  nom 
latin  de  la  Drôme,  qui  ne  se  trouve  pas,  semble-t-il,  ailleurs  que 
dans  ce  passage  d'Ausone.  L'impétuosité  et  l'inconstance  du  cours 
de  la  Druentia  (Durance)  ont  été  souvent  décrites  par  les  auteurs 
anciens  (cf.  Tit.  Liv.,  XXI,  xxxi;  Sil.  Ital.,  III,  v.  468-476).  (Voir 
Desjardins,  op.  cit..,  t.  I,  pp.  164-172  :  «La  Durance,  description, 
variation  de  son  cours  et  ses  anciennes  dérivations».) 


COMMENTAIRE  137 

V.  480.  Alpinique...  fluvii.  —  Freher  suppose  que  le  poète 
tait  allusion  à  tous  les  cours  d'eau  qui  descendent  des  Alpes,  en 
particulier  à  VAddua  (l'Adda),  VAthesis  (l'Adige),  etc.  Je  pense 
qu'Ausone  s'occupe  plutôt  des  fleuves  gaulois  tributaires  du 
Rhône,  dont  il  va  parler  :  par  exemple,  VIsara  (l'Isère). 

V.  480-481.  DUPLICEMQUE  FER  URBEM  Qui  MEAT  ET  DEX- 
TRAE  RHODANUS  DAT  NOMINA  RIPAE.  —  Le  Rhodatius  (Rhône) 
coule  au  milieu  d'une  ville  double,  divise  par  son  cours  une  ville 
qui  s'étend  sur  sa  rive  gauche  et  sur  sa  rive  droite.  Cette  ville 
f/oM^/e  est  Arles  :  d'autres  passages  d'Ausone  l'indiquent  nettement 
(cf.  édit.  Schenkl,  XVIIII,  v.  73  :  duplex  Arelate ;  Epist.  XXV, 
V.  81  :  duplex  Arelas).  On  ne  peut  évidemment  admettre  l'opinion 
de  Freher  qui  croit  que  Rhodanus  désigne  la  Drohne  ou  Drahonus , 
rivière  à  laquelle  Fortunatus  (III,  xii,  v.  7)  donne  en  effet  le  nom 
de  Rhodanus.  (Voir  la  note  au  v.  365.)  Quel  est  le  sens  de  dextrae 
dat  nomina  ripae  ?  Depuis  Scaliger,  tous  les  éditeurs,  à  l'excep- 
tion de  Vinet  et  de  Christ,  écrivent  Dextrae...  ripae,  correction 
établie  par  les  .4  wson.  Lect.,  1,5".  «  Ah  eo  ojiio  [Furca,  Fourgues] 
Rhodani  Narbonain  vfque  totus  ille  traâîus  diêîus  fuit  Dextra 
Ripa.  Hoc  patet  ex  hac  infcriptione  Narbonenji...  »  Suit  une 
inscription  de  Narbonne  (C.  /.  L.,  t.  XII,  n°  4398),  que  je  reproduis 
d'après  le  texte  que  Desjardins  en  a  donné  (op.  cit.,  t.  I,  p.  414)  : 

D-  M- 

TIB-  IVN-  EVDOXI 

NAVIGVL-  MAR- 

C-  I-  F    C    N-  M- 

TI    IVN-  FADIANUS 

Iiiiil  VIR-  AVG- 

G-  I-  F-  G    N    M    ET 

GOND-  FERRAR- 

RIFAE    DEXTRAE 

FRATRI-    PIISS- 

D(iis)  M(anibus) 

Tib(erii)  lun(ii)  Eudoxi 

Navicul(arii)  Mar(ini) 

C(oloniae)  I(uliae)  P(aternae)  C(laudiae)  N(arhonis)  M(artii) 

Ti(berius)  Iiin(ius)  Fadianits 

Sévir  Aug(ustalis) 

C(oloniae)  I(uliae)  P(aternae)  C(laudiae)  N(arbonis)  M(artii)  et 

Cond(iictor)  ferrar(iarum) 

Ripae  dextrae 

Fratri  piiss(imo) 


138  COMMENTAIRE 

«  Aux  dieux  mânes  de  Tiberius  Junius  Eudoxus,  matelot  de  la 
colonie  Julia  Paterna  Claudia  Narbo  Martius.  Tiberius  Junius 
Fadianus,  Sévir  Augustal  de  la  même  colonie,  fermier  des  exploi- 
tations de  fer,  à  son  frère  très  attaché.  »  Je  ne  vois  pas  comment 
cette  inscription  peut  prouver  que  le  pays  situé  sur  la  rive  droite 
du  Rhône,  d'Arles  à  Narbonne,  se  nomme  Dextra  Ripa,  Rive 
Droite,  au  lieu  de  dextra  ripa,  tout  naturellement.  Dans  l'édition 
des  Aus.  Lect.,  qui  a  paru  à  Bordeaux  chez  Millanges,  en  1590, 
Scaliger,  par  inadvertance,  semble-t-il,  écrit  MaJJiliam  vfque  au 
lieu  de  Narbonam  vfque.  Corpet  qui  paraît  ne  connaître  que 
cette  variante,  qui  d'ailleurs  est  donnée  dans  les  éditions  de 
Tollius,  Souchay,  Wernsdorf,  etc.,  où  on  lit  «  ab  eo  ojlio  MaJJï- 
liain  ufque  »,  au  lieu  de  t  Narbonam  vfque  »,  dit  avec  raison  :  «Il 
est  difficile  d'admettre  cette  conjecture,  car  il  serait  assez  singulier 
que  le  pays  situé  du  côté  de  Marseille,  par  conséquent  sur  la  rive 
gauche  du  Rhône,  eût  reçu  précisément  le  nom  de  rive  droite.  » 
Corpet  a  raison,  mais  contre  la  mauvaise  variante  de  Scaliger, 
non  contre  la  première  et  la  bonne,  qui  désigne  bien  la  rive  droite 
d'Arles  à  Narbonne.  Mais  cette  rive  droite  n'avait  pas  besoin 
de  l'inscription  de  Narbonne  pour  se  nommer  rive  droite.  Et 
encore,  l'inscription  trouvée  à  Narbonne,  ville  qui  est  près  de 
VAtax  (l'Aude),  et  fort  loin  du  Rhône,  ne  peut-elle  pas  désigner 
la  rive  droite  de  l'Aude  ?  Desjardins  fait  bien  remarquer  qu'il  n'y 
a  pas  de  mines  de  fer  sur  la  rive  droite  de  ce  fleuve,  ni  sur  celle 
du  Tetutn  ou  Ruscino  (Tet);  mais  il  ajoute  que  dans  le  Canigou, 
qui  se  trouve  à  la  droite  de  ce  dernier  fleuve,  existent  les  mines  de 
Valmanya  et  de  Corsavy.  Admettons  cependant,  comme  l'auteur 
de  la  Géographie  de  la  Gaule  romaine,  qu'il  s'agit  «  sans  doute 
de  la  rive  droite  du  Rhône,  chez  les  Helvii,  départemxcnt  de 
l'Ardèche,  où  les  mines  de  ce  métal  abondent  ».  En  quoi  l'inscrip- 
tion, même  s'appliquant  à  la  rive  droite  du  Rhône,  prouve-t-elle 
que  cette  rive  droite  se  nommait  Ripa  Dextra? 

Cependant  l'interprétation  de  Scaliger  a  fait  son  chemin  ;  la 
critique  moderne  semble  admettre  comme  un  fait  acquis  que 
dextrae...  ripae  doit  s'écrire  Dextrae...  ripjae,  et  que  cette  expres- 
sion désigne,  non  la  rive  droite  du  Rhône  en  général,  mais  la  rive 
droite  en  face  d'Arles,  c'est-à-dire  un  nouveau  quartier  d'Arles 
construit  en  face  de  la  ville  primitive  qui  se  trouvait  sur  la  rive 
gauche.  On  lit  dans  l'édit.  Schenkl,  Index  II,  p.  275,  col.  2  :  «  Dex- 
tra ripa  (Arelatis  pars)»,  dans  l'édit.  Peiper,  Index,  p.  513: 
^Dextra  ripa  (Arelatensis  urbis  pars)»,  dans  la  Grande  Encyclo- 
pédie:  <v  ...l'emplacement  du  faubourg  actuel  de  Trinquetaille, 


COMMENTAIRE  139 

qu'il  [Constantin]  désigna  sous  le  nom  de  Ripa  clextra  ».  (L.-G. 
Pélissier,  art.  Arles,  Gr.  Encycl.,  t.  III,  p.  971,  Paris,  1887). 

Mais  la  partie  de  la  ville  d'Arles  située  sur  la  rive  droite  du  Rhône 
ne  semble  pas  avoir  jamais  porté  le  nom  de  Ripa  dextra.  Dans 
l'article  qu'Adrien  de  Valois  (A^o^îY.  Galliar.,  Parisiis,  M.  DC 
LXXV.,  pp.  38-40)  consacre  à  Arles  (Arelatum),  il  dit  bien  que 
l'empereur  Constantin  ajouta  à  la  ville  bâtie  sur  la  rive  gauche  du 
fleuve  un  quartier  nouveau  qui  s'éleva  sur  la  rive  opposée,  et  qu'il 
donna  à  l'ensemble  des  deux  parties  d'Arles  le  nom  de  Constan- 
tina,  mais  il  ne  cite  aucun  auteur  qui  mentionne  la  prétendue 
appellation  de  Dextra  Ripa,  donnée  à  la  nouvelle  ville  bâtie  par 
Constantin.  Bœcking  a  beau  affirmer  que  le  quartier  bâti  par 
Constantin  prit  le  nom  de  Constantina  ou  Dextra,  sous-entendu 
ripa  ou  urhs,  et  donner  comme  preuves  à  l'appui  la  Constitution 
de  418  et  l'inscription  de  Scaliger  :  il  a  été  montré  plus  haut  que 
l'inscription  ne  prouve  rien;  quant  à  la  Constitution  {De  conven- 
tibus  in  iirbe  Arelatensi,  cf.  G.  Haenel,  Corpus  legutn,  Lipsiae 
MDCCC  LXII,  p.  238),  Arles  y  est  nommé  Arelatensis  urhs  ou 
Constantina  urbs.  Le  nom  de  Dextra  Ripa  n'est  jamais,  à  ma 
connaissance,  donné  au  quartier  fondé  par  Constantin. 

Admettons  cependant,  pour  un  instant,  que  le  nouveau  quartier 
d'Arles  ait  porté  le  nom  de  Dextra  ripa.  Comment  le  Rhône 
aurait-il  pu  lui  donner  ce  nom?  C'est  exactement  comme  si  l'on 
disait  que  la  Garonne,  dont  le  cours  divise  Bordeaux,  donne  son 
nom  à  La  Bastide,  située  sur  la  rive  droite.  Corpet  a  bien  compris 
l'absurdité  de  l'opinion  qui   consiste  à  prétendre  que  le  Rhône 
donne  son  nom  à  un  quartier  qui  ne  porte  pas  ce  nom;  il  suppose 
que  noniinano.  signifie  pas  nom,  au  sens  propre,  mais  réputation, 
célébrité  :   «  Ausone  —  conclut-il  —  veut  dire  seulement  que  le 
Rhône  traverse  Arles  et  coupe  cette  ville  en  deux,  pour  donner 
un  nom,  une  parure  à  chacune  de  ses  deux  rives.  Le  poète  fait 
ainsi  allusion  à  cette  seconde  partie  de  la  ville  d'Arles,  qui  venait 
d'être  tout  récemment  construite  par  Constantin  sur  la  rive  droite 
du  fleuve,  et  qui  prit  dans  la  suite  le  nom  de  Trinquetaille.  Ce 
faubourg  faisait  l'ornement  de  la  rive  droite,  comme  l'ancienne 
ville  faisait  depuis  longtemps  la  gloire  de  la  rive  gauche.»  Cette 
explication  est  évidemment  ingénieuse  ;  mais  nonien  signifie  nom 
encore  plus  souvent  que  célébrité,  et  quand  Horace,  employant 
une  expression  semblable  à  celle  d'Ausone,  parle  d'Icare  «  vitreo 
daturus  Nomina  ponto  »  (Carm.  IV,  II,  v.  3),  il  fait  allusion  à 
une  mer  à  laquelle  le  fils  de  Dédale  ne  donnera  pas  seulement  une 
célébrité,  mais  bien  son  propre  nom. 


140  COMMENTAIRE 

Je  suppose  donc  qu'Ausone  veut  dire  que  le  Rhône  donnait  son 
nom  soit  à  sa  rive  droite,  soit  au  quartier  d'Arles  situé  sur  cette 
rive,  et  que  cette  rive  ou  ce  quartier  portait  quelque  nom  dans 
le  genre  de  Rhoda  ou  de  Rhodanusia.  Pline  (A^".  H.,  III,  33) 
parle  d'une  ancienne  ville,  Rhoda,  fondée  parles  Rhodiens,  qui 
aurait  donné  son  nom  au  Rhodanus.  Le  nom  de  Rhodanusia  se 
trouve  assez  souvent.  Sidoine  Apollinaire  (Epist.,  I,  v)  désigne 
ainsi  la  ville  de  Lyon,  et  les  géographes  grecs  parlent  d'une 
Rhodanusia  qu'il  est  assez  difficile  d'identifier  avec  une  ville 
moderne  :  «  Le  passage  du  Pseudo-Scymnus  est  assez  favorable 
à  l'identification  de  Rhodanusia  avec  Beaucaire,  Ugernum,  qui 
était  autrefois  dans  une  île  du  Rhône  :  'PoSavouatav  te  'Poôavbç  r^^ 
(xéyaç  uoTap.ôç  napappeî  (vers  208-209),  et  Rhodanusia  que  le  grand 
fleuve  traverse.  Etienne  de  Byzance  en  fait  une  dépendance  de 
Marseille  :  'Poôavouata,  7îô)>t;  MaasaXia;.  'PoSavouata  nokiç,  èvMauffaAt'a. 
Rien  d'ailleurs  n'est  moins  certain  que  cette  identification,  qui  a 
l'inconvénient  d'attribuer  deux  noms  anciens  à  Beaucaire,  Rhoda- 
nusia et  Ugernum.  »  (Desjardins,  op.  cit.,  t.  I,  p.  213,  note  i .)  On 
a  aussi  voulu  identifier  Arles  avec  Rhodanusia  ;  peut-on  admettre 
que,  du  temps  d'Ausone,  le  nouveau  quartier  d'Arles  ait  porté  le 
nom  de  Rhodanusia?  Rien  évidemment  ne  le  prouve,  mais  rien 
ne  prouve  non  plus  qu'il  se  soit  nommé  Dextra  ripa. 

D'autre  part,  Rhodanusia  a  évidemment,  à  une  certaine  époque, 
désigné  la  région  du  Rhône.  On  lit  dans  le  Thésaurus  Linguae 
Graecae  d'Henri  Estienne,  au  mot  'PoSavouac'a  :  «  Tractus  iuxta 
Rhodanum  :  Iren.  ap.  Epiphan.  t.  1,  p.  236  C,  'Ev  toîç  xaô' r,[i5ç 
y.),î|i.a(ii  Tr,;  'Poôavoucrîaç.  »  Irénée  était  évêque  de  Lyon  à  la  fin 
du  ll«  siècle  ;  la  Moselle  date  de  l'an  370  ou  37 1  :  si  Rhodanusia 
désignait  la  région  du  Rhône  vers  l'an  200,  ce  mot  pouvait  ne  plus 
avoir  de  sens  cent-soixante-dix  ans  plus  tard.  Mais  du  moment 
qu'Ausone  dit  que  le  Rhône  donne  son  nom  à  sa  rive  droite,  je 
crois  qu'on  peut  supposer  avec  vraisemblance  que  cette  rive  droite 
ou  le  quartier  d'Arles  bâti  sur  la  rive  droite  du  fleuve  se  nommait 
Rhodanusia,  au  moment  où  le  poète  écrivait  la  Moselle, 

V.483.  Aequoreae...Garumnae.  —  «...la  Garonne  marine». 
Cette  expression  revient  plusieurs  fois  dans  les  œuvres  d'Ausone 
(cf.  édit.  Schenkl,  jE^jzs^.  XIIII,  v.  i  :  Aequoream...  Garumnam ; 
XVIIII,v.  139:  ...aequoreos  intitata  fluenta  [Garumnae]>»ea^Ms; 
Epist.  X,  V.  13  :  Aequoris  undosi  qua  multiplicata  reciirsu  Ga- 
rumna  pontum  provocat).  Longtemps  avant  Ausone,Pomponius 
Mêla,  qui  n'est  pas  Gascon,  et  qu'on  ne  pouvait  accuser  comme 


COMMENTAIRE  141 

le  poète  bordelais  de  partialité  pour  la  Garonne,  avait  déjà  com- 
paré à  la  mer  le  vaste  estuaire  du  fleuve  (III,  11,  5).  Plus  tard 
Claudien  (V,  v.  1 13)  et  Sidoine  Apollinaire  (Carm.  Vil,  v.  392-395) 
redisent  encore  dans  leurs  poèmes  que  la  Garonne  se  gonfle  des 
vagues  de  la  mer. 

Le  dernier  mot  de  la  Moselle  est  un  éloge  de  la  Garonne; 
comme,  au  début  du  poème,  la  première  louange  qu'Ausone  ait 
accordée  au  pays  de  Trêves,  c'est  qu'il  lui  rappelle  les  environs 
de  Bordeaux.  La  Moselle  a  beau  être  le  fleuve  auguste,  ce  sera, 
d'après  le  poète,  sa  suprême  gloire  d'être  recommandée  à  la 
Garonne  :  le  panégyrique  officiel  de  la  Moselle  se  termine  par  un 
souvenir  adressé  à  la  Garonne.  Malgré  ses  promesses,  Ausone  ne 
consacrera  plus  d'œuvres  à  Trêves  et  à  son  fleuve;  mais  une  des 
dernières  préoccupations  de  sa  vieillesse  sera  de  chanter  Bordeaux 
et  son  fleuve  bouillonnant  qui  imite  le  flux  et  le  reflux  de  la  mer. 


ACHEVÉ     d'imprimer 

PAR 

Gustave  GOUNOUILHOU,  a  Bordeaux 
le  xxviii  mai  m.dccc.lxxxix. 


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